vendredi, 04 septembre 2026
Mines concernées
« Chacun affiche une mine concernée. »
Cette phrase, extraite des derniers chapitres du Livre des souterrains de Phoebe Hadjimarkos Clarke, m’a ramené à la polysémie du mot mine en français, et à ce projet que j’avais commencé à approfondir, il y a vingt ans, dans ce blog : Le Livre des mines.
Il est amusant que ce soit un roman – excellent – portant un titre similaire qui m’y ramène.
Ici je vais « exploiter » le texte de ce roman dans une perspective étroite, mais je parlerai plus largement de ce beau livre, dans le vlog.
Il y a vingt ans, en créant au fur et à mesure certaines “catégories” (ou rubriques) de ce blog, j’avais dans l’idée que ces billets constitueraient le travail préparatoire à tel ou tel livre (c’est le cas des textes sur Dubuffet notamment). Évidemment je n’ai écrit – achevé – aucun livre, à moins de considérer justement comme un « livre » possible chaque série de textes inachevée dans le grand atelier de mes deux blogs. Cette optique serait bien sûr paresseuse, mais sans toutefois être tout à fait mensongère (qui oserait dire que la flemme n’est pas parfois dans le vrai ?).
Pour Le Livre des mines, l’idée était de tenter de tirer, et peut-être de croiser les fils de la polysémie de ce mot : l’expression faciale, la mine de crayon (ironique, vu que tout était déjà écrit à l’ordinateur), et bien entendu le sens industriel. Avant la phrase par laquelle j’ai commencé ce billet, le livre de PHC creuse ce dernier sens, tout d’abord parce que les souterrains dont il est question dans le roman sont creusés : la galerie par laquelle Marie Marzouk disparaît avec des clandestins anonymes se situe sur un ancien site minier, et le scandale de l’exploitation des minerais au Congo fait l’objet d’un développement très juste de la narratrice (toujours Marie Marzouk à ce moment, p. 300), cf ci-contre.
Il y a d’autres sens du lexème « mine » qui se sont agglutinés aux trois sens cités ci-dessus, comme le pronom possessif anglais mine : le Livre des mines, c’était mon livre, et s’il devenait un livre publié – ou si des lecteurices du blog le lisaient – il m’échapp(er)ait. Il me semble aussi, mais je n’ai rien relu des textes d’il y a vingt ans et guère moins, que je traquais les mots rimant avec -mine (comme Salamine ou culmine). Il y a vingt ans aussi, je n’avais jamais rien lu sur Elmina, sur l’exploitation minière et le commerce de l’or comme point de départ de l’exploitation européenne de l’Afrique, le mot portugais mina comme un poinçon minuscule sur la côte de l’actuel Ghana, poinçon où débutent les arrachements.
L’autre narrateurice (il y en a trois en tout) du roman de PHC, l’énigmatique Hyacinthe, écrit ceci dans la liasse n° 6 volée par Marie Marzouk :
Il m’était cependant impossible de ne pas souffrir d’un sentiment de rejet. Il n’avait même jamais été question que je fasse un apprentissage auprès d’elle. Elle ne me l’avait tout simplement jamais proposé. Pas qu’elle ne m’aime pas ou qu’elle ne m’ estime pas, je savais que de l’estime et de l’amour, il en existait bien en elle, et pour moi spécifiquement, mais il était parfois difficile d’accéder à cette mine affective, dans cette mine de l’amour où la circulation était souventefois difficile, en raison d’éboulis, de galeries fermées, de problèmes avec les petits chariots qui devaient remonter le minerai, que sais-je. (p. 278)
On voit que le sens industriel se prête aussi aux métaphores, filées de surcroît. (N’y a-t-il pas, dans les mines, des filons ?)
09:09 Publié dans Le Livre des mines, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)


