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lundi, 13 mars 2017

4141 — Deux vidéos sur les toits de la Bibliothèque

Expositions de poètes africainEs, Bibliothèque Arts et Lettres, site Tanneurs, Tours, 13 mars 2017.     Cela faisait longtemps que je voulais faire ça.

 

L'occasion de venir prendre quelques photographies de l'exposition de livres d'écrivains africains était trop belle pour que je la manquasse.

 

Pour la première vidéo, j'ai repris de mémoire (et je me suis planté : pour le dernier vers, c'est « le temps veille », pas « l'esprit veille » (il a dû se produire une conflagration, dans mon esprit, avec le tableau de Gauguin)) un bref poème d'Esther Nirina qui est à l'honneur avec le présentoir de poésie anglophone du troisième étage.

 

Et donc, deux vidéos d'un coup, pour profiter aussi du passage par le bureau et donc de la connexion ultra-rapide de l'Université.

 

 

Pour la deuxième vidéo, plus longue, je me suis attaché à présenter le livre bouleversant de Shailja Patel, Migritude.

Comme je parle du spectacle dansé dont le texte constitue la première partie de Migritude, voici quelques autres liens pour se faire une idée (et se rafraîchir les yeux après ma tronche et mon blabla) :

  • The Cup Runneth Over (“an act of poetic terrorism”) — à faire écouter aux fans de Barack Obama

 

dimanche, 08 janvier 2017

Rilke, des vergers aux perroquets

Depuis quelques temps, l'excellent Lionel-Édouard Martin traduit Rilke, et assaisonne, sur Facebook, son travail de quelques remarques traductologiques particulièrement pertinentes sur les traductions précédentes. (Celles de Lorand Gaspar ont l'air particulièrement fantaisistes, pour rester dans l'euphémisme.)

Je vous invite à aller glaner sur son site les poèmes latins, allemands ou anglais qu'il a traduits. Plus précisément, pour Rilke, le mieux est de vérifier régulièrement au moyen du tag Rilke.

Un intervenant s'étant interrogé, sur le mur FB de Lionel-Édouard Martin, « si ses écrits français [de Rilke] sont aussi mal traduits en allemand », j'ai eu la curiosité de tenter un premier coup de sonde, et ai trouvé la traduction allemande, par Bertram Kottman, du poème n° 40 des Vergers, “Un cygne avance”. On trouve le texte et la traduction ici, mais, sans être assez fort en allemand pour juger pleinement de ce travail, je remarque néanmoins que :

1. La forme du poème original  (deux sixains rimés abacbc) n'est pas même convenablement reproduite

2. La traduction n'a pas l'air mauvaise mais n'est pas non plus en vers (et j'ai un doute sur la traduction d'“ajouter” par “werfen”)

 

Ce matin, sans que ce soit aucunement prévu (j'ai mille autres choses plus urgentes (et plus emmerdantes) à faire), je me replonge donc dans mon édition Insel des Sämtliche Werke de Rainer Maria Rilke (achetée il y a quelque dix ans lorsque la B.U. a « désherbé » un certain nombre de doublons), et y découvre bien sûr de nombreux poèmes que je n'avais jamais même lus. Ainsi, le sonnet “Papageien—Park”, qui fait partie de la série du Jardin des plantes et sur lequel je me suis arrêté aussi en raison de sa refonte particulièrement séduisante du système des rimes : aaaa / bbbb / cc'c / c'cc'

(J'écris c et c' car je considère en effet que mögen / verbeugen constitue une quasi-rime.)

À suivre, très probablement, ici ou  : des sonnets perroquets.

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Il m'est impossible de clore ce billet à forte teneur germanique sans saluer la réapparition dans ma vie — dans notre vie, car c'est une amie des années talençaises, et C*** était aussi ravie que moi de cette belle surprise — d'une amie pas vue depuis vingt ans au bas mot, et qui a simplement retrouvé mon numéro dans les pages blanches. Elle est prof d'allemand en Charente et elle se reconnaîtra !

jeudi, 20 octobre 2016

Vallée des singes, Romagne

Dans la Vienne, chaque année, souvent à l'automne d'ailleurs, y revenir.

La Vallée des singes, zoo atypique au charme fou, il nous faut tout de même plus d'une heure et demie pour y aller (et pour en revenir). Alpha, certes, qui a désormais quinze ans, ne nous épargnerait pas cette visite annuelle, mais nous n'avons pas trop à nous forcer.

Toujours quelque chose de neuf : hier, par exemple, l'observation des atèles à face rouge dans leur nouveau territoire, ou des varis à ceinture blanche — puis, même le groupe de mandrills joue toujours une pièce de théâtre différente. Nous avons aussi vu, lors du deuxième passage, les bonobos dehors, en quatre groupes différents (la fameuse fission-fusion)... dont un groupe de quatre au faîte des arbres, fort haut.

Notre première visite remonte au 11 juillet 2005, et je n'en avais pas parlé ici. Alpha nous disait hier à table qu'il se rappelait du nourrissage des gorilles (mémorable Yaoundé) et du territoire des saïmiris (à l'époque, il n'y en avait qu'un, il me semble). Entre 2005 et 2011, nous n'y sommes pas retournés, mais, depuis le 11 novembre 2011, c'est comme un pèlerinage — je l'ai dit, Alpha ne nous en ferait pas grâce.

Hier, il y avait beaucoup de Néerlandais, tout un car même.

En 2011, je ne saurais dire, mais nous étions restés deux jours dans le Poitou, en louant une petite maison dans un joli village dont le nom m'échappe. (Je ne retrouve même pas avec les photos ; il faudrait une archéologie informatique plus poussée.)

samedi, 01 octobre 2016

Pour saluer un objet fidèle

     Hier matin, en achevant de préparer mon cartable, je me suis rendu compte que je l’avais depuis vingt ans, à quelques jours près. En effet, à mon retour d’Oxford, en juin 1996, l’attaché-case que ma mère m’avait passé en 1991 pour les années de classe préparatoire s’était – sous les sollicitations des trop nombreux livres ramenés – cassé en deux, dans l’avion ou ailleurs en chemin je ne m’en souviens plus précisément.

     Pour la rentrée de 1996, je m’étais donc acheté une serviette selon mes modestes moyens de l’époque, un machin fonctionnel probablement en plastique mais vaguement recouvert de cuir, et ce pour la somme, crois-je me rappeler, de 120 ou 130 francs (oui, 18 ou 19 euros). Eh bien, non seulement ce machin a tenu toute l’année d’agrégation, mais il est encore là vingt ans plus tard. Bien sûr, je dois admettre que je ne l’utilise pas cinq jours par semaine, qu’il m’est souvent arrivé d’utiliser d’autres sacoches ou cartables, tel le cartable de cuir que la tante de mon épouse m’a donné quand elle a pris sa retraite, lequel, plus précieux pourtant et mieux fini, n’a pas résisté plus de deux ou trois ans à ma légendaire gahoyerie. Toutefois, il est là, et, bourré de chemises cartonnées et de bouquins, ce vendredi, il m’a encore accompagné au travail.

     J’ai écrit ce billet pour le saluer.

jeudi, 31 mars 2016

Rugby ○◙◘○ Rapports

La mascotte est peut-être un loup ou un chien bipède qui s'agite et se trémousse.

un instrument de cuivre très étrange, qui tient du piston, de l’ophicléide et du cor de chasse

Pas envie, depuis trois jours, d'abattre les besognes usuelles.

Les arbitres se nomment Hourquet et Castaignède.

Souvenirs des vendanges, des vignes, des vignobles, de la piquette que je ne goûtais pas (je n'avais pas onze ans).

Lann, en revenant de la carrière, rapportera une cruche toute pleine

Rabattre la balle en arrière par une passe trop appuyée, ce n'est jamais bon. On se retrouve fissa à encaisser un essai ; ça ne loupe pas.

Les envois en bout de ligne sont un peu téléphonés.

l’on commença à le regarder avec un certain épatement, comme on contemple un prestidigitateur capable de sortir des pigeons vivants d’un chapeau haut de forme ou trente petits drapeaux d’un œuf dur

La course du 10 italien en oblique a failli mal s'achever.

lundi, 07 mars 2016

SCT-Pontault

IMG_20160307_094025.jpgOméga, grippé, relisant des bandes dessinées, a retrouvé hier ce ticket dans un Astérix.

J'ai, de ce match que j'étais allé voir avec Alpha (alors âgé de 7 ans et 8 mois), un souvenir très vif, car c'était l'époque où nous commencions à aller voir les matches du Saint-Cyr Touraine Handball ; c'était toujours très vivant, avec pas mal d'action, ça coûtait 5 euros pour moi et rien pour son entrée, la salle était chauffée... bref, par rapport aux trois ou quatre matches de foot hyper onéreux et pas toujours folichons du Tours FC à la Vallée du Cher, il n'y avait pas photo.

Ce soir-là, Tours avait gagné, d'un point je crois, sur le fil, face à Pontault-Combault. Surtout, le plus mémorable, c'était le “groupe” de supporters de l'équipe visiteuse : ils étaient DEUX, énormes, et avaient une grosse caisse avec laquelle ils foutaient un barouf d'enfer. Je me rappelle notamment qu'à chaque but marqué par leur équipe, ils tapaient de plus belle sur leur grosse caisse en chantant 

Quand XXXXX [nom du joueur qui avait marqué] se met à marquer

C'est toute l'équipe qui doit se motiver

Allez Pontault, allez Pontault !

 

dimanche, 31 janvier 2016

Nous remémorer

Nous écrivons et peignons pour nous remémorer ce que nous n’avons pas vécu.

(L’autre monde, p. 38)

 

Et j’ajouterais : pour identifier ce qui peut échapper à la réalité (inassignable) grâce au souvenir (toujours fixable).

Pour identifier : établir une équivalence.

Tout cela reste diffus et pâle.

(Ce que je nomme la mêmoire.)

mercredi, 16 décembre 2015

Carv-ER

Yeux explosés, connexion qui rame, épaule démise (non, je plaisante — une simple douleur idiote), il faudrait encore que je pondisse quelque notule...

(Ils sont nombreux, les billets qui ainsi commencèrent...)

Depuis un mois et demi, je m'y suis (re)tenu, au rythme de publication quotidien, parfois en recyclant ou développant un billet Facebook. Je pense que seul le 13 novembre a dû passer à la trappe, pas tout à fait pour les raisons que cette date pourrait évoquer, mais grosse journée de boulot puis magnifique concert de Steak à l'Olympia. ▓ Et, du coup, je n'ai pas raconté ce concert...

 

16 décembre 2008 : signature devant notaire de l'achat de notre actuelle maison.

(Époque à laquelle je m'étais presque retiré de la blogosphère.)

 

15 décembre 2015 : nouvelle forme poétique inventée, en 19 vers et 125 syllabes, schéma assez complexe et pas encore pris le temps de reprendre ici ou là le premier surgeon de cette forme nouvelle.

Aujourd'hui, entre autres, j'ai découvert que je ne savais absolument pas répondre à une des six questions de l'examen de Littérature donné par mes collègues qui assurent la partie Cours Magistral : ça en dit long sur la totale absence de coordination (et pourtant, je me démène, pour essayer de savoir). Ça en dit long, aussi, sans doute, sur le caractère vraiment nécessaire du contenu de cette question, si moi qui suis enseignant-chercheur en littérature, pas américaniste certes mais tout de même, suis infoutu de deviner ce qu'elle recèle...

 

Bientôt nouvelles lunettes (avec version solaire) pour Alpha, dernier cours de solfège / chant choral de l'année 2015 pour Oméga, quelques emplettes (cadeaux), un découvert vite épongé (sitôt découvert), poursuite du chantier de lectures (sept en simultané) et de correction (5 paquets, 2 à venir vendredi).

Au matin, dans un bel appartement de Saint-Cyr, nettoyage de 425 gobelets réutilisables par une fine équipe.

 

Yeux vraiment explosés. Croisons les doigts pour la connexion.

mardi, 01 décembre 2015

Par les lettres, 3

La voix de Sidsel Endresen, grave et souple, presque trop belle.

“Here the Moon” —belle lurette que je n’avais pas écouté cet album, Exile.

Ce matin, on l’aura deviné, choix aléatoire arrêté à la lettre E, sur les étagères consacrées au jazz.

Je me rappelle en hypokhâgne, avoir lu ou parcouru – au C.D.I. où sévissait une cerbère – un article au sujet de Saint-John-Perse ; cet article s’intitulait ‘Trop de beauté ?’ ou quelque chose d’approchant. Il me semble que l’auteur en était un poète connu, quoique inconnue de moi alors : Jaccottet ? Steinmetz ? —— Cela m’a beaucoup marqué, m’a rendu sensible, non pas à une sorte de modération ou de tiédeur de principe, mais à la question de l’emphase poétique, de l’exagération formelle.

D’un trop-plein de beauté peut naître une forme de déséquilibre, d’inharmonie, qui rompt le lien entre le texte et son lecteur. Cette question se repose, comme parfois, avec cet album de Sidsel Endresen, que je connais très bien. (Parenthèse, encore : hier soir, écoutant fourbu au retour de l’université le tout premier album de Julien Jacob, mon fils cadet m’a demandé si c’était un nouveau disque. Il ne le connaît pas car, comme je le connais par cœur, je ne l’écoute presque plus jamais.) Il me semble, pour en revenir à Exile, que la voix de Sidsel Endresen ne m’a jamais vraiment ému, contrairement à sa presque jumelle (si différente pourtant) Susan Abbuehl. En revanche, les harmoniques de Django Bates (sur “Stages” par exemple) ou le violoncelle de David Darling (à la fin de “Quest”) sont très prenants, sans oublier la radiance irrésistible du trompettiste Nils Petter Molvær – cf le final de “Dust”, en dialogue avec l’orgue de Bugge Wesseltoft.

“Waiting Train”, plus électrique et déjanté, offrant un havre de (très relative) approximation, il en ressort que, comme l’auteur de l’article lu en 91 ou 92, je suis plus sensible à des œuvres majeures quand il y a des petits quelques choses qui dépassent.

Autre remarque, histoire de dire aussi que ce choix de la lettre E n’a peut-être pas été entièrement guidé par le hasard. Hier soir, devant l’émission préférée d’Alpha (…), Le Petit Journal, je faisais remarquer à mon épouse, tandis que vocalisait quelque pop singer danoise : tiens, tu devrais aimer, non, c’est un clone d’Agnes Obel… Boutade, évidemment, d’autant que j’aime plutôt l’univers musical soporifique fouillé d’Agnes Obel. Il n’en demeure pas moins qu’il existe une sorte, sinon d’école, du moins de forme particulière de modulation dans le chant en anglais des Scandinaves : Abbuehl, Endresen, Nina Persson (des Cardigans), Obel…

 

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Pour faire suite (ou pièce) à Exile, j’ai choisi, le jouxtant, The Individualism of Gil Evans : absolument aucun rapport… et signe encore et toujours que sur les étagères de « jazz » se trouvent des essais si dissemblables que le jazz, comme le “roman” ou le “baroque” — à des degrés divers — sont des étiquettes dissimulant de bien incommodes baggy monsters.

Ici aussi, album que je n’avais pas écouté depuis des années.

