samedi, 25 octobre 2014

Carons et ronds

Le dédicataire du concerto pour hautbois de Martinů (avec un rond en chef sur le u) était (est ? fut ?) Jiří Tancibudek (avec un caron sur le r et un accent aigu sur le i).

Je vous parlerai un autre jour (vous — oui, notamment vous, chers amis australiens) de Dorian Le Gallienne.

vendredi, 24 octobre 2014

Le fleuve Tana

28 septembre

 

 

Préparer des cours, et s'égarer plaisamment entre une double tradition Andrew Jackson / Abraham Lincoln, des questions culturelles spécifiques à la Tasmanie, et surtout de vétilleuses vérifications relatives aux ethnies agĩkũyũ et wakamba, à tel passage de Facing Mount Kenya, pour ne rien dire de la géographie du fleuve Tana, le tout au dos de pages arborant “whining bread for his brat”.

jeudi, 23 octobre 2014

... comme un cabour.

27 septembre

 

Lucas Digne a lancé : ▬ Mind the gap !

(Bordel de merde, contrôle raté.)

——•——Ce midi les garçons dehors pour la langue de bœuf avaient un petit gilet au soleil, moi à l'ombre en chemisette, tout mon content, pensez un 27 septembre.

Bahebeck a tapé dans le ballon comme un cabour.

—°—Dans la chilienne, un fort volume abandonné.

 

Le soleil sèche le peignoir.

mercredi, 22 octobre 2014

Deux distiques du 27 septembre

On a bien écœurant que l'odeur de gasoil

Si comme le voisin jardinut torsepoil.

 

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On a über-dégueu de Jean-Charle Orioli

 Si qu'il étut très gros et très pas très joli.

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mardi, 21 octobre 2014

Tritonicons & rotophones

J'ignorais tout des rotophones

Et aussi des tritonicons,

Cuivres pour musiciens aphones

 

Ou photographes par Nikons.

26.09.2014.

lundi, 20 octobre 2014

Le Kaa

26 septembre

 

 

Et donc, au Kaa (le nouveau nom du bistrot est un hommage à la série Kaamelott (j'ai donc raconté aux serveurs que mon fils aîné et leur patron pourraient échanger des répliques cultes de tête pendant des heures)), le vendredi midi, soit tu écoutes des conversations d'amateurs de black metal qui comparent les mérites du Hellfest et du Motokultor, soit tu entends trois jeunes filles parler des séries-culte du moment, et ce d'une façon qui te confirme que, quoi qu'en disent les branchouillards qui ne cessent de parler de la créativité des auteurs de séries, de la complexité narrative et psychologique gnagna, eh bien, les séries-culte de 2014 sont aussi débiles (aussi répétitives et superficielles) que “Dallas” ou “Santa Barbara” en leur temps.

02.10. À ce même endroit, il y avait, il y a déjà longtemps, le bistrot des Joulins. La nouvelle équipe me plaît beaucoup aussi. C'est amusant, ce lieu, d'ailleurs quasiment personne ne sait que cela s'appelle le placis des Joulins, avec ses six magnolias, et les flots d'étudiants, de secrétaires et d'enseignants qui vont et viennent en tentant de ne pas trébucher sur les marches pétées, les dalles inégales. Vertige chronotopique, je reviendrai souvent au Kaa, peut-être y déclamer du Buzzati. — Dois-je écrire que le 2 octobre est une date noire, de deuil ?

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dimanche, 19 octobre 2014

Ai-je failli...

25 septembre

 

Ai-je failli, ai-je enflammé

nuages vos neiges

Ai-je éteint

les cotonnades, les solfèges

Un regard feint

de se poser sur le manège

où, acclamé

le nuage se brûle neige

: N'est-ce donc ce que j'ai commis

mes ennemis

ou la fièvre d'être de braise

un doute en moi

(l'ongle plus granit que le doigt)

 

fabrique la voix aphérèse

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samedi, 18 octobre 2014

Humumental

24 septembre

 

The Heart of Humument, finalement, n'est pas la 1ère édition, mais, pour 25 euros, une curiosité valable : tiré-à-part à 367 exemplaires d'une partie des pages de l'édition 1, en Allemagne en 1985 — donc une pierre à ma collection humumentale, tout de même.

