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jeudi, 16 février 2017

La douceur

Bien entendu, la douceur n'explique pas tout.

Ni la douceur d'un visage, ni la douceur du temps.

D'ailleurs, depuis le temps que je commence des textes ou des mails par bien entendu, j'aurais dû finir par devenir sourd. Déverser des phrases sur un écran, c'est bien commode.

Et depuis le temps que je commence des paragraphes par d'ailleurs, n'en parlons pas, s'il vous plaît, rompons les structures, n'en parlons pas. Presque toutes les rubriques ont fini par sombrer, ou plutôt par tomber en friche. C'est curieux, cela : tomber en friche.

Et d'ailleurs n'en parlons pas.

lundi, 13 février 2017

Suffire

Tout de même, irai-je plus loin ?

Je pense ne plus pouvoir mieux que ressasser, je songe à faire mieux que ça. Mais le pouvoir ?

Même les bilans — je n'y parviens pas.

Face à l'écran des heures chaque jour pour le boulot, alors le pouvoir, tu parles...

 

Il suffirait de posséder la puissance. Cette suffisance-là n'est tout simplement pas à portée de main.

lundi, 30 janvier 2017

Trump, ou le leurre de la dispersion

Je parle très peu, ici — contraste avec mon activité ailleurs —, de l'administration Trump.

Je vois passer depuis deux ou trois jours quelques articles sur telle ou telle hypothétique destitution de Trump, pour telle ou telle raison (le 25e amendement, par exemple), ou sur le fait que les patrons des grands groupes de la Silicon Valley feraient part de leurs inquiétudes.

Tout cela, c'est un rideau de fumée pour que la société civile se disperse. Pendant que les patrons des grands groupes font semblant de se désolidariser (haha, Zuckerberg et le patron d'Uber qui font semblant d'être choqués par le décret sur l'immigration, quelle comédie) ou que la “presse” (Yahoo !)* balancent ce genre de choses, les citoyens sont incités à se bercer d'illusions.

Je m'interdis totalement de relayer ce genre de château en Espagne : il faut relayer les vraies infos concernant les décisions antidémocratiques de l'administration Trump (comme le font de nombreux internautes américains et comme l'a notamment fait mon amie Valérie en traduisant la liste des décisions et déclarations antidémocratiques de la première semaine de pouvoir), et les vraies mobilisations populaires ou institutionnelles contre les dites décisions : manifestations dans les aéroports, discours très fort du gouverneur de Washington, mise en œuvre d'une mobilisation des scientifiques américains et du monde entier, etc.

 

* Au demeurant, every cloud has a silver lining** : l'article de Yahoo! News rappelle que la procédure d'impeachment est réservée aux méfaits commis par un Président au cours de son mandat (“investigating if a president acted illegally while in office”), donc ceux qui parlent d'impeachment pour toutes les casseroles antérieures du Twittler-In-Chief peuvent se mobiliser sur quelque chose d'un peu plus consistant.

** Tout n'est pas tout noir, ni tout blanc. [?] — Je laisse filer ; ceci n'est pas un billet de traductologie.

mercredi, 25 janvier 2017

Les 500.000 de la Dégomme (quintil épigrammatique)

 

Peut-être fallait-il, Pénélope,

Pour te voir, à l’Assemblée

Ou encore à Sablé,

Amasser le blé,

Être quelque peu nyctalope ?

 

dimanche, 15 janvier 2017

ǝésɹǝʌuı ǝɥɔèןɟ

Tellement corrigé de copies, de TP etc., encore depuis trois jours que je suis à peu près incapable de faire un travail sérieux, un peu soutenu, d'écriture par exemple. En effet, l'écriture dans ces carnets verts ou gris me demande un peu d'énergie qui n'ait pas été préalablement consommée par tâches administratives ou ingrates à haute dose. 2017 ne commence pas si bien que ça, alors. En tout cas, je maugrée. C'est plutôt bon signe : vient toujours, régulièrement, un moment où je maugrée.

Dans les carnets gris je tente de reprendre un peu le chantier des Élugubrations, qui est un des projets que je verrais bien aboutir en volume.

Ici, peut-être qu'il faudrait que je m'en tienne, faute de mieux, à un côté plus journal, à moins de me contraindre à continuer le bilan rubrique par rubrique. Même le recyclage de billets pondus à l'emporte-pièce sur Facebook — habituellement une des ressources de ma fainéantise —, je n'ai pu y consacrer de temps. Il y a notamment deux séries de quatramways écrits la semaine dernière et qui se sont déjà enfoncées dans les limbes de mon mur (voilà une métaphore hardie, que permet seule la métaphore du mur sur FB). Faudra attendre l'année prochaine, que la fonction On This Day, si décriée mais que j'aime beaucoup en ce qu'elle supplée mieux que bien ma pauvre mémoire (en faisant resurgir l'autre et le même), les fasse remonter à la surface.

D'ici là, quoi, et tant d'interrogations.

Je me suis aperçu en cours de billet que j'allais écrire un texte complètement creux, tournant à vide sur lui-même, et dont la rédaction prendrait moins de temps que la création des liens. Il y a une semaine aussi (déjà) que je promettais de m'atteler aux sonnets perroquets — rien de fait — tout défait ——— ça

y est : je maugrée : faut fermer boutique !

 

(Billet écrit en écoutant certains des Préludes pour piano de Sulkhan Tsintsadze par Roman Golerashvili.)

 

dimanche, 06 novembre 2016

Détresse des tresses

Ce matin, je me suis rendu compte que, dans la boulangerie où j'ai mes habitudes, la pâtisserie le plus souvent nommée tresse au chocolat (encore qu'elle connaisse quelques variations d'appellation) était baptisée (c'est le cas de le dire) « saint-christin ».

tresse.jpg

Une rapide recherche sur le Web a achevé de m'empêcher d'y voir goutte.

En effet, il semblerait que le saint-christin (ou sacristain ? quel est le bon terme ?) soit une tresse, mais aux amandes.

dimanche, 16 octobre 2016

De rouille & d'os Sur mes lèvres

Hier soir, nous avons regardé en famille — ou presque : Oméga ayant neuf ans, il est encore un peu jeune — De rouille et d'os. Il se trouve que, plus tôt dans la semaine, C* et moi avions regardé Sur mes lèvres, du même Audiard, et que nous ne connaissions pas non plus.

Une première chose m'avait frappé avec Sur mes lèvres : deuxième partie longuette, scénario tirant trop vers l'histoire criminelle poussive (au lieu d'exploiter toute la relation des deux protagonistes au travail, qui donne les meilleures scènes du film). Bien aimé quand même, mais je me suis fait la réflexion que, alors que j'avais beaucoup aimé Regarde les hommes tomber, adoré De battre mon cœur s'est arrêté, et été très impressionné par Un prophète, ce film d'Audiard ne me faisait, au fond, ni chaud ni froid.

Hier soir, plus âpre déception encore. De rouille et d'os succombe, non seulement à l'incapacité de son auteur à faire court, à couper au montage afin que son film ne s'englue pas dans des considérations de deuxième ordre, mais aussi à un story-telling tout à fait hollywoodien : tout, dans la façon dont les itinéraires de Marie et d'Ali se déroulent en parallèle avant de se croiser, puis leurs aventures (et surtout leurs mésaventures), est raconté de façon conventionnelle, conformiste. On sait à chaque instant ce qu'il va se passer ensuite : ils vont baiser, le gosse va se noyer etc. Et du coup, bien sûr, on s'en contrefout. Ajoutez à cela l'invraisemblance totale des trois scènes d'accident (dans la scène de l'accident qui vaut à Marie d'être amputée, les orques auraient attaqué la dresseuse et elle serait carrément morte (fin du film)) ; dans la scène où Ali dérouille* salement, il ne peut suffire que Marie se pointe avec ses jambes en métal pour qu'il prenne le dessus et achève la scène sans même une plaie ; dans la scène de la noyade, eh bien, le temps seulement que le père coure jusqu'au trou d'eau dans la glace, l'enfant est déjà mort normalement, donc NON, il ne peut pas être à peine vaguement mal en point le lendemain...), et comprenez pourquoi on ne s'interroge même plus : on regarde passer le temps en regardant un film...

Si j'écris ce billet, c'est surtout parce que je ne sais pas, compte tenu de ce que je viens de noter, si mes enthousiasmes passés pour les films d'Audiard viennent d'une différence réelle dans la qualité de ces différentes œuvres, ou si c'est moi qui me suis blasé, ou si j'avais surévalué De battre mon cœur... à l'époque — je me rappelle l'avoir vu au cinéma, et, en en discutant après, un ami m'avait dit qu'il trouvait ça trop long, tirant sur la corde, hystérique.

Donc, seule façon de clore ce billet ——— ?

 

 

* Ah tiens, je n'avais pas compris le titre du film, qu'Alpha a dû m'expliquer (oui, ça s'arrange tous les jours...)... mais en écrivant cette phrase, je me demande si le jeu de mots n'est pas sous-entendu par Audiard. (Après tout, c'est quand même le fils Audiard** !)

** Faut pas confondre les Michel Audiard (avec des canards sauvages).

samedi, 01 octobre 2016

Pour saluer un objet fidèle

     Hier matin, en achevant de préparer mon cartable, je me suis rendu compte que je l’avais depuis vingt ans, à quelques jours près. En effet, à mon retour d’Oxford, en juin 1996, l’attaché-case que ma mère m’avait passé en 1991 pour les années de classe préparatoire s’était – sous les sollicitations des trop nombreux livres ramenés – cassé en deux, dans l’avion ou ailleurs en chemin je ne m’en souviens plus précisément.

     Pour la rentrée de 1996, je m’étais donc acheté une serviette selon mes modestes moyens de l’époque, un machin fonctionnel probablement en plastique mais vaguement recouvert de cuir, et ce pour la somme, crois-je me rappeler, de 120 ou 130 francs (oui, 18 ou 19 euros). Eh bien, non seulement ce machin a tenu toute l’année d’agrégation, mais il est encore là vingt ans plus tard. Bien sûr, je dois admettre que je ne l’utilise pas cinq jours par semaine, qu’il m’est souvent arrivé d’utiliser d’autres sacoches ou cartables, tel le cartable de cuir que la tante de mon épouse m’a donné quand elle a pris sa retraite, lequel, plus précieux pourtant et mieux fini, n’a pas résisté plus de deux ou trois ans à ma légendaire gahoyerie. Toutefois, il est là, et, bourré de chemises cartonnées et de bouquins, ce vendredi, il m’a encore accompagné au travail.

     J’ai écrit ce billet pour le saluer.

jeudi, 29 septembre 2016

Pythonisse

Ça doive été France 4 et pas Marmiton

Si la télé on vermifugit un python.

(distique du 29 septembre 2015)

 

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(photo du 29 septembre 2012)

 

 ———▓———

 

Il me revient, à moi qui ai bientôt quarante-deux ans (est-ce possible), de poser la question : dans quelle mesure les distiques ribéryens sont autobiographiques ?

Non, pas ce soir. Je suis affligé, atterré, distrait, déboussolé.

Impossible de se changer les idées.

lundi, 26 septembre 2016

Quelques commentaires au fil de la vue, de la plume, de quoi d'ailleurs.

Déjà, être une casserole, ça me surprend. Je pensais qu'on traînait des casseroles, mais découvrir que François se dit casserole en se coiffant d'une casserole, ça me lave la scarole (pour le dire poliment).

La pézize est un champignon !

La pézize orangée est un champignon ! (Je me suis exclamé ça en entendant “je ne sais pas du tout ce que c'est la pézize”, avec l'odeur des sous-bois qui remonte dans les narines de la mémoire.)

 

Élisée, pour Reclus, m'intrigue, vu que j'ai lu L'homme des bois en 2015, et que — « il cause toujours, l'inaudible ? » — à Hagetmau on a un énorme volume de la Géographie universelle, que je me suis colleté à ce terme si gênant de francophonie forgé par Onésime, etc. Donc on va lire ce livre de Giraud, sûr.

Puis, tout ce passage du film où l'audible parle à côté de l'image de l'inaudible, c'est drôle et profond, ça frôle la discrépance (oui, celle d'Isou). L'apparition du livre, la réapparition de l'improvisation. Dans la foulée de la présentation du livre de David Le Breton, la citation de mémoire de Baudelaire est impressionnante, le surtitre a tort d'en regretter la non-abstention. Si on enlève le sujet, qu'est-ce qui parle ? Je n'ai jamais lu David Le Breton, mais y a-t-il un lien avec l'anthropologie type Jean-Thierry Maertens (sur l'inscription, l'incision, la masquilinité etc. — oui, je parle donc ici de mes obsessions, je renvoie un écho à la voix audible que j'entends — en notant cela, je marque durablement ce que je veux creuser de ce que cette vidéo palimpseste m'a suggéré).

................................ il y a vraiment un éditeur qui s'appelle Monty-Petons ??? .............

Alors, comme ça je pourrais fractionner mon commentaire pour atteindre directement les 50 commentaires. Non, je ne fais pas ça. Comme pendant qu'il y a deux livres dans la main de François Bon, il y a trois François Bon, démultiplication à l'écran.

[Loti : je n'ai lu que Ramuntcho et je n'ai toujours pas visité sa maison à Rochefort.]

▓▒░░▒ Pour se lancer dans l'édition, ça se lance ! L'oiseau d'orage, c'est un titre magnifique. Voilà, je vais vouloir emprunter La maison du péché et acheter cet Oiseau — François, il ne faut pas faire acheter des livres comme ça, c'est dangereux pour la damnation.

 

Les Petits traités de Quignard, que je n'ai pas du tout lus (décidément), je me rappelle l'avoir vu les présenter au tout début des années 90 dans une émission de télévision présentée par Bernard Rapp, avec un roman qui s'intitule Albucius.

La pézize orangée est un champignon !

La pézize est un champignon !

 

Les tricheurs qui ne cliquent que sur la fin, pour le cadeau, tu les repères avec le nombre moyen de minutes par visionnage, c'est ça qui m'a découragé de poursuivre les traductions sans filet en vidéo, car j'avais 15 vues au bout d'une semaine, avec une moyenne de 2 minutes par visionnage pour des vidéos de 11 à 15 minutes.

Donc voilà même avant le tirage au sort j'ai mérité Perrine Rouillon mais je ne triche pas du tout bien entendu.

 

dimanche, 03 juillet 2016

Chouettes abstruses

Comme il y a quelques oulipiens fort doués parmi mes lecteurs (et surtout -rices d'ailleurs), je m'ouvre ici d'une véritable question, au fil de ma lecture — discontinue — du dernier livre de Roubaud, Poétique. Remarques.

Rien à redire à la structure par accumulation, au côté parfois incompréhensible des aphorismes (mes connaissances en arithmétique et en logique sont souvent prises en faute) ni au bénéfice que tirerait cet ouvrage capital d'être publié sous un format hypertextuel (avec rappel systématique de la signification des sigles et abréviations, mais aussi liens vers les remarques connexes).

Peut-être ai-je mal lu (j'ai pourtant reparcouru plusieurs pages en amont), mais le sens profond de la remarque 1655 m'échappe entièrement :

1655. (old rem.) Le sonnet baroque est lui-même ruine, ruine formelle. Ce n'est donc pas seulement qu'il y a des chouettes.

(Poétique. Remarques. Seuil, 2016, p. 161)

 

Pas certain, déjà, de comprendre, en quoi le sonnet de l'âge baroque est en déchéance, ruine de forme... Surtout, la deuxième phrase, sur les chouettes, me demeure absolument énigmatique.

dimanche, 19 juin 2016

Fata Morgana 1966/1976

Ce matin, j'ai écrit rapidement un billet pour évoquer le texte que Bonnefoy vient de donner aux éditions Fata Morgana, avec (et au sujet) des gravures d'Alechinsky.

Hasard (moitié de hasard, en fait), nous nous sommes promenés cette après-midi après le déjeuner rue Colbert, pour la foire aux livres, et j'y ai dégotté, entre autres, un petit livre de poche dont j'ignorais l'existence, un 10/18 anthologique paru en 1976 pour commémorer les dix ans d'existence des éditions Fata Morgana, et qui contient, entre autres, une non-préface géniale de Butor et – en épilogue – un entretien entre Bernard Noël et l'éditeur, Bruno Roy. L'anthologie s'intitule sobrement Fata Morgana 1966/1976.

Mon épouse a aussi déniché, pour sa mince et débutante collection d'ouvrages de conseils aux maîtresses de maison, La bonne maîtresse de maison de la comtesse de Lennery, exemplaire assez abîmé d'un ouvrage dont le vendeur lui a garanti qu'il était antérieur à la guerre de 14. Les recherches sur Google se sont avérées assez peu fructueuses (il faudra que je mette en marche des outils bibliographiques plus scrupuleux), que ce soit sur la date exacte du livre ou sur son auteur, mais j'ai ainsi découvert que mon collègue historien Robert Beck, dont je ne croise plus le chemin que très épisodiquement, était l'auteur d'une Histoire du dimanche de 1700 à nos jours dont le sujet est très intéressant, et qui recense, dans sa bibliographie, cet ouvrage de l'énigmatique (sans doute est-ce un pseudonyme) comtesse de Lennery.

J'ai aussi acheté le recueil d'essais de Henri Lopes, Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois, paru en 2003 et dont j'ai le plaisir de voir qu'il a été réédité ; cet exemplaire date de 2009. J'y trouve le sujet de ma prochaine traduction vidéo, le texte autobiographique qui s'intitule “Métis”.

dimanche, 08 mai 2016

Sur le

Comment puis-je encore m'illusionner à penser qu'en voyage, en famille, il me sera possible d'écrire dans ces carnets, et même de décrire un site sur le motif ? Ce n'est tout simplement pas possible car je n'en ai pas envie. Une chose à la fois, ce qui me définit assez mal mais s'avère pourtant exact, sur ce point.

Deux journées dans la Brenne, d'une grande richesse, et qu'il faudrait raconter, tout comme je peine à remettre tout ce qui est narratif sur le métier. Ainsi, le séjour wallon, qui s'est achevé il y a à peine un an, j'avais tenté d'en donner une version a posteriori, mais qui n'a cessé de se ramifier sur le tard, et qui est, pour l'instant interrompue.

Il me semble que je n'ai plus envie d'écrire que des poèmes, en revenant par là à mes débuts, à l'enfance de l'art sur papier brouillon. Si je devais me fier à la mémoire et tenter de circonscrire l'essentiel de ce que j'ai retenu des 48 heures passées en Brenne, j'en aurais pour des semaines, et ça finirait, là encore, par déraper, de sorte que je m'en tiens à quelques strophes sur le fil du rasoir, qui paraissent en dire plus long (c'est une illusion).

dimanche, 24 avril 2016

Hâtes de Hasenclever

Dubillard.jpgCe dimanche, la promenade — par un temps très frais, pas du tout aprilien (à moins de décider, une fois pour toutes, qu'avril est le mois le plus cruel) — aux jardins des Prébendes, pour le marché des bouquinistes, a donné sa moisson, restreinte mais curieuse :

  • un livre de Roland Dubillard en collaboration avec Philippe de Cherisey (acheté pour Dubillard, et pour sa quatrième de couverture)
  • un roman de Pirandello, Feu Mathias Pascal (je ne savais même pas qu'il avait écrit des romans, c'est vous dire mon inculture)
  • une mince plaquette de vers allemands, qui m'a intriguée, dans un bac dépenaillé de bouquins abîmés à 1 euro pièce, Der Jüngling de Walter Hasenclever, éditée à Leipzig en 1913

IMG_20160424_220316.jpgCe dernier volume s'avère sans doute le plus marquant, non seulement car trouver ce genre de rareté pour un euro à Tours n'est pas chose courante, mais surtout parce que, si j'ai choisi de l'acheter en partie pour montrer à mon fils aîné la graphie gothique et aussi en dépit du caractère plutôt académique — à ce qu'il m'avait semblé — des poèmes, j'apprends en fin de compte que son auteur est un poète et dramaturge certes du second rayon mais tout de même compté parmi les figures de l'expressionnisme allemand.

Né en 1890, il a connu un itinéraire assez proche de celui d'Apollinaire au début de la Première Guerre mondiale, avant d'enchaîner plusieurs pièces théâtres (dont une adaptation en 5 actes du Gobseck de Balzac !). Considéré comme “dégénéré” par les nazis, il fuit l'Allemagne en 1934 après avoir vu ses livres arrachés aux bibliothèques et brûlés publiquement (comme tant d'autres). Réfugié en France, du côté de Nice, il finit par se suicider en juin 1940, après la victoire de l'Allemagne sur l'armée française et l'annonce de la capitulation française.

À première vue, je l'ai dit, les poèmes brefs de la plaquette achetée aujourd'hui n'ont rien de très révolutionnaire... rien qui rappelle Trakl ou Heym, par exemple. Toutefois, il y a d'étranges poèmes de treize vers, de forme non fixe mais presque systématiquement dérivés de la forme sonnet. J'essaierai peut-être d'en traduire un ou deux, et, à coup sûr, d'écrire des sonnets-Jüngling (comme j'ai publié, ces derniers jours, trois sonnets-grands-lièvres*) : faut-il cependant les nommer sonnets ou treizains ?

Le nom de Hasenclever, aussi, est plutôt singulier, ou me semble tel. En tout cas, il pourrait donner lieu à un onzain de la série des Zézaiements.

Je me sens plutôt déprimé, en friche, ces temps-ci... On peut se raccrocher à peu, hein...

 

 

* Pas le temps d'expliquer ce qu'est la forme du sonnet-grand-lièvre. Voici en tout cas la liste des trois publiés à ce jour (seuls les deux derniers sont techniquement de véritables “grands lièvres”) :

  1. Qu'est-ce que ça veut dire 1
  2. Ta/Fou
  3. VCV

 

mardi, 12 avril 2016

Je n'ai pas de “sa-langue”

Après huit jours d'interruption pour cause de séjour parisien — et pourtant, comme je l'ai brièvement évoqué au début de la vidéo publiée avant-hier, j'avais envisagé divers tournages possibles dans la capitale (il n'en a rien été) —, j'ai repris le rythme quotidien d'enregistrement et de publication de traductions filmées improvisées.

Après deux poèmes de Ted Joans, ce qui m'a fait penser que lui, comme Red Shuttleworth et Tatamkhulu Afrika, mériterait sa pierre en France, je viens de traduire en anglais un poème très simple du poète belge Jean-Luc Wauthier. Comme l'objectif était que cette vidéo fût la plus brève possible, je ne suis pas entré dans les détails, mais :

* suite à une discussion avec François Bon, qui m'a dit il y a une dizaine de jours que mes vidéos français → anglais étaient moins intéressantes, j'ai beaucoup réfléchi, et maintiens qu'il ne s'agit pas seulement (et, en l'espèce, pas du tout (je montre plutôt mes failles)) de montrer que je suis fort en thème, mais de montrer une autre facette de l'exercice, de proposer une réflexion la plus complète possible, à ma modeste échelle, de ce que peut être une telle pratique quotidienne de la traduction littéraire improvisée

* pour cette raison, j'ai déjà fait une incursion dans le territoire allemand, et essaierai peut-être prochainement d'autres territoires (latin, italien, espagnol, portugais — soyons fous)

* dans la brève vidéo consacrée au poème de Wauthier, je parle de gymnastique, et c'est de cela qu'il s'agit : filmer le mécanisme, le fonctionnement d'un atelier parmi tant d'autres... et donc, cet atelier n'est pas uniquement, comme l'institution (universitaire autant qu'éditoriale) voudrait nous y réduire, celui d'un quidam qui traduit dans sa langue.

Pas du tout...

“Sa langue”... Quel non-sens...

Les éditeurs du monde entier n'admettent généralement de travailler avec un traducteur qu'à condition qu'il traduise dans sa langue maternelle. Je mets de côté le cas des personnes qui ont plusieurs langues maternelles, des vrais bilingues ou trilingues ; ce n'est pas mon cas, et je l'assume ; l'anglais ne sera jamais une langue que je maîtrise aussi exhaustivement que le français, et pourtant, si je lis un poème en français et si se met en branle, en moi, le passage dans cette autre langue qu'est l'anglais, je suis certain que ma langue, à ce moment-là, est l'anglais. Je peux penser et écrire en plusieurs langues, et je sais pouvoir passer de plusieurs manières d'une langue à une autre.  

Pour le dire autrement, et même si ça va sembler arrogant (or, ça ne l'est pas : je postule que cela est vrai de centaines de millions de personnes qui en font l'expérience quotidiennement ou presque) : quand je lis un texte, quel qu'il soit, et quand me vient progressivement ou par bribes la traduction de ce texte en anglais, la langue anglaise m'appartient plus qu'à bien de ceux dont elle est la langue, ou dont on voudrait fixer immuablement le fait qu'elle est “leur langue”, leur sa-langue.

Phallacieux podomètre

(J'hésite à écrire et publier ce qui suit — mais enfin, si le ridicule tuait, la moitié au moins des chroniques de ce blog et les trois-quarts de mes cours m'auraient déjà valu un foudroiement en bonne et due forme, donc autant ne pas s'arrêter en si bon chemin.)

Je signalais hier que je m'étais lancé dans un nouveau chantier d'écriture, les Élugubrations, série de textes parlécrits, c'est-à-dire dictés en marchant au smartphone (parlés en vue de les publier sous forme écrite). Comme je compte trouver un moyen de relier ces textes aux trajets qui les ont, non pas inspirés, mais encadrés, pour ainsi dire, j'ai également recours, depuis avant-hier, à un podomètre, dont j'ai voulu vérifier l'exactitude ce matin en allant acheter pains aux raisins, tresses chocolatées et palmiers à la boulangerie.

À l'aller, le smartphone était dans la poche de mon blouson, et il a calculé un trajet de 830 mètres. Au retour, j'ai dicté quelques paragraphes, sur une grosse moitié du chemin, et il en a conclu que l'itinéraire était de 1070 mètres. Or, il s'agit du même trajet, au pas près. J'en conclus que, selon que je laisse le smartphone au repos dans la poche du blouson ou que je l'agite plus ou moins en dictant un texte, l'application Pedometer ajoute ou retranche des pas. Après vérification dans Google Maps (et à supposer que ce site-là ne se trompe pas lui aussi), l'itinéraire fait 950 mètres... soit une distance exactement intermédiaire entre les deux calculées par l'application Pedometer !

Reste, le désir d'exactitude étant définitivement enterré, à régler la vraie question qui se pose à moi : comment faire aussi du podomètre un outil d'écriture ?

jeudi, 07 avril 2016

Doliprane 3000

« Je crois qu'il existe un centre droit, mais qu'il n'existe pas de centre gauche, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas des gens de gauche qui sont centristes.»

(J.-C. Lagarde, le meilleur ami des vendeurs d'aspirine)

mardi, 22 mars 2016

Bruxelles

La seule riposte, la seule réponse dont j'aurai été capable, ce matin, fut de me filmer à chaud en train de traduire au débotté un poème de Paul Nougé. Il y a encore quelques mois, mon père était toujours fourré à Bruxelles, et ma mère souvent avec lui, alors que je n'y ai pas mis les pieds, moi, depuis dix-huit ans. Tout cela est curieux, étrange, résonne curieusement.

Aujourd'hui, pas parvenir à tirer tout cela vers autre chose que le journal personnel.

Les traductions au débotté deviennent une sorte de journal filmé. Lors de la séquence consacrée à deux pages de Barrett Watten, j'avais commencé par pérorer un peu au sujet de Roubaud et de son Traduire, journal ; c'était tellement médiocre que j'ai coupé au montage. (Je fais beaucoup ça, désormais, couper au montage, afin que l'exercice soit plus nerveux, moins pénible à suivre... déjà que j'ai quatre téléspectateurs à tout casser...*)

 

Depuis quelques jours, je lis le dernier volume paru du journal de Bergounioux, qui n'occupe, cette fois-ci, qu'une demi-décennie, une lustre. Quand je me suis aperçu que — alors que j'avais lu les années 1980-1990 et 1990-2000 avec des années de retard, quelque temps après leur parution — ce volume-ci s'achevait le 31 décembre dernier, je me suis précipité, c'est bête, sur les entrées du 7 janvier 2015 et suivantes, ainsi que sur celle du 13 novembre. (Je savais que Bergounioux avait perdu sa mère et que cela constituait le grand point noir final de cette demi-décennie, mais ne savais pas que c'était le 12 novembre.) Sinon, je lis chronologiquement, et j'en suis à l'automne 2011 : les notations continuelles et successives sur l'état de son cœur et de sa tension montrent combien il s'agit d'un homme exceptionnel de continuer à se forger pareille discipline de travail et de vie, et de poursuivre comme il le fait, au gré des innombrables tracas du RER, ses déplacements professionnels ; ces notations sont aussi son fil conducteur, malheureusement pour lui.

