Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 14 octobre 2019

Red As A Rose Is She, II.3.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Des armées d'écoliers dévorent des sandwiches desséchés et des petits pains rassis dans les buvettes des gares, des écoliers qui se déversent de toutes les écoles, de tous les séminaires et de toutes les universités du pays. Des moniteurs aux tarifs élevés étirent leurs jambes engourdies sur les pentes abruptes du Helvellyn et du Mont-Blanc, et surveillent « l'ouragan glacé » des glaciers de leurs yeux de savants. Et le dernier chargement de foin du jeune Craven (de Glan-yr-Afon) a été rentré en toute sécurité, comme vous l'a appris le journal de sa sœur. Ce matin, le point culminant des hautes terres résonnait des cris de tétras : ce soir, il est aussi plat que la plaine de Salisbury. Toute la journée, les chariots ont arpenté, avec force fracas, la route rocailleuse de montagne qui mène du champ à la grange. Toute la journée, Evan et Hugh et Roppert (oui, ça s’écrit ainsi), gilets ouverts, manches remontées sur leurs bras burinés, aidés et encouragés par diverses matrones cambriennes au bonnet fiché tout droit sur la tête et tenant la fourche dans leurs mains d’une blancheur de lys, ont jeté les ballots odorants – ces ballots qui embaument davantage morts que vifs, comme la réputation d’un honnête homme – dans les charrettes, les ont chargés jusqu'à ce qu’on ne voie, du cheval de trait, plus que les oreilles, le nez et les pattes avant, à moins de contempler ce tableau avec les yeux de la foi. Toute la journée, Esther est restée assise sous un meulon, comme on s’imagine l’épouse sage dont parle Salomon, elle qui « veille à la bonne marche de sa maison ». Le foin fait bientôt un fauteuil souple adapté à sa silhouette jeune et gracile, et les grosses argiopes lui grimpent dans le dos à leur guise jusqu’à explorer les forêts vierges de ses cheveux épais et sombres. On lui a apporté son déjeuner, du pain et du lait dans un bol blanc. Ce n’est pas agréable, et c’est rebutant, de manger seul ; on se sent réduit à la condition d'un chien qui croque des os et lape la sauce dans son écuelle, tout seul, la queue baissée comme la poignée d’une pompe, prêt à grogner et à rabrouer tout autre chien qui s'approcherait pour partager son festin.

RB, II.3..PNG

dimanche, 13 octobre 2019

Red As A Rose Is She, II.2.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Cette feuille de journal est signée Esther Craven, à Glan-yr-Afon, et datée du 10 juillet 186–. Le mois de juillet est en général un mois plutôt humide, ce qui n'est pas le cas cette année : tout au long de ses trente-et-une journées, le ciel est demeuré pareil à du cuivre, semblable à ce qu’en vit Elie (le Prophète) au sommet du Carmel, quand, par sa seule foi, il fit monter, des tréfonds de la mer, la pluie tant attendue. Londres déverse sa noble armée de tailleurs et de maraîchers dans Ramsgate et Margate, dans Scarborough et Llandudno. Les John Gilpins d'aujourd'hui ne se contentent pas d'une modeste sortie au Bell, à Edmonton, « dans une chaise à deux chevaux ».

 

RB, II.2..PNG

mercredi, 02 octobre 2019

Red As A Rose Is She, II.1.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

« Jack et moi avons fini de rentrer le foin aujourd'hui, sans une goutte de pluie ; la première fois, depuis je ne sais quand, que nous sommes aussi chanceux. Si nous avions de la terre, on se dirait qu’il s’y trouve un lopin de terre consacrée, et ça expliquerait notre infortune ; mais comme nous n'avons pas assez de terrain pour y faire paître une oie, il doit y avoir une autre explication. Il s’est produit aujourd’hui quelque chose d’étrange : Robert Brandon m'a demandée en mariage. C'est la première demande que je reçois, quoique j’aie eu dix-sept ans le mois dernier. Si c’est toujours aussi désagréable qu'aujourd'hui, j'espère sincèrement qu’il n’y en aura pas d’autre. Et j’ai dit ‘oui’, en plus ; ou plutôt une sorte de oui, après une demi-douzaine de non ; je ne comprends pas trop pourquoi, car mon corps ne me disait pas oui. Je suppose que j'ai dû être heureuse de voir que quelqu'un, peu importe qui, souhaitait vivre en ma compagnie pendant la durée de son existence ici-bas. »

