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dimanche, 16 octobre 2016

Cinq saints rares du 16 octobre

16 octobre 2013.

 

Un naïf du nom de Bercaire

Aime beaucoup Cora Vaucaire.

Il sait qu'on dit en teuton

Gesang pour la chanson

— Et le trafic se dit fercaire.

 

╝╗║╣╣║╗╝

 

Un néo-iznogoud, Eliphe,

Voudrait être caliphe en place du caliphe.

Afin que stressé il soit moins,

On lui a conseillé le joint

Car rien ne vaut, pour se relaxer, un bon spliphe.

 

╝╗║╣╣║╗╝

 

Un étudiant de lettres, Konogan,

Ne se lave pas trop le catogan.

Il y a plus de jooing

Chez lui que de shampooing —

Il ne passe jamais son korogan.

 

╝╗║╣╣║╗╝

 

Un chanteur prénommé Momble

Fait, à tous les coups, salle comble.

(Un de ses amis, Lull,

Le trouve pourtant null,

Ce qui n'est pas l'avis des fans de Momble.)

 

╝╗║╣╣║╗╝

 

Un vieux chasseur, Saturien,

Qui n'avait jamais lu Le Voyage d'Urien,

Lança « Cornegidouille !

Toujours, je reviens bredouille :

Vraiment, ce fusil, ça tue rien ! »

 

De rouille & d'os Sur mes lèvres

Hier soir, nous avons regardé en famille — ou presque : Oméga ayant neuf ans, il est encore un peu jeune — De rouille et d'os. Il se trouve que, plus tôt dans la semaine, C* et moi avions regardé Sur mes lèvres, du même Audiard, et que nous ne connaissions pas non plus.

Une première chose m'avait frappé avec Sur mes lèvres : deuxième partie longuette, scénario tirant trop vers l'histoire criminelle poussive (au lieu d'exploiter toute la relation des deux protagonistes au travail, qui donne les meilleures scènes du film). Bien aimé quand même, mais je me suis fait la réflexion que, alors que j'avais beaucoup aimé Regarde les hommes tomber, adoré De battre mon cœur s'est arrêté, et été très impressionné par Un prophète, ce film d'Audiard ne me faisait, au fond, ni chaud ni froid.

Hier soir, plus âpre déception encore. De rouille et d'os succombe, non seulement à l'incapacité de son auteur à faire court, à couper au montage afin que son film ne s'englue pas dans des considérations de deuxième ordre, mais aussi à un story-telling tout à fait hollywoodien : tout, dans la façon dont les itinéraires de Marie et d'Ali se déroulent en parallèle avant de se croiser, puis leurs aventures (et surtout leurs mésaventures), est raconté de façon conventionnelle, conformiste. On sait à chaque instant ce qu'il va se passer ensuite : ils vont baiser, le gosse va se noyer etc. Et du coup, bien sûr, on s'en contrefout. Ajoutez à cela l'invraisemblance totale des trois scènes d'accident (dans la scène de l'accident qui vaut à Marie d'être amputée, les orques auraient attaqué la dresseuse et elle serait carrément morte (fin du film)) ; dans la scène où Ali dérouille* salement, il ne peut suffire que Marie se pointe avec ses jambes en métal pour qu'il prenne le dessus et achève la scène sans même une plaie ; dans la scène de la noyade, eh bien, le temps seulement que le père coure jusqu'au trou d'eau dans la glace, l'enfant est déjà mort normalement, donc NON, il ne peut pas être à peine vaguement mal en point le lendemain...), et comprenez pourquoi on ne s'interroge même plus : on regarde passer le temps en regardant un film...

Si j'écris ce billet, c'est surtout parce que je ne sais pas, compte tenu de ce que je viens de noter, si mes enthousiasmes passés pour les films d'Audiard viennent d'une différence réelle dans la qualité de ces différentes œuvres, ou si c'est moi qui me suis blasé, ou si j'avais surévalué De battre mon cœur... à l'époque — je me rappelle l'avoir vu au cinéma, et, en en discutant après, un ami m'avait dit qu'il trouvait ça trop long, tirant sur la corde, hystérique.

Donc, seule façon de clore ce billet ——— ?

 

 

* Ah tiens, je n'avais pas compris le titre du film, qu'Alpha a dû m'expliquer (oui, ça s'arrange tous les jours...)... mais en écrivant cette phrase, je me demande si le jeu de mots n'est pas sous-entendu par Audiard. (Après tout, c'est quand même le fils Audiard** !)

** Faut pas confondre les Michel Audiard (avec des canards sauvages).

samedi, 15 octobre 2016

Huit saints rares du 15 octobre

Un adolescent, Barsès,

Voudrait devenir Yann Barthès.

Ce n'est pas seulement

Son humour, son talent,

Mais sa coiffure et son faciès !

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Je connais un type, Cannat,

Qui chaque jour un pan bagnat

Engloutit.

L'agouti

N'est pas plus goulu que Cannat.

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Notre plombier, le bel Épain,

Ne sait pas faire le pain.