 

 

* Même les dédicataires ne savent pas, pour la majorité, qu'un film leur est signé.

samedi, 12 mars 2016

Grand vingtième & terne système

Demain, cela fera un an que je commençais le projet Prison des tempos, un peu moins de deux ans après une autre série de textes visant à subvertir l'idée même de Printemps de poètes, Prime Time of Poesy. — Cette année, la manifestation officielle du Printemps des poètes célèbre « le grand XXe siècle, d'Apollinaire à Bonnefoy ». Tout dans ce titre est à côté de la plaque : l'idée de grandeur poétique ; l'idée que le vingtième siècle seul aurait agrandi l'univers poétique (que serait Apollinaire sans Baudelaire et Rimbaud ?) ; surtout, la primauté du lyrisme et de la poésie versifiée.

Qu'on ne se méprenne pas : j'admire beaucoup Apollinaire et Bonnefoy, que je lis assidument. Le problème n'est pas là, mais dans leur capture — leur embrigadement — leur embastillement par ces forcenés de la mignardise que sont, année après année, les organisateurs du Printemps des poètes.

Dès demain, je proposerai, sur l'autre blog, une série de sizains à métrique variable, antilyriques, dont le titre général sera Le terne XXIe (pour me moquer).

J'essaierai d'en écrire par jour jusqu'au 21 juin.

 

lundi, 07 mars 2016

▓ undotted ▓

Nasser reluctantly took his seat. He felt a question surge to his throat, a question about Samater, about the maid, about Idil and, naturally, about Medina, too. Undotted in its unutterability, the question stayed in his throat and tickled the nerves of his larynx like a two-day-old stubble of a beard. (Sardines [1981], Grawolf Press, 1992, p. 106)

Dans ce chapitre 5 — qui s'ouvre par une scène extraordinaire de volupté et de bonheur formel, le frère massant la sœur — Nasser se trouve face au conflit voulu par Medina, conflit ouvert contre le régime dictatorial de Siyad Barre, rupture avec la famille de son mari, rupture avec les codes, rupture avec ce que même son statut d'“intellectuelle” lui permettrait d'endosser. Dans ces trois phrases, Nuruddin Farah se concentre sur ce sentiment grandissant de mal-être éprouvé par Nasser, en faisant alterner les notations abstraites (reluctantly, unutterability) et les précisions physiques (surge, tickled).

La réticence est ici prédominante au point d'inverser les données de la biologie : l'homme (le frère) sent sa barbe pousser à rebours et lui chatouiller le larynx. La magnifique formule duelle et allitérative, undotted in its unutterability, prend alors toute sa valeur en restituant l'accent sur le premier mot : undotted. s'agit-il-il des brins de barbe, des points sur les i d'une question virtuelle imprononçable (ou du point sur le i de sardines, sur le double i de colin-maillard), ou des points de suspension qui ne servent jamais qu'à manifester le plein du vide, entre questions insistantes et omissions ?

 

[De Sardines, aussi, il faudrait tout citer. J'ai perdu une heure à chercher une phrase.]

 

dimanche, 28 février 2016

“avec encore des puzzles, et un géranium indifférent”

François Bon a publié aujourd'hui une vidéo, tournée en Auvergne, où il se trouve pour une quinzaine.

Dans cette vidéo, il lit le premier état d'un texte en cours sur les livres perdus ; le film, de neuf minutes, s'intitule Récrire un fichier perdu.

 

 

Comme toujours dans son vidéo-journal, il ajoute des surtitres, brèves notations expliquant ce que l'on voit à l'image, ou commentaires subjectifs. Ici, le caractère discrépant m'a particulièrement frappé. Sans doute y suis-je très attentif car la rencontre du concept de discrépance, quand j'ai dévoré les œuvres théâtrales et théoriques d'Isidore Isou, en 1995, m'a durablement marqué. 

Ce qui me frappe, c'est qu'il devient difficile — au fur et à mesure que François Bon filme les pièces du gîte, tel ou tel objet insolite, telle porte ouvrant sur le vide, et qu'il y ajoute ses lapidaires légendes — de se concentrer sur le texte qu'il lit, pourtant essai sur un sujet qui m'intéresse. L'esprit n'est pas seulement partagé, divisé entre l'image et le son, qui sont en décalage (discrépance), mais aussi entre la forme de l'essai lu (prose théorique) et les légendes, qui s'apparentent souvent à des sortes de haïkus en vers libres. Le mien, d'esprit, a fini, au premier visionnage, par n'être plus happé que par le gîte et les notations en légende.

Heureusement, on peut relancer la vidéo...

Deux autres éléments, plus personnels, peuvent expliquer ma distraction :

  • souvenirs (excellents) de notre séjour dans le Cantal, à Pâques 2014, dans le château de Jussac
  • quand je regarde les vidéos de François (toutes), je me retrouve vite à tenter la traduction simultanée des légendes... ce qui n'est pas gênant quand le vlog ne propose que les images animées et les légendes [Je vais sans doute donner prochainement un extrait d'une des vidéos de François à traduire dans la partie “improvisation” de mon cours de thème de troisième année.]

 

▓▒░░▒▓▓▒░ Plusieurs fois, depuis un an et demi j'ai tenté de faire des billets de vlog, mais, outre que je ne prends pas le temps de travailler tout ça dans WMM, ma connexion est si lente qu'une mise en ligne sur youTube prend deux plombes pour un fichier de 8 minutes. ▓▒░░▒▓▓▒░

samedi, 27 février 2016

Blousés

“un spécialiste peut se blouser comme un autre homme”

(Gide, Journal, 1933, cité dans le Robert)

 

Au détour d'une page sur Kafka – que je n'ai pas assez relu depuis que je me suis fait offrir les Sämtliche Werke – Christian Garcin évoque Epépé de Ferenc Karinthy, et c'est un nouveau livre qui s'ajoute à la pile virtuelle.

 

Dans Labyrinthes et Cie, Garcin évoque aussi son travail de recherches sur la figure de labyrinthe chez Borges et déclare avoir « eu le sentiment d'avoir été proprement blousé, “promené” comme on dit dans le Sud, par un Borges infiniment trop malicieux pour moi » (p. 69).

Là où Garcin voit un méridionalisme (je suppose — je suis, comme on le sait, très réticent à une telle absence de nuance, ayant grandi en trouvant les Provençaux beaucoup plus étranges, dans leur parler et leurs habitudes de pensée, que les “Parisiens”), le Robert parle d'une locution figurée et vieillie : « promener quelqu'un, le mener en bateau, le lanterner ». Et cite le Dictionnaire de l'Académie : “voilà six mois qu'il me promène”.

En ce sens, la promenade prend le sens de déroute organisée, de désorganisation, de dédale interprétatif. (Et de mon remords de ne pas avoir assez lu Kafka depuis 2012 j'en viens au regret de ne pas avoir encore lu Der Spaziergang de Walser.)

 

J'en termine avec un fait brut, anecdotique : dans l'exemplaire du livre emprunté à la B.U. Se trouvait, outre ma fiche de réservation, une précédente fiche d'emprunt au nom d'Élodie Buttieu (“retour le 29/03/2006”).

jeudi, 04 février 2016

Dissidence dans le classement

Quel plaisir de perdre cinq minutes, parfois plus, à chercher un livre sur mes étagères “africaines”, parce que le classement est totalement anarchique, ni alphabétique ni par pays ni même par auteur, pas vraiment par format... Je m'y retrouve à peu près, et quand je ne m'y retrouve pas, c'est l'occasion de s'arrêter sur un titre, d'ouvrir un ouvrage qui avait été un peu délaissé...

 

(De vieilles velléités de dissidence.)

dimanche, 31 janvier 2016

Dernier jour du mois, mise au moindre

Heureusement que je tiens ces carnets pour moi-même — il y aurait, ces temps-ci, de quoi se décourager.

D'une part, je peux être satisfait d'avoir encore, ce mois de janvier, tenu le rythme de publication quotidien dans les deux blogs, d'avoir embrayé plusieurs nouveaux projets, et ce malgré des semaines de boulot absolument démentes. D'autre part, je vois que février s'annonce plus retors, comme souvent, avec les “vacances” (en partie déconnectées (à chaque fois que j'écris des textes en vue d'une publication ultérieure, ça m'ennuie de les publier une fois que je suis revenu à Tours, avec une connexion, et que je les relis)) et le risque de l'enlisement. En effet, les nouveaux projets exigent tous une certaine régularité, doublée d'un peu de pugnacité.

tsjanvier2016.pngIl y a toutes les formes singulières, mais je crois que, pour cela, je n'arriverai jamais à me contraindre à écrire un ou deux poèmes par jour en alternant les formes fixes. Plus sérieusement, il y a le projet Nuruddin, le projet Christian Garcin, le chantier 16 en 16, Par les lettres, le centenaire Ferré, sans compter la remise sur le métier d'Artois, à moi, des textes croisés Ping-pong-Pong-ping, et de l'inflexion apportée à Aujourd'automne. Quand je suis en “vacances” hors connexion, il faudrait que j'écrive pour ces projets-là, justement, sans quoi ce sont ces phases d'intermittence qui font patiner l'ensemble.

De toute façon, j'ai toujours avancé en me dispersant. Déjà, là, alors que je n'ai pas fini la lecture de Dépressions, ni de Centurie (qu'il faut lire par bribes, donc pas grave), que j'amorce à peine la découverte du continent Garcin, je me lance dans la lecture de Männer Phantasien de Klaus Theweleit. (Au moins, je lis en allemand...)

Pffffffff, pfff.

mardi, 05 janvier 2016

La boucloucle va boucler

Un moment comme tant d'autres.

Ce matin, dans le tramway, je lis la très belle nouvelle de Christian Garcin, “Les muets” (dans La neige gelée ne permettait que de tout petits pas). J'ai décidé de découvrir Christian Garcin suite à une vidéo enthousiaste de François Bon. Presque simultanément, notre ami lillois — à qui nous avons rendu visite début mai — nous envoie ses vœux électroniques. Or, la nouvelle se passe à Lille, se nourrit de la ville.

Plus tard, je lis, sur Facebook, la belle chronique d'André Markowicz sur la neige tombée dans la nuit du 3 janvier à  Petersbourg. Comme cela me fait penser au célèbre “Souvenir de la nuit du 4”, je cherche, comme ça, au hasard, une traduction anglaise.

Après avoir trouvé une paraphrase d'une étonnante platitude, je trouve, sur Wikisource, une magnifique traduction. Elle est de Toru Dutt... Toru Dutt, je la connais, sous un autre versant, grâce au travail de Chandani Lokugé, autre écrivaine que j'ai pu côtoyer — comme André Markowicz et François Bon — lors de son séjour de travail à l'université de Tours.

 

mercredi, 30 décembre 2015

Méthanes

23 décembre 2015 / 7 h 15

 

Ce matin, levé plus tard que les trois matins précédents, cette fois-ci réveillé par la chatte (mais enfin, j'étais à moitié réveillé), après l'avoir menée au garage et lui avoir ouverte le portail, après avoir écrit le sonnet quotidien, j'allume exceptionnellement cet ordinateur – celui de mon fils aîné, que l'on fait suivre, pour qu'il serve plus ou que le mien serve moins, se repose à Tours – avec dans l'idée de noter deux ou trois choses.

Il fait très doux, ce Noël. On sait qu'une énorme fuite de méthane s'échappe d'un gouffre, hors de tout contrôle, en Californie, tandis que les incendies indonésiens auront été (et dont encore) une des pires catastrophes environnementales de ces dernières décennies. Tandis que tout le monde semble s'en désabuser, je suis, impuissant, de plus en plus convaincu qu'on va vraiment voir tout périr, nous, notre génération... mes premiers – exécrables – poèmes, quand j'avais douze ans, ne parlaient presque que de ça.

Il fait une douceur terrible, donc.

 

samedi, 12 décembre 2015

Comment traduire les distiques ribéryens ?

Le ribéryen, on le sait, est un idiolecte. Langue tout à fait singulière, avec ses règles propres, ses associations apparemment arbitraires d’auxiliaires et d’adjectifs (on a dur) ou ses redondances fulgurantes à base de savants amalgames (la routourne va tourner).

 

Hier, en cours de traductologie, on travaillait sur trois traductions de “Matinée d’ivresse”. Ce qui pose le plus de problèmes aux étudiants, au fond, c’est la langue de Rimbaud, ce que dit sa prose. Une étudiante très fine, qui participe bien, venait, juste avant la fin du cours (vendredi, 17 h 55, permettez qu’on se déboutonne), d’expliquer qu’elle préférait la façon dont John Ashbery évitait la répétition de « cela finit », répétition qu’elle trouvait, pour sa part, trop lourde (ou trop grandiloquente peut-être ?).

Je lui ai fait remarquer que c’est la langue de Rimbaud qui la gênait mais que, bien sûr, si on traduisait Rimbaud, on traduisait sa langue. On a le droit de ne pas aimer les Illuminations, mais si on les traduit, ce n’est pas dans l’idée de les améliorer. Rendre, sur tel point, Rimbaud moins emphatique ou moins lyrique, ou moins obscur, ce n’est pas le traduire.

J’ai alors pris – cela ne surprendra personne ici, depuis des années que je vous saoule avec les distiques – l’exemple du ribéryen : Rimbaud, c’est comme Ribéry, en un sens ; si vous décidez de traduire Ribéry en anglais, vous ne pouvez pas faire comme s’il s’exprimait dans une langue banale. Et me suis aperçu que, toutes ces années, je n’ai jamais cherché, je crois, à traduire “la routourne va tourner”.

 

Ribéry, ça fait toujours rire les étudiants. (Ça faisait moins rire quand, pour corriger les devoirs de version, il y a quelques années, je m’étais fait confectionner un tampon « Franckophone ! ») Mais Ribéry pose un véritable problème de traduction. On a dur, comment traduire ? We have tough ? We are hardness ? We finding hard ?

Et la fameuse phrase de la routourne ? There’ll be a wheelturn of the wheel ? Fortune will wheel ? The wheel of fortune is bound to turnbound ?

 

Si je choisissais de traduire mes distiques, je me trouverais à traduire un ribéryen fictif, outrancier, dont je suis l’auteur, donc j’aurais peut-être plus de facilité à adapter… mais c’est tricher, un peu…

vendredi, 04 décembre 2015

Gib's auf

Un très beau texte publié ce matin par François Bon me remet en mémoire — ou sur le chemin du — bref texte de Kafka, Gib's auf (dont voici la version allemande et, grâce à une autre partie du site de François, la version française).

 

Pour le plaisir de retrouver inactifs (“cassés”), dans quelques années, la quasi totalité de ces liens intégrés, je mets en ligne ci-dessous quelques films inspirés de cette micro-nouvelle, et dans lesquels on peut aussi (pas toujours) entendre le texte allemand.

 

...

(Il n'existe pas de coïncidence : aujourd'hui, dans l'un de mes cinq cours, celui de traductologie pour les étudiants de troisième année, nous allons plancher sur trois traductions anglaises de Matinée d'ivresse.)

 

samedi, 28 novembre 2015

Par les lettres, 1

Il faisait froid, ce soir-là, sur le quai de la gare, à Dijon.

Était-ce en 2000 ? Avec le baladeur CD (oui, oui), j'écoutais Pression, le premier album de Kartet, acheté quasi par hasard un ou deux ans plus tôt, d'occasion, à Paris.

Que de découvertes capitales faites à l'époque des razzias chez Gibert, tiens c'est 30 francs, pourquoi ne pas tenter ? (Ainsi, tout de même, Julien Jacob, en 2000, justement.)

Ne nous éloignons pas du sujet.

Pression. Album fondamental, s'ouvrant et s'achevant sur deux versions différentes de “High Steak”. Guillaume Orti, l'ai-je déjà écrit, est un des saxophonistes les plus sous-estimés ou méconnus de sa génération. Les trois autres compères ont aussi suivi leur chemin.

Ligne interrompue.

Lignes coupées.

Décision d'écouter, dès que je le pourrai, certains de mes disques par genre et par lettre de l'alphabet, histoire de refaire le tour de mes étagères (question que l'on ne se pose pas, ou frustration que l'on n'a que plus temporairement pour les livres : est-ce l'effet des contraintes temporelles ? pourtant, il m'arrive de me dire que je relirais volontiers Les Géorgiques de Claude Simon, par exemple, ou Look Homeward, Angel — et je ne le fais jamais).

Tout proche de Pression, il y a la réédition de deux albums de Roland Kirk, Domino et Reeds and Deeds. Au moment où j'écris ce §, j'écoute la version de “Get Out of Town” (avec un phrasé déboulé étonnant de Wynton Kelly au piano). Kirk, bien sûr, on l'imagine toujours en train de siffler/parler tout en tenant en bouche quatre instruments différents, mais l'émotion ne passe pas par ces prouesses, mais par la teneur particulière du souffle. (Note to self : réécouter “A Stritch in Time”, composition symptomatique.)

Après cela...

Après que le soleil aura séché la minuscule flaque au centre de la table noire...

[Stéphane Kerecki Trio]

jeudi, 19 novembre 2015

État d'urgence

« Les mesures d’exception qui vont à l’encontre des libertés publiques ne permettent pas de lutter efficacement contre le terrorisme. Les états d’exception qui se pérennisent, c’est l’Etat de droit qui est mis à mal. » (Nicolas Krameyer)

 

Facile à dire, mais je pense que, député, j'aurais fait partie des cinq qui ont voté contre la prolongation — et non la prorogation — de l'état d'urgence.

Nous avons, malgré tout, besoin de plus de liberté et de moins de flicaille.

 

/ Lire ici /

mardi, 17 novembre 2015

“dans sa mémoire faire un tri”

23 octobre, 6 h 20

 

il m'a tiré du lit le cri

de l'engoulevent ce matin

c'est à en perdre son latin

dans sa mémoire faire un tri

 

sous l'érable trouve un abri

ni mazurka ni baratin

ni ronds-de-jambe le gratin

de la faune s'est amoindri

 

aussitôt donc en me levant

je saisis mon petit smartphone

qui m'est un carnet et beaucoup

 

davantage et hurlant au loup

en silence ai pour l'avifaune

le sonnet de l'engoulevent

 

lundi, 09 novembre 2015

Appel à une traduction de Józef Szczepański

Hier soir, j’ai écouté le concert de Thiéfaine au studio 104, qui était diffusé en direct sur France Inter. Le concert m’a laissé sur ma faim, car, hormis dans deux ou trois chansons, les arrangements avec orchestre à cordes ne changeaient pas fondamentalement la donne. De plus, la présentatrice s’est sentie obligée d’ajouter quelques commentaires, soit de l’ordre de l’audiodescription (“Hubert-Félix Thiéfaine entre sur scène, costume noir” (elle aurait dû ajouter la marque et le prix, pour faire festival de Cannes, cette idiote)) soit de pure désinformation (“l’album Suppléments de mensonge est le premier sur lequel Thiéfaine a travaillé avec des ensembles de cordes”).

Thiéfaine ne semble pas varier du tout les annonces qui précèdent telle ou telle chanson : c’était, au mot près, ce qu’il disait il y a un mois au Vinci, à Tours. Nous étions ressortis enchantés, la tête dans les nuages, de ce concert ; là n’est pas la question. Mais, pour ceux qui iraient le voir plusieurs fois au cours de sa tournée, je me dis, variatio placet, non ?

 

Un de ces préambules (à la magnifique chanson “Karaganda Camp 99”) est une citation, qu’il présente ainsi : « Dans les ruines de Varsovie, un poète polonais a écrit : “Nous t’attendons, peste rouge, pour nous délivrer de la peste brune.” ». Entendant de nouveau cet introït, hier soir, je me suis dit que ce poète devait bien avoir un nom. Une brève recherche sur le Web m’a appris qu’il se nommait Józef Szczepański, né en 1922 et mort en 1944 lors de l'insurrection de Varsovie, trois jours après avoir écrit ce texte, peut-être son plus célèbre, “Czerwona zaraza”. Sur le Web, à tout le moins (il me reste à faire des recherches plus poussées, notamment dans certaines bases de données et sur le SUDOC), il semble que n’existe de traduction française ou anglaise de l’œuvre de ce poète assassiné par les nazis, et dont posséder seulement un poème chez soi était passible d’emprisonnement dans la Pologne sous contrôle soviétique. Il va sans dire que les outils automatiques de traduction ne proposent que d’infâmes gloubi-goulbas dans lesquels on ne peut même retrouver un mot à mot à reconstituer. Là, même Ariane avec son fil se ferait bouffer par le minotaure.

J’ai publié le premier quatrain du texte polonais sur mon mur, sur Facebook, et une discussion n’a pas tardé à s’ensuivre, jusqu’à l’intervention d’une ancienne étudiante, Gosia, que j’avais friend-requestée en 2009 ou 2010, quand elle n’était déjà plus mon étudiante ; on ne s’est pas revus depuis six ans, je crois, mais on se suit avec intérêt. Gosia, qui est polonaise, suivait mon cours de version de troisième année en 2007 ou 2008, et quoique, de son aveu, elle n’apprît le français que depuis deux ou trois ans, elle réussissait à avoir de meilleures notes en version qu’un certain nombre de ses camarades de langue maternelle française. Un esprit vif et intelligent, pour résumer. Hier soir, tout en s’excusant d’avoir « du mal à traduire de la poésie », elle a proposé une version française de ce quatrain, que je donne ici :

Nous t’attendons, la peste rouge,

Pour que tu nous sauves de la mort noire,

Pour que dans le pays que tu avais déchiré en morceaux

Tu sois la rédemption accueillie avec répugnance.

 

Il s’avère donc, entre autres, que la suite du poème semble encore plus belle que ce début déjà si prenant cité par Thiéfaine, mais aussi (surtout) que le texte de Szczepański ne répète pas peste.

Bref, il faut (faudrait) découvrir Józef Szczepański, et le traduire.

 

Je vais profiter de ce billet pour faire un bref plaidoyer en faveur des réseaux sociaux. Oui, ce sont des accélérateurs d’inculture, des bastions de l’illettrisme, mais, de mon point de vue, ce sont aussi, depuis plusieurs années, de formidables outils de travail, ainsi qu’un lieu où, chaque jour, je m’enrichis, fais des découvertes, trouve à nourrir ma curiosité intellectuelle. Quand j’ai commencé à tenir un blog, il y a dix ans et quelque, bien des collègues ou amis me disaient : ah non, les blogs, je trouve ça vain, tout ce déballage intime. C’était méconnaître alors l’existence de nombreux blogs dont l’objet n’était aucunement de déballer sa vie privée. C’était réduire les blogs aux skyblogs (qui ont disparu, justement, avec la vague Facebook). De même, avec les réseaux sociaux, la qualité intrinsèque du medium (ou ses possibilités) n’a aucun rapport avec l’usage majoritaire qui en est fait. Tout cela revient à dire, par exemple, qu’il faut casser toutes les télés parce que trop de gens regardent Les Marseillais à Cancun. Je suis certain qu’on trouverait, dans les archives, des textes de détracteurs du cinéma qui, dans les années vingt, mettaient dans le même panier, pour ne pas même être allé y voir de près, des niaiseries muettes et Murnau.

dimanche, 17 mai 2015

Savannah — Un tatou mort avant nous

Le nouveau livre de Jean Rolin est un bref récit de son retour à Savannah, sept ans après y avoir séjourné avec sa femme, Kate, laquelle est morte dans l’intervalle. L’élément structurant de ces allers-retours entre 2014 et 2007, ce sont les films réalisés par Kate, que le narrateur décrit, dont il transcrit certains dialogues et qui lui servent aussi de guide pour repartir, le plus précisément possible, sur les traces du couple d’avant. Rêveries du veuf solitaire, les chapitres proposent une forme de condensé de la poétique de Rolin : attention aux détails incompatibles avec le tourisme, description des friches industrielles, mise en scène (au sens noble – il leur donne la parole) des laissés-pour-compte (je ne sais quelle expression convient le mieux pour l’anglais disenfranchised).

Outre que les chauffeurs de taxi jouent un rôle primordial (de passeurs ?) dans les itinéraires du récit, une figure prend plus d’importance au fur et à mesure qu’elle devient moins menaçante : celle du petit homme au parapluie à « l’allure invariable, mécanique » (p. 40) : Doppelgänger, image de l’errance déraisonnable et systématique, autre forme de passeur ?

Dans un récit qui gravite autour de la figure de Flannery O’Connor – dont je n’ai jamais rien lu, il me semble, et dont le texte a le mérite de   donner envie de lire la nouvelle ‘The Lame Shall Enter First’ – et de la visite à sa maison fatale, perdue en forêt, Rolin ne dissimule rien de l’atelier, ainsi quand il avoue que Google Maps est « cette espèce de miracle informatique grâce auquel je viens de retrouver le lieu exact de cet épisode » (p. 37). De même, si fasciné soit-il par les friches et par ce que je tente parfois moi-même de décrire dans mes kleptomanies überurbaines, il n’en déplore pas moins la banlocalisation généralisée (ce que Renaud Camus nomme aussi “le devenir-banlieue du monde”, et dont il fut question dernièrement pour la France) : « on se retrouve dans un paysage de désolation, celui d’un mall démesurément étendu et de ses métastases, dont seules quelques prémices étaient visibles en 2007 » (p. 88). Sans mise en scène macabre, très naturellement pourrait-on dire, le narrateur se livre à une sorte de mime de la mort, de doublement spectral, comme lors de la visite au cimetière sur les traces de l’hypothétique tombeau du père de Kate. À cette occasion, le lecteur comprend que, deuxième vidéaste, Jean Rolin filme également ce deuxième voyage à Savannah :

À Lionell, j’avais prétendu qu’il s’agissait de ma propre famille, ou de quelque chose de ce genre, afin qu’il ne soit pas surpris quand il me verrait sortir de la voiture, comme je le fis, et reproduire scrupuleusement, en les filmant, tous les gestes que Kate avait accomplis dans le même lieu. » (p. 110, c’est moi qui souligne)

En fin de compte, dans un récit tout en strates et traces, où toute figure devient à chaque instant spectre d’un autre ou d’elle-même, le seul cadavre véritablement inscrit (on ne peut dire ni vrai ni réel ici) est celui du tatou mort filmé par Kate en 2007 (pp. 73-6). Ici, c’est aussi d’un langage vivant et imparfait que le récit devient la trace, rendue parfaite et plus froide. En effet, les propos transcrits de Kate sont étranges, car, quoique anglophone, elle s’exprime d’une façon difficilement compréhensible pour le chauffeur :

Nous revenons vers la voiture, Kate dit à Willy : « It was a tattoo, he had so many maggots ! »

Ce mot de tattoo n’évoque rien pour Willy, dans la mesure où en anglais, comme en espagnol, tatou se dit armadillo. (p. 74)

Cette scène montre que ce qui se joue, comme chez Beckett, c’est l’aventure de la langue vivante figée dans la bande, et que le récit tente de reproduire, même de re-présenter. L’erreur sur le mot tattoo peut-elle vraiment venir de l’anglophone Kate ? Rolin ne nous invite-t-il pas au soupçon, ainsi qu’à une lecture dynamique des signes faussés ? Le tatou mort était là avant eux, et donc avant nous, lecteurs, avec ses vers et son magot de mots.

mardi, 28 avril 2015

Grüne Welle

C'est un peu compliqué.

Dans ma topographie — celle des kleptomanies monotones — le franchissement des feux tricolores jusqu'au Beffroi occupe une place à part, celle de la conduite machinale mais occasionnelle (pour mieux dire : irrégulière). Il y a toujours un moment où la voiture passe à l'orange ; peut-être l'arrière même est-il parfois au niveau du rouge. Je respecte scrupuleusement la limitation de vitesse, donc je l'ai dans l'os pour la vague verte.

(Peut-être est-ce à Düsseldorf, ces premiers échos de la grüne Welle...)

Pourquoi encore tenir ces carnets. Je devrais projeter ces trajectoires avec la violence retenue explosante fixe des monologues d'Éric Delphin Kwegoué. Pourquoi encore tenir. Pourquoi tenir. Pourquoi ternir.

Vous n'avez pas de quoi. Y a pas de quoi.

C'est un peu compliqué.

À l'aller, souvent, je passe par Marie et Pierre Curie, bifurque avant le L.P. ▬▬ mais au retour, c'est plus avec ambages, soit l'avenue de l'Europe, son enfilade de feux dont toujours au moins un rouge que je ne grille jamais, parfois tourne à gauche vers Sapaillé pour la boulangerie, le chinois, Emmaüs ou tout simplement coupe-file.

Quand je marche, ou quand je prends le tramway, c'est encore une autre histoire.

Mes liens en vert se mordent la queue ; je n'ai pas écrit le centième des textes en souffrance.

Ça vous fait souffrir c'est un peu compliqué ?

samedi, 25 avril 2015

Le parano des Samsonite

Le questionnaire se trouve ICI.