 

Sinon, No Longer At Ease, que je devais racheter parce que ça fait partie (avec les Tutuola) des bouquins que je prête et que je ne vois jamais revenir, est arrivé dans une collection dégueulasse de 2013, un truc ronéo, éditions "Important Books" je crois (!) — bref, un exemplaire à donner ou à enterrer dans un rond-point — et je peux me recommander la Heinemann.

The Bridge, Petit Faucheux, 13 octobre 2014.

Belle soirée au Petit Faucheux, autour du projet collectif “The Bridge”, qui rassemble des musiciens de Chicago et des jazzmen français autour de séances longues, et — selon la formule d'Alexandre Pierrepont — en se gardant de tout hommage, car la tendance à multiplier les hommages asphyxierait la créativité.

[Dans le hall du Petit Faucheux, avant le concert, voyant que je lisais le tome III du Pléiade de Breton, A.P. m'a abordé et conseillé l'achat d'une revue à laquelle il a collaboré, L'Or aux 13 îles. Comme je suis curieux de nature, j'ai feuilleté ce numéro 3, de 2014, et l'ai effectivement acheté. Des différents articles, je recommande les oiseaux imaginaires du jeune Alexandre Cattin,  “Rimbaud modernité par contumace” de Mauro Placi et enfin la collection de bouteilles des époux Beynet, qui louche du côté de l'art brut et me remémore mon fouillis laissé en plan. Il y a aussi un CD de l'ensemble Bonadventure Pencroff, très cuivré, très bien à première écoute, avec Pierrepont en récitant.]

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2014-10-13 20.51.04.jpgEn première partie, le duo constitué par le saxophoniste Dave Rempis et le batteur Tim Daisy a joué un seul morceau, très free jazz, mais avec des passages très mélodiques, dans lesquels le batteur trouvait des modulations très séduisantes sur le métal. La fin était très chantante, moins stridente que l'ouverture.

 

La deuxième partie est celle que j'ai préféré, de très loin. Il s'agissait d'un quatuor inédit, dans une formule inhabituelle, puisqu'il était composé de la pianiste Eve Risser, de la flûtiste Sylvaine Hélary, du violoncelliste Fred Lonberg-Holm, et enfin du batteur Mike Reed. À l'exception de certains moments où l'on avait l'impression que la flûtiste ne jouait pas (surtout avec la flûte basse — problème de sonorisation ?), l'ensemble était très beau, très prenant. La vraie découverte, pour moi, était le violoncelliste, dont l'instrument, en mode électrique, était relié à un système complexe de pédales qui lui permettaient d'en jouer soit comme d'une guitare électrique, soit d'en décupler les effets dissonants métalliques, le tout dans une recherche d'harmonie jamais gratuite, en écho aux autres instrumentistes.

vendredi, 17 octobre 2014

Vitrines sur les Joulins

Depuis bientôt dix ans que je tiens, irrégulièrement, ces carnets, j'ai déjà eu l'occasion d'écrire à quel point la place des Joulins m'inspirait, et combien je pourrais en faire, si j'avais le temps d'y traîner plus souvent et plus longtemps mes guêtres, un chronotope tourangeau fondamental. Depuis un mois, j'ai adopté, pour ma pause déjeuner du vendredi, le bistrot qui a remplacé les précédents avatars situés là (dont les Joulins, tout simplement). J'écris « bistrot », mais il s'agit tout à fait d'un café à la française, côté terrasse, et, à l'intérieur, d'un pub au sens le plus cosy et sombre feutré du terme.