 

RB, II.1..PNG

mardi, 01 octobre 2019

Red As A Rose Is She, I.6.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Cette vallée regorge de maisons, gentilhommières et maisons de paysans, dans lesquelles les Cambriens prennent soin de croître et multiplier ; des maisons grandes et petites – rouges, blanches ou sales – anciennes ou nouvelles. Pour l'instant une seule de ces maisons nous intéresse ; c’est une petite maison, et elle est ancienne. À mi-chemin d'une colline elle se dresse, et fait face à d'autres monts plus hauts, qui, de l’autre côté de la vallée, s'élèvent doucement vers le ciel, et qui descendent en pente douce vers la mer à vingt milles de là. Ces monts me rappellent toujours – j’ignore pourquoi – les collines lointaines dans le tableau de John Martin, Les Plaines du Ciel, sans doute par la façon dont ils émergent doucement de leur halo bleuté. C'est une petite maison confortable et sans prétention, avec ses colombages noirs et blancs, son jardin potager sans murs qui s'élève en pente raide à l'arrière. Il y a belle lurette qu’elle est là, à voir passer les générations et se succéder les modes ; elle est là depuis l'époque lointaine où les hommes portaient des perruques frisées jusqu’à mi-dos et des manteaux bleu ciel, se battaient et mouraient pour le roi Charles et pour la prérogative royale, ou se battaient et vivaient pour l'Angleterre et pour la liberté, depuis l’époque où la plupart des maisons étaient en noir et blanc, tout comme elle, la bonne petite vieille, longtemps avant qu’on ait même eu l’idée des vitrages, des stucs, des hôtels particuliers à cinq minutes de la gare. Cette petite maison se nomme Glan-yr-Afon.

RB, I.6.PNG

samedi, 28 septembre 2019

Red As A Rose Is She, I.5.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Il était une fois – j'aime bien cet incipit ancien, marqué du sceau du temps, car il donne les coudées franches et offre de la place pour y déployer ses ailes, n’attache l’histoire à aucun règne identifiable, ne l’enferme dans aucun siècle étouffant – il était une fois une vallée dans le pays des Taffies… et elle y est encore, à moins que quelque convulsion très récente l'ait hissée au sommet d'une montagne, ou submergée sous les grandes vagues de l'Atlantique… il était une fois, donc, une vallée plus belle que celle d'Ida, la vallée où « le beau Pâris, le méchant Pâris » faisait paître ses moutons et ses chèvres noires de jais, et se lançait dans ses menées néfastes... une vallée où il n'y a pas de Pâris à la beauté dangereuse, seulement un ou deux gentilhommes gallois, rouquins, qui ont épousé tous deux ou qui, avec le temps, épouseront tous deux une femme légitime, rouquine idem, très probablement… ni l’un ni l’autre n’a jamais fait, ni ne fera oncques la cour à la moindre Œnone ni à aucune autre jeune bergère dépravée. A la vérité, dans cette Arcadie, il n'y a pas de telles bergères : les filles des Cymri n’exercent pas « le métier de bergère », et, quand bien même ce serait le cas, ça n’aurait rien de bien romantique ; car, disons-le tout de go, même si cela nous chagrine, elles sont souvent débraillées, édentées, et elles ont les traits durs ; et puis les petits moutons maigres, agiles et efflanqués qui se bousculent, gambadent et se baladent sur les rochers et les pentes abruptes n'ont besoin ni de Jeannetons vicieuses ni  de Phyllis à la voix mélodieuse pour les surveiller et les guider dans le droit chemin.

