dimanche, 09 juin 2013

« Le diable bat sa femme »

Différences phonologiques et lexicales aux Etats-Unis ?

Je dois à mon collègue Sylvain Gatelais d'avoir attiré mon attention sur ces cartes absolument fascinantes, et dont je recommande la lecture à toutes personnes qu'intéresse la langue anglaise (ou la question des « idiomes régionaux » en général).

seriously-alabama-and-mississippi-that-is-terrible.jpg

J'en retiens une, ici, qui m'intéresse particulièrement, parce que les auteurs de l'étude ont l'air de considérer que les locuteurs, très minoritaires, qui disent “the devil is beating his wife” pour décrire le phénomène soleil+pluie sont des hurluberlus de première. Or, comme par hasard, et quoique les auteurs de l'article aient choisi de pointer du doigt l'Alabama et le Mississippi plutôt que la Louisiane, ils se trouvent dans l'une des zones qui fut le plus au contact de la culture francophone. Cette expression est, de fait, le calque, mot pour mot, d'une expression que j'ai toujours entendu dire à ma mère : « le diable bat sa femme ».


Bien entendu, il faudrait pousser les recherches à ce sujet...

Quelques pistes :

 

dimanche, 12 mai 2013

Kyrielle approximative

Le freesbee est tombé dans les yuccas.

Le frison est tombé dans le Zaïre.

Le fromage est tombé dans le zanni. (Il ya fort à parier que la réciproque ait été plus souvent vraie.)

 

Le freesbee s'orthographie frisbee, d'après le Robert culturel. One less for Perec.

samedi, 11 mai 2013

“des troupes d'enfants lançaient des cerfs-volants...”

Statue d'Eugène Fromentin, partiellement vandalisée — La Rochelle, 8 mai 2013.


« Un jour, c'était vers la fin d'avril, et ce devait être un jeudi, jour de sortie, je quittai la ville de bonne heure et m'en allai seul, au hasard, me promener sur les grandes routes. Les ormeaux n'avaient point encore de feuilles, mais ils se couvraient de bourgeons ; les prairies ne formaient qu'un vaste jardin fleuri de marguerites ; les haies d'épines étaient en fleur  le soleil, vif et chaud, faisait chanter les alouettes et semblait les attirer plus près du ciel, tant elles pointaient en ligne droite et volaient haut. Il y avait partout des insectes nouveau-nés que le vent balançait comme des atomes de lumière à la pointe des grandes herbes, et des oiseaux qui, deux à deux, passaient à tire-d'aile et se dirigeaient soit dans les foins, soit dans les blés, soit dans les buissons, vers des nids qu'on ne voyait pas. De loin en loin se promenaient des malades ou des vieillards que le printemps rajeunissait ou rendait à la vie ; et dans les endroits plus ouverts au vent, des troupes d'enfants lançaient des cerfs-volants à longues banderoles frissonnantes, et les regardaient à perte de vue, fixés dans le clair azur comme des écussons blancs, ponctués de couleurs vives. »

Eugène Fromentin. Dominique (1862), chapitre V.

jeudi, 25 avril 2013

Encore encre de bruine

Pour poursuivre sur drizzles and mizzles (billet publié le 21).

********************************

Une recherche dans les ressources du Projet Gutenberg m'a permis de glaner quelques citations dignes d'intérêt. Tout d'abord, un passage au tout début de Bleak House, dans une veine onomastique très dickensienne (variante sur l'expression “any Tom, Dick and Harry”, mais en lugubre/pluvieux) : « Chizzle, Mizzle, and otherwise have lapsed into a habit of vaguely promising themselves that they will look into that outstanding little matter and see what can be done for Drizzle—who was not well used—when Jarndyce and Jarndyce shall be got out of the office. »

 

Ensuite, je ne résiste pas à citer in extenso un passage savoureux et très vivant des carnets de Byron :

January 16. 1821.

Read–rode–fired pistols—returned—dined–wrote–visited–heard music–talked nonsense–and went home.

Wrote part of a Tragedy–advanced in Act 1st with “all deliberate speed.” Bought a blanket. The weather is still muggy as a London May–mist, mizzle, the air replete with Scotticisms, which, though fine in the descriptions of Ossian, are somewhat tiresome in real, prosaic perspective. Politics still mysterious.

 

Enfin, dans la traduction du Feu de Barbusse (due à un certain Fitzwater Wray – nom assez ironique – traduction publiée en 1917 d'après la WP anglophone), voici notre réduplication du 21 avril, mais sous forme verbale :

"A damned country!" says Fouillade. In truth this Northern climate is not worth much. It drizzles and mizzles, reeks and rains. And when there is any sun it soon disappears in the middle of this great damp sky.


Dans le chapitre XII, grâce à Wikisource, j'ai retrouvé l'original :

– Sacré pays, milédi ! dit Fouillade.

Le fait est que ce climat du Nord ne vaut pas grand-chose. Ça bruine, ça brouillasse, ça fume, ça pleut. Et, quand il y a du soleil, le soleil s’éteint vite au milieu de ce grand ciel humide.


 

Voilà une allitération que la langue anglaise n'a pas manquée ! Le Feu a été retraduit, récemment, par un certain Robin Buss. Sur ce seul passage (glané grâce à Google Books), on ne peut pas dire que sa version s'impose : “The truth is that this northern climate is not much to write home about. You get mist, fog, drizzle and rain. And when there is a bit of sun it gets swallowed up in this great damp sky.

lundi, 22 avril 2013

Erki Kasemets

Erki Kasemets, Life-File, installation, 2008, Exposition Plaisirs de l'Imagination, Art contemporain d'Estonie (vue partielle) Il y a cinq ans, j'avais pris plusieurs photographies d'une très belle, très forte, très inspirante installation d'un artiste estonien contemporain, ce dans le cadre d'une exposition d'art estonien contemporain qui avait été annoncée, alors, à grands renforts de clairon, comme la première d'un événement appelé à se répéter, et baptisé, du coup, biennale. Cinq ans après, on attend toujours la deuxième partie de cette biennale.

samedi, 06 avril 2013

Le Vert mystérieux

Je n’imaginais pas, mercredi, en évoquant, avec Éric – qui n’en avait jamais entendu parler –, les labbes (j’ai même cité le nom plus ancien de stercoraire, car les connaissances d’Éric en matière de poésie et de littérature du dix-neuvième siècle me semblaient à même d’éveiller, là, quelque souvenir en lui), et en me disant que je ne croyais jamais avoir rencontré le mot anglais, skua, ailleurs que dans des guides ornithologiques, je ne m’imaginais absolument pas que, ce samedi, je lirais, à la page 100 de Walking to Hollywood, une phrase contenant ce mot, justement, l’une des 3 phrases du très bref chapitre 5.0078125 :  « A giant skua hung above a perfectly round pool in the sward. »

Il s’agit d’une forme de coïncidence assez habituelle, si ce n’est qu’en général c’est une expression ou un mot que l’on ne connaissait pas qu’on se met à voir jaillir partout. Rien de tel avec les labbes (qui figurent au moins dans une de mes lectures favorites de jeune adolescent, L’Île verte de Pierre Benoît), les stercoraires (mot que je découvris plus tardivement et qui m’a toujours fait entrevoir quelque parenté, autant marine que sonore, avec les corsaires) ou les “skua”, donc, à l’anglaise ; je ne doute pas qu’une rapide recherche dans les limbes du projet Gutenberg suffirait à faire émerger, en quelques clics, des phrases contenant ces mots et extraites de livres qu’Éric comme moi avons déjà lus. (Au hasard, et pour parier : Moby Dick ou Arthur Gordon Pym. Pour ce billet, je me refuse à toute recherche lexicale, remettant à plus tard (ou à jamais) d’ouvrir le Littré, l’OED, le Projet Gutenberg.)

Sur skua, Éric, lui, s’en tenait à l’homophonie avec les brochettes (skewer).

Labbe est un mot très beau, et, quoique je ne la trouvasse guère sublime, une collègue de mes années nanterroises était toujours, dans mon esprit, liée à l’oiseau, plus qu’à des références ecclésiastiques plus attendues, et ce par la vertu de la proximité sonore avec le nom de l’oiseau, peut-être aussi parce que, silencieuse, calme et presque transparente à force de pâleur, sa figure contrastait sévèrement (plus qu’allègrement) avec le vol puissant de ces oiseaux fuligineux, anthracite, très bruns, pour ne pas dire – parfois – noirâtres.

mercredi, 03 avril 2013

Bribes

Avant-hier, en allant à Spay, je me suis fait la réflexion qu'il serait temps d'inaugurer un album de limericks sarthois.

Il faut aussi reprendre le chantier des Kleptomanies, sur place ou sur le motif.

 

Hier soir, j'ai vu le chat des voisins laper goulûment, sur notre terrasse, des dizaines de fourmis.

Ne pas confondre le tatou (dont le zoo de Spay possède trois espèces différentes, dans un « exotarium » (sic – ?) fruste et aménagé de bric et de broc) et le tamanoir, dont voici donc un avatar félin.

 

Je lis simultanément, dans les rares moments de disponibilité que je trouve, le dernier Marie N'Diaye (Ladivine) et un récent Will Self (Walking to Hollywood). Ladivine, admirable comme toujours par l'élaboration d'un langage analytique plus que par les versants fantasmagoriques, me plaît moins que le roman de Self, très inhabituel (inhabituel pour Will Self – à l'intérieur, veux-je dire, de ce genre à part (à part entière) qu'est « la littérature willself »), désarçonnant, dont je ne sais où il va me conduire.

 

Autre piste dont on ne sait où elle s'arrêtera, me conduira : ces poèmes en anglais que je me force à écrire/publier chaque jour. Ils n'ont guère été remarqués, comme ils sont peu remarquables. J'avais pensé recourir beaucoup plus au collage, et puis, en fin de compte, comme à Oxford circa 1996, je m'étonne de gratter vite, d'une voix qui monte, peut-être pas irrépressible mais que, en tout cas, j'ai envie de laisser s'exprimer sans la bâillonner.  

vendredi, 25 janvier 2013

Aux ennuyeux mandarins

Ligué avec la musaraigne, le muscardin ne comptait pas s'en laisser conter. Tous deux se relayaient pour qu'il y en eût toujours un qui veillât, et de sorte qu'on ne pût plus les confondre avec des loirs. Dormir comme un loir, je vous en foutrai, moi — ainsi parlait le lérot, discret, mais, au printemps, tapageur dans les greniers, sorte de hooligan mal embouché, ne s'étant pas défait de ses habitudes de bûcheron rustre. Dans le froid enfin sec, au grand soleil de janvier, il hibernait encore. Un merle hivernait. Le lérot ne savait que penser, dans des rêves complexes. Ligués ensemble, la musaraigne et le muscardin, yeux grands ouverts, voyaient passer les caravanes. On patauge dans la mélasse, cela ne fait aucun doute, on patauge dans la purée, on sirote des heures etnières qui filent comme ça, tchazam !, et plus rien après. Ainsi, les lexicographes le surent, et les lexicologues ne voulurent rien entendre : la mélasse lasse. Calfeutrer les encoignures des fenêtres avec ce résidu gluant n'est peut-être pas une bonne idée. Penser à le dire aux architectes.

 

Sur la porte de l'Université, une main couleur abricot avait inscrit ces mots :

IL EST INTERDIT DE POSER DES QUESTIONS


Le lérot, piqué par une abeille, s'éveilla, commença avec trois mois d'avance son tapage dans le grenier.

Penser à déménager.

Aux ennuyeux oligarques Jean-Louis Duchet, Claire Charlot, Serge Ricard, et alii

mardi, 04 décembre 2012

Catherine de Russie

Non, tout de même pas. Oui, quand même.

Oui, je voudrais quand même emporter avec moi cette valise brune et craquelée – à force de m'accompagner dans mes périples minables, elle est défoncée. Défoncée! Moi aussi, je saisis l'occasion de me montrer progressivement plus audacieux, moi aussi je suis défoncé. Cramé, et cramoisi. Je disais ça enfant, cramoisi. C'est, cramoisi, un mot qui plaît aux enfants. Vrai, vraiment ? Ne tarde pas à le savoir. Et ça claque, je suis dans l'allée avec mes camarades, on attend le début du cours de M. Dassé, on attend M. Dassé, c'est curieux hein, la mémoire. Je pense que c'était le lundi matin, je revois cette salle de classe, mais pas le jour ni le numéro de la classe, le bâtiment oui, je sais qu'il n'existe plus, souffle de trombone, souffle de démolition pourtant non, et c'est devant cette même porte qu'on a apporté Maurice deux ans plus tard, qu'on a offert à notre professeur de philo un mouton – broutard, peut-être ?

On avait baptisé le mouton Maurice à cause de Merleau-Ponty.

Oui, quand même.

J'embarque ma valise, je ne suis pas du genre à me laisser emmerder. J'emmerde tous ces pinailleurs, pas du genre à me laisser embringuer dans d'oiseux arguments, fumeuses arguties. Trace mon chemin. Un pas, c'est déjà toute la route.

Souffle, souffle.

Souffle du trombone.

Comment – comment – comment, dis-je, peut-on se prénommer Julien-Baptiste ?

Il fait une chaleur épouvantable, un cagnard du diable.

Avant le mouton, avant d'attendre M. Dassé dans l'allée, en seconde, avant tout ça, au collège donc, je suppose, j'avais voyagé – toujours la valise, mais encore très fraîche – en aéroplane blindé. Laissez-moi vous dire que, déjà, j'étais bien loin d'être pété de tunes. Châtain comme les blés, le charme agissant sur personne, regardant les autres s'éclater en scène, et moi en coulisse, à ne pas même ahaner.

Non, pas même. Oui, hein. D'ahan, souffler. Tirer.

Souffle, souffle, je me fous de ta valise, d'ailleurs je vais me plaindre au roi de Prusse, au bleu de Gex, et – volutes démentes, éclats de lampe-torche dans la valise, paupières trouées par la mémoire, envols de cagnards sauvages dans le ciel de toutes les canicules, il reste avec la valise à gravir les trente-neuf marches – à Catherine de Russie.

 

mardi, 25 septembre 2012

Froissé défroissé

 

Etait-ce une si bonne idée, ce départ à l’aube ?

Dans les broussailles, on devine des détalements de sanglier, des piétinements, quelques grincements aussi. Bien campée dans l’azur, la lune n’a pas dit son dernier mot. D’autres souvenirs sont conviés à la barre, pour soupeser un passé qui n’a plus de sens depuis qu’on s’est perdu en route, depuis qu’on a cessé d’arborer de vieux t-shirts, qu’on s’est embourgeoisé, empesé, alourdi, surbaudruché finalement. Alors, quoi, fallait-il partir ? Tout abandonner, vraiment ?

L’habit ne fait pas l’histoire, ni l’hystérique. On clame en s’époumonant un itinéraire et un univers dont il ne faudrait pas se vanter, tant et si bien que, de pierre en pierre, de fougère en fougère, de gué en gué, et d’escalade en escalade, on a tout perdu, ce que l’on regrettait – et ce que l’on regrette.

Tout au plus pouvons-nous encore lever les yeux, regarder la lune, qui n’a jamais fui.

Quelle débâcle. Habits déchirés.

En attendant que la pluie dessille nos guenilles, encore une nuit blanche encore. Qui se débat.

 

dimanche, 23 septembre 2012

Aller avant

Neuf pions noirs, et treize verts, comment reprendre son souffle.

 

Hier soir, je me suis enfoncé intégralement une punaise dans la talon du pied droit. Il faudrait limiter l'usage des punaises au sous-sol (affiches de course landaise sur les lambris), ou éviter de marcher en chaussettes en allant ranger, à la cave, les bouteilles fraîchement achetées. Ou les deux. Solide, le pansement a résisté, jusqu'à présent, à l'humidité de la douche et à la friction des draps.

 

L'équinoxe l'avait trouvé en plein paradoxe. Aller avant.

Un quatorzième carreau vert éclaire la fenêtre.

jeudi, 06 septembre 2012

Dodderers and junk-gatherers

Tant qu'à commencer quelque part, et à ne jamais commencer en fait, autant le faire en signalant une découverte essentielle : le nom junk viendrait, en anglais, du vieux français jounc (le jonc). On peut donc aisément dire : on se pèle la camelote ici.

----------------------------

 

Bois et cuivres dans la Suite n°1 de Stravinsky (ma préférée - la n°2 est déjà trop citationnelle) mettent de bonne humeur, ça et ce soleil revenu. Ils me rappellent surtout combien j'avais aimé l'exposition Hockney à la Royal Academy en 1995, par rapport à notre désarroi cet été à Bilbao : Hockney commet maintenant de la mauvaise peinture, au sens où elle est parfois mauvaise en tous points : pâte, mouvements, projet et structure. Le comble, presque, ce sont les dessins à deux balles sur iPad imprimés ensuite en format géant. Foutage de gueule maximal, aucune émotion, et presque pas (plus) de talent.

Bois et cuivres, rayons de bicyclettes, soleils d'ici, préservez-moi du gâtisme.

 

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Série Impuissance, X2

Il y a quelques jours, renonçant à rattraper un jour le retard accumulé dans les prises de notes etc., j'ai rangé sur les rayonnages encore-déjà trop étroits tous les livres que j'avais ordonnés à la façon d'une paroi séparant les deux bureaux, mais non sans les prendre en photo dans différentes dispositions, le tout formant une série que j'ai nommée Impuissance. Ainsi me souviendrai-je au moins que j'aurais voulu tirer quelque chose de ces différents livres marquants. (Mais quoi ? le pareil au même ? Autant oublier.)

lundi, 20 février 2012

Freegun, ou le sexisme en vers

Voici ce que j'ai découvert ce soir en lisant l'étiquette d'un caleçon acheté pour mon fils. Il s'agit d'un caleçon (donc d'un produit spécifiquement "garçon") de taille 12-14 ans.

 

Etiquette de caleçon taille 12/14 ans Je n'ai jamais beaucoup apprécié le sexisme sous sa forme publicitaire. M'est avis que beaucoup de choses passent la rampe, question humour, du moment que cela ne se double pas d'impératifs économiques ou marchands. Desproges disait qu'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. L'humour juif à un meeting du FN, non merci...

Pour cette raison, je ne suis pas fou de blagues sexistes, mais en particulier pas avec les marchands de soupe -- ou, en l'espèce, de fringues. Car que dit cette étiquette, sous son allure débonnaire de distique en petits caractères ? Tout d'abord, elle dit au jeune garçon, et même, en l'occurrence, à l'adolescent que :

1) quand on est un enfant, on n'a pas à se préoccuper de tâches domestiques

2) quand on est un garçon, on n'a particulièrement pas à se préoccuper de tâches domestiques

3) que, quand on a un père et une mère, c'est forcément la mère qui s'occupe de tout ce qui est chiffons (et donc ni soi, ni son père)

 

Que cette normativité sexiste se déguise sous un mince maquillage d'humour ne peut la rendre tolérable. En l'occurrence, je désapprouve fortement cette pseudo-plaisanterie, au nom des femmes, au nom des mères... mais aussi en tant que père qui, comme cela se trouve, fait plus des trois quarts des lessives familiales ! Or, non seulement une telle étiquette range mon épouse dans la case bobonne, ce qui ne me fait pas plaisir, mais elle me range de facto dans la case père pantouflard qui exploite sa femme. Il y a beaucoup à dire sur le modèle de l'enfant-roi (du garçon-roi ? trouve-t-on cette même étiquette sur les culottes pour jeunes adolescentes de la marque Freegun ? j'en doute) que véhicule également ce distique.

D'ailleurs, il ne sert à rien de se cacher derrière les prétentions humoristiques, ni derrière la foutue fonction poétique du langage dont on sait que les publicitaires raffolent. Comme je l'ai écrit immédiatement sur Twitter et sur Flickr, on pouvait très bien dire : "File-le à tes parents / Ils sont au courant". Ce n'est ni malin ni très drôle non plus, mais au moins ce n'est pas sexiste. C'est déjà jeuniste, ce qui garantirait à la société Freegun un diplôme de bien-pensance en bonne et due forme.

vendredi, 10 février 2012

Trafic de prise en glace passive

Deux jours de suite, deux innovations linguistiques et conceptuelles frappantes :



1) Avant-hier, un responsable de centrale nucléaire (ce qui n'est pas du tout rassurant, soit dit au passage) : "nous avons mis en place les trois niveaux d'action pour empêcher la prise en glace au niveau des réacteurs et des bassins".
En français, on dit "gel", ça suffit. "Prise en glace", je vous demande un peu !!!


2) Hier matin, on nous annonce partout que Woerth est mis en examen pour "trafic d'influence passif". Je comprends "trafic d'influence" et "complicité de trafic d'influence", mais là, ça m'échappe. Comment peut-on se livrer à un ACTE de corruption de façon PASSIVE ? 

En lisant l'article 432-11 (modifié en 2011, comme c'est curieux) du Code pénal, on a surtout l'impression que les coupages de cheveux en quatre sont là pour minimiser la responsabilité éventuelle de personnes reconnues coupables de corruption.

samedi, 28 janvier 2012

De l’importance de la syntaxe (épisode n° 451). Trierweiler, Dukan, le mentir-vrai. Essai ébauché d’analyse sémantaxique.

Hier soir, dans l’émission Le Grand Journal, sur Canal + (rubrique « La Boîte à questions »), Valérie Trierweiler, dont plus grand monde n’ignore, je suppose, qu’elle est la compagne de François Hollande – mais peut-être l’écris-je ici à l’intention de quelque Hibernatus prégiscardien ou des générations futures qui tomberaient sur ce blog quand j’aurai moi-même « dépassé les six vingts » –, s’étant vu poser la question «Quel est le secret de François Hollande pour perdre 30 kilos ?», a répondu : «Ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce qu’il veut faire croire.»

(Ce n’est pas un verbatim. Peut-être a-t-elle dit « contrairement à ce qu’il prétend ». Ce dont je suis sûr, c’est la structure de la réponse : ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce qu’il, etc.)

 

Sur le coup, je n’ai pas fait attention à cette phrase. Il faut dire que le régime de François Hollande, je m’en bats les flancs… et quant à ce que pense sa compagne (pour ne rien dire du non-sens qui consiste à donner un quelconque temps d'antenne aux conjoints des candidats), je crains qu’il ne faille descendre un peu plus bas que les flancs pour savoir ce que je me bats…

Bref… Ce matin, dans le demi-sommeil de l’aurore, cette phrase m’est revenue, et je me suis dit qu’il était étonnant qu’une compagne de candidat à la présidence de la République, sous couvert sans doute d'exhiber sa liberté de parole, dise dans une émission de télévision que le candidat socialiste à la Présidence mentait. Quelque chose clochait… Je me suis rendu compte que j’étais tout à fait réveillé quand j’ai compris que le pronom personnel, qui, grammaticalement, ne pouvait pas désigner qui que ce soit d’autre que François Hollande, ne renvoyait pas de facto (ou sémantiquement) à celui-ci. Le sens à reconstruire, avec une syntaxe correcte, serait donc (mais j'en suis réduit à un conditionnel, car c'est inverser le sens effectif de la phrase de Mme Trierweiler) :

— Quel est le secret de François Hollande pour perdre 30 kilos ?

— Ce n’est pas le régime Dukan, contrairement à ce que prétend ce dernier / contrairement aux allégations du médecin / même si Dukan prétend que oui / etc.

 

J’ai proposé plusieurs formulations afin de montrer qu’il n’est pas difficile, sans aller chercher midi à quatorze heures, de construire une phrase qui corresponde, dans sa syntaxe, aux intentions sémantiques du locuteur (de la locutrice, ici). Entre autres possibilités, ne pas faire du nom du diététicien un adjectif, mais avoir recours à un complément du nom, aurait permis, au moins, de signaler la possibilité d’une ambiguïté : ce n’est pas le régime de M. Dukan, contrairement à ce qu’il prétend. Dans une telle phrase, le co-énonciateur est amené à hésiter entre deux hypothèses pour le référent du pronom personnel : « il » désigne-t-il Hollande ou Dukan ? Dans la phrase de Mme Trierweiler, qui est une réponse à une question dont le seul sujet/agent était, sans aucune équivoque, François Hollande, pas l’once d’une ambiguïté.

En effet, le risque de méprise – et de contresens – augmente du fait que la phrase de Valérie Trierweiler a un sens. Si elle avait été incohérente, j’aurais tout de suite entendu que quelque chose clochait. En l’espèce, et même après analyse, rien ne me dit que Valérie Trierweiler n’ait pas voulu dire ce qu’elle a dit, et donc, en paraphrasant : mon compagnon est un menteur qui raconte des bobards quand on lui pose des questions sur son régime.

jeudi, 19 janvier 2012

Le Retour des jacamars

Le week-end dernier, sur Facebook, je suis intervenu trois ou quatre fois dans un groupe célébrant la perte du triple A, sous l’identité de Guillume Cingl. Il y eut tout d’abord un lipotexte :

Merci de m'inscrire membre. Je perdis mes * hier soir, en une curieuse surprise. Je compte m'en remettre. Toutefois, toute personne en mesure de me décrire le lieu d'emprisonnement des susdites précieuses voyelles est, d'ores, fort vivement remerciée.

Puis un autre :

De tout temps, l'homme, obsédé de pouvoir, s'est penché sur les questions de sous, de pognon, de flouze, et ce quel que soit le nombre de voyelles dont il dispose, de sorte que les officines qui dispensent des notes, je m'en cogne le coquillon sur le bord du trottoir.

Puis, à rebours, des commentaires qui paraîtront plus ou moins abstrus, abusant de la voyelle autant que de la bouteille :

1. Barbara sans A, c'est comme jacaranda, jacamar, Caracas ou Nathan Zuckerman. Muy complicado.

2. Le Venezuela n'a pas de triple A. Je me demande comment font les jacamars de Caracas.

3. C'est Anastagia, pas Sasha, qui m'a tapé dans l'œil.

 

(Pour ce dernier, il était question des Miss Bahamas 2011.)

Toutefois, il est question d’autre chose, désormais, ce jeudi. Du jacamar. Encore.

En écrivant ma vanne à deux balles sur les jacamars de Caracas, je ne pensais pas avoir jamais lu de texte où il fût question de cet exotique volatile. Or, en rangeant quelques livres, ce matin, et les feuilletant (ranger représente toujours un moment de retrouvaille, aussi avec d’autres livres sur les étagères – bref, c’est une opération sans fin, d’autant que je finis par ne pas tout ranger, ou par ne pas ranger du tout), je suis tombé sur le poème suivant, à la page 121 des Jeux d’oiseaux dans un ciel vide de Fabienne Raphoz (Héros-Limite, 2011).

Galbuliformes

(Galbulidés)

Les jacamars se nourrissent presque exclusivement d’insectes volants

Tous les jacamars ont le bec acéré

Tous les jacamars portent l’émeraude métallique d’une forêt de nuages après la pluie sauf le Jacamar oreillard qui imite son sol après la pluie le Jacamar à tête pâle le Jacamar tridactyle le Jacamar à gorge blanche qui imitent son ciel avant la pluie le Jacamar brun le Jacamar à longue queue qui imitent sa nuit

Le Jacamar des Andes a l’œil solaire

Le Jacamar oreillard et le Jacamar roux pleurent rouge

Le Jacamar à queue rousse femelle a la queue émeraude

Le Jacamar des Andes est vulnérable

Le Jacamar tridactyle est en danger

 

Avec ce copié-collé d’un poème intégral (qui est un bref extrait, hahaha), ce billet peut prendre place dans un grand nombre de rubriques, sous-chapitres etc., dont vous trouvez juste ci-dessous la théorie :

dimanche, 15 janvier 2012

Teetotum, toton, sevivon

"I don't see your circles—I don't see them," Hewet continued. "I see a thing like a teetotum spinning in and out—knocking into things—dashing from side to side—collecting numbers—more and more and more, till the whole place is thick with them. Round and round they go—out there, over the rim—out of sight."

His fingers showed that the waltzing teetotums had spun over the edge of the counterpane and fallen off the bed into infinity.

V. Woolf. The Voyage Out, ch. 9 [1915],

rééd. The Hogarth Press, 1971, p. 124.

 

Chardin, Child with Teetotum (Auguste-Gabriel Godefroy) 1741.jpgTout comme le narrateur de Mrs. Dalloway développe une véritable politique du point-virgule, on trouve, dans l’extrait ci-dessus du premier roman de Virginia Woolf (The Voyage Out), une érotique du tiret – le tiret anglais (sans espaces le circonscrivant), pas le trait d’union, bien entendu, ni le tiret français. Virginia Woolf s’est d’ailleurs amusée à entremêler la métaphore, classique chez elle, du tourbillon (ou de la volute) à l’usage du verbe dash : or, le tiret se nomme dash en anglais.

Selon la définition habituelle, le teetotum est un dé à quatre faces, éventuellement traversé par une petite baguette en fer, ce qui est en fait un proche parent du toton (cf Chardin ci-dessus), ou du sevivon hébraïque (cf Colorful Dreidels, photographie anonyme, ci-dessous).

Colorful Dreidels.JPGSinon, une recherche dans mon bon vieil OED, cette vieille branche inégalable, donne un certain nombre de résultats, quant aux possibilités d’intertextualité. En amont, Fanny Burney (Evelina III. xxi. 240) ou W.S. Gilbert (Utopia (Limited) 11). En aval, rien moins que Ulysses (J. Joyce Ulysses iii. 723). Tous les liens vers les textes fonctionnent, mais le copié-collé a donné des résultats visuels inhabituels.

Les puristes pourront constater que l'OED modifie la typographie du texte de Joyce, et qu'il fait même passer un fragment de monologue intérieur entièrement dénué de ponctuation pour une phrase tout à fait conventionnelle.

Ceux qui m'ont lu naguère, et même surtout jadis, pourront établir un rapprochement entre la métaphore du toton tourbillonnant dans The Voyage Out et celle du volant de badminton, le shuttlecock du chapitre final de The Good Soldier. Que les autres se contentent de me trouver pénible, comme d'hab.

mardi, 13 décembre 2011

Jugements de valeur (De la Pacotille)

Comme je suis affalé dans le sofa, comme je suis loin d’avoir fait le tour des textes de David Markson, comme il fait cette après-midi un soleil splendide après une matinée de déluge et de boue, comme je suis fatigué et affalé dans le canapé, comme j’écoute la Symphonie en trois mouvements de Stravinsky, comme je ne sais pas dans quelle « rubrique » je publierai les stupides remarques qui suivent, et comme j’ai, outre le bas du pantalon souillé de boue séchée, des bouloches de tissu vert plein le nombril (c’est un t-shirt quasi neuf), comme je ne sais pas par quel bout commencer, par quel angle attaquer, comme j’ai dû me redresser car affalé dans le sofa est décidément une position trop inconfortable pour écrire (même en écoutant Stravinsky), comme je vais devoir de toute façon m’interrompre pour me lever et aller me servir une énième, non, quatrième, mug d’English Breakfast, comme je suis intrépidement intrigué et désespérément désabusé, je pense que je vais me contenter de dire qu’apparemment (ou du moins, après de rapides recherches), le paragraphe dans lequel se trouve une critique acerbe de Vladimir Nabokov est bien de Markson himself, n’est pas une citation, un fragment ég-logal – non, ce serait de lui, et je ne sais par ailleurs d’où vient cet adjectif, pinchbeck, dont je suppute qu’il s’agit, à l’origine, d’un emprunt au français, et qu’en tout cas  je n’hésiterais aucunement à traduire par « bec pincé », d’autant que je sais désormais – tant pour les rapports étroits entre Pale Fire et les Eglogues de Renaud Camus que pour certaines parentés entre l’écriture de Nabokov et celle de Pynchon – que je publierai ce billet dans au moins deux rubriques, affalé toujours sans doute et coincé et bec furieusement pincé (pynché ?) aussi.