« Suis-je donc boulanger ?

Il n'y a pas de danger ! »

Pourtant, avec le boulanger il est copain !

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Il paraît que le vieil Euthyme

Est un alcoolique anonyme.

Être né à Mélitène

Lui donnerait des phlyctènes...

Virez-moi ce vieux cacochyme !

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Un vieux pêcheur nommé Gonsalve

Fait ses délices des bivalves.

Un beau jour que son oncle

Lui prenait un pétoncle,

Il saisit son pétard et lança une salve.

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

S'il se mire dans l'eau, Narcisse,

C'est qu'il a un teint de saucisse,

Et ça lui donne faim.

« Allons donc chez Épain ! »

« Je suis plombier ! Qu'on en finisse !!! »

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Un écrivain ronchon, Sévère,

Depuis avant-hier persévère

À vociférer : « Bob ?

Poète ??? Peau de zob ! »

Quid des aèdes, des trouvères ?

 

ÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞÞ

 

Le digne, fier, illustre Thècle

Dit souffrir de ce nouveau siècle.

« La sixième extinction ? Chicane !

Mais le prix Nobel à Dylane ?

Rien de pire qui me débècle ! »

 

D'un rapport de jury, et d'un corrigé.

Neuf mois après les épreuves écrites, le jury d'agrégation interne d'anglais vient enfin de publier son rapport sur la session 2016. Ce document est toujours très instructif pour les candidats, et pour les universitaires qui assurent les cours.

Il s'agit d'un document public, consultable ici.

Je viens de passer un certain temps à lire les parties qui me concernent le plus, et notamment les pages 43 à 50, sur l'explication des choix de traduction.

Toutefois, je me contenterai de reproduire ici le texte du sujet de version, et la proposition de traduction à laquelle finit par aboutir le jury.

 

Texte à traduire (extrait de Freedom de J. Franzen)

Walter had never liked cats. They'd seemed to him the sociopaths of the pet world, a species domesticated as an evil necessary for the control of rodents and subsequently fetishized the way unhappy countries fetishize their militaries, saluting the uniforms of killers as cat owners stroke their animals' lovely fur and forgive their claws and fangs. He'd never seen anything in a cat's face but simpering incuriosity and self-interest; you only had to tease one with a mouse-toy to see where its true heart lay. Until he came to live in his mother's house, however, he'd had many worse evils to contend against. Only now, when he was responsible for the feral cat populations wreaking havoc on the properties he managed for the Nature Conservancy, and when the injury that Canterbridge Estates had inflicted on his lake was compounded by the insult of its residents' free-roaming pets, did his old anti-feline prejudice swell into the kind of bludgeoning daily misery and grievance that depressive male Berglunds evidently needed to lend meaning and substance to their lives. The grievance that had served him for the previous two years —the misery of chainsaws and earthmovers and small-scale blasting and erosion, of hammers and tile cutters and boom-boxed classic rock— was over now, and he needed something new.

Some cats are lazy or inept as killers, but the white-footed black Bobby wasn't one of them. Bobby was shrewd enough to retreat to the Hoffbauer house at dusk, when raccoons and coyotes became a danger, but every morning in the snowless months he could be seen sallying freshly forth along the lake's denuded shore and entering Walter's property to kill things.

 

Proposition de traduction

Walter n'avait jamais aimé les chats. Il lui avait semblé que c'étaient les sociopathes du monde des animaux de compagnie, une espèce domestiquée comme un mal nécessaire à l'élimination des rongeurs et fétichisée ensuite comme les pays malheureux fétichisent leurs militaires, saluant l'uniforme de tueurs comme les propriétaires de chat caressent la jolie fourrure de leur animal et lui pardonnent ses griffes et ses dents pointues. Il n'avait jamais rien lu dans l'expression d'un chat si ce n'est une absence de curiosité et un égocentrisme de façade ; il suffisait d'en taquiner un avec une fausse souris pour voir quelle était sa véritable nature. Jusqu'à ce qu'il vînt habiter dans la maison de sa mère, il avait eu quantité de maux plus graves à affronter. C'est seulement maintenant, comme il avait la charge des populations de chats harets causant des ravages dans les terres que lui avait confiées The Nature Conservancy et qu'à la blessure infligée à son lac par les lotissements Canterbridge s'ajoutait l'affront des animaux de compagnie que les résidents laissaient vagabonder, que son vieux préjugé contre les félins avait grossi jusqu'à devenir cette espèce de grief, de tourment matraqué journellement dont les hommes dépressifs de la famille Berglund avaient manifestement besoin afin de donner sens et épaisseur à leur existence. Le grief qui lui avait servi ces deux dernières années —le tourment des tronçonneuses, des bouteurs, des petits dynamitages et des terrassements, des marteaux, des coupe-carreaux et du vieux rock à pleins tubes—avait cessé et il avait besoin d'autre chose.