RB, I.5..PNG

 

mercredi, 25 septembre 2019

Red As A Rose Is She, I.4.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Pourquoi continuer à m’épancher, tel un jet d’eau, sur les manières et le tempérament de cette nation, laquelle n’est, à mon avis, guère intéressante ? Il ne sert à rien que je continue de les « camplimonter », car les hommes et les femmes dont je vais vous parler, et que je veux que vous aimiez un peu, à moins que vous ne préfériez les détester un peu, selon le cas, ne sont pas des Taffies, mais ils se trouvent avoir planté leur tente au pays des Taffies, et c’est dans ce pays qu’ils vous salueront bien bas. Ces hommes et ces femmes n’étaient pas plus mal partis que tant d’autres, que ce soit pour la bonté, la beauté ou le talent ; chacun d’eux, sans exception, s’est livré à cent mille actions condamnables. Certains ont agi en toute impunité, en tout cas pour ce qui concerne la justice des hommes ; certains d'entre eux ont subi le fouet capricieux de Mégère et de Tisiphone, en châtiment de leurs écarts. Ce livre ne sera ni une Vie des Saints, ni une Démonologie ; ce ne sont ni les mémoires du brave capitaine Hedley Vicars, ni La Dame aux Camélias, de sorte que quiconque s’attend en salivant d’avance à l'un ou l’autre de ces deux styles peut immédiatement refermer ce volume, et le jeter – s’il lui appartient, bien sûr, mais pas si c’est un exemplaire usé emprunté à quelque bibliothèque ambulante – au feu. Ceux qui aiment une morale violente, ou une condamnation violente des péchés et des folies (un homme foudroyé pour avoir lancé un juron, ou une femme pour être allée à un bal, selon les voies de la Providence, ou du moins selon la version qu’en propose le Record), tout comme ceux qui ont le goût du déchaînement et du vice, tous seront déçus s’ils cherchent ici l’assouvissement de leurs goûts particuliers. De mes amis que vous allez bientôt rencontrer et que vous jaugerez, «  beaucoup demeurent parmi nous, mais il en est aussi qui se sont endormis ».

 

RB, I.4..PNG

mardi, 24 septembre 2019

Red As A Rose Is She, I.3.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Peut-être êtes-vous allé en voyage de noces à Llanberis, assis en haut d’une calèche lourdement chargée qui se déportait dangereusement dans les virages serrés, manquant de flanquer votre Angelina par terre en lui faisant mordre la dure poussière galloise. Peut-être avez-vous pleuré avec Angelina sur la fausse tombe du martyr Gelert, à moins que vous n’ayez découvert, en mangeant à belles dents de la truite rose au Capel Curig, que votre Angelina avait un solide coup de fourchette. Mais avez-vous déjà vécu au pays des Cymri ? avez-vous déjà vu de vos yeux l’étendue de l’ivresse des Gallois les jours de marché, ou la façon dont les Galloises se muent en vieilles sorcières vers leur trentième année ? Avez-vous déjà éprouvé la vérité des vers suivants :

« Taffy était gallois,
Taffy était un voleur »

Le Pays de Galles, j’y ai vécu, donc je sais de quoi je parle ; et pour ma part, je ne pense pas que Taffy soit beaucoup plus enclin à briser le huitième commandement que les canailles de tout autre pays. Non, Taffy n'est pas un homme brillant ; le plus heureux du monde, je pense, quand il a un coup dans le nez ou quand il crie des psaumes dans son conventicule ou dans son échoppe de schismatique, car le schisme lui tient à cœur… Il vous racontera pas mal de mensonges sans les assaisonner de cet esprit vif et désinvolte qui caractérise Pat. Par contre, il est très affable, et plutôt inoffensif ; son voisin qui vit de l’autre côté de la mer est plus dégourdi, mais plus enclin aussi à chaparder traîtreusement les cuillères de son prochain, ou à cogner son épouse avec le tisonnier. Taffy n’est pas comme ça.

 

RB, I.3..PNG

lundi, 23 septembre 2019

Red As A Rose Is She, I.2.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

Êtes-vous déjà allé au Pays de Galles ? Si vous avez déjà visité ce beau pays vert et sale où prospèrent Patoche et son accent, les pommes de terre, l'absentéisme et les grands-maîtres, autrement dit l'Irlande, vous avez sans aucun doute traversé une partie du pays, très probablement à bord de la malle-poste ; mais dans ce cas, vos yeux, votre nez et vos oreilles étaient si pleins de poussière et de cendres, vous étiez tellement occupé à cligner des yeux, à tousser et à profiter pleinement de la poésie des cahots, que vous n’étiez pas du tout en mesure de voir, d'entendre ou de sentir les beautés, les bruits agréables ou les bonnes odeurs qui, dans des circonstances plus heureuses, se seraient offertes à votre attention. Peut-être avez-vous l'habitude, au milieu de l’été, d’aller promener votre famille d'olives verdâtres des deux sexes afin de remettre le rose à leurs grosses joues (douze, si je compte bien) au moyen de balades rugueuses du côté d’Orme’s Head, ou grâce à des fouilles en règle sur la plage de Rhyl.