 

The precious, pinchbeck, ultimately often flat prose of Vladimir Nabokov.

The fundamentally uninteresting sum total of his work.

(David Markson. This Is Not A Novel. Counterpoint, 2001, p. 73)

 

Le côté précieux, clinquant cul pincé, et, en fin de compte, souvent bien plat de la prose de Vladimir Nabokov.

Le fait que son œuvre entière est, au fond, tout à fait inintéressante.

 

 

Après vérification, dans l’OED, il s’avère que j’ai tout faux, tant pour l’étymologie que pour le sens. (J’ai donc corrigé ma traduction dans le bon sens, mais en gardant en palimpseste gratté le premier jet, plus rigolo je trouve.)

 

pinchbeck, n.2 and adj.

Etymology:  < the name of Christopher Pinchbeck (c1670–1732), London watchmaker, who developed the alloy.

A. Noun

1. An alloy containing a high proportion of copper and a low proportion of zinc which is used chiefly in making cheap jewellery, on account of its resemblance to gold.

2. fig. A thing that is false, counterfeit, cheap, or worthless; spec. something that appears valuable but is actually cheap or tawdry. Also: the state or condition of being tawdry or worthless.

 

B. Adj

1. Made or consisting of pinchbeck.

2. fig. False, counterfeit, substitute; cheap, tawdry.

1845    N. P. Willis Dashes at Life 109   She had, beside, a kind of pinchbeck smartness, and these two gifts, and perhaps the name of Corinna, had inspired her with the idea that she was an improvisatrice.

1910    Chambers's Jrnl. Aug. 544/1   The man was a very pinchbeck brigand, or he was telling the truth for once in his desperate straits for money.

1987    J. A. McArdle Sin Embargo 629   The contrast between the glitter of the gilded calves that had been foisted on the masses and the pinchbeck reality.


-------------------- Je me suis contenté de recopier éhontément, ci-dessus, les citations proposées dans l'OED, mais on trouve sur Internet des citations beaucoup plus belles, et captivantes, par Joseph Conrad, H.L. Mencken, Charlotte Brontë, Mark Twain, Montague Summers (le préfacier de l'édition des oeuvres d'Aphra Behn), dans une traduction anglaise des Grenouilles d'Aristophane, mais aussi dans Apollinaire (il y a une Lady Pinchbeck dans Les Trois Don Juan), dans Pierre de Melville, dans les Ballades de Thackeray, et dans une traduction de L'Elixir de longue vie de Balzac, etc. etc. etc. -------------------

mardi, 06 décembre 2011

New vista of troubles

Je dois, sans l’avoir ouvert, rendre Tracks de Robyn Davidson à la bibliothèque. Ouvrant le mince volume au hasard, j’en extrais cette phrase : « The miraculous turn of events opened a whole new vista of troubles for me. » (Vintage, 1995, p. 78)

Baigts (Landes), 30 octobre 2008 J’ai aussi griffonné à la va-vite, par le clavier, mes vers préférés de Tiepolo’s Hound, avant de le rendre. Des fleurs se pâment dans un coin. Patrimony, pareil, et qui devra passer au scanner cet après-midi (comble de l’ironie, livre sur le cancer). Ma récente manie, prise avec l’Année de 398 jours, d’insérer, en petites majuscules (Book Antiqua corps 14), des citations sans rapport est bien pénible.

Écrire un éternel fichage décourage la lecture. (Celle là est de moi.) Tes galants mis aux fers. (Pas celle-ci.)

lundi, 05 décembre 2011

La signature, de sang peint

Beheading of Saint John the Baptist, by Caravaggio (1608) - approx. 12 x 17 feet.Aujourd'hui, c'est-à-dire dimanche après-midi (il est minuit passé), j'ai écrit une phrase sur Caracas, et je n'ai pas su continuer. Puis, plus tard, bien plus tard, j'ai dû me replonger dans le Caravage, dans le sang-signature. De proche en proche, ça a donné beaucoup de n'importe quoi (surtout grâce à Goodman).

Spell = spill.

In DM's words.

 

(Mais ça m'a tout de même ramené à Sandra Belloni.)

jeudi, 13 octobre 2011

« Musty ». Une intrigue.

En faisant le lit de la chambre à coucher, mais aussi en ouvrant les portes de l’armoire du couloir (que nous avons récupérée chez la grand-mère de C*** et que nous cherchons à aérer avant d’y entreposer draps brodés et mouchoirs de linon, comme dans la chanson de Thomas Fersen), je me suis demandé quelle était l’étymologie de l’adjectif anglais musty. Je le note ici, pour vérifier tout cela au moment où je m’apprêterai à publier ces textes. (Sans doute ajouterai-je alors quelques paragraphes, ou quelques phrases.)

 

à Ce bref billet du 12 juillet, je le complète en effet, trois mois après, avec un copié-collé de la rubrique « étymologie » de l’OED :

Etymology:  Origin uncertain; compare the related must v.2 and must n.4 Probably related to moisty adj. and moist adj. (compare sense 1b), although the nature of the relationship is not clear: perhaps < Anglo-Norman muste , moste , variants of moiste ,muiste moist adj. (compare also French regional forms in sense ‘mouldy’: seeFranzösisches Etymol. Wörterbuch s.v. mūcĭdus); or perhaps < one of its Romance cognates: compare Old Occitan moste (13th cent.; Occitan moste , mosti , Occitan regional (Gascon) musti , all in sense ‘wet, damp’), Spanish mustio wilting, discouraged (1250), Spanish (Galician) murcho , mucho withered, faded, sad, discouraged, Catalanmusti faded, wilted, sad, discouraged (late 14th cent.), Portuguese murcho withered, faded, sad, discouraged; or perhaps a variant of moisty adj. (perhaps by association with must n.1; compare musty adj.1). On semantic grounds at least, perhaps compare also Middle French, French moisir and its past participle moisi mouldy, musty (ultimately < a variant of classical Latin mūcēre : see mucor n.), with which Palsgrave equates the word (see quot. 1530 at sense 1a). 

 

Je n’ai pas réellement envie d’ajouter paragraphes ni phrases, mais plutôt un dizain tiré du recueil assez drôle de C.J. Dennis, The Glugs of Gosh, qui date de 1917 :

In Gosh, sad Gosh, where the Lord Swank lives,
   He holds high rank, and he has much pelf;
And all the well-paid posts he gives
Unto his fawning relatives,
        As foolish as himself.
In offices and courts and boards
   Are Swanks, and Swanks, ten dozen Swanks,
        And cousin Swanks in hordes--
Inept and musty, dry and dusty,
        Rusty Swanks in hordes.

 

On reconnaît bien, dans ce choix, tout mon amour de la paronomase.

mercredi, 28 septembre 2011

Météo, 3 [Hagetmau, 13 juillet 2011]

 Hier soir, un orage est tombé, accompagné d’une averse très violente. J’ai saisi l’occasion pour apprendre à Alpha – qui a eu dix ans avant-hier – comment on calculait la distance de la foudre. (Sur la route, que je sache, aucune voiture n’a fait de tonneaux.) Ce matin, il pleut encore, je crois, et il doit faire bien froid. Vais-je pouvoir, comme hier, livrer mes cinq heures de bûcheronnage ?

(Les tas de bûches s’élèvent ; le terrain est encore envahi de grandes branches coupées.)

Quel vieux vilain temps gris ! Je crois déjà avoir raconté, dans Touraine sereine (mais ne peux vérifier, faute de connexion), l’origine de cette phrase exclamative. Toujours est-il que, ce matin, dès huit heures, la journée annonce un vieux vilain temps gris, que ne soulagera que la verdure des arbres.

 

(Ajout du 28 septembre : paradoxe de la froidure en juillet, et de la chaleur fin septembre. Obsession de la verdure. Liens ajoutés bien sûr aujourd'hui, lors de la publication.)

mardi, 27 septembre 2011

Philip Roth – Nemesis (2010)

Dans la perspective de mon cours sur American Pastoral, je m’envoie (ou m’infuse) un certain nombre de romans de Philip Roth, dont les plus récents – la série des quatre brefs récits rassemblés sous le titre général de Nemeses (nemesis au pluriel, en anglais : je n’ai aucune idée du pluriel de némêsis en français, ou plutôt si : je me doute que c’est un substantif emprunté au grec, et donc invariable) – sentent la fatigue. J’ai manqué de temps pour publier mes notes de lecture sur les romans des années 70 et 80 ; elles sont encore sur des fiches bristol, ou dans le ventre de l’ordinateur.

 

Avant-hier soir, j’ai fini de lire Nemesis, le 4ème et dernier roman de la série des Nemeses (!). Il s’agit d’un roman en trois parties, dont l’action se déroule, pour l’essentiel, en 1945, à Newark, dans le quartier de Weequahic. Le sujet en est l’épidémie de poliomyélite, et les nombreuses victimes qu’elle fit sur la côte Est des Etats-Unis, en particulier parmi les enfants. (Dans le documentaire diffusé la semaine dernière sur Arte, Mia Farrow explique que c’est après avoir discuté avec elle, qui a survécu difficilement à la polio, que Philip Roth a écrit Nemesis.) Le personnage principal est Bucky Cantor, jeune homme de vingt-trois ans qui n’a pu se faire enrôler dans l’armée en raison de ses problèmes de vue et qui, professeur d’éducation physique pendant l’année, s’occupe de diriger les activités sportives des enfants pendant l’été (« playground supervisor » : surveillant de centre aéré ? responsable des activités en plein air ?). Il est nommé ‘Mr. Cantor’ tout au long du roman, car, ainsi que le lecteur l’apprend p. 108, le narrateur est un enfant qui avait douze ans lors de l’épidémie, Arnie Mesnikoff, et qui raconte l’histoire en 1972, après avoir retrouvé la trace de Bucky Cantor et appris, de la bouche même du protagoniste, l’histoire dans tous ses détails.

 

 

Les points que je retiens sont les suivants :

 

* récit en 3 parties – la 3ème, beaucoup plus brève, se passe en 1972, et raconte les circonstances de la rencontre entre Bucky et Arnie, qui ont tous deux survécu, avec de fortes séquelles, à la polio en 1945. Elle s’intitule ‘Reunion’, ce qui est ironique, puisque ces retrouvailles servent surtout à mettre en avant pourquoi Bucky Cantor, convaincu d’avoir infecté involontairement plusieurs garçons de Newark ainsi que plusieurs garçons, s’est condamné à ne plus avoir aucune vie sociale, et surtout à ne pas épouser Marcia Steinberg, à laquelle il venait de se fiancer lorsqu’il est tombé malade. Toute la question de la culpabilité et de la maladie est étroitement mêlée à un débat d’ordre théologique, qu’éclaire principalement le point de vue, explicitement athée, d’Arnie, le narrateur (Nemesis. Jonathan Cape, 2010, pp. 264-5). On peut aussi se référer à la divergence de vues entre Bucky et sa fiancée lorsque l’épidémie de polio prend de l’ampleur : praying vs vision d’un Dieu qui abandonne les humains (forsaking). Le découplage entre un Dieu vétéro-testamentaire et un Dieu néo-testamentaire est, comme toujours chez Roth, systématiquement évité, objet de brouillage.

 

* le personnage de Bucky Cantor n’est pas sans rappeler celui de Seymour Levov, « the Swede », dans American Pastoral è très sportif, il est perçu comme un modèle et un idéal par les enfants et les adolescents (Arnie et Donald seraient, à cette aune, des versions bis du jeune Nathan Zuckerman dans AP). Surtout, l’analyse que fait Arnie du sentiment de culpabilité de Bucky Cantor permet de nets rapprochements. Our ne citer que deux passages de la fin du roman :

He has to find a necessity for what happens. There is an epidemic and he needs a reason for it. He has to ask why. Why? Why? That it is pointless, contingent, preposterous and tragic will not satisfy him. […] this is nothing more than stupid hubris. (p. 265)

Such a person is condemned. Nothing he does matches the ideal in him. (p. 273)

Lors d’une visite que lui rend Bucky Cantor au début de l’épidémie, son futur beau-père, le docteur Steinberg, insiste sur le fait que, même quand on fait ce qu’il faut (« you do the right thing »), on ne peut s’empêcher de constater l’absurdité de l’existence : « Where is the sense in life ? » (p. 47)

 

* le statut du narrateur et les conditions d’énonciation originelle du récit sont complexes (cf pp. 244-5). Font l’objet d’une forme de dissimulation subjective/objective. Arnie compare le récit rétrospectif de Bucky comme un voyage impossible qui tourne autour de l’irréversible : « an exile’s painful visit to the irreclaimable homeland » (p. 245). L’image de l’exil et de la demeure suggère autant le Juif errant que le Paradis perdu (rêve d’Eden). / AP

 

            * statut de la Nature et de l’idéologie de la vie sauvage. La 2ème partie, « Indian Hill », se situe dans un centre aéré fondé par un certain Blomback sur les théories d’Ernest Seton, une forme de scoutisme dont le principe fondamental est le respect des coutumes indiennes. La voix narrative semble prendre ses distances avec (voire se moquer implicitement de) ce nativisme, fantasme de retour à une pureté originelle d’autant plus paradoxal que ce sont les anciens colons, ceux qui ont expulsé/exterminé les Amérindiens, qui miment les coutumes indiennes. Il y a, à cet égard, une scène essentielle, juste avant la mort de Donald Kaplow (adolescent très sportif dont Bucky aide à améliorer les techniques de plongée), la cérémonie du Grand Conseil Indien (peintures de guerre, feu de camp, discours en indien). Cette cérémonie s’achève, assez symptomatiquement, par le God Bless America (p. 218). Par ailleurs, Donald Kaplow se moque, à l’oreille de Bucky, de tout ce tralala et du fait que Blomback prenne tout cela au sérieux. Les moqueries de Donald sont qualifiées de kibitzing ° .

Il est difficile d’interpréter la mort brutale de Donald Kaplow après cette scène. Bucky est convaincu de l’avoir contaminé à son insu. Le lecteur ne peut s’empêcher d’envisager l’hypothèse d’une vengeance divine : en se moquant des rites indiens sur un site sacré (Indian Hill), Donald n’a-t-il pas été puni de son outrage (hubris) par la poliomyélite (nemesis) ? Toutefois, cette interprétation est trop simpliste : le Dieu de l’Ancien Testament et les esprits sacrés des Indiens ne sont-ils pas distincts ? Surtout, le récit tend à insister sur le caractère fantasmatique de tout lien de cause à effet. (Elément faussement proleptique, juste avant la catastrophe : le papillon, en qui Bucky voit « an omen of bounteous days to come », p. 179.) Le point de vue développé en filigrane par Arnie, le narrateur, et par le docteur Steinberg, ne doivent-ils pas inciter le lecteur à ne pas faire de lien, à ne voir, dans tout événement, que pure contingence ?

 

 

° D’après l’OED, le verbe kibitz est tiré du yiddish, à partir de l’allemand kiebitzen (regarder un jeu de cartes). Le 1er sens du verbe, à valence transitive, est lié aux jeux de carte. Voici un copié-collé du 2ème sens, pour lequel le verbe est intransitif :

To chat, banter, or joke, freq. with a person; to behave in a lighthearted or informal manner, to fool around.

1930    G. Kahn & W. Donaldson My Baby just cares for Me (song) 5   She don't like a voice like Lawrence Tibbett's, She'd rather have me around to kibitz.

1969    P. Roth Portnoy's Complaint 244   Fierce as the competition is, they cannot resist clowning and kibbitzing around.

2002    National Rev. 1 July 27/2,   I served coffee, I told bad jokes, and good ones. I kibitzed. I schmoozed.

mardi, 20 septembre 2011

Saison des coings, op. 11

Au-dessus de la baie, est tendue une bande de drap blanc, sur laquelle sont brodés, en soie bleue et violette, jouant le camaïeu, des chrysanthèmes entre des iris et des fleurs de cognassiers.
(Maison des frères Goncourt (grenier des Goncourt)- Paris XVIJournal des Goncourt, 14 décembre 1894)
 

Depuis que nous avons acheté notre maison dans le quartier des sçavans, à Tours-Nord, en décembre 2008, le mois de septembre est devenu la saison des coings. (Et octobre-novembre la saison des nèfles qui pourrissent le gazon. Mais c’est une autre histoire) Il y a deux cognassiers, que je préfère encore en mai-juin, ainsi que les néfliers : quelle verdure lumineuse, apaisante !

Ainsi, le coing devient motif.

Une recherche dans mes archives photographiques en ligne m’a permis de retrouver un texte que je n’avais pas encore publié dans Entre Baule et Courbouzon, oubli qui sera réparé demain.

Madame de Véhesse m’avait fait savoir, lorsque j’avais publié ce texte dans le groupe La Cohérence échevelée du monde, que « dans le jardin de la maison de Mallarmé, il y a des cognassiers ». Mais est-ce la maison de Valvins, Maison habitée de 1874 à 1898 par Stéphane Mallarmé (1842-1898), Valvins, Vulaines-sur-Seine (Seine-et-Marne, France)photographiée il y a deux jours par Denis Trente-Huittessan ? Par ailleurs, nous avons eu, ma mère et moi, avant-hier aussi, un échange culinaire tout à fait étonnant, à propos de la photographie d’un compotier.

Ma mère a écrit : « Donc, les pruneaux améliorent peut-être la compote aux coings! »

À quoi j’ai répondu, toujours en écoutant le Concerto op. 24 de Webern (il faut brouiller les pistes) :

« Pour ma part, j'avais bien aimé (et E*** aussi, je crois) la 1ère version (75% coings, 25% pommes et sucre). Celle-ci est moins présentable, mais fait plus l'unanimité. Nos deux cognassiers croulant sous les fruits, et le temps manquant (donc pâte ou gelée exclues), C*** a aussi eu l'idée de faire cuire un rôti de porc en ajoutant deux coings aux pommes de terre et sauce tomate habituelles. »

 

 



Ça y est, l’ordinateur Toshiba refait un bruit d’enfer. Il faut brouiller les pistes.

 

jeudi, 15 septembre 2011

No Arizona thumbsicle (we're Ligerians)

La ville chavire, à l'état gazeux ou à l'ambiance nocturne.

 

Guingois du mercredi - 14 septembre 2011 : escalier de la Bibliothèque municipale (II)

Nous ne sommes plus grand chose. Nous nous regardons de biais, ou bien sommes enfoncés dans ce qui est devant nous boudeurs ? Le contraste a permis d'appuyer sur ce qui était gris, ou alors délavé ocre.

 

Aujourd'hui, tout de même, deux mots : thumbsicle (n'est pas dans l'OED) + bolosse (n'est pas dans le Robert).

 

dimanche, 26 juin 2011

Names, Namen, Noms, Ainm

Hier, avant le début du concert Napht(h)aline Orchestra au Grand Théâtre (un peu sirupeux au début, puis de plus en plus puissant et inventif, avec toutefois une faiblesse persistante dans les parties de cordes), E* m'a indiqué qu'il lisait mon blog, puisqu'il m'a dit ne pas connaître un des trois textes auxquels j'avais comparé Only Revolutions. (Nous parlions de Finnegans Wake.) De mémoire, il s'agissait de Gyroscope, et j'ai expliqué à E* d'où venait ma passion de longue date pour la série des Génie du lieu (Boomerang notamment, mais non exclusivement). Vérification faite ce matin, j'ai pu voir que j'avais aussi parlé de Sterne et Lynch (il s'agissait évidemment d'une provocation dans l'exacerbation du name-dropping).

Plus tard dans la soirée, après le concert, attablés à la terrasse du Pale : E* m'a parlé de Sean O'Casey, et non seulement je fus infoutu de resituer précisément celui-ci, mais j'ai passé tout le restant de la soirée à tenter de me remémorer le nom du nouvelliste et autobiographe auteur de Vive Moi ! : ce matin, après consultation rapide de mes rayonnages, j'ai retrouvé Sean O'Faolain (se prononce shohn-oh-felohn). (Hier soir, seul le nom de Flann O'Brien revenait, persistait, faisait écran.)

jeudi, 16 juin 2011

Du finno-ougrien en milieu piscicole

Je veux bien que le finno-ougrien constitue une famille linguistique, mais quand on voit que la truite arc-en-ciel se dit Kirjolohi en finnois et Szivárványos pisztráng en hongrois, on aurait plutôt envie d'apprendre le finnois.

(Quoique.)

Truite arc-en-ciel. Aquarium du Val de Loire (Lussault-sur-Loire), 13 juin 2011.En cliquant sur l'image, vous accèderez encore à d'autres élucubrations. (Ses blogs ne lui suffisent pas, il faut qu'il déblatère sur FlickR. Mais oui.)


 

 

dimanche, 01 mai 2011

An (Irish) avant-gardener

Comme j’ai lu Changing Places au cours de la première semaine de vacances pascales, j’en copie ici un extrait, histoire d'en marquer le déroulé au fer vert. (Petit roman de David Lodge, bien écrit, drôle, très vain et passablement daté. Exploration poussive de la multigénéricité.)

En choisissant cet extrait, je pense à mon collègue Stephen (qui m’avait parlé du professeur Zapp lors d’un déjeuner le 1er avril), à Olivier Bab, à Renaud Camus (à son concept de tchernobylisation, notamment), et… à moi, qui suis censé être – aussi – spécialiste de lexicologie et d’humour britannique.

 

O’Shea is what you might call an avant-gardener. He believes in randomness. His yard is a wilderness of weeds and heaps of coal and broken play equipment and wheelless prams and cabbages, silted-up bird baths and great gloomy trees slowly dying of some unspecified disease. I know how they must feel.

(fin d’une lettre de Morris Zapp à sa femme, Désirée

Changing Places, 30ème réédition Penguin, 1991, p. 128)

dimanche, 27 février 2011

D'autres 27 février

Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire), 27 février 2007.Médiathèque François Mitterrand, à Tours : autoportrait et détail de la façadeEglise Saint-André. Sauveterre-de-Béarn, 27 février 2009.27-février 2010, HP 067

Quelques figures. Danse, danse avec ta jambe. Un chanoine, une tronche de jambon. Des chiffres (le parfait 1111). Une colonne sèche, la fumée remonte des souvenirs. Le chanoine contemple cinq chapiteaux, à la fois, vaillant petit prieur.

 

mardi, 14 décembre 2010

Un peu, mon neveu

Le Prix National de l'Euphémisme Journalistique vient de trouver son candidat favori.

En effet, après avoir expliqué que des députés finiens et des députés de la Ligue du nord s'étaient bagarrés dans l'enceinte du Parlement lors du vote de confiance, puis que l'incompréhension avait entouré le vote favorable à Berlusconi de certains élus de gauche, et qu'enfin tout cela se déroulait sur fond d'une enquête du parquet de Rome relativement à des voix "achetées" (et donc à un véritable système de corruption allant au-delà du clientélisme), l'envoyé permanent de France Infos à Rome a enchaîné en parlant de "climat un peu délétère".

vendredi, 10 décembre 2010

Mort d'un personnage.

Un autocar vénérable, jaune et gris, au terme de son parcours s'est garé au bord de la piste, et va faire demi-tour. Je ne peins palettes, je peins l'épaisseur. (Ce pourrait être l'aphorisme désignant au monde ébahi (ébaubi ?) la folie de mon père pour les palettes de chantier, bois dont il se chauffe ?? non !!bois dont il fait ni!!choirs pour les OISEAUX.) Et ce car à palindrome, alors ? Un dromadaire s'enfuit, trop hâtivement, comme s'il volait au-dessus de la ligne interminable du sable saharien. Car marocain à Tours (détail)Droit comme un i, Bernard soulève un peu la tête, mèche furibarde et regard en billes de loto. Il me fixe, il est fou. Car c'est une chose que je sais, car c'est un matin. Il n'y a pas le feu, écrit-il avec son stylo quatre couleurs (comme si les points de suspension...). Bernard est-il vraiment heureux de cartonner ? D'envoyer paître ? (L'accordéoniste se nomme Guy Klucevsek. L'accordéoniste se nomme Guy Klucevsek.) Alors, Bernard se ravise, change son fusil d'épaule, franchit le feu rouge sans regarder ni à droite ni à gauche ; il change aussi (M. Swann, le père, était agent de change.) de direction, et même de rythme de marche ; ne dirait-on pas qu'il change d'allure, et, qui sait (M. Swann, le père, était agent de change.) de taille, de démarche, au point qu'on pourrait finir par s'imaginer, que s'il faisait demi-tour (vénérable, jaune et gris), il n'aurait plus même cette rectitude (droit comme un i) et cette folie qu'il exsude par tous les pores. A quoi servent toutes ces ratures ? (Vous êtes fort comme un Turc.) Car marocain à Tours (détail)Bernard est au bord du cratère.

False eyelashes made out of dead fly legs ? Unsavoury indeed. Bernard est au bord du cratère.

Reprenons autrement, voulez-vous ? Sur un banc, vers le fond du jardin, est assise une femme très âgée. Reprenons autrement, voulez-vous ? Bernard, furibard encore mais ayant changé de démarche, droit toujours mais comme un palindrome, se tient, droit toujours, au bord du cratère. Qu'est-ce qu'il vase. Il ne vacille pas. Il ne vacille pas. Penser à Anatole l'aide à tenir bon. D'où (parti de l'université, en pleine cité) peut-il se retrouver au bord d'un cratère ?

Reprenons autrement, voulez-vous ? Le scripteur, alignant des pattes de mouche sans saveur, a fini par se livrer différemment (Reprenons autrement, voulez-vous ?) à son petit jeu de collages, et choisit la phrase la plus proche (juste avant, juste après), de sorte que la référence à la suite de lettres (ORC, COR, ROC) n'est pas immédiatement (ni même médiatement) trouvable --Car marocain à Tours (détail)-- si j'ose risquer ce vilain adjectif. Tout de même, ils exagèrent. D'où ce cratère ? A quoi ces ratures ? Et ce palindrome près du dromadaire ? N'a-t-il pas l'air d'un Romain ? (Pourquoi voulez-vous qu'il soit étranger ?)

Fragments de mains, de bras soulevant les rideaux : le scripteur, les voyant, se ravise encore (comme Bernard, le fou, j'y songe), et trouve une échappatoire au triangle infernal que forment le palindrome, le dromadaire s'envolant au-dessus de la ligne de sable et l'ombre portée du feu tricolore. Il multiplie les couleurs, les flèches dans la marge du manuscrit, les ajouts et les ratures. Il écrit une phrase de cent quarante-trois mots (j'ai compté) pour décrire ces mouvements furtifs de bras, qui donnent plus de pesanteur à la démarche aérienne du dromadaire. Car marocain à Tours (détail)Puis, jetant un dernier regard au banc où la femme très âgée lit un vieux volume des Jalna (ce n'est pas un palindrome), il pose la pointe du stylo quatre couleurs sur la tête maintenant éméchée de Bernard (au bord du cratère), et le pousse d'une légère pichenette qui, le faisant vaciller, le condamne à ne plus fulminer.

Alors, le scripteur repose le stylo et inspire profondément, fermement décidé à se reposer au gré d'un vent léger, où flottent les senteurs vives des lilas blancs.

dimanche, 28 novembre 2010

Codicille aux "Kids"

Nada dérobe des lipsticks aux filles pas encore mortes pour que son amie Refka n'est plus l'air d'un rat. Sedhika air dans la brume tel un épervier. Ils ont tous l'appétit de vivre malgré tout et apprennent l'anglais dans l'espoir de s'en servir un jour prochain. Plus forts que tous, leur vies continuent à travers des cries, des rêves, de l'amour et des jeux. (Louise Bouillon)

 

Au vu de ce bref extrait, je crois surtout que les "kids" de Touraine devraient apprendre le français, mais bon...

Petit jeu : signalez les 3 fautes de français correspondant au programme de l'école élémentaire. Les francophones âgés de plus de 12 ans n'ont pas le droit de jouer ; ce serait trop facile. Un bonus à celle/celui qui trouvera la 4ème faute (d'orthographe) et qui rétablira la ponctuation.

samedi, 27 novembre 2010

De taie pas l'once

L'oreille est ce que la pile ose.

(En traversant le sens : on s'aide des mots comme de radeaux mal ajustés, pirogues qui prennent l'eau.)

 

Quand j'ai connu ta mère, elle dormait sur une limande. Maintenant, il lui faut une baleine. Et ça, c'est le dessus de lit, on ne la borde pas car on la repousse pour dormir. Mes cheveux sont en courte pointe.

 

Après la nuit, avec qui sa limande qui sa baleine, allongé, en chien de fusil ou assis comme à la Renaissance.       Au petit déjeuner, sans perte ni fracas, surtout laisser le bol s'taire.

 

dimanche, 21 novembre 2010

Feignant de s'étonner

Comme C. a écrit, dans un mail qu'elle m'a envoyé (oui, on peut travailler dans le même bureau, at home, et s'envoyer des mails - la vie moderne), faignasse, j'ai voulu vérifier si cette orthographe était acceptée, en alternative à feignasse.

Et là, stupeur ! j'ai toujours cru que fainéant, étant courant voire soutenu, était le terme originel, et que feignant, adjectif ou nom familier, en était la corruption ou l'altération. (Peut-être me suis-je vu confirmer cela, à une certaine période très germaniste de mon existence, par le fait que fainéant se dit Taugenichts en allemand...) Or, après vérification, feignant est attesté dès la fin du XIIème siècle ; il s'agit bien du participe présent de feindre (le feignant = celui qui feint de travailler). Et fainéant, donc ? Nettement postérieur, c'est ce mot qui est une altération, selon une rationalisation erronée attribuant à feignant l'étymologie "faire néant".

 

[ J'adore ces phases, dans l'histoire d'une langue, où des semi-érudits (dans mon genre) pleins de bonne volonté ont pensé corriger et simplifier une langue, semant en fait un bazar insensé. (Exemple : l'invention du verbe burgle en anglais, dérivation inverse de la plus belle eau.) ]

 

Si j'ai pu me laisser duper, c'est tout d'abord que l'étymologie de fainéant est tout à fait transparente (et pour cause : il s'agit d'une réinterprétation, un peu comme les étymologies à la Heidegger), mais aussi (surtout ?) qu'entre un terme courant et un terme familier, on a tendance à penser que le mot familier est une corruption du mot plus "noble". Pan dans les dents !

(Et c'est là un sujet bien choisi, qui tombe bien, bien-tombant, pour un dimanche pluvieux de novembre, à l'heure de la sieste !)

 

lundi, 08 novembre 2010

Résister au sublime

Vallée de l'Escandorgue, Hérault. 7 août 2010.