Certains chats sont fainéants ou inaptes à tuer mais ce Bobby, noir, aux pattes blanches, n'était pas de ceux-là. Bobby était suffisamment rusé pour se replier dans la maison des Hoffbauer à la tombée de la nuit, à l'heure où les ratons laveurs et les coyotes devenaient un danger, mais tous les matins des mois sans neige on le voyait repartir à l'aventure sur la rive sud dénudée du lac et pénétrer le domaine de Walter pour y tuer.

 

Ma seule réaction, après avoir noté à la hâte toutes les erreurs de traduction (en rouge ci-dessus), fut, paraphrasant Coluche : ils s'y sont mis à plusieurs pour faire ça ???

Coings écrasés. — Un sonnet retrouvé.

tous ces coings écrasés

c'est pas de la gnognote

ça fait de la compote

en plein sur la chaussée

 

par le clavier glacé

j'écoute un vieux Blue Note

on me dira mon pote

au futur au passé

 

ma mémoire est un torque

& j'ai l'œil furibard

d'une ligne épurée :

 

le combat contre l'orque

dans la rue en slibard

glissant dans la purée

 

 

Écrit le 15 octobre 2015, jamais publié ici, ce sonnet ne figure pas dans le recueil qu'on peut toujours, cinq semaines après sa sortie, acheter ici.

vendredi, 14 octobre 2016

Varia (ne varietur)

Action contre la faim beaucoup me débectèrent

Qu'ils me sont envoyé un gros stylo-cuillère.

 

*

 

On est vraiment très peur qu'on est beaucoup la trouille

Le binturong comme il dépèçut la citrouille.

 

*

 

Les Mayas leur milieu n'avait pas très aqueux

Si qu'ils s'ont fait des tout petits trous dans la queue.

 

Frankie Lee & Judas Priest

Mon métier d'universitaire et d'enseignant-chercheur, c'est aussi de former à la traduction, et — à partir de la troisième année, seulement, hélas — à la réflexion sur les questions de traduction.

Dans le cadre de mes T.D. de traductologie, je vais faire travailler les étudiants sur un “texte” de Bob Dylan, et sur une traduction française de ce texte. Pour ceux que cela intéresse, voici le document de cours sous PDF.

Comme je l'écrivais hier, la singularité de l'œuvre de Dylan, c'est qu'elle en grande partie non traductible, à savoir qu'elle n'a pas besoin d'être traduite pour être comprise ou saisissable (comme les grandes œuvres de théâtre, dans lesquelles tant de ce qui se produit n'est pas lié strictement à la langue).

Quatre saints rares du 14 octobre

14 octobre 2013 & 2015

 

Un poissonnier, Angadrême,

Avait, pour fiancée, une brème.

« Athos, Portos sont mes amis,

Mais bien moins qu'Abramis. »

(Enfoncés, musiciens de Brême !)

 

 

Un adolescent, Calix,

Lit et relit tous les Alix.

« Il est vrai que je tique

Quand c'est homo-érotique,

Mais pas de quoi me jeter dans le Stix ! »

 

 

Un vieux boulanger, Lupulus,

Souffre atrocement du lupus.

« Quand je fais des friands au fromage

J'ai la tête dans les nuages,

Et même dans les cumulus. »

 

 

Un quadragénaire, Rothad,

Traita sa femme de pintad.

Pour toute réponche

Elle lui mit sur la tronche

Le clavier de son vieil Amstrad.

La société du spectacle de la surface de l'écume

Au fond, le problème, c'est que presque toutes les personnes qui affirment des avis de façon catégorique le font en méconnaissance de cause.

1) On met Soumission de Houellebecq dans le même panier que Zemmour parce qu'on ne l'a pas lu, ou parce qu'on ne comprend pas ce qu'est un roman.

2) On s'offusque d'un Prix Nobel de Littérature parce qu'on a entendu trois “chansons” de son récipiendaire et qu'à partir de ça (et, il faut bien le dire au risque de déplaire, d'une connaissance souvent médiocre de la langue anglaise et quasiment nulle de la culture américaine et de son rapport à la Bible) on s'est fait une opinion.

3) On s'apprête (et on appelle) à voter Juppé alors qu'on se dit de gauche (cf la bloqueuse-qui-débloque Anna de Sandre), et en ne sachant apparemment pas que Juppé a annoncé la baisse du RSA, la fin de l'ISF, la poursuite des dérégulations et qu'il est soutenu par Mariton et les ultra-cathos...

jeudi, 13 octobre 2016

Dylan & le Nobel. De quelques fausses évidences.

Ainsi, Bob Dylan se voit décerner le Prix Nobel de Littérature 2016.

Je m'attendais à des réactions épidermiques, ronchonnes, réactionnaires dira-t-on, mais pas à ce concert d'avis péremptoires de la part de gens qui, de toute évidence, parlent de ce qu'ils ne connaissent pas. Sur les réseaux sociaux fleurissent les bons mots annonçant la remise du prochain Prix Nobel à C. Jérôme ou Bézu...

Une discussion sur la littérature, et sur la valeur littéraire, doit s'appuyer sur des arguments solides, et, notamment (il paraît délirant d'avoir à le souligner) sur la connaissance de ce dont on parle.