 

Capture.PNG

 

dimanche, 22 septembre 2019

Red As A Rose Is She, I.1.

(Le projet.

Le texte du roman)

 

    Êtes-vous déjà allé au Pays de Galles ? Je ne pose cette question à personne en particulier ; je m'adresse simplement à l’ensemble des Britanniques ou, plutôt, aux Britanniques qui auront la sagesse de lire calmement l'histoire d'amour vraie et émouvante qui va suivre ; elle est aussi vraie que les amours du méchant Abélard et de son Héloïse, aussi émouvante que celles du bon Paul et de sa Virginie. Ces sages lecteurs seront probablement peu nombreux ; on pourra les compter au nombre de quelques dizaines, peut-être même sur les doigts de la main : ils ne formeront pas, je gage, la majeure partie de la nation. Aussi élevée que puisse être l’estime en laquelle je tiens mes talents de narratrice, aussi grande soit l'estime de moi-même que m’a donné la Providence, je gage cela car les seuls livres à connaître une large diffusion sont le missel anglican et le Bradshaw. Je ne m’apprête pas à écrire un livre édifiant sur la religion ou sur les trains, alors autant me résoudre à un lectorat plus limité et entonner un air tout simple (quoiqu’un peu grinçant et désaccordé, peut-être), et autant remercier la fortune si ce lectorat limité ne me fait pas taire sous ses huées avant que j’aie atteint la septième strophe de cette vieille rengaine monotone.

RB, I.1..PNG

vendredi, 20 septembre 2019

#JeLaLis #ChallengeXIXe #JeLaTraduis : c'est parti

Connaissez-vous Rhoda Broughton ?

 

Il y a encore quelques semaines, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Le hasard fait les choses, bien ou mal, on ne sait. Toujours est-il qu'on fêtera l'an prochain le centenaire de la mort de cette romancière prolifique.

 

Rhoda Broughton (1840-1920).

 

Pour commémorer ce centenaire, je m'étais mis en tête de lire un de ses romans, pourquoi pas celui dont on fêtera les 150 ans en cette même année 2020, Red As A Rose Is She (1870) ? Ce roman présente plusieurs intérêts, outre l'obsession arithmétique qui me l'a fait distinguer (centenaire, sesquicentennial, tout ça...) :

 

  • il fait partie des rares textes de son auteure qui soit disponible sur le Projet Gutenberg (il y en a beaucoup sur Internet Archive, mais IA est nettement moins commode).

 

  • son titre le rapproche d'une autre auteure à qui j'ai consacré récemment un projet #JeLaLis, à savoir Gertrude Stein.

 

  • son incipit, la seule chose que j'ai lue, est piquant.

 

  • 1870, l'année de la mort de Dickens, constitue aussi, à peu de temps près, le milieu du règne de Victoria

 

 

Ce matin, tôt, au cours d'une insomnie pas désagréable, j'ai appris que commençait aujourd'hui un autre projet collaboratif sur twitter et la blogosphère, le #ChallengeXIXe. Je vais donc entreprendre dès maintenant, à mes moments perdus, de lire/traduire simultanément le roman de Rhoda Broughton, en accompagnant chaque publication des 3 hashtags (ou mots-dièse si on veut tout franciser), et en ajoutant aussi sur Twitter le hashtag #Broughton2020. Pour ce qui est de la publication ici, sur ce blog, tous les billets seront regroupés dans une seule et même rubrique.

