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mardi, 09 avril 2019

And up she rises!

Il y a quelque temps, un ami me posait la question du genre des navires en anglais. Plutôt, comme il savait fort bien qu'on dit she pour un navire, il se demandait si cela valait seulement pour les grands navires de la marine britannique, ou pour tous les bateaux. Sans vérifier, je lui ai répondu que bien des pêcheurs se servent du féminin pour parler de leur chalut, ou même d'un bateau pas particulièrement grand.

Entre-temps, j'ai déniché un petit article drôlement utile, intitulé Metaphorical Gender in English. Il fait le tour, entre autres, de la question.

La raison pour laquelle je repense à cela aujourd'hui, c'est que j'ai commencé de lire hier un roman de Monique Roffey, Archipelago, publié en 2012. Dès l'incipit se pose, pour le traducteur, la question du genre : « The dog mumbles something under her breath. » Pas de problème, car le chien est bien une chienne, et on pourra traduire en féminisant clairement toutes les références à l'animal. Là où ça se complique, c'est que le personnage principal s'enfuit ensuite avec sa petite fille sur un bateau, que ce bateau se nomme Romany, et que, bien entendu, suivant l'usage en anglais, le texte en parle au féminin : « She's small and slim and old-fashioned with her teak washboards, hatches and locker tops, like one of those Nordic Folkboats with her nose and tail lifted up from the sea. » (p. 27). Il faudra traduire par un féminin, d'autant que tout le voyage (je n'en suis qu'à la moitié du livre mais j'ai nettement compris cela) est hanté par l'épouse/mère disparue : la chienne et la bateau sont donc des compagnes de voyage.

Autre complication, d'ailleurs : la phrase que je viens de citer se trouve dans le chapitre 2, qui s'intitule “The Great Dane”. Effet déceptif, car, au moment d'aborder le chapitre 2, le lecteur a déjà “rencontré” la chienne, mais pas le bateau. Or, le titre désigne aussi et surtout le bateau, car il a été transporté à Trinité-et-Tobago par un Danois. Comment traduire alors ? Great Dane = dogue allemand ou grand danois → choisir “grand danois” pour maintenir l'ambiguïté chien/bateau → oui, mais il faut des termes féminins → "la grande danoise" ne peut désigner ni un chien ni un bateau...

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lundi, 08 avril 2019

« six tulipes rouges »

8 avril 2019.

six tulipes rouges,

écloses simultanéme

nt dans la plate-ba

nde loin des neiges

par d’autres nuages

versées au livre du

désastre, là auprès

des effritements du

gravier, ont exécut

é sur l’œil au cutt

er le ballet soleil

pour qu’ici cet œil

trouve une nouvelle

formule accidentelle

 

dimanche, 07 avril 2019

Riposte à la tribune de "Vigilance Universités"

Un collectif d'universitaires nommé "Vigilance Universités" (selon une terminologie reprenant les codes de la droite identitaire) a fait paraître le 3 avril dans Libération une tribune intitulée "Pièce d'Eschyle : le contresens d'un antiracisme dévoyé".

Ce texte confus et plombé de nombreuses erreurs factuelles, dont il est difficilement imaginable que les signataires l'aient lu voire qu'ils aient suivi ce qui s'est passé depuis une dizaine de jours et surtout avant, confond beaucoup de choses différentes, notamment boycott et blocage, qui n'ont rien à voir.

Il n'interroge jamais la réalité des pratiques et omet soigneusement d'évoquer le fait que les militant.es essayaient depuis plusieurs mois de discuter avec le metteur en scène en l'informant du contexte historique très complexe. Mais le metteur en scène est du côté des "sachants" : un étudiant, racisé de surcroît, est quelqu'un qui ne peut rien lui apprendre. Pourtant, la connaissance du théâtre antique n'est pas incompatible avec celle de l'histoire coloniale française.

Enfin cet article omet de s'interroger sur le fait que la culture présentée comme universelle est celle de la classe dominante, largement encore influencée par un colonialisme impensé. Et que dire de l'intellectualisme de pacotille : il y aurait donc le racisme à pourfendre, celui du bas peuple, et le bon racisme, celui des intellectuels ? Un universitaire de gauche qui a travaillé en Afrique ne pourrait donc pas présenter un travail dont un des choix de mise en scène est racialiste ? Curieuse manière de mettre en action ses facultés d'analyse du monde et des œuvres...