 

Bob Dylan ne doit pas être “jugé” sur ses seuls textes, mais sur l'ensemble de son œuvre de créateur, qui inclut la performance, la mise en scène de ses chansons et leur musique, évidemment. Déjà, en 1997, pour Dario Fo, j'avais été étonné de tous ces prétendus experts qui jugeaient d'un auteur dramatique sans prendre en compte la dimension théâtrale (le jeu, la performance). Il est décidément bien ironique que l'un soit mort le jour où l'autre reçoit à son tour le Nobel.

On peut donc ergoter, et discuter du mérite supérieur de tel ou tel poète mondial, d'Adonis par exemple, dont le nom, d'ailleurs, est toujours associé à l'argument selon lequel, vu le contexte, “il aurait fallu récompenser un Syrien”. Voilà une belle connaissance de ce qu'est la littérature : le Nobel à un Syrien parce qu'Alep est noyée sous un tapis de bombes... (Adonis mérite, méritait le Nobel, mais pas sur de tels arguments : c'est insulter son œuvre et montrer qu'on ne connaît que son nom.)

Toutefois, il faut juger de l'œuvre de Dylan sur pièces, et, pour ne prendre qu'un exemple, moi qui ai tenté de traduire de très nombreux poètes contemporains de langue anglaise, américains notamment, je peux témoigner que certains textes de Dylan sont plus difficiles à traduire que bien de ceux de poètes dont le nom n'aurait pas fait se lever le moindre sourcil. (Sur Facebook, j'ai écrit, à propos de la complexité et de l'opacité de certains textes de Dylan : René Char, à côté, c'est de la gnognote. J'exagère, mais à peine.)

Donc, il doit y avoir débat, d'autant plus à partir du moment où tant de personnes qui se constituent en autorités littéraires parlent de gag à propos de ce Prix Nobel.

La vraie question, selon moi, est plus large : le Prix Nobel a-t-il valeur de prescription ? Si on répond oui, on aura tôt fait de décrier la remise de ce prix à Bob Dylan en disant que « tout le monde connaît déjà ». Contrer un tel argument est aisé. Ainsi, cédant moi aussi aux jugements péremptoires, j'écris aujourd'hui (et je pense, dans une certaine mesure) que Bob Dylan est un “auteur” (un “poète”) cent fois inférieur à Derek Walcott. Or, Walcott a eu le Nobel il y a plus de vingt ans, et il doit y avoir 200 personnes en France qui le lisent ou l'ont lu. Je grognasserais donc volontiers en disant que Nganang, Ngugi ou Raharimanana auraient mérité le Nobel cent fois davantage que Dylan (ce que je pense), mais la vérité est que ça n'aurait presque rien changé à la vraie popularité effective ( = qui les lit ou les lira) de ces auteurs. On ne peut donc en vouloir aux membres du comité Nobel de choisir sans tenir compte de la popularité ou de l'obscurité d'un auteur, mais sur des questions plus intemporelles de valeur et d'apport à la littérature mondiale.



Il y a un autre point  : c'est, à ma connaissance, la première fois qu'un Nobel est décerné à un auteur que beaucoup connaissent directement sans le truchement des traductions. Et donc aussi sans le truchement de l'écrit. Bien sûr, absolument personne ne signale ça dans les premières réactions entendues ou lues ici et là. En revanche, ce qui ressort, c'est que cette décision du Nobel semble illégitime car la littérature, ce sont (ce seraient) des textes. Voilà bien le problème : la littérature n'est pas seulement dans les textes, mais aussi dans leur performance : par exemple, dans le genre dramatique, analyser un texte sans le rattacher à  sa théâtralité, c'est un contresens que seuls commettent encore les étudiants de première année.

Si Ngũgĩ wa Thiong'o avait eu le Prix Nobel, je me serais plu à souligner qu'une partie essentielle de son œuvre, ce sont les pièces de théâtre en gĩkũyũ qu'il a créées et montées avec des troupes de paysans analphabètes, et la portée tant esthétique que politique qu'elles ont eue au Kenya.

Nuruddin Farah fait dire à un de ses personnages — dans Sardines — que Coltrane était un immense poète (such a great poet). Or, Farah vient d'une culture où la poésie était entièrement orale, et fameusement complexe d'ailleurs. La poésie orale somalie, extraordinairement codifiée, n'a commencé d'être transcrite que dans les années 60, et tous les Somaliens disent que ces transcriptions n'ont que peu de sens en elles-mêmes. Ainsi, vouloir compartimenter la littérature, mettre d'un côté les poètes et d'autre les paroliers, à ma droite les romanciers à ma gauche les vidéastes etc., n'a plus aucun sens.

Ce qui conserve tout son sens, c'est la discussion de la valeur littéraire. On peut tout à fait démontrer, sur des critères de valeur (mais en poussant vraiment l'analyse), que Dylan ne méritait pas le Nobel. Tout autre argument fleure bon le quant-à-soi et la poussière balayée sous le tapis.

mercredi, 12 octobre 2016

▓ a common everyday chador ▓

Toujours dans ma réexploration de Knots, je livre, sans commentaires pour une fois, et en raison de mon précédent billet, le magnifique début du chapitre 3 :

 

Cambara enters the living room, half of which is bathed in amber light, the other curtained away and covered in the somber darkness of a black cloth, similar in color and texture to that of a common everyday chador.