 

Au Kaa, donc, j'expie mes heures de frénésie laborieuse du vendredi matin, et me prépare à mes heures de cours de l'après-midi — au cours desquelles, hier, j'ai tout de même dû préciser, pour la majorité des étudiants de première année, qu'un texte pouvait être “poétique” et évoquer des sujets terre-à-terre, et même des coucheries entre un maître et sa servante...

jeudi, 16 octobre 2014

Expositions Gilles Caron & Jean-Luc Olezak, au Château de Tours

Aujourd'hui, peu avant la clôture des diverses expositions du château, nous sommes allés voir l'exposition Gilles Caron, en partenariat avec le Musée du Jeu de Paume, et celle consacrée, sur le dernier étage, à un photographe tourangeau d'origine polonaise, Jean-Luc Olezak, dont le nom, apparemment, devait à l'origine s'écrire Olczak.

Gilles Caron est très célèbre, non seulement parce qu'il est l'auteur de reportages de guerre mémorables et de photographies non moins célèbres (les enfants dénutris du Biafra, images magnifiques et atroces, ou le Cohn-Bendit jovial souriant à face d'un CRS sur un trottoir parisien), mais aussi pour avoir fait partie des photographes retranchés dans une école, en plein désert, avec les rebelles du Tibesti. Cette histoire, grave, lourde de symboles, je la connaissais pour l'avoir lue et entendue de Depardon. Ce que j'ignorais, c'est qu'il n'était pas mort jeune, mais qu'il avait disparu en 1970 en territoire khmer rouge. Disparu, cela signifie que son corps n'a jamais été retrouvé, non ?

Ce que j'ai découvert, dans cette exposition qui permet d'espacer les vues, de faire respirer le regard entre chaque série, grâce aux belles et vastes salles du Château, ce sont les photographies de manifestations en Irlande du nord, mais aussi que Gilles Caron — lui, dont le nom suggérait ce retournement du chapeau circonflexe ou incurvé de Twiggy en un œil acéré tourné vers toute la saloperie militaire de ce monde — avait commencé par la photographie de mode.

 

jlo_004_m.jpgJean-Luc Olezak, lui, n'est pas, à ma connaissance, très connu. Pourtant, cette rétrospective, qu'il ne reste que trois jours pour aller voir, contient quelques véritables pépites. Par-delà l'aspect amusant (mais anecdotique) qui permet de revoir tel lieu tourangeau qui s'est déjà, même en dix ou quinze ans, métamorphosé, Olezak porte un regard profond, mais sans sécheresse, sur les gens et sur les lieux. Le risque est parfois qu'un certain kitsch vienne côtoyer une plus rigoureuse beauté, ainsi de ce diptyque de la Tour Eiffel : dans une image, superbe et qui n'est pas sans évoquer Kertesz, à une Tour Eiffel tronquée dans le ciel grège répond une flèche semblablement étêtée sur le bitume gris... et dans l'autre, un orteil flou, au premier plan, semble toucher le haut de la Tour Eiffel en arrière-plan (le comble du kitsch à cartes postales). Peut-être le tri n'a-t-il pas été fait très judicieusement, car on sent que sur certaines séries, il doit y avoir des dizaines d'autres photographies tout aussi fortes dans les cartons de l'artiste... à moins que ce kitsch ne soit le goût que l'on souhaite aussi inculquer, ou respecter chez certains visiteurs ?

dimanche, 12 octobre 2014

impossibles

un

os

de

plus

dans

la

va-

can-

-ce

de

l'œil

et

d'autres

mondes

de

biais

naissent

à

l'est

d'être

im-

-pas-

-sibles

soleil

levant

par

le

vent.

 

jeudi, 09 octobre 2014

Commitment in Toulon.

La Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur vient de publier son texte de cadrage pour le prochain Congrès, qui aura lieu à Toulon.

Le moins que l'on puisse dire est que c'est laborieux.

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Distiques ribéryens. Le Prix Nobel

Comprendu-je ne pas qui ç'a ce Modiano

Si j'a dansu des doute et Sara Mandiano.