Puisque cette liste de diffusion est celle d'un centre de recherches, est-il possible de conseiller, à celles et ceux qui sombrent dans les slogans faciles de la liberté d'expression et du "communautarisme", de (re?)lire Fanon, Ngūgī wa Thiong'o ou Ama Ata Aidoo ?

Décoloniser les esprits consiste aussi à déconstruire les fausses évidences de l'institution universitaire afin qu'elle ne participe pas, comme trop souvent, du racisme institutionnel.

 

[Nota : ce texte a été envoyé à la liste de diffusion de l'Association Pour l'Etude des Littératures Africaines, dont le webmestre a ensuite requis la cessation des messages au sujet des Suppliantes et du blackface, puis à la liste de diffusion de mon laboratoire, Interactions Culturelles et Discursives, dont le webmestre a refusé de le diffuser.]

jeudi, 04 avril 2019

L’aide à l’emploi, ou la littérature à l’intestin

Ainsi, je recommande vivement la lecture de ce livre, qui est à la fois fiction et essai de sociologie-paranoïaque-critique. Ce texte en dit plus long sur la situation sociale, politique et économique de la France que pas mal d’essais ou de romans dont on nous rebat les oreilles.

(Vous venez de lire le dernier paragraphe de cette recension. (sculpture-rabbit-vresin-53-cm.jpgSi je le dis, c’est ainsi, wink Rauschenberg.) Ce dernier paragraphe a été écrit par un lapin rouge en résine.)

 

Pierre Barrault publie donc, aux irremplaçables éditions Louise Bottu, son troisième livre. Le protagoniste, Artalbur, est aux prises avec une ville dans laquelle il lui est difficile de se déplacer sereinement, et surtout avec l’Injonction sociale, représentée par son conseiller à l’emploi, Dolenesque.

 

Interruption n° 1. Dois-je avouer que j’ai failli ne jamais écrire de recension du livre pour la simple raison que je ne parvenais pas à trouver l’anagramme tapie sous ce nom de Dolenesque ? Artalbur, c’est Barrault en chaos ; Cron, c’est Macron passé par l’aphérèse ; Pitre-Garatez l’industriel fabricant de lapins, c’est Pierre Gattaz chamboulé – mais Dolenesque ? not a clue. sculpture-rabbit-vresin-53-cm.jpg

 

Le livre commence par quatre débuts, ce qui est assez banal, somme toute. Pour son prochain opus, on attend de Pierre Barrault qu’il commence par le milieu.

 

Interruption n° 2. Qu’il le sache, et qu’il se tienne à barreaux.

Interruption n° 2bis. Ce calembour est affligeant. On ne s’y reprendra plus.

 

Dans ces quatre débuts, Artalbur narrateur monte à bord de quatre bus différents et se trouve confronté à des situations qui vont du loufoque au cauchemardesque : le bus transformé en abattoir à passagers (p. 11 et 12), comme seuil du récit, suggère au lecteur une assez sombre entrée en matière. La ville où se déroule l’action chaotique du récit est toute de telles « surprises », par exemple un manège de fête foraine rongé par la rouille et dont tous les passagers, après examen, s’avèrent être morts (p. 53).

Ces quatre débuts servent donc d’accroche ou de point d’entrée dans le texte : Artalbur est une figure d’errant appelé sans cesse à des déambulations et des périples inquiétants, où il n’est pas maître des événements. Le livre se structure ensuite autour de 20 chapitres, composés à chaque fois d’un diptyque : le chapitre commence par une « aide à l’emploi », qui est soit parodie (n° 7 ou 9) soit pastiche (n° 4 ou 16) de notice d’utilisation, d’une page, puis se poursuit par un récit de longueur très variable (de 1 à 37 pages) et dont le titre reprend l’objet de référence de la notice (par exemple : Aide à l’emploi n° 17 – Lampe torche / Où il est question d’une lampe torche). Le récit second, dans lequel le mot-clef du titre est mis en évidence en gras, ne reprend pas à proprement parler le récit du chapitre précédent. L’aide à l’emploi se caractérise d’ailleurs par ce refus de trancher entre linéarité et discontinuité.