 

       Clive kept on because the shrinking and apprehension were precisely the conditions – the  sickness – from which he sought release, and proof that his daily grind – crouching over that piano for hours every day – had reduced him to a cringing state. He would be large again, and unafraid. There was no threat here, only elemental indifference. There were dangers of course, but only the usual ones, and mild enough; injury from a fall, getting lost, a violent change of weather, night. Managing these would restore him to a sense of control. Soon human meaning would be bleached from the rocks, the landscape would assume its beauty and draw him in; the unimaginable age of the mountains and the fine mesh of living things that lay across them would remind him that he was part of this order and insignificant within it, and he would be set free.

Today however, this beneficent process was taking longer than usual. He had been walking for an hour and a half and was still eyeing certain boulders ahead for what they might conceal, still regarding the sombre face of rock and grass at the end of the valley with vague dread, and still pestered by fragments of his conversation with Vernon. The open spaces that were meant to belittle his cares, were belittling everything: endeavour seemed pointless. Symphonies especially: feeble blasts, bombast, doomed attempts to build a mountain in sound. Passionate striving. And for what? Money. Respect. Immortality.

 Amsterdam, III, iii

Coup de rabot

 

"Dans son acariâtre passage l'auto produit l'effet d'un coup de rabot sur la planche de la route d'où les piétons s'épivardent, recroquevillés en boule comme des copeaux, vers les bords et le fossé." (La Randonnée. 1932. Rougerie, 1978, p. 10)

 

 

Salut

"Ce matin, les lourds menhirs de Lagatjar n'arrivant pas à temps pour maîtriser notre escadron-vapeur, nous voilà déjà loin de l'ample salut de mon camarade Ping-Ping, le fossoyeur ancien qui vit tant de Camarétois partir pour le pays littéraire d'Hamlet."

(Saint-Pol Roux. La Randonnée. 1932. Rougerie, 1978, p. 8)

 

Vendredi soir, aussi, encore, je me trouvais au Petit Faucheux. Marc Ducret, embarqué entre Hamlet et bitumaisons, était encore mieux qu'égal à lui-même ; les compositions jouées par l'ensemble Cairn, en revanche, m'ont ennuyé - trop d'avant-gardisme, ou deviens-je vieux con plus regardant ?

vendredi, 05 novembre 2010

Prolepse II : paysage de l’âme & intime requête

Occasionally, as the train gathered speed and they swung further away from London, countryside appeared and with it the beginnings of beauty, or the memory of it, until seconds later it dissolved into a river straightened to a concreted sluice or a sudden agricultural wilderness without hedges or trees, and roads, new roads probing endlessly, shamelessly, as though all that mattered was to be elsewhere. As far as the welfare of every other living form on earth was concerned, the human project was not just a failure, it was a mistake from the very beginning.

If anyone was to blame it was Vernon. Clive had travelled this line often in the past and had never felt bleak about the view. He couldn't put it down to chewing gum, or a mislaid pen. Their row of the evening before was still sounding in his ears, and he worried that the echoes would pursue him into the mountains and destroy his peace. And it was hardly just a clash of voices he still carried with him, it was growing dismay at his friend's behaviour, and a gathering sense that he had never really known Vernon at all. He turned away from the window. To think, only the week before he had made a most unusual and intimate request of his friend. What a mistake that was, especially now that the sensation in his left hand had vanished completely. Just a foolish anxiety brought on by Molly's funeral.

Amsterdam, III, i

jeudi, 04 novembre 2010

Prolepse, I : adjectifs toponymiques, avaler la ciguë

His proper business in life was to work, to finish a symphony by finding its lyrical summit. What had oppressed him an hour before was now his solace, and after ten minutes he put out the light and turned on his side: there was always work. He would walk in the Lake District. The magical names were soothing him: Blea Rigg, High Stile, Pavey Ark, Swirl How. He would walk the Langstrath Valley, cross the stream and climb towards Scafell Pike and come home by way of Allen Crags. He knew the circuit well. Striding out, high on the ridge, he would be restored, he would see clearly.

 

 He had swallowed his hemlock, and there'd be no more tormenting fantasies now. This thought too was comfort, so that long before the chemicals had reached his brain, he had drawn his knees towards his chest, and was released. Hard Knott, Ill Bell, Cold Pike, Poor Crag, Poor Molly…

 

Amsterdam, I, ii

mardi, 02 novembre 2010

Rôti, lampes

She thinks of how the newly buried remain all night in their graves, after the mourners have recited prayers, laid down wreaths, and returned to the village. After the wheels have rolled away over the dried mud of the road, after the suppers have been eaten and the bedcovers drawn down; after all that has happened the grave remains, its flowers tossed lightly by the wind. It is frightening but not entirely disagreeable, this cemetery feeling. It is real; it is all but overwhelmingly real. It is, in its way, more bearable, nobler, right now, than the beef and the lamps. She descends the stairs, walks out onto the grass.

(Michael Cunningham. The Hours. Picador USA, p. 165)

vendredi, 15 octobre 2010

Merle-pie (Thierry Beinstingel)

Merle-pie

 

La première fois qu'on voit l'oiseau, passant en rase-mottes au-dessus des rosiers pour disparaître à l'ombre d'un buisson, on a la vision d'une pie en négatif: la tête blanche au lieu d'être noire, mais la même redingote de chef d'orchestre pour le reste des plumes. Les pies, on les connaît cependant. Des effrontées. Pas le genre à passer en coup de vent pour aller se cacher. Plutôt à se poser devant vous, l'œil brillant de colère, le cou déjeté, grattant furieusement le gazon, caquetant, semblant dire : on est chez nous, on vous tolère tout juste. Rien ne les dérange, ni la voiture, ni les mouvements, ni les bruits. La vue du chat les met en rage. Mais ce sont de bonnes gardiennes : pas une fois elles n'auront permis à un corbeau de s'installer dans le jardin. Ce n'est pas négligeable, ils sont nombreux à tourner dans le coin à la recherche d'un nid à occuper, d'un arbre à coloniser. Si on les laisse venir, c'est fini, ils appellent leurs copains, la famille, et ce sont des croassements à n'en plus finir, une ambiance de Toussaint et de pluie incessante à vous foutre le cafard pour le restant de vos jours. Les pies sont hargneuses mais plus discrètes : commérages brefs, chacun chez soi.

 

On revoit le volatile plus tard, toujours de façon fugitive, éclair blanc et noir d'un vol rapide, vite caché dans le fouillis des branches. C'est un oiseau craintif d'abord. On insiste pour l'observer, mais même l'immobilité derrière la vitre le fait fuir. Et puis il s'habitue au fil des jours et du printemps chantant qui s'avance, fait éclater les bourgeons, pousser les jonquilles et les primevères. Un matin, il reste perché sur un rameau devant la fenêtre, à découvert. On a le temps de l'observer : la tête d'une mouette, toute blanche avec un bec jaune, la redingote de la pie, mais comme trop grande pour lui, l'allure et la dimension d'un merle. L'oiseau ne ressemble à rien de connu. On consulte des livres, Internet. On se rend à la bibliothèque. On fouille dans les encyclopédies. Pie-grièche ? Pinson ? Pic épeiche ? Non, vraiment, il ne ressemble à rien. Et puis on oublie, on passe à autre chose dans la valse des jours.

 

Un matin, au moment où l'on sort la voiture du garage, le fils dit : il est là, dans les rosiers. Occupé à fouiller la terre de son bec jaune, il ne pense pas à s'enfuir, ou plutôt, comme les autres, il s'est habitué, il sait qu'ici il ne craint rien quand le chat reste à l'intérieur et ce fainéant de matou ne sort plus guère. Vite, l'appareil-photo. Plus tard on envoie les clichés à la Ligue de protection des oiseaux. On me répond deux jours plus tard, à la manière de l'obstétricien qui pénètre dans la chambre de la jeune accouchée : c'est un mâle, un merle ! On me précise qu'il est atteint de leucysme, un défaut de pigmentation dû à une mauvaise synthétisation de la mélanine contenue dans les plumes et qui provoque cet albinisme partiel. Il paraît que c'est assez fréquent chez les turdidés, mais que le spécimen qui hante mon jardin est particulièrement étonnant avec sa répartition homogène, bien marquée et symétrique entre les zones blanches et noires.

 

On le revoit deux jours plus tard dans le crépuscule propice aux ébats des merles. Il y en a toujours un de perché au faîte d'un toit et qui lance ses trilles incessants dans un ciel épuré des averses de l'après-midi. C'est l'heure tranquille où la pesanteur du travail se laisse choir comme un paquet de linge à laver. On s'accoude à la fenêtre ouverte, désœuvré. Les autres mâles restent au sol, se chamaillent, plastronnent comme de jeunes hommes aux abords d'un bistrot, parlant de foot et de filles. L'albinos est là, sensiblement plus gros que ses frères en livrée noire. Il en impose, roule des mécaniques. À l'ombre des buissons, une merlette couve peut-être ses œufs, futurs petits oisillons en redingote de pie.

 

(Thierry Beinstingel. Bestiaire domestique. Paris : Fayard, 2009, pp. 159-62)

dimanche, 10 octobre 2010

Rapidité humaine

Je cherche à déterminer si l'expression la Rapidité humaine a une quelconque réalité langagière, et plus je répète les mots rapidité humaine, rapidité, la Rapidité, moins ces mots ont de sens, plus me paraît bizarre, curieux, invraisemblable presque, ce mot de rapidité, rapidité, rapidité, rapidité... Plus me paraît, inversement, normaux, banals, sans insolite, les mots de prestesse, agilité, vélocité, hâte, précipitation, vitesse et même (sans rapport autre que sonore) prestance.

 

(10 h 10 le 10.10.10.)

lundi, 20 septembre 2010

Travaille dur

Comme j'arrive très tôt au travail, longtemps avant elle, je dépose sur le bureau de Christiane une sorte de haïku hétéromètre et tri-rimant :

attention cafetière allumée

Bonne matinée

GC

 

Tout en conduisant, j'ai pris 17 photos "de traviole", pour ma série des Guingois du lundi. À cette occasion, j'ai appris l'existence (et les usages) de l'adjectif (?) américain (??) catawampus.

Guingois du lundi (Driving to work) 015   Zou, en salle 63. C'est pas loin, mais / Mon bon café refroidit.

 

dimanche, 23 novembre 2008

Bardes gallois

(the opening of a new hall in the art gallery ; the prize-giving at an eisteddfod)

[...] She was hoping for something more personal, something more toothsome.

(Diary of a Bad Year, p. 191)

 

------------------------------------------------------------

Elle se retira dans une maison religieuse, sur le prétexte de changer d'air. (La Princesse de Clèves)

(Cf ce que Renaud Camus écrit, sur "hors de pair" et "hors pair". In Le Royaume de Sobrarbe.)

 

-------------------------------------------------------------

Nor less these lays are yours but more,
  In memory of the Eisteddfod floor
  You flooded with a choral throng
  That poured God's praise a whole day long.

(From : A Celtic Psaltery, by Alfred Perceval Graves, 1917)

 

...................... Aussi .......................... : "Rabbit is good, very good," the ancient quavered, "but when it comes to a toothsome delicacy I prefer crab." (Jack London. The Scarlet Plague.)

 

----------------------------------------

Ces jours-ci, je travaille autour de Naipaul, et je creuse la poésie de Meredith, dont on célèbrera le centenaire de la mort en 1909 (en mai, je crois). Dans un beau poème de George Meredith, ce matin, j'ai découvert le substantif ouzel. D'après l'OED : "The (European) blackbird, Turdus merula. More fully (Eng. regional) black ouzel. Now arch. and regional." (C'en est fini du centon dominical.)

lundi, 25 février 2008

Quatre vies, palettes... quatre violons

« Autrefois, on disait octante, mot plus régulier que quatre-vingt, qui est une expression barbare. » (Maurice Lachâtre. Nouveau Dictionnaire Universel [1881]. p. 1190)



 

Tout comme je suis sûr d’avoir déjà lu, dans un autre livre, évoquer le Trille du diable de Giuseppe Tartini – que joue le jeune Federico au cinquième chapitre de Sankt-Petri-Schnee – , je pense n’avoir jamais entendu jouer cette œuvre. Curieusement, le Robert des noms propres (édition 1983, dernier tome, p. 3057) cite plusieurs œuvres de musique de chambre du même compositeur, mais c’est ce Trille du diable, apparemment son coup d’essai, qui est passé à la postérité.

La même édition du Robert des noms propres ignore tout de Leo Perutz, qui fut, de fait, (re)découvert en France dans les années 1980. J’ai grandi près de Tartas ; un dimanche sur deux, quand nous allions en famille voir mes grands-parents à Saint-Pierre du Mont, nous passions près de la papeterie en nous bouchant le nez. Le seul Perutz qui ait droit à une entrée du prestigieux dictionnaire est Max Ferdinand Perutz, Prix Nobel de Chimie 1962. Toujours sur la même double page 3056-7, est reproduite une scène érotique de la Tombe des Taureaux, à Tarquinia : ici même, il y a de cela quelques étés, je lisais Les Petits chevaux de Tarquinia.


 

Brefs feuilletages : je connaissais Tapiès, Tao Chi et Tanguy, mais pas Rufino Tamayo (né en 1899 à Oaxaca). Son guitariste rouge (« Le Chanteur », 1951, Musée National d’Art Moderne, Paris) ressemble à une contrebasse – ses dents à un râtelier de piano – sa main à la pince de Belzébuth.



Michel-Ange et Henry Miller ont tous deux vécu quatre-vingt-neuf ans. Cela, je l’ai appris ce matin.

 

 


[ 13 février 2008 ] 

dimanche, 13 janvier 2008

Utrillo, Blanchot, des mots...

Comme, saisi d'un doute soudain après avoir écrit "trilles vibrantes" dans le texte intitulé Omégalomanies trombonesques,  je vérifiais, dans le Robert culturel qui accompagne mes journées, le genre de trille, je pus constater, non seulement que, si trille est bel et bien masculin, j'ai d'illustres prédécesseurs dans l'erreur, les "claires trilles" de Rimbaud m'incitant à ne pas corriger le texte d'origine, mais aussi que le substantif masculin blanchon, dont l'encyclopédie des animaux d'Alpha confirme qu'il s'agit du jeune phoque, ne s'y trouve pas, alors même qu'il figure en légende sous la fève de mercredi dernier.

vendredi, 11 janvier 2008

Le monde (S'approprier) : Leçon 1

Que tout le jour ait fait grise mine, à se rafraîchir même, ce n'est rien. Neige, non. Une matinée dans les papiers, les prospectus, les affiches, mais aussi : les logiciels (ah !) ! Heureusement qu'au téléphone j'ai aussi pu évoquer les articles de Lyn Hejinian. D'aucun (oui, au singulier, pourquoi pas) a fumé un pétard à Chargé, ça ne s'invente pas. Qui d'autre m'a aussi, forme noble de péril, informé de l'existence de son blog. Au Juanita Banana (trop sombre, trop techno, trop branchouille), la cuisine est savoureuse, quoiqu'elle hésite entre trop d'horizons. Neige, non. On n'a pas réussi pour autant à passer entre les gouttes. L'écoute-bébé réagit aux avions. Bientôt fini de lire Neige, qui me laisse sur ma faim, sans doute parce que les nombreuses imperfections de la traduction gâchent mon plaisir. Des photographies argentiques de Londres, nébuleuses comme les souhaits prononcés sur les ronds-de-sorcière, emmènent la cadence. Ah, le finale du Nonett Nr 2 de Hanns Eisler... Bientôt fini tout bientôt. Neige, nom.

mercredi, 09 janvier 2008

Grand-tante Finesse tape fesse

effet instantané des asperges

Sur la table à tréteaux rouge où se trouve, parmi quelques autres entassements, le vieil ordinateur composite et bruyant, assis sur une chaise cannée – ou faut-il, comme pour les gâteaux, dire cannelée ? – de métal rouge, ayant monté et dévalé dix fois d’affilée les seize marches de l’escalier de bois, j’écris ces quelques lignes, tandis que se téléchargent, sur le vieil ordinateur composite, bruyant et lent, les photographies fades de ces deux derniers jours. Le ronronnement de l’ordinateur couvre presque le son des touches qui claquètent.

effet instantané des asperges

Soudain, l’ordinateur – ou plutôt, son ventilateur depuis si longtemps bruyant – a cessé de ronronner bruyamment, et l’on peut de nouveau apprécier les roucoulades des tourterelles turques depuis longtemps oublieuses du Bosphore, le passage d’une charrue sur le chemin vicinal, le frottement des feuilles, les rayons de soleil brûlants contre les vitres. Dans le Magazine littéraire acheté ce matin chez Caldéra, j’ai lu ce matin même l’article consacré aux deux nouvelles parutions de Roubaud, dont – enfin ! – la nouvelle branche du ‘Projet’. Sous Word, les tirets semi-cadratins s’effectuent automatiquement du moment qu’on laisse une espace de chaque côté du mot ou du groupe de mots à placer entre tirets, mais en revanche

effet instantané des asperges

, il faut ajouter les signes de ponctuation autres, comme les points d’interrogation ou d’exclamation, après coup, sinon la saisie automatique se défile et, laissant en plan le typographe amateur, ne lui offre, pour tout potage, qu’un maigre tiret de rien du tout, à peine un trait d’union, rien de bien folichon. (Je devrais écrire, se dit-il, quelques phrases sur Stefano Bollani ou sur l’album étrange et étrangement beau du trio de Sophie Courvoisier, Ocre.)

effet instantané des asperges

Il n’en fait rien. Roucoulent les tourterelles, la caravane passe. Utrillo peignit les maisons grises délabrées de Montmagny, et moi je rature. Aujourd’hui ce serait la Sainte Famille, mais le calendrier de la banque ne suggère que la saint Roger. L’ombre du petit pot de verre, sur le coffre des vinyles, est à elle seule la chorégraphie de ce jour d’été. Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai laissé ouvert mon exemplaire de Degrés à la page 204, près de l’ordinateur composite et bruyant, mais le Magazine littéraire est posé plus près encore, et je sais dans quel but (

effet instantané des asperges

) je l’ai déposé là : il est impossible de savoir qui rédigé les très brèves notices qui « résument », à cheval sur les pages 46 et 47 de cet exemplaire du centenaire (janvier 2008), chacun des ouvrages importants de Simone de Beauvoir, mais il est certain que ce(tte) sagouin(e) ne connaît pas le français. Voyez plutôt le résumé (très erroné également, à ce que m’en dit ma compagne, qui a lu ce roman) des Belles images, publié en 1966 : « Ce roman, dédicacé à Claude Lanzmann, décrit les sentiments d’une femme qui réalise qu’elle a été flouée par la vie. Une critique acerbe de l’hypocrisie de notre éducation. »

Peut-être le roman est-il dédié à Claude Lanzmann, mais il y a fort à parier qu’il a été « dédicacé » à beaucoup d’autres lecteurs, y compris par de tout autres personnes que Simone de Beauvoir (e.g. : à ma chère tantine suffragette, son petit Aymeric). De même, que l’on puisse collaborer à un magazine littéraire et ne pas savoir que « réaliser », au sens de « percevoir » « s’apercevoir » « se rendre compte », est un anglicisme qui sent le cuir, c’est inquiétant. (Au demeurant, cela n’a pas semblé gêner tellement les trois traducteurs d’Istanbul d’Orhan Pamuk, non plus, ni l’éditeur Gallimard : le texte français d’Istanbul est parsemé de ces réaliser laids et contresémantiques.) Enfin, on aimerait savoir à quel nous collectif peut bien renvoyer l’expression « notre éducation » : est-ce le système éducatif français qui est hypocrite, ou l’éducation d’une génération, voire, si on le prend au sens strict, l’éducation des journalistes du Magazine littéraire ? (C’est bien possible, en effet : pour écrire aussi mal, il faut que l’éducation laisse à désirer.)

Des chiens aboient sous le soleil, sans raison apparente, et comme chaque nuit aussi ; c’est la grande nouveauté

effet instantané des asperges

de ces vacances. Je me rappelle avoir lu Degrés ici un été, peut-être 2004 ou 2005, mais je ne me rappelle plus où j’avais déniché cet exemplaire aux pages non coupées, probablement d’origine : achevé d’imprimer le 8 janvier 1960, soit 4 jours après la mort accidentelle d’Albert Camus, dont j’ai rêvé cette nuit, recroquevillé sous mon manteau. (Je n’ai pas lu une ligne de Giono, ni d’Albert Camus, depuis l’adolescence.) Degrés ne m’a pas vraiment plu ; j’ai trouvé qu’il sentait un peu trop l’atelier, sans compter que le charme suranné du cadre scolaire des années 1950 nuit grandement aux prétentions du roman à une quelconque modernité. Quand on songe que Butor n’était pas loin de commencer à concevoir les volumes II et III de son Génie du lieu… Quand on songe

effet instantané des asperges

à son génie, on ne peut manquer de désirer lire le dernier volume paru du ‘Projet’ de Roubaud. Degrés se déroule au long de 380 pages. Au centre précis du récit, à la page 198, il est question de papier vert, rose et jaune. Couleurs. Au quart du parcours, un adolescent révolté retarde sa brouille avec le père haï pour une sombre histoire de timbres du Liban. Je me rappelle avoir « tiqué » – l’été 2004 ou 2005, donc – en lisant le patronyme d’un des personnages, M. Bonnini, dont l’épouse, aux trois quarts de Degrés, semble aller mieux. (Mais il n’est plus question (effet

instantané des

asperges) de papiers de couleurs variées.

lundi, 17 décembre 2007

nineteen lines of a recollection

Heurteloup postal

 

 

                   (a recollection) this was after

                   such an inter

                   national flight In my cl

                   ouds //this wasVcl

                   ear water (a recl

                   ection) treading on my shr

                   oud –s– it’s the taming of the shr

                   ew the wandering j

                   ew the turn of the scr

                   ew;ew-nawh-whet:maintenant ça colle

                   said the toddler (a recolle

                   ction) so as I was saying in my clo

                   uds there was water and blood clo

                   ts of birds wounded –they say they fly–

                   /they’re between wingsVthat’s/

                   Victory with fly

                   ing col

                   ours (a recol

                   lection).

dimanche, 16 décembre 2007

1880 - Paulinaaaggle

The Gates of Paradise est un site consacré à la poésie visuelle. Il y a là de quoi s'égarer des heures durant, en planchant sur la Toile. (I know I have.)

À titre d'exemples, je vous recommande le projet Gaaagle (a gag, en anglais, est un baîllon) et les poèmes visuels de Komninos Zervos.

thalia's carnage

 

Illustration : thalia est, tout comme Komninos Zervos, australienne d'origine grecque ; elle compose des poèmes visuels à partir des signes sténographiques conventionnels (shorthand alphabet).

 

vendredi, 14 décembre 2007

Librocubicularists all of 'em !

 ............... I often read in bed but I'm not a librocubicularist.

(Si je lis au lit, je n'ai rien, pour autant, d'un librocubiculaire.)

jeudi, 06 décembre 2007

La Ruse du Professeur Maupas

L’opération ne se passait pas mal, quoique, dérangé par les va-et-vient impétueux d’une bourvonne, le professeur Maupas fût quelque peu cardilophe. Ce brave homme, issu d’une famille d’experts (il avait une sœur psychiatre et un demi-frère halgorologue), était, de toute évidence, taraudé par quelques souvenirs impromptus et indésirables : le matin même, il avait omis de jacavarer avant de quitter le foyer conjugal, non sans quelques gargodontes suscités par son étourderie légendaire. Bref, le patient avait bien de la chance d’être inconscient, car il se fût, sinon, légitimement affolé.
 
« Grégory, les ciseaux 16/18 » ordicta-t-il à son assistant. Il s’irrita en voyant que cet olibrius viliesque, qui avait dû avoir ses diplômes dans une pochette-surprise, ou une année de grèves estudiantines, lui tendait une sorte de phalancodre.
 
Plus tard, tandis qu’en salle de réveil l’opéré revenait à lui, le professeur Maupas se rendait au Petit Patrimoine, où il savait ne pas trouver ce gorsoir de novembre qu’il avait tant aimé. En manquant glisser dans une ploud, il repensa à un giclement inopportun qui  s’était produit lors de l’opération ; même ce grand expert au cœur bien accroché ne put réprimer un frisson.

mercredi, 21 novembre 2007

Araucaria à la dérive

Aucun des quatre billets publiés le 21 novembre 2006 n'a reçu de commentaire : il y a des jours où même les quarterons n'attirent pas les foules.

Ce matin, dans l'ouvrage d'entraînement à la version et au commentaire de traduction de Sébastien Salbayre et Nathalie Vincent-Arnaud, j'ai lu un texte dElizabeth Jane Howard, extrait de son roman Confusion (que je ne connaissais pas) et où se trouvait l'expression monkey puzzle, que je ne connaissais pas non plus et qui désigne, semble-t-il, l'araucaria.

Le soleil a fini par se lever, le feignant des bureaux d'obsèques. (Cette apodose ferait, pour Bruno Schulz, un bon titre. Jean Dubuffet me souffle que c'est l'essentiel, quoique je sache désormais que je dois me méfier de ses dires, et plus encore de ses pinceaux ou de son fil à tailler le polystyrène.)

Dans The Drift Latitudes, le fils de Rachel saute sur une mine. (C. n'a pas aimé la troisième partie ; je me tâte.)

 

......... où Villandry signe blanc .........

 

mardi, 20 novembre 2007

L'ail me voyeur

             Sur Citronvertcâble (euh, pardon... Limewire), on me propose d' "ouvrir un torrent".

I'd rather open a stream, really...

samedi, 17 novembre 2007

J'disions point que j'avoir raison, mais...

Ce matin, sur France Info, une représentante associative :

L'image des procédures d'adoption ont été entachées d'opacité.

 

Oh, que j'aime ce verbe au pluriel, doublé d'une formule si cuistre qu'elle ne veut plus rien dire... On prend deux termes soutenus bien ronflants (entaché et opacité), on les met ensemble, et ça... ne veut rien dire !

mercredi, 17 octobre 2007

Coterie...?

Si vous voulez pleurer un bon coup et/ou corriger les centaines de fautes d'orthographe, de syntaxe et de français d'une nouvelle primée par la Coterie poétique du Chinonais (?), c'est ici.

Ah, c'est bien, tout de même, de "valoriser" les illettrés.

 

mardi, 09 octobre 2007

Chouettes pépées

On en apprend tous les jours, et de très utiles. Ainsi, ce matin, browsing the OED [traduction à l'attention de Tinou, Didier et Denis : en parcourant l'Oxford English Dictionary], j'apprends que le mot grouse, dont je connaissais le sens comme substantif (tétras ou coq de bruyère (oui, Didier : The Famous Grouse, le célèbre tétras-lyre), existe aussi comme en adjectif, et désignait, en argot australien des années 40-50 (mais non, Aurélie, je ne publierai pas les photos compromettantes de toi en compagnie des Wallabies), toute chose superlativement remarquable.

On pourrait donner, comme équivalents également dépassés, sensass', formid'  ou tip-top (de mémoire : "Chère Reine de Ventadour veut que tout soit tip-top", cf Belle du Seigneur, le nanard d'Albert Cohen).

Voici à présent deux des exemples d'usage que donne l'OED :

1944 L. Glassop We were Rats I. i. 5 You know them two grouse sheilas we've got the meet on with tomorrer night?

1947 D.M. Davin Gorse blooms Pale 200 An Iti bint, a real grouse brush she was, with bonzer black eyes.

 

Si je puis comprendre la première phrase, et même en risquer une traduction, je suis assez perplexe au sujet de la seconde. (Ajoutons que j'ignore totalement qui sont ou furent Glassop et Davin, probables très locales gloires australiennes.)

Pour la première phrase, voici ce que je propose : Tu sais, ces deux chouettes pépées qu'on doit se coltiner d'main soir ?

Pour la seconde, après vérification des autres termes problématiques, je suggère : Une Ritale, mais si, une vraie nana sensass', avec de super yeux noirs.

Il s'agit d'approximations, car un traducteur consciencieux vérifierait dans un dictionnaire d'argot français les termes les plus pertinents pour la période concernée ; en l'occurrence, je ne suis pas certain qu'on ait beaucoup dit pépée et sensass' en 1944 et 1947, que l'on eût - ou non - les mains comme des raquettes...

Transposée à notre époque, la seconde phrase donnerait des résultats voisins de "une super giga meuf [une meuf trop top canon ?], avec des yeux noirs de la mort". (Je sais, de la mort sonne terriblement nineties. (On ne va pas s'en sortir.))

Pour ce qui est de Iti, que je n'ai pas hésité à traduire par "Ritale" dans le contexte des années 40, il pose vraiment problème : emploie-t-on encore ce genre de terme pour désigner les gens de nationalité ou d'origine italienne ? je pense que le politiquement correct (ou la plus grande intégration de la composante italienne dans la société française) a triomphé de ce genre de formules...

samedi, 06 octobre 2007

Back in 1717

I'm heading to town to buy the boys a round of root beer to celebrate the moliminous occasion. the more moliminous portion of my love goes to Takei for his spectacular coming-out as a 68 year old homosexual a couple years back. The Earl dug coal-mines, and constructed "a moliminous rampier for a harbour." A moliminous measure of diuturnity shall be spent ! There are moliminous ramifications in the political system. The Facinorous, Moliminous, Nefandous, Numanorous Adler Roty was a "sorcerer of Tund" who performed at the CoCo District Theater. Peter, I feel your pain in your moliminous weaving of words.

... large, sprawling cursory sentences of lumination on these black moliminous rectangles towering above all the tiny traffic, tiny cars and tinier lives ...

The unanimous and moliminous Supreme Court decision in 1954 has been and remains significant in the nation’s life. Between Oliver and Penn turn in such moliminous performances, this film is worth seeing. Nothing remains of the vanished race of Massassi that once lived on Yavin 4, save for their moliminous edifices. Grasping the moliminous nature of God is impossible this side of eternity.

vendredi, 05 octobre 2007

" thinkative "

The knowledge of Observation, doth not introduce an understanding into the essential thingliness of a thing, but erecteth only a thinkative knowledge. *

(John CHANDLER. Van Helmont's Oriatrick. 1662.)

 

* Le savoir que l'on tire de l'Observation ne permet pas de connaître l'objectalité d'un objet (la Réité d'une chose ?) ; il se contente d'instaurer un savoir cogitatif.

 

(Thinkative : hapax &, en fin de compte, barbarisme. Le traduire par n'importe quel terme relativement répandu en français ancien ou contemporain serait une erreur. Alors, comment ?)

 

 

------------------- Edit de 18 h 10 : read this. ----------------------

mercredi, 19 septembre 2007

En maintien... en sursis ?

Quoiqu'il m'arrive, de temps à autre, de me réveiller tôt, ou de souffrir d'insomnie partielle, je trouve que, là, 3 h 15, c'est un petit peu tôt, tout de même. Le rhume seul ne saurait l'expliquer, je pense.

Hier soir, lors de la rencontre entre les parents et la maîtresse de cours préparatoire, j'ai eu l'occasion de constater que la maîtrise du jargon IUFM allait, une fois encore, de pair avec une belle ignorance de la langue française, et singulièrement de sa syntaxe : en effet, si la collègue, une jeune trentenaire ou à peu près, ne manque pas d'évoquer la "prise d'indices" ou la "prise d'hypothèses", elle assène aussi quelques "ça leur change de l'école maternelle" qui, naguère, suffisaient à vous barrer la route du bac.