 

Il y aura peut-être aussi des vidéos. Nous verrons bien.

lundi, 02 septembre 2019

Le Président et l'ouragan (fable en limerick)

twitmerick02092019.PNG

vendredi, 30 août 2019

#JeLaLis : Lady Lisle, Braddon et les béances du Web

En 2018, pendant une poignée de semaines, j'ai entrepris de traduire sur Twitter, demi-phrase par demi-phrase, un roman choisi au hasard, ou presque au hasard, sur la seule foi de sa date de publication (1868, soit 150 ans plus tôt) et de son autrice, que je connaissais de nom mais dont je n'avais encore jamais rien lu.

Ce roman, c'était Dead-Sea Fruit de Mary Elizabeth Braddon.

Je n'ai évidemment traduit que quelques chapitres, tout laissé en plan, et même pas fini de lire le livre (car c'était l'idée : traduire comme on lit, en découvrant le texte). Une des raisons de cet abandon, outre mon effroyable caractère velléitaire et butineur, fut la découverte d'une traduction du roman, d'époque.

 

En juillet dernier, chez un bouquiniste breton, j'ai trouvé l'édition (qui semble être l'édition originale) d'un autre roman d'Elizabeth Braddon, Lady Lisle. J'en ai commencé la lecture il y a deux jours et en parlerai, à ma façon maladroite et confuse, dans une prochaine vidéo de la série je range mon bureau. Curieusement, ce livre ne figure pas dans la liste, pourtant impressionnante, des romans de Braddon répertoriés par Wikipedia.

J'ai eu beau chercher (allez, trois minutes), je n'en trouve pas la date de première publication. En revanche, Lady Lisle a fait l'objet de deux traductions françaises : une peu après sa sortie, probablement, en 1863 (pensez, Braddon n'avait que 28 ans...), due à Charles-Bernard Derosne et réimprimée par Hachette en 2018, et une récente, de 2001, de Madeleine Jodel. Cette traduction a l'air d'ailleurs tout à fait bâclée et mauvaise, si l'on en croit les avis sur Babelio.

 

Ce qu'il faudrait, c'est que je dégotte un roman de Braddon jamais traduit (ici ?) et que je m'y mette pour de bon. Pour cela, il faudrait que je m'épluche les résultats donnés par le SUDOC, en espérant qu'ils soient (sont ?) exhaustifs.

À première vue, si je souhaite renouveler l'expérience sur Twitter pour le cent-cinquantième anniversaire (quel dommage que le français n'ait pas d'équivalent au beau mot anglais sesquicentennial) d'un livre, je devrais pouvoir me (re)faire la main avec Fenton's Quest (1871), qui ne semble pas avoir été traduit en français.

 

mercredi, 03 juillet 2019

Que faire de "factoid" ?

Dans un épisode de la saison 1 de The West Wing, le personnage de Josh reproche à son assistante (au sujet de l'Indonésie, je crois) de l'accabler d'informations douteuses et emploie à ce propos le terme factoids. Le substantif factoid, que je connaissais déjà, je l'ai trouvé régulièrement dans ma lecture très récente du très beau livre de Michiko Kakutani, The Death of Truth. Je m'étais imaginé que ce mot était récent, et vlan ! voilà donc que je l'entends, presque dans la foulée, dans une série de 1999.

Une recherche rapide dans l'Oxford English Dictionary m'a appris que la première occurrence imprimée remontait à 1973, sous la plume de Norman Mailer, dans son livre sobrement intitulé Marilyn :

Factoids, that is, facts which have no existence before appearing in a magazine or newspaper, creations which are not so much lies as a product to manipulate emotion in the Silent Majority.

 

Cette citation montre que, si le terme est suffisamment néologique pour que Mailer soit obligé de l'expliquer, ce n'est pas Mailer qui en est l'inventeur ; le néologisme a donc dû circuler dès les années 60, voire avant, dans les milieux journalistiques.

 

Cependant, l'article FACTOID de l'OED est intéressant à un autre titre. Il y a deux acceptions reconnues et courantes de ce substantif : en effet, factoid désigne soit "an item of information accepted as a fact, although not (or not necessarily) true" (soit le sens employé par Michiko Kakutani) soit "a brief or trivial piece of information". Cette acception marque un glissement vraiment passionnant, car ce qui est douteux ou faux peut aussi se trouver être anecdotique : si un fait est présenté comme trivial, quelle importance que sa véracité ne soit pas démontrée ? L'amphibologie elle-même désigne, dans une forme de métasémantisme, le problème idéologique que représente l'accumulation des "factoids" : si les faits ne sont plus importants, la vérité elle-même devient accessoire.