“Time of the Barracudas” : arrangement très beau, solos et volutes hallucinées de Wayne Shorter avec répons de flûtes et clarinettes, tandis qu’à certains instants on finit par n’entendre que le toucher baraqué d’Elvin Jones sur cymbales. En revanche, aucun souvenir d’avoir prêté attention à Kenny Burrell sur ce morceau (on m’aurait demandé ce que je connaissais de Burrell, j’aurais cité les trois disques que j’ai d elui en leader ou co-leader, mais pas ceci).

“The Barbara Song” : aucun souvenir, là encore. Jamais dû écouter cet album attentivement ; or, il demande une attention soutenue. Atmosphère déliée, suffocante, endormante, tour à tour lascive et poivrée.

“Las Vegas Tango”. Ce titre me paraît familier. L'aurais-je entendu ailleurs, autrement ? Le solo de trombone est extraordinaire. Le saxophoniste soprano (sans doute Steve Lacy – il y a quatre “reeds & woodwinds” répertoriés, mais qui d'autre cela pourrait-il être ?) reprend le flambeau, et ça arrache (à l'intérieur). Comment travailler, sinon s'arrêter et rester saisi ?

“Flute Song / Hotel Me”. On nage en plein cinéma des années cinquante. Gangsters, séductrices über-gaulées dans leurs jupes droites. Le piano ironise, les flûtes tentent de roucouler, on s'amuse. Parade sauvage, non.

“Nothing Like You” : machin classique de big band, gaieté factice façon West Coast, générique d'émission de radio, à oublier.

“Concorde” : arrangement qui tourne entièrement autour du “violon ténor” (?) et des solos de tuba. Épatant, si je peux risquer un anachronisme lexical (mais l'album sonne tellement sixties, it's in keeping).

“Spoonful”. — Étonnant, ce que devient le blues beau et râpeux de Willie Dixon. Kenny Burrell, à la guitare, est, il me semble, à côté de la plaque : dilettante, détaché, doucement diurne. Vous m'offrez du brouet quand j'attendais des crèmes. [Ça marche dans les deux sens. D'ailleurs, dans Les Poulpes, les collages de citations sont déroutants : on n'est même pas sûr de reconnaître ce qui est citation, et ce qui est parole inventée rapportée de tel prisonnier.] Avec la trompette, on reprend un territoire plus crevassé, on se crame les pieds à fouler des arpents dangereux. Mais enfin, le salut ne passe pas par les lettres !

samedi, 28 novembre 2015

Par les lettres, 1

Il faisait froid, ce soir-là, sur le quai de la gare, à Dijon.

Était-ce en 2000 ? Avec le baladeur CD (oui, oui), j'écoutais Pression, le premier album de Kartet, acheté quasi par hasard un ou deux ans plus tôt, d'occasion, à Paris.

Que de découvertes capitales faites à l'époque des razzias chez Gibert, tiens c'est 30 francs, pourquoi ne pas tenter ? (Ainsi, tout de même, Julien Jacob, en 2000, justement.)

Ne nous éloignons pas du sujet.

Pression. Album fondamental, s'ouvrant et s'achevant sur deux versions différentes de “High Steak”. Guillaume Orti, l'ai-je déjà écrit, est un des saxophonistes les plus sous-estimés ou méconnus de sa génération. Les trois autres compères ont aussi suivi leur chemin.

Ligne interrompue.

Lignes coupées.

Décision d'écouter, dès que je le pourrai, certains de mes disques par genre et par lettre de l'alphabet, histoire de refaire le tour de mes étagères (question que l'on ne se pose pas, ou frustration que l'on n'a que plus temporairement pour les livres : est-ce l'effet des contraintes temporelles ? pourtant, il m'arrive de me dire que je relirais volontiers Les Géorgiques de Claude Simon, par exemple, ou Look Homeward, Angel — et je ne le fais jamais).

Tout proche de Pression, il y a la réédition de deux albums de Roland Kirk, Domino et Reeds and Deeds. Au moment où j'écris ce §, j'écoute la version de “Get Out of Town” (avec un phrasé déboulé étonnant de Wynton Kelly au piano). Kirk, bien sûr, on l'imagine toujours en train de siffler/parler tout en tenant en bouche quatre instruments différents, mais l'émotion ne passe pas par ces prouesses, mais par la teneur particulière du souffle. (Note to self : réécouter “A Stritch in Time”, composition symptomatique.)

Après cela...

Après que le soleil aura séché la minuscule flaque au centre de la table noire...

[Stéphane Kerecki Trio]

vendredi, 06 novembre 2015

Vendredi, le jour

Vendredi, c’est le jour des valises. Couloirs et salles de cours où errent et marchent des étudiants au dos alourdi, ou dont le bras se prolonge d’une valise à roulettes. Mon voisin de tramway, ce matin, avait une de ces valises à roulettes, dont il était bien embarrassé, d’ailleurs, dans la cohue du matin – quel succès, ce tramway ! –, et lisait le tome II des Misérables en Folio. Peu après, il me devançait sur le chemin du site Tanneurs.

 

Vendredi, c’est le jour du quotidien gratuit. Rite vénéral, je prends, avant de me rendre à mon bureau, deux exemplaires de la NR sur le présentoir proche de l’amphi Thélème (l’Université n’a pas d’argent pour qu’on dispense des cours de langues à des groupes de moins de 50 étudiants, mais elle maintient l’abonnement à sept ou huit mille exemplaires de la NR du vendredi) et en pose un sur le bureau d’une collègue avant d’aller ouvrir le mien. Aujourd'hui, il est question, à la page 10, d'amphis bondés, et, à la page 11, de la ville de Tours qui veut réduire sa facture d'électricité. Que ne le fait-elle, déjà en supprimant les illuminations de Noël, ou en les restreignant à une dizaine de jours ? Que ne le fait-elle, en interdisant les panneaux publicitaires éclairés ou électriques ? Que ne le fait-elle, en ne faisant allumer (c'est techniquement possible) qu'un lampadaire sur deux ?

 

Vendredi, il pleuviote ; il règne une douceur extrême. — Même douceur, mais ensoleillée, un autre 6 novembre, lors de notre première visite en famille du château d’Azay-le-Rideau, il y a dix ans pile. Visite dont ces carnets, à leurs balbutiements, s’étaient fait l’écho, avec notamment tel propos rapporté d’Alpha, qui avait alors quatre ans.

 

Si je remonte encore, dans le temps, repensant à sacs & valises, je me retrouverai, moi, même pas majeur encore, ahanant le samedi matin, à Bordeaux, sous le poids d’un énorme et hideux sac jaune avec lequel, après les cours, j’allais directement prendre le train de 13 h 12 pour Dax, sans repasser par mon studio talençais. C’était samedi midi, et dimanche soir (19 h 40, attendre le dernier bus A direction Gradignan-Malartic place de la Victoire), le moment des valises.

vendredi, 15 mai 2015

Bribes des jours passés

9-13 mai 2015.

J'ai enfin pris en faute Youtube, Dailymotion et l'INA : pas moyen de mettre la main sur le clip de “Peux-tu lire” de Zad (qui était hyper bien, passait pourtant non stop sur M6 en 96-97, m'avait fait acheter l'album, avant que la carrière du chanteur ne s'arrête définitivement parce qu'il avait tabassé sa femme, Lio).

 

En voyant Ayew marquer le quatrième but, se demander si “yew” est le chêne vert ou le chêne liège. (The former, meseems.)

 

On voit plus les images que les mots. Plus de mots sénateurs etc.

Oui mais ╝ l'image sécatrice vraiment ?

 

Areola, gardien shooté à l'acerola.

 

Après maintes tracasseries de fin de nuit, la chatte a fini par se poser dans le petit fauteuil d'enfant en osier.

 

Après une matinée de ménage et de lessives, désormais : des rapports de stage à lire en urgence (car je suis un gros feignant qui fait tout au dernier moment) ║ en plus je n'arrive pas à débuguer cet infernal ordi, la chaise en fer est défoncée sous mes fesses, la chatte cherche à me choper l'orteil, le vent s'est levé, m'apporte des fragrances de je ne sais quel arbuste ╗ où va le monde ? (comme nous étions en vacances dans l'ouest de la Belgique, je nomme mon album de photos dans Flickr Il était dans l'ouest, une fois, ça me rappelle les cassettes d'humoristes franchouillards qu'écoutait mon aïeul côté paternel dans la R20 quand j'étais gosse).

 

‘Push to End Prison Rapes Loses Earlier Momentum’

║║║║ Je suis le premier à déplorer l'incapacité où sont 80% des étudiants de comprendre un titre d'article journalistique et à leur apprendre les codes d'écriture, leur réexpliquer les règles d'adjectivation etc. — mais il y a des fois où les journalistes anglophones devraient aussi se modérer.

 

Mardi c'est encore & toujours le soir des avions, alors on lit des poèmes de Starting from Sleep en regrettant un peu que le les pages du livre sentent le papier gerbe.

 

Il y a une seule chose que je crois ne jamais pouvoir comprendre de mon époque, et je mourrai sans l'avoir comprise : le battage médiatique ahurissant, chaque année en mai, pour le festival de Cannes.

 

 

“Retour en arrière et correction des erreurs” ▬ Next time and that the other one of a historical essay I am reading and USB drives in Thoreau's “Walden” and realizing that I haven't tried, but as a small child, I don't own one.
-GuillaumeBot

mercredi, 29 avril 2015

3570 ╝ Architruc

C'était il y a vingt ans, à quelques jours près. (Était-ce autour du 10 avril ou du 10 mai, je n'arrive pas à m'en souvenir. Je dirais plutôt début mai ; il faisait chaud à Paris.)

Comme j'ai lu il n'y a pas longtemps le recueil de textes de Martin Mégevand et Nathalie Piégay-Gros (dans lequel j'ai appris aussi que Pinget avait publié, jeune, des poèmes sous pseudonyme, recueil introuvable), cela m'a remis en  mémoire cette unique mise en scène à mon répertoire : la pièce, jouée salle Dussane à l'École Normale Supérieure (on ne fait pas plus sérail), durait une petite heure. En guise de prologue, j'étais seul à l'avant-scène, assis à un bureau en robe de chambre marron, à lire un extrait de Baga (le début du roman, je crois). Puis, dans le noir, dansant sur Ill Wind, j'allais m'allonger sur le lit côté cour, et ne le quittais plus. Pour jouer le rôle de Baga, j'avais rencontré Axel Rabourdin, Landais d'origine comme moi mais que je ne connaissais pas auparavant.

Nous avions répété six mois, à raison de deux heures par semaine, dans cette horrible salle désaffectée du sous-sol, moquette ravagée, poussière partout, aucune aération, et d'où — pour pouvoir répéter, de cinq à sept, le mardi — j'étais obligé de chasser, quasi à coups de pompe dans le derche, cette perruche gloussante et ridicule arborant écharpe rouge, qui se nommait Christophe Barbier et n'était alors (vaguement) connu qu'en tant que directeur du Théâtre de l'Archicube (on ne fait pas plus fat).

Architruc est, je l'ai découvert depuis, une pièce finalement peu jouée de Pinget. J'étais arrivé à Paris avec des dizaines de projets, et avais décidé de commencer par le plus simple, cette pièce voisine de Beckett (Endgame) et Ionesco (Le Roi se meurt), à mettre en scène le plus sobrement possible. (Quel soulagement, en décembre, de lire la lettre de la S.A.C.D. précisant que Pinget ne souhaitait plus voir figurer le personnage de la Mort avec sa faux, mais plutôt que l'acteur interprétant Architruc simule la mort sur scène.)

Parmi mes autres projets, il y avait une version de Autour de Mortin à jouer dans une cage de verre : les acteurs devaient hurler pour se faire entendre du public, et faire des acrobaties pour tenter de sortir de leur boîte. Comme Architruc est ma seule mise en scène, on devine que cette cage de verre est restée dans les limbes.

Sur les quatre représentations (quatre soirs de suite, du mercredi au samedi), nous n'avons vraiment joué convenablement que deux soirs, de mémoire le deuxième et le troisième. Il y avait une cinquantaine de spectateurs à chaque représentation : j'étais déçu car je m'étais démené, mais me rends compte que ce n'était pas si mal. Contrairement aux autres troupes de l'École, Axel et moi n'étions pas de tous les raouts parisianistes et n'avions pu compter rameuter tant et tant...

J'ai encore dans les narines l'odeur de chaud des câbles électriques et du scotch sur les dalles de linoléum de la salle Dussane : c'est peut-être mon plus net souvenir de cette aventure d'il y a vingt ans.

 

lundi, 02 mars 2015

Domme ou l'Occultation

Au cul de mon bol breton, à Saintes, le bol à mon prénom et que je retrouve car mes parents ont commencé à récupérer des bricoles dans la maison, mise en vente, de mes grands-parents, au cul donc, disais-je, “Domme” est inscrit. Or, je pense que la première fois que j'ai lu, en en gardant un souvenir, le nom de Domme, c'était dans l'appartement de Claire, à Talence, parmi les milliers de livres de ses hôtes, avant qu'en 1995 nous ne visitassions Domme avec Cyril – nous y sommes retournés avec les enfants au printemps 2011, et de nouveau en avril 2012. Ainsi, ce nom était inscrit au cul d'un objet que j'utilisais enfant à chaque séjour chez mes grands-parents paternels, et je n'en savais rien ; un bol breton périgourdin, aussi, quel sens cela a-t-il ?

mercredi, 25 février 2015

Ligne & Fils (Trilogie des rives, I)

D'Emmanuelle Pagano, je n'avais lu que le très beau roman d'amour (triste et brûlant), L'Absence des oiseaux d'eau. Il y a deux ans, je n'avais pas été tenté par Nouons-nous, ce que je regrette  aujourd'hui...

 

Emmanuelle Pagano vient de publier le premier volet d'une “Trilogie des rives”. Le titre en est Ligne & Fils. La polysémie possible de ce titre s'éclaire d'un nouveau jour en lisant ce récit ardéchois : Ligne, le nom de la rivière sur laquelle sont, de longue date, installés, les ateliers et usines textiles, a donné son nom à la lignée de la narratrice / Ligne & Fils est donc, très logiquement, le nom de l'entreprise depuis que le père-fondateur l'a léguée à son fils. Il va de soi (de soie) que les autres sens des noms ligne et fil occupent une place prépondérante dans la structure même du roman : la narratrice, photographe, se fait écrivaine, tire à la ligne en alternant les chapitres sur la généalogie, l'histoire de sa famille, les origines des usines, et ceux sur le drame qui la lie (la noue) à son fils ; la référence, très marquée et comme creusée, à l'industrie textile rend l'analogie entre l'écriture et le tissage tout à fait forte, très au-delà de ses avatars les plus ordinaires et les plus galvaudés. Il est évident qu'Emmanuelle Pagano, tout à fait consciente du caractère assez rebattu de cette analogie, a voulu la situer dans une histoire familiale technique. C'est ce qui explique la grande technicité de certains chapitres ; ce roman n'esquive pas ce qui faisait le fond d'une identité industrielle jusque dans les années soixante, à savoir un certain vocabulaire, un certain réseau d'us et coutumes, une certaine mentalité formée d'un langage particulier.