Par ailleurs, il est faux de croire que l'ère du politically correct soit révolue, terrassée par le ridicule : ainsi, nous avons appris que les deux fillettes qui, pour parler à l'ancienne, redoublent leur CP, sont "en maintien". Parents, si votre enfant a redoublé les trois classes du lycée (ce que nous appelions, à Dax, le bac hourquette (à cause de la hourquette d'Ancizan (ouh la la...))), dites plutôt qu'il a "fait plusieurs fois preuve de maintien".

jeudi, 16 août 2007

Dans les parages (aux environs)

Ah... Didier, qui calembourise autour du patronyme de Pagé. (Lors de ma première visite du Prieuré Saint-Cosme, en 1994, il se trouvait, dans le réfectoire, une belle exposition de Norbert Pagé. Celui qui expose aux Bons-Enfants se prénomme François. Norbert, lui, avait plusieurs toiles aux murs de la Rôtisserie tourangelle, institution gastronomique de la rue du Commerce qui a fini par fermer ses portes, à notre grand dam et gris dol, en février dernier.)

Pour comprendre le calembour, j'ai dû m'y reprendre à deux fois, car dire le page pour le lit n'a rien, pour moi, de spontané. (Plumard ou pieu, oui. Plume ou pageot, non, ou alors par référence à Céline.)

De là, rêverie sur les équivoques possibles qui naissent ou naîtraient des termes homographes : un page (de cour), une page, un page (où se pieuter). Irruption d'un titre (de Jean-Pierre Richard, crois-je) : Pages Paysages. Souvenir d'avoir été envoûté par l'un des intertitres des Champs magnétiques, à quinze ans : "Le Pagure dit". J'ignorais le mot pagure et n'avais même pas pris la peine de vérifier dans le dictionnaire.

De là, malheureusement, à cause de ce pagure, j'en viens à repenser à la petite bafouille de Laure Adler, ce matin sur France Info, oui, à ce chef-d'oeuvre d'ineptie et d'inculture, et je préfère cesser là ce billet, si je veux rester serein.

mardi, 17 juillet 2007

Chambrays and shoats

Près de la cabane où le paysan tient enfermés ses chiens courants pousse un saule, que je contemple, de loin, dans l’arôme des belles-de-nuit. Je me suis photographié hier, avec le livre de Kharitonov pour me cacher le visage. Peu après, j’ai commencé la lecture des Grapes of Wrath, avec l’exemplaire parfois annoté par mon père, qui m’a dit avoir alors été lycéen. Le petit volume de poche, dont le papier n’a pas mal vieilli, doit donc dater du début des années 60. J’en ai lu dans les 70 pages avant d’éteindre la lampe, hier soir. Tom Joad ramasse une tortue qui sait ce qu’elle veut, puis il se cache dans la solitude des champs de coton ; son grand-père boutonne sa braguette de travers, et la flamme est lancée. En anglo-américain, il semble que l’adjectif chambray désigne une sorte de tissu, par déformation du toponyme français (et nordique) Cambrai. Aucun rapport, donc, avec Chambray-lès-Tours. Un pourceau, ici, cela se dit shoat, ou shote, ou shott – terme que je n’avais jamais rencontré.

 

--------------------

Sans rapport --- Aurélie reçue au CAPES et Simon reçu à Sciences Po' Bordeaux. "2721 cuites, ça s'arrose", comme dirait Hubert-Félix.

jeudi, 05 juillet 2007

Pas vide impavide

Le matin du 4, dans un poème d'Amy Clampitt (dont j'ai fini par me procurer les Collected Poems), cet adjectif que je n'avais jamais rencontré, me semble-t-il mais que, latin aidant, je n'ai pas eu de mal à comprendre : perfervid. Le soir du 4, dans le chapitre VII ou VIII de la deuxième partie de The Return of the Native, ce même adjectif. Pour ce genre de coïncidences qui n'en sont pas, aussi, j'aime la littérature. J'aime aussi la manière fragmentée et curieuse dont je me suis rappelé, ce matin, entre deux eaux, le camping de Millau, avec les trois bassins de sa piscine. (C'était à l'été 1981.)

samedi, 19 mai 2007

Travlochon

Fuligineuse, facétieuse, me demande quelle différence je fais entre traversin et polochon. Or, je n'en fais pas : j'ai juste fait état, à un moment où je n'avais pas de dictionnaire sous la main, d'une impression. Selon cette impression, le polochon serait plus massif et cylindrique, le traversin plutôt du style extra-plat.

Je ne sais si cette différence sémantique est attestée, mais il est vrai, en revanche, qu'il y a, grosso modo, deux types d'oreiller long : l'une sorte est très plate (et alors, je suis incapable de dormir) ; l'autre est plus cylindrique, massive, rembourrée, et, dans ce cas, je peux dormir, aussi bien qu'avec mon habituel oreiller double.

Vérification faite dans le Robert culturel, il semble que cette différence sémantique ne corresponde nullement, en effet, à la différence des signifiants traversin et polochon (de huit lettres chacun, car tout lit est un échiquier). La définition que Rey et ses équipiers donnent de traversin est la suivante : long coussin de chevet, en général cylindrique (à la différence de l'oreiller), qui tient toute la largeur du lit. L'entrée du dictionnaire ajoute alors : Fam. Polochon.

Ainsi, Didier Goux avait bien raison : la différence est de niveau de langue. Il n'en demeure pas moins que le "en général" de la définition marque bel et bien une différence entre deux types de "long coussins de chevet", et qu'il faudrait deux signifiants différents pour ces deux genres de traversin.

Le problème est toujours là, dans les mots : on n'en sort pas. En cherchant à s'en sortir, on s'enfonce, comme sous les avalanches. Ainsi, ici, l'oreiller appelle l'oreillard, et avec lui le rhinolophe. D'autre part, la consultation du dictionnaire m'apprend qu'en astrologie une planète traversière est un astre néfaste : je suis persuadé qu'un astrologue aurait de nombreuses suggestions à proposer au sujet des conflits astraux et dérives désastreuses de la vie sentimentale de Renaud Camus telle qu'ils apparaissent dans le Journal de Travers. (Mais faut pas compter sur moi pour ces âneries.)

Par contiguïté, on dégotte aussi d'autres pépites :

Le Colisée est bâti presque en entier de blocs de travertin, assez vilaine pierre remplie de trous comme le tuf, et d'un blanc tirant sur le jaune. (Stendhal. Promenades dans Rome. 18 août 1827.)

 

Aussi, à la faveur de ses nombreuses rencontres avec un Aragon décrit comme vieillissant, sourd comme un pot, confus dans sa mythomanie, Renaud Camus relit Les Cloches de Bâle, alors qu'il n'a, a priori, guère de goût pour les romans (ni les poèmes, d'ailleurs) du grand L.A.. Or, le titre qui sert de repoussoir absolu, lorsque Renaud Camus veut évoquer les romans d'Aragon (qu'il compare aux Thibault (!!!)), ce sont Les Beaux Quartiers (que j'ai lu, pour ma part, en 1996, et qui, sans être mon préféré, est très bien (et la préface en est tout à fait géniale)), roman justement cité par le Robert culturel non loin de l'entrée TRAVERSIN : "Eugène soufflait, l'air hébété, bafouilleur, avec la gueule un peu de traviole."

Dans le Robert culturel, l'entrée TRAVERS est précédée par l'entrée TRAVELO. (Voir remarque de Renaud Camus sur le côté tue-l'amour et même achricuratif des travestis, in Journal de Travers, circa p. 1485. (Vais pas vérifier non plus, hein... (Mais si, je le ferai.)))

mercredi, 16 mai 2007

Benoît Hamon II

Décidément, ce Benoît Hamon est une riche découverte. Voici un florilège (non exhaustif, je le crains) de son incapacité absolue à s'exprimer dans un français correct. Un tel florilège pourrait servir à enseigner les rudiments de la grammaire française à tout locuteur étranger désireux de s'exprimer mieux qu'un député européen socialiste :

  1. Eviter le galimatias : "N'empêche que ce qui est frappant, c'est de voir à quel point les courants sont fragiles sur le socle politique et culturel qu'ils sont censés représenter." ("La divergence de l'éléphanteau", in T.O.C., n° 24, novembre 2006)
  2. Eviter d'être incohérent quand on parle de confusion : "Toute alliance avec le centre, donc avec la droite, aujourd'hui, supposerait un minimum d'accord programmatique, qui, plutôt que de favoriser la clarté de notre projet, ajouterait à la confusion." (Entretien accordé au Parisien le 10 mai 2007)
  3. Ne pas changer de sujet en cours de phrase : "Le Premier secrétaire va devoir prendre ses responsabilités et rebondir tous ensemble, collectivement." (Entretien accordé à 20 minutes le 7 mai 2007)
  4. Eviter le triple génitif (surtout avec accumulation d'épithètes) : "J’ai l’honneur de faire partie des cibles de la dernière saillie argumentaire de la lettre de Rénover Maintenant." (Lettre ouverte aux amis que je conserve à Rénover Maintenant.)
  5. Connaître les temps et les modes : "Que ça plaise ou non, et même si je n’aurai pas prédit qu’elle fût celle là, j’ai choisi la cohérence avec notre histoire depuis cinq ans." (ibid.)
  6. Ne pas confondre les points et les virgules : "S’il faut à vos yeux, que je sois de ces archaïques qu’il faut débusquer et combattre. Et bien soit, je relève le gant." (ibid.)

 

Rétrospectivement, il nous ferait presque regretter les barbarismes et les solécismes de Ségolène Royal !

Journées dionysiennes, [15] : il y a deux semaines déjà

Minuit.

 

J’écoute Iphigenia in Brooklyn de Peter Schickele, qui ne parvient pas à me faire hurler de rire ni au génie comme mon ami Éric, de qui je tiens cet enregistrement du double album The Wurst of P.D.Q. Bach et qui s’était montré très enthousiaste. Lisant toujours L’Arrière-pays, je me suis rendu compte que le livre de souvenirs de Bonnefoy, Rue Traversière (que je n’ai pas lu mais, comme le dit Pierre Bayard, ça n’empêche pas d’en parler), fait référence à une rue de Tours, medium_Journees_dionysiennes_1er_mai_2007_053.jpgcertes jolie mais plus célèbre de nos jours pour abriter, sur ses trottoirs, les quelques prostituées du centre. Ainsi, la phrase « C’est un grand adepte de la rue Traversière » pourrait avoir deux interprétations divergentes (mais non incompatibles bien sûr) : a) cet homme est très féru de l’œuvre d’Yves Bonnefoy ;   b) ce type passe son temps aux putes. On peut imaginer d’autres significations, plus controuvées : c) c’est un flûtiste qui enseigne au Conservatoire (car le conservatoire se trouve non loin de là) ;   d) il fait toujours réparer sa voiture au garage du coin de la rue. Etc. *

Blague à part, je trouve aussi dans L’Arrière-pays cette phrase qui pourrait servir d’exergue aux Kleptomanies überurbaines (dont le titre, je l’avoue, est d’inspiration plus thiéfainienne) : « Cessant d’imaginer le surcroît de l’être dans l’intensité de ses apparences, ne faut-il pas exiger, ici presque, dans quelque rue latérale, la plus sordide même, une arrière-cour dans le charbon, une porte : et tout, au-delà du seuil, montagnes et chants d’oiseaux, et la mer, ressuscités, souriants ? » (pp. 18-9).

Il est temps que j’éteigne cet ordinateur ; sinon, je ne vais jamais dormir.

 

 

* Ajout du 16 mai 2007, 10 h 10 : bien entendu, aucune de ces propositions n'est incompatible avec les autres, et un Joyce tourangeau pourrait fort bien écrire un épais pavé sur les 24 heures de l'existence d'un flûtiste amateur de Bonnefoy qui va aux putes pendant qu'il fait réparer sa voiture au garage du coin de la rue Traversière. (Réflexion faite, ça ressemble plus à du Roussel. (Pas Albert, Raymond.))

samedi, 12 mai 2007

Michon mi-Chinon

Quand on a publié, le même jour, quatre billets dans son carnet de toile, et quand on s'aperçoit, le soir venu, de retour du Chinonais, que seul le dernier a attiré les commentateurs, on hésite évidemment entre quatre raisons pour expliquer cet état de fait :

  1. les lecteurs ne lisent que la dernière note publiée (et ce d'autant mieux quand elle est brève)
  2. les chats albinos sont un sujet plus intéressant que l'émasculation à l'aide d'un tesson de Samos, les fanes des carottes ou les déambulations dionysiennes vieilles de dix jours
  3. les lecteurs les plus récents préfèrent réagir au dernier commentaire qu'à une note
  4. la police Palatino Linotype est plus attrayante que celle-ci ou que T.N.R.

 

Tiens, pour changer de mes récriminations...: C. compte lire des textes de Pierre Michon. Quelqu'un aurait-il des conseils avisés ?

mercredi, 25 avril 2007

Dires ignorés

Je mets en lien l'enregistrement sous format .doc d'un article du Monde daté de demain et intitulé "Sud-Ouest diffuse des propos off de M. Bayrou". Il s'agit d'un texte très édifiant d'un point de vue politique, bien entendu, mais qui me permet aussi d'entonner une de mes bonnes vieilles antiennes sur la déliquescence de la grammaire française dans la presse dite "de qualité".

En effet, vous noterez, vers la fin de l'article, la phrase suivante : Il a dit ignoré ce que les deux hommes s'étaient dit. Outre la répétition assez maladroite du participe passé dit, on observe une belle faute à trois points (comme dirait Michael Jordan) : la forme correcte, bien sûr, c'est "il a dit ignorer". En cas d'inculture grammaticale, il suffit pourtant, pour s'assurer contre le péril, d'avoir recours à un verbe du deuxième ou du troisième groupe : "Il a dit finir son travail vers trois heures." "Le journaliste de l'AFP a dit mettre un grand soin à ses articles." Etc.

Itinéraire d’un enfant bâté

« Du bout du pied, je chassais la neige qui s’épaississait quand, tout à coup, je dus cracher. Ce fut mon premier crachement de sang. Sur la neige blanche un large rond rouge rappelait le drapeau japonais. »

Dazaï Osamu. La déchéance d’un homme. Traduction de Georges Renondeau (1962). Paris : Gallimard, « Connaissance de l’Orient », 1998, p. 160

 

 

medium_17_avril_2007_012.jpgCe n’est pourtant pas le modèle de l’âne : on a suivi le fil de ce texte bouleversant en ralentissant un peu chaque jour, en s’arrêtant sur chaque péripétie, en savourant l’amertume. Texte magnifique, grand récit qui à chaque ligne soulève des lézards. Il y a une semaine, je le commençais, attablé au Trio. Hier soir, je le terminai, à la triple bougie de la table de chevet.

 

La déchéance d’un homme est pareil à ces pierres écrites que pose l’œuvre poétique de Bonnefoy : inscriptions dans le dur, promesses au goût âcre face au vent. Qu’il évoque ses « portraits du bouffon » (perdus et forcément géniaux) ou qu’il se voie soudainement en crapaud, au détour d’une parenthèse (p. 124), le narrateur de La déchéance d’un homme prétend à la clairvoyance mais n’est pas lucide, puisqu’il change tout le temps d’avis tout en démontrant son « exceptionnelle capacité à s’enfoncer » (pour citer Vila-Matas (ça faisait longtemps)).

Le mal de lucidité, pour le nommer de manière ambiguë, c’est aussi la vision juste, celle de photographies froides mais tendres, que devait aimer Dazaï Osamu : l’auteur de la Préface et de l’Épilogue, qui, selon la fiction, s’est vu remettre les carnets du fou avant de les retranscrire, insiste sur les trois photographies qu’il reste du narrateur principal, et il le fait avec une concision, une puissance de suggestion effarante.

Il y a aussi l’un des motifs récurrents de l’œuvre de Dazaï, à forte teneur biographique mais toujours vu sous un angle différent, par d’autres facettes encore : le double suicide manqué. Le narrateur incite sa compagne du moment à se noyer avec lui, et elle seule meurt (« Moi seul fut sauvé », comme l’écrit le traducteur, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit d’une faute de français ou de libertés prises délibérément, en japonais, avec la grammaire (dans le style Je est un autre)). L’eau ici, précipite et dénoue : « nous nous précipitâmes » ; « Tsune-ko dénoua sa ceinture, la plia et la posa sur un rocher » (p. 88) Ce triple battement part de travers, et c’est l’aventure de la mort en goguette. Drapeau ou pas, une tache de sang craché se laisse emporter dans le tourbillon : l’eau précipite et dénoue.

lundi, 12 mars 2007

Journalese (again & again)

Ils s'y sont mis à trois (Le Monde, l'AFP et l'agence Reuters) pour faire, dans un titre de dépêche, une faute "à trois points" (comme les paniers).

Ségolène Royal estime que les "éléphants" ne l'ont pas assez soutenu. [sic]

 

Nouveau scoop, les amis : Ségolène Royal est un homme !

dimanche, 04 mars 2007

Journalese, ill-at-ease

Dans Sud-Ouest de ce jour, Catherine Debray écrit, à propos des parrainages : « l’ex-ministre Corinne Lepage, targuée de 503 soutiens ». En français, on peut se targuer de quelque chose (autrement dit : s’en vanter). Ainsi, si on peut être crédité d’une action, ou d’un score, on ne peut nullement en être targué.

 

Le verbe est exclusivement pronominal, comme le confirment les cinq sources que j’ai consultées pour vérification (Robert, Littré, Lachâtre, Grévisse & Landais). Ce dernier – le Dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français de Napoléon Landais (troisième édition, 1836, tome II) – nous apprend, à la page 636, l’origine possible de ce verbe : « Se targuer signifiait autrefois, selon Borel, se couvrir le corps de ses bras, en se mettant les poignets sur les flancs […], la TARGE étant une sorte de bouclier dont on se servait autrefois ». La targe a elle-même donné la targette, qui existe encore, et peut-être faut-il voir dans cette famille oubliée l’explication d’un faux-ami courant (target, en anglais, c’est la cible).

 

Bref, et pour en revenir à nos moutons, Catherine Debray, dont le métier consiste en bonne part à manier la langue française, a le droit de s’y mettre…

samedi, 03 mars 2007

Frasques de fresque

Je ne sais plus à quand remonte le brouillon de billet ci-après, car il est en carafe depuis des semaines. Un mois et demi, peut-être ? Je comptais donner, à ce quatrain, quelques frères, mais il est préférable de poser d'ores et déjà les jalons. De plus, c'est l'occasion rêvée d'annoncer (avec une semaine de retard) la parution d'un ouvrage en collaboration avec Tinou, qui a très bien fait le service de presse sur son blog ! Merci à elle d'avoir accordé sa confiance à mes mirlitoneries.

 

Vous souriez, mais ce n'est rien.

Vos lèvres déjà vous échappent ;

Le sourcil baissé patricien

Ploie sur la peau comme une chape.

 

dimanche, 24 décembre 2006

Pynchattemites

Lectures au fauteuil... Je ne connaissais pas le substantif catamite.

Honte à moi, peut-être. Page 154 d'Against the Day, l'énorme roman récemment paru de Thomas Pynchon : "But inwardly, deep inside, "he remained the catamite of Hell, the punk at the disposal of all the denizens thereof, the bitch in men's clothing."

Après une rapide recherche, je découvre que ce terme se traduirait assez bien par giton. Je pense toutefois ne l'avoir jamais rencontré auparavant. D'après la WP anglophone, il viendrait de l'étrusque catmite, qui serait lui-même une déformation du nom grec Ganymède. (Ah, il serait tentant, tout de même, de traduire par "le ganymède des Enfers", avec un g minuscule.)

Les chercheurs spécialisés dans l'histoire de l'homosexualité et de ses perceptions pourront s'informer aussi auprès de Rictor Norton, qui cite un bref article publié dans le Post-Angel (!) en 1701. Pour ma part, je m'interroge sur l'éventuelle parenté entre le latin catamitus et le français chattemite. Pure coïncidence, à en croire le Robert culturel, qui réduit ce substantif (également adjectif ("des manières chattemites")) à la composition par juxtaposition de chatte et de mite, nom ancien du chat.

(Aussi... c'est le terme qu'emploie Brendan Rau, dans sa traduction récente de la 61ème Elégie de Catulle, comme équivalent de concubinus. (L'immarcescible (quoiqu'il doive être mort depuis lurette) Maurice Rat choisit "favori", qui me paraît faible. Non, vraiment, il faut préférer giton.) D'après l'irréprochable Concordance des Oeuvres de Shakespeare, ce mot n'apparaît jamais dans les pièces ni les poèmes du Barde. En revanche, on trouve, à l'acte IV du Sejanus de Ben Jonson, un très beau distique qui se clôt par catamite :

He is, with all his craft, become the ward

To his own vassal, a stale catamite

 

Un giton rassis ? Je vous en donnerai, du quignon, de la flûte...

Dans un ordre d'idées légèrement différent, ce terme se retrouve, assez logiquement, dans maintes traductions de textes fondateurs des Pères de l'Eglise (ouh la, triple génitif, faudrait éviter ça...), comme dans la version que donne C.L. Cornish du De Utilitate Credendi de Saint Augustin. Aussi faudrait-il préciser que Saint Augustin employait lui-même catamitus : "Nonne cernis, ut Catamitum Bucolicorum, cui pastor durus effluxit, conentur homines interpretari, et Alexim puerum, in quem Plato etiam carmen amatorium fecisse dicitur, nescio quid magnum significare, sed imperitorum iudicium fugere affirment; cum sine ullo sacrilegio poeta uberrimus videri possit libidinosas cantiunculas edidisse?".

Bien. Assez de vaine érudition.)

Dans tout cela, je me suis éloigné de Thomas Pynchon, dont le volumineux roman toujours m'attend, sur le fauteuil.

jeudi, 14 décembre 2006

Nez en l'air

Avant d'être grillé sur le fil du rasoir, je préfère signaler ici que j'ai proposé, lors d'un cours (shame on me!), de traduire néanmoins par noselessly, ce qui, avouez-le, change des habituels nevertheless, nonetheless et autres however.

lundi, 11 décembre 2006

Téléfilmie et diachronie

Quand je l'ai vue sortir de chez Sartre, j'ai pété les plombs.

 

Non, au début des années soixante, on ne disait pas "péter les plombs".

(.................... entre autres centaines de détails inexacts et débiles.....................)

dimanche, 10 décembre 2006

Bétail de Truyes

medium_Truyes_9_decembre_2006_053.jpg

 

Voici les moutons (sept d'un coup ! s'exclame le vaillant petit tailleur) qui paissent de l'autre côté du muret du cimetière.

Il est assez facile d'ainsi aligner les notes. (Il est plutôt fastidieux, s'insurgent les vaillants petits lecteurs, d'avoir à se les envoyer.) Bien, je vais faire un effort : les billets suivants proposeront des interprétations sémiotiques inouïes des vitraux de l'église Saint-Martin (toujours à Truyes).

mercredi, 06 décembre 2006

Modeste contribution au dictionnaire des néologismes d'origine pijjulienne

Liminaire : Il est vivement recommandé de lire l'article de Simon avant de jeter les yeux sur ce qui suit.

 

BOURVONNE, n.c. - Petit insecte bruyant dont l'on peut atténuer les agissements sataniques à grandes lampées de whisky. 

CARDILOPHE, adj. - Se dit d'un chirurgien qui se recoiffe pendant une opération à coeur ouvert. 

GARGODONTE, n.c. - Borborygme provoqué par l'ingestion imprévue de solution avant brossage.

GORSOIR, n.c. - Menu particulièrement appétissant et fort peu onéreux, mais "qui n'est pas servi aujourd'hui".

HALGOROLOGIE, n.c. - Etude des gourous hagetmautiens. Syn.: reboutisme.

JACAVARER, v.int. - Arroser les jacarandas.

ORDICTER, v.t. - Dicter une phrase au mode impératif.

PHALANCODRE, n.c. - Sorte de dé en fer peu résistant dont se servent les couturières infortunées pour être sûres de se piquer les doigts.

PLOUD, n.f. - Flaque d'eau huileuse. (Attention. Contrairement à ce que pensent d'aucuns, ploud est bien féminin.) 

VILIESQUE, adj. - Vil et simiesque.

Poupon la Peste...?

Hier, lors d'un cours de traduction journalistique de première année, il y avait, dans un texte intitulé "Why Are Oil Prices So High?" (que l'on peut retrouver reproduit ici, dans un forum), l'expression "big boys", employée dans un sens métaphorique pour parler des grandes compagnies pétrolières. Nous avons peiné à trouver une traduction, car toutes les propositions allaient soit dans le sens de la démétaphorisation (magnats du pétrole) ou de la transposition de métaphore (géants, déjà employé à plusieurs reprises dans la traduction), ou encore (et c'est là le plus intéressant) vers des tournures archaïques (grosses légumes, huiles) ou prêtant à contresens en raison de leur emploi dans des contextes mafieux (gros bras, gros bonnets, caïds, gros poissons). J'avais aussi envisagé cadors, trop familier (et, de plus, est-ce là l'orthographe de ce mot qui ne s'emploie qu'à l'oral?).

mercredi, 29 novembre 2006

La libération pourrie de la langue française

Comme je ne cesse de constater le succès grandissant des petits coups de badine que j'assène, bien chichiteusement d'ailleurs, à tel ou tel journaliste, j'ai décidé de vous proposer, aujourd'hui, une perle syntaxique dont l'auteur n'est autre que Florence Lafuma, une des journalistes de Libération qui sera peut-être licenciée (ou qui, en tout cas, le mériterait si le respect de la langue française était encore un critère de sélection des journalistes). Voici ce qu'elle a écrit dans un article publié ce jour et intitulé "Le marché pourri de la viande russe" :

Selon le chef du Kremlin, ce n'est pas la viande polonaise en elle-même le problème.

 

Et moi j'en avoir bien parler français que parce ma c'est maternelle langue, car j'écris au fil de la plume en ne revenant pas sur ma phrase une fois posé le point final. Il suffisait pourtant de remplacer le ce initial, rendu inutile, par le groupe nominal le problème, et le tour était joué :

Selon le chef du Kremlin, le problème n'est pas la viande polonaise en elle-même.

 

(Pour ne pas toujours paraître négatif, ni donner l'image d'un vilain rabat-joie soupe-au-lait, je signale toutefois, dans cette même édition du quotidien racheté, un article très juste et, m'a-t-il semblé, dénué de toute infraction à la langue française : "Ushaïa fait rimer profit avec écologie".)

dimanche, 26 novembre 2006

"A right kerfuffle"

It's gonna be a right kerfuffle est l'expression favorite de Lou, l'ami d'Andy, dans la série comique Little Britain. (À ce leitmotiv répond la dyade récurrente d'Andy, Wan' that one / Don't wan' it! ). M'interrogeant sur l'origine du substantif kerfuffle, que je n'avais rencontré que deux fois auparavant, je me trouve encore à lire, assidûment et passionnément, le site de Michael Quinion.

jeudi, 23 novembre 2006

Familier, soutenu

Histoire de ne pas me farcir que les journalistes sportifs, voici une petite remarque sur un emploi abusif du style familier dans un article très sérieux cosigné par Le Monde et l'AFP, et publié ce jour dans le "grand [?] quotidien national du soir" :

Le gouvernement, qui a beaucoup à perdre en cas d'échec de la fusion, a également mis la pression sur le groupe gazier.

 

Mettre la pression, c'est une expression familière, plutôt récente, et réservée à la langue parlée. Exemple : "Ouah, je suis véner, elle m'a trop mis la pression." (Remarquez comme l'ajout de l'adverbe trop, qui est assurément le vocable des années 1990-2000, renforce le côté réaliste de l'exemple...) En français courant, on dit exercer des pressions sur, ou encore (dans le contexte de la phrase citée) se montrer vigilant, user de son autorité, etc.

(Par ailleurs, il est à signaler qu'une énigme n'a toujours pas trouvé de réponse.)

 

En écoute : "Refusez la pression" (Massilia Sound System).

mercredi, 22 novembre 2006

We spik French very goudofsky

C'est facile de taper sur les journalistes sportifs, alors que ce sont tous les journalistes qui maltraitent la langue française. Mais enfin... Voici ce que peut écrire quelqu'un comme Sylvain Labbé :

"Cette fois, avec Cannavaro, John Carew avait a priori fort affaire."

 

Je passe sur la ponctuation, qui nécessiterait l'ajout de virgules pour encadrer la locution adverbiale latine a priori, pour aborder illico la graphie proposée par notre ami : fort affaire. Que M. Labbé ne sache pas que l'on écrit "avoir fort à faire", ce n'est pas pendable ; mais qu'il ignore, en revanche, que le nom commun affaire est féminin, cela est plus étonnant. S'il avait écrit "forte affaire", c'était une faute d'usage, qui est d'autant moins grave que, dans certains cas voisins, les deux interprétations sont autorisées, en fonction de la construction (avoir affaire à / avoir à faire). Mais, en écrivant fort affaire, M. Labbé commet une faute de grammaire majeure, du même ordre que : "Le poule est dans la cabanon."

mardi, 21 novembre 2006

Borée souffle d'autres borborygmes

Pas moribond ! Non ! D'un bond, Melchior (en plein dans la fleur de l'âge) pointe du doigt vers les premiers borborygmes. Un bonobo lui coupe la parole (enclin au vagabondage). Non ! Pas moribond !

Un dieu presque vieux

Une peau de pomme

Etc.

 

Avec le mythe des rois mages, on pleure un bon coup. Les marges sont reines, c'est sûr, that's what Marge said (but The Handmaid's Tale is not selling too well, quoth her publisher). En tout cas, ça y va, ça y va dans les borborygmes !

(Je crève la dalle, oui !)

Prochain & lointain virage : le moment choisi par Borée pour se lancer à l'assaut des zéphyrs. Il neige sur les Alpes. C'est tout ce qu'ils trouvent à dire ??? (Bah, cherchez pas à comprendre...)

jeudi, 16 novembre 2006

Je vends la mèche (de Saint-Antoine)

Olivier Delagarde s'emmêla mardi les pinceaux avec la conjugaison, pourtant facile, du verbe rapetisser, du premier groupe. Mais j'aime bien Olivier Delagarde, humour & finesse dans un monde d'abrutis (France Info).

De proche en proche, je me laisse aller, amour des mots aidant. Alors :

" Elle enviait les petites mains de Charles, son teint, la fraîcheur et la délicatesse de ses traits. Enfin, si toutefois cette image peut résumer les impressions que le jeune élégant produisit sur une ignorante fille sans cesse occupée à rapetasser des bas, à ravauder la garde-robe de son père, et dont la vie s'était écoulée sous ces crasseux lambris sans voir dans cette rue silencieuse plus d'un passant par heure, la vue de son cousin fit sourdre en son coeur les émotions de fine volupté que causent à un jeune homme les fantastiques figures de femmes dessinées par Westall dans les Keepsake anglais et gravées par les Finden d'un burin si habile qu'on a peur, en soufflant sur le vélin, de faire envoler ces apparitions célestes Charles tira de sa poche un mouchoir brodé par la grande dame qui voyageait en Ecosse. " (Eugénie Grandet)

 

medium_Loches_11_novembre_2006_069.jpg

Se sentant friable, fragile, cependant, amoindri dans son autorité, le professeur se redresse, et je me fais très bien à ce Japon mignard [...] je me rapetisse et je me manière (Pierre Loti. Madame Chrysanthème. Cité dans Le Robert culturel, tome 3, p. 2367**). Il est aussi question, dans le Journal de Gide, de "rapetasser un manuscrit". (De quoi approfondir quelques développements en critique génétique. Ratage de rien, pace Pierre Bayard.)