As she walks in, her hand instinctively inches toward and eventually touches her head, which is swathed in a head scarf. She is self-conscious that she did not ease the tangles in her matted hair, considering that she did not succeed in running a comb through its massy thickness before coming down.

(Knots, ch. 3 — Riverhead, 2007, p. 36)

 

 

Le niqab & les mensonges

Déjà de méchante humeur, je découvre un article publié sur Slate.fr et intitulé « Le niqab, une revanche des femmes ? ». Son auteure, Agnès de Féo, a peut-être, dans ses autres textes et documentaires, affiné sa position, mais cet article est d'une fausseté aussi dangereuse que débectante, d'un bout à l'autre.

En effet, sous couvert de sociologie et à grands renforts de concepts sartriens et lacaniens mal digérés, cet article participe de la fascination incompréhensible d'une frange grandissante des “intellectuels” dits de gauche pour l'idéologie islamiste. (Ne nous étonnons pas, après ce genre de coup, que, jetant le bébé avec l'eau du bain, d'aucuns, mal intentionnés, argumentent que les sciences sociales légitiment le terrorisme.)

Qu'il me soit seulement permis de dire deux choses :

1) Si le voile est une “castration symbolique des hommes” qui permet aux femmes de retrouver une forme de pouvoir, alors comment se fait-il que dans les pays où il est devenu quasiment obligatoire, comme la Somalie par exemple, les droits des femmes aient simultanément reculé de plusieurs décennies ? C'est sans doute parce que le niqab est une “revanche des femmes” que ces mêmes femmes « libérées par le voile » sont généralement privées du droit de vote, du droit de conduire, du droit à la propriété immobilière, du droit de décider équitablement avec leur mari d'une éventuelle séparation, et j'en passe.

2) Si les porte-voix de l'islamisme comme Mme de Féo lisaient les nombreux articles de musulmanes expliquant pourquoi elles militent contre le niqab (et même parfois contre le hijab (lire celui-ci par exemple)), ou encore des textes littéraires d'une grande profondeur sur le sujet, comme Knots de Nuruddin Farah, ils s'apercevraient qu'ils sont pris dans un jeu de dupes.

mardi, 11 octobre 2016

L'homme au treuil

Au tout début de The Many, le roman de Wyl Menmuir dont je parlais ce week-end dans une vidéo, le personnage de Clem est d'abord décrit comme celui qui tient le câble du treuil (“holding the winch cable”), puis, dans un dédoublement de l'homme et de la fonction renforcé par une syntaxe qui cherche à marquer la rapidité d'exécution, comme — en calquant le fonctionnement de la langue anglaise — le treuilhomme : “By the time it has fallen into Clem's hands, the winchman has secured it to the cable in a fluid motion and is climbing up out of the water towards the machinery.”

La plupart des ressources lexicographiques, en ligne ou non, proposent ‘grutier’, ce qui serait faux ici, ‘treuilliste’, ‘opérateur treuil’ (qui a l'inconvénient majeur d'être trop technique, surtout avec l'effacement contemporain si agaçant de la préposition) ou ‘sauveteur’, sur lequel je ne me suis guère appesanti car il n'aurait aucun sens dans le contexte : en effet, il n'y a aucun danger, et Clem n'est pas, ne peut pas être un sauveteur. Même si ce dernier mot a un sens technique précis, il ne serait pas du tout identifié en tant que tel par un lecteur français : en anglais, ce terme de winchman dérive très évidemment de la première phrase (“holding the winch cable”).

Ainsi, seul treuilliste semblerait convenir, mais j'ai bien envie de traduire ce nom par homme au treuil. Cette traduction n'est attestée dans aucune ressource, et même la requête restreinte Google ne sert guère d'instance de légitimation. Ma raison principale en serait l'écho d'un roman de Thomas Hardy, The Return of the Native, dans lequel le nom du personnage central du reddleman a été traduit par « l'homme au rouge » (je me rappelle avoir demandé ça à C* quand elle lisait ce roman, il y a bien longtemps, dans sa traduction française).

De la nécessité d'un (faux) service après-vente

Tout en écoutant une belle conférence d'André Markowicz, je fais le point ici sur ma présence en ligne, et donc, surtout, sur mes blogs.

 

En effet, j'ai fini par créer il y a trois jours une sorte de répertoire, un métablog si on veut, que j'ai appelé, avec la lourdinguerie qui me caractérise, le Sévice Âpre-Vent des blogs de Guillaume Cingal.

Pourquoi ?