    • Je ne crois pas avoir tenu dans mes bras un animal hors du commun ; une diapositive me représente tout petit avec un lionceau, à Longleat. Mais nul souvenir.
    • L'Australie.
    • Je ne suis pas un parano des Samsonite.
    • Un peu cuit, mais bien.
    • La couleur des aliments est un critère occasionnel.
    • Oui, j'ai refusé en 1999 une offre de poste au lycée Stanislas, qui représentait pourtant quatre fois mon salaire du moment, principalement car je ne me voyais pas travailler dans cette ambiance et ce milieu durablement.
    • Je fleuris occasionnellement ma maison. Récemment, de beaux lys — là, des lilas blancs de mon jardin.
    • Je pratique souvent le boycott, par exemple des produits à base d'huile de palme ou d'huile de coco en raison de la déforestation.
    • Une rue porte mon nom, dans la petite commune de Saint-Genouph.
    • Je pourrais être gardien de prison ; il ne faut jamais dire fontaine.
 

jeudi, 26 février 2015

Vincent Eggericx – Mémoires d'un atome, Kyôto 2008-2012

Difficile de chroniquer un tel livre.

Il y a quelques années, j'avais écrit un billet, je crois, sur L'art du contresens.

 

Désormais, Vincent Eggericx s'est enfoncé dans le Japon. Ce livre est un journal, parcouru de journées mais sans datations précises, et, malgré cela, il semble plus fictionnel, plus romanesque que les livres précédents de son auteur.

Beaucoup de détails sur la vie professionnelle de V.E., ses rencontres, son abandon du kyudô — le kyudô est le grand absent, ainsi marqué, du livre, bien plus que l'accident nucléaire consécutif au tsunami. La catastrophe nucléaire de Fukushima est présente dans les marges, dans de furtives notations : Eggericx a-t-il voulu aller à l'encontre des attentes “catastrophistes”, à l'encontre du grand récit tel qu'on l'attend, ou a-t-il voulu montrer l'absence de gravité, l'absence d'un sentiment de tragédie (mais alors : pour qui ? pour les Japonais (cf p. 240) ou pour lui ?) ?

 

Donc, un journal centré autour de V.E. Ses lectures. Les promenades (jardins, topôs japonais). Son regard d'outsider contradictoire. Les douleurs, de dents et du crâne. Sa relation (très) tumultueuse avec sa compagne.

Malaise pour le lecteur (pour moi) : l'observation très dense, très épaisse, justifiée par une longue fréquentation, aboutit à des aphorismes d'un dualisme déconcertant (les Japonais vs les Occidentaux, par exemple p. 109). Pourtant, la langue japonaise semble coloniser en douceur l'écriture même de V.E. : « Monsieur Triangle disparaît sans même que je m'en aperçoive, filant tout schuss entre les portes vers la ligne d'arrivée après m'avoir propulsé dans la rue. » (p. 64)

… pour ne rien dire de l'importance du mode notationnel (p. 136 ou p. 217).

 

Un atome, donc. Aussi, pose-t-on des questions à un atome ?

mercredi, 11 février 2015

Ping-pong, 7 : Le cas Tiki

 

Pour reprendre les mots de Stéphane Tiki lui-même, je trouve en effet la polémique le concernant “infamante”. Si sa situation est en attente de régularisation, et si on pense que les citoyens dans son cas doivent prouver leur attachement à la République, quelle meilleure preuve que son militantisme ?

Pour avoir entendu ce garçon avant-hier matin à la radio face à son homologue des Jeunes socialistes, je dois dire qu'il m'a paru plus intelligent et plus mesuré qu'elle.

Il faut dire que la responsable des Jeunes socialistes a parlé à DEUX reprises de « l'élection de Christophe Barbier » : parmi les cadres du PS, on peut donc confondre, sur une antenne nationale, un rédacteur en chef droitisant à écharpe rouge et le député élu dans le Doubs, prénommé Frédéric.

 

jeudi, 15 janvier 2015

Poids et mesures

Il faudra quand même qu'on m'explique en quoi la phrase “je me sens Charlie Coulibaly” est une apologie du terrorisme. Un bon avocat n'aura, ce me semble, aucun mal à démontrer que ça peut vouloir dire plein de choses différentes :

  • "je me sens" n'est pas "je suis"
  • l'ensemble "Charlie Coulibaly" peut vouloir dire que Dieudonné se sent à la fois proche, de manière très schizophrène,  des humoristes assassinés pour avoir exercé leur droit de parole et du salopard victime de la ghettoïsation dans les banlieues (ATTENTION : ceci n'est pas mon avis, mais il y a tout un tas de soi-disant intellectuels et d'enseignants de banlieue qui n'arrêtent pas de répéter ça, dont une tribune inepte et scandaleuse publiée dans le Monde) → si on pousse cette logique, on pourrait dire que cet énoncé vise à être à la fois solidaire des victimes des frères Kouachi et du terroriste de la porte de Vincennes, et, dans ce cas-là, l'antisémitisme est plus aisé à démontrer
  • Coulibaly est un nom très courant, donc, à partir du moment où Dieudonné n'a pas désigné le terroriste en ajoutant son prénom, ça peut être une identification à tous les Coulibaly, voire à tous les Noirs de France (ça pourrait même vouloir dire qu'il pense à tous les citoyens qui portent ce patronyme et qui vont en baver dans les prochains mois)

Comprenons-nous bien (ET JE NE RÉPONDRAI PAS À CEUX QUI N'AURONT PAS LU CE BILLET JUSQU'AU BOUT) : je n'aime pas du tout Dieudonné, je ne l'ai jamais trouvé drôle (mais je n'ai jamais trouvé Elie Semoun drôle non plus, soit dit en passant), je suis profondément convaincu que de pseudo-humoriste il est devenu pamphlétaire et idéologue, et enfin il est très évidemment antisémite.

Je ne dis pas du tout que cette phrase ne pourrait pas être une apologie du terrorisme. Je veux tout simplement qu'on m'explique en quoi elle en est ÉVIDEMMENT une. La seule possibilité est de faire un distinguo entre discours à visée humoristique et parole publique tenue par un responsable politique... mais, là encore, les objections que j'ai formulées ci-dessus demeurent.

Universitaire, j'attends de mes étudiants qu'ils démontrent leurs arguments de manière complète. Dans une copie qui se contente de dire “Le poème évoque la couleur rose parce que c'est la couleur de l'amour”, je mets en marge prouvez-le ou aucune autre interprétation ? ▬ J'attends de Joffrin, Valls (et des autres) qu'ils DÉMONTRENT que la phrase “je me sens Charlie Coulibaly” est une incitation à la haine, ou une apologie du terrorisme. Si cela est avéré, et si Dieudonné est condamné POUR CETTE PHRASE, je pense en effet que bien des formules ou dessins polysémiques de Charlie Hebdo risquent de se voir également condamnés. 

D'ailleurs, au vu de tout ce qui se dit depuis quelques jours (mesures exceptionnelles qui ne seraient pas d'exception, appels à l'autocensure, Pape qui se croit autorisé à s'immiscer dans les affaires d'un pays sans religion d'État), on peut d'ores et déjà considérer que les assassins du 7 janvier ont gagné : ils n'ont pas tué la liberté d'expression, mais le pire est à venir.

 

Quant à l'emploi de l'adjectif maléfique dans l'éditorial de ce jour, il montre tout ce qui sépare les athées et libres penseurs de Charlie Hebdo de Joffrin, qui ne s'aperçoit même pas qu'il baigne en permanence dans un langage bondieusard de catho de gauche.)

 

mercredi, 14 janvier 2015

Ils sont Charlie Potter Nabilla

Quoique je sache parfaitement qu’il sera impossible de se procurer aujourd’hui le nouveau Charlie Hebdo (et qu’il faudra attendre les réimpressions des prochains jours), je me suis rendu, ce matin, à sept heures et demie, près du Beffroi, chez l’un des marchands de journaux où je suis occasionnellement client, car, entre autres bonnes résolutions pour 2015, j’ai décidé d’acheter plus régulièrement le Canard enchaîné, que je n’ai plus lu depuis des années (shame on me). J’avais aussi dans l’idée de voir un peu ce que ça donnait, et, vu ce que m’ont dit les deux dames qui tiennent la caisse, j’aurais même dû venir dès l’ouverture avec ma caméra.

En effet, elles avaient reçu 14 exemplaires (“non, 15 leur ai-je dit et vous vous en êtes gardé un, vous avez bien raison” – elles ont souri), et, à l’ouverture, il y avait une quarantaine de personnes, lesquelles, une fois le magasin ouvert, jouaient des coudes et ont manqué en venir aux mains. À sept heures et demie, j’ai moi-même vu plusieurs personnes entrer, demander Charlie et ressortir sans rien acheter ; je pense qu’il s’agit du même genre de pékin que les gugusses qui sont entrés pour la première fois dans une librairie en septembre dernier, afin de demander « le Trierweiler ». J’ai un peu discuté avec une des deux dames, qui a opiné gravement quand je lui ai dit qu’avec les réimpressions ce numéro allait atteindre les dix millions, ce qui était d’une absurdité phénoménale pour un journal qui avait du mal à écouler habituellement ses 60.000 exemplaires. Elle m’a confirmé qu’en temps ordinaire elles en vendaient vaguement quatre ou cinq. « Charlie Hebdo, ce n’est pas Harry Potter ! »

 

Si j’étais l’équipe de rédaction (or, ce n’est pas le cas – il n’y a pas d’identité ou d’adéquation dans toute cette histoire), je me fendrais, à l’occasion des réimpressions, d’un édito bien in your face pour me foutre de la gueule de ces centaines milliers de gens qui vont consommer du Charlie pendant quelques jours ou quelques semaines comme la France a consommé du « allô, t’es une fille et t’as pas de shampooing » pendant une grosse quinzaine au printemps 2013. Ce paradoxe – dont l’on peut souligner soit le côté atroce, soit le côté grand-guignolesque, selon son penchant ou son humeur du moment – fait d’ailleurs l’objet de plusieurs dessins du Canard… et de Siné Mensuel, que, pour le coup, j’ai acheté pour la première fois.

 

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Edit de 8 h 51 → petite file d'attente devant le rideau de fer de Cultura (Tours Nord), dont un militaire en treillis. Mieux vaut rire de toute cette absurdité...

 

mardi, 13 janvier 2015

Chapeau bas à Luz, une fois encore

Nous voici, de nouveau, face à une preuve éclatante du contresens généralisé sur l'esprit Charlie.

C'est à peine si la couverture de demain vient d'être révélée, et tous, analystes et politiques, de l'interpréter comme une volonté réaffirmée de ne pas tenir compte des préceptes d'une religion dans le cadre d'un État laïc, les plus fins soulignant toute l'ironie équivoque de ce prophète en larmes et du slogan “Tout est pardonné”. (À parcourir rapidement les commentaires sur la Toile, on s'aperçoit vite que les moins fins (la majorité (= les cons)) y voient de l'islamophobie, pour s'en réjouir ou la dénoncer, preuve qu'ils ne comprennent vraiment rien.)

 

Or, bien plus que l'Islam ou le fanatisme, le dessin de Luz vise tous les hypocrites, suiveurs et moutonniers de toute laine qui n'ont cessé d'afficher partout, depuis près d'une semaine, le gimmick Je suis Charlie. Avec, dans son viseur, tous ceux qui ont versé des larmes de crocodile, il établit un lien entre tous ceux qui, par suivisme ou pour se donner bonne conscience, se sont superficiellement identifiés à Charlie Hebdo (je suis = Charlie) tout en n'en connaissant pas grand chose ou en n'en partageant aucunement l'esprit, et les musulmans qui semblent penser qu'en brandissant la pancarte ils sont quittes d'un débat sur le lien possible entre l'islamisme et les textes sacrés de l'Islam (Coran et hadith). Sur ce point, je mets en lien la très belle lettre ouverte au monde musulman d'Abdennour Bidar :

tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d'habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité

 

Luz a certainement voulu critiquer aussi l'irénisme invraisemblable et l'optimisme qui ont suivi la grande marche de dimanche, comme s'il avait suffi de quelques millions de Français brandissant des slogans sur la liberté de la presse pour que tout soit réglé. En ce sens, son usage de la notion, très chrétienne, de pardon renvoie dos à dos toutes les religions, en suggérant combien cette valeur n'a aucun sens pour les athées ou les libres penseurs, et combien, pour nous autres qui refusons les solutions faciles de la foi, tout demeure toujours un problème.

Bravo à lui, une fois encore.

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jeudi, 11 décembre 2014

La grande brairie (dessine-moi un ormesson)

On ne ne sait trop qui a répondu à l’enquête dont Busnel — qui est à la critique littéraire ce que Patrick Sébastien est au divertissement — faisait ses choux gras ce soir  dans le décor hideux de sa Grande librairie, mais, en tout cas, on peut remarquer que, pour ce panel, le top 5 des « livres qui ont changé ma vie » était entièrement constitué de récits de langue française publiés entre 1920 et 1960. Ainsi, la littérature n’existerait qu’en langue française, qu’en prose narrative, et que sur une période de 40 ans.

J’ai tout d’abord eu dans l’idée que seuls les pensionnaires des maisons de retraite de la MGEN – ou le fan club des Amis de Jean d’Ormesson – avaient eu voix au chapitre. Il est autre chose qui m’a mis la puce à l’oreille : le fait que la première place revienne au Petit Prince… Comment peut-on considérer que Le Petit Prince est le livre le plus important qu’on ait lu, à moins de n’avoir lu que quinze livres, en tout et pour tout, Enid Blyton compris ? Sans doute, répondre cela – comme répondre L’Écume des jours d’ailleurs (ouvrage qui se classait à la quatrième place) – signifie qu’on a lu quelques livres à l’adolescence, et qu’on n’a plus jamais rien lu depuis…

 

Il n’en demeure pas moins que le succès durable et populaire du Petit Prince me demeure une énigme : qui ce texte, bêtement lourdaud, péniblement allégorique, médiocrement écrit, peut-il faire rêver ?

dimanche, 30 novembre 2014

Horreur sourde...?

Ce que je veux dire, c’est que retourner sur ses pas, retrouver intacte, préservée, la vie partout ailleurs abolie, n’éveille ni joie ni gratitude mais l’horreur sourde d’être cerné, soudain, de spectres, de descendre, vivant, au tombeau. (Pierre Bergounioux. La mort de Brune, p. 63)

 

Quoique j’aie bien noté ce contraste entre la vieillerie ambiante de ma ville natale (plus encore peut-être le caractère hors du temps national ou mondial de la vie au village) et certains aspects subits de modernité traversés à Bordeaux ou à Paris, je n’en ai jamais eu cette appréhension tragique, spectrale, qui m’a sans doute sauvé de la mélancolie — je me suis contenté d’épouser les contours de ce que la vie m’offrait, sottement ou joyeusement, mais peut-être aussi ai-je manqué quelque chose, et serai-je vraiment horrifié en le comprenant, trop tard (sur mon lit de mort ?)

lundi, 10 novembre 2014

Scimitar

Samedi matin, devant l'école primaire

Un coupé sport était garé,

D'une forme inconnue —

Et son nom, Scimitar,

N'invoquait rien du tout de concret.

 

Modèle désuet

D'une série de coupés sport

Anglais (la marque, Reliant,

Ne dépliant rien de concret dans la mémoire

Une fois cherchées

Des réponses), il reste l'énigme :

 

Qui, dans ce quartier

Désert – quelques habitués

S'y égarent –, avait pu

Parquer là cette forme

À tout absente désuète ?

 

dimanche, 05 octobre 2014

Vrai hasard lexical

Parfois, on parle du faux hasard des rencontres lexicales, l’impression – une fois que l’on a entendu ou lu (ou cru entendre ou lire ?) un mot pour la première fois – de le rencontrer sans cesse dans les semaines, les mois qui suivent. L’hypothèse la plus couramment avancée est qu’en fait la personne qui croit voir un mot pour la première fois l’avait déjà rencontré, mais sans y prendre garde, et que les occurrences ultérieures, si frappantes, sont le fait de cette prise de conscience retardée… d’où l’idée d’un « faux hasard ». (Il ne me semble pas qu’il y ait eu d’étude sur cette question. J’imagine que certains écrivains – Sarraute ? Leiris ? – ont pu en parler.)

Lundi ou mardi dernier, je tombai, par hasard, dans le Robert culturel, sur un haut de page où se trouvait le mot épreinte, et fus étonné de constater que le seul sens que je connusse de ce mot (les épreintes sont les excréments des loutres) n’y figurait pas, mais que la seule acception retenue par les auteurs du dictionnaire était un sens médical inconnu de moi. Or, le lendemain, ou le surlendemain, à la page 71 du Libera : « Ce qu’elle n’avait pas dit c’est qu’elle avait écourté son action de grâce pour une épreinte irrépressible, son affection congénitale lui jouant des tours… »

 

Il me semble qu’il y a là un vrai hasard, principalement du fait que ce mot est tout à fait rare (j’ai eu l’occasion de vérifier auprès de trois ou quatre proches que personne ne le connaissait, même dans son sens zoologique) : ainsi, tomber dessus dans le dictionnaire un jour ou deux avant de lire une des rares pages de prose française où il est employé, c’est un hasard. Ce qui me turlupine, c’est la chose suivante : si j’avais lu – comme il eût été possible, et même comme cela eût dû être – Le Libera il y a vingt ans, ou tout simplement il y a six mois, quand je l’ai finalement acheté, aurais-je été intrigué par ce sens médical, ou aurais-je conclu sans vérifier que Pinget faisait là une métaphore ? Dans cette seconde hypothèse, je n’aurais pas manqué de comparer cette analogie entre une figure (la Crottard) et une loutre avec les noms d’autres personnages (Loeillère, Lorpailleur, Latirail). Indépendamment de mes propres tergiversations et insuffisances lexicales, la question reste posée : Pinget emploie-t-il ce terme pour suggérer que ce que l’on entend, à ce moment-là, c’est la voix du pharmacien Verveine, ou, connaissant la signification zoologique, suggère-t-il un jeu onomastique ? [Plus loin dans le roman, la famille Ducreux boit à plusieurs gourdes : loutre → l’outre → la gourde / Le signifiant loutre suggère aussi l’outrance, l’autre (donc l’apocryphe et la hantise, thèmes éminemment pingetiens).]

mercredi, 01 octobre 2014

L'homme mystérieux du pont Mirabeau

On ne le voit plus. 

Depuis au moins un an, je ne l'ai plus revu. Même le Web avait fini par bruire de cet homme au regard si intense, si chargé de désespoir.

L'énigme demeure. Je pense souvent à lui, quand je descends en voiture le pont Mirabeau, souvent, plusieurs fois par semaine, je le vois même absent — il occupe ce pan de trottoir à tout jamais. Spectre (ou non ?) miroir de nos lâchetés ?

vendredi, 26 septembre 2014

Such Is Life

Il y a 171 ans naissait Joseph Furphy (Seosamh Ó Foirbhilhe en gaélique), l'auteur du sublime Such Is Life, chef-d'œuvre australien trop peu connu.

Who can claim s/he is a true Australian if s/he has not read Such Is Life ?

 

C'est vendredi. Avant de recevoir plusieurs étudiants, puis d'assurer plusieurs cours, il convient d'écouter calmement Émilie Mayer et Hilding Rosenberg.

En zoom 200% je vois tout bien comme il faut, confortablement.

Je vois passer sur mon mur un poster bien cucul-la-praline dont le slogan est, je cite de mémoire, “You Have to Embrace Getting Older”, l'illustration étant une photo de Meryl Streep, qui, à 65 barreaux, a moins de rides que moi — d'ailleurs, elle n'en a pas du tout. J'en conclus que c'est un canular.

 

Puis je voulus composer un poème constitué et entrelardé de captures d'écran.

samedi, 17 mai 2014

3300

À 17 heures 17, après avoir passé plus d’une heure à passer la nénette et la tête de loup dans la maison, ainsi qu’à récurer la lèche-frites et une marmite, je me suis assis, ai lu quelques pages de mon roman, il y avait une phrase étrange sur deux orangs-outans, alors j’ai rêvé que j’écrivais avec une machine à écrire aux touches fabriquées dans un métal si dur qu’il fallait presque se briser le poignet pour chaque caractère et que j’écrivais quand même un roman de plus de 400 pages, que j’intitulais L’huile de coude. Il ne faut pas charrier, toutefois, ni se casser le bol pour rien, pour du baratin, et il vaudrait mieux rêver d’un manteau jaune comme un coquelicot. Gros Patapouf l’éléphant, on le confond pas, on le confond pas, on le confond pas, on le confond pas avec les fraises des bois.

La seule blanchisserie où je me rappelle m’être arrêté sans linge, parce que j’avais froid, que j’étais fourbu, qu’il n’y avait aucun café ouvert aux environs, c’était à Lyon — pas à Melbourne, non pas à Melbourne. (Et de Kassel, je ne pense me rappeler que le trolleybus.)

Pourtant, impression que les mots blanchisserie et Melbourne vont ensemble.

samedi, 05 avril 2014

Descente des médiums (Quintane)

Entre Aristote qui propose la lecture organique, et mon enfance qui, pelucheuse, se complut à taquiner les acariens en bouquinant sur une descente de lit, le dernier livre de Nathalie Quintane est plus titillant que jamais. Descente de médiums, dont le titre parodie ou poursuit le célèbre texte de Breton (Entrée des médiums), est, dans la foulée des précédents livres de Quintane, un bricolage — creusement & accumulation.

Un mot, d’abord, sur l’effet réel de ces livres que je nomme bricolages. Le premier livre de Quintane, Chaussure, je l’ai découvert par hasard, à la médiathèque de Beauvais, en 1998, soit un an après sa sortie, et je l’ai lu soit dans mon salon à la moquette berbère (on vivait en appartement), soit dans les rues, souliers crevés, paletot pas mieux. Écriture titillante, qui agace, stimule, Quintane est du côté de la composition. L’effet réel de ses compositions (qui sont, tout autant, et largement, des juxtapositions) est d’irriter, de pousser à la marche. Je n’ai jamais réussi à poursuivre la lecture sans poursuivre mon ombre, ou, pourrais-je dire, me mettre en branle, me déplacer. Par exemple, ce déplacement signifie que, pour la troisième fois, j’aurai lu une bonne partie d’un livre de Quintane au Petit Faucheux. (Hier soir, en l’espèce, les pages 86 à 132. Le croisement Ygranka / Quintane est quasi idéal. J’y reviendrai.) Et donc : dans le hall, dans mon fauteuil d’orchestre, et aussi dans la rue, et même (ce fut le cas pour Tomates) en marchant place Gaston-Paillhou. (Et le faucheux est un insecte qui se déplace curieusement, si je tire sur ce fil vous n’avez pas fini de tirer la tronche.)

 

Descente des médiums, donc. Le déplacement se fait ici vers le bas : descente. L’accumulation, concept à garder dans un coin de la bobine. Dans le prologue, Quintane explique d’où part ce livre : d’une demande (commande) de l’amie qui lui avait demandé d’écrire Crâne chaud. On voit donc, selon un principe de révolution (qui lorgne du côté de Tomates) ou de palimpseste (Jeanne Darc), mille lecteurs décider d’un même mouvement de descendre dans la rue. Et commence alors l’accumulation de ces vingt-huit chapitres sur les médiums. Plus j’avance dans cette œuvre (l’ensemble des livres, pas ce seul fragment), plus je trouve que la méthode de Quintane est apparentée à celle de Ponge :

1.      Il s’agit d’aller voir du côté intérieur de ce qui est extérieur.

2.      Il s’agit d’agir par la composition (accumulation).

3.      Il s’agit de donner à voir, au moins en partie, la fabrication de l’œuvre (l’œuvre en fabrique).

 

Ici, peut-être par la collusion des signifiants, le propos de Quintane [propos → Alain relisant Montaigne → Quintane et l’humanisme ? ou alors, si je tire sur un autre fil : rédaction → Robert Walser] rejoint la médiologie de Debray. Mais alors, attention ! assez de name-dropping ! plus un seul nom ! une aspirine ! et vite ! Mais alors : une médiologie drôle, une médiologie foutraque, une médiologie bricolée. [Tout sauf une médiologie ? Soit. Qu’il me soit permis de citer la page 128 : « En 62 on était gaulliste, maintenant on est parapsychologue. »]

Ce que Quintane appelle la radio, c’est l’ouverture aux voix, l’entrée des médiums, ici sous forme de glissement vers le bas, catabase ?? parturition ??? Les pages dans lesquelles elle reprend les propositions de mort de l’auteur (pp. 76-85) sont parmi les plus sidérantes et profondes que j’ai lues sur le sujet ►postuler la mort du lecteur ║appuyer sur la volatilité (gaz/gaze) de l’écriture. Je veux dire par là qu’il vaut mieux donner ces dix petites pages à lire que trois thèses sur le sujet. Ne parlons même pas des narratologues. [Ni aux narratologues, ils sont bien trop occupés à s’écouter eux-mêmes.]

Volatilité. L’auteur gazéifié est donc celui qui s’affirme paradoxalement dans l’accumulation d’hypothèses, de fictions, de jeux (dramatisés), ici quant à la spectralité vocale, l’expérience médiumnique, avec quelques solides fantômes en rayon (Christine de Pizan, Fitzgerald, Hugo, William James). La radio (voix) se heurte à l’un des points de départ évidents du livre, la photo (les polaroïds du thoughtograph Ted Serios). Cette série de descentes est donc aussi à fouiller, creuser (le noyau est-il sous nos pieds ?) l’extérieur du texte (le son et l’image), de sorte qu’une lecture possible de ce nouveau livre de Quintane est une lecture de l’impossible : impossible de dire la parole médiumnique, impossible de creuser en douceur, impossible de fabriquer durablement en bricolant, impossible de composer en accumulant… Où l'on en revient à l'effacement de la rationalité par la radio, voix intérieures débordant le cadre.

 

Bref, bref, bref (on n’en finit pas de diluer ce phatique BREF), qu’en ressort-il ? Allez-y voir vous-mêmes, dirai-je, paraphrasant Lautréamont. C’est un peu facile, tout de même. C’est un peu bref, jeune homme. Ce qu’il ressort aussi de Descente des médiums, c’est l’accès, par l’accumulation en écriture, à diverses pistes philosophiques. Le livre n’est ni tout à fait médiologique, ni du tout médiumnique : la parole gazéifiée [et intense ▲ elle pousse encore et toujours aux déplacements (ne vais-je pas aller relire quelques pages le long de l’avenue du Danemark empuantie par la merde de la station d’épuration qui a dû exploser ?)] de Quintane ne descend pas sur le lecteur, qui doit la creuser, plutôt comme une taupe. Or, on le sait : rien de moins évanescent qu’une galerie de taupe ——— rien de moins souterrain, non plus. On bute sur les pages comme sur des taupinières.

 

Descente immédiate, mind the gap.

 

 

Points laissés en suspens : les acariens — berbère — poursuivre mon ombre — le Danemark merdique — la fabrique — parturition [?] — Ted Serios

dimanche, 29 décembre 2013

Un vendredi, à écouter les Caprices de Frescobaldi

Aux cotés d'Oméga qui fait son puzzle Tiptoi du zoo, je regarde le livre sur Aillaud. Dehors il fait un vent à tout décornarder. Alpha lit un des bouquins du 25 (Pierre Gay). Deux Chaplin dans la musette (canapé rouge). Le 27 décembre est souvent mon jour préféré.

« Un Ernst, un Fautrier, un admirable Staël » (II, 256)


╩╩╩═╦╦╦

Il n'y eut pas seulement Frescobaldi.
Le Rakastava suivit, puis une bonne dose de Mary Halvorson.

On n'a pas peur des contrastes, en Touraine, surtout pas les jours où on ne voit pas le soleil de la journée.


“She seemed always to have seen him through a blur—first of sleepiness, then of distance and indifference—and now the fog had thickened till he was almost indistinguishable. [...] During the laughing relation of this manoeuvre, Selden had time for a rapid impression of Miss Bart, who had seated herself opposite to him in the golden afternoon light.”

lundi, 09 décembre 2013

Rue de Buci

Entre autres ouvrages — mais j'ai du mal à assurer un train assez conséquent en ce moment — je fais mes délices d'un roman de Claude Mauriac, La marquise sortit à cinq heures, le troisième d'une tétralogie intitulée Le Dialogue intérieur. J'ai lu, il y a bientôt (ou plus de ?) vingt ans deux tomes du journal de Claude Mauriac ; il fait, depuis lors, partie de ces écrivains dont je ne cesse de me dire qu'il faudrait que j'y revienne.

Le roman est un collage de paragraphes qui correspondent à des bribes de monologue intérieur émanant d'une quinzaine de personnages, dont le point commun est qu'ils se trouvent tous aux alentours du carrefour de Buci entre cinq et sept heures, un soir d'été. Dans le principe, le texte est très proche d'expérimentations du Nouveau Roman, lorgnant surtout du côté de Butor, mais pas si éloigné que cela, non plus du Perec topographe. L'organisation métonymique en cycles de romans penche du côté d'un autre Claude, que j'aime beaucoup, Claude Ollier.

Dans la forme des discours, l'influence du modernisme anglais (Woolf, sans doute, mais plus encore Ford Madox Ford — Claude Mauriac a-t-il pu lire Ford Madox Ford ?) est très présente, peut-être aussi par le prisme de deux autres écrivains généralement estampillés Nouveau Roman, Nathalie Sarraute et Robert Pinget. [Je ne sais pas si une étude comparée entre la géographie polydiscursive de Mauriac ici et le territoire faulknérien imaginaire de Pinget a été tentée ; toujours est-il qu'elle est tentante. [Je signale beaucoup, dans ce qui précède, quels auteurs ou projets romanesques ce roman m'évoque. C'est un point de départ, évidemment.]]