Enfin, ça se tasse, ou encore un carnétoile ça se tisse. Viens ici que je te ravaude...!

 

Illustration : Statue d'Alfred de Vigny*, Loches.

* Mais pourquoi diantre Vigny ?

** Cette référence directe au Dictionnaire culturel en langue française nous ramène treize mois en arrière, mais aussi au projet, avorté, des Mots sans lacune. Par ailleurs, j'ai trouvé sur le blog d'un certain Pierre Elzière (en cherchant une citation voltairienne que signale, sans la donner, ce maudit merveilleux Robert culturel***) la phrase suivante, très ironique, car l'auteur, lui-même médecin généraliste, y critique la vision simpliste qu'ont les journalistes de l'exercice hippocratique en notre sombre période : "le médecin généraliste [...] fait dans l’empirique mais dispendieux rapetassage**** des petits maux".

*** this wonderful dictionary of mine / that dictionary of theirs (Il n'y a pas de mal à tracasser ses étudiants. (Coucou!))

**** Il y a aussi, qui nous entraînerait du côté de Joseph Delteil, l'article de Marie-Françoise LEMONNIER-DELPY, « La Deltheillerie, vannerie, mameillage et rapetassage », in Genèses du “je”. Manuscrits et autobiographie. (Paris : CNRS Éditions, 2000, pp. 79-89).

(Tout cela ne répond pas à la question : Pourquoi diantre Vigny ?)

jeudi, 26 octobre 2006

Réac, moi ?

Bon, je suis peut-être réactionnaire... Sur la question de la langue, je pense soutenir un point de vue suffisamment complexe pour ne pas être aussi unanimement qualifié de réactionnaire, mais enfin, il est plus simple de trouver une terminologie prête à l'emploi, n'est-ce pas. Il m'a traversé l'esprit de répondre par une formule à l'emporte-pièce (du style : "quand on réagit, c'est qu'on a un cerveau"), mais cela n'avancerait guère le débat, riche par ailleurs.

Si je dois continuer à porter le masque du pourfendeur des travers linguistiques contemporains, je pourrais bien signaler ici une autre faute de grammaire qui, de la langue orale, se transporte de plus en plus fréquemment, ces temps-ci, dans la langue écrite, et bien évidemment sous la plume des journalistes sportifs.

Je cite :

Après une semaine difficile marquée par deux défaites contre Liverpool (0-1) et à Sochaux (2-1), les Girondins ont été chercher leur qualification à Auxerre grâce à un but de Darcheville en milieu de première mi-temps. (rubrique Sports du site Orange.fr)

 

Il va de soi que la tournure grammaticalement correcte est : "Les Girondins sont allés chercher leur qualification." (Je préfère ne rien dire de cette tournure, chercher une qualification, qui n'est pas bien terrible non plus, mais qui, au moins, n'est pas fautive.)

Ironisant sur cette faute (et sur ses pourfendeurs, 1 partout la balle au centre), Pierre Desproges, icône bo-bo par excellence, je suppose, écrivait naguère :

On ne dit pas : "Je suis hétérosexuel et je suis allé aux Seychelles." On doit dire : "Je suis pédé. Je suis été à Marnes-la-quiquette."

 

Il poursuivait d'ailleurs en ajoutant qu'on ne doit pas dire "je suis hétérosexuel" mais "je suis allé-r-au-sexuel".

mercredi, 25 octobre 2006

Du gnac !

Petit moment d'insurrection méridionale :

 

On entend de plus en plus fréquemment, ces temps-ci, journalistes et journaleux, mais aussi gens ordinaires, dire "avoir la gnac", ce qui s'écrit parfois (suprême idiotie) "la gniake". J'aimerais rappeler ici à ces incultes mais surtout aux habitants des régions où l'oïl a, depuis le Moyen-Âge, régné en maître*, que ce terme de gnac (ou, en occitan, nhac), provient de la langue d'oc, plus précisément du gascon, et qu'il est masculin. Par ailleurs, il s'emploie toujours précédé de du : du gnac, comme du nerf.

La plupart des occurrences, sur la Toile, sont dues à des journalistes sportifs, ou à des sportifs (qui en font d'autres, cela est bien connu). Mais M. André Santini, dignitaire de l'UDF, a également commis cette boulette dans un discours de 2002.

 

Que l'occitan ait été colonisé par la langue d'oïl (au point que nombreux sont ceux qui oublient que, si l'histoire avait connu un tour différent, le français que nous parlons aujourd'hui serait dérivé de l'oc et des troubadours, et nullement des dialectes d'oïl...) est une chose ; emprunter un terme occitan en le vidant de sa forme (et donc de son sens) en est une autre... 

 

* C'est, bien entendu, le cas de la Touraine, dont les natifs sont persuadés parler le français "le plus pur", alors qu'on y entend, en aussi grand nombre qu'ailleurs, des variantes régionales tout à fait fautives.

samedi, 14 octobre 2006

Grammar sounds to me

medium_Sounds_to_me.JPG 

Les bricoleurs du dimanche qui massacrent les oreilles, le thé Selimbong à portée de papilles, la vie sauvage dans les rêves suaves... tout ça, c'est le samedi. Si vous avez entendu l'insupportable Olivia Ruiz dans une échoppe, vous avez pourtant savouré l'instant, car il s'agissait de l'étoffe colorée du temps qui passe, et le jazz jamais ne vous ôtera votre chère mélancolie.

medium_Does_not_know.JPG

lundi, 18 septembre 2006

Quelques quatrains barcelonais...

... sur des images de Tinou ...

 

Rongé par la folie qui songe

À la façade tel Argus,

L'esprit se débride la longe

En Barcelone aux vifs aigus.

 

****

 

Ne se croirait-on au théâtre

Où irait arlequinement

Se découvrir, le teint albâtre,

Un Don Quichotte de roman ?

 

***

 

Aubergiste, approche la lampe

Que je puisse m'émerveiller,

Sous les barreaux de cette rampe,

Du bleu globuleux écaillé.

 

**

 

Gaudi reconnaissable entre mille

Comme l'illustre Gaudissart

De Honoré et non d'Emile

(Où manque une rime en -issart...)

 

*

 

Qu'aux panneaux vides alignés

Comme la grille d'un poème

L'horizon vous ait assignés,

Vous, mes yeux, voilà ce que j'aime.

 

 

... un jour, j'irai à Barcelone. (Partie remise depuis 2000.)

samedi, 02 septembre 2006

Volontaires ???

Parmi les clichés ou phrases toutes faites mais irréfléchies que colportent les journalistes, m'agace beaucoup l'expression "faucheurs volontaires d'OGM".

En effet, je doute que faucher un hectare de maïs (ou d'autre chose) puisse se faire par inadvertance. Et même, pour avoir essayé une seule fois dans ma vie de manier une faucheuse, je doute que faucher quoi que ce soit puisse être qualifié d'involontaire. Aussi faucheur volontaire est-il un pléonasme. 

vendredi, 30 juin 2006

Termes obligés, II

Suite au jeu des Termes obligés, je pense que les expressions "à toute banane" et "raser avec une biscotte" devraient prochainement envahir la Toile. En effet, Dominique de Champignac et Madame de Véhesse ont déjà versé leur obole et apporté leur pierre à l'édifice en cours de construction.

jeudi, 29 juin 2006

On n'arrête pas le regrès, II

Ayant reçu hier soir un coup de fil d'une dame qui a refusé de se présenter (alors qu'elle n'était pas du tout gênée de me téléphoner à mon domicile pour me parler de mon blog...!), j'ai relu le billet que j'avais écrit dans une autre vie et où j'évoquais, brièvement et surtout de manière très allusive, le terme de regrès. J'avais alors vérifié dans le Robert culturel, mais m'en tenant à la date d'apparition du mot d'après ce noble dictionnaire (1907), je n'avais pas même pris la peine de vérifier dans le Littré, puisque le Littré, même dans ses rééditions exhaustives ou abrégées, est le dictionnaire de référence pour la langue du 19ème siècle.

Or, comme mon interlocutrice anonyme d'hier soir m'apprend qu'elle a trouvé le terme de regrès dans l'Abrégé du Littré 2006, je vérifie dans mon Littré en six volumes, et trouve ceci :

REGRÈS, s.m. 1° Terme de jurisprudence bénéficiale. Droit de rentrer dans un bénéfice résigné ou permuté, quand le résignataire n'observe pas les conditions stipulées. // 2° Anciennement, faculté de revenir sur la vente de charges, d'offices, de judicature, en signifiat dans les vingt-quatre heures la révocation de la résignation qu'on en avait faite.

 

Dans tous les cas, ce n'est pas dans ce sens-là que mon collègue Marc Chemali l'entendait ; dans son esprit, oui, et dans son article, le regrès était le "fait de revenir en arrière", ou, filant l'homophonie avec regret, le "fait de vouloir revenir en arrière".

lundi, 30 janvier 2006

Os à ronger

De nombreux malheurs s'abattent sur moi : je n'ai pas le Robert culturel sous la main, et je brûlais d'écrire un billet sur l'adjectif osanore, découvert hier grâce à Livy.

L'épuisant désir de ces choses...

De l’art balistique des canapultes

Samedi, 17 h 30.

Mon fils, lorsqu’il joue avec son château fort (modèle réduit), persiste à dire canapulte, même lorsque nous le reprenons gentiment ; cela nous amuse, mais je pense que, dans son esprit, le mot “catapulte” n’a pas de sens étymologique identifiable, d’où cet apparentement probable à une série de mots mieux connus (canne à pêche, canard, que sais-je…)

De même, l’autre jour, il disait faire des trèfles au lieu de faire des tresses. Cela me passionne, car c’est justement sur ce genre de matériau verbal que Leiris a fondé les quatre volumes de La Règle du jeu, et Biély son Kotik Letaïev, un des livres qui m’ont le plus impressionné.

……………

En écoute : « Muhu » (Ernst Reijseger). Album Green Dolphy Suite, par le Double Trio (Enja Records, 1995)

samedi, 28 janvier 2006

Eric Meunié 1 : Eric Meunié

J’ai commencé ma lecture (je ne suis pas très prolixe en ce moment : seulement cinq livres en même temps) de Poésie complète, que viennent de publier les éditions Exils.


Ce n’est pas très bien écrit, mais le principe est saisissant.


Ainsi, comment traduire, en anglais ou en n’importe quelle autre langue, la première phrase du fragment 528 :

« Si je continue de cette façon, je vais me briser en deux irrémédiablement (avec diable au beau milieu). » (p. 24)

 

 Eric Meunié. Poésie complète. Paris : Exils, 2006.

dimanche, 22 janvier 2006

Prénoms féminins originaux

Si vous désirez baptiser votre fille d'un prénom simple, peu commun, et facile à porter, l'ère carolingienne offre de surprenants trésors, en particulier si l'on regarde du côté des neuf épouses de Charlemagne : Himiltrude, Hermengarde, Hildegarde, Fastgarde, Liutgarde, Madelgarde, Gerswinde, Regina, et Adelinde.

 

mercredi, 18 janvier 2006

Comment j’ai écrit “Ready steady”

17 janvier.

Hier, décidant d’écrire un poème (que je voulais court, de deux quatrains à peine) avec des rimes en –go, je pris une feuille de papier qui traînait par là, tandis que mon fils faisait la classe à ses petits, et commençai à griffonner les premiers vers. Il devenait difficile de trouver des rimes en –go, tout en respectant l’orthographe GO. Parallèlement, il devenait difficile de tenir la cohérence du sens. Le poème n’est, d’ailleurs, qu’une réussite très partielle, et le récit en est bien alambiqué.

J’ai ensuite consulté l’excellentissime (et je mâche mes mots) Dictionnaire de rimes d’Armel Louis (Le Robert : 1997), pour découvrir que, bien évidemment, plusieurs mots m’eussent été d’un grand secours, comme Togo, bingo, embargo ou cargo. Bah ! ce sera matière à d’autres fariboles !

J’ai aussi découvert, dans les textes cités par le génial Armel Louis (en plus, mon exemplaire est dédicacé, grâce à ma sœur), plusieurs vers de circonstance dans lesquels de grands poètes se sont pris de passion (ou de fantaisie passagère) pour cette rime. Il y a cette « Réponse à Germain » de Mallarmé, dont je n’ai aucun souvenir, et un long poème ultra-farfelu d’Apollinaire, intitulé « À toutes les Dingotes et à tous les Dingos », et que je suis certain de n’avoir jamais lu. Voilà une rime, le mot dingo, que je me suis interdit lors de l’écriture de Ready steady, convaincu que ce ne serait qu’une plate référence à Disney, ou me compliquer la tâche en déplaçant la scène de Chicago en Australie… alors que j’aurais pu prétendre, après coup, avoir voulu rendre hommage à l’autre Guillaume (pour le coup).

Il existe aussi un sonnet paillard de Saint-Amant, tout à fait délicieux. Lui, pourtant, n’use que de rimes en –got… et pour cause…

M’est-il permis d’ajouter, oubli (ou choix cruel) d’Armel Louis, les trois premiers vers de l’un des sizains de Lèche-cocu, sur le dernier album qu’enregistra Brassens de son vivant… :

Si l’homme était un peu bigot,

Lui qui sentait fort le fagot,

Criblait le ciel de patenôtres.

lundi, 16 janvier 2006

Solde, au masculin depuis 1784

Oui, le substantif solde, au sens d’“action de solder”, comme son pluriel, au sens de “marchandises vendues légalement à un prix inférieur”, est masculin, mais depuis 1784 seulement ; auparavant, il était féminin, et, comme il est apparu dans notre langue en 1675, les plus contre-révolutionnaires d’entre nous peuvent toujours prétendre qu’ils sont plus royalistes que le roi en employant le féminin (alors qu’ils font une faute, bien sûr).

 

De la bathmologie, encore et toujours…

samedi, 14 janvier 2006

Arétin dans toute sa bouffissure ?

"Ah ! il aurait fallu nous montrer, dans toute la beauté de sa honte, dans toute sa bouffissure sanglée de velours blanc, glorieux et obscène, pourri de débauches et de talent, commodément installé dans le mépris pour insulter, donnant le premier exemple d'une de ces situations d'infamie qui s'affermissent en durant parce que la boue durcit, bravant et bavant, polygraphe et pornographe, ruffian de tableaux et courtier de filles, cet Arétin si complet que les plus parfaits gredins de notre tout dernier bateau suivent encore le sillage de sa gondole : car il ne leur a rien laissé à trouver, ni la goujaterie historiée, ni les grâces stercoraires; car il a tout inventé, depuis le système de faire crier ses articles dans la rue avec des titres sensationnels jusqu'à celui de toucher aux fonds secrets, depuis l'art de faire resservir les vieilles chroniques en les démarquant jusqu'à celui de ne jamais applaudir un homme que sur les joues d'un autre ! "  (Edmond Rostand. Discours de réception à l'Académie Française, le 4 juin 1903)

 

Bouffissures

Sans doute le mot bouffissure ne se donne-t-il pas, de prime abord, sous son aspect froidement lexicologique, et n’entend-on pas nécessairement, la première fois, l’adjectif bouffi sous la meringue ou la crème chantilly cotonneuse de ces trois syllabes lourdes. C’est un mot lourd et doux, complexe, où s’entendent les biffures (sans la housse protectrice, pourtant, des petits traits rageurs ou appliqués du palimpseste), les fissures, mais aussi le jeu verbal des bouts-de-ficelle. Imaginez quelques instants combien la face du monde francophone en eût été changée si, d’aventure, la série la plus célèbre s’était composée comme suit : marabout, bouffissure, surimi, mikado, dominion, mignonnet, onéreux, etc.

 

Quand le sens, malgré nos résistances, finit par l’emporter, la bouffissure rime avec la farcissure – si ce n’est que l’une s’emploie plutôt au sens figuré, pour parler de l’arrogance d’un sot (ou de la fatuité d’un vaniteux), alors que le second, plus concret, donne à voir de délicieux festins, de lourdes et langoureuses successions de plats somptueux en un banquet interminable. Qu’elle se rapporte au physique ou au moral, voire au comportement social, la bouffissure engage alors un bras de fer amical avec la boursouflure. Mais elle a, sur sa camarade, l’avantage considérable de ne point trop s’imposer, de fuir, d’échapper au sens, et même à la charpente de la voix – ni bourse ni soufflerie ni enflure pour moi, je vous prie ; je me contente d’allusions discrètes, au ratage, à la surcharge, à la faille… et au précipice.

Au jeu de la transposition néologénique, le synonyme exact de bouffissure est tuladissure. Rares sont ceux à employer cette variante précieuse et un rien désuète.

……………………………………………………..

 

Enfin, il ne serait point séant à l’emphase de ce billet de ne le farcir d’au moins une citation, curieusement physique d’ailleurs, et où peut se lire, à mes amis qui aiment la science-fiction, un hommage :

 

« Obèse et blême, il vacillait sur ses jambes enflées. Ses yeux disparaissaient dans les bouffissures de son visage et il était plus qu'à moitié chauve. Elle ne le reconnut pas. Un client parmi d'autres, et pas plus répugnant que beaucoup d'autres. D'ailleurs, ce n'étaient pas les plus hideux qui lui faisaient le plus peur… » (Michel Jeury. « Les Vierges de Borajuna ». In Horizons fantastiques. N° 30, 1974.)

 

 

jeudi, 12 janvier 2006

À corps écrit

Il y a, ces derniers temps, une raréfaction des textes, en ce carnétoile, au profit des seules images. Heureusement, la fréquentation accrue de nouveaux lecteurs apparemment survoltés ou inspirés compense cela, car vos commentaires, à tous, enrichissent ces pages de mots, de réflexions, de remarques, de formules souvent bien trouvées, judicieuses, et qui y mettent du baume.

Je lisais hier la fin du chapitre « Alphabet » dans Biffures (Michel Leiris toujours !), et remarquais comment mon rapport aux mots est à la fois très proche et totalement distinct de celui du grand maître. Serais-je maniaque sans la rédemption du mysticisme ?

L’influence de mes lectures entrefiliennes * sur mes pensées et mes raisonnements commence à devenir inquiétante, et je me dis qu’il faudrait que je restreigne le temps quotidien consacré à ces carnets : en effet, tel passage me semblait mériter d’être cité ici dans telle perspective – tel autre, relatif au triangle, instrument de musique dont il est rarement question en littérature, me rappelait une note publiée par Simon à ce même propos naguère.

Pour ce qui est du temps englouti par mes arachnéens titubements sur la grande toile électronique, cela est, depuis une semaine, plutôt préoccupant. (Ecrivant ces mots, je suis plus encore absorbé.) Je dois constituer – je pense – une sorte d’emploi du temps de mes tâches, me tenir à l’une, rébarbative et comptable, que je diffère depuis trop longtemps, avant de reprendre plus avant et plus massivement l’écriture ici – puis partager harmonieusement mon temps entre mes activités professionnelles, au ralenti ce semestre, mon grand projet à achever avant l’été (la traduction du dernier roman de Nuruddin Farah (le contrat est signé)), et ces carnets. Pour la traduction, j’établirai un emploi du temps qui commencera au lundi 23 janvier. D’ici là, je dois encore rencontrer moult étudiants pour divers problèmes, régler des questions d’emploi du temps (l’enfer recommence), assurer une permanence au Salon d’Information des Lycéens de Rochepinard le vendredi 20, etc.

Autant dire qu’il vous faudra, quelque temps, vous contenter surtout de photographies, notamment les chenonciennes, dont je n’ai pas fait le tour.

* néologisme stupide pour ne pas dire « sur Internet ».

 

Touraine nerveuse...?

Des lycéens âgés de moins de vingt ans ont employé avant-hier un mot d'argot que ma compagne ne comprenait pas et qu'elle n'a pas retenu : "le père, c'est celui qui utilise le -----". Comme elle leur expliquait qu'elle ne comprenait même pas à quoi ils faisaient allusion, ils lui ont rétorqué qu'elle était sans doute une enfant sage.

Il s'est avéré, à la dissipation du malentendu, qu'ils parlaient de martinet. Ni elle ni moi ne parvenons à croire que des enfants aient pu subir, dans les années 1990, des coups de martinet. Cela paraît inconcevable. La Touraine est-elle plus arriérée qu'elle ne semble ?

J'attends, affolé, vos témoignages.

mercredi, 11 janvier 2006

Pierres blanches

Nous approchons dangereusement de la millième note publiée. Comme mon fils a aujourd'hui quatre ans et demi (vous rappelez-vous combien les demi-années revêtaient d'importance à l'école primaire?), et comme une émission de radio va aujourd'hui assurer ma renommée mondiale et ma fortune, cela fait beaucoup de solennités et de pierres blanches d'un coup.

Que faire ? Décider de publier si peu de notes, ce mercredi, que la millième n'apparaîtra qu'ultérieurement ? M'en soucier comme d'une guigne, d'une nèfle, voire d'une figue, et tracer mon chemin en essayant d'échapper aux savants calculs qui seraient source de writer's block et autres faridondaines ? Publier, à ce millième grain de sable, un poème à tout casser, une photographie du tonnerre de Dieu, un pamphlet à faire oublier les récentes empoignades ?

Je suis indécis. Pour la troisième solution, c'est râpé, je crois bien : si ce que j'ai publié jusqu'ici est médiocre, ce n'est malheureusement pas délibéré. Aucun espoir de faire mieux. Pour la deuxième solution, il faudrait que je renonce à mes manies arithmétiques pour ne serait-ce qu'un 3600ème d'heure, ce qui est impensable. La première ne fait que repousser l'échéance.

Et si je confiais l'écriture de la millième note (et de la neuf-cent quatre-vingt-dix neuvième, tant qu'on y est (je sais que je me plante dans les tirets)) à quelqu'un d'autre ? Voilà, c'est ça, la bonne idée.

Je lance donc un concours de pierres blanches. Faites-moi parvenir, d'ici ce soir, huit heures, le cachet de la Poste faisant froid dans le dos, une note, brève ou longue, parodique ou non, etc., afin que je choisisse les deux meilleures et les publie en conséquence. L'adresse est ici.

 

*************

 

Ceci réglé, je n'ai pas terminé mes salades.

Je voulais revenir sur le médaillon, publié hier, de Galba. Voulant vérifier que le mot galbe en français provenait bien du latin galbus, je m'en suis assuré dans le Robert culturel (Simon, ça va...?), puis ai dû faire face à l'énigme suivante, après avoir consulté le Gaffiot : l'adjectif galbus, a, um ne signifie pas "gras", mais "vert pâle" ; associé au substantif nux, il désigne une espèce de noix (galbae nuces chez Pline l'Ancien).

A l'entrée GALBA, Gaffiot signale que c'était bien le surnom des Sulpicius, et notamment de l'empereur Galba, à qui Suétone a consacré l'une de ses Vies des douze César. Le substantif féminin galba, ae semble s'expliquer, d'après Suétone, par l'emprunt à un mot gaulois signifiant le gras de la viande. J'enrage d'avoir laissé chez mes parents (cet abandon ne m'ayant pas, jusqu'ici causé beaucoup de remords) mon exemplaire des Vies, où j'aurais pu vérifier le texte exact.

Sur la Toile, je n'ai trouvé que le texte latin, du chapitre III en particulier, mais ma pratique du latin a beaucoup décliné depuis mes années khâgneuses. Il me semble comprendre que Suétone est indécis sur l'origine du surnom (Qui prius Sulpiciorum cognomen Galbae tulit ambigitur : on ne sait qui a porté le premier le surnom de Galba... (traductions sous réserves, corectifs attendus et bienvenus)).

La première hypothèse fait référence au siège d'une ville espagnole, emporté grâce à des torches enflammées avec du galbanus [???] (inlitis galbano facibus ). La seconde hypothèse est médicinale et fait allusion à des remèdes enrobés de lainages (remediis lana inuolutis) (ça ne donne pas envie de retourner dans le passé). La troisième, enfin, fait allusion au mot gaulois, pour lequel Suétone hésite entre deux traductions opposées : très gras (praepinguis) et maigre (exilis).

Bon, bref, c'est le bazar, cette histoire...

Ce serait maintenant le moment idéal d'insérer un joli petit récit pornographique pour les plus méritants de mes lecteurs. (C'était une hypothèse de mon professeur de français en khâgne : les scènes sexuelles dans les romans de Claude Simon seraient une sorte de récompense, voire, pour les moins insomniaques des lecteurs, une forme de réveil.)

Mais non.

(Sans blague, vous n'êtes pas arrivés jusque là ???)

dimanche, 08 janvier 2006

Quel vieux vilain temps gris

Quel vieux vilain temps gris, disait l'une de mes arrière-grand-mères - morte en 1986, quand j'avais douze ans -  pour l'une de ces journées où les nuages volent bas, et ne volent même pas du tout, restent immobiles, où il pleuviote ou pleut sans discontinuer, où la pluie tombe fade et morne sur les tuiles, les rues, les passants, les herbages, les forêts, devant les yeux.

Réjouissons-nous toutefois ; les nappes phréatiques ont bien besoin de cette pluie, puisque les réserves d'eau sont plus basses encore que l'an dernier à la même époque. Or, on sait de quelle sécheresse nous sortons.

Réjouissons-nous ; c'est l'heure. Une belle expression comme celle que, pluvieuse, m'administra mon arrière-grand-mère, et que nous sommes plusieurs, dans la famille, à faire vivre, avec son allitération, ses trois adjectifs, est propre à réjouir l'esprit et éveiller le souvenir... peut-être sur la route qui mène à Chenonceaux, par La Ville aux Dames et Dierre, ou au retour, par Civray, Amboise et Montlouis.

 

jeudi, 05 janvier 2006

Food for thought

Moins l'on a de culture, plus on l'étale...

(Cette note commence avec un aphorisme, et s'achèvera sur un proverbe, doublé d'une maxime.)

 

Consultant le Robert culturel, puis le parcourant, je tombe sur l'encart qui, dans le tome III,  la page 1542, aborde la polysémie, en français, du substantif pensée, fleur et notion abstraite, et la fascination de nombreux auteurs pour cette amphibologie (là, je ne cite pas l'encart, mais j'étale ma culture). Or, les trois auteurs de l'encart en question citent une fort intéressante citation d'August Strindberg, extraite d'un texte écrit originalement en français, Inferno. Je m'étonne de voir cette citation introduite comme suit : "Cependant, un grand écrivain norvégien fait état de la connivence de la fleur, non avec la pensée, mais avec le visage humain."

En raison de ma grande confiance en ce merveilleux dictionnaire, le doute  - ainsi que l'on dit à la SNCF -  m'étreint un instant. Après vérification dans la partie "noms propres" du Petit Larousse 2000, je m'assure que Strindberg était bel et bien suédois. Le plus inquiétant dans cette erreur, c'est que Strindberg n'est pas seulement un grand écrivain : il s'agit, de fait, du premier écrivain à avoir placé la Suède et la langue suédoise sur la carte du monde littéraire. Que les auteurs d'un si monumental Dictionnaire culturel (et la notice, écrite par C.T., a été reprise par G.F. et A.R., nous précise-t-on (A.R. n'étant nul autre que le responsable de la publication, le très médiatique Alain Rey)) puissent, sans sourciller, se tromper sur la nationalité de l'un des plus grands écrivains européens de ces 150 dernières années, c'est inquiétant !  Pourtant, je me dois de dire que ce dictionnaire en quatre volumes, dont j'ai déjà dû parler en octobre, est une mine de renseignements et de développements généralement irréprochables ; c'est la première erreur vraiment gênante que je rencontre.

 

Qui aime bien châtie bien. (C'est le proverbe.)

L'auteur de ce carnétoile, toutefois, a une fâcheuse tendance à ne raconter ici que ce qui lui déplaît. (C'est la maxime.)

mercredi, 04 janvier 2006

Double coup double

Je cherche une citation précise de Hervé Guibert, dans L'Image fantôme, et je tombe sur celle-ci, plus belle encore :

Mon désir va vers les personnages qui entrent intrusément dans le cadre familial. ("Photo animée", p. 50)

 

Je le parcours. Le pré reverdit de son encre noire, encore. Il faudrait citer chaque phrase de ce livre. Voilà, enfin, celle que je promis de recopier dans ce carnet de toile :

Les photos que je trouve bonnes, moi, sont toujours les photos loupées, floues ou mal cadrées, prises par des enfants, et qui rejoignent ainsi, malgré elles, le code vicié d'une esthétique photographique décalée du réel. ("Inventaire du carton à photos", p. 40)

 

Voilà une citation, qui, outre réparer un oubli, devrait contribuer à un débat.

lundi, 02 janvier 2006

L’essoufflante soif de ces poèmes

31 d.

Qui es-tu, Valentin Conrart ?

Dans la noire encyclopédie, aux pages de crème et d’argent, ta face noble se cristallise. Tu fus, au dix-septième siècle, l’auteur d’Epîtres et de Psaumes, que je meurs de lire, et le premier secrétaire perpétuel de l’Académie française, semble-t-il.

…………

 

Le cobalt déteint sur la bure.

Le blason de Chinon est de brèches, ornées de trois castels à trois donjons d’or, accompagnés de trois fleurons de même messe agencés.

La Marelle de Cortazar n’est pas le labyrinthe de Touraine.

Bonnes résolutions

31 décembre. 10 h 45.

Comme nous avons composé hier soir, dans le salon, après avoir fini de regarder In the mood for love, une liste pour que C. n’oublie rien des différents objets, cadeaux, vêtements oubliés à Hagetmau et qu’elle est allé chercher aujourd’hui, je pourrais amorcer dès ce dernier jour de 2005 une liste – même pas traditionnelle, car c’est un rituel auquel je ne sacrifie guère, d’ordinaire – de bonnes résolutions, sinon pour ma vie (qui est perdue, je crois bien), du moins pour ce carnet de toile qui navigue gentiment – même avec les journées de reflux, de maigreur ou de vacance qu’il vient de connaître – vers ses sept mois d’existence. Je pense que cette note, comme la précédente écrite, ne sera publiée que dans deux jours, une fois de retour à Tours, ce qui ne rend pas si intempestive que cela la rédaction d’une telle liste.

................

Il fau(drai)t donc que :

1) je reprenne les chroniques de disques, car c’est un exercice salutaire, difficile ; d’autre part, quand je parle de musique, j’obtiens plus de retour par les commentaires que pour n’importe laquelle de mes autres rubriques (hormis, peut-être, les fameusement infâmes autoportraits)

2) je me relance dans la réflexion amorcée l’été dernier autour de la question Qu’est-ce qu’un beau vers ?

3) j’écrive de brefs textes sur les sites ligériens qui me tiennent à cœur

4) je recense, au moins une fois par semaine, un des livres qui m’ont influencé au cours de ces (cinq à dix à quinze) dernières années, en particulier dans la perspective d’un prosélytisme africaniste dont je me suis, à ce jour, gardé

5) la série des Célébrations improbables prenne un nouveau tournant, un tant soit peu plus infernal, et où s’abolisse le sens, même calendaire

Eden, dernière

31 décembre. 10 h 30.