En termes de réception, cette polysémie trouble pose d'autres problèmes. En effet, j'ai compris la scène de The West Wing que j'évoque plus haut comme un reproche fait à l'assistante : on travaille à la Maison Blanche, ne nous embarrassons pas de faits non avérés. Or, si Josh emploie factoid dans sa deuxième acception, cela signifie au contraire que l'assistante lui soumet des détails avérés, mais qu'il ne se soucie que d'analyse globale. (En ce sens, d'ailleurs, cette scène relève d'une dichotomie sexiste qui traverse toute la série, ou, en tout cas, toute la saison 1.)

 

Dernier point, à propos de traduction. Je viens de survoler les 108 occurrences de factoid répertoriées dans le Corpus of Contemporary American English (ressource ultra-précieuse) ; il se trouve que presque toutes relèvent du sens n° 2 (information véridique mais anecdotique). Pour traduire convenablement ce terme, il faudrait qu'il y ait un terme spécifique en français ; or, ce n'est le cas pour aucune des deux acceptions, qui doivent donner lieu à des périphrases plutôt lourdes. Idéalement, il faudrait même un mot qui conserve l'ambiguïté liée à la polysémie <véridicité douteuse/information anecdotique>. Le plus compliqué, ce sont bien sûr les cas qui combinent les deux acceptions, comme cet extrait d'un article du Smithsonian d'octobre 2013 :

He was not, he emphasizes, trying to solve the JFK assassination or take on any of its larger questions -- he just wanted to nail down one little " factoid, " which had metastasized into a full-blown conspiracy theory of its own, complete with secret KGB-type weaponized rain gear.

 

 

_______________________________________

(Une remarque amusante, si on veut, et elle-même très "méta" : j'ai cherché sur YouTube la scène de The West Wing que j'évoque au début de ce billet. Les résultats de la requête "the west wing indonesian president" correspondent à un certain nombre de scènes de la série télévisée, mais également à un discours de Barack Obama et à un compte rendu de rencontre au sommet entre Obama et Widodo... Quand on parle d'entremêlement des faits et de fiction...)

 

lundi, 01 juillet 2019

À tarir les annuaires...

1er juillet 2015

À tarir les annuaires

de leurs immondices

serait-on plus heureux

moins défaitiste

 

La double annonce claire

en juillet sans solstice

voit dans le vague un creux

l'ombre me piste

 

Lune nulle part

visible rempart

aux désarrois fébriles

 

Me voici cash

dans un vieux flash

l'annuaire en débris

 

En douze parties

Depuis quelque temps, je me lève, le matin, pour découvrir une grande ride verticale sur la joue gauche, que j'ai d'abord attribuée à une trace d'oreiller, embarrassante, mais dont je pense désormais qu'il s'agit bel et bien d'une ride. Comme mon père, mais surtout comme ma grand-mère paternelle, je vais donc me rider de façon verticale : c'est bien maladroit, comme formule, mais je n'en trouve pas d'autre.

Le 6 juin dernier, pour les 14 ans de ce blog, j'ai failli lancer tout un nouveau projet. J'ai bien fait de ne rien en faire, car, happé par le maelström du mois de juin et aussi par le découragement de voir que tout cela, encore et toujours, n'aboutit à rien, je n'ai pas écrit un billet ni publié de vidéo de tout le mois de juin. Il me sera impossible de laisser tout en plan, donc je vais poursuivre, mais plus conscient de l'absurdité de tout cela et plus amer que jamais.

En attendant, je vais procéder à quelques archivages rétrospectifs.