()

30 écrivains vivants de langue française qui mériteraient le Nobel

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Jean-Christophe Bailly

Pierre Bergounioux

François Bon

Yves Bonnefoy

Rachid Boudjedra

Michel Butor

Renaud Camus

Marc Cholodenko

Ananda Devi

Ghassan Fawaz

Frankétienne

Philippe Hadengue

Philippe Jaccottet

Dany Laferrière

Linda Lê

Pierre Michon

Marie Ndiaye

Patrice Nganang

Christian Prigent

Marius Daniel Popescu

Nathalie Quintane

Jean-Luc Raharimanana

Lionel Ray

Jacques Réda

Jean Ristat

Jacques Roubaud

Caroline Sagot Duvauroux

Jean-Luc Sarré

Eugène Savitzkaya

Ryoko Sekiguchi

 

Rotative

5 octobre

sur le vieux canapé 
défoncé
du petit 
salon je lis

assis dans le vieux 
canapé défoncé
du petit salon
je lis

assis 
dans le vieux 
canapé 
du salon à
l'étage je lis

assis je lis 
sur le vieux canapé défoncé 
du petit salon

 

mercredi, 08 octobre 2014

Mercredi 1414

un chauffeur de bus qui ressemble 

à Opalka 

vers l'an deux mille

 

une adolescente à tresse 

qui rappelle 

la Vie d'Adèle

 

(quelque chose 

dans son regard 

quelque chose

dans son sourire)

 

un immense rayon

de soleil vient ponctuer 

de millions de nombres 

la vie de chacun

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14:41 Publié dans Nomades | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 05 octobre 2014

Vrai hasard lexical

Parfois, on parle du faux hasard des rencontres lexicales, l’impression – une fois que l’on a entendu ou lu (ou cru entendre ou lire ?) un mot pour la première fois – de le rencontrer sans cesse dans les semaines, les mois qui suivent. L’hypothèse la plus couramment avancée est qu’en fait la personne qui croit voir un mot pour la première fois l’avait déjà rencontré, mais sans y prendre garde, et que les occurrences ultérieures, si frappantes, sont le fait de cette prise de conscience retardée… d’où l’idée d’un « faux hasard ». (Il ne me semble pas qu’il y ait eu d’étude sur cette question. J’imagine que certains écrivains – Sarraute ? Leiris ? – ont pu en parler.)

Lundi ou mardi dernier, je tombai, par hasard, dans le Robert culturel, sur un haut de page où se trouvait le mot épreinte, et fus étonné de constater que le seul sens que je connusse de ce mot (les épreintes sont les excréments des loutres) n’y figurait pas, mais que la seule acception retenue par les auteurs du dictionnaire était un sens médical inconnu de moi. Or, le lendemain, ou le surlendemain, à la page 71 du Libera : « Ce qu’elle n’avait pas dit c’est qu’elle avait écourté son action de grâce pour une épreinte irrépressible, son affection congénitale lui jouant des tours… »

 

Il me semble qu’il y a là un vrai hasard, principalement du fait que ce mot est tout à fait rare (j’ai eu l’occasion de vérifier auprès de trois ou quatre proches que personne ne le connaissait, même dans son sens zoologique) : ainsi, tomber dessus dans le dictionnaire un jour ou deux avant de lire une des rares pages de prose française où il est employé, c’est un hasard. Ce qui me turlupine, c’est la chose suivante : si j’avais lu – comme il eût été possible, et même comme cela eût dû être – Le Libera il y a vingt ans, ou tout simplement il y a six mois, quand je l’ai finalement acheté, aurais-je été intrigué par ce sens médical, ou aurais-je conclu sans vérifier que Pinget faisait là une métaphore ? Dans cette seconde hypothèse, je n’aurais pas manqué de comparer cette analogie entre une figure (la Crottard) et une loutre avec les noms d’autres personnages (Loeillère, Lorpailleur, Latirail). Indépendamment de mes propres tergiversations et insuffisances lexicales, la question reste posée : Pinget emploie-t-il ce terme pour suggérer que ce que l’on entend, à ce moment-là, c’est la voix du pharmacien Verveine, ou, connaissant la signification zoologique, suggère-t-il un jeu onomastique ? [Plus loin dans le roman, la famille Ducreux boit à plusieurs gourdes : loutre → l’outre → la gourde / Le signifiant loutre suggère aussi l’outrance, l’autre (donc l’apocryphe et la hantise, thèmes éminemment pingetiens).]