La raison principale en est qu'outre la reprise — après l'habituel sommeil estival — des deux principaux blogs, j'en ai créé trois autres depuis le début de septembre. Le primum mobile, ce fut suite à la sollicitation amicale de Patrick et Valérie, dans le cadre d'un projet de publication quotidienne d'une seule photographie : comme je n'avais pas alors d'autre moyen de prendre des photos que mon immonde smartphone, j'ai baptisé cette chose, par défi, 365 photographies pourries. Puis, plus récemment, j'ai créé son envers, un album de photographies de meilleure qualité (technique au moins) mais vieilles d'un an, de deux ans, de trois ans...

Toujours en septembre, il y a un mois très exactement, je me suis lancé un autre défi, un recueil d'élégies. La septième vient d'être écrite et publiée — autant dire que je suis très loin de l'objectif de 2 à 3 élégies par semaine...

Pour toutes ces raisons (mais aussi parce que je publie des traductions improvisées sous forme vidéo et de faux aphorismes anglais), il fallait tenter d'y voir clair, d'où l'idée du S.A.-V.

Maintenant, on va voir où tout cela nous mène.

 

La référence à Markowicz, l'a-t-on vu, n'était pas totalement incidente.

 

▓ tetchily ▓

La deuxième — ou troisième ? — phrase de Knots constitue la première description de Cambara, un des personnages de femmes les plus forts, les plus subtils et les plus méconnus de Nuruddin Farah. (D'ailleurs, les derniers romans sont globalement peu étudiés.)

 

“Blame?” Cambara asks tetchily, as she goes ahead of him taking the lead, although she has no idea where to go.

(Knots, Riverhead, 2007, p. 1)

 

Cette phrase ne sert pas seulement à donner un premier aperçu du personnage : une femme qui agit avec détermination, même dans l'incertitude, et qui refuse de se laisser dicter sa conduite. Il s'agit aussi de mettre en place, au sein du texte, c'est-à-dire au sein même de la syntaxe ternaire (proposition principale brève/abrupte, suivie de deux subordonnées enchâssées), le motif de l'inversion des valeurs entre ceux qui guident et ceux qui doivent suivre. Dans une Mogadiscio autant ravagée par les années de guerre civile qu'envahie par les codes nouveaux du fondamentalisme musulman, une femme doit suivre quelques pas derrière l'homme, qu'il s'agisse ou non de son époux.

Davantage encore que l'adverbe tetchily, qui marque la hargne ou la susceptibilité, l'énergie que met Cambara à prendre la tête est signe du refus de se soumettre. Le roman dans son entier, si je m'en souviens bien (je ne l'ai pas relu depuis sa sortie en 2007), tourne autour de cette question de la valeur des codes.

lundi, 10 octobre 2016

15 saints rares du 10 octobre, vers retrouvés de 2013.

Un vieil érotomane, Aldric,

A, été comme hiver, latric —

Soir, midi, matin,

Femme, fille ou gamin,

Et même quand Giroud a raté le hatric.

 

Un bourgeois du nom d'Amphiloque

Se vêt toujours comme une loque.

Quoi, toujours nous raillons

L'état de ses haillons,

Nous qui n'avons jamais pondu une symploque ?

 

Qui fêtions-nous hier ? Cassius.

Quel nom n'est plus donné ? Cassius.

Mon limerick a des cloques

Avec ces symploques

Et sur youTube je vais écouter Cassius.

 

A gentleman called Cerbonius

Was fond of listening to thenius,

Especially at ten o'clock,

Which wasn't to Archilock

'S taste : “If you're on air, you're nohius."

 

Mon voisin de palier, Clair,

A vraiment un très gros blair.

Un jour, dans son tarin,

Il stocka du gaz sarin

Et s'envola dans un éclair.

 

Un Picard très ronchon, Eulampe,

Dit un soir « Éteins-mouâ c'teu lampe ! »

À son épouse, qui, teutonne,

À son tour bougonne

„ Sprich nicht mit mir wie einer Schlampe ! “

 

Une amie FB, Eulampie,

Vient de m'écrire : « Tampie,

Cingal, je te défrinde,

Car je ne suis pas une dinde

Et tes limericks vont de malampie. »

 

Un vieux spectre acariâtre, Foulques,

Se prend pour l'incroyable Houlques

Et dit : “Qu'on me nomme Néra

Et qui vivra véra ! ”

(Croit-il qu'il fera peur au capitaine Coulques ? )

 

Le patriarche Géréon

Tout en jouant de l'orphéon

S'endort doucement,

Et ses gentils enfants

Éteignent alors le néon.

 

Un fin cuistot, prénommé Loth,

Réussit mieux que tout la queue de loth.

Pourtant, ses marmitons

Disent préférer le thon —

« Ça sent beaucoup moins la culoth ! »

 

A French rhymer called Mallosus

Thought he was as mighty as Mosus.

“If I strike the rock

I'll never have writer's block

And I'll even find rhymes in -osus ! ”

 

Un paysan landais, Pinyte,

Aime cueillir les amanyte,

Mais ce qui le ronge,

S'il se trompe d'oronge,

Est pis qu'une péritonyte.

 

La très sémillante Salsa

Met, en tous mets, la harisa.