Aucune étude n'ayant été consacrée à la traduction de l'œuvre de ce Mauriac-ci, je compte me procurer les trois autres volumes de la tétralogie susdite, mais aussi les traductions anglaises, autant que faire se peut, afin d'examiner certains points. J'ai déjà en ma possession l'édition anglaise, The Marquise Went Out at Five. Ce sont les points suivants qui me frappent particulièrement, à mi-chemin (et je les note ici, c'est aussi commode) :

    • structure du discours et intertextualité avec le modernisme anglais
    • parler populaire / traduction des phrases fautives
    • le citationnel
    • les amplifications du rythme ternaire (cf l'incipit par exemple)

 

La raison pour laquelle je me résous à poster ces bribes d'un début de chantier ce soir, c'est en raison d'une double coïncidence. ╩╦ Mon épouse a acheté aujourd'hui un album des BB Brunes dont la sixième chanson s'appelle “Rue de Buci” ; elle a attiré mon attention sur le poème de Prévert, que j'avais oublié, pour le dire pudiquement, “La rue de Buci maintenant”, que j'ai donc lu et qui doit relever, versant Mauriac, d'une intertextualité délibérée.

lundi, 02 décembre 2013

Trois poinçons

Un loup tué dans le Var.

Des moniteurs d'équitation qui essaient de comparer leur changement de TVA à l'augmentation de 13% du prix du pain.

Une université anglaise qui doit se censurer pour avoir dit la vérité (à savoir que la littérature jeunesse n'est pas de la “grande littérature”)*.

Mais quel est ce monde...


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* À noter qu'un bref échange que j'ai eu sur Twitter avec un auteur de littérature jeunesse, comme on dit, s'est achevé abruptement par ce message du dit : “Kent University has apologized. Stop digging.” — Même si je comprends parfaitement que dig signifie ici ‘chercher des poils sur les œufs’ (pour rester poli), je trouve très édifiante cette métaphore. Quoi de plus emblématique de ce qui s'est joué, sur les réseaux sociaux, entre une horde de non-penseurs bien-pensants et quelques universitaires, que cet écrivain de livres pour enfants qui clôt une discussion par un ordre, et par le refus de creuser ?

dimanche, 07 juillet 2013

(la bonne blague)

Perdu enfin dans la chaleur polluée de la grande ville. — Jusqu'à quand devrons-nous retarder le départ pour nos campagnes ?

(Ce n'est pas qu'elles soient belles : grêlées de hangars, salies de panneaux publicitaires aussi, creusées de mille petits néants qui les scarifient. Mais elles sont, tout de même, le havre.)

Tours, polluée, bruyante. Fenêtres ouvertes le soir — chambard des motos, heureusement les merles font du bazar. Il faudrait reprendre les poèmes en anglais du printemps (les compléter aussi). Manque l'énergie, ou l'envie, ou quoi. Difficile de dire.

Depuis que j'ai recommencé à m'échiner sur de piètres ponctuations (j'avais trente ans depuis pas longtemps), je devrais enfin enfoncer le coin de fer dans l'œil de Cyclope, je veux dire faire œuvre, tuer la vision dans l'œuf. Lire Bergounioux aide à décanter ——— et n'aide pas, en même temps, enfonce sans secours.

C'est étonnant tout ce que j'ai lu et qui n'aide à rien.

Écrire non plus, depuis si longtemps, n'aide à rien.

Dire que j'ai cru reprendre (la bonne blague). Parmi les dizaines de bouquins entassés, prêts à rejoindre, eux aussi, nos campagnes, j'aurais dû reprendre les Cahiers de Valéry (depuis le temps...)

Il y a cette servante qui plaisante, cette plaisante accorte domestique qui m'a plaqué au sol (je n'avais pas prévu de m'étaler ainsi, de m'étendre), s'est rendue maîtresse, sans bonté mais tout étant. 

dimanche, 30 juin 2013

Notes, à la table carrée de métal noir

J'écris dehors. Il fait encore (bien) jour.

J'écris dehors, pour la première fois de la saison, si peu avant de partir, à la table carrée de métal noir.

La ville est un raffût.

La ville (même ici — surtout ici (dehors)) est un chambard. Merles, certes, grenouilles, mais surtout grondement ininterrompu de véhicules dont le son me parvient de la deux fois deux voies.

Vivre en ville me semblait quelque chose d'atroce, enfant ; je ne suis pas certain d'avoir tout à fait changé d'avis.

 

image201306300008.jpgOmissions. Le prunier a beaucoup forci. Quand le réverbère s'allumera, je ne pense pas pouvoir, comme les autres années, lire à sa lumière, sous le prunier.

La ville (même ici) a ses verdures, contraint de faire, autant que possible, pousser arbustes, buissons, arbres.

 

Trille du merle à l'instant, bonsoir.

La ville est un raffût. ——— Questions. Ce matin, en surveillant Oméga cycliste, j'ai lu, sur le rond-point, les quatre premiers chapitres des Lieux-dits.

Bergounioux aussi me raccompagne (ses carnets (: son journal)).

mardi, 04 juin 2013

Mirages, les deux vanités

Ce n'est pas le foutoir total, ce n'est même pas le foutoir du tout, mais enfin, ma vie n'est pas très ordonnée non plus. C'est à cela que je songeais, très entre autres choses, cette nuit, sur le canapé rouge, entre trois heures et sept heures du matin, après un réveil très (très quoi ? matinal? “précoce” ? faut-il écrire tôtif comme Renaud Camus ? mettons x, donc :) X, je me suis forcé à me réveiller d'un début de cauchemar atroce, ai donné à manger à la chatte (qui m'avait pesé sur les jambes), elle est sortie, je me suis installé à lire dans le canapé rouge, au bout de trente ou quarante minutes, elle a remiaulé derrière la porte de l'escalier, a rôdé dans la maison, est venue me rejoindre sur le canapé, je lisais et me disais que ma vie n'est pas très ordonnée. Déjà, le monde est un foutoir. Tout le monde parle du froid, c'est vrai, c'est notable, jamais vu ça, j'ai bientôt quarante ans – le chauffage “se relance” à six heures du matin, un 4 juin, invraisemblable – mais le plus marquant, ici, c'est le vent, fort et froid, vent fort depuis plusieurs années, tous ces connards de promoteurs et d'édiles n'ont qu'à continuer à tout ratiboiser pour planter des résidences, de moins en moins d'arbres et de plus en plus de permanentes demi-tempêtes. Bref, le foutoir. Ma vie, nettement moins foutraque, mais enfin...

Je pensais surtout à l'anniversaire imminent de ces carnets (huit ans après-demain que j'écris et publie en direct mes écrits, par jets et aussi par intermittences, n'ai-je pas fêté récemment le trois millième “billet”?), à mes très vagues sans cesse réimaginés et sans cesse remis à plus tard projets de rassembler tel ensemble de textes sous forme de livre, envoyer à un éditeur etc. Non que je ne l'aie jamais fait : longtemps avant Touraine sereine, j'ai envoyé une sorte de roman à P.O.L. (en 1997), un recueil de poèmes au Dé bleu (en 2000, je crois, ou peut-être même 1999), et enfin J'allaite le nouveau Kant, dans une version remaniée, à Harpo&, en 2006 (ou 2007?). La réponse que j'ai reçue de l'éditeur (et que je n'ai pas gardée, comme je ne possède pas (plus) la moitié des tapuscrits rédigés sous d'autres formats, en d'autres époques (disquettes Mac désormais illisibles, je ne sais même pas où elles sont)), en cette dernière occasion, était très encourageante : très en gros, il m'écrivait qu'il n'était plus en mesure de publier de nouveaux textes, commentait favorablement mon petit livre, et je sentais en effet sincèrement, entre les lignes, que mon texte était largement, selon lui, publiable. Tout cela est marqué du sceau d'une totale vanité : non l'arrogance de l'auteur enfin publié (il se publie tant de sombres merdes, y compris dans le créneau “poésie”, y compris dans le créneau textes abstraits ou semi-abstraits) mais la vanité de la publication elle-même, le côté tout à fait dérisoire qu'un texte qui a pu être lu ou parcouru par quelques dizaines d'internautes devienne un volume de papier qu'achèteront ou liront peut-être 100 ou 150 âmes. Ce sentiment absolu de la vanité de toute mon entreprise est la raison pour laquelle je n'ai jamais vraiment soumis de textes. Il y a un an et demi, quand j'ai écrit, en 37 jours (c'était le dispositif), Exister est un plagiat, c'était dans l'optique d'obtenir, à l'issue des 37 jours, un texte à peu près publiable (c'est-à-dire soumissible) tel quel. Dès l'écriture achevée, je me suis lancé dans la mise en forme, sous Word, du texte fini (dont le titre devenait La Crise de la dette grecque) mais ai aussitôt été pris entre trois feux contraires : la lassitude de reprendre, si peu fût-ce, un texte déjà écrit ; l'envie de me lancer dans de nouveaux projets d'écriture ; la tentation de transformer la version Word du texte déjà publié dans Touraine sereine en quelque chose de radicalement autre, avec ajouts de textes plus anciens, renvois en marge, écriture sur trois colonnes, bref, un truc tentant mais absolument incompatible avec mon tempérament velléitaire.

Donc, à quoi bon, à quoi bon, à quoi bon, à quoi bon, le tout répété ad lib. ad lib. ad lib.

Ce qui n'a pas peu contribué à ma réflexion sur cette vanité, et sur la question des caps, outre l'imminence du huitième anniversaire de Touraine sereine et (on dira, pour aller vite) de mes 40 ans, c'est la découverte, hier matin, sur une table de cette librairie que je n'aime pas et où je ne vais que forcé, d'un “roman” que publie un ancien camarade de classe préparatoire, lequel, jadis médiocre connard doublé d'un fat dénué de tout sentiment de son propre ridicule, s'avère (après des échanges privés, sur Facebook, avec une amie qui l'a côtoyé plus récemment) être resté le même crétin manipulateur bouffi de suffisance. Tout est parti de la lecture, en librairie (mais on les trouve aussi sur Google Books), des 5 premières pages du roman, qui sont d'une indigence totale. Clichés, tics d'écriture à deux balles, pauvreté du lexique, métaphores lourdingues lourdement élucidées... c'est si mauvais qu'on se croirait dans un Marc Lévy, ou dans un Gérard de Villiers repassé à la moulinette du campus novel. C'est à ne pas le croire : on pense toujours qu'il faut n'avoir rien lu, ne rien connaître, ne rien comprendre, pour pondre de pareilles bouses. Or, ce n'est pas le cas : on peut être passé par “la prépa”, avoir dû lire les grands auteurs de la littérature européenne, les avoir fréquentés assidûment, et même être devenu “spécialiste de la Renaissance florentine”, en l'occurrence, sans être capable du moindre recul critique sur soi-même, et pouvoir, sous son nom, débiter de pareilles insanités canivellesques. À vingt ans, il m'avait dit que je ne pouvais pas le comprendre parce qu'il était “rebelle” (sa rébellion (sa rebellitude ?), en l'espèce, s'exprimant dans son goût pour les Guns & Roses). On avait ironisé ensuite, pendant des semaines, avec plusieurs amis, sur le fait que tout ce qu'il y avait de rebelle, chez lui, c'était sa mèche (et en plus : même pas).

Il était d'un conformisme affolant, appartenant à une catégorie très définie, très caricaturale, sans du tout s'en rendre compte. Nous appartenons tous à une ou plusieurs catégories simplifiables : pour ma part, je pourrais écrire un autoportrait caricatural en soulignant tout le banal de mes aversions, la symptomaticité de mes goûts (à commencer d'ailleurs, sans doute, par la manière dont je dézingue, ici même, hic et nunc, ce pauvre garçon dont la personnalité n'est probablement pas assez éloignée de la mienne (d'où mon angoisse, etc.)). Nous appartenons tous à la catégorie de ceux-qui-etc., mais lui, pas plus aujourd'hui (semble-t-il) qu'à vingt ans, n'a jamais eu le moindre recul, aucun Surmoi en quelque sorte.

Bien entendu, je brode. Ce qui m'intéresse, dans ce type, c'est ce que cette découverte m'a dit de moi, de mon passé, d'une lecture possible de mon trajet. Que puis-je savoir des changements réels ou non de l'ancien condisciple devenu piètre romancier ? Il est toujours possible, le garçon en question ayant toujours été guidé par le fric le fric le fric, qu'il soit parvenu à produire quelque chose de formaté, en imitant Musso, Lévy et autres Gavalda de douzième rayon et en se disant qu'il y avait là une niche, du Musso-pour-les-mussophobes. Peut-être même est-ce une commande : après tout, il est aussi l'auteur de quatre romans policiers sous pseudonyme (navrants, me suis-je laissé dire), et doit avoir des tuyaux. Je ne sais pas. Mais tout de même. Ça laisse rêveur. Et donc, ce qui laisse rêveur, c'est que, dans un monde “éditorial” où on peut publier de pareils néants, de surcroît sous la plume d'un “universitaire” qui n'hésite pas à signer de son nom le néant en question, on se dit que la vanité est totale.

Autre embranchement, plus complexe, et je crains fort, sur ce coup-là, de paraître d'une prétention infinie. Hier, C*** a lu un livre qui lui a été offert pour son anniversaire, un très beau livre de (très émouvants) dessins (j'écris dessins pour aller vite) de Barcelo, accompagnés de (ou qui accompagnent des) quatrains de Michel Butor. Or, ainsi que nous nous en étions déjà aperçus lors d'un rapide feuillettage, soit Butor commence à devenir méchamment gâteux, soit il sait qu'il peut refourguer n'importe quoi (he'll get away with it, donc). Les quatrains sont parfois réussis, souvent amusants, mais, dans leur caractère ludique même, tout à fait dérisoires. Dérisoires parce qu'ils ne sont que cela, ludiques, et parce que, signés Butor, on s'attend à autre chose, tout de même.

Ici, une précision s'impose : je suis un grand admirateur de Butor, notamment de la série des Génie du lieu, dont j'ai déjà écrit à plusieurs reprises, ici et ailleurs, qu'elle est, avec le “Projet” de Roubaud et les Eglogues de Renaud Camus, un des sommets de l'écriture des 70 dernières années. Cette admiration ne m'empêche pas de savoir que Butor a, depuis longtemps déjà, souvent cédé à la facilité. Mais même cette facilité était toujours dix fois plus profonde que le labeur poussif de 95% de ses contemporains ou de ses épigones.

C'est ici qu'intervient l'élément qui pourra être interprété comme de l'arrogance la plus scandaleuse (mais au moins, j'ai le mérite de suivre mon sillon et de ne pas craindre de sembler ridicule). Face à ces quatrains, je me disais que la plupart de mes mirlitonneries vite torchées de ces dernières années, notamment celles qui sont nées sur Facebook par pur désir de distraction (les distiques (ribéryens ou non), les quatrains conversationnels), pourraient, semblablement, être publiées en regard de dessins, si, à tout le moins (et, comme on va le voir, il s'agit de sérieux bémols), 1) j'avais des connaissances dans le milieu éditorial 2) j'étais mis en relation avec des dessinateurs, peintres etc. 3) je m'appelais au préalable (et avec tout ce que cela implique en amont : une œuvre aussi maigistrale que géniale) Michel Butor.

(Vous étiez prévenus, il y a là un paragraphe à me rendre plus ridicule que les 220 pages du navet pondu par mon ancien condisciple des années bordelaises.)

Donc, pour en revenir à mon cheminement, si je me décide à soumettre de nouveau des textes à tel ou tel éditeur, ne serai-je pas dans une posture assez identique à celle dont je me gausse chez le crypto-Musso (la crise de la quarantaine (comme l'a écrit une de mes amies avec qui nous échangions au sujet du roman en question : « La crise de la quarantaine, c'est bon pour personne »), la vanité d'auteur, le prof qui joue au poète), ou dans la posture du sous-sous-Butor, ce qui n'est guère mieux ?

 

Pourtant, je sais que certains de mes textes, certains de mes ensembles de textes ont (auront (auraient (remaniés (c'est là le hic)))) une qualité intrinsèque qui ne fait pas de moi un génie mais, au moins, un honnête tâcheron de la Littérature. Alors, que faire ? Une fois encore, en lieu et place de la bouteille d'encre qui ne sert qu'à blanchir, je n'aurai débrouillé l'écheveau qu'afin de comprendre moins encore.

mercredi, 22 mai 2013

Les enfances Chino

Ce texte foisonnant, fait de redites, de reprises et d'élucubrations assumées (entre un marquage esthétique hérité du premier surréalisme et un travail formel plus élaboré), creuse, sans craindre prolifération ni prolixité, le motif de la rencontre entre une enfance briochine et de nombreuses œuvres (gravées ou peintes) de Goya. Nombreuses phrases brèves, abus des ruptures. Tel quel, et malgré son côté massif, le “roman” se prête, sans autre tripatouillage qu'un choix, la sélection, à un opéra, ou toute autre mise en voix : jouant sur des registres croisés complexes (populacier, puéril, savant, sportif, médiéval, litanique, latiniste, etc.), le “récit” appelle la scène et l'art lyrique.

Prigent semble tenter, non de circonscrire, mais, au contraire, de laisser déraper (halluciner) la parole du monde minuscule dont il fouille les recoins. Ce monde minuscule (petite communauté bretonne, enfance difficile à « faire parler » (j'en reviens toujours à ce qui est, pour moi, le modèle absolu, Kotik Letaiev (or, je m'avise, en mettant en forme aujourd'hui [22 mai] les notes manuscrites à l'encre rouge [du 13 mai], que Prigent a préfacé l'édition française de Glossolalie))) s'avère colossal parce que la langue doit, a pour tâche de, proliférer.

Educuntur

Pour l'hallucination, bien sûr, Goya se pose là.

Tenter de dire une enfance d'après-guerre et le monde pré-postmoderne au miroir des pointes de Goya, c'est ouvrir sciemment une boîte de Pandore.

D'ailleurs, dans l'adverbe sciemment, le français constitue le savoir sur la faille entre une découpe (qui fait gicler la parole) et le mensonge (qui explose ou cèle). — Explosion-dissimulante et giclure se retrouvent (trop) abondamment dans les (trop) nombreuses explorations scatologiques du texte. La surabondance scatologique ne m'a pas dérangé (ce qui serait accorder trop de poids à son caractère transgressif, devenu tout à fait trivial et inutile), mais elle me semble déséquilibrer le texte, le faire basculer trop souvent ou trop massivement dans le puéril/carnavalesque, aux dépens des autres voix qui travaillent ces enfances au pluriel.

 

 

Au cours de ma lecture, j'ai noté, comme à l'accoutumée, plusieurs références à telle ou telle page, pour telle ou telle incursion dans mon Livre des mines, ou d'excursions dans le texte des bords de Loire. J'espère ne pas les laisser décanter trop longtemps, en général cela se traduit par un ensevelissement sans exhumation.

 

 

Tout à trac, je dédie, in extremis, la publication de ce billet, en ce jour, à l'écrivain qui fête aujourd'hui son soixantième anniversaire, l'auteur de Sortie d'usine, Paysage fer, Limite, Tumulte et d'Après le livre (pour ne lancer qu'un nombre limité de rails). Après tout, Prigent, dans Les Enfances Chino, multiplie et démultiplie les variations autour du prénom François. Il n'y a pas qu'opportunisme chronologique contingent dans cette mienne dédicace.

samedi, 11 mai 2013

Cherub, l'embarras

La “série” de romans d'aventure dans laquelle Alpha est actuellement plongé s'intitule Cherub. (Il en est au tome 6, je crois, surtout via les emprunts en bibliothèque et au C.D.I., et je lui ai offert à La Rochelle les tomes 8, 8 ½ et 9.) J'ai commandé le tome 1 en anglais, et en ai lu la moitié hier soir avant de dormir. Outre que, comme il fallait s'y attendre, il s'agit de récit “pur”, c'est-à-dire sans aucune description (ni des lieux ni des personnages), dans un emballement perpétuel de péripéties, je trouve l'“univers” assez dur, et surtout très peu critique.

Me gêne donc beaucoup l'absence de distance critique vis-à-vis de la « pédagogie » totalement militariste, voire sectaire, de cette école d'enfants-espions. Comme avec Harry Potter ou la plupart des émissions de télé-réalité, on s'aperçoit que, plus les systèmes éducatifs du monde occidental sombrent dans le laxisme et le n'importe quoi ambulant, plus les modèles imaginaires ou idéalisés mettent en valeur des fonctionnements pédagogiques quasiment totalitaires, et bien plus exigeants, dans tous les cas, que les lycées les plus conservateurs de la Quatrième République. N'y a-t-il d'alternative aux écoles du relâchement complet que dans la schlague et le goulag ? Cette antithèse fantasmatique me semble bien radicale. Dans Cherub, le choix est clairement marqué : le protagoniste, orphelin qui avait tendance à se fourrer dans tous les mauvais coups, trouve dans cette école très fortement militarisée la seule alternative possible à un destin de petit malfrat passant la moitié de son existence en taule, et l'autre moitié à vivoter d'expédients et de magouilles... On se croirait, peu ou prou, dans un documentaire sur les “internats d'excellence”.

 

J'en ai un peu discuté avec Alpha, ce matin ; il m'a dit, pour contrer (ou nuancer) ma remarque sur le côté sectaire ou paramilitaire de l'école d'espions (et surtout sur l'absence de distance critique, dans le récit, vis-à-vis de cela), que le tome 5 était une dénonciation en règle des pratiques sectaires. Toutefois, il semble, à ce qu'il en dit, que la secte de ce cinquième roman soit tout à fait caricaturale... de parfaits illuminés. Or, les sectes que je crois vraiment dangereuses sont celles qui jouent sur des ressorts psychologiques ou “organisationnels” plus compatibles avec le fonctionnement ordinaire de la société.

Par ailleurs, comme Alpha, qui distingue souvent entre textes mal écrits (qu'il lit quand même, mais sans y revenir) et textes bien écrits, avait rangé Cherub dans la seconde catégorie, j'étais assez curieux. Or, Robert Muchamore n'écrit pas bien du tout. C'est de la bonne rédaction d'adolescent qui maîtrise très convenablement l'usage des participes présents (essentiel en anglais) et la variation entre épithètes et attributs.

 

 

D'un point de vue professionnel (et non seulement parental), j'y trouve quelques maigres intérêts, à savoir des expressions anglaises, probablement très contemporaines ou qu'en tout cas j'ignorais. Par exemple : “James was still at Cherub and felt like a lemon.” (p. 215) — Je serais tenté de traduire cela au moyen d'un contraire négativé et d'une équivalence : « James n'avait pas encore quitté Cherub, et se faisait l'effet d'un légume. » [avait l'impression qu'on le traitait comme une potiche / un moins-que-rien ?]

Après vérification dans l'exemplaire de mon fils, il s'avère que le traducteur de l'édition française (1000 jours en enfer, 2007), Antoine Pinchot, ne s'est pas compliqué la vie : « James, lui, restait à Cherub et se sentait complètement inutile. » (p. 261)

Finlandia & Fainéantia

Parmi les nombreux territoires qu'il me reste à explorer, et même à découvrir, les symphonies de Sibelius, qui ont connu un impressionnant retour en grâce depuis une décennie, voire plus. Je songe à cela car j'écoute, en ce moment, dans le quatorzième CD du coffret Constantin Silvestri, Finlandia, que je trouve très beau (belle?).

 

 

Encore un exemple parfait du désengagement, ou, pour être plus cru, de ma paresse grandissante : il a suffi, avec le séjour landais, d'une rupture du rythme d'écriture quotidien, pour que mon projet de composer 1 poème par jour au cours du printemps aille à vau-l'eau. Heureusement que, la contrainte permettant des publications anticipées ou à retardement, un certain relâchement (temporaire ?) n'empêche pas de parachever le projet. Il faudrait que j'écrive deux ou trois poèmes aujourd'hui, et deux ou trois autres demain, histoire de reprendre pied.

mercredi, 03 avril 2013

Bribes

Avant-hier, en allant à Spay, je me suis fait la réflexion qu'il serait temps d'inaugurer un album de limericks sarthois.

Il faut aussi reprendre le chantier des Kleptomanies, sur place ou sur le motif.

 

Hier soir, j'ai vu le chat des voisins laper goulûment, sur notre terrasse, des dizaines de fourmis.

Ne pas confondre le tatou (dont le zoo de Spay possède trois espèces différentes, dans un « exotarium » (sic – ?) fruste et aménagé de bric et de broc) et le tamanoir, dont voici donc un avatar félin.

 

Je lis simultanément, dans les rares moments de disponibilité que je trouve, le dernier Marie N'Diaye (Ladivine) et un récent Will Self (Walking to Hollywood). Ladivine, admirable comme toujours par l'élaboration d'un langage analytique plus que par les versants fantasmagoriques, me plaît moins que le roman de Self, très inhabituel (inhabituel pour Will Self – à l'intérieur, veux-je dire, de ce genre à part (à part entière) qu'est « la littérature willself »), désarçonnant, dont je ne sais où il va me conduire.

 

Autre piste dont on ne sait où elle s'arrêtera, me conduira : ces poèmes en anglais que je me force à écrire/publier chaque jour. Ils n'ont guère été remarqués, comme ils sont peu remarquables. J'avais pensé recourir beaucoup plus au collage, et puis, en fin de compte, comme à Oxford circa 1996, je m'étonne de gratter vite, d'une voix qui monte, peut-être pas irrépressible mais que, en tout cas, j'ai envie de laisser s'exprimer sans la bâillonner.  

vendredi, 22 mars 2013

Poignée d’heures

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Déjeuner au BarJu, qui a dû changer de propriétaire (plus classique, moins chichiteux, plus cher aussi – mais avec les insupportables interruptions (« Bonne dégustation » et autres) indissociables des restaurants contemporains), puis achat de nippes (godasses, futals) avant un détour par “Le Cosmographe” (qui ne s’appelle plus Les Amours jaunes depuis trois ans, là encore je semi-débarque), où j’ai acheté un recueil de Fitzgerald que je n’avais pas (mais lu, pourtant : The Diamond as Big as the Ritz), Suicide d’Edouard Levé, La langue maternelle de Vassilis Alexakis, La grammaire en forêt de Josée Lapeyrère, et enfin, in extremis, entr’aperçue sur une étagère, une monographie consacrée à Achille-Etna Michallon, dont je ne cesse de croiser le chemin ces temps-ci et qui, tenez-vous bien, avec son prénom volcanique, a tout de même peint des éruptions de Vésuve !

Contiguïté malencontreuse. Librairie Le Cosmographe, Tours.

mercredi, 06 février 2013

Grippe, grêle

La grippe – la première depuis treize ans – aura eu raison de l’emploi du temps, car, après, il a fallu bricoler la communication, puis se vider du peu d’énergie restant pour le colloque.

Désormais, dans la série « dossiers en retard », ce sont les étudiants sud-coréens et australiens qui vont plomber les journées, avant le départ pour la mission en Afrique du Sud (Pietermaritzburg et Durban, où, entre autres joyeusetés, visites de campus, réunions de travail, je dois assurer 45 minutes de séminaire (jeudi prochain, me semble-t-il) sur je ne sais pas quoi encore). Rappel de l’immuable règle : quand le deuxième semestre s’annonce beaucoup plus léger que le premier, il paraît souvent pire, une fois au pied du mur.

J’espère tout de même avoir le temps, de mars à juin, de mettre en place mon nouvel emploi du temps, et notamment traduire les trois essais de Chaudhuri, la nouvelle de David Francis, et peut-être reluquer du côté de Parker Bilal (dont, en coup de vent, j’ai eu le temps de discuter avec Jamal hier, Jamal apparu in extremis pour une communication qui a tapé pile dans le mille, et a ouvert des dizaines de ramifications dans ce qui avait été dit jusque là – vertigineusement même).

Me suis rarement couché aussi épuisé qu’en ce moment. Entre autres choses, chantiers en souffrance, je devrais, pour ces carnets, rassembler mes notes ou souvenirs relatifs aux différents moments forts de la résidence.

——— La grêle contre les vitres, la grippe contre l’être.

jeudi, 24 janvier 2013

Interminable, labil

Un jour j'en eus assez.

Regarder la nappe blanche, les oreilles dressées posées dessus... quoi ? Alors, j'ignorais ce qu'étaient l'obèle et la cotice. Une belle guibole.

Je relis Alice, parce qu'Alpha, qui n'aime pas, l'étudie en sixième. (Lui préfère L'Ours de Pastoureau et Zoos de Baratay.)

Un jour j'en eus assez de relire, relier et même d'écrire.

Quand ce jour advint, j'aurai eu des problèmes avec le temps. On en reparlait dans quelques années.

Bref.

Nappe blanche, petites torches de couleurs différentes, empilements sur les carreaux froids, ras-le-bol quoi.