jeudi, 02 octobre 2014

Le Libera

........ sans compter la luzerne et la vipérine et le silène enflé qui fait de si jolis pets quand on tape dessus ............

 

 

À l'exception peut-être d'un inédit qui m'avait laissé de marbre, je n'avais pas relu Pinget – un de mes modèles (mentors ? Maîtres ?) depuis une bonne quinzaine d'années. Le Libera, un des premiers livres de lui aperçus en librairie (librairie d'occasion, rue Sainte-Catherine à Bordeaux (je crois que le premier Pinget que j'aie vu en librairie, c'était à Dax, librairie Campus, en 1990 (Du nerf, je pense (curiosité de ce volume ultra-mince, de ce nom, et la griffe Minuit qui me fascinait)))), j'avais d'abord lu, sur le dos, Le Liberia, inculture religieuse oblige, plus que passion pour l'Afrique.

Plus tard, alors que je lisais par brassées tout ce qu'avait écrit Pinget, ce roman est resté hors champ, peut-être parce que j'avais trouvé un jour, dans une librairie du quartier Montparnasse, un exemplaire à 600 francs (c'était une première édition signée, je pense) ; comme j'ai toujours été assez aganit, et très peu bibliophile, cela, avec le titre et l'initiale erreur de lecture, m'a peut-être tenu éloigné encore de cet opus-ci. J'ai fini par l'acheter il y a quelques mois, en me disant que, si ça se trouve, je n'arriverai plus du tout à lire Pinget, je le connais trop bien, etc.

Or, j'ai commencé la lecture du Libera avant-hier soir, et le texte m'emporte, enrichi d'échos plus récents (Lobo Antunes, mais pas seulement, Claude Mauriac aussi), fort de cette structure de parlerie où chaque détail se transforme et s'altère imperceptiblement à chaque nouveau paragraphe, d'une phrase l'autre, la vérité se trouvant dans le creux de la voix (émanant du creux (Ducreux)) plutôt que dans une impossible véracité.

Dans la sublime postface (texte qui en dit plus long, en quatre pages, sur le roman français du XXème siècle que tout Genette et tant d'autres), Pinget rapproche sa démarche – ici – de L'Inquisitoire, qui constitue certainement un des monuments d'une œuvre monumentale.

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mercredi, 01 octobre 2014

L'homme mystérieux du pont Mirabeau

On ne le voit plus. 

Depuis au moins un an, je ne l'ai plus revu. Même le Web avait fini par bruire de cet homme au regard si intense, si chargé de désespoir.

L'énigme demeure. Je pense souvent à lui, quand je descends en voiture le pont Mirabeau, souvent, plusieurs fois par semaine, je le vois même absent — il occupe ce pan de trottoir à tout jamais. Spectre (ou non ?) miroir de nos lâchetés ?

lundi, 29 septembre 2014

Advenir

29 septembre, 17 h 10, jardin de la place François-Sicard

 

Cela fait donc deux semaines -- le troisième lundi consécutif que je me retrouve, toujours par beau temps (il faisait même franchement chaud le 15), dans ce jardin étroit mais très charmant. En onze ans à Tours, je ne m'étais jamais arrêté dans ce jardin, y passant parfois, sans plus. Or, y passer une heure ou un peu moins un lundi sur le coup de cinq heures permet de se rendre compte à quel point le centre dit historique de Tours, ici le quartier de la cathédrale, est bruyant. On ne risque guère d'être dérangé par le bruit du jet d'eau, wasserfall diaphane plus que blond — démarrages de bagnoles et pétarades de vélomoteurs sont permanents. On s'y habitue, je suppose.