 

À cet égard, l'écriture de Pagano rappelle plus celle – méticuleuse, ouvragée, profonde – d'un Claude Ollier (récemment disparu) que les tentatives “techniques” (amirables aussi, là n'est pas la question) de Maylis de Kerangal. Dans les passages où la narratrice explore l'histoire des matériaux, sa voix demeure forte, douce, subjective. Son élément principal est l'eau, l'eau vive et vibrionnante des torrents ou des ruisseaux :

La soie à voile, la soie dont on faisait les voiles de navire, passait, par la magie du moulinage, de l'eau douce à l'eau salée. De la soie guerrière on tissait les toiles de parachutes qui prenaient l'air sans risquer le feu, parce que la soie est légèe et brûle difficilement. (p. 43)

Écrit de la rive, ou sur la rive, ou par l'attention porté aux rives qu'on imagine quand on ne s'y trouve pas (il y a deux rivières principales dans le roman, la Ligne et la Baume), le roman poursuit le motif de la marche au bord de l'eau même aux temps de sécheresse : “l'eau fantôme partout s'abîmait et chantait faux” (p. 195). La phrase que je viens de citer montre assez combien, sans emphase, sans effets de manche, l'écriture d'Emmanuelle Pagano produit beaucoup, signifie sans pourtant s'en donner l'air. L'abîme, ici, comme le nom de la Baume, suggère des échos très complexes avec l'histoire familiale ; c'est au lecteur de lier ces fils.

 

Une des particularités de ce récit mémoriel est qu'il est confié à, construit par une narratrice qui admet d'elle-même “confondre les fins et les commencements”, et situe ses souvenirs dans une topographie à la fois extrêmement précise et tout à fait idéale (au sens où elle est fabriquée par l'esprit, mentale). Cela se retrouve dans les croisements entre le présent de l'écriture et la petite enfance du fils :

Par la fenêtre de la chambre mère-enfant, je voyais le long train régional passer toutes les deux heures sur le viaduc au-dessus de la confluence de la rivière principale et du fleuve. C'était un bercement de plus. Ce train que je n'ai jamais pris délivrait des points de repères lumineux dans nos nuits, des nuits jamais complètement noires et plus feutrées encore que les jours qu'elles prolongeaient. Je n'avais pas sommeil, je guettais l'heure de la prochaine tétée : c'était celle des passages scintillants du train régional. (p. 156)

Même lorsqu'Emmanuelle Pagano retravaille un motif assez classique, celui de la carte postale (avec les réminiscences qui s'y attachent), elle y apporte un éclairage nouveau : sur la carte postale qu'achetaient tous les estivants dans les années soixante, la narratrice enfant et sa mère se trouvaient au premier plan, sans l'avoir su, alors. Par conséquent, selon la narratrice, sa mère et elle “f[ont] partie de ce drôle de collectif spatio-temporel […] composé de l'ensemble des gens sur la plage” (p. 178). La rupture esthétique, si elle s'y détermine, est discrète, d'une fabrication artisanale. Il est difficile de dire – avant la perspective qu'apporteront nécessairement les deux tomes suivants de cette trilogie – si Pagano fait ici le pari d'un changement de paradigme complet ou si, comme l'arrière-grand-père de la narratrice, elle se résout à “confluer plus haut ou plus bas dans la même rivière principale” (p. 75).

vendredi, 02 janvier 2015

Des insanités

En miroir, du 29.12 au 02.01.

 

Hier encore trois allers retours à la déchetterie : sacs de feuilles sacs de feuilles.

Aujourd'hui normalement je m'attaque aux huit petits saules penchés à 40° depuis tempête (de 2010 ?).
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Paper. Diapason. Graisse des ténèbres.
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Le verre cathédrale mange sa propre lumière, tiens ça y est pas pu m'empêcher d'écrire des insanités.

 

L'enclos, avec ses chèvres ses oies ses tas de ferraille ses restes de vieux pneus ses poules ses chats ses gamins en quad —— là où avant (pas jadis ni autrefois : avant) se trouvait un petit bois si joli, si mystérieux, si tendre au regard (et à la mémoire).

La crevaison → juste à temps chez Morès, à regarder le jeune type clopant, juché précairement sur une palette à trois mètres au-dessus du sol, à dévisser les lettres rouillées.

samedi, 27 décembre 2014

Pelouse (20.12.2014)

La pelouse de Montpellier est dans un état si lamentable qu'elle me rappelle les espèces de champs sans gazon où nous nous entraînions, au collège et au lycée, quartier du Gond.

 

vendredi, 28 novembre 2014

L'Aventure d'ombres

 

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Le chronotope est toujours à réinventer, à reprendre. Au début de l'année (scolaire, universitaire), j'étais “parti” pour évoquer mes aventures (ce qui m'advient) le lundi soir de 5 à 7. Puis la grisaille est venue, et surtout trois cours de solfège et chant choral de mon fils cadet annulés, longue interruption s'ajoutant aux vacances. Lundi dernier, pendant la séance, de cinq à sept donc (18 h 20 plutôt (puis je suis reparti par les Halles, photographiant mon livre GPS abécédaire à bout de bras)), j'étais au Tourangeau, avec François Bon, autre moment advenu, mais c'est un autre point de la semaine que cette photographie ici a fixé, avant-hier, le mercredi, mes pas dans l'obscurité des couloirs presque déserts des Tanneurs à sept heures et demie du soir avant de rejoindre la Passerelle puis le tramway place Anatole-France. Moment-lieu qui en rappelle d'autres, quand j'enseignais cette U.E. Libre sur l'humour britannique, le lundi soir de six à huit, et plusieurs fois on a failli se retrouver enfermés dans le bâtiment, ou ma première année à Tours, il y a douze ans déjà, je finissais ma journée de cours le lundi à sept heures et regagnais mon hôtel avant de ressortir, pareille terne brune obscurité, pas blême mais bistre, même corps vertical avec soulier en mouvement et pan de manteau qui s'échappe avec sa fermeture éclair, même absence de clairvoyance.

mercredi, 26 novembre 2014

Féminin évanescent

En moins de dix minutes, sur France Info, j’ai entendu la même faute, de la bouche de deux historiens. Le premier historien, qui a découvert un exemplaire du First Folio dans les réserves de la bibliothèque de Saint-Omer, a déclaré que l’exemplaire en question se trouvait actuellement dans une salle « à taux d’hygrométrie constant, à température constant ». L’historienne interrogée ultérieurement, auteure d’un ouvrage sur le mont-de-piété, a parlé d’une « banque qui est soumis aux règlements financiers ».

Il y a longtemps que les masculinisations de forme féminines sont courantes dans le cas de la fameuse (fameusement ignorée) règle de l’accord du participe passé. Il me semble que le surgissement de ces masculins erronés pour des épithètes ou dans des relatives est beaucoup plus récent. Ce genre d’exemple fait dire à un de mes collègues que la forme féminine du participe passé, voire de la plupart des adjectifs, aura disparu d’ici un demi-siècle. Rien à déplorer — à noter toutefois que cette disparition est concomitante de la réglementation qui contraint tout un chacun à parler d’auteure et de maîtresse de conférences, alors que ces formes sont loin d’être apparues spontanément.

Ferai-je ici également remarquer qu’il n’y avait rien de surprenant à entendre ceci dans la bouche d’historiens. Avec de très remarquables exceptions, les historiens écrivent généralement un français lourd, voire fautif (sans même parler des contresens qu’ils font sur la littérature, quand ils s’en piquent (mais eux renverraient le compliment : que de contresens historiques sous la plume de littéraires !)), ce qui me rappelle notre professeur d’histoire d’hypokhâgne et de khâgne, agrégé et tout le tremblement, devenu depuis éminent professeur d’université et tout le tremblement, que nous avions fini par nous amuser à piéger. En effet, on pouvait être sûr, en écrivant, dans un devoir, « les décisions qu’ils ont laissé prendre », que ce brave (?) homme encerclerait le tout de rouge, avec un beau « grammaire » en marge, et la phrase ainsi corrigée :

« les décisions qu’ils ont laisséES prendre »

 Ah, le charmant exemple d'hypercorrection !

 

dimanche, 09 novembre 2014

Juillet 2012

Même le dictateur, on le traitait de bouffeur de prunes.

Ponçage, lasure... et toujours tronçonneuse. Vive les vacances.

pas de piscine pas

de pieds manucurés juste

un vent d'enfer & du

bûcheronnage

Maison sans télé ni internet.

Donc toute la journée : tondeuse - sécateurs - tronçonneuse. Gentleman farming mes nèfles.

 

J'hésitais, pour égayer mon été, entre attraper un coup de soleil à Etretat et emballer une méduse à Saint-Jean Cap-Ferrat.

mardi, 28 mai 2013

Momentané instantané mardi (soir) inepte

Images de La Rochelle, d'Angers, de Brive — de Cracovie où je ne suis jamais allé.

 

Epuisement. Il paraît que ça passe, tasse.

Le soir, je ne parviens pas à lire plus de quelques pages d'Atlantis, qui — avec tout ce que je lisais par ailleurs — a fait du surplace. Et je voudrais commencer La Saison des prunes.

 

On n'oublie rien de rien.

Soit.

mercredi, 22 mai 2013

Pas assez d'Indiens

Poitiers, graffito derrière l'église Saint-Hilaire le Grand, 9 mai 2008 Souvenir d'une journée sublime, savoureuse.

Souvenirs de l'enfeu roman, quand on fait le tour de Saint-Hilaire le Grand ; larmes affleurant. De bonnes larmes nostalgiques, qu'il ne faut pas arrêter.

Hier, je me grimai en Géronimo de pacotille, vite fait mal fait avec du plastique.

L'onde de choc n'aura pas duré.

La même année – non pour cause de viaduc mais parce que le petit faisait la sieste – on avait encore vagabondé, Alpha et moi, cette fois-ci depuis La Flèche, du côté d'Asnières, où sont, dans l'église Saint-Hilaire, de superbes fresques, également romanes.

 

Chevillard n'aime pas le 22 novembre, Brassens se fout du 22 septembre, et moi je voudrais revoir Asnières-sur-Vègre.

mardi, 14 mai 2013

La benne et le train

Sept ans, et les planètes ont rejoint depuis longtemps la poubelle.

Les planètes peintes. Qu'il faisait chaud.

Le moindre coup de vent (mai, juin —— couran!!ts d'air) entremêlait les fils des planètes, puis les effilochait en les enchevêtrant. La pure astronomie a fini par nous contraindre à les flanquer à la benne.

(Comme après-demain, je te l'annonce solennellement, tu chargeras la Laguna de vingtaines de cartons (anciens nu?mé?ros inven--DUS inven-DABLES (sous béné!fice d'INVENtaire)), et puis tu diras à ton collègue, ça suffit, le reste dans le chariot du papier à recycler.

.... il n'y avait pas de planètes dans le bureau 59 après-demain ——— il n'y en aura pas il y a sept ans...

 

Mon père rit dans le gravier.

Dans ?

UN VALSEUR de première !!!!!!!!!! (je ne comprenais pas les noms des classes de lycée)

jeudi, 09 mai 2013

Regrets (même pas) du pull rayé

Autoportrait, en rentrant chez moi. Tours, vendredi 11 février 2011. Je n'en reviens pas.

Ce pull rayé multicolore a l'air neuf ; la photographie date d'il y a deux ans, à peine plus.

Or, où est-il ? Je sais, je crois, je crois savoir m'en être défait — usé ? troué ? déformé ?

De la camelote.

Presque autant que ma pauvre tronche, cerveau embrumé.

dimanche, 28 avril 2013

Sept sans faute

Eglise romane et cimetière mérovingien de Civaux (Vienne), 29 avril 2006 La contrainte n'a pu être respectée. Toujours ces jours sans archive.Porche et façade de l'église de Vernou, Indre-et-Loire, 28 avril 2007 Ainsi, avant d'avoir un appareil numérique, on avait déjà visité l'église de Vernou. Pressing & autoportrait, rue du Docteur Blanche, Paris, 28 avril 2008 Marché de Noël, avec l'ami lyonnais.Rayures, 28 avril 2009 Sans archive ne signifie pas sans mémoire. Se servir de l'album comme d'un recours contre l'effacement de ce qui n'a pas été saisi.Bilbo/Bilbao, Pays basque, 14 avril 2010. Là, plus moyen de retrouver ce nom d'église, éloigné par un sonnet de jours, et par plus lourd oubli. Monument aux morts de Biron (Dordogne), 28 avril 2011 « Je me souviens de la débâcle.» Moi ? Rembrandt n'a pas moufté, le ridicule ne tue plus.

samedi, 27 avril 2013

Domme ou l'Empierrement

Domme, 27 avril 2011. Domme, deux ans déjà. Ce que l'on y voit est si étriqué, le souvenir de déception (première visite en 95) lui-même ne déçoit pas, et l'on regarde vers ailleurs, vers alentour, déçu encore.

Le nom est beau, qui fut rencontré pour la première sur les étagères farcies, au huitième (neuvième? j'ai un doute) étage de la résidence Génovia. Cet appartement, lieu intermittent où je lus notamment Hemingway en sirotant je ne sais plus quels sirops, reviendra-t-il me hanter sur mon lit mortuaire ?

C'est gai. That's what Domme does to you.

dimanche, 14 avril 2013

Gris, bleu, jaune

Mes fols après-midis de juillet

 

J'exhume cette photographie pour poursuivre l'illustration du billet précédent.

Trois flèches, le panneau bleu de guingois, la verdure oubliée (cadrage par smartphone), tout cela aussi relève de l'ambulance. (La mêmoire, elle, irait plutôt chercher ces affreux immeubles de bureaux dont chacun a reçu le nom d'un aviateur. Le bâtiment E = Amelia Earhart, je crois. C'est tout près de chez moi, je n'y passe jamais.)

mercredi, 03 avril 2013

Loxam

Dans un fatras de 2x2 voies, de ruelles, d'impasses, de parkings gris, l'enseigne Loxam se détache, avec son losange trompeusement proche de celui, plus connu, de la firme automobile Renault (losange qui a tant évolué avec les décennies – je me rappelle, comme pour la différence entre le lion de la vieille 304 que mes grands-parents avaient léguée à mes parents, le losange d'un seul tenant sur les R6 et R12, le losange déjà en plusieurs traits sur la R16 et la R30 familiales, etc.), et donc, en passant près du hangar Loxam, engins agressifs, piquants, débordant sur le trottoir, avant une enfilade interminable, ennuyeuse, de panonceaux, de panneaux, d'autres hangars, plus moches les uns que les autres.

Je ne sais même pas ce qu'est ce Loxam — firme de location d'engins de chantier, peut-être (avec un triple génitif). La peinture rouge y prédomine. Le nom (sigle ? invention d'une époque où l'on crut que les néologismes en -am seraient durablement “vendeurs” ou accrocheurs ?) semble l'anagramme d'un médicament. La verrue, comme les autres le long de cette 2x2 voies, fait bien mal aux yeux, sinon au bide.

dimanche, 31 mars 2013

Laps et synthèse mêmorielle

Conserver les laps, écrivait hier Valérie.

Ce qui me préoccupe le plus, dans toute l’optique d’ « archivage » propre à ce genre de sites, comme à l’existence, c’est la capacité de la mémoire à réduire des moments différents à une scène identique – le contraire de la fulgurance, l’inverse aussi (peut-être) de l’épiphanie.