C’est le dernier jour de l’année. Bruit fou de l’aspirateur, serpent de bois désarticulé qui chasse les trains miniatures. Un globe illuminé mutile les yeux de l’histoire. Aveuglé, je contemple les saisons qui passent, avec le camion-citerne en panne sur la route enneigée, verglacée. Rumeur du monde et des saisons, mousse des frimas oubliés. Que signifie la fin d’une année, hormis la pure convention, et le glacis vénérable des souvenirs amassés près de Pau, à l’aéroport ? Et le nombre 31, premier et synonyme, dernièrement, de l’âge qui s’avance, sans compter les syllabes du tanka, la forme noble et hiératique du gabay, le sonnet en son extension tertiaire, comment se fier à lui, si ce n’est pour célébrer le premier janvier, ou tout premier du mois qui se présente, comme à cette invraisemblable comédie du temps cosmétique, décoratif, empesé, empressé, qui file vers la mort avec l’amas des adjectifs, égrenés sur la pelouse avec leurs signes de ponctuation, leurs accents, leurs indécentes farandoles – une pelouse qui gèle, avec ses mots ossifiés qui marinent dans l’intervalle, à la folie du nombre ?

En écoute : « Why does my heart feel so bad? » (Moby. Play. 1999)

vendredi, 23 décembre 2005

Un colchique s’unit à ma voix

Jeudi 22 décembre, 13 h 30.

 

Il y a quelques jours, écoutant la radio, j’ai appris que le mot colchique était masculin. Mon fils, quelques jours auparavant encore, m’avait appris les derniers vers de la chanson Colchiques dans les prés, qu’il venait d’apprendre, au début du mois de décembre, assez intempestivement donc :

Et ce chant dans mon cœur

Appelle le bonheur

 

Colchique, donc, est masculin. Mais la Colchide, elle, à l’inverse du faisan qui en est originaire, nous sert-elle encore à nous guider, entre Hagetmau et Uzein ? Le brouillard, épais comme du coton, avant la nuit noire de poix, il faudra le fendre avec la voiture de M.-J., que nous allons raccompagner, avec sa fille, à l’aéroport de Pau-Pyrénées. La brume, ce matin, ne s’est pas levée ; le givre n’a pas quitté les branches des chênes ; le gel est resté accroché aux branches mortes du saule. « Il nous faut de l’abstrait et du métaphysique. »  C’est masculin, vraiment, colchique ?

 

……… ... ... ...

Autrement dit, à bas débit, tu n’as rien d’aryen. Tu as froncé, Français, tes sourcils bruns. L’Anglaise est en glaise et le manteau du Belge, beige. A quoi bon poursuivre, si colchique est du masculin ?

Cela m’alerte. Ou, allègrement, je me souviens d’un déjeuner, un jour froid, au Petit Mesclun, place de Châteauneuf ; ce restaurant, dont plusieurs collègues ou amis m’avaient vanté les mérites, nous nous y retrouvâmes, avec C., un jeudi dirais-je, puisque je me rendais ensuite à l’une des séances de l’atelier de traduction d’André Markowicz, rue Rapin. Le plat principal, ce furent des ribbetjes. Le dessert, qu’en sais-je ? Déjeuner honnête, sans plus. Patron visiblement alcoolique, et patronne singulièrement cordiale (cordialement singulière). Ce jour-là, encore, j’ignorais que colchique était de genre masculin. (C. aussi.) Quelle mesclagne, mes aïeux ! (J’en frémis de maints trémolos… Circonflexes d’avant, servez-moi de rempart !)

 

………

On n’en dit jamais trop, paraît-il, dans ces villages des vallées où les paysans abandonnés, solitaires, prétendument taiseux mais en fait bavards comme des pies, regardent fondre les caractères poisseux du journal régional. Passent les bondrées, la tristesse s’installe. Passent les pouillots, ravalons nos larmes.

Laurent Tailhade (j’ai déjà déclaré ma préférence pour Stuart Merrill) écrivait, dans Les noces de Messidor : « les sveltes colchiques déroulent frileusement leurs pétales de gaze mauve ». Le choix de l’adjectif invariable, hein Laurent, n’est-ce point commode ?

Colette (n’ai-je point dit qu’elle ne m’était rien, près de Virginia ou Nathalie ?), dans un texte complètement inconnu de moi, L’étoile Vesper, qualifie « le colchique d’automne » de « vénéneuse veilleuse ». Dans un livre qui semble tirer son nom de l’étoile du berger, Venus, cette allusion au venin n’est-elle point délibérée ?

Le grand Robert vert en six tomes (dont j’ai déjà dû dire tout le bien que j’en pensais, dans une note d’août ou de juillet) signale certains noms populaires ou alternatifs du colchique : flamme nue, narcisse d’automne, safran bâtard, tue-chien, veilleuse, veillotte. Colette s’est donc contentée de réemployer un nom régional ou plus ancien et de lui adjoindre une allitération. Ces noms – loin de la chanson populaire et si jolie que mon fils a rappelé à mon souvenir – appellent aussi le souvenir de l’une des plus énigmatiques de Gérard Manset :

On dit que Jeanne est revenue

Lancer au ciel sa flamme nue

 

Je pourrais improviser un monostiche tout aussi énigmatique :

Narcisse tue son chien de son safran bâtard.

 

Resterait alors à écrire, partant de ce seul vers, le poème, qui répandrait sans doute ses venins, repeindrait les champs estivaux de ses vers vertigineux, répondrait peut-être enfin à la question : pourquoi colchique est-il de genre masculin ?

jeudi, 22 décembre 2005

Je rev(o)is

« Comme une rivière barrée, tout à coup le cours de ma vie s’était arrêté et, maintenant, devant moi, seuls s’étendaient l’immense paysage désolé de la mort, l’automne infini où habitent les hommes et les arbres qui n’ont plus de sang, la pluie jaune de l’oubli. » (Julio Llamazares. La pluie jaune. Traduit par Michèle Planel. Verdier, 1990, p. 43)

………

Je revois, au ruisseau qui coulait, l’hiver, près de notre maison, ce grillage qui séparait le bois de l’enclos à moutons des voisins – et où, depuis belle lurette, il n’y a plus de moutons. Le grillage retenait les brindilles, les petites branches, les feuilles fanées et mortes de l’automne, de sorte que l’amas finissait par former un véritable barrage, juste avant le pont, masse informe et ligneuse que nous dégagions régulièrement  – à la pelle ou à la main –  pour permettre aux eaux du ruisselet de suivre leur cours. De l’automne au printemps, j’adorais marcher dans ce ruisseau, large d’un mètre tout au plus et jamais profond de plus d’un demi-mètre, remontant délicieusement son cours du grillage posé par les voisins jusqu’à la fontaine de pierre, où il surgissait de sous la terre.

Sur la carte I.G.N. la plus détaillée, il apparaît en pointillés bleus, ce qui signifie que c’est un « cours d’eau intermittent ». A la limite de la propriété de mes parents, il cesse d’être souterrain, pour aller se jeter, à quelques kilomètres de là, dans le Bassecq.

Je le revois, je revois le menu barrage de brindilles, je me revois en bottes, marchant dans le lit du ruisseau. J’en suis loin, de tout cela, pourtant.

lundi, 12 décembre 2005

Est-ce ce palmier-là ?

medium_berge_und_palmen_1914.jpg
Jawlensky. Berge und Palmen. 1914.
***

" De nouveau à la F.I.A.C., hier soir, avec Jean et Philippe. Beaucoup de choses m'avaient échappé dans la cohue de l'inauguration, et par exemple un paysage avec un palmier de Jawlensky, de 1914 semble-t-il, qui est certainement pour moi la merveille de la foire, l'objet de fantasme par excellence, comme l'Udalzowa de chez Gmurzynska, l'année dernière."
(Renaud Camus. Journal Romain (1985-1986). 11 décembre 1985)

Le village cuirassé

Comme je m'en ouvrais récemment à Simon sur le blog de Marione, les journalistes écrivent de plus en plus mal, sans connaissance réelle de la langue française ni, ce qui est plus grave, de joie du verbe. Il me semble que tout journaliste travaillant dans la presse écrite devrait avoir le plaisir des mots, des phrases bien tournées, ce qui ne nuit d'ailleurs en rien à l'objectivité ou au respect de la déontologie. Bien écrire, pour un journaliste, c'est déjà respecter, à mon sens, l'un des principes cardinaux de la déontologie journalistique. Evidemment, avec l'évolution des grands quotidiens français depuis quelques années, nous sommes loin du compte.

Je voulais seulement signaler, en page 9 de l'International Herald Tribune, aujourd'hui, un article remarquable de Frank Rich ; nous n'avons pas beaucoup de plumes de cette qualité dans nos journaux...!

samedi, 10 décembre 2005

Le Colosse et le manège

Vous qui connaissez le colosse

medium_maroussi1.jpg

Vous qui êtes au paradis

medium_cortazar_gertler.jpg

Auprès des mondes refroidis

medium_miller_dedication_38620.jpg

Souvenez-vous de nos amours

medium_00022074n.jpg

Et des portraits en ronde-bosse

samedi, 03 décembre 2005

Feeling bedtor...?

Ce lien vers un site découvert aujourd'hui, remarquablement bien fait et drôle, et où se trouvent quatre limericks que je ne connaissais pas, du genre que je préfère (: qui jouent sur les errements graphiques de l'anglais).

 

lundi, 28 novembre 2005

Où va le monde...?

A propos de M. de Villepin, dans Le Monde daté de demain : "Mais cette progression de sa popularité semble se faire au détriment du chef de l'Etat (35 % de satisfaits et 64 % de mécontents), comme si les Français avaient voulu acter le passage de témoin entre l'Elysée et Matignon." (je souligne)

L'auteur de cette phrase affreusement tournée s'appelle Christophe Jakubyszyn. Je ne le félicite pas, mais il n'est pas seul, même dans ce journal, à écrire avec les pieds.

Acter !?!!?

dimanche, 27 novembre 2005

Autres limericks ligériens

Allez donc, je vous en prie, faire un tour du côté de chez l'ami Simon, auteur déjà chevronné de limericks.

mardi, 22 novembre 2005

Robologie

La science des robots étant la robotique, la notion de robologie peut être appliquée à l'étude de Rob (mais les liens ne fonctionnent pas: blog et galerie de photos sont morts), encore que, des Robert, il y en ait des tapées...

lundi, 21 novembre 2005

Borborygmologie

La science des borborygmes est-elle une sous-discipline de la gastro-entérologie, ou plutôt un segment novateur de la phonologie (voire de la sociolinguistique)?

*****************

"En éructant quelques borborygmes dépourvus de signification mais susceptibles d'être perçus comme de l'hébreu ou du phénicien, il stupéfia son auditoire, lequel ne pigeait pas un traître mot de son discours, hormis les « Apollon ! » et les « Asclépius !" dont il l'entrelardait." (Lucien de Samosate. Alexandre ou le Faux Devin. Traduit par Joseph Longton.)

"J'ai envie de mordre mon ombre, afin de l'empêcher de s'allonger ; elle serait bien capable de s'endormir à même le sol, et ses borborygmes nocturnes donneraient de l'urticaire à la moquette." (Jean-Yves Duchemin. Tatanka)

"En 1997, Mr Bean, avec ses grimaces et ses borborygmes, a fait se gondoler dix-sept millions d'Européens." (Edgar Pansu)

"Après moult prières, le curé dégaina son goupillon et prononça quelques borborygmes en latin à la gloire de Capet. Le roitelet et sa blonde bénirent l'aïeul avec le divin goupillon et passèrent l'objet symbole de tant d'imprécations et de frayeurs populaires à d'autres mains royales qui l'abandonnèrent ensuite à des paluches roturières." (Anonyme. Une messe de requiem pour Louis XVI.)

Bonobologie

Pourquoi cela n'existerait-il pas?

medium_bonobo_de_touraine.jpg
J'étais Bonoboo
Clama le Bonoboo
dixit l'énervantissime M.

Bobologie...?

Dans une récente note, je citais une dépêche de l'AFP, dans laquelle un pompier parlait de "bobologie": ayant lu trop vite, et ne connaissant pas ce mot (honte à moi!), j'en avais conclu hâtivement, étant donné le contexte de l'article (la presse a cherché à distinguer les rixes grenobloises des émeutes des quartiers sensibles), que ce pompier-là disait avoir eu affaire à des fils à papa, des petits ou grands bourgeois... bref, des "bo-bo"... En l'occurrence, c'était plus simple: "bobologie" semble être la science médicale appliquée aux petites blessures de rien du tout... les bobos...

Ah! sacré Guillaume! un vrai shadok: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

************

PS pour Baptiste: non, il n'y a qu'un seul Guillaume Cingal. Bienvenue sur mon carnet de toile!

dimanche, 20 novembre 2005

What tits are those?

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer une petite anecdote que j'extrais de la lettre hebdomadaire de l'excellent Michael Quinion, auteur du site tout aussi excellent World Wide Words. Il y est question des logiciels de blocage des messages indésirables et de leurs (nombreux) ratés; ainsi, un certain Chris du Feu raconte comment sa lettre de diffusion spécialisée dans les questions ornithologiques fut complètement bloquée et ne parvint à aucun des destinataires parce qu'il y était question de "tits".

......

Les non-anglophones ont le droit de demander des explications, ou de chercher dans un dictionnaire. (Une alternative consiste à chercher, dans Google Images, "tits" puis "blue tits". Les résultats comparatifs sont édifiants.)

vendredi, 18 novembre 2005

Guillaume Cingal, dans le rouge fade de l'exposition Buren

medium_guillaume_cingal_rouge_buren.jpg
......................................................
J'emprunte à ma mère son appareil photo (car j'avais oublié le mien à la maison), je tends le bras (comme j'avais toujours fait), et je me risque à de subtiles discordances, les lunettes neuves cerclant mes yeux, l'écharpe de laine en légère contre-plongée (sinon mon triple menton vous jaillissait aux tripes), le flash perceptible sur le mur d'un rouge uni, j'esquisse même un sourire (anticipais-je sur les objurgations de Jacques?) puis prends la plume (quelques jours plus tard, mais qu'importe?), car écrire (m')est (plus qu')imaginer.

Catabase

medium_depot.jpg

 

La terre a frotté ses arpions contre la pierre des frelons. La pierre-à-feu, elle aussi, pleure, et je pleure dans ma demeure. Rustre, apaisé, mortel talonné par les bises, le skaï sussurre des promesses, ô carminatif louangeur. Mortel, talonné par les braises, une heure a passé sur ma tête.

Au point du jour, dans un gouffre, nous nous ensevelirons.

mercredi, 16 novembre 2005

Où je m’interroge

Entendu hier, à la radio, de la bouche d’un député UDF (de Drancy, je crois) : « On peut s’interroger sur le fait de savoir pourquoi… »

Ce qui ne pourrait sembler qu’une banale périphrase jargonnante, lourde et incorrecte (en français, on dit « on peut se demander pourquoi ») est, en fait, un non-sens : si l’on parvient encore à comprendre  – à la rigueur –  ce qu’est un fait de savoir, il est impossible de donner le moindre sens à l’expression s’interroger sur le fait de savoir.

Que l’un des représentants officiels du peuple français ne parle pas sa langue, cela ne choque guère plus personne, j’en ai peur.

jeudi, 10 novembre 2005

Insolite?

Autre léger détail: ce "couple" n'avait, malheureusement, rien d'insolite. Il était tristement banal, au contraire.

Planche à roulettes?

Pourquoi ai-je écrit cette note? Peut-être pour rappeler quelques notions de savoir-vivre, dans un monde où les codes les plus élémentaires de la politesse et de l'attention aux autres ont quasiment disparu... Oui, c'est cela... Ce faisant, j'ai aussi livré un autoportrait de moi en vieux râleur impénitent et grognon. C'est cela aussi... je l'admets et l'assume volontiers.

Je m'aperçois aussi que je n'ai pas hésité une seule seconde à employer, par trois fois, le franglais skate-board. Je ne sais pas si le très linguistiquement correct "planche à roulettes" a pris racine, ou non; au temps de mon adolescence, nous disions tous skate-board.

Pourtant, le terme de "planche à roulettes" aurait présenté un intérêt non négligeable: celui d'infantiliser un peu cet étudiant, car, franchement, cet accessoire donne une bien piètre idée de sa mâturité, et de sa motivation pour le travail. Quelle image veut-il donner de lui-même? Aucune, sans doute, et c'est bien là le problème.

Le faux Tourangeau n'a pas lu Ravelstein

Russie éternelle, ou encore grimaces.

medium_1568951272-l.jpg

Âtre où folâtrent des pigeons,

medium_ravelstein.jpg

vide, éteint, sans embrasement.

medium_ravel20159.jpg

Est-ce cette planète, ou ce roi

medium_000001244760n.jpg

lucide, en sa danse de la pluie,

sereinement conquis?

medium_belrav.jpg

Terreur, apothéose!

medium_ravelstein.2.jpg

Est-ce, de sons, une overdose?

medium_ravelstein-lg.jpg

Il paraît que je ne suis rien,

medium_8804483253.jpg

non, au chaud sous les couvertures.

mercredi, 09 novembre 2005

Eglise d'Azay

medium_eglise_d_azay.jpg
Glisse, église.
Ton fronton aux statues tues, taiseuses, merveilleuses, qui blanches s'épanchent, s'aveugle.

mardi, 01 novembre 2005

Les Trois Rois

medium_3_rois.jpg
les trois rois
traînent reines
rincent princes
***
aux princesses reste l'inceste
  [Vue prise le 1er octobre 2005.]

lundi, 31 octobre 2005

Bibliothèque portative en anglais

Pour ceux qui lisent l'anglais (et qui deviennent indûment favorisés ces derniers temps), je conseille la lecture de ce chapitre 3 de The Road to Wigan Pier, qui, outre de belles considérations minières et charbonneuses, peut suggérer la réponse à l'énigme posée plus tôt ce jour.

(Mais si, vous savez bien, dans un message publié à 12 h 55, et qui proposait de relier le texte d'un conte et le titre d'une précédente note.)

(Ce qu'on s'amuse.)

Oups, je l'ai fait encore...

Ayant dû subir, au moment du café, en cet aimable troquet où je déjeune le lundi, un pot-pourri de Britney Spears (et jamais le mot "pourri" n'eut autant de signification), je vous livre la traduction, par l'intermédiaire du traducteur automatique de Google, d'une chanson intitulée Oops I did it again :

Oops, je l'ai fait encore
J'ai joué avec votre coeur
Obtenu perdu dans le jeu
Bébé de bébé d'Oh
Oops, vous pensez que je suis dans l'amour
Que je suis envoyé d'en haut
Je ne suis pas celui innocent

(Texte original ici. (But don't you dare go and check!!!))

Tom Pouce et la Table Ronde

Si vous choisissez de lire The True History of Sir Thomas Thumb, d'une certaine Flora Annie Steel, vous découvrirez peut-être l'expression anglaise qui relie ce conte à une note publiée précédemment ce jour.

dimanche, 30 octobre 2005

I médiuscule

A lire, un bel article de William Safire.

Milquetoast

Si je connaissais bel et bien le nom mollycoddle avant de lire Henry James, je ne connaissais pas milquetoast avant d'écrire la note publiée hier. C'en est un synonyme.
Un certain H.T. Webster a publié en 1931 un ouvrage intitulé The timid soul; a pictorial account of the life and times of Casper Milquetoast... D'après le site Answers.com, c'est ce personnage (de bande dessinée, apparemment) qui est à l'origine du nom commun.
Mais, bien évidemment, le plus frappant, c'est qu'il existe un journal intime en ligne ainsi intitulé.

A chaque jour suffit sa peine.

samedi, 29 octobre 2005

Mollycoddle, 2

J’ai narré la mésaventure qui m’arriva hier matin, dans la salle des professeurs du site Fromont. La note perdue commençait par un paragraphe qui traitait de mon amour des mots, the clear fact that I’m a wordaholic. (Mais cette formule date de l’instant même…).

Lors de l’invention, en juillet, des catégories pour ce carnet de toile, j’ai aussitôt créé une rubrique Words Words Words, que j’ai failli intituler WWW, ce qui eût permis autant et plus encore d’ambiguïté que pour la catégorie WAW. Mais cette catégorie n’a été alimentée que sporadiquement, peut-être parce que ma lecture de nombreux ouvrages lexicographiques aussi ludiques qu’instructifs, mais aussi la consultation de sites (principalement ceux de Michael Quinion et d’Anu Garg), m’ont montré qu’on ne pouvait explorer les mots d’une manière systématique qu’en y passant la totalité de ses journées. L’exemple littéraire de Michel Leiris a aussi de quoi décourager d’emblée les émules.

 

Toujours est-il que la lecture simultanée (comme toujours : je ne survis pas avec moins de quatre ou cinq ouvrages en parallèle) de Roderick Hudson et de Travelling with Djinns, qui sont, chacun dans leur style, de confondantes ciselures de la langue anglaise, m’a incité à reprendre cette catégorie et à consacrer des notes plus régulières à des mots précis, pas nécessairement rares d’ailleurs. Le premier mot sera, pensai-je, mollycoddle. C’est un nom, et, par extension ou conversion, un verbe.

Voyons ce qu’en dit sommairement le Roget’s Thesaurus :

NOUN: A person who behaves in a childish, weak, or spoiled way: baby, milksop, milquetoast, weakling. Idioms: mama's boy (or girl) . See YOUTH. <br>VERB: To treat with indulgence and often overtender care: baby, cater, coddle, cosset, indulge, overindulge, pamper, spoil. See TREAT WELL.

Dans Main Street, Sinclair Lewis l’emploie dans un sens très clair connotant le caractère efféminé : "They say he tries to make people think he's a poet — carries books around and pretends to read 'em, says he didn't find any intellectual companionship in this town…. And him a Swede tailor! My! and they say he's the most awful mollycoddle—looks just like a girl. The boys call him Elizabeth…."

 

Mais c’est l’occurrence de ce nom dans une très belle phrase jamesienne, une réplique de Roderick lui-même, qui a stimulé l’écriture de cette première particulière note.

"The trouble is," he went on, giving a twist to his moustache, "I 've been too great a mollycoddle. I 've been sprawling all my days by the maternal fireside, and my dear mother has grown used to bullying me."

Or, l’édition que je lis reprend le texte de 1909, révisé par James plus de trente ans après l’écriture du roman, le second de son auteur. Le texte que proposent les éditeurs du projet Gutenberg donne le texte original de 1875, qui ne comprend pas le mot. Ce que disait Roderick dans la première édition, c’est « I’ve been too absurdly docile », ce qui revient à dire qu’il en veut à son entourage plus qu’à lui-même. En se traitant, en 1909, de mollycoddle, il s’impute la plus grande part de culpabilité : de docile, il est devenu imbécile ou plutôt, s’est convaincu d’être « dans les jupes de sa mère ». Peut-être le mot était-il moins fréquent en 1875, ou s’agit-il d’un anglicisme dont James ne s’était pas encore rendu maître lors de l’écriture du roman.

 

Pour vérifier tout cela, il me faudrait le sacro-saint OED, ou comparer des dictionnaires américains et anglais. Comme je le disais en ouvrant cette note, je ne compte pas passer mes journées à écrire les notes de cette rubrique ; parfois, je me contenterai de recopier une phrase d’écrivain particulièrement belle, ou de présenter sommairement le mot. (Un coup d’œil rapide à The Maven’s Word of the Day semble indiquer que ce fut d’abord un anglicisme avant de pénétrer aux Etats-Unis, donc j’aurais deviné juste.)

Voyage avec les djinns

Mardi, huit heures vingt.

 

Tout dort dans la maisonnée. Les angines, la claustration, ont-elles abattu tout le monde ?

 

Avant-hier soir, je voulus furtivement me relever pour écrire une (sans doute longue) note sur mes lectures du moment, Wasabi que j’avais fini la veille, et surtout les trois autres livres que je mène de front. Soucieux de me reposer un peu, je ne l’ai pas fait, et me suis contenté d’éteindre la lampe sur les minuit*. Hier soir, je voulais passer la soirée avec ma compagne, à l’issue d’une semaine éprouvante pour elle et épuisante pour moi.

La lecture de Roderick Hudson, qui m’enchante comme à chaque fois que je reprends le fil dénoué de mes fréquentations jamesiennes, m’a, presque à elle seule, convaincu de redonner du lustre à la catégorie Words Words Words, d’où l’essai infructueux (pour cause d’incurie informatique) d’une note consacrée au mot anglais (nom et verbe) mollycoddle, hier vers neuf heures et demie à Fromont.

Ce n’est pourtant pas de ce livre-là, ni de son compagnon baroque et de fortune, L’Amant bilingue de Juan Marsé, que je voulais surtout parler**, mais de ma relecture (pour la quatrième fois) de Travelling with Djinns, le dernier roman paru (en 2003) de Jamal Mahjoub.

 

Il est rare, pour moi, qu’un livre distille ses charmes de manière toujours plus audacieuse, plus insidieuse, à chaque nouvelle lecture – pourtant, tel est le cas de celui-là, que je trouvai, lors de ma première lecture il y a deux ans et d’un certain point de vue, plus « facile » que les précédents***. Entre-temps, j’ai co-organisé un colloque dont Jamal était l’invité d’honneur (“Fantasmes d’Afrique/Fantasizing Africa”, 18 et 19 novembre 2005), j’ai étudié le roman dans le cadre d’un cours de troisième année (en parallèle avec The God of Small Things d’Arundhati Roy), je l’ai relu aussi dans la perspective d’un article de bilan sur mon travail en littérature comparée... bref, ce qui n’aurait pu, comme dans bien des cas, n’être que relecture de circonstance (car, une fois encore, je le relis car je dois intervenir la semaine prochaine à son sujet dans un colloque), s’avère être plus foudroyant, ou plus fascinant que je ne l’aurais pensé.

J’ai découvert l’œuvre de Jamal en 1999, je crois, sur les conseils de son traducteur, qui est aussi un éminent collègue à présent retraité, Jean Sevry. Jean a traduit, avec sa femme, les cinq romans de Mahjoub, sauf le premier, qui a paru aussi chez Actes Sud, pourtant, et le second, à ma connaissance inédit en français (et l’un de mes préférés pourtant : Wings of Dust). Bien ; je m’aperçois que cette phrase est fort mal construite, car il vaudrait mieux dire que Jean a co-traduit les trois derniers romans de Mahjoub ; cela semblerait moins ridicule. Je ne connais pas la traduction de Travelling with Djinns, parue en 2004 sous le titre Là d’où je viens. Pour cette note, il m’a paru préférable de traduire plus littéralement, d’autant que l’image de la hantise (des djinns persans ou nisses danois, créatures qui, comme les soucis, accompagnent le voyageur) est essentielle, et, surtout, plus distinctive, plus originale que le choix du thème des origines. Mais ce doit être là, encore, l’influence de l’éditeur, donc je ne me permettrai pas de critiquer Jean, ni son épouse. Ce sont, d’ailleurs, de très bons traducteurs.

L’an dernier, lors d’un mémorable dîner de fin de colloque à la Rôtisserie tourangelle, Jamal nous avait confié qu’il avait presque achevé le tapuscrit de deux romans, l’un qu’il devait soumettre à son éditeur anglais, l’autre qu’il voulait essayer de faire paraître d’abord en traduction française, afin de profiter du succès de ses livres en France, et d’aiguillonner un peu, justement, son éditeur anglais. A ma connaissance, rien depuis – mais je n’ai pas osé le recontacter par courrier électronique. Peut-être devrais-je.

 

Travelling with Djinns (dont Livy, qui l’a lu sur mon conseil, a fort bien parlé) est un livre extrêmement émouvant, très bien écrit, souvent drôle ou grinçant, mélancolique et mordant, une forme de bilan en point d’interrogation, et, assurément, le plus autobiographique des romans de Jamal Mahjoub. L’intrigue n’est pas si simple que cela. Le roman raconte le voyage, du Danemark vers l’Espagne, de Yasin, un homme qui approche la quarantaine, avec son fils de sept ans, Leo. Yasin vient d’apprendre que sa femme veut divorcer, et sait qu’il ne verra plus son fils chaque jour. Il décide, à l’improviste, de prendre son fils sous son aile (ou plutôt, dans sa vieille Peugeot 504 déglinguée) et de partir à l’aventure (they hit the road, in a way that is not dissimilar from Kerouac’s On the Road or road movies from the 1970s). Le récit fait alterner la succession des étapes de ce voyage sans but apparent et les réminiscences de Yasin : vie conjugale avec Ellen, discussions avec son beau-père, petite enfance de Leo, voyage à Khartoum pour présenter femme et fils à ses parents, découverte du cancer de sa mère, décès de ses parents à Londres, détérioration de sa relation avec Ellen…

Le voyage n’a pas de but apparent, mais il les conduit toutefois (non sans qu’ils aient passé auparavant plusieurs jours en Provence, chez Dru, l’ex-maîtresse de Yasin, et son compagnon, Lucien) sur la côte méditerranéenne, en Espagne, à la rencontre du frère de Yasin, Muk, que celui-ci avait perdu de vue depuis des années. Le plus étonnant, dans ce roman qui regorge de scènes pathétiques et de situations douloureuses, c’est combien Mahjoub évite de tomber dans le pathos. En ce sens, ce roman est quasiment sans exemple, d’après moi.

De même, Mahjoub n’évite pas (et c’est même l’un des thèmes principaux du roman) les réflexions sur l’origine, sur le déracinement, les identités métisses, la rencontre des cultures européennes et non-européennes, le fanatisme, et le concept si galvaudé (et si ironiquement remis en perspective) de l’Autre (avec un A majuscule). Eh bien, il parvient à proposer un récit qui n’est pas seulement subtil, mais qui est également marqué au coin de la sincérité et du bon sens, sans raccourcis idéologiques ni envasements bien-pensants.

Bref, la grande qualité de cet écrivain, c’est sa justesse : belles phrases qui ne sont jamais gratuites, infinie perspicacité dans le portrait qu’il brosse de ses personnages, choix de détails extrêmement parlants…

 

* Le correcteur de grammaire refuse les minuit, mais c’est faute je pense de connaître l’expression « sur les minuit », que je ne me verrais, pour autant, pas accorder au pluriel. Bon. Je vérifierai.

** L’autre jour, à la radio : « c’est de cela dont il va être question ». Mais la langue française, enfin, ce n’est pas leur métier ???

 

*** J’anticipe d’emblée sur les réserves des uns ou des autres. J’ai mis l’adjectif facile entre guillemets, afin de signaler que je n’ai rien contre les œuvres abordables. Ce que je veux dire ici est très différent : le cinquième roman de Mahjoub m’avait semblé, à première lecture, plus conventionnel, plus adapté à un lectorat déjà existant, oui, en un sens, plus démagogique. (Et là encore, le plus ne veut pas dire qu’il m’a semblé, à aucun moment, démagogique. Plus démagogique que les autres romans, oui. Mais voilà tout.)

vendredi, 28 octobre 2005

Mollycoddle 1

Il vient de se passer quelque chose d'extrêmement désagréable: l'ordinateur a égaré une note que j'avais pratiquement fini d'écrire (et qui était fort longue). Sacré PC de Fromont...

Il y était question, en long et en travers, du mot anglais mollycoddle.