Je n'ai pas encore pris d'autres habitudes, tout d'abord parce que, lorsque le froid commencera de s'installer, je préférerai probablement aller baguenauder du côté du Musée, ou prendre un verre somewhere around, à moins que je ne reste parfois à lire dans la voiture.

Depuis le 15, il y a quinze jours donc, comme on dit fort peu arithmétiquement en français, je me suis dit que je pourrais écrire une série de textes sur ces 5 à 7 du lundi, les souliers dans les gravillons, le dos calé contre un banc vert à la peinture écaillée. Je m'assois sur le même banc, ou du moins sur un des deux bancs qui permettent de faire face à la statue de Michel Colombe par François Sicard. Ballet de promeneurs divers, surtout vieux ou nounous ou mères semblablement entées de leur progéniture, lycéens (et surtout lycéennes, à croire que le lycée Paul-Louis Courier, non loin, est plutôt féminin). La statue qui représente Michel Colombe a quelque chose d'apaisant à première vue — c'est une de mes statues préférées dans cette ville -- et en même temps, à mieux y regarder, à se plonger en elle, elle inquiète, elle a quelque chose d'inquiétant, je crois que je n'aurai jamais écrit un texte avec autant de virgules, de juxtapositions.

Le 15, j'ai remarqué que des farceurs (ou des étudiants aux Beaux-Arts, ce qui revient au même (je laisse cette première parenthèse telle quelle, allez deviner si j'endosse délibérément le costume du philistin vieuxcon)) avaient souligné les yeux et les lèvres du sculpteur d'un trait discret de peinture rose. On peut évidemment tout imaginer, geste vandale bête, geste artistique à message (?), facétie de manifestant favorable au mariage pour tous, dénonciation subtile (le sculpteur n'est-il pas en robe ?) de la théorie du genre ou des dénonciateurs d'icelle...

En tout cas, si j'ai posé le 15, dans ma tête, le principe possible d'une série de textes, voici commencée, sinon la série (nous verrons cela lundi prochain), du moins un premier épisode. Bien entendu, j'ai réfléchi à tout cela car je savais déjà que j'allais, sinon participer à, du moins suivre de loin les travaux de l'atelier d'écriture que propose Stéphane Bouquet dans le cadre de sa résidence à l'Université. Le 16, j'ai assisté à la projection du film La Traversée et au lancement officiel de cette résidence, et jeudi dernier à la première séance de l'atelier proprement dit. Or, Stéphane Bouquet a imaginé que chacun des étudiants de l'atelier écrirait un texte sur soi (le Soi ? je ne sais pas comment il l'écrirait), sur un soi non pas donné, préfiguré, mais à construire par le texte, justement. L'idée est de construire une série de textes ou un seul texte ou un ensemble polymorphe (faisant éventuellement appel à d'autres formes, des images, des sons etc.) à partir de confrontations avec la ville, ou non, pas confrontations, pérégrinations, choix de certains lieux, de certains phénomènes urbains, graffiti par exemple, etc. J'ai le sentiment de très mal expliquer ce qu'il entrevoit ou suggère — ma propre interprétation est parasitée par le projet que vient d'inaugurer François Bon, "la littérature se crie dans les ronds-points", autre forme d'approche systématique de lieux systémiques, représentatifs de ce que j'ai nommé, ailleurs dans ces carnets, l'überurbain.

Peu importe, je vais faire ma mayonnaise, un peu de tout cela s'entremêlera ici, qu'importe.

 

Vieux ou nounous ou mères ou lycéens.

Sacré programme.