Par exemple, je n’arrive pas à me rappeler si c’est Patrick McGuinness ou Gilles Ortlieb qui déclarait, il y a dix jours à peine, qu’il n’était pas intéressé par l’épiphanie, plus par la durée (et certainement par l’oubli) : cette confusion des figures relève de cet aplatissement, de cette identification que j’avais choisi de nommer, il y a déjà plusieurs années, mêmoire – concept qui donne d’ailleurs son titre à cette rubrique.

La scène identique (ou faudrait-il dire identifiée, mêmifiée, cristallisée ?) n’est pas l’objet, de ma part, d’un rejet. Si j’ai consacré de si nombreux billets, déjà, à ce phénomène de mêmoire (en ne m’en expliquant vraiment qu’aujourd’hui), c’est qu’il me semble créatif, il m’intrigue. Trop d’écrivains et même de philosophes se sont intéressés, soit au rapport (contrastif, complémentaire) entre mémoire ou oubli, ou encore à la mémoire sélective – peu, en revanche, à cet aplatissement qui me semble être, au fond, la caractéristique fondamentale de tout souvenir individuel (par souvenir, j’entends souvenance, action de se rappeler (et encore y inclus-je ce qui n’est pas action, le souvenir qui revient, la revenance)).

On le comprend, ma théorisation demeure confuse.

Pourquoi « blême », alors ? pas seulement par jeu sémiotique, pas seulement pour proposer un autre accent circonflexe sur un autre e. Il me semble que la mêmoire a justement pour fin (ni but ni conséquence, et les deux à la fois), en aplatissant et « mêmifiant » des éléments irréductibles du passé, de rendre plus pâles les souvenirs isolés, établissant à leur place un seul souvenir (fusion, synthèse ou fission). Le paradoxe, bien sûr, est que, si plusieurs souvenirs isolés ont blêmi au terme de ce processus mêmoriel, c’est pour permettre à un seul souvenir synthétique d’émerger de manière particulièrement vivace, loin de toute pâleur imaginative.

samedi, 30 mars 2013

Le Rêve des dents à la poubelle

Sans titre Tout passe à la cascade.

Les vues, les visions, et le reste.

La mémoire traque les menues différences et les immenses disparités. Ce faisant, elle tend à tout réduire à une forme d'identité, sans conserver les chatoiements. À la cascade.

Oméga, ce matin, s'est réveillé en nous racontant le rêve des dents à la poubelle.

jeudi, 14 mars 2013

Les deux biens, en écoutant Jacqueline du Pré

Je mets, sur la platine, plusieurs disques du coffret Jacqueline du Pré, afin de m'accompagner dans mon travail, mais, écoutant le concerto d'Elgar d'une oreille neuve, me rends compte qu'un des thèmes de l'adagio est commun à une œuvre orchestrale de Borodine, me lance alors dans maintes recherches sur la genèse, la date etc. de ces pièces. On doit invoquer la théorie des deux biens (Renaud Camus). Sur le motif : la vérification n'a pris que 10 secondes, puisque Borodine est mort 35 ans avant la composition du Concerto d'Elgar — mais, du coup, on lit plein de choses intéressantes sur Elgar.

Le Concerto de Delius, après ça, vraie douche froide. Que d'affectation et de cucuterie.

———Le finale du concerto de Dvořák est, regrettablement, pompier, ronflant, faussement enthousiaste. C'est l'Adagio que je retiens. (Note to self : write a limerick in French with "dvorjak" and "fort, Jacques".) ————

Après des flottements, donc, des flottements d'archet (?), les trois mouvements du Schumann (souvenir de Peter au sortir du Prieuré : “the Schumann [qu'il prononce ‘shew-mun’] was wonderful”) font l'effet d'une sorte d'apothéose absolue, perfection de chaque vibration, tous les rayons de soleil élevés au porte-mine. Le concerto de Monn, sous la baguette (derechef) de Barbirolli, c'est un autre univers. Avec l'ordonnancement des disques du coffret, et la succession des « plages » sur la platine, il ne faut pas avoir peur des transitions abruptes. Un côté jésuite, ou est-ce dans l'air du temps, pas dans la musique. Le splendide Allegro du Hob. VIIb2 (Haydn) va réconcilier, avec la lumière chaude et flamboyante de ce jeudi matin, ces longs enfoncements dans l'impromptu. Puis il faudra quitter la salle.  

mercredi, 16 janvier 2013

« chez gégène »

Sans titre Toujours, près de la boulangerie de quartier – place grise, vaste espace sans structure encadré, d'un côté, par des sortes d'HLM, de l'autre par une rue menant à d'autres ruelles impersonnelles (Emmaüs, supermarché asiatique, garage) – je m'arrête pour regarder la maisonnette fruste, au jardinet bardé de statues en plâtre gris, naisn ou cygnes, lions inoffensifs peut-être, absolue camelote. J'ai longtemps envisagé de prendre quelques photographies, de la maison ou des statues ; je ne trouvais pas l'angle, ni le bon moment, l'humeur propice. Peut-être était-ce là des excuses, je n'avais pas envie, entre le moment où je comptais les pièces de monnaie en fermant la porte de mon tacot et celui où, ressortant de la boulangerie avec mes baguettes mais sans béret, j'allais rouvrir la portière pour m'enfoncer dans l'habitacle, je n'avais pas envie d'être surpris par l'occupant, le propriétaire, ou je me doutais que la photographie serait anecdotique.

Et là, ce matin, froid glacial, ouvrant la portière arrière de l'intérieur pour Oméga, me penchant, j'ai vu ce que mon oeil n'avait jamais réellement enregistré, le portillon vert au ras du sol – un de ces portillons dont la hauteur, avec celle du grillage, enjambable par un enfant de cinq ans, m'a toujours fait me demander à quoi ils servaient, marqueur spatial, frontière, limite for the sake of it – avec son inscription vieillote, lettrage d'un autre temps et tout à fait concomitant avec la chanson dont il ne manque pas de ressusciter le refrain, et qui m'a toujours paru, non d'un autre temps, mais d'un autre espace : l'époque des guinguettes est surtout, pour moi, associée à des lieux étrangers, à une culture que, pour faire vite, je pourrais résumer par la formule “culture oïl” (j'ai grandi dans les Landes, où, passé la Garonne, et même, dans certains cas, passé l'Adour, on est « au Nord »). Donc l'inscription sur le portillon, tout à fait au ras du sol, dans un quartier délabré et maussade au nord de Tours, peut indiquer combien le chronotope des guinguettes d'entre-deux-guerres ou des années cinquante est, avant tout, pour moi, un topos, exotique absolument, et dont la verdeur un peu désuète, l'entrain toujours perceptiblement factice se mire dans les écailles de peinture rouillée, vert-de-gris, et les lettres de teinte écrue, impeccablement de traviole.

La maison, elle, date plutôt, selon toute probabilité, des années 1970, et, quand on ressort de la boulangerie, un mercredi glacial, si près d'un chronotope aussi abscons (bords de Marne, printemps frisquets prétendument caniculaires et défrisant les houppes), avec, dans un sac en papier pseudo-vintage, deux immenses viennoiseries dont la forme et le nom même – palmiers – connotent cette même irréductible schize entre l'ici de l'écriture et l'ailleurs de la forme, ou (mieux vaudrait cela) entre une forme sans indice et l'écriture à l'indicatif, on ne laisse pas de penser que tout finit de traviole, oui, et même ce qui est blême : la mémoire, certes, mais aussi le vol des images dans les lieux abandonnés, et ce qui donne son zeste aux matinées.

mercredi, 12 décembre 2012

12:12:12

Parfois, enfant, j'allais au bord de la Midouze

Pour compter les fenêtres du vieux moulin (douze !),

Ce qui me revient en ce jour de deux mil douze.

samedi, 08 décembre 2012

Rompez !

Être à tout jamais tributaire

D'un monde utile, itinérant,

Et c'est, à ne rompre les rangs

Par quelque claque salutaire,

 

Le soleil même, chien errant,

Qui se camoufle, qui se terre

Et creuse ce qu'on ne peut taire,

Radieux vitrail d'Enguerrand.

 

Ce n'est pas que le cortex tienne

À lier l'église Saint-Etienne

Au monde fade et vagabond,

 

Mais son image perpétue

Par sauts et gambades, par bonds,

La brûlure de la statue.

 

jeudi, 27 septembre 2012

Mémoire de Multani

Seize pions verts, et désormais un dix-septième qui s'affiche dans ce jeu de go, tout d'une pièce.

Santiago Amigorena (je n'ai pas avancé d'une page dans La Première défaite depuis mardi) se décrit, comme auparavant, en "crapaud graphomane", et je m'amuse à constater comme, nouvelle mouche-Amiel, je suis devenu le constituant ombrageux de ma propre polygraphie ignorée. La mémoire et l'oubli : une constellation Amigorena-Kundera-Breytenbach, qui invite d'autres calligraphies, aussi. Peu importe. Aimant les crapauds, surtout les alytes (crapauds accoucheurs), aimant leur chant mélancolique dans le brasier allégé des nuit d'été, m'interdisant les adjectifs, je trace pierre après pierre le chemin qui m'efface, en ombre songeuse encore.

Ce n'est pas rien, d'autant que le nombre d'hier est un nombre de  Mat(t)hieu . Et je n'ai, très entre mille autres choses, pêle-mêle, jamais eu/pris le temps d'approfondir cette notion de nombre de Mat(t)hieu.

Qu'on me relâche.

Le circonflexe qui se greffe à la mémoire est aussi celui de l'entremêlement.

jeudi, 06 septembre 2012

Dodderers and junk-gatherers

Tant qu'à commencer quelque part, et à ne jamais commencer en fait, autant le faire en signalant une découverte essentielle : le nom junk viendrait, en anglais, du vieux français jounc (le jonc). On peut donc aisément dire : on se pèle la camelote ici.

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Bois et cuivres dans la Suite n°1 de Stravinsky (ma préférée - la n°2 est déjà trop citationnelle) mettent de bonne humeur, ça et ce soleil revenu. Ils me rappellent surtout combien j'avais aimé l'exposition Hockney à la Royal Academy en 1995, par rapport à notre désarroi cet été à Bilbao : Hockney commet maintenant de la mauvaise peinture, au sens où elle est parfois mauvaise en tous points : pâte, mouvements, projet et structure. Le comble, presque, ce sont les dessins à deux balles sur iPad imprimés ensuite en format géant. Foutage de gueule maximal, aucune émotion, et presque pas (plus) de talent.

Bois et cuivres, rayons de bicyclettes, soleils d'ici, préservez-moi du gâtisme.

 

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Série Impuissance, X2

Il y a quelques jours, renonçant à rattraper un jour le retard accumulé dans les prises de notes etc., j'ai rangé sur les rayonnages encore-déjà trop étroits tous les livres que j'avais ordonnés à la façon d'une paroi séparant les deux bureaux, mais non sans les prendre en photo dans différentes dispositions, le tout formant une série que j'ai nommée Impuissance. Ainsi me souviendrai-je au moins que j'aurais voulu tirer quelque chose de ces différents livres marquants. (Mais quoi ? le pareil au même ? Autant oublier.)

mercredi, 01 août 2012

Son thé en tessons (II)

Donc, il est mort dans une assiette.

Tandis que l'orateur explique, la situation se complique.

Mourir dans une assiette, même avec l'ignorance et le mauvais goût, des vêtements hors d'âge, cela reste la mort. Plutôt, cela devient encore la mort, ce soubresaut. Mourir, crever, clamser dans une assiette ;

la chemisette jaune vif, l'appareil photo sur l'épaule.

Depuis ce jour, depuis sa mort, je ne suis même pas un spectre. Je ne suis rien. Pas un survivant. 

Passer outre.

 

(Le saviez-vous ? Il n'a pas écrit une ligne qui vaille depuis l'été de ses seize ans. Foin des bocks, des steaks et des stucs. Mieux eût valu qu'il se flinguât.)

 

Pas une ligne qui vaille, vous l'a-t-on dit.

 

mardi, 31 juillet 2012

Pistes

Avec l'Abeille. Sanguësa (Navarre), 18 août 2010. .

Rien, non, rien ne grime le passé.

Blême mémoire. De rien. Passe outre. Revient au même. Mêmoire.

samedi, 28 juillet 2012

Tessons

D'où dépendre. 

Pas grand chose. Maint souvenir supérieur, une assiette en plastique, la déambulation.

Tout de même, quel inculte.

Tout de même, quel inculte tu fais.

D'un doge, la signature. Mais un mur ocre ne la porte pas, pavés inégaux où les naseaux fumants ce bourrin mafieux se tord la cheville, et on se cogne la tête contre un mur peut-être ocre, mais peut-être âcre aussi (quartier des abattoirs).

Tout de même, quel inculte tu fais, et sur les tessons fumants je te torture.

Coupole, fumures.

Il se voûte au fur et à mesure qu'avancent les années.

Il se courbe. Il s'échine. Il n'a pas lu une ligne qui vaille depuis plusieurs semaines. Il n'a pas écrit une ligne qui vaille depuis l'époque de Tolède. Finalement, il valait mieux se flinguer.

Souvenir supérieur. Mémoire qui se reproduit, de diffracte, se dédouble. Brouillard de pas grand chose, déambulation vague entre tas d'ordures avec chatons, tessons de verres et d'amphores, bimbeloterie, la mémoire trouve sa cible, vise son double, s'avise que rien ne sert de s'échiner. Intestins, queues, tripes. L'idylle verte au quartier des abattoirs.

D'où dépendre -- mieux valait se flinguer.

jeudi, 05 juillet 2012

Coup de tournevis

 

Au moment où, le regard tourné vers les baraques d’aluminium du collège, on a entendu la trottinette de la fille bouclée, l’avenir paraît d’une totale vacuité. A quel moment se décider ? Courir après l’insoumission comme après un grelot, vasouiller comme une carpe koï – assez d’analogies – assez de pénibles analogies ! Des rehauts qui s’immiscent dans la mémoire, mince alors !

 

Assez, vraiment, d’analogies !

 

Le regard fixé sur la paroi de la prison, je n’entendais plus la trottinette, mais la calèche (non : le char à bancs) passait, avec les claquements des sabots des deux mules sur le bitume. La paroi de la prison, ses écailles, ses fissures, ses traces. Et enfin, le tragique est là, je ne vivais plus dans les analogies.

 

mercredi, 25 avril 2012

Tokyo / Fukushima III

Chaque fois qu'on perd des témoins de sa vie, les lieux comme les personnes, on se met à vivre une vie manquante.

Je contemple ce quartier, bercée d'un sentiment doux, en lui superposant malgré moi une autre image, détruite et dévastée, qui sera fatalement le futur de ce quartier, après le séisme qu'il faudra bien que les Tokyoïtes subissent à leur tour.

Ryoko Sekiguchi. Ce n'est pas un hasard, p. 178.

mardi, 21 février 2012

"La prison n'est pas un gruyère"

Après avoir lu le 62ème volet de l'Autobiographie des objets de François Bon, j'ai pris ma voiture (qui n'est pas un coupé), ce sous un soleil dardant et dans un froid tranchant, et, avant de démarrer, j'ai pris en photo le Laguiole repliable qui se trouve en permanence dans ce qui n'est pas la boîte à gants, mais, côté conducteur – faute d'autre appellation – la boîte à canif, ou le vide-poches à laguiole (qu'il faut prononcer la-yole, je le signale à l'attention de tous ceux qui, comme moi, veulent faire les malins à peu de frais).