Juillet commence, après tout.

dimanche, 30 juin 2019

Sainte Véronique

parodie Véronique.jpg

samedi, 29 juin 2019

En Vendée III

alerte.jpgComme nous étions prêts dès 9 h 30, et comme nous avons découvert que le musée n'ouvrait qu'à 11 heures, nous avons quitté Les Sables d'Olonne sans voir les Chaissac, gage que nous voudrons (je voudrai) revenir voir tout ceci plus en détail, et, nous enfonçant dans l'intérieur des terres, avant la partie vraiment la plus laide de la Vendée, avons pu visiter plusieurs des très nombreux mégalithes du pays, notamment les dolmens de Savatole, celui de la Cour de Breuil et celui de la Frébouchère. Au Bernard, village sans relief, dans le troquet de bric et de broc, une brave chienne faisait des tours en ramenant toujours sa vieille balle de tennis tout en sachant pertinemment qu'on n'aurait pas le droit de la lui lancer à l'intérieur. Ensuite, il y eut Fontenay-le-Comte, heureuse surprise.

vendredi, 28 juin 2019

En Vendée II

En Vendée, ce matin, on supportait sa petite laine, en tout cas (après 38 à l'ombre hier). Il faisait quasi frais, oui, à l'observatoire d'oiseaux de l'Île d'Olonne.

Au château de Talmont, cela allait mieux ; une fois qu'on est à l'intérieur, il présente beaucoup plus de parties intéressantes que ne le laisse penser l'aspect extérieur délabré ; une véritable structure se découvre, et la visite n'est pas si anecdotique que cela.

(Talmont-Saint-Hilaire, toujours : mangé une des meilleures pizzas qui soient, Italie comprise.)

Après-midi : zoo des Sables, même pas pour faire enrager A***, resté en Touraine (soirée à Beaumont-la-Ronce, of all places).

jeudi, 27 juin 2019

En Vendée I

Sables.jpg

 

 

Canicule ici aussi, aux Sables d'Olonne, mais sur la plage de Sauveterre, moins connue des touristes mais très appréciée des méduses, qui viennent s'y échouer par dizaines, il n'y avait pas foule.

La promenade côtière semble agréable.

La ville des Sables est un peu foutraque. Le front de mer y est défiguré par quelques immeubles terriblement verruqueux.

mercredi, 26 juin 2019

Du blocage

Pour peu qu'il s'accompagne de propos atroces et définitifs, le blocage, sur Facebook, est comme une sorte de folie momentanée dont l'auteur finit par considérer qu'elle est essentielle et irréversible.

mardi, 25 juin 2019

Mardi brûlant

25062019a.PNG25062019b.PNG

lundi, 24 juin 2019

Macron, Blanquer, tout pour l'esbroufe

Ainsi, le brevet est reporté, et on va faire travailler tous les élèves pendant deux jours dans des lieux jugés invivables pour les candidat-es au brevet...

Pas de cantine prévue jeudi & vendredi.

Écoles et collèges invivables.

Transports scolaires supprimés en juillet donc aucune solution pour les 3e avec la nouvelle convocation de brevet.

Tout ça, et bien d'autres choses, les chefs d'établissement le savaient.

Mais Blanquer, lui, dans son bureau, fait un communiqué pour BFM. C'est tout ce qui compte.

dimanche, 23 juin 2019

Mahulem

Mahulem.jpg

Je lis, à mes moments perdus, La voie aux chapitres, un très bel et très riche essai de narratologie d'Ugo Dionne ; bien des exemples de romans du 17e ou du 18 e siècle me donnent envie de lire tel ou tel texte tombé dans l'oubli.

Mais ça ne se peut pas, non, ça ne se peut pas...

samedi, 22 juin 2019

Haïku livresque

haïkuLivres.jpg

 

La mode, sur Twitter, des haïku composés à partir de titres de livres, est amusante.

Désolé de pinailler, peut-être, mais une des règles fondamentales du haïku c'est le schéma métrique 5-7-5. Il me paraît nécessaire de respecter cette règle ; après tout, même les anglophones, dont la poésie n'est pas syllabique, y parviennent généralement.

Pas trop difficile, même en se restreignant à des textes africains francophones (soit une contrainte supplémentaire) de composer des haïku 5-7-5 à partir de 3 titres de livres.

vendredi, 21 juin 2019

Axiome

Quel que soit le nombre de copies dans un paquet (7, 41, 314), le nombre de copies dont il est impossible de décacheter la partie d'anonymisation sans un cutter, un coutelas, une bouilloire électrique ou une tronçonneuse est exactement égal à 1.

jeudi, 20 juin 2019

Allégorie de l'Université française à la sauce Vidal

amphiAtanneurs.jpg