Tout le monde feule

« Ça arrache la gueule ! »

Salsa s'y connaît en cuspis dolorosa.

 

Une vieille femme, Tanche,

La nuit, n'est plus très étanche.

« Il me faut, incontinent,

Un vers moins enquiquinant ! »

S'exclame le poète, un peu tanche.

 

En Champenois, sainte Telchide

Élève faisans de Colchide

Dans les prés en chantonnant,

Puis elle va mitonnant

Quelques plats savoureux à l'huile d'arachide.

Chats, chasses cyclistes, battes bataves

Je croive les greffiers des baffes qui se perdent

Si la haie serut un vrai cimetière à merde.

*

On a doux les minous même le bruit qu'ils draguent

Mais péniblos dehors de marchir dans leur cague.

*

On m'a parlé que je mourir d'apoplexion

Comme que le jardin ç'a une infexion.

 

**********

On a dur Paris Tours qu'est dopé au picrate

Si comme on avait parti en chasse-patate.

 

*****

 

Croivu-je l'hollandais a café l'aspartam

Qu'on entendre allez les bleus dans tout Amsterdam.

 

8-10 octobre

dimanche, 09 octobre 2016

▓ what is in store ▓

 

Si je devais consacrer de nouveau, comme pour ma thèse, une longue étude à l'œuvre de Nuruddin Farah, je pense que je travaillerais sur la notion de suspens (peut-être aussi sur la transgression, mais c'est une autre histoire).

Au tout début de Knots (un des trois romans de Farah inédit en français — il s'agit du deuxième volet de la troisième trilogie, Past Imperfect), Cambara, la protagoniste, vient d'arriver à Mogadiscio et, tout en semblant se méfier, voire se défier, de son cousin Zaak, en particulier à cause de l'haleine et des problèmes dentaires de ce dernier (autre histoire aussi, sujet d'un futur billet), est réticente à répondre à la question initiale : Who do you blame ? Cette question de la responsabilité, déjà centrale dans le dernier chapitre de l'essai sur les réfugiés (Yesterday, Tomorrow), renvoie à ce que Nuruddin Farah nomme la culture de bouc-émissarisation (blamocracy). Ici, Cambara refuse de trancher dans l'urgence :

 

She is in no mood to answer such a question early in her visit, not until she comes to grips with the complexity of what is in store for her.

(Knots, Riverhead, 2007, p. 3)

 

Cette phrase qui s'articule autour d'une négation répétée (no mood... not until...) peut être interprétée comme une notation métafictionnelle : la question de Zaak (‘Who do you blame?’) recevra(it) sa réponse au cours du roman. Là où le monologue intérieur de Cambara parle de visite, le lecteur entend récit : il est trop tôt dans le récit pour prendre pleinement la mesure (come to grips) de la complexité de la situation ( = de l'intrigue, du roman, de l'idéologie amenée plus qu'assénée).

Le sort éventuel du personnage (what is in store - catachrèse qui introduit le motif du commerce, et redoutable à conserver en français) s'inscrit dans le texte de ce premier chapitre comme une annonce en suspens, une prolepse ouverte (not until).

La prolepse n'est pas l'autre nom du suspens ; sur le plan narratif, elle en est une des formes.

 

Quatorze saints du 9 octobre

Un adolescent, Andronic,

Etait hypermégabionic.

Il passait, en jeux vidéo

Et en "dam dam déo",

Tout son fric, que sa mère claque en gin tonic.

 

█▄█

 

Une infirmière, Athanasie,

Est fort férue d'euthanasie.

Tous ses patients redoutent

La voir au compte-gouttes

Et tombent muets d'aphasie*.

 

○◙◘

 

La belle et farouche Austregilde

N'a pas, dans son prénom, de tilde.

(Tilde est masculin :

Certes, c'est malin

De changer de sujet pour omettre Austregilde !)

 

█▄█

 

Ton prénom, Deusdedit,

J'ignore comment il se dit :

Rime-t-il avec bite

Ou avec ici-gît ?

Tu n'existes pas, c'est heureux, Deusdedit !

 

○◙◘

 

En fumant des pétards, Didyme

Aime danser sur le ridyme.

Il est Marseillais

— Celui qui me plaît —

Et en a assez des rimes à vingt centymes.

 

█▄█

 

Un de mes voisins, Diodore

Chante tout le jour Je me dore

Et La nuit je mens.

Porcaire de dire : « Vraiment ?

N'y a-t-il pas d'autre air à pousser sur la mandore ? »

 

○◙◘

 

« Ton problème, Diomède,

C'est que tu chantes de la mède ! »

Porcaire n'en peut plus,

Et il aurait fallu

Pour mes pieux limericks aussi un intermède !

 

█▄█

 

Immense, colossal, Domnin

A un port altier, léonin.

« Ce que je déteste,

C'est lorsque quelque peste

Pour se moquer de moi me surnomme l'homnin. »

 

○◙◘

 

À tue-tête Gemin

Chez lui chante Long, long chemin.