Ce Laguiole, je l'ai trouvé sous une table de pique-nique, un beau jour de printemps 2010, en face du lavoir, à Sauternes of all places. Il était extrêmement sale, très évidemment rouillé. Dûment nettoyé, le soir, dans le gîte de Saint-Laurent des Combes, il avait l'air quasi neuf. Depuis, il ne quitte pas ce petit creux dans la portière avant gauche dela Prius.

samedi, 14 janvier 2012

Obsolète

Depuis l’annonce officielle de la perte, par la France, de son triple A – décision aussi attendue que ridicule et scandaleuse (ce triple cocktail est assez rare pour être souligné) –, j’ai, dans la tête, la chanson de MC Solaar, Obsolète, qui date de l’époque où Claude M’Barali se fatiguait encore à écrire ses textes, et ce en raison de la périphrase

L’homme qui capte le mike et dont le nom possède le double a


− périphrase susceptible de désigner, ainsi que je le démontrais un jour de novembre 1999 à des étudiants nanterrois atterrés qui, persistant à ne pas comprendre la différence entre paraphrase et périphrase, m’avaient poussé à citer ce même fragment, tant le pseudonyme (Solaar) que le patronyme (M’Barali).

Enfin, à cette époque, déjà, à Nanterre comme à Beauvais, il n’y avait plus de parcmètres, mais des horodateurs, ce qui confirme que le moderne est toujours-déjà dépassé.

jeudi, 29 septembre 2011

ʬ - ᴔ - Ѡ

Au cours de l'été 1991, entre une année de Terminale étincelante et une année d'hypokhâgne qui allait être l'une des plus stimulantes, entre autres intellectuellement, de ma vie, j'écoutais presque chaque jour, et souvent plusieurs fois par jour, à Cagnotte, l'album de Gérard Manset qui date de 1974 et dont ma soeur venait de me "repiquer" un enregistrement sur cassette audio. Je découvrais l'album, un peu plus d'un an après que mon ami Christoph m'eut fait découvrir Manset.

Cet été-là, plus que les albums Lumières et Prisonnier de l'inutile (dont le souvenir est lié, pour moi, aux journées hivernales de mon année de Terminale), c'était donc l'album de 1974. La cassette audio est foutue depuis longtemps, et, selon la stratégie habituelle de Manset, la version remastérisée en CD ne contient pas toutes les chansons d'origine. Même dans les best-of ou coffrets, certaines n'ont toujours pas reparu, condamnées à l'instar de toutes celles du premier album, et du troisième album. Entre autres, Un homme étrange, que j'avais dans la tête presque en permanence cet été-là — et dont je juge encore aujourd'hui que c'est une composition d'une très grande subtilité, qui tient à merveille l'équilibre entre chanson populaire, texte insolite et arrangements ambigus — semble avoir été voué aux oubliettes. Il m'arrive régulièrement de chercher, sur youTube ou autres sites, telle ou telle de ses chansons. Comme l'éditeur de Manset et Manset lui-même sont très vigilants, on ne trouvait, jusqu'à naguère, aucune de ces chansons condamnées (ni les autres d'ailleurs). Or, il semble que le blocus soit levé, ou qu'EMI soit moins vigilant ces temps-ci, puisqu'il y en désormais toute une fournée sur youTube.

Pour plus de sûreté, et dans l'hypothèse d'une prochaine razzia EMI d'autant plus idiote que des vingtaines de chansons ne sont disponibles que par de vieux vinyles, je viens de télécharger Un homme étrange. Outre l'été 1991, la semaine en solitaire à Madrid, ou d'autres moments plus furtifs (fugitifs ?) venus plus tard (ou dont mon souvenir s'accorde à les fixer un peu plus tard dans la chronologie), cette chanson me rappelle combien ma soeur aimait à se moquer des rimes de Manset (dans cette chanson-ci : "fait comme une branche de céleri / mais gare à celle qui rit"), et, sans doute, par ce biais, de moi, de mon goût pour Manset. Cet été-là, aussi, en écoutant Manset, j'ai écrit des brassées de poèmes, à l'Olivetti sur du papier pelure, feuilles qu'ensuite je reliais, minces recueils de douze ou quinze poèmes que je me rappelle partiellement et imparfaitement, mais que je ne renierais aucunement.

 

(Le vrai punctum, le point absent, la ligne de mine de ce texte, c'est Christoph.)

jeudi, 22 septembre 2011

Matière et mêmoire

Rougequeue noir. Châteaux de Lastours (Aude), 17 juillet 2011. Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister.

Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister en un croisement de coïncidences — un rappel vif, aigu, de l’épaisseur du temps.

Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de constituer, par des rapprochements, cette forme de mémoire que, depuis quelques années, je m’échine à tenter de cerner et que j’ai nommée mêmoire.

Le Rougequeue noir prisonnier, château d'Oiron, 23 mai 2010. III Parfois, la photographie consiste à saisir sur le vif, posé sur un rocher, un rouge-queue noir, puis, en retrouvant l’image (la phrase, dans le cas de l’écriture), à faire immédiatement un lien avec une autre image, pas si ancienne — très précaire ou malhabile celle-là, mais il n’y avait pas le choix : l’oiseau voletait nerveusement, la vitre était sale, le contrejour difficile à éviter. Pourtant, le rapprochement de ces deux images devient essentiel, substantiel, consistantiel. Le lien donne matière à. (Il lie : transitivité indirecte.) Le lien donne matière. (Il s’avère pour lui-même : intransitivité.)

Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister.

jeudi, 01 septembre 2011

Rectificatifs (= c'est l'écriture)

J'ai passé un moment assis dehors, sur la terrasse, à profiter d'une des dernières soirées, peut-être, de lecture vespérale, entre les 244 étourneaux perchés sur l'immense grue Potain du chantier voisin, la tourterelle sur l'antenne télé et la pie (qui se trouvait, ce soir, dans la gouttière des Huppenoire), et à aller d'un livre à l'autre -- le livre à couverture parme (Max Aub) et le livre à couverture orange (Elsa Morante) -- tout en essayant de rendre hommage, par la pensée, à la chaise défoncée sur laquelle j'étais assis et qui achève de rendre l'âme sous mes fesses : cette chaise, que, comme ses trois congénères, nous avons achetée (très d'occasion, à la Trocante) lors de notre installation dans l'appartement de la rue du 51ème R.I., à Beauvais, pourrait témoigner, avant d'aller à la benne à laquelle je finirai bien par la condamner, de bien des moments de notre vie au cours des quatorze dernières années. Cela mérite sûrement, pour ouvrir le mois de septembre, une double citation.

Il lui semblait voir Venise, comme une mer tranquille, sur laquelle d'énormes anges de marbre marchaient sans toucher l'eau, les pieds nus, avec de longues robes tombantes. *

Ils rectifient. Ils ont des visions. **

 

Tous les anges, dans leurs robes (étourneaux criards, pies volages), ont des visions, et nous, nous rectifions.

 

 

* Elsa Morante. "Le voyage", traduction de Sophie Royère - in Récits oubliés (Verdier, 2009, p. 136)

** Max Aub. Campo del Moro (1963). Traduction de Claude de Frayssinet. Les Fondeurs de brique, 2011, p. 26. [Il s'agit du tome 5 du Labyrinthe magique.]

lundi, 11 juillet 2011

Pierre, pitance, in-pace

C'était le même édifice en pierre noire ou grise baigné de la même lumière morte où l'on servait la même pitance intemporelle à des jeunes gens transférés de leurs humides oubliettes dans l'in-pace de l'internat.

(Pierre Bergounioux. Le premier mot. Gallimard, 2001, p. 30)

 

N'ayant pas été logé, pour mon hypokhâgne (ni d'ailleurs par la suite), à l'internat, et n'ayant pas non plus quitté l'âpreté de la Corrèze pour la morne Limoges, je n'ai, de mes années de classe préparatoire, que des souvenirs lumineux, éblouissants aussi de sérénité. J'étais sans doute plus décomplexé, et sans attentes, que P.B. Aussi: j'ai pu avoir des professeurs plus enthousiasmants que lui. Néanmoins, néanmoins… Se peut-il que les lieux comptent plus que tout pour donner le ton d'une année, ou pour infléchir ce que l'on comprend d'un cursus ?

samedi, 02 juillet 2011

Le Rouge et le bleu

Le Nietzsche peint par Munch de la collection Thiel n’est pas celui que j’avais cru, celui qui était reproduit sur la couverture d’Ecce homo dans la collection “10-18”, je crois bien. Celui d’ici est à dominante bleue, alors que l’autre est à dominante rouge – au moins dans mon souvenir. Et comme l’autre m’est plus familier, au moins en reproduction, celui-ci m’a un peu déçu, d’autant qu’il occupe le fond d’une grande pièce à lumière zénithale, un peu glauque comme on dit à tort, et qu’il faut le contempler entre de hautes palmes de salon d’hiver, un peu gênantes. (Renaud Camus, K. 310, journal 2000 – entrée du 27 mars 2000. P.O.L., 2003, p. 83)

 

Je croyais me souvenir d’un Nietzsche de Munch très rouge (pas Nietzsche, le tableau). Ce Nietzsche rouge doit être ailleurs, je ne sais où. Celui de Thiel a des dominantes bleues et brunes, un peu éteintes. Il m’a légèrement déçu. Je serais curieux de voir ce que j’en disais en 2000. La collection des Munch de M. Thiel est néanmoins très impressionnante. (Parti pris, journal 2010 – entrée du 2 août 2010. Fayard, 2011, p. 314)

 

Même persistance d’une grande acuité dans le doute (« je crois bien », « je ne sais où »).

Même incertitude sur la source de première vue (la couverture de l’édition de poche d’Ecce homo aura servi d’écran premier).

Même relativisme de la déception (« un peu », « légèrement »).

Même point de départ : la croyance (« cru », « croyais »).

    è Ce que je nomme la (blême) mêmoire – avec son accent circonflexe.

 

Munch_Nietzsche.jpg  M0254.jpg  nietsche_3.jpg

(Sinon, pour ce qui est de l’existence de deux toiles (une rouge, une bleue), je me demande, après avoir consulté rapidement la Toile, s’il n’y a pas un seul tableau (celui de droite, ci-dessus, provient de la collection Thiel), mais que le maquettiste de l’édition de poche mentionnée par Renaud Camus aurait accommodée au moyen d’un filtrage rouge.)

mercredi, 06 avril 2011

Cinq hommages/images, au prieuré de Saint-Cosme

Prieuré de St Cosme, dimanche 27 mars 2011 - le dortoir. Prieuré de Saint-Cosme. La Riche, samedi 20 mars 2010. Eglise. Vers cinq heures et demie. Prieuré de Saint-Cosme, de nuit. Vendredi 20 mars 2009. Prieuré de Saint-Cosme. La Riche, samedi 20 mars 2010. Eglise et Logis du prieur. Vers quatre heures de l'après-midi. Printemps musical de Touraine, Prieuré Saint-Cosme, 16 mars 2008 : le logis du prieur (Logis Ronsard)

samedi, 05 février 2011

L'Arbre candélabre

Entre autres merveilleuses résolutions que je finirai bien par prendre (fût-ce bien après la saison des résolutions) et même par traduire en actions concrètes, 2011 (au moins en sa fin) devrait (et déjà je sens que la syntaxe de cette phrase qui en est à sa troisième (4ème) parenthèse ne sera pas seulement complexe, mais même carément solécistique (solécique ?)) me voir relancer des chantiers de traduction, et même de menus projets de recherche.

On ne se lasse jamais des rengaines du type qui voit le temps lui échapper, sur son clavier.

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Depuis hier soir, j'ai lu deux brefs romans de Sébastien Doubinsky. Il s'agit de tourner la page. I'm a great page turner, yet I'm not a book - who am I ? Tourner la page, et la saison des énigmes ne succède pas pour autant à celle des bonnes (ou merveilleuses) résolutions. Je me suis interrompu, afin d'écrire ce billet, dans la lecture du plus bref encore dernier texte paru de Sébastien Doubinsky, car le début du roman me met en mémoire trois choses :

  • le recueil fabuleux de Michael Ondaatje, et la communication pitoyable que je lui avais consacré en juin 2002 (2003 ?) lors d'un colloque de poésie à Paris-VII
  • les débuts de Début (Nathalie Quintane)
  • mon peu de souvenirs du Jutland, et plus généralement du Danemark (hormis livresque, peut-être) - j'ai visité le Danemark en famille à l'âge de treize ans

 

De fil en aiguille, je me pose plusieurs questions essentielles, cruciales, a matter of survival : que sont devenus Vic Moan et Fred de Fred ? Baule est-elle une commune plus attachante que La Baule ? quand penserai-je à remettre sur ma boîte à lettres une affichette interdisant le dépôt de prospectus ?

 

samedi, 11 décembre 2010

Rue du Bercail, 1

Cet écran est d'une saleté... (Ces douleurs intercostales ne sont pas cardiaques.) Du haut de la tour où se trouve la B.U., on voit les nuées brumeuses (smog ?), avec, tout juste à l'est, une longue strie orangée. Il crâne avec les captures d'écran.

BERCAIL = IL-CRABE => CANCER (le C de CRÂNE, le M des MERES)

Tant de textes, si peu de temps. Tant de mois de stérilité. Et devant soi ? La vie ? (Ces douleurs intercostales ne sont pas cardiaques.) Reste à creuser, toujours, la question des ornières : il me semble qu'adolescent déjà je souhaitais écrire un roman dont le titre serait Ornières (ou y avait-il le mot "ornières" dans le titre ?).

Ce qui suggère => Santiago A. Un adulte mutique.

mercredi, 01 décembre 2010

Fidélité aux goûts d’enfance, bis

 

« Plus de choses à dire en matière de musique. »

En effet.

 

Vers l’âge de vingt-trois ou vingt-quatre ans, j’ai eu la curiosité – à l’époque où je faisais des razzias chez Gibert – d’acheter en CD le premier disque des Talking Heads, qui faisait partie de mes cassettes favorites vers l’âge de neuf ou dix ans (avec, pour m’en tenir à la pop de langue anglaise, Sparks et Manhattan Transfer*). J’avais été surpris de trouver aussi bon et aussi original ce disque, après quinze ans et de nombreuses découvertes dans cette zone (Bo Diddley, Zappa, les Yardbirds, les Clash)**. Bien sûr, il est difficile de savoir ce qui relève de la nostalgie, du souvenir d’enfance, et ce qui tient le coup, malgré tout, résiste à un jugement plus « adulte » - j’allais écrire objectif, ce qui serait une belle ânerie.

Même chose récemment avec les Sparks (j’en ai déjà touché un mot), dont je viens d’acheter 5 albums ; cela ne m’étonne pas du tout que ce duo fraternel ait poursuivi sa carrière et écrit des chansons comme ‘How Do I Get to Carnegie Hall’ ? (2002) ou ‘Let the Monkey Drive’ (2008). Deux hypothèses : soit j’ai toujours des goûts aussi pourris qu’à huit ans, soit mes goûts ont évolué, mais des îlots de mes goûts d’enfance surnagent car j’avais eu quelques intuitions.