Cette structure fonctionne donc, pour le lecteur, comme un fil d’Ariane, au sens où ce fil a servi de structure d’écriture à l’auteur, ou comme une marelle sur laquelle on doit se déplacer en suivant les cases dans l’ordre. sculpture-rabbit-vresin-53-cm.jpgSi c’est une marelle, elle suppose qu’en son centre le lecteur fasse demi-tour et revienne sur ses pas : faudra-t-il relire L’aide à l’emploi à l’envers, à rebours ? Ou le demi-tour, le ciel de la marelle, est-il inscrit quelque part au sein du livre ?

 

Interruption n° 3. Et si c’était ainsi que le livre, en fait, commence par le milieu ? Les quatre débuts sont quatre versions du ciel de la marelle.

 

Comme dans ses précédents livres, Pierre Barrault glisse régulièrement des allusions à Henri Michaux (p. 85 et p. 88).  On pense aussi à Tex Avery (p. 72).

Artalbur n’est pas toujours narrateur. Certains chapitres du livre le narrent à la troisième personne. Même dans les passages, très majoritaires, à la première personne, sa dualité est frappante, dans la mesure où il est toujours capable d’analyser sa situation de l’extérieur, comme dans le cas de ses nombreuses désorientations ou métamorphoses : « Il est étrange que je ne connaisse pas cette partie de la ville. » (p. 110).

 

Interruption n° 4. [C’est bien que celle-ci soit la quatrième, car il semble que, dans la structure du livre, le chiffre 4 compte beaucoup.] Il n’y a pas longtemps, Pierre Barrault m’a appris qu’il avait été durablement marqué par la traduction de Tutuola par Queneau, L’ivrogne dans la brousse. Ce n’est pas le lieu, ici, de refaire un cours sur Tutuola ni sur l’histoire de cette traduction, mais en tout cas ce lien, que je n’avais pas vu après Tardigrade et Clonck, me paraît maintenant être une grille de lecture indispensable de L’Aide à l’emploi. Le passage du chapitre 8 dans lequel Dolenesque propose à Artalbur un emploi dans « une prestigieuse société de fabrication de statuettes à trois yeux » dont « tous les employés ont aussi trois yeux » (p. 52), ce qui implique que tout employé subisse « une opération chirurgicale aux frais de l’entreprise » (p. 53) convoque évidemment divers mythèmes qui n’ont rien de spécifiquement yorouba. Non. Ce qui est frappant, et ce qui évoque très profondément les récits de Tutuola (peut-être plus encore les derniers (que Barrault pourtant n’a pas lus)), c’est l’enchaînement sans logique ni transition narrative entre ces différents accidents narratifs à consonance fantasmagorique/mythématique.

 

On l’a dit plus haut, les chapitres sont de longueur inégale. Très inégale. sculpture-rabbit-vresin-53-cm.jpgOr, un des faits récurrents du récit est la conviction qu’Artalbur « a l’intestin trop long » ; l’image même de l’intestin, avec ses replis et ses bourrelets, est celle de l’organe démesuré qui, déplié, serait beaucoup plus long que le corps qui le contient ; le double concept élongation/ raccourcissement, fondamental en rhétorique, et ce depuis Aristote, ne doit pas être négligé.

Quels sont donc les bourrelets que le récit déplie ? Eh bien, sur 4 débuts + 20 notices/récits, les chapitres 8 et 18 occupent, à eux seuls, 60 pages d’un texte qui en compte 146. Ils constituent les moments d’allongement du récit. Dans ces chapitres élongés, le récit lorgne et louvoie du côté des récits d’espionnage, avec les agents doubles (le médecin) ou la cavale. Comme dans les films de David Lynch, que l’écriture de Pierre Barrault m’évoque décidément de plus en plus, ces moments d’allongement sont suivis de moments de précipitation. Un des passages où le récit se précipite, au sens chimique en quelque sorte, se trouve dans le chapitre 19, quasiment à la fin. Il s’agit des pages 148-9.

 

Interruption n° 5. Je ne les citerai pas. Achetez le livre.