(Je me déplace, vais de l'autre côté, un banc dans le couvert des ifs, près d'un jeune couple qui clope, mais je ne supportais plus l'odeur de pisse qui émanait depuis pas très longtemps, je le crains, de mon voisin, un gros homme pied-bot. Ce banc-ci arbore, pour inscription manifeste, le mot MOCHE, marqué au blanco. Je me suis assis de manière à ne pas le cacher, de sorte qu'un autoportrait (à la Webcamelote) demeure possible.)

Pour l'heure, portraits.

Jeune fille blonde, passe en lisant un texte ronéoté qu'elle a l'air d'apprendre par cœur.

Deux dames, une la soixantaine, l'autre plus petite, plus jeune, rousse.

Vélomoteur casse-tympans, puis de nouveau le jet d'eau et la conversation du petit couple à côté de moi.

Homme en chemisette noire, parka légère sur l'épaule.

Le couvert des arbres, épars alors qu'il y a beaucoup d'arbres, d'arbustes, de frondaisons.

Jeune femme mince, la trentaine, baguette. Impression de la connaître.

Jeune femme rousse en short.

Homme élancé, plutôt jeune, casquette à carreaux.

Vélomoteurs sans arrêt.

Il va falloir que je me trouve un autre repaire.

La jeune fille en t-shirt marin se casse, avec son étui de violoncelle. Fait semblant de se casser, agaceries avec le garçon qui lui tenait compagnie, c'est lui qui finit par partir (Alex ! lui lance-t-elle). Il l'enlace, quel jeu jouent-ils.

Reviennent à leur banc, celui près du mien, elle monte, debout sur la latte supérieure, lui grimpe dessus, rient. Elle lui dit "enculé" puis lui explique que c'est gentil (c'est gentil, c'est gentil).

Sur le chemin opposé passe une dame en blouson jean's, poussant une bicyclette.

Sur celui-ci, un de mes étudiants de Licence, qui ne me voit pas (ou feint de ne pas (mais je crois vraiment qu'en passant vite, en ne promenant pas, on ne voit pas les gens assis sur les bancs (ou on ne s'attend pas à voir un prof ?)).

Puis, sur le chemin opposé, une dame plutôt âgée avec un petit chien.

À la cathédrale, le coup des trois-quarts.

Les deux ados se chamaillent, feignent de, se coursent, un sexagénaire en chemisette à carreaux bleus passe en regardant lentement sa montre (la porte à son visage, pas l'inverse).

La jeune fille perdrait la moitié de son vocabulaire si on lui enlevait le droit de dire “sérieux” sur le mode de l'interrogation rhétorique ou de l'assertion. Quelle violoncelliste fait-elle.

Passent deux jeunes hommes, l'un à barbichette fait rouler une contrebasse dans son étui.

Autre jeune fille blonde, t-shirt marin aussi, jolie, plutôt distinguée, passe en saluant d'un regard en coin que je pense ironique (mais je projette sans doute) le petit couple à la sérieux-violoncelliste.

Lycéen, portable vissé.

Lycéennes, quatre ou cinq, l'une chante n'importe quoi. Snapshot_20140929_2.jpg

Autres jeunes femmes, plus âgées (pionnes ?).

Quinquagénaire, démarche lente, serviette en faux cuir sous le bras, bedaine, montre.

Autre lycéen, autre portable vissé, oreille gauche cette fois-ci.

Deux lycéennes.

Autre sexagénaire, dame avec aussi rayures marines.

Je ne compte plus accélérations des vélomoteurs.

Cycliste noire entrevue, au coin de la rue.

Le couple s'éloigne ; il porte le violoncelle (sérieux).

Quatre jeunes, probablement musicos (un blond à queue de cheval renouée en natte au-dessus du crâne quasi ras — je penche pour percussionniste).

Marre, je veux lire aussi, je reprends mon livre, le jet d'eau diaphane continue.

 

Notule en addendum, toujours lundi, 18 h 43, Conservatoire.