 

Le plus surprenant est que, en général, le temps a pour effet de me conduire à aimer des chanteurs ou des genres musicaux que je trouvais inaudibles quelques années auparavant. Ainsi de l’opéra : adolescent, j’aimais bien (ce qui veut dire que je n’aimais pas, mais pouvais écouter) la musique symphonique, mais pas du tout l’opéra – mon goût a changé peu après mes vingt ans, par le truchement des Noces et de Don Giovanni, puis de Britten (Gloriana). Ainsi de Léo Ferré ou, plus récemment, de Claire Diterzi (dont le second album m’agace tout de même prodigieusement). Ainsi de la musique baroque, voire Renaissance, qu’Alpha, avec son goût très marqué, plus jeune, pour les châteaux du Moyen-Âge tardif et de la Renaissance et pour tout ce qui s’y rapportait, m’a fait entendre.

À ce stade de la réflexion, je ne sais pas si l’affection durable pour le premier album de Talking Heads (mais guère pour les suivants, d’ailleurs) relève de l’exception, ou d’une règle contradictoire dans un système complexe mêlant formation progressive du goût, mémoire, nostalgie, paradoxes internes.

 

 

* Il y a le cas particulier d’Ian Dury & the Blockheads. En effet, mes parents n’avaient que le 45-tours de ‘Hit Me With Your Rhythm Stick’. Quand j’ai acheté le CD correspondant à l’album Do It Yourself, j’ai découvert toutes les autres chansons, dont la plupart sont bien meilleures, et plus complexes, plus résistantes à de multiples écoutes que « Hit Me… », qui est rigolo et bien fait, sans plus.

** … et sans parler des découvertes musicales d’un autre ordre, dans le domaine du jazz (depuis l’âge de 19 ans, sous l’influence très marquée et heureuse de mon beau-père) ou de la musique-classique-comme-il-ne-faut-pas-dire (découvrir vraiment Bach et Alban Berg, ça vous change un homme).

 

 

mardi, 30 novembre 2010

Lectures d'enfance

(Ce billet promet d'être fort long. Or, il s'agira, je pense, d'un vaste copier-coller******. (Je ne sais jamais si, dans la forme substantive, il vaut mieux utiliser un infinitif ou un participe passé. Préoccupations d'un autre âge.))

 

À la faveur d'un test assez stupide que propose Facebook (Have you read more than 6 of these 100 books?), et que j'ai eu la faiblesse de copier-coller [là, au moins, on est sûr que c'est un infinitif, NDLR] dans mon profil, en ayant soin de mettre en gras les ouvrages que j'ai lus et en italiques ceux que j'ai commencés ou parcourus, je viens d'avoir une conversation très intéressante avec Madame de Véhesse :

GC - Ah ça, Tolkien et C.S. Lewis, faut avouer...

VS -  Guillaume, je ne sais pas ce que tu lisais enfant (si en fait, je sais, Char à douze ans, c'est ça?) mais j'ai toujours placé haut la fidélité à ce qu'on a aimé. Penses-en ce que tu veux, je reste persuadée qu'il y a un rapport étroit entre nos rapports à la littérature et ceux à l'enfance.

GC -  Valérie, tu te méprends. Je reste extraordinairement fidèle à Topaze, à La guerre des boutons (que je viens de reparcourir à la faveur de sa découverte par mon fils aîné), aux Trois Mousquetaires (mais pas à Monte Cristo, que, justement, je n'ai pas pu lire enfant et ai été incapable de lire adulte), ou à L'Île verte de Pierre Benoît.  (Quatre exemples seulement ; j'espère qu'ils achèveront de te convaincre que cette histoire de "Char à dix ans", pour être vraie, ne suffit pas à me résumer.) Ah si, il y a aussi tous les volumes Folio Junior d'anthologies : L'arbre en poésie, La liberté en poésie, etc., dans lesquels j'ai découvert Guillevic, un des grands poètes de ma "formation", entre 18 et 24 ans*******, disons -- et René Char, donc. 

 

J'aurais certainement pu ajouter Mon amie Flicka (et la suite de cette... quoi ? trilogie ?), mais, sur ce coup-là, je ne peux empêcher d'éprouver un peu de honte rétrospective*. Toutefois, à chacun des ouvrages que je viens de citer (Mon amie Flicka inclus), me remontent en mémoire, aux yeux, à l'esprit, les lieux où je les ai lus, les moments, les heures, le détail du grain des pages, la typographie peut-être, le titre de certains chapitres, ou certaines bribes de phrases. Oui, ce que nous lisons dans notre enfance nous structure.

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Or, je m'aperçois à l'instant (car j'ai passé une heure à recevoir deux étudiants puis une secrétaire entre le début de ce billet et maintenant [10 h 36]) que Madame de Véhesse m'a encore répondu :

VS - Guillaume, on ne va se (re)disputer. Char était une pique un peu en dessous de la ceinture, je le reconnais, mais qui voulait surtout souligner qu'on lit enfant en fonction de ce qu'on trouve autour de soi et de ce qu'on vous donne. C'est la différence entre visiter une forêt vierge avec un guide et la visiter tout seul: on met plus longtemps à s'orienter et à repérer les détails de la flore et la faune.

 Lewis : à 7 ans ; Tolkien : à 12, ce qui compte tenu de notre différence d'âge me l'a fait lire bien avant qu'il soit devenu ce qu'il est devenu en France (aux US, c'était le début des jeux de rôle et de donjons et dragons. Je suis très contente d'avoir vu ça naître, comme je suis heureuse d'avoir connu avant/après internet, avant/après les portables, etc.)

 Lewis et Tolkien : les deux prêtés par des amis.

 Tu avais plus ou moins des guides, pas moi. Très peu de livres à la maison, tout emprunté à l'instinct (et grâce aux extraits donnés en exemple dans mes livres de grammaire : je ne sais pas comment j'aurais fait aujourd'hui avec les exemples qu'ils donnent !)

 

 

Curieusement, je ne me rappelle pas du tout m'être disputé avec qui que ce soit (et donc pas non plus avec elle) au sujet de Tolkien. Par ailleurs, je ne crois pas que notre différence d'âge soit bien grande, car j'ai vu apparaître, moi aussi, les jeux de rôles (j'étais adolescent), Internet (à Normale Sup' puis dans la société at large) et les téléphones portables (je n'en possède toujours pas).

De plus, je crois que mon admirable interlocutrice surestime un peu mon entourage. Moi aussi, j'ai découvert bien des auteurs grâce aux manuels de grammaire (Nathalie Sarraute en 3ème, par exemple (mais il est vrai que ma mère lisait certes John Irving mais aussi Robbe-Grillet, ce qui me demeure une énigme)). Il y avait beaucoup de livres à la maison, et je voyais ma mère passer des heures à lire, à la plage ou en vacances, mais aussi parfois dans la vie quotidienne. (Mon père, pas du tout. Il était déjà à fond dans son trip associatif (dans l'écologie et la protection de la nature), qui ne le conduisait pas encore, comme aujourd'hui, à Bali, Bruxelles ou Athènes on a nearly monthly basis, mais déjà à Caupenne, Tartas, Puyol-Cazalet, et surtout fait qu'il n'a pas ouvert un livre (de littérature, disons) depuis 35 ans.)

Les lectures de mon entourage n'ont eu qu'une influence modérée sur moi, en fin de compte. Je veux dire : sur mes goûts d'à présent ; sur la longue sédimentation qui a fini par produire mon goût en matière de littérature à ce jour. Face à la lecture, on est finalement toujours seul**.

 

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* De lectures "purement" enfantines, comme les Jojo Lapin d'Enid Blyton, je n'ai absolument pas honte. Alpha n'a pas du tout lu ces livres de la bibliothèque rose à fleurs, mais je me suis surpris, quand ma mère, il y a trois ans, les a remontés d'une armoire du sous-sol pour les mettre dans mon ancienne chambre, à Cagnotte, à les relire, à rechercher tel ou tel passage, vérifier que c'était bien là, dans le premier "roman" jamais lu que j'avais été heurté ou dérouté par les mots pouah et gredin.

** Il y a aussi***, comme moment de cristallisation, mon opération pour une péritonite, à l'âge de quinze ans****, et mon séjour subséquent d'une semaine à l'hôpital puis de deux semaines à la maison, dans l'oisiveté, et, par conséquent, la lecture. Ma grand-mère maternelle m'avait apporté quelques livres, dont L'Eglise verte de Hervé Bazin, et mon camarade, Marc Foglia (qui n'était pas un camarade au sens strict, mais je ne peux entrer ici dans les détails), m'avait apporté La Montagne magique. J'ai été bouleversé par La Montagne magique, que j'ai lu en trois jours, je crois, tandis que je ne pouvais ni me nourrir ni même boire, mais j'ai aussi lu L'Eglise verte. C'est certainement la dernière fois que j'ai lu un livre en me laissant influencer par mon entourage familial*****.

*** Cette note à double astérisque, je l'ajoute après une nouvelle interruption. Je viens de recevoir, pendant une bonne demi-heure, deux étudiantes de l'I.U.T. de journalisme, dont Mlle Géraldine Cornet-Lavau, qui venaient m'interviewer sur la question des enseignements en visioconférence. Le "sujet" passera en janvier dans l'émission Matafac, sur TV Tours.

**** Quinze ans : d'après Renaud Camus, c'est l'âge auquel, en matière de culture, de capacité à se cultiver, tout est joué.

***** L'influence, en soi, n'a rien de péjoratif, n'est pas à proscrire. Je ne cesse d'être influencé. Mais la simple influence ne suffit pas à former le goût.

****** Finalement, la part du copier-coller n'est pas si grande. Et je suis loin d'avoir épuisé le sujet. Sur la question de la fidélité à ses goûts d'enfance, j'aurais, après réflexion, beaucoup plus à dire en matière de musique.

******* Une dernière anecdote : je n'ai jamais pu retrouver, dans aucun des recueils de Guillevic, le premier poème de lui que j'aie lu, grâce à ces anthologies, et que je connais par coeur :

Il se ferait pommier,

Lui, dans l'espace détendu.

 

Il aurait cette frondaison,

Ces pommes, la patience.

(&c.) 

dimanche, 28 novembre 2010

"Je parle à mon bonnet..."

Nous allons aujourd'hui à La Flèche (par une journée qui promet d'être froide et grise), et, fort opportunément (mais, me semble-t-il, par hasard) nous avons regardé hier soir, avec Alpha (qui appréhendait, je pense, d'être confronté à une pièce de Molière, pensant cela trop difficile pour lui (alors que je savais, pour avoir été exposé au répertoire classique dès l'âge de sept ou huit ans, qu'il mordrait d'emblée à l'hameçon)), la version filmée de la mise en scène de L'Avare par Catherine Hiégel avec Denis Podalydès. Alpha ne s'y est pas ennuyé un instant, est allé se coucher encore hilare et tout excité, répétant les répliques qui l'avaient le plus fait rire ("les beaux yeux de ma cassette ?") au point d'avoir du mal à s'endormir. Tout juste avons-nous eu besoin de deux ou trois "pauses", le temps de lui expliquer ce qu'était une entremetteuse et ce que celle-ci (Frosine) venait faire dans cette galère, ou la situation de quiproquo entre Cléante emprunteur et Harpagon prêteur à usure.

Du coup, je pense  -- le connaissant --  qu'Alpha va lire tout ce qui, de Molière, pourra lui tomber sous la dent, et être enthousiaste à la moindre proposition de regarder Le Malade imaginaire ou Tartuffe. Je suis allé lui dégotter Le Médecin malgré lui dans une vieille édition des Classiques Larousse, et L'Avare, bien sûr, dans l'exemplaire de ces mêmes Classiques Larousse qui appartenait à mon père et à partir duquel ma soeur et moi avions entrepris d'écrire, dans un cahier Héraklès, une version pas même modernisée... une réécriture, au plus, ou une réappropriation (je devais avoir huit ans, et elle douze).

Sur la mise en scène elle-même, pas grand chose à dire, ni à redire. Escalier bien mis à profit, Podalydès très drôle quoique parfois trop virevoltant (son interprétation du monologue me laisse partagé : admirable, en un sens, elle n'a de sens justement que pour quelqu'un qui connaît déjà bien la scène -- or, le méta-méta, s'il convient aux classiques, a tout de même tendance à m'ébouriffer, au théâtre), interprétation globalement bonne quoique penchant vers l'hystérique, et à l'exception d'une Elise dramatiquement mauvaise et dont, au moment de la distribution, au générique de fin, nous avons constaté qu'elle avait un nom maghrébin ; ses origines n'avaient pas pu nous frapper, tout d'abord parce qu'elle n'appartient pas visiblement aux minorités dites visibles, mais surtout parce qu'elle a très bien intégré un mode de jeu que l'on pourrait qualifier d'exécrable à la française.

Et, comme je lis depuis hier après-midi, le journal 2009 de Renaud Camus, Kråkmo, cela m'emmène dans des réflexions en spirale sur la culture, les générations, la discrimination positive etc. Est-il possible que cette actrice se soit retrouvée à la Comédie Française par un simple effet de discrimination, et malgré ses piètres dons (c'est un euphémisme) pour la comédie ? Si c'était le cas, voilà un exemple qui ferait bien du tort, à rebours, aux Roschdy Zem et Sami Bouajila, pour citer deux acteurs que je crois maghrébins, également, et qui sont absolument excellents (et n'ont sans doute pas eu besoin de discrimination positive pour en arriver là où ils en sont, juste d'avoir du talent et de le travailler (ce qui n'est pas rien)).

 

samedi, 27 novembre 2010

Dents, arceaux, percussions

Lena nYadbi, 2008.jpg   Ce mardi-là à Canberra, parcourant à pas comptés (et la tête échauffée, solitaire et attentif) les salles de la National Gallery of Australia consacrées à l'exposition Emerging Elders, pouvais-je, en contemplant, me rappeler ce texte de Daudet étudié dans un de mes cours de traductologie deux ou trois ans auparavant, et dans lequel l'expression "salons en enfilade" peut donner lieu à de subtils développements sur les métaphores figées, les changements d'image d'une langue à une autre, ainsi que sur les doubles sens involontaires (anachroniques), d'autant que, la sueur perlant à mon front, peut-être, après une promenade dans le jardin des sculptures, je n'avais pas encore lu (ni même acheté : c'était place de Strasbourg le 29 août 2010) le bref et assez vain (quoique (ou parce que) habile) roman de Christophe Claro dans lequel, à la page 74, l'Esprit de la cave prend son envol ?

 

Parfois, il arrive qu'ils me croisent. Le noir leur tombe dessus comme un rat d'une canalisation haut perchée - un bruit mat et lourd, puis plus rien, même pas le grattement des pattes, juste son poids, sa trompeuse chaleur -- et alors, ALORS, ils me sentent. Ils sentent l'Esprit de la cave. des peurs d'enfance leur griffent l'entrecuisse, une toux sèche leur noue le thorax, un invisible pic à glace leur taquine l'échine.

Ni vigile d'une vulgaire Lascaux, ni tour-operator de je ne sais quelle catacombe, j'halète et grince et sue, tenu à de solitaires inspections, à de très chiantes circonvolutions dans cet univers de cadenas et de minuteries.

 

 

Ne trouve-t-on pas, dans le nom même de Lena Nyadbi, l'image même du tissage...

"Bo Diddley Meets the Monster". Self-Portrait with one of Bert Flugelman's Cones. National Gallery Sculpture Garden, Canberra, May 11, 2010.