 

Dans ce long passage entièrement composé de phrases brèves anaphoriques (‘je suis… je fais… je fais…’), les actions et événements semblent sans suite, comme si le montage des événements du récit avait dérapé. On imagine assez aisément le montage de cette double page au cinéma : reprendre des plans vus précédemment, sur 2 ou 3 secondes au maximum à chaque fois, et les monter ensemble sans continuité. D’ailleurs, il n’est pas question d’adapter : ce texte est déjà, entièrement, du cinéma. Après tout, on a quand même le droit d’exiger, en 2019, de lire des livres qui soient pleinement textuels et autre chose que des textes.

 

 

mardi, 02 avril 2019

« touches de piano ce »

1er avril 2019.

touches de piano ce

soir dans la touffe

ur de cette salle d

e cours sur la rue—

sons ou plutôt arpè

ges est-ce que ça r

ime à quelque chose

—des motos en pétar

ade, klaxons, pétar

ds, massif tintamar

re—le clavier aussi

pianote en cliqueti

s—ce soir tout brui

t qui nous est ravi.

lundi, 01 avril 2019

André Markowicz, le black face et le quant-à-soi de l'intelligentsia

Pour comprendre quelque chose à ce dont il va être question ici, il faut d'abord lire le billet d'André Markowicz.

Voici tout simplement mon premier commentaire, écrit en fin de matinée hier :

Bon, je suis très énervé de lire autant d'inexactitudes, et de voir que votre aura intellectuelle offre une caution à tant des commentateurs-rices qui, ci-dessus, parlent de censure et de communautarisme sans savoir de quoi il retourne.

Alors reprenons. Le problème n'est pas l'essentialisation de l'art dramatique ni le communautarisme. Le problème est que le metteur en scène a d'abord fait un choix raciste (grimage) puis que, face à la polémique, il s'est livré à une manipulation en changeant le maquillage en masques et en prétendant que les opposants étaient de pauvres incultes.

Je suis évidemment favorable à ce que n'importe quel rôle puisse être joué par n'importe quel acteur, peu importe l'âge ou la couleur. Mais pourquoi poser la question en ces termes ? ce n'est pas du tout de ça qu'il s'agit.

Il va de soi que les actrices appelées à jouer ces rôles peuvent tout à fait être blanches, blondes, que sais-je. On s'en moque. Les grimer en noires, en 2019, c'est du blackface qui ne peut même pas avoir l'excuse de l'ignorance (après les affaires Griezmann et Dunkerque...).

La Sorbonne et tout un tas d'intellectuels "de gauche" se sont engouffrés dans la manipulation tardive du metteur en scène en reprenant le thème des "masques" et en tenant des propos aggravant encore le côté raciste : en résumant à grands traits "ah la la, tous ces Noirs qui ne connaissent rien au théâtre antique". Sauf qu'au départ ce n'était pas des masques mais des maquillages, donc du black face.

Je trouve toute cette histoire très emblématique du mépris de classe dans lequel beaucoup d'intellectuels français "de gauche" tiennent le peuple, et notamment les opposants "noirs", forcément incultes. Ce qui me peine dans votre chronique, cher André Markowicz, c'est que justement vous en profitez pour faire un pas de côté, partir de cette histoire des Suppliantes et la relier à des choses beaucoup plus problématiques, et sur lesquelles je rejoins en grande partie votre embarras. Je ne suis favorable ni aux quotas ni à l'essentialisation de l'art. J'y suis même tout aussi opposé que vous.

Mais là, la mise en scène de Brunet utilisait un artefact raciste, lié (comme on ne peut l'ignorer en 2019) à un crime contre l'humanité, et pour moi le fait d'avoir supprimé ensuite les photos d'actrices grimées et de prétendre qu'il s'agissait de masques aggrave encore le cas du metteur en scène : d'abord, on fait un choix de mise en scène raciste, puis, face à la polémique, on modifie en douce et on accuse les détracteurs d'être incultes (ce qui est un racisme encore plus insupportable).

__________________________

 

Hier après-midi, devant l'avalanche de commentaires d'un racisme décomplexé sur le mur d'André Markowicz, j'ai écrit un billet en réponse, que je redonne ici :

 

DRAMES DE L'IMPENSÉ COLONIAL.