Quoi ?

mardi, 08 janvier 2013

D'un planisphère entrevu plus qu'observé

3282117000938.jpgCe planisphère (dont on ne voit, sur un autoportrait pris ce matin, qu'un fragment océanien, et dont je n'ai trouvé, sur Google Images, que des versions de petite taille (y compris, donc, celle copiée ci-contre)) est très curieux. Ce matin, dans le vestibule du nouveau Service des Relations Internationales de mon université (nouveau au sens où le Service a investi de nouveaux locaux depuis quelques mois), j'ai passé plusieurs minutes à l'inspecter. Il a été édité par l'IGN en 1994, et le principe de nomenclature est que les noms de pays figurent dans la langue du pays. Evidemment, c'est un pari intenable, puisque le recours strict à l'alphabet latin, garant de la lisibilité de la carte, interdit toute littéralité originaire, par-delà le fait même que cette littéralité est un pur fantasme.

La Russie est donc "Russika", ou quelque chose comme ça, tandis que l'Inde est signalée par un BHARAT très idéologiquement discutable. En effet, l'Inde a deux langues nationales officielles, et le nom officiel du pays en hindi est Bhārat Gaṇarājya. Donc, soit on respecte la formule complète (avec les diacritiques), soit on a recours au nom anglais, "Republic of India".

De même pour les noms de villes : Le Cap y figure sous son nom afrikaans, alors que la version anglaise "Cape Town" est tout de même plus répandue, y compris dans le pays même. Y a-t-il dans ces choix une volonté de mettre à mal l'hégémonie de l'anglais, comme on dit ? Si tel est le cas, ce planisphère mériterait des recherches plus poussées, et semble démontrer que la géographie est une pratique scientifique éminemment subjective, ou soumise à des idéologèmes.

Il y a aussi des cas intermédiaires, comme les Îles Mascareignes, dont le nom anglais est donné entre parenthèses.

Tout cela est assez étrange.

À défaut d'en avoir trouvé une saisie suffisamment précise sur le Web, je retournerai prendre des photographies avec mon Lumix (pas le smartphone), au Service des Relations Internationales.
 

dimanche, 23 décembre 2012

Conclure provisoirement

« All conclusions and confusions are mine alone »

(Jamal Mahjoub, Travelling with Djinns)

 

Se replonger dans un grand livre qui vous accompagne, bon an mal an. Là, pour le travail, malgré les 600 copies en souffrance.

(Autre parenthèse : à quoi sert le crochet ?) —— D'ailleurs, cette citation ira aussi dans le Livre.

mercredi, 12 décembre 2012

Y en a qui doodlent

Sans penser à mal ni être certain d'avoir raison, je me demande ici (après tout, le blog sert aussi à cela  archivage des incompréhensions) ce qui peut motiver certains collègues, sollicités pour un sondage Doodle en vue d'une réunion, à répondre, presque immédiatement pour certains, en indiquant qu'ils ne sont disponibles pour aucun des 18 créneaux horaires proposés (sur 5 jours différents, sur 2 semaines distinctes). Comme les deux semaines choisies se trouvent en dehors des semaines d'enseignement, il est donc tentant d'imaginer, les surveillances d'examen n'occupant jamais 18 créneaux horaires, que ces collègues, qui, peut-être, ne veulent pas assister aux réunions quoi qu'il advienne, marquent ainsi leur refus de toute réunion, mais la participation au vote ne laisse pas de m'intriguer : s'ils veulent montrer leur sérieux, leur professionnalisme, leur réactivité électronique, ne s'aperçoivent-ils pas que s'étale là, en face de leur nom, en dix-huit cases rouges visibles de tous, leur totale absence d'investissement, ou, à tout le moins, leur refus de se déplacer sur ces jours-là ? Même s'ils ont d'excellentes raisons de ne pouvoir être présents (et l'une, au moins, n'est pas du tout absentéiste, en général), pourquoi ne le signalent-ils pas en commentaire ? ne peuvent-ils imaginer qu'ils prêtent le flanc à la moquerie ?

 

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(sans aucun rapport) Moi qui croyais qu'avec le raccourci clavier alt+0151 on pouvait, en tous espaces électroniques, obtenir mon cher tiret semi-cadratin, je suis bien attrapé : avec ce netbook, dont le clavier, réduit à l'essentiel, n'a pas de pavé numérique, je ne parviens pas, même en utilisant les chiffres majuscules, à obtenir le foutu caractère. Donc recours à la bonne vieille méthode DIY du copier-coller.

mardi, 13 novembre 2012

25 ans du Petit Faucheux, 10 novembre 2012 - Groove Catchers

J'ai bien et beaucoup dormi la nuit dernière, et me sens épuisé, n'arrive pas à m'y mettre. La nuit précédente avait été mauvaise, fragmentée, lundi a été lourd, crevé à toutes les coutures, donc je ne comprends pas. Comme je viens de dépanner, de deux clics, une collègue et amie, je peux même avoir l'illusion d'avoir commencé ma journée de travail. En écoutant le classique Free Jazz d'Ornette Coleman (cadeau d'anniversaire de ma mère - Freddie Hubbard figure aussi sur Maiden Voyage de Herbie Hancock), je décide de noter au moins quelques bribes sur le concert de samedi soir. Ce sont surtout des notes pour moi-même, mais si qui que ce soit, au Petit Faucheux, tombe sur ce billet : par pitié, arrêtez de mettre le son aussi fort ! c'est casse-pieds, ça bousille les oreilles, et ça ne met pas du tout la musique en valeur.

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Commencé — comment c'est. Dès les premiers tchatchages, on a subodoré que Bernard Lubat serait, encore une fois, pénible, ce samedi soir au Petit Faucheux. Heureusement, ça n'a pas trop tchatché, finalement, mais ce qui était joué, très free et décomposé, n'était pas enthousiasmant. Sentiment que les musiciens ne se livraient pas, déroulaient leur petit truc, informe par définition et donc sans souci formel. L'échange avec le public, suite à l'intervention d'un voisin (il a lancé "en force" à la fin de la première longue improvisation, ce que Lubat a compris, à juste titre, comme une critique), a bien montré qu'il y avait une doxa de gauche, et rien n'est plus ennuyeux que la doxa de gauche, la doxa du pseudo-chaos. Comment se fait-il qu'une esthétique qui prône la forgerie, le mouvement perpétuel, n'ait que des admirateurs figés ?

Donc, j'étais venu pour les Groove Catchers, et c'est bien eux qu'il fallait venir entendre/écouter, d'autant plus qu'ils avaient invité, sur trois morceaux (dont un quelque peu théâtral), un terrible clarinettiste et beat-boxer, Julien Stella. Ils ont donné à entendre, tous les quatre ensemble, une version de Caravan absolument renversante, bouleversante. C'était une heure très belle, très prenante, et je ne saurais assez conseiller à tous mes (hypothétiques) lecteurs d'aller écouter les Groove Catchers s'ils passent près de chez eux — et aussi sur le profil MySpace du bassiste.

mercredi, 07 novembre 2012

Arche de septembre

Sans titre Une arche, près d'un terrain vague. Restes d'un siècle dont il n'y aura bientôt plus trace, à Tours-Nord.

La force d'un tramway fonce plus vite, hélas, que les pâles mortels.

mardi, 16 octobre 2012

« On ne sait pas »

On ne sait pas, m'a répondu Débora en haussant les épaules et en fermant les yeux pour les rouvrir, prendre ensuite un air d'inexpressivité absolue, puis se toucher à toute vitesse deux fois le menton et poser sa tête presque sur mon épaule et, dans le mouvement suivant, faire semblant de s'évanouir pour recouvrer peu après la position verticale perdue et rehausser les épaules.

Je me suis dit que ce « On ne sait pas » était le mot de passe essentiel d'un code secret. Et tous ces gestes étaient directement liés à ce mot de passe. Aussi ai-je fait les mêmes.


Enrique Vila-Matas. Air de Dylan (traduction A. Gabastou). Bourgois, 2012, p. 266.

 

samedi, 06 octobre 2012

Ressentiments

C'est de la balle.

Envols dans les champs, folies de l'ouragan, sacre de la tornade, et goût amer sucré folâtre et musqué de la dorade.

Si vous ne la souhaitez pas exploratrice, épelez daurade.

Un amphithéâtre, quelques cris, des joutes de martinets dans le ciel de Corinthe.

Je me suis gouré d'endoit, je me suis gouré de carnets, je me suis gouré de vie.

Tandis que la tornade sévissait, battait son plein, mugissait dans les esgourdes, Don Juan se répétait inlassablement les mots de Samuel Beckett, la ferveur de la foirade, le détachement du gâchis.

Et, si vous avez ingéré trop de métaux lourds, appelez-la Darius.

Raisins secs, Rosinnen, le chat goinfre détale.

C'est de la baballe.

jeudi, 20 septembre 2012

Religions et caricature

Je copie ici, totalement sorti de son contexte précis et dialogique, un commentaire que j'ai rédigé sur FB à l'occasion d'un débat sur les fameuses caricatures de Charlie Hebdo. Ainsi, j'en garderai une meilleure trace.

Bon, je veux juste préciser une ou deux choses. Enfant, j'ai souffert, comme ma soeur d'ailleurs, sous le poids de l'obscurantisme et du fanatisme catholiques. Une véritable mise à l'écart, qui n'a pas duré longtemps mais fut durement ressentie, et cela seulement parce que nous étions athées. Ce n'était ni sous Napoléon III, ni en Alsace. Donc, je sais que l'intégrisme est possible dans toute religion. Par ailleurs, ayant côtoyé, à Paris, plusieurs amis de confession musulmane, je sais combien les clichés peuvent être faux. Enfin, ayant consacré ma thèse à un auteur musulman, j'ai lu des milliers de pages (théologie, symbolique, anthropologie) sur l'Islam, religion fascinante par certains côtés et, de toute façon, absolument respectable en soi.

Sur la question des caricatures (ou des films, si mauvais ou islamophobes soient-ils), je voulais juste préciser une chose : les gens qui tuent un ambassadeur ou d'autres personnes autour d'une ambassade (par exemple : à Tunis, des Tunisois ont cogné sur des Tunisois !) sont seuls et uniques responsables de la mort de leurs victimes.

Autre chose : la France est un pays dans lequel il n'y a pas de religion d'Etat et dans lequel les catholiques, par exemple, ont dû finir par s'habituer, bon gré mal gré, au fait qu'on pouvait se foutre ouvertement de leur religion. Lors des procès gagnés par Charlie Hebdo il y a quelques années, l'avocat du journal avait fait la recension des dessins ou articles dont le sujet était la religion : cinq fois plus se moquaient du pape, des prêtres ou de la foi chrétienne que de l'Islam. Peut-être que les catholiques fervents continuent de se sentir choqués, mais ils ont compris que la France n'était ni les Etats-Unis, ni la Chine, ni l'Arabie Saoudite. Que font-ils ? qu'ils prient ou fulminent, je suppose qu'en tout cas ils ne lisent pas Charlie Hebdo. (Ni Marianne ni Golias.)

Les musulmans de France comme d'ailleurs doivent comprendre qu'en France, la liberté de culte va de pair avec la liberté de se moquer de tous les cultes. L'incitation à la haine est interdite par la loi, pas la satire ni l'humour.


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Je complète ma réponse au sujet de la "fixette française sur l'Islam", qui engendre, une situation de stress pour les musulmans non-extrémistes (on est d'accord, 90%) et une attitude sur la défensive. Oui, ce retour permanent et stupide des débats sur la viande halal etc. ont de quoi irriter, et pas seulement les musulmans. Mon épouse enseigne en lycée et a toujours (comme mes parents d'ailleurs) fait rentrer les croix en pendentif sous les vêtements. Pas de quoi faire la une des journaux, ni des débats politiques. Donc je comprends le sentiment de stigmatisation. Nous devons tous travailler ensemble à ne pas l'exacerber, et à faire en sorte que l'appartenance religieuse ne se substitue jamais au vivre-ensemble.


mercredi, 04 juillet 2012

Yelrad, eau comme ouate

monas hieroglyphica.png



Emmanuel dans la fabrique, porte les ciseaux de l’égorgeur, saigne les porcs – c’est déjà l’hiver.


On ne connaît ni Monas ni monade, de sorte qu’entre quatre murs, sans toit ni fenêtre pourtant, on s’enferme, heureux en Dieu pour pas grand-chose, et c’est comme si on avait formé des vœux. Comme si on les avait prononcés. Gardez-vous de la vie… Des vœux, du bout des lèvres pincées.


« Lavage au bock du détatouage. »


Vous ne croyez tout de même pas que – m’enfonçant dans le livre, saucisse au couteau – je vous livrerai mes secrets pénétrants ?


Il tombe des cordes dans la fabrique. Comme dirait Ronsard danseur, je faulx.

mardi, 12 juin 2012

Péri-urbain

Interrogé ce matin sur France Infos, un spécialiste du FN confirmait, en parlant d'ailleurs de l'évolution dont je livrais il y a un mois et quelque un relevé très partiel, ce que Renaud Camus dit, depuis plusieurs années, de l'enlaidissement du paysage, et surtout de ce qu'il nomme la "banlocalisation généralisée de la France". En effet, cet expert employait, pour parler des nouveaux électeurs du Front National, des "zones péri-urbaines", avant de préciser qu'il entendait par là des zones d'habitation "situées à 60 ou 80 kilomètres des centres villes".

Il va de soi que, pour moi, et, en théorie du moins, dans le paysage français, ce qui se situe à plus de cinq (disons) kilomètres d'un centre ville, c'est la campagne. J'ai grandi près d'une petite sous-préfecture. Quand j'avais six ans, mes parents ont fait construire une maison à la campagne, c'est-à-dire à douze kilomètres du centre ville de Dax. Sur la route qui nous conduisait quotidiennement de la maison à l'école (au collège, au lycée), il y avait plus de bois et de champs que de maisons. Cela a bien changé, depuis, d'ailleurs (et par un effet dont mes parents, dois-je le dire, furent pionniers : toute une génération a souhaité bâtir sa propre maison neuve plutôt que de rester en ville, en proche banlieue, ou retaper une ferme déjà bâtie), de sorte qu'un politologue peut désormais, sans ambages, déclarer que le "péri-urbain" se situe "à 60 ou 80 kilomètres des centres villes".

lundi, 11 juin 2012

Pour remercier la pluie au matin

E***, un de mes meilleurs amis, si mélomane et expert que j’en viens à ne plus parler de musique avec lui qu’avec d’infinies précautions et ronds-de-salive, n’aime pas beaucoup la musique pour piano de Satie (par Ciccolini, pourtant d’une richesse inépuisable) et justifie cela, notamment, par son peu de goût pour les formes brèves. Or, il est quasiment fanatique de Debussy, dont je découvre ces jours-ci, presque en boucle, les pièces pour piano à quatre mains (notamment les superbes Epigraphes antiques), qui, une fois encore – comme pour les pages de Mompou – me paraissent très voisines de l’univers satien, en moins dégingandé, bien sûr, en moins bousculé. (Mompou, lui, est absolument chantant… mais c’est encore une autre affaire.)

Ammonite encastrée et inscription latine. Eglise Notre-Dame de Bayeux, 22 juillet 2009.Il se trouve, par ailleurs, et dans un ordre d’idées assez éloigné mais qu’appelle le démon de l’analogie, que je prends toujours beaucoup de plaisir à déchiffrer (et à photographier) les inscriptions latines que l’on trouve à l’extérieur de telle ou telle église, sur de grands cartouches, ou sur des pilastres gallo-romains, dans les musées (Poitiers, Périgueux). Pourtant, l’épigraphie est un art qui me passe à cent coudées au-dessus de la tête, au point que je suis, en parlant d’épigraphie, à peu près certain de me gourer de concept.

Se gourer de concept était, dois-je l’admettre, une de mes grandes forces, quand je subissais encore un peu de philosophie. À chaque fois que je tente de me replonger, en V.O., dans Buber ou Benjamin, je suis tout à fait séduit (et distrait) par la possibilité que mes compétences étriquées en allemand me fassent comprendre tout autre chose. Ces jours-ci, je lis l’essai qu’André Hirt vient de consacrer à l’œuvre de Hélène Schjerfbeck, et principalement à ses autoportraits (ce qui me déçoit un peu : les autoportraits sont ce que je connais (et comprends) le mieux de la Finnoise), ce rien que moi dur et glacial. Les passages sur lesquels je peine le plus sont ceux où s’entend et s’écrit le plus manifestement la formation phénoménologique de Hirt. Inversement, il m’arrive de douter quelque peu – et par l’exemple que je m’apprête à donner nous en revenons au latin et au gourage – de son autorité : ainsi, lorsque, une cinquantaine de pages après un long développement sur la connaissance, la vérité et le réel, Hirt propose de traduire la formule de Lucrèce – eripitur persona, manet res – par « le masque tombe, la vérité demeure » (p. 116), je suis gêné aux entournures. Les traducteurs et spécialistes de Lucrèce sont-ils tous d’accord pour traduire res ici par vérité ? Voilà qui m’en boucherait un coin.

mercredi, 23 mai 2012

En compagnie

Pas de coup de trafalgar Détonne explosion pas de coup de Trafalgar on comprend comment le jeu des biais On comprend comment Comment comprendre le jeu des biais ? éternuements fragments d'éternité Eternuements le temps qu'on se dénude Le temps qu'on exsude quelque chose d'autre de soi que de vaines paroles Comment trouver le temps ? (éternue éternue c'est bon pour le moral) Comment damer le pion apprendre le jeu du cambouis --- ho hisse ce mot qui t'échappe tu bâtiras un cimetière autour Pourquoi les fondations persistent-elles à s'échapper ? pourquoi comment pourquoi Le jeu des biais n'est pas noirâtre ou huileux --- s'il y a une explosion S'il y a pour de bon S'il y a bel et bien une putain d'explosion alors on dira Pourquoi Comment Alors on dira Alors on dira pas de coup On dira Pas de coup de trafalgar.

lundi, 23 avril 2012

Brèches, Baudignan : les dessous d’un score


Après des annonces autour de 20%, les estimations pour Marine Le Pen ont fini par retomber un peu, avant d’atteindre un résultat définitif de 18,12%. Jadis, le FN montait avec le dépouillement des bureaux de vote des grandes villes. Désormais, ce n'est plus le cas.

Témoin de cela, la carte politique de l'Indre-et-Loire : le FN arrive en tête dans 19 communes, toutes de petits villages : Saunay, Auzouer, Pernay, Cangey, Couziers, Braye-sur-Faye, Hommes, Brèches, Souvigné, Bridoré, Esves-le-Moutier, Tavant, Courcelles, Razines, Pussigny, Marcé, Civray-sur-Esves, Montreuil, Parçay-sur-Vienne. Villages de vignerons, de petits exploitants, d'artisans libéraux, de gens qui (sans doute) ont peur d'aller « dans la grande ville » (Tours ou Châtellerault) à force de voir les violences urbaines à la télévision, voire l'ont quittée pour avoir subi quelques années difficiles dans les « quartiers ». Cela avait déjà été dit en 2002 : le FN s’est implanté durablement dans des zones tout à fait différentes de ses bastions traditionnels. La vraie différence avec 2002, ce serait donc ce score proche de 20% avec une forte participation. En effet, même si je n'ai pas encore eu accès aux chiffres en voix, il semblerait que Marine Le Pen ait rassemblé plus d'électeurs que Le Pen + Mégret en 2002.

(Incidemment, et même si je m’en veux de faire remarquer – dans ce billet politique – quelque chose d’aussi trivial, je n’ai consacré, au cours des 3 années où je fus fort inspiré de ce côté-là, aucun limerick aux villages pré-cités.)

Dernier exemple : je viens de consulter les résultats détaillés pour les Landes. Même si, comme toujours dans ces terres traditionnellement radical-socialistes, la carte est à peu près uniformément rose, il y a trois villages « noirs » : Callen, Lussagnet et Baudignan -- ces deux derniers en Haute-Lande, où l’on n’a jamais vu, bien évidemment, le début du tiers du quart d’un incendie de voiture le soir de la Saint-Sylvestre ni la moindre course-poursuite entre la BAC et un scooter volé, mais où CPNT faisait des scores d’environ 40% aux cantonales et aux régionales au début des années 1990. Dans « mon » village, Cagnotte (dans le Pays d’Orthe), la Marine a fait 15%, alors que, lorsque son père crevait l’écran un certain soir d’avril 1988, il ne dépassait nulle part 6% dans les Landes. Entre-temps, il y a eu, certes, une aggravation de certains problèmes, mais il y a eu surtout, une décennie de politique locale gangrénée par les viandards. Que les démagogues incultes et populistes de CPNT aient préparé le terrain pour une adhésion de fond à des thèmes anti-européens et anti-« système », cela ne fait aucun doute. Le grand parti de droite que Marine Le Pen s’apprête à fonder va ratisser large : frontistes, Droite Populaire, souverainistes, défenseurs des chasses dites « traditionnelles », etc.


Ce qui est dingue, pour poursuivre un tour d'horizon des régions où j'ai vécu, c'est que, dans l'Oise,  la situation n'a absolument pas changé en quinze ans.  En l'espèce, les trois "grands" candidats se tiennent dans un mouchoir de poche : Sarkozy à 26%, Le Pen  à 25,1%, Hollande à 24,9%. Lors des cantonales de 1998, je me rappelle que, dans le canton où je votais (Beauvais-Sud, je crois), RPR, FN et PS se tenaient autour de 25-27%. Cet équilibre tripartite est d'ailleurs identique dans le Gard, dont on nous rebat les oreilles depuis hier soir parce que c'est le seul département où le FN passe en tête : il serait plus intéressant de répertorier tous les départements, comme l'Oise, dans lesquels les trois partis sont à un niveau équivalent. Une fois encore, c'était exactement kif-kif dans l'Oise à la fin des années 90, quand Jean-François Mancel fricotait avec les chemises brunes, et quand Charles Baur se faisait élire à la tête du Conseil Régional de Picardie avec les voix des élus frontistes.  Nihil novi sub sole, en un sens, et cela, on peut le voir comme le verre à moitié plein d'eau, ou comme le verre à moitié plein d'air.

lundi, 26 mars 2012

La marche, Lamarche

(En théorie, c'est un billet jazz qui devait reléguer ce billet-ci, qui figure encore pour quelques minutes au bas de la page d'accueil, dans les pages invisibles.)

 

Levé à la même heure que d'habitude, arrivé une demi-heure plus tard à l'Université -- parce que j'ai pris le bus, tout simplement. 40 minutes de porte à porte, au lieu d'une dizaine à peine, on s'étonnera que peu de gens choisissent encore les transports en commun. Il se trouve que le seul bus "direct" met 40 minutes à couvrir les 6 kilomètres de la Petite Arche aux Tanneurs, et que je préfère prendre une autre ligne, m'arrêter aux Ursulines, et marcher jusqu'à la fac en remontant la rue Blanqui puis la rue Colbert.  Vivement, quand même, le tramway. Vivement, surtout, la fin des travaux du tramway.

Outre la satisfaction de polluer un peu moins, j'aime marcher, et suis convaincu que, si je ne me ressens pas parfaitement tourangeau, c'est que mon mode de locomotion habituel est la voiture, justement.  Il y a bientôt sept ans, lorsque j'ai commencé de tenir ces carnets (dans l'espoir, à l'origine, d'en faire une sorte de Département du Gers version ligérienne), je me sentais presque plus (ou mieux) tourangeau qu'aujourd'hui, sans doute parce que les trajets sont devenus ordinaires, que les émerveillements du début se sont estompés. Surtout, j'avais passé la première année universitaire (2002-2003), ne vivant à Tours encore que deux jours par semaine, à beaucoup marcher, surtout le lundi soir. Puis, les années suivantes, avec un seul enfant (et une seule bagnole), il y avait des moments de déambulation, qui ont fini par s'évaporer, aussi parce que, à partir de 2007, entre la naissance d'Oméga et l'accroissement des responsabilités administratives, mon agenda s'est beaucoup resserré. Dans cette ville où les boulevards sont des avenues, je sais, pour l'avoir vu, que le boulevard Maeterlinck n'est qu'une ruelle -- mais je ne l'ai vu que depuis ma voiture, en passant -- cela n'a aucune espèce de sens.

Toujours est-il que je me sens , finalement, assez peu autochtone. Le mot autochtone devrait tirer son origine de la marche ; que je sache, ce n'est pas le cas.

vendredi, 23 mars 2012

Brouillons d'onze heures

Mon ordinateur fait un boucan de Boeing, et je ne cesse de devoir jeter des vieux documents à la corbeille pour faire un peu de place – naviguant sans cesse entre 400 et 800 mégaoctets de mémoire disponible, ce qui est trop peu, bien sûr – mais, autant par souci de ne pas envoyer au recyclage (et encore, est-il bien sûr qu’il y ait recyclage ?) que par radinerie, je ne peux me résoudre à en acheter un nouveau.

En ce moment, ça pue le kérosène tous les jours. Saloperie d’avions militaires, et de pilotes qui ne servent à rien.

Facebook sert aussi à s’interroger sur des questions épineuses, ainsi de l’hésitation entre indicatif futur et conditionnel présent pour la structure idiomatique qui se dit plus qu’elle ne s’écrit : « je te ferai dire » ou « je te ferais dire ». Je penche pour la première option (plus grand autoritarisme de l’énonciateur), mais pas eu le temps de faire de véritables recherches

Si les touffes de poils sont un signe qui ne trompe pas, la chatte a recommencé à passer ses nuits sur sa chaise favorite, la blanche, au sous-sol, à côté des étagères à chaussures. Pendant l’hiver, elle avait dû prendre ses quartiers à la buanderie, entre deux coussins, dans le vieux meuble hi-fi en mélaminé blanc. Là, m’ayant accompagné sur la terrasse où j’étendais un peu de linge (que je crains de devoir rentrer s’il s’avère que les effluves de kérosène sont pour la journée entière), elle y est restée, et lézarde.

J’écoute The Apple in the Dark, duo du batteur Gerry Hemingway et du pianiste/saxophoniste Ivo Perelman. Disque remisé depuis un bon moment. Et je voudrais écrire quelques phrases sur les deux minces récits traduits du basque que notre ami Cyril nous a envoyés – promotion copinage – avant d’aller faire une course, le plein, puis chercher Alpha à l’école.

mardi, 20 mars 2012

Biais

« Si l’on suppose que Brecht a travaillé à partir de cette traduction, cela signifie qu’il a trouvé ses phrases dans la traduction allemande de la traduction anglaise de la pièce japonaise, et ses lecteurs retrouvent Brecht dans la traduction allemande de la traduction finnoise de la pièce allemande. »

(Yoko Tawada. Journal des jours tremblants,

traduit de l’allemand par Bernard Banoun. Verdier, 2012, p. 71)

lundi, 13 février 2012

Dans le noir, et le blanc

Arrivé à 6 h 50 à l'Université, ce qui est plus tôt – et plus ridicule – que jamais. Mais j'étais réveillé tôt, courbatures.

 

Il est tombé encore deux ou trois centimètres de poudreuse, pour saluer le redoux. J'ai dû déneiger la pente avant de sortir la Clio, par anticipation. La plupart des rues, des routes, sont noires, au moins sur une voie. Les saleuses seraient-elles passées, alors qu'on n'a pas vu le facteur pendant cinq jours, et que les éboueurs ne sont pas passés dans le quartier depuis une semaine et demie ?

 

Je n'arrive à me tenir à rien, me sens très profondément fatigué, de ne pas foutre grand-chose, pourtant. Le café percole, bureau 44. Tous les couloirs et escaliers étaient éclairés, dès 6 h 50, et sans doute avant – pour moi seul, presque, on eût dit. Le café percole bruyamment, et je me sens épuisé.

 

Ce matin, bien équipé, pour ne pas avoir encore ces curieuses douleurs articulatoires que j'impute aux refroidissements, même lorsque je vais au sous-sol (où il faisait 4° ces jours-ci), j'avais enfilé mes gants en même temps que ma parka, dans le couloir du rez-de-chaussée. Mais il faut bien que l'homme noue ses lacets.

Puis qu'il démarre une Prius noire de neige.

 

Lundi matin, 7 h 20. Quatre heures et demie de cours, puis quelques menues broutilles. Fatigué.

mardi, 31 janvier 2012

Construire français, ha ha !

Nicolas Sarkozy n'a cessé, dimanche soir lors de son entretien télévisé avec quelques serveurs de potage, de répéter qu'il fallait déréglementer en matière de construction immobilière, ce au mépris de l'environnement et de la santé publique. (Ces termes ont-ils même été prononcés ? Qui se rappelle que Sarkozy avait annoncé que l'environnement serait une des priorités de son quinquennat et nommé Alain Juppé Ministre d'Etat chargé de ces questions ? Or, le bilan de son quinquennat est désastreux, aussi à cet égard.)

Un des arguments économiques de Nicolas Sarkozy, outre l'habituelle et diaphane antienne "ça va faire baisser les prix", est que le bâtiment est un secteur qui fait forcément travailler les artisans français. "Le bâtiment, comment croyez-vous que je vous dise Madame Chazal que est-ce que ça va faire des délocalisations ? non, soyons clairs." (pas texto, mais enfin, pas loin)

 

Donc, le secteur du bâtiment permet la relance de l'emploi hexagonal.