... et, dans les cônes de Bert Flugelman, une rencontre quasi incestueuse avec l'Esprit de la mêmoire ?

mardi, 09 novembre 2010

Etincelles d’un lundi

 

(Il faudrait en terminer de ces petits exercices d’écriture frustes, en ça frustrants. Mais ne serait-ce pas en terminer, déjà, de l’écriture, de sa reprise ?)

 

Infiltrations du 2ème sous-sol. Université de Tours, site Tanneurs, lundi 8 novembre 2010.Hier, patraque, rentrant de la fac plus tôt que prévu : la pluie torrentielle du matin se déversait au parking du 2e sous-sol [insérer litanie : avec l’argent dépensé pour les ridicules commémorations du 40ème anniversaire, on aurait pu colmater etc.], avec quatre heures de décalage, alors que brillait au-dehors, étincelant sur la statue dorée du monument aux morts comme sur les moindres hideurs de la ville, un magnifique soleil d’éclaircie automnale.Monument aux morts, quai Anatole-France, Tours, lundi 8 novembre 2010

 

Le soir, guetté par l’insomnie, glandouillant : passé presque une heure à écumer l’œuvre récent du duo des frères Mael, Sparks, le seul groupe anglo-saxon (avec Talking Heads) que j’aie vraiment aimé dans mon enfance.  Revient alors la fureur grise des circonflexes, vous vous en doutez : journées de novembre passées près du gramophone (qui n’en était pas un, mais le mot n’est-il pas poussiéreusement désuet ?), à me passer les toasts noirs de Charlélie Couture ou de Sparks, justement, dont les chansons, avec leur rose vivacité ou leur violette mélancolie, donnaient un cadre sonore à mes plus banales imaginations. Dans le sous-bois, après (disons que j’avais neuf ans ?), ou pataugeant dans la rivière, plus loin (onze ?), je pouvais soit me taire pour observer tel ou tel troglodyte en chantonnant That’s Not Nastassia in petto, ou chanter à voix douce, audible de tous les oiseaux qui allaient alors s’enfuir, Tips for Teens (juste un exemple : je ne possédais qu’un vinyl de Sparks, que mes parents ont ramené d’Angleterre, je m’en avise maintenant, en avril 1985 – donc mes années Sparks furent forcément pré-adolescentes, comme on ne disait pas (aujourd’hui, l’adolescence ne dure-t-elle pas vingt ans au bas mot, de la prépré à la post-post ?)).

 

Méandres du circonflexe, certes. Soyons perplexes. Je ne connaissais que l’album Whomp That Sucker ! – qui, incidemment, fut ma première introduction à la nuance entre les déictiques this et that, puisque l’index des morceaux des deux faces figurait sur une seule étiquette : j’avais donc appris, avant d’apprendre l’anglais, que les morceaux de « this side » étaient du côté de l’étiquette écrite, alors que les morceaux de « that side » étaient du côté non écrit. Ce seul album, noir (oxymore après la synesthésie, 2010 est une année trop laborieuse). Cet unique recueil de 10 chansons. Pendant vingt-cinq presque trente ans. Les chansons de Sparks, toutefois, ont mené, dans mon existence, dans ma mémoire, une course souterraine. (Et je m’en ravise, en fait, mes parents avaient ramené l’album de notre périple familial en caravane, été 1982. [Très vague souvenir d'une de leurs amies, Edna (?), qui tenait (?) un magasin de musique. Où ? Dans le nord de l'Angleterre ?] J’avais donc raison en me revoyant enfant, vraiment pas grand. D’où le barré dans la phrase pénultième.) À peine plus tard, ma tante maternelle m’avait parlé, peut-être parce que j'avais chanté Wacky Women (j'adore, surtout la rime Russell / muscle)), de « Pineapple », que je n’ai entendu qu’hier. Course souterraine : j’ai mis plus de vingt ans à avoir la curiosité minimale de chercher la version originale de « Pineapple », dont je me rappelle très précisément comment ma tante l’avait chanté, cette seule et unique fois.

Curieuse chose, livide mais aussi bien vive, soudainement passée à la flamme, la mémoire.

Je ne vais pas en faire fromage. (Il faudrait etc.) Quel âne à nasse.

 

Divers verts. Tours, lundi 8 novembre 2010.En tout cas, hier soir, j’ai découvert certaines chansons des derniers albums de Sparks, années 2000, et j’ai décidé de me faire un petit cadeau, automne oblige, en commandant 3 albums, soit anciens soit récents. Assumant un héritage compliqué de mon enfance. M’assommant sous de diffus souvenirs. Les panthères rugissent, pas les félins. Et pour le reste, il y a le vert de la sérénité.


mardi, 26 octobre 2010

Désarmes miraculeuses

......... four en thème ........

 

Ce n'est pas grand chose, pourtant, la scénographie d'une vie. J'ai l'impression d'avoir vécu deux décennies dans ces trois années. Et, malgré tout, maugréant ou explosant de joie, je dois constater que les expériences, les moments professionnels, restent d'une récurrence, d'une similitude, d'une répétitivité quasiment insurmontables, et -- à coup sûr -- désarmantes.

----- J'écris toujours cela à l'avant-veille de ma sieste, ou à la veille de ma mort. Qui jouera du trombone sur mon tombeau ? ------

D'autre part, les vitres n'ont pas été lavées. Alors la mémoire, pâle, comme Charon, comme le c alourdi par une cédille ou surmonté d'un caron, déguisé à la façon d'un effaré de carnaval, se résigne à froncer les sourcils, à ne plus se reconnaître telle - à n'avoir rien d'identique avec elle-même, à n'être plus l'ombre du reflet du souvenir de... etc. Ni fardée ni passée à la poudre de riz. La mêmoire. Encore.

 

mercredi, 14 juillet 2010

Boulevards de ceinture, 69-70

Je sais bien que le curriculum vitae de ces ombres ne présente pas un grand intérêt, mais si je ne le dressais pas aujourd’hui, personne d’autre ne s’y emploierait.

Course des ombres, vitesse pour rien, nous ne savons ni qui nous sommes -- ni pourquoi nous rêvons. (Brenne : froid léger, puis douceur moite au zoo. 30 avril 2006.)

 

vendredi, 25 juin 2010

Terrassé

Au Valmy, ce midi, bruschetta à la tapenade et Carlsberg à la pression. Il y a quinze mois, déjà, sous un soleil d'avant-printemps très beau (après une manifestation réussie), c'était la même terrasse, même si je n'étais pas celui qui avait commandé une bruschetta à la tapenade.

Aussi, la sainte Eléonore ravive des souvenirs annexes (mais centraux).

Comment survivre aux souvenirs, seul, au soleil, à la terrasse du Valmy ?

De terre et d'eau, la mêmoire - de fibres et par ficelles, toujours à raccorder comme le boyau d'un fragile instrument baroque, et solide aussi comme un tank avec ça... De terre et d'eau, elle file entre nos doigts avec ses grains. Elle irrigue mes douleurs, avec ses graines. Comment survivre, seul, au soleil, aux souvenirs, s'ils vous terrassent ?

 

mardi, 15 juin 2010

"Everything goes into the book"

Que se passe-t-il, en juin pourri ? Des travaux partout à Tours, et ce n'est même pas pour le tramway.

Everything goes into the book. (Créneaux ratés, multiratés, voiture qu'on ne retrouve pas dans ce foutu parking Vinci de la gare de Tours, créneau encore, sourires en coin, novembre tiède 2004.) Everything goes into the book. Je n'ai pas de nouvelles de Jamal Mahjoub. (Lui n'en a pas de moi. ---- My friend forsake me...) Je n'ai pas non plus de nouvelles de John Clare, mais c'est moi qui ai renoncé à en demander.

Jamal avait une légère barbiche, fort courte, juste au menton... a modern goatee en quelque sorte, et je n'ai jamais vu qui que ce soit d'autre ne pas avoir l'air ridicule avec cet appendice -- au contraire superbe et plein de prestance.

Je crois me rappeler mot pour mot, phrase à phrase, sa conférence du vendredi. Ce doit être une illusion. La mêmoire ne dédouble rien, mais trouble toutes les inventions.

 

Everything goes into the brook : tout va à vau-l'eau, même la vie ornée de, structurée par parenthèses.

 

mardi, 08 juin 2010

"Sur un E.P. tourne ma vie"

Dans le précédent billet, j'ai évoqué, de fil en aiguille, un disque de carton où figurait la chanson Monsieur Crocodile. Grâce au Web, qui jamais ne laissera notre mémoire demeurer blême (et être mêmoire), je découvre que cette chanson est attribuée à Richard Gotainer. Or, je suis certain que la chanson "carte postale" n'était pas chantée par ce zigoto à la voix reconnaissable (et que mon ami E*** croise régulièrement chez son fromager (c'est une autre histoire)). De plus, il me semble comprendre que le disque en question serait daté, d'après les deux ou trois sites qui le répertorient en l'attribuant à Gotainer, de 1984 (ou juste avant ?). Une chose est certaine : ma soeur écoutait ce disque sur son électrophone noir quand nous habitions à Saint-Paul-lès-Dax, et donc avant 1981.

Le mystère s'épaissit.

Si je commençais à partir en vrille sur les diamants des tourne-disques, je pourrais sans doute pondre des "Pléïade" (en quantité, pas en qualité (hélas)).

Psaumes d'électrophones

Bien entendu, il ne sert à rien - non plus - d'entretenir d'éternels regrets sur tout ce que j'aurais pu constituer, comme corpus, si je n'avais pas arrêté d'écrire depuis presque deux ans. Ici, même, au moment où j'écris, fort symboliquement je suis à moitié allongé dans le canapé, avec le netbook blanc sur les mollets, et, quoique j'aie apporté avec moi, au moment de me lever, deux livres dont je pensais qu'ils pourraient, comparés l'un à l'autre, constituer un bon sujet de billet, je sais qu'une telle position ne favorisera jamais l'écriture critique. Alors, me lever (du canapé) ? Accepter (ma paresse) ? Raconter comment, de manière assez régressive, j'ai passé une partie du week-end, non dernier mais précédent (pénultième ?), à écouter des vinyls (disques noirs ? 33 tours ?) après avoir enfin trouvé, au Troc de l'Île où nous étions allés acheter un "petit lit de grand" pour Oméga, une chaîne d'occasion comportant un tourne-disques (un électrophone) ?

C'est un bon sujet de billet aussi, qui va renvoyer le pauvre Werner Kofler, et le non moins déshérité Max Aub, dans les oubliettes de ces carnets. Déjà, pour le lexique : j'ai toujours dit "tourne-disques", quand, avec les cassettes, c'était le seul moyen, pour moi, d'écouter de la musique. Mais, depuis, à l'époque du laser (du CD ?), j'ai écouté en boucle (il y a sept ou huit ans) le Psaume 151 : "les psaumes sont écrits sur les magnétophones" -- qui entraîne dans son sillage tous les suffixes en -ophone... L'expression "disque noir", que personne n'employait -- justement -- avant l'ère du laser (du compact disc ?), est comique : ma soeur n'avait-elle pas un 33 tours de Plastic Bertrand (oui, je sais...) qui était entièrement rose (oui, je sais - bis) ?

Et, j'y songe, ma soeur possédait aussi un 45 tours en forme de carte postale, et dont la matière était effectivement une sorte de carton. La carte postale représentait un crocodile, et la chanson, de type comico-enfantin, avait pour paroles : "Dans sa crique, Monsieur Crocodile / Malgré son [xxx] n'est pas d'humeur facile / Bien qu'il vous paraisse doux et sympathique / Evitez de partager ses petits jeux nautiques".

Le [xxx] mis à part (ou à cause de lui ?), ce billet va pouvoir alimenter la rubrique Blême mêmoire, mort-née, me semble-t-il, puisqu'elle fut créée peu avant l'arrêt de l'écriture dans ces parages verts, ou même lors d'une de ces innombrables retours de flamme qui furent des feux de paille. (Je croise les doigts en écrivant cela ; j'espère que vous vous rendez compte combien c'est malaisé, avec l'ordinateur sur les mollets, et l'estomac dans les talons.)

 

dimanche, 22 novembre 2009

No swanage here

SWANAGE (pl.n.)
Swanage is the series of diversionary tactics used when trying to cover up the existence of a glossop (q.v.) and may include (a) uttering a highpitched laugh and pointing out of the window (NB. this doesn't work more that twice); (b) sneezing as loudly as possible and wiping the glossop off the table in the same movement as whipping out your handkerchief; (c) saying 'Christ! I seem to have dropped some shit on your table' (very unwise); (d) saying 'Christ, who did that?' (better) (e) pressing your elbow on the glossop itself and working your arms slowly to the edge of the table; (f) leaving the glossop where it is but moving a plate over it and putting up with sitting at an uncomfortable angle the rest of the meal; or, if the glossop is in too exposed a position, (g) leaving it there unremarked except for the occasional humorous glance.

 

(See here)

lundi, 20 juillet 2009

Fendaison

Lors de l'un des trois ou quatre séjours que je fis à Cambridge entre novembre 1995 et mai 1996, l'émotion esthétique la plus forte fut, sans conteste, la visite de St John's, avec ses couloirs mi-obscurs, ses enfilades de quads, ses grenadiers, ses voussures. À l'époque, je pris peut-être huit ou neuf photos, le comble de la débauche en ces temps argentiques.

En lisant les pages que Valery Larbaud consacre dans son Journal, en octobre 1919, à son bref passage (dans le cadre de ses recherches sur Samuel Butler), "a peu que le coeur ne me fend"*.

"Bon, mais il faut partir." **

 

* Villon

** Larbaud, p. 541

mercredi, 15 juillet 2009

What's in a name ?

.        Dans l'exemplaire de La Reprise que je vais rendre aujourd'hui à la B.U. se trouvaient, outre la classique fiche de format A6 portant mon nom et les conditions de prêt, deux fiches semblables, l'une entre la couverture et la page de faux-titre, l'autre entre les pages 108 et 109, et toutes deux au nom de Kasereka Mutisyano.

Sur ces fiches de format A6, qui ne sont insérées que dans les ouvrages archivés en magasin et commandés par voie informatique, je gribouille souvent des notes prises en cours de lecture, des numéros de pages, tout un système d'abréviations dont je ne fais rien en général, si ce n'est garder les dites fiches dans un autre livre une fois restitué l'ouvrage emprunté. Ainsi, il peut m'arriver de retrouver, dans un volume de poèmes italiens, une fiche attestant que j'ai lu -- et même griffonné quelques notes à ce propos -- telle pièce de théâtre russe du dix-neuvième siècle.

Trouver, dans un roman qui n'est (assez pesamment d'ailleurs, à sa lynchienne façon) que sosies, doublures, échanges, transferts de personnalité et surtout vertigineux dédoublements narratifs, deux fiches signalant que la même lectrice (car le nom de Kasereka Mutisanyo me semble indubitablement féminin, quoique plus douteusement japonais) a emprunté ce livre consécutivement les 21 février et 6 mars 2003, a de quoi troubler un pauvre dément de mon espèce. Cela m'a aussi rappelé un épisode de mes premières années tourangelles : au printemps 2004, interrogeant un trinôme de classes préparatoires (activité dans laquelle je m'étais laissé embarquer pour dépanner une amie mais que j'ai abandonnée après dix mois, tant les "colles" sont répétitives et ennuyeuses), j'avais échafaudé tout un univers romanesque formel autour du seul nom d'une des candidates : elle se nommait Silithone Phothirath, et était, de surcroît, très jolie.