On n'enseigne pas, à l'école et à l'Université, ou pas assez, l'histoire des crimes coloniaux. Sétif ou la répression de l'insurrection malgache de 1947, qui connaît ? Et dans les médias, n'en parlons pas...

Le blackface ? des dizaines de gens, à qui j'explique depuis plusieurs jours qu'il s'agissait d'une pratique courante dans les spectacles populaires français — au même titre que les publicités représentant des petits Africains se blanchir la peau grâce au savon des gentils Européens —, me rétorquent : "bah, on n'est pas aux Etats-Unis..."

Bah oui, le racisme et la ségrégation, c'est Rosa Parks et Nelson Mandela. Ça n'a jamais existé chez nous.

Ainsi, la manipulation à laquelle s'est livrée le metteur en scène Philippe Brunet, qui a tenté in extremis de remplacer par des masques plus conformes à l'esthétique antique le grimage racialiste et raciste d'actrices blanches, aura surtout montré la profonde inculture de l'intelligentsia française. On se sait de gauche, on s'est convaincu pour toujours de ne pas être raciste, et donc, même si des spécialistes de la question viennent vous rappeler que le grimage en noir, sur une scène théâtrale française, est une pratique analogue au black face, on dira que ce n'est pas vrai, que c'est de la censure.

Notre pays n'a pas réglé sa dette vis-à-vis de son ancien Empire, ce qui permet notamment à la France de continuer à essorer ses anciennes colonies grâce au subterfuge scandaleux du franc CFA. C'est ce qui a permis à l'Etat français d'aider très efficacement au génocide rwandais en 1994. C'est ce qui permet aujourd'hui à tant d'universitaires et de gens de théâtre de s'asseoir sur l'histoire de la colonisation en taxant de "communautaristes" les opposants qui manifestent leur désapprobation quand un spectacle utilise une pratique indissociable d'un crime contre l'humanité.

Et voilà comment des intellectuels, sans doute de bonne foi, se retrouvent, durant toute une semaine, à justifier le racisme institutionnel, aux cotés des Le Gallou et Zemmour dont ils se prétendent les adversaires.

Cela me révolte et me révulse, mais cela n'a pas de quoi m'étonner : quoique je n'appartienne pas à une communauté racisée (ou que je ne fasse pas partie d'une minorité visible (aucune de ces formules ne me satisfait)), cela fait vingt-cinq ans que je travaille dans le domaine de la littérature africaine et que j'entends des collègues et des "intellectuels" tenir des propos d'un racisme souvent inconscient mais tout à fait audible. Il y a longtemps que des ami·es me demandent de raconter tout ce que j'ai entendu, mais ce serait le sujet d'une autre chronique.





_______________

Ce matin, André Markowicz a récidivé, en quelque sorte, sur son mur, en écrivant un long texte dans lequel il me passe la brosse à reluire mais qui commence surtout par :


« Sur le "blackface" lui-même. Qu'il soit inacceptable de se moquer de l'apparence, de la couleur de la peau de quelqu'un, c'est évidence. Qu'il y ait beaucoup de gens qui le font, c'est une autre évidence (pas seulement contre les Noirs). Mais quelle est l'instance qui décide de l'intention a priori d'un artiste qui peindrait en noir un corps blanc ? N'y a-t-il pas là, finalement, une discussion qui ressemble à celles qu'on peut avoir sur la notion de blasphème ? Qui décide à quel moment on "insulte aux sentiments religieux", en Russie, en France ou n’importe où dans le monde ? Et qui décide à quel moment on « insulte aux sentiments des gens "racisés" » ? — Pourquoi ne laisseront-on pas les gens eux-mêmes décider s'ils sont choqués ou non ? — S'ils le sont, là encore, le recours aux tribunaux est légitime. »

 

À quoi j'ai répondu :


Cher André Markowicz

Je suis vraiment atterré. Si, après ce que quelques autres et moi même avons essayé d'expliquer hier, vous pensez encore (ou feignez de penser) que le problème est une "insulte aux sentiments des gens racisés" c'est que vous n'avez pas lu ou pas compris ou décidé de passer la vérité historique par pertes et profits. Je vois qu'après une première chronique pour le moins maladroite vous décidez d'en "remettre une couche" et que cela va encore légitimer le racisme inconscient car ignorant de centaines de vos lecteurs. Tant pis. Ceci sera mon seul commentaire. Sur le fond du problème (et du contresens que vous faites) j'ai écrit ce que j'avais à dire sur mon mur. J'ajoute seulement que je suis, comme vous, hostile au communautarisme, mais que comme hier la dénonciation du black face n'a AUCUN rapport avec ce sujet.