Pépiements des enfants dans la salle de chant choral, polyphonie fracassée des instruments de ci de là.

dimanche, 28 septembre 2014

Ping-pong, 6

 

Je m'en revenais, en Corail, à Dax, après le dernier oral. Comme à chaque passage à Paris, j'avais écumé les petits bouquinistes du cinquième arrondissement et rentrais avec quelques pépites, dont cet exemplaire de Philosophes à vendre, dans la petite collection couverte de kraft et brochée, comme tant de textes majeurs, du beau nom de Pauvert.

L'année précédente, j'étais rentré avec mon père, je crois — mais là, en retentant ce même concours, il était hors de question d'attendre le jour officiel des résultats et la proclamation dans la salle carrelée dénuée de charme. Dans le Corail, je lus, au début du trajet, il me semble, ces textes dialogués d'une vie et d'une énergie extraordinaires. Un voisin assis de l'autre côté du couloir s'autorisa à me demander pour quelle raison je lisais Philosophes à l'encan. (Je ne me rappelle plus du tout l'âge ni la mise ni le visage de cet homme, mais je me rappelle qu'il choisit de donner cette variante dans la traduction du titre.) J'évoquai le hasard (sept francs pour un petit volume impeccable de cette singulière collection, pas à hésiter) mais aussi l'adieu à mes études de philosophie que constituait, quel qu'en fût le résultat, ce concours passé.

Ce soir, apprenant la mort de Pauvert, je suis allé repêcher, sur mes étagères, ce petit volume, dont j'ai relu quelques pages.

Il fait doux, à aller au diable.

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samedi, 27 septembre 2014

Ping-pong, 5

« Comment tirer les vers du nez d’un tel fallace ? » (Dorman, p. 57)

Cherchant, dans le Robert culturel, le mot fallace – ne l’y trouvant pas (c’est incident) – je trouve (tombe sur (à la page 598 (en haut à droite, où l’œil épie))) le substantif épreintes, et le seul sens que je connaisse, depuis longtemps, à ce mot (il désigne les excréments des loutres), n’y figure pas.

Je découvre aussi (même colonne où devait se trouver l’absent fallace) le faldistoire, siège liturgique des évêques.

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vendredi, 26 septembre 2014

Such Is Life

Il y a 171 ans naissait Joseph Furphy (Seosamh Ó Foirbhilhe en gaélique), l'auteur du sublime Such Is Life, chef-d'œuvre australien trop peu connu.

Who can claim s/he is a true Australian if s/he has not read Such Is Life ?

 

C'est vendredi. Avant de recevoir plusieurs étudiants, puis d'assurer plusieurs cours, il convient d'écouter calmement Émilie Mayer et Hilding Rosenberg.

En zoom 200% je vois tout bien comme il faut, confortablement.

Je vois passer sur mon mur un poster bien cucul-la-praline dont le slogan est, je cite de mémoire, “You Have to Embrace Getting Older”, l'illustration étant une photo de Meryl Streep, qui, à 65 barreaux, a moins de rides que moi — d'ailleurs, elle n'en a pas du tout. J'en conclus que c'est un canular.

 

Puis je voulus composer un poème constitué et entrelardé de captures d'écran.

jeudi, 18 septembre 2014

3370

Dans les toilettes du rez-de-jardin, il y a une carte de l’île d’Arran, et, dans celles du premier étage, une carte du Cantal, avec Saint-Pantaléon-de-Lapleau, qui se trouve en Corrèze.

 

Dans les toilettes du sous-sol, j’ai fini par déposer, sur la caisse où sont entassés des carreaux de rechange, mon vieil exemplaire de l’Abrégé du Littré, que j’y feuillette — d’où d’abstrus “poèmes du Littré”.

dimanche, 31 août 2014

Le jumelage Tours / Takamatsu, et l'enlaidissement des parcs

P1250964.JPGAinsi, au nom de l'amitié entre notre cité et une ville japonaise réputée pour son art des jardins, Takamatsu, nos édiles imbéciles ont décidé de saloper un des plus beaux parcs tourangeaux avec trois gros praticables aussi laids que peu discrets.

M. Babary, bravo !