Les noms Kasereka Mutisyano et Silithone Phothirath ont en commun (outre leur caractère censément évident d'étrangèreté orientale) leur léger déséquilibre numérologique, qui est ce qui les rend particulièrement obsédants pour moi :

Silithone Phothirath : 9 + 10 = 19 (nombre premier de rang 8)

Kasereka Mutisyano : 8 + 9 = 17 (nombre premier de rang 7)

 

Il se trouve, après quelques rapides recherches, que le nom trouvé en double exemplaire dans La Reprise ne serait ni japonais (ce qui, effectivement, me paraissait sujet à caution), ni féminin : il s'agit, selon toute probabilité, d'un nom d'homme africain, peut-être congolais ou rwandais. Ce qui complique l'enquête, c'est que Kasereka, placé sur les deux fiches en position de prénom, semble plutôt être un patronyme : c'est notamment le nom du garde du corps qui assassina, en 2001, Laurent-Désiré Kabila. Le Service Commun de Documentation s'est-il trompé en inscrivant l'étudiant aux nom et prénom trop exotiques pour être distingués l'un de l'autre ? Pas forcément : il existe au moins un chercheur africain, spécialiste d'ailleurs de Valentin Mudimbe (qui est auteur d'un roman que j'iame beaucoup, intitulé L'Ecart (ça ne s'invente pas)), et dont le prénom est Kasereka (le patronyme Kavwahirehi).

Nul doute que Robbe-Grillet aurait pu tirer un roman fort habile d'un tel écheveau...

 

jeudi, 01 mai 2008

Name-dropping...

C. lit Avant la nuit, l'autobiographie de Reinaldo Arenas, dont elle avait découvert La Couleur de l'été au printemps 2007.

De mon côté, pas plus tôt descendu de ma noire calèche, après avoir mis la charrue devant les boeufs et lu Magic Seeds de V.S. Naipaul avant même d'avoir mis la main sur Half A Life, je suis encore en vie, fasciné par ce dodécalogue, et j'ai commencé de lire Le Plan déchiqueté d'Abe Kobo.

(Il y a longtemps, rue du 51ème Régiment d'Infanterie, j'avais lu La face d'un autre. À l'automne dernier, je m'étais enlisé avec délices dans La Femme des sables, offert par un ami cher, avant de m'engluer dans les méandres cauchemardesques du Cahier kangourou.)

J'avais oublié, sur mes étagères, et depuis belle lurette, ce Plan déchiqueté, jamais lu, et dont j'ai vu, ouvrant le livre à la première page, que je l'avais acheté dans un vide-grenier, à Laversines, le 1er mai 2003.

Il y a cinq ans, exactement.

Lorsque cinq ans seront passés.

After Lorca : Spicer, aussi -- je t'ai trahi -- dans le vaste bureau rue du 51ème R.I.

dimanche, 20 avril 2008

17 avril, point de lendemain

Le temps que le vent laisse filer l'ombre, se mettre à couvert sous de chaudes frondaisons.

Les Armes miraculeuses : livre lu, dans la difficulté et l'épanouissement, vers seize ans. Le Cahier d'un retour au pays natal reste moins chargé d'émotion, de douceur comme de douleur, au moins dans ma mémoire. Peut-être est-ce en l'honneur d'Aimé Césaire que j'envisageai un jour d'arpenter le terrain de la mêmoire.

Point besoin d'aller folâtrer avec les chantres de la tigritude ; la poésie, seul combat, suffit.

dimanche, 17 février 2008

Sens aigu de la propriété

Refus de partager


Il n'y a pas si longtemps, pour pouvoir accéder aux magnifiques stalles de la cathédrale d'Amiens, il fallait attendre qu'un vieux fou ouvre le lourd portail avec la clef qu'il était seul à détenir, puis subir sa "visite guidée", toute en approximations et en imbécilités dignes de figurer dans les meilleures anthologies. Un jour, nous l'entendîmes, un ami et moi, décrire comme suit la sculpture, très belle et sobre, représentant Joseph et la femme de Putiphar : "elle ressent ce que les femmes ressentent dans ces cas là... pire que les fumerolles du Kamchatka... vous voyez, c'est plus chaud qu'un film X, il y a des godasses dans tous les sens..."
Une autre fois, quand je m'y trouvai avec mes parents, il avait lancé au public déconcerté : "quand vous aurez admiré notre belle cathédrale d'Amiens, vous pourrez aller voir la catastrophe de Beauvais".
Une autre fois encore, comme, selon notre ordinaire, nous refusions délibérément d'écouter ses sornettes et préférions admirer les détails des stalles, nous nous entendîmes semoncer de la belle façon : "on n'ouvre pas les stalles pour flâner mais pour écouter quelqu'un".

J'espère que ce vieux schnock ne sévit plus à la cathédrale d'Amiens, et qu'il n'a pas trop dégoûté de touristes dans sa carrière de mufle professionnel.


Le détail ci-dessus représente, en une légère discrépance ici encore hommage à Isou, une miséricorde de l'abbatiale de la Trinité (Vendôme, Loir-et-Cher).

samedi, 09 février 2008

Petite nuit II : sac-à-papier

" Maman, que veut dire schismatique, sac-à-papier, schlague ? qu'est-ce qu'un zouave ? le knout ? un jaunet ? des brodequins ? Elle suspend un instant la lecture, lève les yeux vers les petites filles, le knout est un fouet, finissez ce que vous avez dans l'assiette sinon je ferme le livre. "

(Marianne Alphant. Petite nuit. P.O.L., 2008, pp. 35-6)

 

Dans les souvenirs des premières lectures, les mots sur lesquels on bute, qui demeurent obstinèment opaques, ressortent de manière particulièrement vive. Ainsi, je me rappelle être resté pantois devant un Pouah ! tout à fait incompréhensible, au beau milieu de l'une des premières pages du premier "vrai" livre que je lus seul, Les Aventures de Jojo Lapin.

Pouah !


Sinon, ce passage du livre tout récemment paru de Marianne Alphant m'évoque, par son style, certains textes de Robert Pinget, en particulier les romans "monologiques" (Le Fiston), à moins qu'on n'y retrouve la voix toute en diaprures de Monsieur Songe (Du nerf). La piste Alphant-Pinget ne semble guère briller par son évidence, à moins qu'on ne pense au truchement de Beckett : après tout, Marianne Alphant fut, l'an passé, avec Nathalie Léger, commissaire de l'exposition Objet Beckett.

L'expression sac-à-papier est aussi, si l'on en croit Olivier, l'une des interjections distinctives de Tryphon Tournesol.

mercredi, 06 février 2008

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12cd4ee7f6530fbe29f2e7618207b2a1.jpgComme Renaud Camus a publié hier, sur son site de photographies, une vue de la tombe de Cecil Day Lewis, plus connu sous son nom de plume (et de Poète Lauréat), C.S. Lewis, en précisant que "Cecil Day Lewis avait demandé à être enterré à proximité de Thomas Hardy, qu'il admirait frénétiquement", je me suis replongé, non sans l'avoir cherché dans les rayonnages de la bibliothèque-placard où se trouvent la plupart de mes ouvrages de langue anglaise, dans le volume bleu lagon des Poems que ma mère m'avait ramené il y a une dizaine d'années d'un de ses séjours à Bristol. Outre que la poésie de C.S. Lewis ne m'avait laissé à peu près aucun souvenir, j'étais tout de même rassuré de voir que jamais C.S. Lewis ne semble mentionner le nom de Thomas Hardy, ni faire la moindre allusion au grand écrivain des Wessex Tales. De façon assez caractéristique, la lecture de ce volume m'a donné, rétrospectivement et donc trop tard, un nombre non négligeable d'arguments pour contrer l'idée, formulée par Eric en marge du colloque Poets & Theory que nous organisions ensemble il y a une dizaine de jours, selon laquelle les poètes américains contemporains se posaient nettement plus de questions théoriques que leurs collègues britanniques. Toutefois, cette lecture ne remet pas en cause le constat relatif au conservatisme à peine imaginable des poètes "reconnus" de l'aire insulaire.

Mais enfin, pour ce qui est de Thomas Hardy, pas l'ombre d'une allusion, m'a-t-il semblé. C.S. Lewis a donc dû exprimer son admiration dans d'autres textes, en prose, ou lors de discours, ou encore, si cela se trouve, dans des poèmes qui ne sont pas rassemblés dans ce volume bleu lagon. Pourtant, les références ne manquent pas : Milton, Donne, Marvell, Hugo, Roy Campbell et tant d'autres, sans qu'il s'agisse toujours d'admirations unanimes, d'ailleurs.

Ce matin, je lisais un peu au hasard des poèmes de Wallace Stevens. Le simple titre Asides on the Oboe ("Apartés pour hautbois") a suffi à me ramener à Oxford, où je découvris vraiment la poésie de Wallace Stevens, en 1995-96, mais où je lus beaucoup aussi l'épais volume des Poèmes complets de Norge, emprunté (me semble-t-il me souvenir (mais c'est curieux car je pillais surtout les rayonnages de St Anne's et de Lady Margaret Hall)) à la bibliothèque de la Maison française. Je me revois, dans la semi-obscurité douce et feutrée, penché au-dessus de l'une des somptueuses tables de bois verni de la bibliothèque de LMH (qui restait ouverte sept jours sur sept et toute la nuit), lire des poètes de la Renaissance française (Mellin de Saint-Gelais) et de la Renaissance anglaise (Spenser), avant d'aller me promener longuement dans les University Parks, où, dès le printemps, les matchs de cricket commencèrent de refleurir, ou d'errer dans les pubs, à découvrir les centaines de bitter différentes, longues errances aussi de cloître en cloître, de college en college, de quad en quad.

Ce que Soyinka écrit, dans You Must Set Forth at Dawn, de sa première année passée en Angleterre (et de la fadeur de la nourriture anglaise), et que j'ai lu hier soir avant de monter me coucher, ne doit pas être étranger à cet afflux d'images du passé, sans oublier combien la lecture récente de Petite nuit a remis en branle l'analogie entre le souvenir du livre lu et le chronotope de la lecture, le moment même où l'on se revoit face à tel livre, à telle heure précise, dans telle lumière.

Enfin, pour ceux qui ne comprennent pas que cultiver son jardin n'est pas nécessairement synonyme de "mégalomanie", je laisse justement le mot de la fin à C.S. Lewis :

All this is flashy rhetoric about loving you.

I never had a selfless thought since I was born.

lundi, 04 février 2008

Perutz, Poitiers, saules, lentes dédicaces

Comme je voulais aborder l'écriture du (long, peut-être) texte que je veux consacrer à Petite nuit de Marianne Alphant, j'ai ouvert le document Word où j'écris certains textes avant de les publier dans l'un ou l'autre de mes carnétoiles, et j'y retrouve ces bribes, datées du 19 janvier dernier et jamais publiées / franchement oubliées :

19 janvier, déjà, minuit quinze, je ne m’endors pas du tout.

 

        Le seizième chapitre de Turlupin est parfaitement hilarant. Leo Perutz, dont le goût du roman historique – même déconstruit – me semblait un peu fade, sur les premiers chapitres, est maître dans l’art de faire dérailler progressivement, mais non sans une violence jubilatoire, un récit de prime abord anodin. (Il y a aussi la façon dont, subrepticement, « la danse de Toulouse », p. 104, me rappelle « la jambe de Poitiers », octobre 2003.)

        Autour du titre. D’emblée : Je crache des gauloiseries. Avant, il y eut turlupiner, dont je crus lire que l’expression française était « ça me turlupiline » (j’avais sept ans, mettons, ou huit). Turlupin était, nous apprennent les dictionnaires, un auteur de comédies vite populaire pour l’inanité de ses calembours en dessous de la ceinture (ou, en adaptant à la mode du dix-septième siècle, ses mots proches du haut-de-chausses). Le nom de Tirelupin, dans Gargantua, a fait couler beaucoup d’encre : les auteurs du Robert culturel y consacrent d’ailleurs un encart instructif.

        (Accessoirement, le lecteur vagabond finit par apprendre qu’en français du Québec et d’Acadie, la turlutte n’est pas ce qu’on pense. Cela dit, il n’est pas indifférent que le substantif turlupin soit encadré par turgescence et turlute.) Ça, c’était autour du titre. De pleines bouchées de mots crus...


 

Julio Gonzalez, Les saules (1925).


Pour tout compliquer, j'illustre ce billet au moyen d'une photographie de l'exposition "Julio Gonzalez en famille" [Julio Gonzalez. Les saules, 1925. (Ils n'ont pas l'air de saules, mais bon... la pâte prend l'ascendant...)].

dimanche, 20 janvier 2008

Shown meadow

J'écoute la Sonate n° 1 pour violon et piano de Brahms, dans la version de Jaime Laredo et Jean-Bernard Pommier (qui me semble désormais un peu "agressive"), et ce pour avoir lu avant-hier soir le premier chapitre du Maître du Jugement dernier de Leo Perutz. Ma première envie d'écrire de la journée provient du souvenir, évoqué hier soir en regardant le deuxième épisode des Oubliées (série "française de qualité" manifestement surévaluée), de l'ancienne abbaye de Prémontré, dans l'Aisne, que nous vîmes, sans pouvoir y entrer car il s'agit depuis longtemps d'un asile psychiatrique, le jour des morts de 1997, il y a donc un peu plus de dix ans.

Dans l'album La promenade, il y a deux photographies, dont une représente C. en manteau rouge devant l'entrée, et l'autre capture les deux-tiers de la façade de cette superbe bâtisse du dix-huitième siècle. Deux pages plus loin, comme en écho, prises lors d'une virée du 11 novembre, on peut voir deux images du château de Raray, de ses "fameuses parois aux formes chantournées, et surmontées d'une abondante statuaire à thèmes cynégétiques, qui flanquent de part et d'autre la cour d'honneur" (Renaud Camus. Corée l'absente. Journal 2004, p. 144)

Souvent je repense à la Picardie.

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En cherchant des photographies de Raray sur FlickR (car je renonce à scanner mes anciennes images argentiques), je m'aperçois que Renaud Camus, qui s'y trouvait le 18 mars 2004, ce dont atteste Corée l'absente, y est retourné le 8 juin de l'année suivante. En cliquant sur la photographie ci-contre, vous accèderez à l'original en grand format, ainsi qu'à l'ensemble des photographies de Renaud Camus.

Curieusement, Renaud Camus n'a pas mis en évidence, sur son site de photographies, les "fameuses parois", qui sont, de fait, le souvenir le plus vif que j'aie du château, dont on ne peut voir que les extérieurs (c'est un hôtel). Ce jour du 11 novembre 1997, nous avions passé plusieurs heures à Senlis, avec la grand-mère maternelle de C.

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Souvent, je repense à la Picardie. Je me suis beaucoup éloigné, maintenant, de l'ancienne abbaye de Prémontré, qui était pourtant, sinon le sujet, du moins le point de départ, le punctum de ce billet à vocation mémorielle et photographique. Le 2 novembre 1997, nous avions fait une promenade dans la forêt de Saint-Gobain, après une matinée glaciale dans la belle cité médiévale de Laon.