(Il va de soi, et je l'ai fait dans nos échanges privés, que je dénonce les militants qui parlent de génome et de culpabilité collective raciale.)

dimanche, 31 mars 2019

« grand soleil »

grand soleil de cet

ultime jour de mars

par froid de l’aube

on triche avec l’om

bre comme si l’ombr

e du merisier ne fe

ra jamais assez d’o

mbre–l’herbe pâlit,

n’est pas qu’un nom

conservé de novembr

e, s’éteindre le fe

u ça fait point d’o

rgue : dans son lit

juillet s’accomplit.

mercredi, 27 mars 2019

« in muteness or in joy » (sonnet vidéo 27032019)

mardi, 26 mars 2019

Encore un limerick sur le Brexit, feuilleton infini

limerick 26032019.PNG

 

Ici, j'ai ajouté une métaphore nautique, inexistante dans le limerick original, mais si conforme à la culture traditionnelle britannique que ça ne m'a pas trop dérangé...

lundi, 25 mars 2019

« quel est le tremblement du temps » (sonnet vidéo 25032019)

Il y a très longtemps que j'expérimente, en écrivant des sonnets, sur des alternances d'octosyllabes et d'heptasyllabes — d'où un sonnet de 105 syllabes (14 fois 7 et demi).

Ici, c'est un peu différent, d'autant que j'ai commencé à composer ce poème à haute voix, entre deux rushes, puis à l'achever sur un bout de papier, dans le tramway. J'ai donc commencé à filmer sans savoir ce que j'allais écrire, et j'ai fini le film en sachant comment s'achevait le poème.

 

dimanche, 24 mars 2019

« mourir la mer dit-il »

mourir la mer ditil

dans 1 vidéo dans l

énumération terribl

e notr'océan bientô

t mort bouche en ô!

devant tout c'qui d

érive & dégueulasse

on déprime ye'rekid

ding / noir repasse

fin du monde ç'cram

e fin de rêve& dram

e tout moment sidé-

rant on n’a pas idé

e non guerre lasse.

samedi, 23 mars 2019

« quelles ténébreuses »

25 mars 2019

quelles ténébreuses

lueurs dans le ciel

toi qui ici creuses

la paupière de miel

fille cette vareuse

décorée d’un wombat

silhouette macreuse

où mènera le combat

remueménage d’après

la salle—tu es très

consciente de foudr

oyer l’amphithéâtre

ma paupière y coudr

& se laisser abattre

vendredi, 22 mars 2019

Avec du sperme de 1968

brebis.PNG

 

vendredi, 15 mars 2019

« un sonnet malsain » (sonnet vidéo 14032019)

 

 

 Je ne sais plus si j'avais « intégré » ici, dans ce blog, deux précédents sonnets vidéo, de 2016 je crois. — Peu importe. — Remarquera-t-on le quinzième vers (caché, non écrit par moi, juste là au montage, comme involontaire (séparant le huitain du sizain)) ?

jeudi, 14 mars 2019

Sonnet pour le 3/14

bien sûr, trois virgule

cent quarante-et-un

(la suite, quelqu’un,

qu’on la reformule !)

 

est le nombre d’une

journée tout d’embrun

(sonnet pour le fun

& pas pour la tune !)

 

me suis-je assoupi,

nombre utile aux sages,

devant maints passages

 

si joyeux (youpi !)

de tes décimales

pénult’hiémales ?