Ce midi, à Tours, j'ai photographié, au feu rouge à la va-vite (d'où la piètre qualité de l'image - cliquer dessus pour agrandir), un des trois camions de l'entreprise allemande Finstral, entreprise qui a, de toute évidence obtenu le marché de rénovation de la façade et des fenestrages d'un immeuble entier sur le quai André Malraux.

samedi, 28 janvier 2012

De l’importance de la syntaxe (épisode n° 451). Trierweiler, Dukan, le mentir-vrai. Essai ébauché d’analyse sémantaxique.

Hier soir, dans l’émission Le Grand Journal, sur Canal + (rubrique « La Boîte à questions »), Valérie Trierweiler, dont plus grand monde n’ignore, je suppose, qu’elle est la compagne de François Hollande – mais peut-être l’écris-je ici à l’intention de quelque Hibernatus prégiscardien ou des générations futures qui tomberaient sur ce blog quand j’aurai moi-même « dépassé les six vingts » –, s’étant vu poser la question «Quel est le secret de François Hollande pour perdre 30 kilos ?», a répondu : «Ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce qu’il veut faire croire.»

(Ce n’est pas un verbatim. Peut-être a-t-elle dit « contrairement à ce qu’il prétend ». Ce dont je suis sûr, c’est la structure de la réponse : ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce qu’il, etc.)

 

Sur le coup, je n’ai pas fait attention à cette phrase. Il faut dire que le régime de François Hollande, je m’en bats les flancs… et quant à ce que pense sa compagne (pour ne rien dire du non-sens qui consiste à donner un quelconque temps d'antenne aux conjoints des candidats), je crains qu’il ne faille descendre un peu plus bas que les flancs pour savoir ce que je me bats…

Bref… Ce matin, dans le demi-sommeil de l’aurore, cette phrase m’est revenue, et je me suis dit qu’il était étonnant qu’une compagne de candidat à la présidence de la République, sous couvert sans doute d'exhiber sa liberté de parole, dise dans une émission de télévision que le candidat socialiste à la Présidence mentait. Quelque chose clochait… Je me suis rendu compte que j’étais tout à fait réveillé quand j’ai compris que le pronom personnel, qui, grammaticalement, ne pouvait pas désigner qui que ce soit d’autre que François Hollande, ne renvoyait pas de facto (ou sémantiquement) à celui-ci. Le sens à reconstruire, avec une syntaxe correcte, serait donc (mais j'en suis réduit à un conditionnel, car c'est inverser le sens effectif de la phrase de Mme Trierweiler) :

— Quel est le secret de François Hollande pour perdre 30 kilos ?

— Ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce que prétend ce dernier / contrairement aux allégations du médecin / même si Dukan prétend que oui / etc.

 

J’ai proposé plusieurs formulations afin de montrer qu’il n’est pas difficile, sans aller chercher midi à quatorze heures, de construire une phrase qui corresponde, dans sa syntaxe, aux intentions sémantiques du locuteur (de la locutrice, ici). Entre autres possibilités, ne pas faire du nom du diététicien un adjectif, mais avoir recours à un complément du nom, aurait permis, au moins, de signaler la possibilité d’une ambiguïté : ce n’est pas le régime de M. Dukan, contrairement à ce qu’il prétend. Dans une telle phrase, le co-énonciateur est amené à hésiter entre deux hypothèses pour le référent du pronom personnel : « il » désigne-t-il Hollande ou Dukan ? Dans la phrase de Mme Trierweiler, qui est une réponse à une question dont le seul sujet/agent était, sans aucune équivoque, François Hollande, pas l’once d’une ambiguïté.

En effet, le risque de méprise – et de contresens – augmente du fait que la phrase de Valérie Trierweiler a un sens. Si elle avait été incohérente, j’aurais tout de suite entendu que quelque chose clochait. En l’espèce, et même après analyse, rien ne me dit que Valérie Trierweiler n’ait pas voulu dire ce qu’elle a dit, et donc, en paraphrasant : mon compagnon est un menteur qui raconte des bobards quand on lui pose des questions sur son régime.

mardi, 24 janvier 2012

Encore d’autres désaimantages

 

La brèche. Tours, 24 janvier 2012. Il faudrait écrire un billet juste après avoir achevé la lecture – voire (j’aurai mis presque sept ans à m’en apercevoir, en tenant ces carnets) en cours de lecture. Ma petite chimie est ainsi. En l’occurrence, je ne parviens ni à m’atteler à écrire de (même vagues) notules de lecture sur les dizaines de livres empilés sur le bureau de la chambre à coucher ou sur mon bureau, à la bibliothèque, ni à les ranger en renonçant. C’est peut-être cela, la réticence – ou le sentiment diffus d’entre-deux ?

Certains de ces livres, je les ai lus il y a plus de quatre mois, et le fil s’est dénoué, fichtrement.

Je vais donc tenter une expérience, dont les résultats seront publiés au compte-gouttes sur l’autre blog, très désert ces temps-ci : me fixer une durée maximale (20 minutes par livre, peut-être) pour écrire quelque chose, puis ranger, au fur et à mesure, chaque livre. Ainsi, il y aura une trace – même ténue, même quelconque, même mauvaise – et l’ordre reviendra petit à petit. C’est, en quelque sorte, ce que je me suis résolu à faire avant-hier, en recopiant fissa un court extrait de L’Aimant, extrait qui est venu nourrir Le Livre des mines (rubrique qui, je m'en avise, n'avait pas été abreuvée depuis le mois d'août dernier).

 

(Ecrivant cela, je n’y crois déjà qu’à moitié. D’ailleurs, aurais-je écrit ce billet avant de m’y mettre ?)

 

dimanche, 22 janvier 2012

Bon chic bon chanvre

Passant le dimanche matin à préparer mes deux cours du lundi matin, dont la séance de séminaire sur Olaudah Equiano et Ngugi, je retrouve – difficilement – dans ma bibliothèque (et, pour dire vrai, à la buanderie, où j’ai exilé il y a quelque temps tout ce qui ne sert jamais) le recueil d’articles dans lequel j’avais publié, en 2001, un article consacré à l’autobiographie d’Equiano, intitulé ‘A Slave’s Progress’.

Or, dans ce recueil, il y a aussi, très entre autres, un article de Sylvie Bauer sur Alphabetical Africa de Walter Abish. En entendant, à l’époque, la communication de cette collègue, j’avais eu très envie de lire Walter Abish – douze ans après, je n’en ai (encore ?) rien fait. Surtout, la première phrase de son article me rappelle un débat récent, sur Facebook, au sujet des abus de l’antimétabole : « L’antimétabole n’est pas belle et ses termes peuvent sembler trompeurs. » L’article s’intitule « Alphabetical Africa de Walter Abish, progrès d’un continent et continent d’un progrès ».

------ Au sujet d’Abish et des oulipiens américains, je dois noter que, trouvant sans doute que lire quatre livres en même temps n’était pas assez, j’ai commencé hier Gadsby : publié en 1939, ce roman, assez médiocre à ce qu’il m’en semble jusqu’à présent, est un lipogramme en E, et préfigure donc La Disparition.

dimanche, 15 janvier 2012

Teetotum, toton, sevivon

"I don't see your circles—I don't see them," Hewet continued. "I see a thing like a teetotum spinning in and out—knocking into things—dashing from side to side—collecting numbers—more and more and more, till the whole place is thick with them. Round and round they go—out there, over the rim—out of sight."

His fingers showed that the waltzing teetotums had spun over the edge of the counterpane and fallen off the bed into infinity.

V. Woolf. The Voyage Out, ch. 9 [1915],

rééd. The Hogarth Press, 1971, p. 124.

 

Chardin, Child with Teetotum (Auguste-Gabriel Godefroy) 1741.jpgTout comme le narrateur de Mrs. Dalloway développe une véritable politique du point-virgule, on trouve, dans l’extrait ci-dessus du premier roman de Virginia Woolf (The Voyage Out), une érotique du tiret – le tiret anglais (sans espaces le circonscrivant), pas le trait d’union, bien entendu, ni le tiret français. Virginia Woolf s’est d’ailleurs amusée à entremêler la métaphore, classique chez elle, du tourbillon (ou de la volute) à l’usage du verbe dash : or, le tiret se nomme dash en anglais.

Selon la définition habituelle, le teetotum est un dé à quatre faces, éventuellement traversé par une petite baguette en fer, ce qui est en fait un proche parent du toton (cf Chardin ci-dessus), ou du sevivon hébraïque (cf Colorful Dreidels, photographie anonyme, ci-dessous).

Colorful Dreidels.JPGSinon, une recherche dans mon bon vieil OED, cette vieille branche inégalable, donne un certain nombre de résultats, quant aux possibilités d’intertextualité. En amont, Fanny Burney (Evelina III. xxi. 240) ou W.S. Gilbert (Utopia (Limited) 11). En aval, rien moins que Ulysses (J. Joyce Ulysses iii. 723). Tous les liens vers les textes fonctionnent, mais le copié-collé a donné des résultats visuels inhabituels.

Les puristes pourront constater que l'OED modifie la typographie du texte de Joyce, et qu'il fait même passer un fragment de monologue intérieur entièrement dénué de ponctuation pour une phrase tout à fait conventionnelle.

Ceux qui m'ont lu naguère, et même surtout jadis, pourront établir un rapprochement entre la métaphore du toton tourbillonnant dans The Voyage Out et celle du volant de badminton, le shuttlecock du chapitre final de The Good Soldier. Que les autres se contentent de me trouver pénible, comme d'hab.

mardi, 13 décembre 2011

Jugements de valeur (De la Pacotille)

Comme je suis affalé dans le sofa, comme je suis loin d’avoir fait le tour des textes de David Markson, comme il fait cette après-midi un soleil splendide après une matinée de déluge et de boue, comme je suis fatigué et affalé dans le canapé, comme j’écoute la Symphonie en trois mouvements de Stravinsky, comme je ne sais pas dans quelle « rubrique » je publierai les stupides remarques qui suivent, et comme j’ai, outre le bas du pantalon souillé de boue séchée, des bouloches de tissu vert plein le nombril (c’est un t-shirt quasi neuf), comme je ne sais pas par quel bout commencer, par quel angle attaquer, comme j’ai dû me redresser car affalé dans le sofa est décidément une position trop inconfortable pour écrire (même en écoutant Stravinsky), comme je vais devoir de toute façon m’interrompre pour me lever et aller me servir une énième, non, quatrième, mug d’English Breakfast, comme je suis intrépidement intrigué et désespérément désabusé, je pense que je vais me contenter de dire qu’apparemment (ou du moins, après de rapides recherches), le paragraphe dans lequel se trouve une critique acerbe de Vladimir Nabokov est bien de Markson himself, n’est pas une citation, un fragment ég-logal – non, ce serait de lui, et je ne sais par ailleurs d’où vient cet adjectif, pinchbeck, dont je suppute qu’il s’agit, à l’origine, d’un emprunt au français, et qu’en tout cas  je n’hésiterais aucunement à traduire par « bec pincé », d’autant que je sais désormais – tant pour les rapports étroits entre Pale Fire et les Eglogues de Renaud Camus que pour certaines parentés entre l’écriture de Nabokov et celle de Pynchon – que je publierai ce billet dans au moins deux rubriques, affalé toujours sans doute et coincé et bec furieusement pincé (pynché ?) aussi.

 

The precious, pinchbeck, ultimately often flat prose of Vladimir Nabokov.

The fundamentally uninteresting sum total of his work.

(David Markson. This Is Not A Novel. Counterpoint, 2001, p. 73)

 

Le côté précieux, clinquant cul pincé, et, en fin de compte, souvent bien plat de la prose de Vladimir Nabokov.

Le fait que son œuvre entière est, au fond, tout à fait inintéressante.

 

 

Après vérification, dans l’OED, il s’avère que j’ai tout faux, tant pour l’étymologie que pour le sens. (J’ai donc corrigé ma traduction dans le bon sens, mais en gardant en palimpseste gratté le premier jet, plus rigolo je trouve.)

 

pinchbeck, n.2 and adj.

Etymology:  < the name of Christopher Pinchbeck (c1670–1732), London watchmaker, who developed the alloy.

A. Noun

1. An alloy containing a high proportion of copper and a low proportion of zinc which is used chiefly in making cheap jewellery, on account of its resemblance to gold.

2. fig. A thing that is false, counterfeit, cheap, or worthless; spec. something that appears valuable but is actually cheap or tawdry. Also: the state or condition of being tawdry or worthless.

 

B. Adj

1. Made or consisting of pinchbeck.

2. fig. False, counterfeit, substitute; cheap, tawdry.

1845    N. P. Willis Dashes at Life 109   She had, beside, a kind of pinchbeck smartness, and these two gifts, and perhaps the name of Corinna, had inspired her with the idea that she was an improvisatrice.

1910    Chambers's Jrnl. Aug. 544/1   The man was a very pinchbeck brigand, or he was telling the truth for once in his desperate straits for money.

1987    J. A. McArdle Sin Embargo 629   The contrast between the glitter of the gilded calves that had been foisted on the masses and the pinchbeck reality.


-------------------- Je me suis contenté de recopier éhontément, ci-dessus, les citations proposées dans l'OED, mais on trouve sur Internet des citations beaucoup plus belles, et captivantes, par Joseph Conrad, H.L. Mencken, Charlotte Brontë, Mark Twain, Montague Summers (le préfacier de l'édition des oeuvres d'Aphra Behn), dans une traduction anglaise des Grenouilles d'Aristophane, mais aussi dans Apollinaire (il y a une Lady Pinchbeck dans Les Trois Don Juan), dans Pierre de Melville, dans les Ballades de Thackeray, et dans une traduction de L'Elixir de longue vie de Balzac, etc. etc. etc. -------------------

samedi, 03 décembre 2011

De la situation économique

How did things go so wrong? The answer you hear all the time is that the euro crisis was caused by fiscal irresponsibility. Turn on your TV and you’re very likely to find some pundit declaring that if America doesn’t slash spending we’ll end up like Greece. Greeeeeece!

But the truth is nearly the opposite. Although Europe’s leaders continue to insist that the problem is too much spending in debtor nations, the real problem is too little spending in Europe as a whole. And their efforts to fix matters by demanding ever harsher austerity have played a major role in making the situation worse.

(Paul Krugman, éditorial du New York Times, hier)

 

Traduction :

Comment en est-on arrivé là ? On n'arrête pas d'entendre dire que c'est une mauvaise gestion de la fiscalité qui serait responsable de la crise dans la zone euro. Il vous suffit d'allumer votre télé pour voir un expert déclarer doctement que si les Etats-Unis ne réduisent pas leurs dépenses on finira comme la Grèce. Mon Dieu, comme la Grèèèèce !!!

Pourtant, c'est l'inverse qui est vrai, ou presque. Même si les dirigeants européens continuent d'affirmer que c'est l'excès de dépenses qui a mis les nations endettées dans le rouge, le véritable problème est en fait le faible volume de dépenses en Europe, et c'est leur volonté de régler les choses en demandant encore plus d'austérité budgétaire qui a joué un rôle majeur dans l'aggravation de la situation.

(N.B. : renseignez-vous - Krugman n'est pas un gauchiste.)

dimanche, 27 novembre 2011

Ballard et les Eglogues ?

Samedi dernier, lors du colloque international « Blowing Up the Sixties » organisé à Tours par mon excellente collègue Molly O’Brien, j’ai écouté, avec un intérêt sans cesse grandissant, une communication consacrée au roman composite de J.G. Ballard, The Atrocity Exhibition, qui date de 1969. L’intervenante était une doctorante québécoise de Montréal, Vicky Pelletier, qui a – entre autres mérites de son travail – fait circuler un exemplaire papier de la version publiée vingt ans après la première publication (cette édition comporte de nombreux annotations et ajouts, de J.G. Ballard lui-même). L’univers et le style de Ballard (que je ne connais que par ouï-dire, de nom, et aussi à travers le film de Cronenberg (Crash)) ne m’attirent guère, mais je dois reconnaître que ce que j’en ai entrevu à cette occasion donne plutôt, et ce malgré le bric-à-brac « transgressif » assez dérangeant, envie de s’y plonger.

En l’occurrence, ce qui m’a le plus frappé, sur le coup, ce sont les nombreux parallèles scripturaires et sémiotiques que l’on peut déceler avec les Eglogues de Renaud Camus, en particulier avec Travers (dont le quatrième et dernier tome devait paraître ce mois, publication repoussée au petit printemps). Je manque affreusement de temps pour approfondir tout cela, et j’attendrai d’avoir enfin reçu (puis lu) un exemplaire du classique de Ballard avant de proposer des pistes plus fournies. Dans l’immédiat, je me contenterai de noter, sans commentaires, ce que j’ai glané vite fait sur le Web. En effet, contrairement à ce que je pensais en écoutant la communication de Vicky Pelletier, le fait que le roman de Ballard puisse être l’une des sources explicites les plus agissantes de Travers n’a fait l’objet d’aucune remarque, ni sur le site Web de la Société des Lecteurs de Renaud Camus, ni (et c’est plus étonnant), sur le site exceptionnellement dense et fouillé de Valérie Scigala, la meilleure exégète des Eglogues. Il n’y a pas d’occurrence du patronyme Ballard sur le site personnel de Renaud Camus, à l’exception d’un paragraphe des Vaisseaux brûlés qui évoque un (assez énigmatique, dois-je avouer) John-Richard Ballard.

Entre autres ramifications, le titre de Robbe-Grillet, Projet pour une révolution à New-York (qui joue un rôle dans le premier tome, Travers), provient sans doute du titre de l’un des chapitres du roman de Ballard, « Plan for the Assassination of Jacqueline Kennedy », d’autant que ce fragment avait été publié en revue dès 1966.

 

Voici donc quelques copiés-collés, pour lancer la machine :

The character about which these figures play (he could hardly be called the protagonist) is variously named Travis, Talbot, Traven, Tallis, Trabert, Talbert, Travers, etc. The haziness of his characterization, the blurred outlines of his figure, amount to a radical critique of the very notion of character, so central to the realist novel, as a unified, autonomous being. (Source : The Electronic Labyrinth)

 

Travers looked up from the collection of objects and documents. The chief prison psychiatrist’s gaze was abstracted, as if his mind were turning inward as some kind of defence against the delusions of his patients.

“And you’re telling me that this collection constitutes some sort of time machine?”

“Not in the conventional sense.”

Travers slapped him.

(Extrait de The Atrocity Exhibition, trouvé ici)

 

 

La Foire aux atrocités, traduction française de François Rivière, est paru en 2003 aux éditions Tristram. (Or, le signifiant Tristan et Tristram Shandy sont des références-phares dans les Eglogues.)

 

samedi, 22 octobre 2011

Faudrait-il

10 h --- publié à 12 h 30.

Il y a de plus en plus souvent des bugs ou des pannes d’affichage sur les blogs Haut&Fort. Cette semaine, je suis allé cinq jours à l’université, comme à l’époque où j’étais directeur. Pannes d’affichage. Il faudrait. Cela m’inquiète, et je me dis que je devrais faire des sauvegardes par rubriques. Il faudrait. Avant de partir, je voudrais aussi achever la mise en fiches de Patrimony et Letting Go. Et il faudrait anticiper encore un peu sur l’autobiographie. Il y a du soleil. Parties de Cocotaki ™ et de Croque-Carotte ®. Soleil, vétérinaire. Il faudrait. Il faudrait. Il faudrait.

vendredi, 16 septembre 2011

Guillaume Cingal sort du placard (version sans Bartissol)

Mardi soir, mon père rentrait de Bruxelles dans les Landes. Le lendemain, je recevais un mail de ma mère me disant qu'il était arrivé avec du retard et faisant allusion à un mail que mon père aurait envoyé, en transit à Paris, à ma soeur et moi afin que nous puissions prévenir ma mère, car elle n'était pas là ce jour-là. (La phrase est horriblement compliquée, la situation est très simple : relisez ce qui précède à tête reposée.)

N'ayant reçu aucun mail de mon père ni mardi ni mercredi, je réponds donc à ma mère que je n'ai jamais reçu le mail en question et qu'il s'est peut-être trompé en utilisant mon ancienne adresse Wanadoo (ça lui arrive). Elle m'a donc écrit ce soir pour m'apprendre les choses suivantes :

1. En dépit de la fonction de saisie semi-automatique des adresses électroniques dans son navigateur, mon père a tapé mardi une adresse mail qui, à un signe près, n'est pas la mienne. Cette adresse ne lui est d'ailleurs toujours pas proposée par son navigateur, et il a donc fallu qu'il ignore les propositions automatiques pour la saisir en entier.

2. Il a reçu hier jeudi une réponse d'un autre Guillaume Cingal, qui lui a répondu, en substance, qu'il ne le connaissait pas, ni les destinataires de son mail, et que, même si lui s'appelait bien Guillaume Cingal, celui à qui mon père souhaitait s'adresser devait être un homonyme.

3. Mon père (dont le principal défaut, depuis toujours, est de ne jamais envisager, ne serait-ce qu'une seconde et même dans les situations les plus évidentes, qu'il a pu faire une quelconque erreur, et persuadé, donc, que c'était moi, son fils, qui lui faisais une blague) a répondu à cet autre Guillaume Cingal, sans consulter personne, d'une seule phrase que je vous livre ici, car elle relève d'un génie de la gaffe tout à fait étonnant : "Moi, je n'ai pas de trou de mémoire : tu es bien mon fils."

(Vertigineux, non ?)

D'où le mail de ma mère, ce soir, pour me demander si c'était bien moi qui avais fait une blague. Hélas, non, je l'eusse souhaité. Comme je l'ai écrit à ma mère, j'avais déjà connaissance d'un homonyme (rencontré par hasard à l'époque de l'affaire Asensio, et en faisant une recherche Google sur mon nom) et la gaffe de mon père n'est pas si grave que cela... sauf si l'autre Guillaume Cingal est orphelin, accouché sous X, brouillé avec son père, que sais-je. (D'ailleurs, s'il lit cette page, je lui adresse un amical et homonyme salut, tout en lui présentant mes excuses pour cet imbroglio ébouriffant !)

Guingois du vendredi -- 16 septembre 2011 019Bon, ce n'était peut-être pas une très bonne idée, cette barbe, finalement.

mardi, 30 août 2011

À bâtons rompus

(10 juillet)

Bien entendu, j’ai emporté, pour ces six semaines surtout landaises, beaucoup trop de livres, ou de travail, ou de livres pour le travail. J’ai aménagé le bureau de la maison hagetmautienne de manière à avoir cet ordinateur portable branché, et installé près du vieil ordinateur qui ne sert quasiment plus jamais (et qu’on ne garde qu’en cas de panne, au cas où, ou par un inexplicable conservatisme) ; j’ai rangé sur deux étagères distinctes les affaires de C. et les miennes (livres à lire, livres de Roth lus et dont je veux tirer des fiches). C’est en regardant cette étagère, et d’autant que trois livres en cours de lecture sont à la chambre ou au salon, que je me dis qu’à coup sûr j’ai emporté, pour ces six semaines (dont une, au moins, aura lieu ailleurs, dans l’Aude), trop de lecture. À côté de moi, c’est-à-dire à côté (à gauche) du clavier de l’ordinateur portable, sont posés American Pastoral, avec la bibliographie officielle établie par Paule Lévy, et Parti pris.

Avant-hier soir, avant le samedi sans lecture (nettoyage, installation d’une boîte à lettre sur piquet métallique, ébranchage, courses landaises), j’ai commencé Indignation, un des très brefs et récents romans de Roth. Quoique je n’aie pas encore compris le choix du titre, je n’ai pu m’empêcher de repenser à la rubrique Indignations, que j’avais « doublonnée » plus tard, dans mes autres carnets, au moyen de la rubrique Narines enfarinées : ce mot même d’indignation, qui signifie que l’on s’insurge contre quelque chose d’indigne, n’est-il pas quelque peu ambigu ? ne pourrait-on supposer que celui qui s’indigne se rend lui-même coupable d’intempérance, et qu’il est, par là même, indigne de ce qu’il devrait être ? Le récent succès de librairie, tout à fait grotesque, d’un Hessel a marqué de manière claire que, si l’indignation pouvait être présentée comme une vertu, elle n’en était pas moins fortement imprégnée d’indécence, voire d’indignité en tant que stratégie systémique.

(Un des côtés les plus reposants, mais également – c’est tout à fait logique – les moins propices au travail ou à l’élaboration de réflexions écrites, ici, c’est l’absence de connexion Internet. Bien que je persiste à y trouver le principe fondamental d’un ressourcement, ou d’un repos forcé, souvent, il n’en demeure pas moins que, dès que j’essaie de mettre quelque chose au propre, pour mon travail ou en vue d’une publication ultérieure dans un carnétoile, je me retrouve coincé. Ainsi, pour le travail, il faudrait ici que je puisse creuser le sens du titre de Roth, même sans avoir achevé la lecture du roman dont tout me laisse penser, au demeurant, qu’il ne va pas casser trois pattes à un canard ; pour l’écriture, je devrais pouvoir aller farfouiller du côté de l’OED, ou m’enquérir de toponymie – la ville de Digne ?)

Cela s’est déjà produit : un minuscule insecte se promène sous l’écran, entre les lettres du texte qui s’écrit. Tandis que j’écrivais la phrase qui précède, il est passé du v de ville au r d’écriture. (Insecte ascendant.)

Les textes que j’accumule (et encore : pas toujours) lors des séjours landais pourraient être regroupés dans une nouvelle rubrique : À bâtons rompus. Les textes, devenus rares (je m’échinais ou ferraillais plus souvent en 2005 – non que je me sois tout à fait calmé depuis, comme l’affaire Asensio a pu le démontrer, mais j’ai aussi eu ma part de batailles dans le domaine professionnel), de la rubrique Indignations pourraient, eux, porter le titre collectif : À lances rompues. (Ne dit-on pas, pourtant, briser des lances ?)

mercredi, 20 juillet 2011

Pantalon d'épousaille

Ce n'est pas un été pourri.

Ce n'est pas un été pourri qui vous fera changer d'avis sur les rapiéçages divers d'une année de bonne fortune.

Ce n'est pas un été pourri avec vue sur la montagne.

Ce n'est pas un été pourri dont la trêve sera hivernale. (Juste à côté, elle avait ajouté ^^, mais je n'ai jamais compris ce signe (froncement de sourcils ?).)

Ce n'est pas un été pourri à s'espalaser dans la verdure moite.

(Enlève des adjectifs.) Ce n'est pas un été pourri à s'espalaser dans la verdure. (N'abuse pas de patois.) Ce n'est pas un été pourri à s'étendre nonchalamment dans la verdure. (Pourtant, s'étendre nonchalamment ne dit pas la même chose que s'espalaser, qui n'a pas d'équivalent en langue d'oïl.)

Ce n'est pas un été pourri si tu revois le soleil.

Ce n'est pas un été pourri comme ceux de 2007 ou 2009, et quoique tu penses des nombres impairs.

Ce n'est pas un été pourri qui changera grand chose à mon style.

Ce n'est pas un été pourri à peindre, à rafistoler.

Ce n'est pas un été pourri. (On verra bien.)

mardi, 28 juin 2011

Elucubrations de quasiminuit

Hier, dans ma tenue d'Hindou ou de Jean Borotra, une Affligem, à une heure de l'après-midi, en plein soleil, place Plumereau. (Le serveur de l'Epée royale : Je ne sais pas comment vous faites...)

Ce midi, un déjeuner preste mais avec un excellent septuor. (Moins de scintillations, pourtant. Le ciel s'était chargé de nuages mi-lourds.)

Avec tout ça... je ne sais pas comment je tiens... aux nerfs... au ciel... à la nécessité de tenir...

Pas à la perspective de vacances, en tout cas. Famille, été, impression de farniente, certes. Mais trois nouveaux cours, plus les deux cours d'agrégation -- et les responsabilités qui reviennent par la fenêtre quand on les chasse par la porte. Voilà ce que sera 2011-2012. Alors, la recherche (si : deux colloques, un de plus à organiser...)...

Enfin, le travail, c'est comme la vie : ça ne s'arrête que quand ça s'arrête, et non quand on pense que ça va se calmer. Le creux de la vague, ça n'existe pas. C'est une invention de l'écume, pour nous attraper.

(On en revient à Mallarmé. Nous naviguons, ô mes divers.)

mercredi, 22 juin 2011

Se dévêtir de gris

Nous évitions les bals où les mines étaient grises

afin de mieux nous revêtir des nôtres.

(Haute lice, p. 33)

 

De quel mystère a-t-on trouvé à se parer, dans un bal démultiplié ? (Démultiplié : un bal qui se généralise et devient le signe, ou l'exemple, des bals, de tous les bals.) On peut penser que, refusant de faire grise mine, cherchant à avoir sa propre figure, on arborera une allure autre que grise. D'ailleurs, cela n'a rien d'évident, car le gris lui-même est d'une grande richesse : ainsi, un mur gris n'est jamais uniforme ou monochrome, mais constitué d'un nombre presque infini de teintes, de variations, de subtils passages (jaune sale, beige terne etc.).