Je note ici cette béance, pour reprendre plus tard (dans la journée, si possible) la mise au net de mes considérations.

mercredi, 26 octobre 2005

Aphone you later

Les réveils sont difficiles, douloureux, déchantent. Cette nuit, la toux et les pleurs de mon fils, malade, lui, depuis cinq jours, et je n’ai pas pu me rendormir, secoué de quintes, gorge brûlante. L’aphonie toujours au rendez-vous. Au moins, j’aurai fait rire la secrétaire du département, hier ; elle me disait en plaisantant qu’il avait été décidé que les personnes souffrantes devaient rester chez elle cette année, à cause de la grippe aviaire, et je lui ai rétorqué que, si je n’avais presque plus de voix, cela n’avait tout de même rien à voir avec l’aphone sauvage. (Avec avifaune, le calembour était plus difficile.)


Dans l’après-midi, j’aurais pu souffler à mes groupes d’étudiants que c’était l’après-midi d’un aphone, mais ce genre d’humour littéraire (ou, à la rigueur, musical) ferait, je le crains, un four.


Aujourd’hui, je vais essayer de travailler un peu at home, même si je dois garder A., car ma compagne, coincée ici pendant trois jours entre son père et A. qui doit rester au chaud, va vouloir, je pense, prendre un peu l’air, et je la comprends… De plus, comme je ne suis pas fréquentable, avec mes microbes et mes remuements laryngiques, et comme je dors, depuis trois nuits (aussi afin de ne pas réveiller la maisonnée quand je partais à la fac hier et avant-hier), au rez-de-chaussée, à la salle de jeux, c’est elle qui s’est levée cette nuit pour donner, je pense, un verre d’eau et son médicament à A. Il semble, après presque une heure de toux, s’être rendormi. Incapable de réprimer et de supporter mes quintes, je me suis levé et je pianote. (Failli écrire : « je pinaille »)

lundi, 24 octobre 2005

Malédiction

Ce doit être une joyeuse malédiction. M'apprêtant à rendre, à la bibliothèque d'anglais sise au troisième étage de la tour du S.C.D. (Service Commun de Documentation), un volume de The Library of America reprenant les trois premiers romans publiés de Paul Bowles, écrivain dont je n'ai jamais lu une ligne et dont j'avais emprunté ces textes à l'intention de ma mère, qui les a d'ailleurs lus tous trois au cours de l'été, j'ouvre une page presque au hasard (en fait, il s'agit du début de The Spider's House) et, lisant ce prologue, je me sens attrapé, capturé, apprivoisé déjà par les phrases de l'écrivain... et j'aimerais maintenant garder le livre pour le lire. Oui, ce doit être une forme de malédiction, l'épuisant désir de ces choses.

dimanche, 23 octobre 2005

Le feu sacré et vide de valeur

Glané dans le journal 1943-45 de Julien Green :

 

26 avril 1944 – Un critique canadien m’envoie son dernier livre avec une dédicace dans laquelle il affirme que je suis « un des plus grands romanciers de ce temps ». Je feuillette le livre et y trouve un éreintement en règle de Varouna. « Ces pages, dit mon critique, valent le feu. » En traduisant librement, je suppose que cela veut dire que le livre mérite d’être brûlé. (p. 108)

 

Cette page donne l’envie irrépressible d’aller y voir. La phrase citée n’est pas claire, est tout à fait ambiguë, car que peut bien signifier ce valent ? De fait, s’il n’y avait pas l’“éreintement” dont parle Green, on ne pourrait, en rien, comprendre qu’il s’agit d’un appel à l’autodafé.

jeudi, 20 octobre 2005

Peter Bowler, lexicographomane

Depuis six mois, je fais mes délices infinies de la lecture des trois volumes du dictionnaire de Peter Bowler, dont le prmeier tome s'intitule The Superior Person's Book of Words, et les suivants de même manière, avec adjonction des adjectifs second et third avant l'adjectif superior. Jamais un auteur ne m'a fait autant rire, et avec quel savant dosage!

Je me suis donc mis en quête de quelques pages Web où il serait question de ces ouvrages. J'ai découvert, à cette occasion, qu'un site universitaire en donnait de très larges extraits, au mépris (je pense) des droits d'auteur.

L'excellent site World Wide Words de Michael Quinion, ressource presque inépuisable, propose une recension du troisième tome.

L'un des éditeurs, Bloomsbury, présente le premier tome avec deux sample entries.

Peter Bowler est australien, ce qui se ressent, de manière fort plaisante d'ailleurs, dans le premier tome, et moins dans les deux autres. L'expression "Superior Person", qui sert de fil conducteur et qui repose sur l'idée que l'emploi de mots rares ou inconnus des interlocuteurs met le locuteur en position de force, est une reprise très ironique de certaines formulations victoriennes. Ainsi, dans un roman peu connu, My Flirtations, de Ella Heptworth Dixon (1893), cette expression se retrouve, dans un extrait très savoureux:

Of course there were lots of people, even when he was at Cambridge, who knew nothing of the Deodoriser. But it always hung, like a modern sword of Damocles, over poor Gilbert's head. It made him diffident where he should have been at ease; it made him malicious when it would have been to his social advantage to appear kindly. But even at Cambridge he had given unmistakable signs of being a Superior Person. He could repeat, to a nicety, the shibboleth of Superior People. He knew when to let fall a damaging phrase about the poetical fame of Mr. Lewis Morris, and when to insinuate a paradox about the great and only Stendhal. In art, he generally spoke of Velasquez and Degas; in music, only the tetralogies at Bayreuth were worth discussion.

On peut aussi songer au poème de Francis Bret Harte, Lines to a Portrait, by a Superior Person. C'est aussi le titre de la biographie que Kenneth Rose consacre à George Curzon, qui fut, au tournant du siècle, vice-roi d'Inde. (Le sous-titre de la biographie est très éclairant: "A Portrait of Curzon and His Circle in Late Victorian England".)

Il ne fait aucun doute que Bowler, lexicographe-humoriste australien publié principalement aux Etats-Unis, a choisi cette expression en connaissance de cause: sa trilogie émane d'une conception intentionnellement et hyperboliquement réactionnaire de la langue. Il est souvent, dans son désir de ne pas être politiquement correct, d'une mauvaise foi tout à fait hilarante.

Je pars déjeuner...

... en quatrième vitesse avant l'atelier de traduction d'André Markowicz. Je dois déjeuner avec E*** et F.T., deux collègues que j'apprécie beaucoup. Il y a du remuement au Département d'Anglais.

More on that later...?

mardi, 18 octobre 2005

Pour Moi Uniquement?

Ce soir, à sept heures, rentrant de l'université où je travaillais d'arrache-craie depuis ce matin à huit heures et demie, j'ai entendu, comme souvent, les résultats des courses de chevaux. Il faut savoir que c'est une de mes manies d'inventer des faux noms de chevaux car je trouve parfaitement ridicule la soi-disant "inventivité" des éleveurs. Ce soir, mon attention a été attirée par les noms suivants: Emily Brontë (c'est pas une honte, de donner un nom de grand écrivain à un canasson dopé?), Bilingue et Money-Box.

Il se trouve que Money Box est le nom de la maison de mes parents, où j'ai passé de merveilleuses années, entre six et seize ans.

Bilingue est l'adjectif employé par un étudiant dans sa fiche en début d'année: "j'aimerais devenir bilingue". (Rêve tendre mais naïf: on ne peut pas devenir bilingue à l'âge adulte. On peut s'aguerrir, acquérir une grande compétence, même exceller dans une langue étrangère, mais bilingue, cela se décide très tôt, dès la petite enfance. Le nombre de personnes qui sont choquées si on leur dit que, professeur d'anglais, à l'université de surcroît, on n'est pas bilingue... C'est que, pour la majorité des Français, le mot "bilingue" est employé comme un équivalent vague de "très bon dans une langue étrangère", alors que cela n'a, en fait, rien à voir.)

Enfin, ce soir, les résultats du P.M.U. semblaient avoir été annoncés pour moi uniquement.

dimanche, 16 octobre 2005

Tout ou partie

Dimanche, onze heures vingt.

Il y a, dans la première page de Biffures, de Michel Leiris (premier tome de La Règle du jeu, dont j’avais jusqu’à ce jour retardé la lecture,  et qui est, de fait, un véritable bonheur (il faut se garder de belles choses pour plus tard)), l’expression « toute ou partie de la famille ». Il me semble que c’est « tout ou partie de la famille » qu’il faut écrire, au masculin, soit que l’emploi ici soit adverbial et donc invariable, soit qu’il s’agisse d’une réduction d’un groupe nominal dont la forme complète serait « le tout ou une partie de ». Je dois avouer que j’écris ceci sans avoir fait la moindre vérification, mais, bon, c’est aussi histoire de dire que ce toute me gêne.
Toutefois, pour être aussi complet que possible, je dirai aussi que, lisant le premier (fort bref et d’une beauté époustouflante) chapitre, je pensais :
       aux rapports entre ce texte et L’Âge d’homme
       à ma lecture, il y a un an et demi, de Kotik Létaïev de Biély
       à mes longs et oiseux développements du mois dernier à propos de la phrase « Je rêvais corne de taureau »
       au rapport entre le suspens offert par la première phrase, toute en méandres et parenthèses, et la phrase faulknérienne, telle que, notamment, nous avons pu l’explorer mardi dernier dans un cours d’analyse de textes littéraires
       au sujet de composition philosophique auquel j’ai consacré une note plus tôt ce matin, pendant que mon fils lisait seul, assis sur le canapé, un album de Où est Charlie? (Where’s Waldo? en anglais)
       à tant d’autres choses encore, dont ce texte si bref appelle la pesée (le clavier m’échappant, j’écris pesée au lieu de pensée et je laisse cette coquille, ce lapsus significatif)
       à l’écriture même de cette note, dans ce mouvement si habituel qui consiste, lisant une œuvre inspirante, à vouloir l’abandonner, à regret mais irrépressiblement.

Le langage est-il le déguisement de la pensée?

N.B.: Une précédente version de cette note a été publiée plus tôt dans la journée, avec une horrible coquille dans le titre (elle au lieu de il (j'avais d'abord écrit langue au lieu de langage et je n'ai pas harmonisé...)). Que Tinou, qui a attiré mon attention sur cette erreur imbécile, mais dont le commentaire a, du coup, disparu, soit vivement remerciée de sa remarque.

********

Ce très beau sujet de philosophie, donné en composition par un professeur (une professeure ? (voilà justement une alternative qui masque bel et bien une idéologie)) de Sainte-Ursule, n’est pas seulement une variation sur le dualisme langage/pensée. C’est aussi une réflexion sur la damnation, sur la chute de l’âme conçue comme immortelle dans un corps fugace et voué à disparaître. Il faudrait sans doute voir du côté de Platon et Descartes, et certainement chez certains théologiens, car, d’autre part, « le Verbe s’est fait chair ».

Cette déchéance de l’expression par rapport à la conception intellectuelle, de la réalité corporelle par rapport à l’âme, est assez bien résumée dans une belle formule du Journal de Julien Green : « La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l’écrivain. » (4 mai 1943).

Ce n’est qu’un aspect de la question. Il y a aussi le déguisement, bien sûr, troisième terme à ne pas négliger, charnière centrale de l’énoncé et lien entre les deux concepts. Cette métaphore du déguisement appelle une personnification implicite des deux instances (langue et pensée), une sorte d’allégorie dans le style des formules rabâchées comme la vérité toute nue. Dans déguisement, il y a bien sûr la guise, c’est-à-dire « ce qui tient lieu de » (en anglais, in the guise of signifie « sous les traits de »). Le Robert historique nous apprend que guise vient du germanique wisa qu signifiait « manière, façon ». Le déguisement est, à cette aune, un maniérisme, une manière, un style : répondre oui à la question posée dans le sujet revient à formuler implicitement une supériorité de la pensée sur le langage, ou, à tout le moins, que la pensée précède toujours la mise en mots, que le langage est une pure expression, une mise en forme du sens (une traduction?).

Bien entendu, cela va à l’encontre de la plupart des philosophies du langage, qui postulent au contraire que c’est la mise en forme par le langage qui conditionne le sens. Il suffirait pour cela de reprendre certains exemples de Benveniste (je pense au célèbre exemple des couleurs de l’arc-en-ciel), mais sinon, on peut s’attaquer à Wittgenstein ou à L’écriture et la différence de Derrida ! (En terminale, j’en doute, quand même…)

Je me permets de divaguer sans structure (Marione, you know that you’re not allowed that, don’t you?), et cela me fait penser, par libre association, au très beau poème d’Aragon « Tous ceux qui parlent des merveilles… », joliment mis en musique par Ferrat sous le titre (justement) des Oiseaux déguisés. Ce poème, me semble-t-il, reprend le mythe de l’artiste aux dons supra-humains, dont l’essence est éternelle, et qui a l’allure d’un homme ordinaire : “ce sont des oiseaux déguisés”.

Enfin, autre piste possible, le déguisement est une dissimulation : si la pensée est condamnée à échouer, à déchoir dans le langage, si sa pureté abstraite se ternit au contact de l’accoutrement des mots, il y a le risque, selon l’expression familière, que « les mots trahissent la pensée ». En déguisant, le langage dérobe, pervertit le sens, trahit. Ce serait ma suggestion pour une troisième partie : justement, cette hypothèse rejoint celle des philosophies du langage, car c’est toujours la langue, évidemment, qui a le dernier mot, et la pensée ne peut se concevoir hors des mots. Déguisement, peut-être, mais déguisement inévitable… Toutes les tentatives littéraires qui ont consisté à remonter à la pensée, à la manière dont les pensées se forment et s’élaborent dans le cerveau, in petto, dans le for intérieur, se sont justement traduites en mots ; je pense au stream of consciousness de Virginia Woolf, qui passe par le monologue intérieur – ou encore aux écrits de Nathalie Sarraute (le si beau et si drôle Ouvrez!, par exemple), ou le torrent de mots de Lobo Antunes.

Mais voilà : la philosophie n’est pas la littérature. Et les exemples que je viens de donner, outre qu’ils démontrent le peu de souvenirs que j’ai de mes lectures philosophiques, posent aussi la question du style des philosophes. Si la pensée se travestit dans les mots, comment accéder aux Idées par le langage? Comment un philosophe peut-il écrire sans s’abaisser? Il me semble que l’on en revient à Platon, et, à l’oppose du spectre, à Nietzsche, pour qui le formalisme de l’expression philologique, puis poétique, est au cœur de la question du savoir.

Malsomnie

Dimanche, huit heures et demie.

 

Il faudrait inventer un autre mot qu’insomnie pour une nuit comme celle qui vient d’avoir lieu. Ayant du mal à m’endormir, et me souvenant surtout que je n’avais toujours pas mis en ligne, dans mon carnet Cours 2005, de note concernant l’hétéroglossie (ou le bivocalisme, ou le polylinguisme, depending on the translations from Russian into French), je me suis relevé, ai passé une demi-heure à faire le point, à publier la note en question. Il était minuit passé, et, trop nerveux pour me recoucher immédiatement sans lire de nouveau, je me suis installé dans la buanderie attenante à la chambre de mon fils, ai passé presque une heure à lire le Journal absurde de Harry Laus, puis m’y suis allongé. J’ai mis du temps à m’endormir, et, à trois heures et quart, ai été réveillé par la lumière sur le palier, ma compagne qui se levait, réveillée elle-même par le plic ploc du robinet mal fermé à la cuisine, qui s’égouttait dans une tasse placée au-dessous. Après avoir réglé son compte au bruyant fuyard, je me suis repieuté, cette fois-ci dans le lit conjugal, où j’ai mis un temps infini à me rendormir, pour être éveillé par mon fils, qu, à sept heures moins le quart, avait le nez bouché et n’arrivait pas à respirer. Lui s’est rendormi, mais pas moi, évidemment.

(Pour ne pas accabler ce pauvre enfant, et à titre statistique, c’est la deuxième fois qu’il nous réveille depuis notre retour à Tours, il y a bientôt deux mois, et encore ne peut-on pas parler d’un réveil en pleine nuit… (Quand je pense qu’au même âge, je me réveillais toutes les nuits, parfois deux fois par nuit, taraudé par d’atroces cauchemars, oui, toutes les nuits sans exception dixit ma mère, de trois à six ans, sans faute, dixit ma mère, jusqu’à notre emménagement à Cagnotte, à la campagne (jusque-là, nous vivions dans une petite maison au bord de la route de Bordeaux, à Saint-Paul lès Dax), aussi ne puis-je me plaindre des fort rares éveils nocturnes de mon fils, tout de même…)) (La phrase de la seconde parenthèse, celle qui commence par « Quand je pense… », n’a pas de verbe principal, ou plutôt il y a une rupture de construction (asyndète) avec la seconde partie (apodose), qui, commençant par « aussi ne puis-je », ne correspond en rien à la première (protase).)

Ayant réussi à écrire un long paragraphe exclusivement composé de parenthèses, je poursuis mon sillon, et mon propos initial, qui était de dire qu’il faudrait parler, en anglais, d’illsomnia plutôt que d’insomnia, ou de restlessness en un sens nouveau, plutôt que de sleeplessness. Et, en français, de malsomnie, de “mauvais sommeil”…?

Ce qui me fait penser que, donnant, jeudi dernier, à André Markowicz la liasse des textes que j’ai soumis à la sagacité de mes étudiants du cours d’analyse de textes littéraires (il doit intervenir lors de la dernière séance du semestre et proposera un travail autour dela traduction d’un de ces textes), il a « tiqué » (favorablement, me semble-t-il) en voyant le très beau poème de Tatamkhulu Afrika, Insomnia, que je dois étudier en semaine 5, soit, précisément, le mardi 25 octobre. Il se trouve que j’avais choisi ce texte longtemps avant la note de Livy relative à l’insomnie, et longtemps aussi avant la mince torrentielle prose publiée dans ce carnétoile et intitulée L’insomnie étend. André Markowicz a « tiqué » car il ne connaît pas Tatamkhulu Afrika (who does, indeed?), et j’ai le secret espoir, s’il aime ce poème, qu’il le choisisse, car il est extrêmement difficile et j’aimerais confronter mes vues aux siennes, en l’espèce.

lundi, 10 octobre 2005

Le néologisme du jour: s'autorétrolier

Suivez, je vous en prie, mon raisonnement. Peut-être avez-vous remarqué que certains hébergeurs de blogs, plus soucieux de trouver des équivalents au franglais que mon cher hôte Haut & Fort, proposaient de traduire trackbacks par rétroliens, ce que je trouve très astucieux. Eh bien, ce matin, écrivant la première note de mon nouveau carnet de toile, I have, without being aware of it, trackbacked myself, or done a self-trackback, ce qui n'est possible que dans le cas d'un auteur possédant plusieurs blogs, et que je propose de traduire par "s'autorétrolier". Comme il s'agissait de la première note, qui s'intitule Lancement, et comme je viens de me renvoyer la balle dans le lien situé au début de la phrase que vous lisez en ce moment même, comment appeler ceci? Un rétr-autolien? Un autorétrolien double? Un rétrolien au cube? Les mots me manquent.

Enfin, bref, sachez que, ce vertigineux petit jeu mis à part, je vous invite à consulter, dans un futur proche, mon nouveau site, où figurera bientôt le premier chapitre d'Avril déjà dérape, grand roman interactif promis à une merveilleuse destinée littéraire.

samedi, 08 octobre 2005

Caractères spéciaux

Dans une note que je viens d’écrire, j’ai voulu, pour écrire une phrase en portugais (langue que je ne parle ni ne comprends, mais que je peux lire un peu et surtout que je sais prononcer (ce qui est très important pour la poésie)), recourir aux caractères spéciaux de Word, et n’y ai trouvé le u accent aigu (ú) qu’avec peine, alors que j’ai tout de même la possibilité d’insérer les bestiaux suivants :

û

ü

ũ

ū

ŭ

ů

ű

ų

ư

ǔ

ǖ

ǘ

ǚ

ǜ

En écoute : « Lulu » (Pierre-Stéphane Michel, album Bayahibe)

(Ce n’est pas Lülû ni Lůlű ni Lũlǖ…)

Midi pile, ou presque...

Une matinée bien studieuse, pour ma compagne aussi, pensais-je, mais je vois qu'elle a pris le temps de m'expliquer par écrit une règle de grammaire que j'eusse dû savoir. Toutefois, le doute a surgi en raison d'un revirement final provoqué par mon amour de l'euphonie (oui, VS, that is the question).

vendredi, 07 octobre 2005

Fous de librairie, I

Vendredi, 15 h 50

Hier matin, entre l’instant où je commandai, sur l’un des postes informatiques prévus à cet effet dans le magasin de photos spécialisé dans les tirages numériques de la rue des Halles (waooow, Flau-bert…!*), des tirages à partir de ma clé USB, et le moment où je pouvais récupérer les dits tirages, je suis allé faire un tour (onéreux) à l’excellentissime libraire de la place du Grand Marché, Le Livre. Je me suis retrouvé à discuter avec les deux libraires, pourtant occupés, et, brandissant sans m’en apercevoir le dernier livre de Savitzkaya que j’étais venu y chercher (il s’intitule Fou trop poli), je les écoutai me raconter deux histoires de clients fous. Elles (les histoires) suivent. (Et, pour l’anecdote, j’ai lu hier soir, quoique fourbu, le Savitzkaya.)

 

 

* Doit se retrourner** dans sa tombe : that’s the gist of the parenthesis.

 

** Chouette lapsus de clavier : retrourner… Jarry eût adoré!

 

jeudi, 06 octobre 2005

Eternal child (Avishai Cohen, en duo avec Chick Corea)

Toujours enfant

Enfant à tout jamais

A mettre la porte sous la clef

A s’endormir à s’enrêver

S’enturbanner de chemins colorés

De pluies de grisailles factices

Et de lumières adventices

 

A tout jamais enfant

Toujours plus jamais grand

Dévorer les songes des autres

Ronger les ongles les peaux mortes

Et glisser grognon sous la porte

Une orange et un cercueil pour le vent

 

A toujours plus jamais enfant

mercredi, 05 octobre 2005

Yvette encore

 

Je ne sais pourquoi ma compagne a choisi Yvette comme nom de plume, ou pseudonyme internautique. C’est le prénom de sa tante paternelle, but that’s hardly a hint when you happen to know the aforesaid aunt!!!  Ah la la, comme si ce carnétoile n’était pas assez compliqué avec les journalistes de la NR, les jeux de Livy, les questionnaires de Fuli, les agaceries des faux Newbie… et les bluesmen québécois (à qui je dois encore une note, j’y songe, et elle se prépare).

 

jeudi, 29 septembre 2005

Sur un pissenlit imaginé par Simon

A moins qu'un songe ne l'annule

Ou que le vert flou ne s'en li-

Bère, voici un pissenlit

A n'exhiber que la lunule.

Gueule tapée (2)

Glané, dans LE FRANÇAIS EN AFRIQUE Revue du Réseau des Observatoires du Français Contemporain en Afrique, l'entrée suivante, concernant le mot varan:

varan, n.m. Spéc. V. IGUANE*. (Varanus niloticus et varanus exanthematicus). Reptile saurien. Il en existe deux espèces : le varan du Nil = varan d’eau = gueule* tapée, de plus grande taille et le varan des terres. Medza était une femme d’une quarantaine d’années, velue comme une brosse, la peau rugueuse comme celle d’un varan adulte… (Allogho-Oke, 1985 : 55). Nombreux sont ici les lézards dont l’un est d’importance : c’est un grand saurien, le varan du Nil, qui est de la famille des iguanes et que l’Afrique connaît sous le nom, impropre d’ailleurs, de « gueule-tapée* ». (Briault, 1926 in Merlet, 1990 : 324). Les reptiles tels que les [.] varans [.] sont observés prenant un bain de soleil [.]. (Le Cri du Pangolin, n°11, 1994).
SYN. : gueule* tapée, iguane*

Il existe de nombreux contes africains dont le protagoniste est la gueule-tapée. Pas fichu d'en retrouver sur le Net, mais je vous en dénicherai un ou deux d'ici peu dans ma bibliothèque.

Je signale par ailleurs l'interview de James Gaasch dans laquelle il est, incidemment, question du quartier de la Gueule Tapée.

***

En écoute: la poussière et le vent / et le balayeur passe / jaune phosphorescent (Gérard Manset. "Le coureur arrêté", 2004)

Soi-mêmisme

Puisque j'ai fait une brève allusion, dans la note pénultième, au soi-mêmisme, ce concept forgé par Renaud Camus pour qualifier la tendance contemporaine à valoriser l'immobilisme identitaire au détriment de la culture, qui consiste, pour R.C., à devenir-autre, et comme j'ai fait une rapide recherche sur la Toile, je ne peux résister au plaisir de reproduire l'extrait d'une note de Hojotoho, qui date du 20 septembre dernier:

"Le blog est très représentatif de notre culture du soi-mêmisme. Des centaines de millions de personnes qui cherchent à se réaliser en clamant leur "Be yourself". C'est très dur de se réaliser, c'est un combat à mener quotidiennement, cela épuise et il faut se reposer de temps à autre. Le combat implique de ne plus se laisser glisser sur la pente naturelle d'un chemin tout tracé. La question ne se posait pas pour les générations précédentes. Le combat était autre. D'aucuns rétorqueront qu'il s'agissait d'un combat pour la survie. Pourtant, j'ai l'impression que le combat du "be yourself" est un combat pour la survie dans une société où il importe d'être soi-même."

Le mieux est évidemment de lire Syntaxe de Renaud Camus, mais, à défaut, Juan Asensio a écrit une belle note de lecture. On peut aussi lire l'article de Philippe Lançon, ou admirer mes bafouillements approximatifs, il y a trois ans et trois mois, dans ces parages, sans compter que cela peut aussi nous conduire à une passionnante discussion sur les accents et le français parlé... à Tours.

*******

Voilà donc quelques liens; n'oubliez pas, comme je suis incapable de créer des liens qui ouvrent automatiquement une nouvelle page, d'utiliser le clic droit, ou, si vous avez le malheur d'avoir un Macintosh, d'appuyer sur la touche POMME tout en cliquant.

mardi, 20 septembre 2005

Me voici muet

medium_17_novembre_2004.jpg
Me voici mué en solfège
Muet en point
D'interrogation
A n'être point
Qu'un tourbillon

Rendre hommage à François Thiffault

Il faut que je me calme et que je modère un peu ma plume quand j'écris. Eh, Guillaume, le net est un espace public, compris? En l'occurrence, l'autre soir, un peu beaucoup agacé, j'ai terriblement exagéré mon impression de la prestation du quintette de Kevin Mark. Je maintiens que je n'ai pas aimé, qu'il y avait des côtés agaçants, une sonorisation qui écrasait le son des saxophones, etc.

Mais les commentaires à la fois peinés et très positifs du saxophoniste François Thiffault me désemparent; une fois encore, j'ai dégainé un peu vite. Je n'arrive pas à m'habituer à moi-même. Prends-en de la graine, Guillaume, prends modèle sur cet invité offensé pourtant si courtois.

Bonne résolution de l'automne: je ne m'indigne plus. Ex abrupto: pauvre abruti!

vendredi, 16 septembre 2005

Acharné

Je suis

 

noirci sous le harnais

mercredi, 14 septembre 2005

S’indigner

 

La réponse que je viens d’écrire à destination de l’étudiante du Collectif de soutien m’a incité à m’interroger sur mes prises de position dans ce blog. Il faut que je sois plus vigilant et consciencieux dans toute note relative à des questions idéologiques. Je dois être le plus clair possible dès la première prise de parole, pour éviter ces malentendus. Au demeurant, je ne renie pas, loin s’en faut, l’essentiel de la note incriminée. J’ai éclairci ce qui devait l’être, et repris là où j’avais exagéré.

 

 

Au fond, que signifie s’indigner ?

Je ne veux pas dire : à quoi sert-il de s’indigner?, encore que cette question mériterait quelque approfondissement.

Ce que je veux dire, c’est que l’étymologie même du verbe, et le sens qu’il faudrait donner à la tournure pronominale, l’oriente vers une perte de dignité : s’indigner, c’est sortir de ses gonds, perdre de sa dignité. On pourrait me faire valoir que c’est justement l’absence d’indignation qui ravale l’homme en dessous de sa dignité d’être doué de pensée et de raison. Mais cela n’est-il pas un sophisme?

 

J’ai nommé Indignations, presque sans y penser, la catégorie correspondant à mes sautes d’humeur (encore une expression qui mériterait réflexion), mais c’était mal formulé : si j’écris (c’est-à-dire, si je prends le temps de démarrer mon ordinateur, d’écrire une note, puis de la publier), l’indignation ne devrait plus avoir droit de cité. Or, l’échange très dilué et ‘dialogue de sourds’ entre cette jeune femme et moi montre à quel point je me trompe. C’est peu dire que je suis dans l’erreur : je ne me relis pas assez, je ne tourne pas assez longtemps les doigts au-dessus du clavier.

 

Un autre aspect de l’indignation est qu’elle passe pour une qualité dès lors que l’on s’imagine que le monde actuel en est dénué, ou qu’il y aurait pénurie de légitimes indignations dans notre société. Un récent commentaire de M. Romero et ma propre réponse immédiate (et, une fois encore, pas assez réfléchie) à Claire attestent de cela. Or, quitte à passer pour fou (je n’en suis plus à ça près), je suis en désaccord avec M. Romero et moi-même: il ne faut pas continuer de s’indigner. Il faudrait pouvoir continuer de lutter, de réfléchir, de penser, d’élaborer des positions intellectuelles et/ou politiques sans indignation.

 

Insomnie et palindromes

Hier soir, ayant lu un bon tiers du Sujet monotype de Dominique Fourcade, lecture plutôt irritante (je m’expliquerai sur le choix de cet adjectif quand je reparlerai du livre, mais, dans tous les cas, il n’est pas à entendre en mauvaise part), à quoi s’est ajouté un chapitre des Wild Palms, je n’ai pas réussi à m’endormir, j’ai tourné viré dans le lit, finissant, étouffant de chaleur, par aller m’allonger sur le vieux canapé de la buanderie, recouvert seulement d’un peignoir, et, avec le frais, le froid, m’endormant enfin, mais non sans avoir passé presque une heure aussi à rouler, dans mon cerveau obsédé, des calculs et des formules complexes autour des nombres palindromiques à trois et quatre chiffres. (J’ai fait deux découvertes complémentaires à leur sujet, et, vérification faite cet après-midi dans les très rares ouvrages mathématiques auxquels j’ai accès, n’ai pas trouvé d’explication ou de théorisation ; comme toujours, il est évident que je n’ai rien inventé, que j’ai seulement retrouvé des cheminements maladroits sur des chemins déjà frayés, aussi n’écris-je jamais rien de mes ruminations arithmétiques, laissant la parole aux spécialistes. (Cette désistance, ce refus d’inscrire ici des traces de tout ce qui me préoccupe, cette restriction aux sujets pour lesquels je me sens une (même vague) autorité, est vraie aussi du domaine politique, légal, de la biologie, etc. Je me forme continuellement à des sujets dont je ne suis qu’amateur. Humaniste et prudent.))

 

Bref, voilà ce qui me taraude les nuits d’insomnie : des calculs infinis, des extractions de racines, des factorielles, etc. Moi qui n’ai pas fait de mathématiques au-delà de la terminale, quel ridicule.