 

mercredi, 13 mars 2019

Énième vote du Parlement britannique sur le Brexit

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mardi, 12 mars 2019

Visite de Theresa May à Paris

twitmerick12032019.PNG

lundi, 11 mars 2019

Les chats & les chiens de Clonck

Pour traduire le chapitre 66, cette idée qu’on pourrait traduire « pluies torrentielles » par raining cats and dogs, qu’aucun anglophone n’emploie vraiment, ou – en tout cas – sérieusement. Et, dans la foulée, cette idée qu’il serait possible de garder cette idée de traduction, mais implicite, de sorte que Clonck’s Glitches pourrait finir par décrire un autre univers, parallèle à l’univers déjà parallèle de Clonck et ses dysfonctionnements.

 

Rue Fontestit. Les arbres ont tant enflé qu’ils éclatent un à un ; peut-être en raison d’un dysfonctionnement, mais il se peut que les pluies torrentielles soient la cause du problème.

 

Fontestit Street. The trees have swollen so much that they burst one after the other–possibly due to a glitch, but who knows if cats and dogs are not to blame.

 

Il y aurait donc une infinité de textes dépliables : la traduction de Clonck au sens classique du terme, et les différentes dystranslations de Clonck.

 

dimanche, 27 janvier 2019

Élagages, plongée sous-marine, pendaison

Ce matin, en lisant très lentement — avec une lenteur inhabituelle, pesant presque chaque mot — un poème de Drysalter, “The Count”, je suis parvenu à la dernière strophe, qui m'a aussitôt évoqué un livre lu récemment. Il m'a fallu peut-être trente secondes, qui ont semblé une éternité, pour en retrouver l'auteur, l'intrigue, le ton. Malamud. Puis le titre : God's Grace. Pas retrouvé sur mes étagères : l'ai-je prêté à ma mère ou l'ai-je mal rangé ? Si mon ordinateur avait été allumé, j'aurais pu retrouver la vidéo dans laquelle j'en ai parlé.

Ces vidéos sont bien pratiques, qui me servent de carnet de notes ; il faudrait toutefois que je songe à élaborer un index alphabétique des auteurs, voire des thèmes ou des pays.

Avant ce poème, lu d'une traite, sans m'attarder, le petit livre de Denis Montebello, Comment écrire un livre qui fait du bien, offert par François Bon après tirage au sort d'un de ses services de presse. Dans ce livre, Montebello extrapole autour des élagages, parti de l'idée d'intituler son “feelgood novel” C'est le deuxième copain qui se pend à un arbre que j'ai élagué. Or, après la lecture de trois poèmes de Drysalter (les deux suivants plus prestement), j'ai commencé à lire La bouche pleine de terre de Branimir Šćepanović, que viennent de republier les éditions Tusitala : dès les premières pages, il y est question d'un homme qui cherche à se suicider en se pendant à un arbre.

Il faut que je commence à écrire mon nouveau livre (qui s'intitulera(it) économe).

 

jeudi, 17 janvier 2019

Quelle est la limite de validité de mon ticket

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mercredi, 16 janvier 2019

Osque

Retranché à Manosque,

Mon ami Martial

Est un peu asocial

Mais il parle l'osque.

 

mardi, 15 janvier 2019

Grand débat, monde ancien

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Comment mieux représenter l'ancien monde masculiniste et la déconnexion entre les élus et le peuple ? "Débat" c'est du masculin n'est-ce pas ?

Cherchez la femme... non, les femmes : oui, il y en a deux. 

lundi, 14 janvier 2019

The Apocrypha(l)


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Du nerf ! Reprenons !

dimanche, 13 janvier 2019

Deux distiques

On a dur cycle 2 l'ut 3 qui a pour l'alto

Et transcrit clé de fa ligne 5 en salto.

♣•♦

Mec qu'afghan on est dit le sosie de Trudeau,

En fait il n'a pas semble à Justin -- ou dedeau.

 

vendredi, 11 janvier 2019

je range mon bureau ░ 033

jeudi, 10 janvier 2019

Rock du placard

Mon épouse et moi-même avons entonné ce soir, sans trop savoir pourquoi, à la fin du dîner, le Rock du placard de Jeanne-Marie Sens.

Nous voulions faire écouter ce tube quintessentiel à nos fils, mais ni YouTube ni Dailymotion ni Deezer ni l'INA n'en proposent d'archive.

Je vais être obligé de la chanter a capella avec ma voix de charretier, je ne vois que ça...