Je n'ai jamais su (vérifié) si les belles phrases que l'on prête à François Mitterrand sur la beauté du gris (dans le film de Guédiguian ou le docu-fiction de Moati) sont bien de lui. Peu importe, si un sujet en chasse un autre. Le revêtement des routes, par exemple, varie (j'avais d'abord écrit : vire) du bleu très sombre à l'anthracite. Et c'est toujours le temps de l'attente, dans les salles de bal (la salle des bals).

Par voie de conséquence (mais il n'y a là ni voie, ni variation), par tel ou tel canal d'emprunt, on peut souligner que c'est aujourd'hui un jour d'été singulier : longue, très longue averse de plus de quatre heures (laquelle a commencé, sur un coup de tonnerre, un peu avant 6 h du matin), puis, après dissipation progressive de la grisaille, un soleil doublé d'un vent moins gorgé d'humidité qu'on ne l'aurait cru, et qui n'a cessé de s'imposer en trompe-l'oeil.

Des ardeurs perçaient (sous la grande mondaine). Le soleil, toujours en trompe-l'oeil, est de ce monde.

2300 - D'ailleurs quelles régions

Le Cabaretier, Lyon, 11 décembre 200820-21 juin 2011.

Nous voici de l'autre côté, en pensée à tout le moins. Des arbalétriers sont à pied d'oeuvre. Mettre le roi en pièces en un clin d'oeil ? Le vieux projet (Eu dans l'eau) refait surface. Et pourtant le désir de Lisbonne me hante.

Tout de même, on est mal barrés ! Revenons à Lyon, si vous le voulez bien, dans les traboules, et dans les bouchons où l'on déguste d'excellentes fricassées, ou les plats qui, de tous ceux que la cuisine française a pu inventer, sont les plus susceptibles de faire peur aux Amerloques. Des ribambelles nées à Babel rebondissent. Le texte alors se compliqua, encore un tour de vis, encore un faisceau supplémentaire, des strates en veux-tu en voilà (Lisie n'a pas dit non), puisque le scripteur se mit en tête, se fit un devoir, d'ajouter aux citations barrées et aux citations non identifiées d'autres citations, des sortes d'autocitations que, faute d'autre police possible dans les "fenêtres de commentaires" de son site de photographies (la source de tout texte, ici), il italicisa. Rome caracole. Comme ce verbe "caracoler" tombe à point nommé. Comme tout se rejoint, comme tout fait sens !

Unissons !

Frissons ! Revenons à Lyon, en gardant notre sang-froid. Confondus avec la foule. Ce qui nous berce nous bannit. Primatiale de tous les saints, frissons du pardon. Avoir visité, jadis, Lyon avec un fervent catholique a dû colorer mon regard. Comme ce verbe "colorer" tombe à pic. Vincent vint sans son yacht. Il s'appelle évidemment ..... Tristan.

Comment nommer un texte composite formé de collages et de bribes qui sont-elles mêmes dérivées de textes polymorphes où l'on sent la pratique du centon, l'ekphrasis, la sortie impossible du langage ? Ce n'est pas la bucolique. Ce voyage, du jeudi au mardi matin (tôt, il n'est pas sept heures et je suis levé depuis deux heures déjà), a connu un coup d'arrêt. Un coup d'épée. Et pourtant le désir de Lisbonne me hante. Allez savoir de qui (de quelle contrée?) il s'agit... (D'autres s'interrogent, non sur Zimbazane, en Corrèze (qui vaut mieux qu'une montre en or, mais pas que le Zambèze), mais sur Fonbalquine, qui doit connaître des ressourcements.) Faute d'autre police : il faudrait, lors de la publication finale, en arborescence, un jeu de couleurs. Comme ce mot "couleurs" tombe à merveille. Et du Rhône on ne peut dire qu'il possède l'aura diaphane, si particulière à ces régions. D'ailleurs, quelles régions ? D'ailleurs quelles régions.

Avec tous ces détours, nous n'avons pas vu Lyon.

Y étions-nous ?

Unissons.

D'ailleurs, quelles régions ? (Tu reviendras. La sottise n'est pas mon fort.)

mardi, 14 juin 2011

Dialogue écrit

— Expression tautologique de la mélancolie, par mon fils (10 ans) : "j'aime cette musique, ça me rappelle la nostalgie".

— Ce n'est pas tautologique, c'est une vraie mise en abîme. Soupir ! La nostalgie n'est plus ce qu'elle était… C'est marrant, ça nous ramène au papier sur le regrès.

— Me sens très abîmé. C'est la nostalgie, un puits sans fond.

 

Dans mon autre site, j'avais tenté des transcriptions de conversation en ligne ("chat"). Ici, peut-être, commence un nouveau projet : le recyclage d'échanges sur Facebook.

jeudi, 09 juin 2011

De quoi Cucuphas est-il le nom ?

 

Ayne Bru.jpgLes entrées des différentes WP (francophone, lusophone, hispanophone) donnent la même étymologie pour le nom de saint Cucuphas, dont on peut voir, dans la basilique de Saint-Denis, une chapelle qui lui est consacrée. (Je ne suis pas très sûr de la syntaxe, bancale voire fautive, de la phrase qui précède.*) Il s’agirait d’un nom dérivé du copte cacupat, par l’intermédiaire du grec kukupha et du latin upupa : ces noms désignent la huppe.

Or, pour l’entrée de la WP anglophone, nettement plus complète, l’étymologie proposée, empruntée au site Web Santi Beati, fait remonter ce nom à une expression phénicienne dont le sens serait « celui qui aime faire des plaisanteries ».

hoopoe.jpgJe ne dispose ni des compétences ni des ressources, ni surtout du temps nécessaire à l’élucidation de ces hypothèses contradictoires, de sorte qu’il m’est aisé d’imaginer qu’elles sont en fait complémentaires : le cri de la huppe appelle l’analogie avec l’homme qui se gausse, comme on le dit du merle moqueur, ou qui glousse. Cela, pourtant, est bien incertain. Je ferais mieux de m’intéresser à cet Ayne Bru qui a peint le tableau le plus connu, et surtout le plus reproduit, représentant ce martyre – ou tenter de lire sérieusement l’hymne que Prudence lui a consacré – ou encore envisager d’aller me promener dans le bois de saint Cucufa à La Celle-Saint-Cloud – ou, seulement, décrire la chapelle à la minute même où je la vis.

 

* ...saint à qui une chapelle est consacrée, dans la basilique Saint-Denis.

lundi, 02 mai 2011

Chaorgasme

Défense d'écrire.Un carnétoile est comme une bibliothèque qui se rangerait, s'arrangerait d'elle-même, avec ses trous et ses chaos, ses pleins et ses déliés -- ou plutôt : le chaos, l'amoncellement, l'accumulation (de rubriques, dont certaines sont comme mort-nées, n'ont pas donné suite, have finally petered out) n'y empêche aucunement l'impression de bonne tenue. Il serait facile de redécorer radicalement la pièce, repeindre les murs et les rayonnages d'une autre couleur : d'un simple clic, le vert de Touraine sereine, omniprésent depuis la création, le débarquement, deviendrait grisâtre ou orangé. Pourtant, le graphomane résiste à cette tentation.

(J'écris ces lignes en surveillant un examen, au fond de la salle 413. Il me semble que j'ai photographié, il y a longtemps, des nids de pie depuis cette même salle, à moins que ce ne fussent les graffiti sur les tables. Si je retrouve ces images sur FlickR, j'en illustrerai ce billet. Pour de sombres et pragmatiques raisons, j'ai dû faire, entre 7 h 50 et 9 h 05, deux fois l'aller-retour entre la salle de surveillance et le secrétariat, laissant ma collègue surveiller seule la quarantaine d'étudiants de master. L'ascenseur étant en panne, j'ai donc monté trois fois les 4 étages, l'équivalent donc, très approximativement ou de façon hachée, de deux orgasmes. (J'avais entendu, adolescent, les résultats d'une étude qui expliquait que monter 6 étages équivalait, du point de vue de la dépense d'énergie, à un orgasme. Like most people, I'd rather have a fuck.))

Le carnétoile, dépaysé, raccroché ou renfloué, s'accommode aussi bien des parenthèses languissantes que de liens hypertextuels à foison. C'est lundi matin, back to the grindstone.

 

(Une nouvelle parenthèse, comme si je suivais ici le flux et le reflux des odes composées selon strophe et antistrophe, mais en oubliant, savamment ou sottement, de composer d'épodes : je n'ai pas retrouvé de photographie du nid de pie, mais bel et bien les graffiti, dont l'un vient orner, en lettrine, le début de ce billet. L'éléphant polygraphe a encore du pain sur la planche.) ----- Puis, j'ai cherché encore, mieux, autrement, dans le fouillis gravement ordonnancé de cet autre carnétoile qu'est mon site FlickR, et j'ai retrouvé le nid de pie capt(ur)é depuis la salle 413 : Framed magpie's nest Aujourd'hui, ce sont les mêmes fenêtres, et les mêmes platanes, beaucoup plus feuillus et verts (nous sommes en mai, et non le 26 mars 2007). Héraclite peut prendre des cours de conduite auprès de l'éléphant polygraphe.

mardi, 29 mars 2011

Inquiétudes immobilières (maybe de nada)

Reprenons à rebours.

 

Lundi, 15 h 50. En rangeant la vaisselle dans les placards (tandis que chauffait l'eau pour le thé), je me suis surpris, pour la deuxième fois de la journée, à ouvrir le placard des tasses et des mugs afin d'y ranger les cinq verres que j'avais dans les mains... (Il me semble que je n'ai jamais commis cette bévue. Il me semble aussi que, dans la maison où nous vivions jusqu'en décembre 2008, le placard des verres était situé au-dessus du four, alors que, désormais, nous rangeons les mugs près du four.)

Dimanche, promenade dans le quartier. Le chantier de la grande résidence qui va remplacer le grand terrain vague a bien commencé. Comme nous le craignions, la piste cyclable qui passe de l'autre côté du rond-point en cul-de-sac où se trouve notre maison (je sais : cette description ne permet nullement d'appréhender la situation topographique de manière concrète, même avec un solide sens de l'orientation et un bac+8 en sémantique) sera doublée par une voie pour véhicules, sans doute à double sens, afin de desservir cette fichue résidence. (N'y a-t-il plus de règlementation sur les espaces verts ? A Tours, le moindre recoin de trois fois rien où je n'aurais pas su comment caser un cabanon pour mes lapins donne naissance, du jour au lendemain, à un bloc de 12 ou 14 appartements, façon Jack & the Beanstalk. Bref...) Découragée par cette vision, ma compagne lance "pfff, c'est foutu, on n'a plus qu'à déménager"...

(Nota bene 1 : nous avons emménagé il y a deux ans et demi, dans une rue qui, quoique prise entre une ZAC et une ZI, et dans une zone quadrillée par deux 2x2 voies, est tout à fait calme.)

Il y a quelques semaines, ma compagne m'a dit avoir fait le même rêve récurrent (4ème occurrence, je crois) : nous vivions de nouveau (ou encore) dans notre précédente maison, qui n'avait pourtant rien d'idéal, sauf le jardinet, qui était plus joli et bien chez soi comme disent les blaireaux de l'immobilier. (Nota bene 2 : ma compagne n'est pas du tout portée, contrairement à moi, sur la nostalgie, et fort peu, en particulier, attachée aux lieux de vie du passé. Un tel rêve prend un relief singulier.)

Alors ? quoi...? prémonitions ? le plus étrange est que nous sommes très à notre aise dans cette maison, et aussi heureux qu'on peut l'être je crois. Au demeurant, j'incline à penser que la résidence ne devrait pas drainer une circulation si démente que cela, et surtout à des heures ciblées d'ailleurs (comme actuellement, d'ailleurs, pour les rues Curie ou Torricelli).

 

------- Et, pour donner plus de relief à ce billet un brin terne, j'y accroche quelques liens vers d'autres verdures, d'autres grisailles.

lundi, 21 mars 2011

Affairés

Felix, heureux et sombre, tapote, pianote (Bilder keiner Aufstellung, ce disque qui depuis si longtemps m'accompagne et que voilà revitalisé par l'écoute, samedi, des Tableaux d'Une par la fidèle Akiko Yamamoto). Le bambin ne pleurait pas. Le bambin ne pleurait plus. Felix n'est pas si modeste qu'il y paraît, et, dans le soleil du deuxième jour de printemps, reprenant de bonnes vieilles habitudes (en 1994 ou 1996 ou 1999 ç'eût été du thé), je bois un peu de café noir avec des McVitie's Ginger Nuts : on peut lire £1 sur le paquet que j'ai payé deux euros peut-être  -- ou peut-être un peu moins --  au supermarché asiatique de la Petite Arche. Nolportano : qu'est-ce que ça veut dire ?

Nolportano, qu'est-ce que ça veut dire Nolportano ? Cinzano !

Vous n'y croiriez pas. Vous n'y croiriez guère. Autres gammes : tout, dans cette traduction, était (d'ailleurs) un problème de portée. Et quand votre monde s'effondre, quand la radio irradie, quand le béton ne coule plus, croyez-vous qu'il soit facile de se glisser dans un strapontin et de rire tout de go (viz. : l'histoire du Texan qui s'abreuve dans une empreinte de fer à cheval) ? Soy califa : le Sphinx interroge. Felix continue de faire la musique  avec le couvercle rabattu. (Draps souillés.)

Donc, n'y croiriez-vous pas ? Vraiment ? Le soleil dans la poire ??!? Et que, dans le seul canton de Marseille où le Front National n'arrive pas en tête (quelle ville de dingues, décidément), il y ait eu quatre candidats écologistes, ça ne vous défrise pas ? Etude de cas pour politologue. L'observation désastre, en quelque sorte, quand le champ des ruines (albeit ever so slightly) se métamorphose sous vos yeux en carte postale sépia.

Vous n'avez rien compris à ma simplicité. (Et, ajouta-t-il à 11 h 11, je ne peux pas ne pas dire un mot, ou une phrase, ou me livrer à quelque envolée, au sujet de Korkelwurz : alors, toujours, il, sur le métier, l'ouvrage remit, et de fil en aiguille se mit aussi à dire du bien de Pentachords, de Bazar, tout à fait asiatique encore, des Impondérables, et même (fut-ce brutal !) de Torschluss. (Les circonflexes ne comptent pas pour du bas-beurre.))

Korkelwurz, qu'est-ce que ça veut dire Korkelwurz ? Marlbroutz ! ------------- A ma simplicité vous n'avez rien compris.

 

lundi, 14 mars 2011

Sang

" A la suite de disputes au sujet de terres avec des cousines, et pour fuir les commérages, critiques et ragots de la famille, il avait juré de se vider de tout son sang et de s'en transfuser un autre, et de changer son patronyme d'Abad pour celui de Tangarife, qui avait l'air moins juif et plus arabe (menace burlesque qu'il ne mit jamais à exécution). "

(Hector Abad. L'oubli que nous serons, traduction d'Albert Bensoussan.

Gallimard, 2010, p. 90.)

mercredi, 09 février 2011

Rame

Dès que je n'y tiendrai plus, je me gaverai de café, tenir le coup.

J'aurai bientôt achevé de lire Dorian. Pourquoi est-ce que j'éprouve de telles difficultés, et même à prendre e main, rassembler les fils enchevêtrés de l'existence (ses tâches, ses taches) ?

Le futur antérieur m'enterre sous son aile. Pas gai.

 

dimanche, 12 décembre 2010

Summertime / L’été de la vie

 

Il ne m’est pas possible de revenir ici en détail sur les raisons qui font que je lis chaque nouveau livre de Coetzee, alors que cet auteur me laisse généralement sur ma faim, voire qu’il m’agace (son côté scalpel, sa forme froide et quelque peu osseuse (voire en arêtes), son éloignement de tout dérapage). Peut-être y reviendrai-je, si tant est que j’en éprouve le besoin (ici, ce me semble, je suis un peu mon seul lecteur).

Plus que les précédents, ce qui n’est pas peu dire, le troisième volet de l’autobiographie du Prix-Nobel-sud-africain-exilé-en-Australie me semble fade, bien peu de chose. Ça ne démarre pas mal, en un sens. Il nous est donné de lire quelques fragments de carnets avant les transcriptions de cinq entretiens entre un biographe fictionnel et des personn(ag)es ayant compté dans la phase 1972-77 de la vie de John Coetzee, le grand écrivain désormais décédé (double ou décalque morbide de J.M. Coetzee). C’est là une très bonne idée, dans la perspective de distanciation autobiographique (soit = pas du tout l’autofiction) qui est celle de Coetzee. Ce qui est regrettable, c’est que Coetzee n’en fait rien. Il reste à mi-chemin de tout. Aucune envolée, ou alors pas assez de sécheresse. Bizarrement, on frôle l’autocomplaisance, peut-être le seul reproche qu’on n’eût pu jusqu’alors formuler.

J’avais commencé à griffonner quelques bribes dans les marges de mon exemplaire de Summertime, tandis que C. en lisait la traduction (L’été de la vie. Seuil, 2010, traduction de Catherine Lauga du Plessis). Et je n’ai pas envie d’en faire quoi que ce soit. D’autres, beaucoup, écriront au sujet de ce petit texte bien terne. Aussi ai-je décidé de reprendre certains des passages que j’avais annotés, et de voir comment Catherine Lauga du Plessis les a traduits. Après tout, Coetzee est un fabricant de petits mécanismes textuels tellement rôdés qu’on n’y sent plus la moindre fibre ; autant le prendre à son jeu, et décortiquer des micro-fragments dans une perspective ultra-décorticante (la traductologie, dira-t-on pompeusement).

 

Agenbite of inwit. (Summertime. Vintage, p. 4).

Agenbite of inwit, remords de conscience. (L’Eté de la vie, p. 10).

Je ne savais pas du tout ce que c’était que cette expression ; je constate que la traductrice choisit de la garder telle quelle. Il doit s’agir d’une citation. La Wikipedia me permet prestement de combler mes lacunes : il s’agit en effet du titre d’un texte en prose en moyen anglais, de genre confessionnel. La traduction en anglais contemporain que propose la WP (Prick of Conscience) me confirme ce que je pensais : il doit y avoir, dans l’allusion de Coetzee, un jeu sur les connotations sexuelles (bite, wit = morsure, bite, vit). Pour lui, aussi, ce doit être une reprise de Joyce, puisque, comme nous en informe doctement la WP : « In the 20th century, the work gained some recognition when its title was adopted by James Joyce, who used it numerous times in his novel, Ulysses. In Joyce's spelling, agenbite of inwit, the title has gained a limited foothold in the English language. » On peut supposer que la traductrice française est allée fouiner du côté des traductions du texte médiéval, et des traductions d’Ulysse. Passons.

 

As for the fate of Christian civilization in Africa, they have never given two hoots about it. (Summertime, p. 6)

Quant au sort de la civilisation chrétienne en Afrique, ils s’en sont toujours moqués comme de l’an quarante. (L’été de la vie, p. 12)

L’équivalence trouvée est judicieuse – on aurait pu songer aussi à « leur première chemise », mais l’an 40 est bien vu, dans le contexte. Pouvait-on conserver une tournure négative ? Ils n’en ont jamais eu cure. Jeu de mots assez fin, mais niveau de langue trop soutenu.

 

Breytenbach […] queered his pitch… (Summertime, p. 8)

il a brûlé ses vaisseaux… (L’été de la vie, p. 15)

Elle n’a pas beaucoup cherché, là. Equivalence, oui, mais d’un autre niveau de langue. L’idée est légèrement différente : en anglais, il s’agit plutôt de quelqu’un qui met à mal une situation idéale par irréflexion, sans les connotations bravaches du français (jeter son bonnet par-dessus les moulins ?). Souvent, d’ailleurs, l’expression ne s’emploie pas de façon réflexive. On pourrait envisager : il s’est mis dans le rouge / il a franchi la ligne jaune / il s’est tiré une balle dans le pied / il a scié la branche sur laquelle il était assis. En quelque sorte, dans le texte français, Coetzee-le-narrateur est beaucoup plus admiratif du geste de Breytenbach que dans le texte anglais. En anglais, Coetzee-le-narrateur intègre le point de vue raciste de l’opinion afrikaner officielle. C’est beaucoup plus intéressant.

 

… he swarthily handsome, she delicately beautiful… (Summertime, p. 8)

… lui séduisant et basané, elle d’une beauté délicate… (L’été de la vie, p. 15)

Un cas d’école. Adverbes qu’il est impossible de calquer, qui appellent des transpositions. La traduction est un modèle.

 

… the muzak… (Summertime, p. 21)

la musique d’ambiance… (L’été de la vie, p. 29)

Pas d’autre choix, sans doute, que cet étoffement. Quoi d’autre ? La musiquette ? La soupe ? NON. C’est frustrant, quand même.

 

Mister Prod (Summertime, p. 22)

Il est trop long d’expliquer pourquoi l’interlocutrice du biographe surnomme ainsi John Coetzee. Toujours est-il que la traduction

… ce picador à la manque… (L’été de la vie, p. 31)

est absolument enthousiasmante. Coetzee tiendrait-il, en Catherine Lauga du Plessis, une traductrice si bonne qu’il ne la mérite pas ?

 

… nothing but a clumsy accident, the act of a Schlemiel (Summertime, p. 25)

… rien d’autre qu’un accident, une maladresse de Schlemiel (L’été de la vie, p. 34)

Pas d’autre choix que de conserver le xénisme, le terme yiddish. Contre ce choix, il y aurait l’argument suivant : la littérature en langue française n’est pas traversée par le yiddish dans les mêmes proportions que la littérature en langue anglaise (surtout avec les textes américains). Mais cet argument ne tient pas, pour deux raisons clairement repérées :

  1. Le texte français est une traduction, ce qui est connu du lecteur.
  2. Le yiddish est une des langues de référence possible de tout texte littéraire, quelle qu’en soit la langue.

Il y a une autre raison, plus spécifique : --- 3. Il y a un écho sémiotique évident avec le célèbre conte (ou bref roman) d’Adalbert von Chamisso, Peter Schlemihl (une histoire de double).

Aussi, sur un plan linguistique : --- 4. Coetzee fait dire ce mot à Julia car il s’agit aussi d’un terme afrikaans (et même néerlandais).

“Only something that, being a schlemihl, he'd known for years: inanimate objects and he could not live in peace.” (Thomas Pynchon. V. 1963, p. 37)

 

Excitement all around, an envelope of libidinous excitement. From which I purposely excised myself. (Summertime,pp. 26-7)

Tous baignaient dans l’excitation, tous pris dans une excitation libidineuse. Quant à moi, je me tenais à l’écart. (L’été de la vie, p. 36)

Dans la première phrase, l’étoffement au moyen d’un verbe conjugué n’était peut-être pas évitable. Il était possible de risquer une dilution, plus proche stylistiquement du texte-source : Partout tout n’était qu’excitation, la gangue libidineuse impudique de l’excitation.

L’adjectif impudique serait bien meilleur ici, d’un point de vue rythmique. Mais le rythme n’est pas tout.

 

Ce qui est regrettable, c’est d’avoir effacé, dans la deuxième phrase, l’adverbe purposely (qui n’est pas purposefully), mais surtout de n’avoir pas conservé la paronomase excite/excise. Quand c’est une femme qui dit s’être tenue à l’écart d’un système social proche de l’échangisme, le recours au verbe excise myself (« m’exciser ») n’est pas banal. Il s’agit d’ailleurs d’un emploi très « limite » par rapport à l’usage en anglais.

 

‘Once,’ he repeated, cementing the lie. (Summertime, p. 29)

« Une fois », a-t-il répété, s’enferrant dans son mensonge. (L’Eté de la vie, p. 39)

Outre mon obsession très récente pour le ciment – qui est un motif agissant de ce chapitre, la 1ère interview – je m’étais demandé comment traduire cela. Il s’agit d’une parole qui scelle un mensonge : le mensonge est en béton, au moins pour celui qui le profère (et, d’une manière performative assez habituelle chez Coetzee, pour son interlocutrice aussi). L’expression française s’enferrer dans son mensonge (modulation avec changement d’image : ciment è fer) a d’autres connotations, me semble-t-il. A tout prendre, j’aurais opté, moi, pour scellant ainsi son mensonge.

(Remarque tout à fait annexe : a-t-on oublié, aux éditions du Seuil, les règles typographiques de base pour la présentation des dialogues en français ??? Il semble que tout le roman soit imprimé selon les conventions typographiques anglo-saxonnes, avec multitude de guillemets ouvrants et fermants en tous sens. Du grand n’importe quoi. Mais il est vrai que je cherche peut-être la petite bête, vu que j’ai de bonnes raisons d’en vouloir au Seuil, et notamment à la grande chamane et brasseuse de vent Anne Freyer.)

 

[Je me suis arrêté là, pour le moment, de l'exploitation traductologique de mes annotations. Il y a moins de petits ticks dans les pages qui suivent, de toute façon. J'ai lu pour lire, pour finir, pour voir, pour m'agacer encore de cette médiocrité froide.]

 

samedi, 11 décembre 2010

Oloron, Pau, le honk des oies

Je me gave de café, moins pour me réveiller, me réchauffer ou atténuer l'effet de l'oreiller trop volumineux sur ma nuque, que pour me donner une contenance. Un samedi qui commence bien. Déjà un long texte écrit en hypographe à une photographie récente de la chapelle Saint-Georges à Rochecorbon. (J'ai raté une occase : Lamba / lambda. Il faut aussi que je trouve ma voie.)

Bientôt aux Tanneurs pour la soutenance de thèse de Stéphanie.

Longs textes.

Pourtant, choses à faire : sujets d'oral pour le M1 (marathon de mardi) ; placer les 56 groupes de tutorat Asiaco dans les emplois du temps du deuxième semestre ; faire les listes des étudiants pour ces mêmes séances. (WAW.)

Côté écriture : je me tâte pour l'autre texte. Celui que j'ai commencé par pochade me stimule plus. (Le scripteur, quelle forfanterie !) Il n'est pas anodin que cela permette, par recoupements citationnels, de récupérer tels quels (ou presque) un nombre presque infini de textes déjà écrits sur l'un ou l'autre blog carnétoile.

Même côté, presque : billet sur quelques phrases de Summertime (et regarder leur traduction) ; billet sur l'un des récits brefs de Mia Couto ; billet sur Herta Müller ; billet sur le journal 2009 de Renaud Camus. Chantiers, toujours, et dans une semaine plus de connexion Internet. (WAOW !) Et aussi, cette phrase lue hier soir, ou plutôt cette nuit, phrase idéale pour Le Livre des mines (dans Les Inachevés).

Nouveaux limericks (à l'ancienne) attendront (désolé, Valérie).

 

Louv(r)e à la b(r)asse

Traversé le Louvre à la brasse, quel cirque ! Aujourd'hui, Edmond et Jules se reposent. Ron et Mael discutent de Derrida. Denis et Maurice évoquent de vieilles photographies jaunies (le temps, à peine, d'un clignement de paupières, tant et tant que le phraseur bataille), par-dessus la ligne imaginaire du tropique du Cancer. C'est Michael qui est mort. Château de La Roche Courbon (Charente-Maritime), 15 juillet 2008, vue du château et des jardins depuis le haut de l'escalier d'honneurLa trompette est-elle veuve ou orpheline. (Pour le frère, il n'y a pas de mot. Le sujet du roman de Vassilis Alexakis est pourtant ce veuvorphelinage, deuil, insurrection tendre des spectres, et poème brusqué la Vénus de Brassempouy. Au moins, nous saurons où diriger nos pas, dans la galerie de portraits, pour la prochaine notule. Il faut refermer la parenthèse. Il faut refermer la parenthèse.)

Escalier. Escalier somptueux. Escalier somptuaire. Manquent les majuscules d'usage. Escaliers. Grand miroir d'eau à la versaillaise. Traversé les douves à la brasse ; mouvement, immobilité, blanches courbes.

Bien des jeux de mots. Peu de ratures. Pas de ratures. Phrases courtes, blanches courbes dans le ciel. Château en Saintonge, songes creux. (Pourtant, pensait-il, ces petites phrases sèches dont on pourrait penser que le scripteur les a tirées de sa manche comme au jeu des kyrielles sont tout simplement de fades enchaînements, sans contrainte, pure suite sèche, pas même énigmatique. Qui en dit trop ne dit rien.)

 

MAIS VOYONS (bon sang, mais c'est bien sûr !!) :::: IL S'EST AFFRANCHI ----- de QUOI ??? des culs obliques ? (blanches courbes, bon sang mais c'est bien sûr !)