 

J’ai tout lieu d’être mécontent ou honteux de moi, car la soirée avait très mal commencé, puisque j’ai regardé un match de football, en y prenant, au demeurant, un plaisir plutôt vif. Mais, s’il est des loisirs, des plaisirs agréables, dont la jouissance ne procure aucun mécontentement, celui-là, dans lequel je ne verse qu’environ une dizaine de fois l’an, me contraint à chaque fois à prendre en compte les côtés les plus abrutis de ma personnalité, et, si c’est peut-être une nécessaire expérience de ravalement de soi, elle n’est, tout simplement, à terme, pas plaisante.

 

De surcroît, il faudrait que je sois, vendredi, jour du poisson, frais comme un gardon !

 

Réponse à Claire (du Collectif de soutien aux demandeurs d’asile)

Il semble y avoir un malentendu, à en croire le commentaire récent de Claire : je n’ai jamais remis en cause le bien-fondé des demandes d’asile spécifiques de chacune des familles « accueillies » sur le site Tanneurs. En revanche, oui, dans ce billet d’humeur pas très mesuré, parfois excessif, j’émets des doutes sur la stratégie du collectif (et non du comité, c’est noté, même si ce “collectif”-là a paru, à nombre de collègues et d’étudiants, bien sectaire et peu enclin à s’ouvrir à la collectivité de ceux qui auraient voulu soutenir les demandeurs d’asile) et sur le rôle réel des vrais étudiants de l’université dans cette instance.

J’ai eu l’occasion, entre début avril et la mi-mai, de discuter à trois reprises avec des membres du dit collectif. La première discussion a eu lieu le lendemain du concert de clôture de Marc Ducret, en lever de rideau duquel nous, les spectateurs, avions applaudi le petit laïus de l’un des responsables du collectif, qui avait fort bien parlé, et dans la plus grande justesse. Ce premier entretien, avec le responsable en question et une jeune fille qui n’avait pas l’air très bien renseignée* sur le statut des demandeurs d’asile et la Convention de Genève, mais pleine de bonne volonté et de détermination. Discussion intéressante.

Plus tard, tout début mai, passant près de l’amphithéâtre Thélème, dans la rue, me rendant directement au département d’anglais par l’extérieur, je fus interpellé par un des membres du collectif, qui, me voyant en cravate, ce qui apparemment, était un crime, me lança « Eh toi, le PDG, t’arrêtes pas surtout pour t’informer ». Vous l’avouerai-je ? je ne fus pas surpris du tutoiement ni de cet amalgame entre mon habit et l’idéologie que l’on me supposait**, mais j’allai vers le “jeune” en question (de cinq ans, au bas mot, plus âgé que moi), à qui j’expliquai ma position très modérée sur le sujet, à qui je racontai que j’avais déjà eu une longue discussion avec deux de ses acolytes, et à qui je déclarai aussi qu’il me semblait qu’avec le blocage des négociations, il y avait peut-être moyen de passer à d’autres modes d’action, au lieu de poursuivre une occupation qui avait pour principale conséquence d’irriter et de s’aliéner des personnes (agents, professeurs et étudiants) qui soutenaient au départ, pour la majorité,  la cause des demandeurs d’asile et dont la patience s’effritait. Le vociférateur n’eut rien à me dire, qu’un espèce de bafouillement assez incohérent que j’interprétai comme un laissez-passer (ou un refus de discuter?) ; je vaquai donc à mes occupations.

La troisième discussion eut lieu quelques jours plus tard, car je voulais m’informer directement de l’évolution de la situation, assurer le collectif de mon soutien, à quelques restrictions que j’ai ensuite (plus d’un mois plus tard) explicitées et aggravées dans la note qui a provoqué votre courroux.

Pas d’incident cette fois-là, mais, si vous y tenez, je vous signalerai qu’une étudiante que je connais depuis deux ans et qui avait voulu s’informer semblablement, avait été (je cite) « branchée par un type qui puait le shit » (moi, je ne pourrais pas confirmer, c’est une odeur que je ne parviens pas  identifier) et qu’elle « n’avait rien pu lui tirer d’autre » et « avait filé vite fait ». Comme le collectif me semble avoir vécu isolé dans sa bulle pendant deux mois, plus ou moins contraint (et je le regrette, et en veux, de ce point de vue-là aussi, à la préfecture***) à une radicalisation des discours et des actes, je pourrais vous citer de nombreux autres exemples, pour ne rien vous dire de certains propos que m’ont tenu certains agents, qui étaient excédés par la situation.

Enfin, si je comprends votre indignation à la lecture de ma note, sachez que, contrairement à ce que vous affirmez :

1)      je ne me suis pas tenu à l’écart de ces “événements”

2)      je ne suis pas ignorant en matière de droits des demandeurs d’asile*

3)      je n’ai pas de leçon de civisme, d’humanisme ni de morale, ni surtout de militantisme, à recevoir de vous

4)      je n’ai jamais douté que les étudiants du collectif étaient capables d’être admis à leurs examens, et je ne vois pas où vous êtes allée pêcher une idée pareille

Je conçois que votre erreur et votre véhémence viennent en grande partie d’un malentendu ou d’une mauvaise interprétation de mes propos, qui, très partiels et partiaux, se prêtaient effectivement à cette mauvaise interprétation. J’espère que c’est plus clair maintenant.

 

* contrairement à moi, si vous me permettez un peu d'orgueil (et je pourrai vous expliquer en long, en large et en travers, pourquoi je maîtrise assez bien le sujet)…

** Non seulement il est interdit d’exprimer le moindre désaccord avec les dogmes le plus radicaux d’un mouvement d’extrême-gauche, sous peine d’être aussitôt soupçonné de fascisme, mais ne pas être en jeans troué revenait, de même, à être aussitôt étiqueté «anti-collectif».

*** La seule (mais importante) rectification que j’aimerais apporter à la note En quoi se perdre est relative à ma trop grande véhémence, qui est d’ailleurs directement responsable de la vôtre : évidemment, je pense que la préfecture a laissé pourrir la situation, selon une stratégie bien connue, en profitant d’ailleurs de la perche que lui a tendu le collectif. Une fois que presque tous les personnels et les étudiants, exaspérés par l’escalade des provocations du collectif, furent d’avis que cette occupation avait perdu une bonne part de sa légitimité, l’évacuation devenait possible.

mardi, 13 septembre 2005

Holocaust Day

Si vous lisez l'anglais, cet article-ci, démentiellement consternant, vous apprendra les projets actuels du gouvernement britannique, qui viseraient à supprimer Holocaust Day, afin de ne pas froisser certaines susceptibilités islamiques. L'idée de commémorer les exactions contre les palestiniens ou d'autres tentatives de génocide, pourquoi pas? Mais vouloir alléger les commémorations de la Shoah, voilà qui me semble aller à contresens: c'est plus de profondeur et de complexité historique qu'il faut pour adoucir les rancoeurs, pas ces petits rafistolages de complaisance.

Merci à Livy d'avoir attiré mon attention sur cet article, dont j'ignorais tout. (Comme par hasard, l'article date du 11 septembre. Yuck!)

 

lundi, 12 septembre 2005

Oxymores des gargotes tourangelles

J’ai choisi, comme déjà une autre fois, précédemment, de commander et déjeuner d’un Irish Welsh dans cette brasserie de la place Plumereau dont l’enseigne existe également dans de nombreuses autres villes françaises. Un Welsh rarebit, je sais ce que c’est (et d’ailleurs, ce n’est pas ce que servent ces tavernes, de par notre pays) ; un Irish Welsh, c’est comme un Basque breton, c’est plus délicat.

 

Ne nous plaignons pas, toutefois : la brasserie concurrente de celle-ci, qui se trouve sur cette même un rien touristique place, propose, dans la version anglaise, des raped carrots, c’est-à-dire des carottes violées.

 

jeudi, 08 septembre 2005

Premier texte dicté

Oui je viens dans son temple adorer l'éternel.

C'est le premier vers qui m'est venu à l’esprit, ou plutôt la première phrase. Je découvre à l'instant le fonctionnement et les modalités d'utilisation du logiciel de dictée que m'a gentiment copié Arbor. L'installation n'a pris que deux minutes et l'enregistrement de ma voix, ainsi que sa mise en conformité avec le logiciel, dix minutes tout au plus. C'est très étonnant. Le fait de travailler dans un logiciel de traitement de texte est extrêmement pratique, dans la mesure où il est possible de corriger au clavier quand cette procédure est plus rapide que par la voix. Je pense d'ores et déjà que le texte que je suis en train d’improviser au micro prendra place dans le carnet de toile intitulé Touraine sereine. Je suis tout à fait ravi de constater, au montrer chair, mon adorable logiciel de dictée, que tu connais sans faillir le titre de mon blog, même si le mot blog t'est apparemment inconnu et même si je dois me déclarer surpris que l'apostrophe montrer chair devienne mon très cher. Dans la phrase qui précède, j'ai gardé volontairement l'erreur afin de montrer qu’elle venait tout autant de moi que du logiciel. Évidemment, c'était l'inverse : c'était mon très cher qui était devenu montrer chair, car j'avais syncopé sans doute les trois mots en deux, au point d’aboutir à cette confusion entre, d'une part, un pronom et un adjectif, et d'autre part, un verbe.

Pour l'instant, je ne suis pas convaincu que ce système soit plus rapide que la saisie manuelle par l'intermédiaire du clavier, mais il est beaucoup plus reposant pour les mains et les yeux. J'aimerais ici dire toute mon admiration pour les cinq informaticiens capables de mettre au point ce genre de technique, ce type d'outil d'une infinie utilité même si, dans l'immédiat, j'en use de manière quelque peu futile. J'aimerais aussi, et c'est peut-être là plus important encore, exprimer de vive voix, et presque aussitôt sur l'écran, mon amitié et ma sincère gratitude à Arbor, dont c'est ici le pseudonyme mais dont le vrai nom mériterait d'apparaître.

Je n’ai pour l'instant que des stupidités à écrire, ou des choses banales, mais bientôt ce sera une autre paire de manches. La seule chose qui ne soit pas banale dans ce que je viens de dicter, et qui constitue d'ores et déjà une note destinée à être publiée dans mon carnet de toile, c'est cet hommage à un véritable ami.

En effet, pour mon travail, je vais pouvoir dicter mes ébauches de cours, qui me serviront de trame, ou encore pouvoir passer outre le pénible exercice consistant à recopier un texte ou à le scanner, ce qui n'est jamais un gain de temps, loin s'en faut. Il y a aussi l'aspect de mon travail qui touche à la recherche, et Dieu sait que j'ai toujours de grandes difficultés à passer au stade de l'écriture, me contentant généralement pour les communications de versions incomplètes, d’ébauches, de plans détaillés que je me charge d’oraliser en une conférence, mais qui me redemandent un nouveau surcroît de travail quand il s'agit décrire l'article. Avec ce logiciel, je pourrai enfin gribouiller au brouillon, puis faire face à l'ordinateur ce que je fais dans les colloques : une improvisation maîtrisée et appuyée sur des notes.

Relisant l'ensemble de ce qui vient d'être écrit sous la dictée de ma voix numérisée, je corrige quelques menues inexactitudes syntaxiques ou graphiques, et m'interroge également sur le hiatus entre ma voix est le modèle standard de français oral qui doit servir de soubassement à ce remarquable logiciel. Je sais que ce logiciel est évolutif, que plus je prendrai le soin de lui faire corriger les erreurs qui ponctuent notre parcours commun, plus il s'améliorera et s'adaptera à ma voix. Mais je m'amuse en découvrant que le groupe nominal « les informaticiens » devient ici « les cinq informaticiens ». C'est sans doute que je marque une pause trop importante entre in et for. J'ai laissé cette scorie à sa place, car je trouvais cela comique, et je pense que les lecteurs de ce texte seront surpris de ce cinq énigmatique, sibyllin, car, que je sache, il n'y a pas moyen de connaître avec suffisamment de détail l'équipe qui a présidé à la création de ce logiciel. Donc, cher lecteur, plus chère encore lectrice, ce cinq finit par trouver son explication.

Je viens de passer vingt minutes à écrire ce texte, en incluant les corrections apportées par l'intermédiaire du clavier. Il me reste à programmer ma voix pour la langue anglaise, si cela est possible, et à publier cette note presque instantanément dans mon carnétoile.

lundi, 05 septembre 2005

Petitesse et décadence des journalistes

Entendu à 10 h 29 sur France Info (au volant de ma voiture) : «On sait pourtant qu’en période électorale les promesses et les amitiés de trente ans ont souvent la vie dure.»

Ce que voulait dire le journaliste, de toute évidence, c’était le contraire de ce qu’il a dit. Avoir la vie dure, cela signifie résister au temps, durer. Or, cette phrase était un petit commentaire ironique qui venait clore un « sujet » relatif à l’affrontement entre Sarkozy et Villepin dans la course à l’Elysée, et même juste après une intervention ô combien perfide du fourbissime Devedjian, dans laquelle ce cauteleux personnage expliquait que Villepin avait déclaré qu’il ne “serait pas candidat”, et que lui, Devedjian, ne pouvait pas imaginer une seconde que le Premier Ministre “mente aux Français”.

Ce que voulait dire le journaliste, c’était que la vérité, justement, au vu de l’expérience, était soluble dans l’ambition présidentielle et qu’elle n’avait pas la vie dure.

Je n’écoute presque jamais la radio, je ne regarde jamais la télévision, et pourtant il suffit que je m’y arrête quelques minutes pour entendre, à tout coup, ce genre d’erreur ahurissante. Le problème, à mon avis, vient de la conjonction de trois éléments :
1) le style journalistique est très friand d’expressions idiomatiques ou imagées (comme « avoir la vie dure », « faire long feu », etc.) ;
2) la majorité des journalistes ne connaissent pas les expressions qu’ils désirent employer ;
3) le travail de journaliste, dont on nous répète à l’envi qu’il se fait dans l’urgence, s’accommode mal, semble-t-il, de la vérification dans un dictionnaire.

Luynes, suite

Au demeurant, la guide, fort instruite, nous a appris qu’il ne restait de nos jours qu’un seul duché-pairie en France, celui d’Uzès. Je me renseignerai, mais, comme je le lui ai fait remarquer, en l’absence d’un roi ou d’un système monarchique, qui peut bien désigner un pair de France ? Comment cette dignité s’est-elle maintenue à travers plus d’un siècle de République continue ? Un souverain étranger (anglais, danois ou suédois, disons) a-t-il pu maintenir la pairie d’Uzès, au titre d’une quelconque alliance ?

Enfin, cela a surtout confirmé l’inculture crasse dans laquelle je nage en ces matières historiques.

vendredi, 02 septembre 2005

Sueur, suée, suite

Jeudi soir, au sujet du poème écrit ce matin et qui sera publié demain à 11 heures 10 La suie, la fuligo latine qui a donné son nom à la famille de canards plongeurs que je préfère, les fuligules (et en particulier le morillon mâle, si attendrissant et sévère avec sa livrée noire et blanche, et sa huppette distinguée), la suie du poème que j’ai écrit ce matin en m’interrompant dans ma lecture, au salon, ce serait, tout autant la sueur, si la traînée du crayon n’était pas de cet anthracite approximatif. Ce serait la suée, le “tu es en nage” que me lançait ma mère quand, enfant, je jouais dehors, et que je ne cessai d’entendre en âge que tardivement (vers huit ans, peut-être). Ce serait la suite dans les idées, dont je ne suis pas dépourvu, en écrivant ces lignes, non plus que de sueur quand je m’exerce.

jeudi, 01 septembre 2005

Pintomate

11 h 35

La voisine du 11, en face, vient de donner à A., avec qui je me trouvais (lui jouant dans la courette, moi lisant le chapitre 2 de Maupassant in the Hall of Mirrors (dont la première phrase du chapitre 4 pourrait constituer une excellente épigraphe à ce carnet de toile)), deux énormes tomates. Comme il s’agit de ces voisins dont nous avons cru à tort, pendant plus d’un an, que leur patronyme était Pinto, et comme la tendance actuelle de ce carnet est de pousser quelque peu l’interrogation sur les signifiés sans signifiant, je prends la décision de baptiser ces « tomates », qui font plus songer à des citrouilles miniatures, et ont dû bénéficier, dans le jardin ouvrier de La Riche où elles poussèrent, de force engrais – je me propose de les nommer des Pintomates (substantif qui se prononce pinn-tomates, ou pinn-to –mates, selon que l’on désire les apparenter ou non au fruit dont elles dérivent).

mercredi, 31 août 2005

Palindromes

L'un des liens les plus manifestes, pour moi, entre chiffres et lettres, entre nombres et mots, se trouve dans la succession des chiffres à l'intérieur d'un nombre, et particulièrement dans le palindrome, ce qui me permet, du même coup de vous informer que ce carnétoile a reçu hier la visite de 191 internautes.

Le dernier août 2005

Il est question du dernier août à l'adresse indiquée, mais en un sens, dirais-je, figuré. Or, "le dernier" suivi du nom du mois est une forme archaïque qui peut se substituer au 31 août, au 30 avril, ou au 28 février (années monosextiles uniquement). Ainsi, il y a 343 ans (ah, quel nombre!), l'abbé Dorguet pouvait déclarer ceci, le plus banalement du monde:

L'an. 1662 et le dernier Août je soussigné ai transigé avec les habitants de St Laurens touchant la maison qu'ils doivent bastir pour ma résidence suivant l'ordonnance de Monseigneur d'Uzès en sa dernière visite du douzième Novembre mil six cent soixante (source ici).

La forme se retrouve fréquemment dans les Mémoires de Saint-Simon.

J'ai trouvé une ou deux occurrences très contemporaines de ce terme, mais au sens d'août dernier, probablement des québécismes sous influence de l'anglais. (Car, quoi que certains professeurs ou linguistes québécois que j'ai pu rencontrer professent, les Québécois sont (et c'est bien normal) très sensibles à et envahis par maints anglicismes. Qu'il y ait un désir de contrer cette influence, c'est une autre affaire.)

Prolongement d'OBJET SANS NOM

A. jouait dans sa chambre, à ses petites voitures, et comme, ayant saisi son (faux) appareil photographique, il m'a demandé de poser pour lui, je me suis assis à son petit bureau, où je me suis emparé de son feutre-toupie, ai fait quelques jolies irisations sur une feuille de brouillon, ai caressé momentanément l'idée de "dessiner" une série abstraite et à fort ancrage théorique histoire d'agacer le Vrai Parisien qui s'agace à juste titre de certaines dérives, puis ai composé le petit quintil puéril publié il y a deux heures (j'écris tout ceci de nuit, quand tout dort). Afin que l'on voie combien la manie des chiffres & des nombres me poursuit aussi dans la composition poétique, j'ai écrit ce quintil sur une alternance bancale d'heptasyllabes (mon vers préféré) et d'octosyllabes, pour aboutir à une première version, dans laquelle le cinquième vers rimait en -eutre.

Ayant compté le total des syllabes, j'ai constaté que ce quintil se composait de trente-huit syllabes ((2x7)+(3x8)=38), ce qui a fait naître l'idée d'un distique employant un vers inusité de dix-neuf syllabes, d'où la rime inattendue du dernier vers (rose âgée), apparemment isolée mais qui rime en fait (quoique approximativement) avec objet.

Je donne ici derechef le texte du dérisoire quintil:

Faut-il l'appeler toupeutre
Ou tenter le mot feuoupie
Pour cet objet qui sert de feutre
Et qui, toton, met en charpie
Ses orbes d'un rose âgé?

......................

Sachez par ailleurs que l'objet en question (si l'on s'en tient à la marque déposée de la toupie-feutre rose) se nomme un Doodletop, composition nominale en partie onomatopéique et à ce titre difficilement traduisible. Au moins, l'anglais ne s'effraie pas du néologisme, ce qui m'a remis en mémoire un passage d'un roman de Paul Auster, le troisième tome de la Trilogie new-yorkaise, me semble-t-il, dans lequel le narrateur rencontre un vieil homme obnubilé par la nécessité de donner un nom spécifique et donc nouveau à des obets sans signifiant précis (ainsi, crois-je me souvenir, un parapluie qui ne s'ouvre plus n'est plus un parapluie, il faut lui trouver un autre nom etc.). Un feutre qui est aussi une toupie (et ne dessine bien, d'ailleurs, qu'en gyration) doit avoir un nom jusque là inconnu.

Objet sans nom

Faut-il l'appeler toupeutre
Ou tenter le mot feuoupie
Pour cet objet qui sert de feutre
Et qui, toton, met en charpie
Ses orbes d'un rose âgé?

mardi, 30 août 2005

Des nombres

Ce jour, entre 14 h 18 et 14 h 24.

Que je vous montre un peu comment j'ai la folie des nombres: venant d'écrire deux notes en ligne, je m'aperçois que 28 minutes séparent la publication de ce diptyque (l'une publiée à 13h49, l'autre à 14h17). Je constate alors que c'est le quadruple de 7, et, calculant la différence entre 1417 et 1349, je tombe sur le quadruple de 17, à savoir 68.

Je sais que cette folie est assez courante, et je fais mes délices, d'ailleurs, des aveux de Jacques Roubaud à ce propos (mais lui est mathématicien, ou "compositeur de mathématiques", ce qui n'est hélas pas mon cas) dans les différents tomes de son Projet (et de manière flagrante, dans sa meileure poésie).

Cette folie est courante, donc.
J'aurais un questionnaire à vous soumettre:
1) En êtes-vous victimes?
2) Est-ce une malédiction?
3) Pensez-vous que cette manie des calculs soit liée à la passion des mots?
4) Vous pousse-t-elle à lire différemment oeuvres poétiques ou de fiction?

Ceux qui auront répondu "non" à la première question peuvent toujours essayer de répondre aux suivantes, mais je crains que ce ne soit un exercice périlleux...

Un beau vers de Baudelaire

Le propre d'un beau vers ne serait-il pas d'appeler le lecteur, qu'il lise pour soi ou à voix haute, à le relire, à le prononcer, à lui trouver des inflexions nouvelles, à en changer le rythme, subtilement?

Je relisais quelques poèmes de Baudelaire. Dans "La servante au grand coeur", cette élégie remarquable, équivoque, voici un vers, dont il est difficile de dire qu'il se hisse au-dessus des autres tant le poème entier est splendide, mais dont je puis au moins affirmer qu'il m'a incité à le relire, le redire maintes et maintes fois:

Vieux squelettes gelés travaillés par le ver

Quelle musique, quelle délicatesse, à mille lieues du sordide ou de la chansonnette... Est-ce le rythme tour à tour croissant et décroissant (1-3-2 dans le premier hémistiche, 3-1-1-1 dans le second), ou l'ouverture de l'adjectif dérivé en un participe passé (gelés) sur un participe passé passif (travaillés), ou encore l'homophonie si baudelairienne entre le signifiant macabre (ver) et le vers poétique, ou -qui sait?-, pour le lecteur déjà familier du poème, l'appel du vers suivant par la rime ver/hiver?

Il m'arrive de m'indigner. Que je m'indigne un peu contre moi-même, d'une erreur que je découvre: quand je me récite ce poème, je dis ainsi le dix-neuvième vers:
Grave, et venue du fond de son lit éternel
Alors que c'est:
Grave, et venant du fond de son lit éternel
... ce qui change tout! En effet, le participe présent donne tout son sens à l'apparition du spectre, alors que le participe passé tiendrait la mère revenue à distance, dans une action déjà figée. Venue, c'est un tableautin; venant, c'est une hallucination foudroyante.

La duplicité

Il n’y a guère que les chiens qui n’aient qu’un regard. On croit aimer un personnage noble, ce n’est qu’un pitre, un porc respectueux de la police, des usages établis, prêt à toutes les souplesses d’échine.

(Lise Deharme. Eve la blonde, p.45)

lundi, 29 août 2005

Dominique et Dante

J’ai retrouvé avec plaisir, en rentrant ici, à Tours, mercredi dernier, notre demeure, et notamment ma table de chevet, plus chargée de livres que la barque de Dante. Justement, j’ai repris ma lecture, interrompue début juillet pour cause de vacances, de La Divine Comédie, dans l’édition bilingue parue il y a peu aux éditions La Différence (très belle traduction de Didier Marc Garin).

 

Jeudi soir, je lus les chants XXX à XXXIV de l’Inferno. Par une de ces coïncidences si fréquentes, et qu’accentue la lecture simultanée de quatre ou cinq livres au minimum (as is my wont), j’ai lu vendredi, le lendemain donc, l’opuscule de Dominique Fourcade, en laisse, dont le meilleur texte est d’ailleurs, à mon avis, celui qui donne son titre au recueil et s’inspire de l’une des photographies représentant les sévices subis par les prisonniers irakiens dans les geôles américaines. Fourcade cite à deux reprises le tercet suivant, extrait du chant XXXI :

Cercati al collo, e troverai la soga
che’l tien legato, o anima confusa,
e vedi lui che’l gran petto ti doga.*

 

On pourrait, je pense tenir un répertoire de ces coïncidences souvent frappantes, et qui éclairent les œuvres lues sous un jour nouveau, qui est peut-être celui, aussi, de la maigre existence du lecteur

 

* Traduction de Didier Marc Garin :

Cherche à ton cou, tu trouveras la sangle
qui le** tient attaché, âme confuse,
et vois-le** qui barre ton grand poitrail

** Les deux pronoms le font ici référence au cor de Nemrod, auquel Virgile ici s’adresse.

Fourcade, lui, traduit différemment, avec un faux-sens sans doute délibéré qui lui permet de relier, justement, ces beaux vers à la situation infernale que représente la photo du soldat irakien tenu en laisse comme un chien : cherche au cou tu trouveras la laisse qui te tient lié (Dominique Fourcade. en laisse. Paris: P.O.L., 2005, p.46).

dimanche, 28 août 2005

" Notre langue française s’abîme ", dit-il

L’autre jour, dans Sud-Ouest (que je ne lis plus, ayant regagné la Touraine et ne vivant pas dans un foyer rivé à la presse régionale), un journaliste attribuait à un responsable socialiste, peut-être à Ségolène Royal, la pétition suivante: "nous demandons le retrait de la suppression des lignes Corail". Je ne sais s’il faut vraiment attribuer cette ineptie au dignitaire politique cité, ou au journaliste, mais, quoi qu’il en soit, il y a bien quelqu’un que cela ne gêne pas de retirer une suppression… Il se trouve, accessoirement, un journal pour accueillir ce genre de sottise.

Avant-hier, un exemple voisin dans Le Monde, niché dans le très intéressant dossier consacré à l’extinction des langues rares (La mondialisation menace la planète Babel, Le Monde daté du 26.08.2005, p.17): cette fois-ci, la faute de français est attribuée, dans un entretien, à Bernard Caron, directeur de laboratoire au CNRS. Je cite : "Certaines langues peuvent subsister avec moins de locuteurs, en isolation."

Voilà une faute de lexique (et de sémantique) que je m’évertue encore à sanctionner dans les versions d’étudiants de première année, en rappelant la règle par un moyen mnémotechnique dont je pense détenir les droits exclusifs: "isolement" rime avec "solitairement", "isolation" rime avec "maison". Si même un directeur de laboratoire (ou un journaliste) parle comme le dernier des illettrés, à quoi bon se débattre?

L’ironie, sans doute, est qu’il s’agit de propos attribués à un linguiste dans un dossier consacré aux menaces qui pèsent sur la diversité linguistique.

samedi, 20 août 2005

On enleva Wlérick des nouveaux dictionnaires…

Le sculpteur Robert Wlérick, dont je voulais vérifier les dates de naissance et de mort (car mon beau-père m’apprenait qu’il avait réalisé une série de dessins (exposée en ce moment à Mont-de-Marsan) pour l’édition originale des Fleurs du mal, et j’aurais pensé qu’il était très jeune en 1857)), ne figure ni dans le Petit Larousse 2000, ni (et c’est plus surprenant) dans le Robert des noms propres en cinq volumes…! Là, à la page 3356, entre Lars Wivallious et Wloclawek, une horrible béance!

mercredi, 17 août 2005

Allons-y Alonso?

Comme mon ordinateur portable met plusieurs minutes à se lancer et à afficher le bureau, après le traditionnel (mais, je le crains, inefficace) contrôle du système par le logiciel anti-virus (pourtant dûment mis à jour, avec une belle régularité), j’ai pris l’habitude d’avoir un journal ou un livre à portée de main lors de cette opération, afin de ne pas perdre stupidement ces instants à contempler béatement le toujours identique processus de démarrage, et de m’user les yeux avec des visions plus variées. Cet après-midi, j’ai lu, ainsi, une page du supplément des Inrockuptibles qui consiste en un florilège de dix-sept extraits de romans de la «rentrée littéraire». (Je déteste les Inrocks, comme on dit, et je fuis autant que possible la rentrée littéraire, mais enfin, voilà, paradoxe, que j’ai acheté ce numéro du 17 août avec ce supplément.)

La page que je lus était un extrait du dernier roman paru, ou à paraître, de Jean-Philippe Toussaint, Fuir. Toussaint est un écrivain dont j’ai lu parfois quelques pages, dans des revues, ou à l’étal des libraires, mais que, devant la platitude de sa prose, je n’ai jamais pu me résoudre à fréquenter plus avant. Ce ne sont pas ces quatre colonnes qui changeront mon point de vue: quel style pauvre, et quel banal début de roman!

Ce n’est pas de cela dont je voulais parler ici. Vers la fin de l’extrait, le narrateur, dans une sorte de “stream of consciousness” très fragmentaire ou minimaliste, lance cette phrase brève: «Allons-y Allons-o.» Je n’ai pas tout de suite identifié cette formule, qui pourtant fait partie de mes classiques (c’est mon côté calembours répétitifs), sans doute parce que, ne l’ayant jamais vue écrite, et ne l’ayant jamais écrite moi-même, je l’écrivais mentalement comme il me semble qu’elle doit s’écrire pour être intelligible, à savoir selon le rapprochement avec le patronyme ibérique: Allons-y Alonso. (Et, autre bifurcation, je m’aperçois que des journalistes sportifs ont dû s’en emparer, car il existe un coureur cycliste ainsi nommé, non? Monsieur de Gougle en cela nous aidera, s’il le veut.)

Lançons donc ici une brève enquête:
1) connaissez-vous cette expression?
2) l’utilisez-vous?
si vous avez répondu oui à la première question, comment l’écririez-vous?

Toute autre remarque sera la bienvenue.

Les notes que je voudrais écrire si mon ordinateur marchait mieux et si j'avais plus de temps

Voici les titres de quatorze notes que j'aimerais écrire:

* Tariq Goddard (a.k.a. le serpent de mer de Guillaume)
* Deux nouvelles de Henry James
* Deux nouvelles de Florian ("Claudine" et "Valérie")
* Longlive de Menan du Plessis
* La collection Simonow à Flaran
* La Terrauboise, à Terraube
* L'Eté photographique de Lectoure
* Huit melons dans la malle
* Allons-y Alonso?
* Visite de Plieux le jour de l'Assomption
* D'une phrase de Faulkner
* La valise de Lise Deharme
* Où en est la Touraine?
* Les Entrepôts Lainé... est-ce bien raisonnable?
* Tramway de Bordeaux