Il faut refermer la parenthèse. Il faut refermer la parenthèse. Le revoilà qui bégaie. Qui en dit trop ne dit trop rien. Château de La Roche Courbon (Charente-Maritime), 15 juillet 2008, statue XVIIè siècleLe revoilà qui bégaie. Mais tout de même, cette silhouette pataude (fermière d'été ? veuvorpheline de comédie larmoyante ?) ne manque pas de se diriger, d'un mollet agricole mais décidé, vers les marches inférieures d'un escalier du haut duquel se donne à voir, dans toute sa splendeur, le grand miroir d'eau, puis, dans sa perspective mieux encore que cavalière, le château de La Roche Courbon lui-même. Château de La Roche Courbon (Charente-Maritime), 15 juillet 2008, l'escalierIrons-nous porter nos regards vers Racan, ou vers la Vénus de Brassempouy ? Décidément, nous ne savons rien. le scripteur ne nous aide pas. Il faut refermer la parenthèse, retrouver la perspective mieux que cavalière du haut de laquelle -- n'y avait-il pas là quelque glougloutante fontaine ? -- nous pûmes admirer le grand miroir d'eau et au-delà, altier mais épars, le château de La Roche Courbon. Et de là rebondir

(le grand mot des médias ; le grand mal du début de siècle )

et rafraîchir notre regard, si cela est possible.

 

Oh oui, cela est possible, même aisé. (Il bégaie, il zézaie. Réjean Ducharme m'ennuie : pourquoi fais-je pire ?) Possible de rafraîchir le regard, d'aligner les phrases, de se rappeler même les sept fois où vraiment je suis passé près de la chapelle des Carmes en la regardant pour de bon, non inattentif (si je peux risquer cette double négation), ne songeant pas à quelque maroquin, maudit rond-de-cuir ! Château de La Roche Courbon (Charente-Maritime), 15 juillet 2008Possible de rafraîchir le regard sans être obnubilé de l'obturateur, dératé du déclic (pourtant, sans ces clichés par milliers, aurais-je matière à tant de phrases ? ils sont le déclic), et d'échapper aux culs obliques (hardly a savoury phrase, quite a sorry sight too). Et, à la lisière du vendredi et du samedi, après avoir trimé sur les petits rectangles roses, bleus, jaunes ou verts du logiciel ADE (tels qu'ils apparaissent, sur les pages individuelles des emplois du temps, dans l'Environnement Numérique de Travail), le scripteur (qui n'est pas je : les instances importent) se repose-t-il vraiment à colorier des pattes-de-mouches ?

(Trop de questions, trop de parenthèses. A quoi bon, alors, se passer des ratures ?)

 

dimanche, 21 novembre 2010

Feignant de s'étonner

Comme C. a écrit, dans un mail qu'elle m'a envoyé (oui, on peut travailler dans le même bureau, at home, et s'envoyer des mails - la vie moderne), faignasse, j'ai voulu vérifier si cette orthographe était acceptée, en alternative à feignasse.

Et là, stupeur ! j'ai toujours cru que fainéant, étant courant voire soutenu, était le terme originel, et que feignant, adjectif ou nom familier, en était la corruption ou l'altération. (Peut-être me suis-je vu confirmer cela, à une certaine période très germaniste de mon existence, par le fait que fainéant se dit Taugenichts en allemand...) Or, après vérification, feignant est attesté dès la fin du XIIème siècle ; il s'agit bien du participe présent de feindre (le feignant = celui qui feint de travailler). Et fainéant, donc ? Nettement postérieur, c'est ce mot qui est une altération, selon une rationalisation erronée attribuant à feignant l'étymologie "faire néant".

 

[ J'adore ces phases, dans l'histoire d'une langue, où des semi-érudits (dans mon genre) pleins de bonne volonté ont pensé corriger et simplifier une langue, semant en fait un bazar insensé. (Exemple : l'invention du verbe burgle en anglais, dérivation inverse de la plus belle eau.) ]

 

Si j'ai pu me laisser duper, c'est tout d'abord que l'étymologie de fainéant est tout à fait transparente (et pour cause : il s'agit d'une réinterprétation, un peu comme les étymologies à la Heidegger), mais aussi (surtout ?) qu'entre un terme courant et un terme familier, on a tendance à penser que le mot familier est une corruption du mot plus "noble". Pan dans les dents !

(Et c'est là un sujet bien choisi, qui tombe bien, bien-tombant, pour un dimanche pluvieux de novembre, à l'heure de la sieste !)

 

samedi, 20 novembre 2010

Pourquoi pour moi a des couilles

 

« J’écris des livres anti-patates : la patate y est contenue. »

(Tomates, p. 88)

 

   Le dernier livre de Nathalie Quintane est peut-être son meilleur. (J’ai une véritable affection pour les textes de Nathalie Quintane – même les ratés comme Cavale*. C’est dire.)

   Son titre ? Tomates**.

   Le livre parle de plants de tomates (de purin d’orties, aussi), mais, à la faveur d’une métonymie originelle, dérive vers Tarnac et Julien Coupat. C’est ainsi que le livre finit par devenir (aboutit à) une sorte de poème-essai très beau, très drôle aussi, sur l’insurrection qui vient, Auguste Blanqui (le révolutionnaire, pas le boulevard), les émeutes en banlieue… Texte qui allie à une véritable audace formelle (ce qui signifie qu’il n’est pas constitué d’une suite de petites audaces formelles discontinues) une profondeur philosophique à faire pâlir Walter Benjamin (mettons).

   Poème-essai ? pourquoi ? [« poème-essai » : ce n’est pas Quintane qui le dit, c’est moi qui l’écris.] La langue de Quintane est poétique ; son rapport au langage est de nature poétique. Pas poésie au sens d’invention stylistique, beauté rythmique etc. : « peut-être qu’un livre se juge aussi aux moments où il refuse de faire galoper le petit cheval » (p. 66)  Et ESSAI : par la structure du discours (sauts et gambades) et sa teneur (je donnerai Badiou et tout Minc pour Tomates***).

    Cela faisait bien belle lurette (dit le petit cheval) que je n’avais pas lu un texte aussi bref qui donne autant à réfléchir, et à rire ; pour l’alliance du rire et de la profondeur, je recommande sans conteste les deux pages sur les testicules (pp. 96-97 : « la couille est sans pourquoi »).

 

 

 

* Bien sûr, ce n’est pas Cavale qui est raté. C’est ma lecture de Cavale, au moment où je l’ai lu, qui a achoppé, échoué. Enfin, c’est pour moi un livre raté de Nathalie Quintane. Je conseille plutôt : Chaussure et Début. (Pour commencer.)

** Chez P.O.L., paru en septembre 2010. 144 pages, dont peu blanches, 80 francs pour les nostalgiques.

*** Cela ne m’est pas très difficile : je n’ai aucun livre de ces deux Alain(s ?).

 

mardi, 09 novembre 2010

Etincelles d’un lundi

 

(Il faudrait en terminer de ces petits exercices d’écriture frustes, en ça frustrants. Mais ne serait-ce pas en terminer, déjà, de l’écriture, de sa reprise ?)

 

Infiltrations du 2ème sous-sol. Université de Tours, site Tanneurs, lundi 8 novembre 2010.Hier, patraque, rentrant de la fac plus tôt que prévu : la pluie torrentielle du matin se déversait au parking du 2e sous-sol [insérer litanie : avec l’argent dépensé pour les ridicules commémorations du 40ème anniversaire, on aurait pu colmater etc.], avec quatre heures de décalage, alors que brillait au-dehors, étincelant sur la statue dorée du monument aux morts comme sur les moindres hideurs de la ville, un magnifique soleil d’éclaircie automnale.Monument aux morts, quai Anatole-France, Tours, lundi 8 novembre 2010

 

Le soir, guetté par l’insomnie, glandouillant : passé presque une heure à écumer l’œuvre récent du duo des frères Mael, Sparks, le seul groupe anglo-saxon (avec Talking Heads) que j’aie vraiment aimé dans mon enfance.  Revient alors la fureur grise des circonflexes, vous vous en doutez : journées de novembre passées près du gramophone (qui n’en était pas un, mais le mot n’est-il pas poussiéreusement désuet ?), à me passer les toasts noirs de Charlélie Couture ou de Sparks, justement, dont les chansons, avec leur rose vivacité ou leur violette mélancolie, donnaient un cadre sonore à mes plus banales imaginations. Dans le sous-bois, après (disons que j’avais neuf ans ?), ou pataugeant dans la rivière, plus loin (onze ?), je pouvais soit me taire pour observer tel ou tel troglodyte en chantonnant That’s Not Nastassia in petto, ou chanter à voix douce, audible de tous les oiseaux qui allaient alors s’enfuir, Tips for Teens (juste un exemple : je ne possédais qu’un vinyl de Sparks, que mes parents ont ramené d’Angleterre, je m’en avise maintenant, en avril 1985 – donc mes années Sparks furent forcément pré-adolescentes, comme on ne disait pas (aujourd’hui, l’adolescence ne dure-t-elle pas vingt ans au bas mot, de la prépré à la post-post ?)).

 

Méandres du circonflexe, certes. Soyons perplexes. Je ne connaissais que l’album Whomp That Sucker ! – qui, incidemment, fut ma première introduction à la nuance entre les déictiques this et that, puisque l’index des morceaux des deux faces figurait sur une seule étiquette : j’avais donc appris, avant d’apprendre l’anglais, que les morceaux de « this side » étaient du côté de l’étiquette écrite, alors que les morceaux de « that side » étaient du côté non écrit. Ce seul album, noir (oxymore après la synesthésie, 2010 est une année trop laborieuse). Cet unique recueil de 10 chansons. Pendant vingt-cinq presque trente ans. Les chansons de Sparks, toutefois, ont mené, dans mon existence, dans ma mémoire, une course souterraine. (Et je m’en ravise, en fait, mes parents avaient ramené l’album de notre périple familial en caravane, été 1982. [Très vague souvenir d'une de leurs amies, Edna (?), qui tenait (?) un magasin de musique. Où ? Dans le nord de l'Angleterre ?] J’avais donc raison en me revoyant enfant, vraiment pas grand. D’où le barré dans la phrase pénultième.) À peine plus tard, ma tante maternelle m’avait parlé, peut-être parce que j'avais chanté Wacky Women (j'adore, surtout la rime Russell / muscle)), de « Pineapple », que je n’ai entendu qu’hier. Course souterraine : j’ai mis plus de vingt ans à avoir la curiosité minimale de chercher la version originale de « Pineapple », dont je me rappelle très précisément comment ma tante l’avait chanté, cette seule et unique fois.

Curieuse chose, livide mais aussi bien vive, soudainement passée à la flamme, la mémoire.

Je ne vais pas en faire fromage. (Il faudrait etc.) Quel âne à nasse.

 

Divers verts. Tours, lundi 8 novembre 2010.En tout cas, hier soir, j’ai découvert certaines chansons des derniers albums de Sparks, années 2000, et j’ai décidé de me faire un petit cadeau, automne oblige, en commandant 3 albums, soit anciens soit récents. Assumant un héritage compliqué de mon enfance. M’assommant sous de diffus souvenirs. Les panthères rugissent, pas les félins. Et pour le reste, il y a le vert de la sérénité.


mercredi, 03 novembre 2010

Let's Get to the Nitty Gritty

Bientôt midi, bientôt l'heure d'essayer, dans la douceur automnale, d'aller chez le coiffeur. Mais enfin, je ne suis même pas rasé, j'ai une tronche de décavé. Une vache lancée à plein galop, un couple d'amoureux, un Christ en croix : les téléchargements simultanés provoquent des effets de contiguïté intéressants. Trop précieuse, l'écriture d'Hélène Grimaud m'éloigne de son expérience. Un quintette qui sonne exactement comme un medium band, ce pourrait être l'une des définitions du hard bop, encore que Horace Silver n'appartienne ni au hard bop ni au cool jazz. Sorte de mixte des deux. Naguère (presque jadis), ce genre de texte trouvait naturellement sa place dans mon autre blog carnétoile. Il est des mots bannis, je peux taxer les autres de préciosité... Et aller se raser au lieu d'ennuyer tout le monde ? C'est assez poil à gratter, ça agace, et les pétales givrés sur un océan bleu dévisagent le pianoteur (pinailleur), lui demandant encore et encore de se lever de son fauteuil, et d'aller une bonne fois pour toutes se raser avant d'essayer d'aller chez le coiffeur. Curieuse expédition, que semblent décourager les brassées vives de feuilles d'un jaune éclatant, envahissant de leur lumière la bibliothèque (les deux néfliers, un roman sans cesse à recommencer). Et si j'y allais ? Les boules parfaitement sphériques, juste évasées, brunes et plombant les branches entre les feuilles d'un or terne étincelant, sont pareilles à des yeux exorbités, m'interrogent, ou m'exhortent, ou me fusillent. Il faut bien embrayer, se lancer à corps perdu dans la jungle (pianotements têtus vers 5'15") jaune, roussâtre, d'albâtre vous mettrez l'adjectif ou le qualificatif que vous préférez. Au point où j'en suis (même pas rasé en plus (il a fallu, ici, se baisser au ras du carreau pour vérifier le minutage (et plus qu'une minute pour clore l'écriture de ce texte))), je peux vous laisser les clefs. La porte fermée. Le coiffeur ne m'attend même pas ; il prend sans rendez-vous. Et ça résonne, au ralenti, comme un medium band de foire du mercredi, en attendant la sirène du début du mois : bientôt midi.

 

dimanche, 24 octobre 2010

Vertige morbide

Tout de même, ce peut être vertigineux, la publication anticipée (ainsi que cela se nomme).

Ainsi, ce vendredi, avant de quitter mon bureau, sachant que je n'aurai pas de connexion Internet pendant plusieurs jours sur la fin du mois d'octobre, j'écris ce petit texte afin qu'il vienne renouveler mon stock oiseux de balivernes, et en prévois la publication d'ici quelques jours...

Que serai-je vraiment, que serai-je devenu d'ici ce dimanche, après-demain, si proche, si lointain ? Serai-je sous le soleil, au froid des glaciers, écrasé contre un pont d'autoroute, en train de faire la sieste etc. ?

(Alors, quoi ?) Se projeter : n'est pas possible.

 

mardi, 12 octobre 2010

(peu de) Café :

Le café n'y suffit pas. Six heures du matin, mardi, pas moyen de dormir, d'où levé depuis deux heures déjà. Pas possible de tenir le coup même avec le café (froid à peine bu, qu'est-ce que ça veut dire). S'est aperçu, le farfadet qui tient son log-book ailleurs, que ça prend moins de temps d'écrire à jet continu que de recopier soigneusement telle ou telle page, et l'odeur du vinaigre blanc n'y changera rien. Sait pertinemment qu'hier dans le bus 10, une fois dépassée la place René-Coty, il a songé à un très beau billet sur une scène de son enfance (de sa jeunesse ?), pour Blême mêmoire, mais qu'elle a disparu (irrémédiablement ? il faut diablement se méfier de ces adverbes) ; c'était en lisant Beinstingel, coincé contre une belle rousse. Au retour, le soir, dans le bus 1A (il faut bien varier les plaisirs), il ne put même pas extirper le livre du sac de toile Mobility Forum (la classe - en toile verte et blanche, pas un rond, une sous-bouse mais australienne, je vous prie). Et à part ça, quoi ? Rémi Latapy a triomphé à Pécorade. Bruit de mobylette NR dans la rue Mariotte. Quitte l'école taurine - pour une ganaderia de formelle ?? Froid, bu, disparu, insuffisant : le (peu de) café.

vendredi, 08 octobre 2010

Weshalb, deswegen

How typical of me !

Mardi soir, après une longue soirée, j'ai commencé la lecture de La Mise en scène (Claude Ollier est, d'une certaine façon, ou dans un certain genre d'écriture, un de mes écrivains préférés -- pourtant, je n'ai jamais lu son roman le plus célèbre, ni d'ailleurs aucun des huit tomes du Jeu d'enfant).

Mercredi après-midi, voulant passer un peu de temps au salon avec les garçons, j'ai commencé Bestiaire domestique de Thierry Beinstingel (j'en suis parvenu à "Pigeons : 5"). Le soir même, j'ai poursuivi, à peine quelques instants, La Mise en scène (j'en suis au début du chapitre V, pas de quoi pavoiser).

Et jeudi soir, vers six heures, me trouvant sur la terrasse, puis dans le rond-point de l'impasse, à surveiller Oméga (tracteur, vélo), j'ai saisi le livre arrivé par la Poste le jour même, Black Dogs d'Ian McEwan, dont j'ai atteint la page 30, avec maintes interruptions, le temps d'y admirer bien des phrases, et d'y remarquer aussi que l'action se situe à Saint-Maurice de Navacelles (où je fus ce mois d'août).

Ainsi, alors que je croule encore sous diverses tâches qui vont blinder désagréablement et puissamment mon week-end, me voici à la tête de trois ouvrages en train, dont un au moins n'a rien d'un opuscule. (Mais, si je finissais fissa Bestiaire domestique, le jeudi soir, qui me dit que je ne me saisirais pas d'Eloge de la marâtre le vendredi au petit bonheur, au retour de la fac ?)

Wie typisch Ich !

 

mercredi, 04 août 2010

Boulevards de ceinture, 130

Les voix de Murraille et de Marcheret semblent provenir d’un disque qui tournerait au ralenti. Elles s’étirent, dérapent, s’engluent dans une eau noire.

 

Ainsi (et je ne dis pas cela par abus technique) des mots qui s'étirent, gravés d'une main lasse, ou des transcriptions au microphone (dragon dictant du feu à tout perdre, sans tout férir).

 

mercredi, 21 juillet 2010

Boulevards de ceinture, 94-95

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C’étaient des collectionneurs à la tête froide, rusés, cyniques, impitoyables (on imagine mal le machiavélisme et la férocité que dissimulent ces êtres tatillons. Que de crimes commis pour un « surchargé brun-jaune » de Sierra Leone ou un « percé » en ligne du Japon).

jeudi, 15 juillet 2010

Grand débordement d'activité, I

Vendredi 9. Incapable de conduire le trajet entier – en fait, C. a conduit tout du long, sauf autour de Bordeaux (j’aurais pu m’endormir près de Moustey).

[Ferré et Thiéfaine sont les deux chanteurs que je connais qui parlent du Chambertin.]

Arrivée à Hagetmau, divers rangements, ménage etc.

 

Samedi 10. La Ceinture de jade d’Anatoli Kim. Jackie McLean. Déjeuner sous les arbres.

6 h du soir, course d’Audignon (Deyris) aux arènes de St Sever, aux 9/10 vides (avec Richard). Marty vainqueur, belle prestation du local Plassin, frères Vergonzeanne décidément en déclin. Courtiade use du coudrier sur le cuir des dames. Lalanne pas veinard sur la sans corde. Du beau linge dans le callejon, dont la Zahia des coursayres (Mme Vincent Muiras, il semble). Pointeur débutant archinul, maintes broncas vers la pitrangle.

Soir, petite finale.

 

Dimanche 11, anniversaire d’A. 10 à table, parents, grands-parents, Mamie J. et V.

Matin, ballons et tronçonneuse. Midi, sangria infecte mais le reste impeccable. Cadeaux en nombre pour A., « yes ! » à chaque coup ! Discussions post-prandiales et vaisselle.

5 h, course de St-Cricq (Dargelos), très moyenne (euphémisme), arènes mi-pleines. Bien placés, presque pas au soleil. Même pointeur gamin nul que la veille, en progrès sauf au moment de la comptabilisation finale individuelle (Lapoudge, 19 écarts globalement convenables, totalement oublié, même derrière Dumecq). Lendresse vainqueur. Frères Deyris suprêmes, surtout J.-F. muselant la sans corde après tumade sur Dumecq. Un tourniquet parfait de Lapoudge, capturé sur vidéo.

Soir, finale lamentable à la télé avec bocadillos et victoire de l’Espagne aux forceps.

 

Lundi 12. Mrs Dalloway, en bribes, juste le premier tiers (du moins à 6 h 30 du soir, heure à laquelle j’écris ces bribes elles-mêmes). Boogaerts. Pas de course, mais Défis & Champions en DVD à la télé en guise de quatre-heures, avant bonne promenade au Louts. [Crapaud mort gonflé de vermine en plein soleil au milieu du boulodrome. O. n’a pas compris, A. dégoûté.]

Matin, achat de déshumidificateurs car la moisissure a gagné trop de terrain.

« Quelques enduits et je termine. »

 

Mardi 13. Sur la vieille bécane, toujours (combiné du clavier Fujitsu de 2002 et de l’écran Philips de 2000). Continue Mrs Dalloway. Passage de voitures en trombe sur la route de Monségur. Ratatouille. Saturnin, pour O. (au-delà du ridicule). Acheté le guide vert du Languedoc-Roussillon chez Caldéra. Signe le plus évident, pour moi, de « la grande déculturation », la disparition de guides détaillés, et en particulier des Guides bleus. Regret de ne pas en avoir acheté une pleine fournée quand la collection existait encore, ou de n’en trouver qu’usés, jaunis ou cornés chez les bouquinistes ou les antiquaires.

Furieux de voir le grand cercle où « ils » avaient fait brûler des feuilles et des branches ne pas se remettre de son état calciné – toujours grand pourfendeur in petto (et à haute voix) de l’écobuage. Pas de course aujourd’hui, j’écris ces lignes à onze heures moins dix.

Mrs Dalloway, de Peter Walsh avant midi au dîner de Peter Walsh (‘Bartlett pears’).

Hélicoptères en permanence (avant le 14 juillet ?). Que de remue-ménage aujourd’hui.

Premières idées pour le cours de M1. Different from (/ to, than) → les constructions prépositionnelles après les adjectifs. Autres constructions en from. Utilisations de from dans les textes théoriques (philosophie, littérature, histoire). [Oui, tout juillet dans un seul document.]

7e compagnie, le soir, pour A. – plié de rire à plusieurs endroits. Moins nanard que dans mon lointain souvenir. On a dû pouvoir dire ou écrire, à l’époque, que ça réinventait complètement le comique troupier. Au lit, commencé Underworld, pas longtemps. [La barre d’espace, peu réactive, me fait des blagues, composant des agglutinés.]

 

Mercredi 14. [Neuf heures et demie.] Poursuivi quelques pages d’Underworld, je ne comprends rien aux règles du baseball donc une partir du tour de force stylistique m’échappe. Cela sent un peu le tour de force, dès le départ. À suivre… Vais lire les 25 pages restantes de Mrs Dalloway.

Désintoxication de café presque totale (juste une  petite tasse milieu de matinée). Pas de thé, du tout.

Max Roach & Clifford Brown.

Au lever on a cru au beau, et puis : vent, soleil par intermittences – ça peut donner tout et son contraire.

Après-midi et soirée : Concours de la Corne d’Or à Nogaro. Foule. Belles vaches, sorties festival des sauteurs distrayantes (dont un tout à fait inédit et épatant triple saut périlleux avant et sur la vache par Louis Ansolabéhère), et triomphe de Thomas Marty, tenant du titre et auteur d’un intérieur absolument époustouflant. Le garçon devient meilleur chaque année. Côté trophées, triplé et carton plein de l’Armagnacaise : Barrouillet cordier d’argent ému aux larmes, Ibañeza indétrônable et Baronne vache de l’avenir.

D’où vient la passion et surenchère de Virginia Woolf pour les points-virgule ?

Plus d’hélicos (c’était donc ça).

 

Jeudi 15. Record de la coiffeuse la plus abrutie & la plus inculte pulvérisé. (Jocelyne, dite « Joss », à Hagetmau.) Avouez que la concurrence est rude…

Continué d’ébrancher des gaules – activité essentielle de ce début d’été – au point de devoir manier le sécateur de la main gauche (triple ampoule à l’index de la main droite (mon père avait raison : « mets des gants de jardinage, Guillaume ! »)).

Pas d’Underworld.

Bassine de 6 kilos de prunes quasi achevée (en 4 jours). Pas besoin de faire des confitures, une famille de quatre estivants suffit amplement à la Cause.

Underworld, 100-122.

 

lundi, 05 juillet 2010

Violette Morris

Nous avons regardé hier soir un documentaire (ou docu-fiction, plutôt) sur les Français qui ont choisi Hitler. Rien de bien pharamineux, avec un commentaire en registre familier ("les collabos", "les miliciens se planquent", "ils n'en ont rien à foutre"), des scènes reconstituées au flou (ridicules), et une musique inappropriée. Il était toutefois instructif, et notamment au sujet d'une certaine Violette Morris, personnage tout à fait atypique et étonnant, dont je n'avais jamais entendu parler (le lien en vert ci-dessus renvoie à sa biographie succincte dans la WP francophone).

Quoique son biographe le plus récent (et, semble-t-il, le plus sérieux) intitule sans broncher l'ouvrage qu'il lui a consacré La hyène de la Gestapo, et quoique le docu-fiction lui-même ait présenté sans la moindre ambiguïté le rôle d'espionne du Reich, puis de collaboratrice, de cette athlète multi-facettes qui avait subi, en 1929, une mastectomie pour mieux pratiquer le sport automobile, je n'ai trouvé -- sur le Web -- aucune preuve archivale des faits reprochés à la susnommée. Je compte essayer de me procurer un des ouvrages qui ont été consacrés à cette Violette (aucun d'entre eux ne se trouve à la B.U.), mais si l'article de la WP francophone a raison de pointer du doigt leurs insuffisances en matière de sources documentaires, je ne serai guère plus avancé.

Bien entendu, je ne doute nullement qu'elle ait été une féroce collaboratrice, puisque convergent tant d'affirmations ; mais enfin, je suis intrigué de voir que les articles de la WP francophone et de la WP anglophone insistent sur l'absence de sources ou de références étayant les accusations. Aussi lancé-je ici un appel : est-ce qu'un spécialiste de ces questions pourrait me signaler un ouvrage fiable, dans lequel se trouveraient des témoignages, des éléments d'archive, toute référence à des documents prouvant le statut d'espionne et de "collabo" de Violette Morris.

 

mardi, 29 juin 2010

Le Marin du vieux port

Il y a toujours des marins, des mariniers, des navires - dans tes poèmes.

Ne m'en étais pas aperçu.

(Signe des temps.)

Bouffée de fraîcheur au grand large. Non sans mal, après plusieurs tentatives, il finit par explorer minutieusement la grande barrière de corail, avec l'oxygène en bandoulière comme un escargot mal fagoté. Bois ça un coup, ça dégage.

Dans ce poème encore, un capitaine de frégate !

Le tourne-disques inlassablement me fige cet arc-en-ciel dans les yeux. J'ai quatorze ans et je ne sais même pas ce que ça signifie. (Aujourd'hui encore non plus.)

Toutes mes amours ont viré de bord...

 

dimanche, 27 juin 2010

Embrouilles

Non sans faire preuve d'une certaine prudence, le chat gris traverse le rond-point. Sans soucier de savoir si la femme qu'il croise a lu, cette nuit, dans un long naufrage insomniaque, un livre dans lequel figuraient, à la même page, les mots chiendent et chélidoine, l'agent immobilier repense à ce petit château qui a été vendu par la concurrence. Et le brouillard s'épaissit.

 

mercredi, 16 juin 2010

Union de l'Ouest

Il voulait juste voir, dit-il, comment fonctionnait l'envoi de billets par courrier électronique.

Ne savait pas si ça marchait. (Vin rosé moelleux d'Anjou. Je ne savais même pas que ça existait.)

(Sauts de puce, taille de guêpe, même topo.) Des saluts ponctuaient sa page. Un vent en chasse un autre. Paréchèmes.

 

Il voulait juste savoir, dit-il, à quoi ressembleraient les pattes-de-mouche dans la verdure.

 

La chouette de Chevilly

Comme à chaque fois que je me couche en retournant dans ma tête des problèmes professionnels, je me réveille tôt, avec de légers maux de tête, me lève et m'attable face à l'ordinateur portable - dans le salon désert - pour commencer par m'occuper de photographies, ou écrire dans ces carnets. Puis je réponds aux (ou écris les) mails professionnels qui me préoccupaient.

(Tout de même, la chouette de Chevilly, ce n'est pas rien.)

Le néflier, ample et branchu, aux feuilles d'un si beau vert, s'épanouit tellement qu'il cogne contre la gouttière, les tuiles, les vitres de la bibliothèque, et qu'il faudrait le faire émonder. Cela n'est ni aisé, ni agréable. Quand, dans le quartier, je regarde passer les voisins qui promènent leurs chiens, qui son basset qui sa levrette, c'est que je me trouve ailleurs qu'à la bibliothèque, où seule la verdure des feuilles de néflier nous fait un paysage (comme le bandeau de ce blog).

(Tout de même, la chouette de Chevilly, ce n'est pas rien. Où peut-on la voir ?)

Est-ce que je n'ai pas toujours tourné autour de l'écriture d'un journal intime ? Non. Je ne voudrais pas raconter l'intime -- non ? Avec les nouveaux cours à préparer pour 2010-2011, et les responsabilités administratives qui risquent de ne pas décroître, je risque de ne toujours pas me lancer dans un projet plus ambitieux d'écriture, ou de traduction. Ou alors, vieux serpent de mer, devrais-je y consacrer des moments précis, des plages spécifiques de la semaine...

(Tout de même, la chouette de Chevilly, ce n'est pas rien. Croyez-vous qu'elle subsiste ?)