« Où que tu ailles,

Dit Porcaire, mais que tu brailles

Ailleurs ! Bordel, c'est inhumin ! »

 

█▄█

 

Un vieillard bien pervers, Goswin,

Collectionnait des photos d'Élodie Gossuin.

C'est à son regard vitreux

Qu'on connaît le libidineux,

De même que le porc au suint.

 

○◙◘

 

Un Scandinave nommé Olle

Habite chez moi : pas de bolle !

Les meubles, depuis qu'il est a-

Rrivé, ont viré Ikea —

Même mon verre, mon couteau, ma casserolle !

 

█▄█

 

Ce que l'on sait de Ppublia

C'est qu'un jour elle ou-oublia

De signer son non-nom :

Toucher du popognon ?

Heureusement que l'État conconcilia.

 

○◙◘

 

Le facteur du quartier, Savin,

Aime excessivement le vin.

Pour ça, pas mal de lettres

Ont bien pu disparettres :

Savin est un vrai sac à vin.

 

█▄█

 

Un zoologue, Théofroy,

Ne ressent pas vraiment le froy.

Il ne fait pas plus chaud

Qu'il observe un manchaud

Ou un ouistiti de Geoffroy.

 

 

* Oui, c'est un pléonasme.

L'algorithme & la prégnance

loaded.jpg

Je pense avoir deviné une partie de l'algorithme utilisé par l'application qui génère des nuages de « mots les plus employés sur Facebook ». En effet, je ne l'avais pas mise en route depuis longtemps, et j'ai été surpris de voir apparaître le mot loaded, que je ne pensais pas avoir employé du tout.

Une brève recherche des occurrences de loaded sur mon mur m'a prestement fourni la réponse : j'ai publié en tout et pour tout, depuis 2008, un seul texte incluant ce mot. C'était il y a quatre jours (donc le générateur de nuages privilégie des publications très récentes), dans un pastiche de Gertrude Stein que j'ai publié in extenso, et qui, pastiche de Stein qu'il est, joue sur la répétition des mots et des structures de phrase (donc le générateur de nuages se laisse influencer par une forte répétition dans un seul statut).

Je livre, pour l'occasion, le texte de Robert Duncan imitant Gertrude Stein :

This is the poem they are praising as loaded

This is the poem they are praising as loaded. This is as it is loaded and thrilling. Loaded with death's kingdom which is meaning. Loaded with meaning which is gathering the former tenants. Loaded with the former tenants speaking which brings weeping and fulfilling. Loaded with fulfilling which brings crises and then wealthy associations. This is the poem loaded up without shooting which is an eternal threatening.

The sadness of the threatening makes a poem in the poem's increasing. This is not an increasing in mere size but a more and moreness of pressure and precedence. An explosion that does not come but makes a partial exposure as a disclosure that substitutes for its period.

This makes an imposing poem, an imposter pretending to be what he really is, makes a great poem in collecting. This is the passing of the collection face. An anthology of human beings. A loaded folding up in which history is folded.

Robert Duncan

from "imitations of Gertrude Stein 1953-1955"
in Derivations: Selected Poems 1950-1956
[London: Fulcrum Press, 1968]

samedi, 08 octobre 2016

Saints du 8 octobre

Mon camarade Badilon

Se vante avoir le radis long.

Sa femme lui dit :

« Oui, c'est un radis...

Plût à Dieu qu'il fût un pilon ! »

 

▄█▄

 

Un brave noceur, Calétric,

Souffre d'avoir toujours latric.

Même dans la débauche,

Qu'importe s'il embroche,

Il souffre d'être concentric.

 

▄█▄

 

Connaissez-vous le fier Évode ?

Il loge dans une pagode

En roseaux tressés.

Pas intéressés ?

Que diriez-vous d'une scène de Ghelderode ?

 

▄█▄

 

Insupportablement, ce Grat

Croit être très doué pour le scat.

À chaque fois qu'il beugle,

On se prend des remeugles

— Car, en outre, il mâche du khât !

 

▄█▄

 

Une épicière, Palatiate,

En avait gros sur la patate.

« C'est à moi, au volant, de

Me prendre une amende,

Tout ça parce que je roule en Fiate ! »

 

▄█▄

 

La très belle Libaire,

Éprise d'un libraire,

Était bien malheureuse,

Car, coïncidence * affreuse,

Les bouquins la faisaient braire.

 

▄█▄

 

Pauvrette, ô pauvre Mélarie !

Tout le monde autour la charrie

Car elle a un long nez,

Des yeux chatironnés,

Le poil aussi dru que celui d'un pécarie.

 

▄█▄

 

Ironie du sort, Métropole

Habite à la Guadeloupe.

Du coup, c'est affligeant,

Mon limerick loupe

L'occasion d'être dans les normes.

 

▄█▄

 

La douce et prudente Porcaire

Voudrait bien s'exiler au Caire,

Son voisin, Macaire,

Lui donnant de l'urticaire

À écouter tout le jour du Cora Vaucaire.

 

▄█▄

 

La frêle et maussade Pallade

Tout le jour dit Je suis mallade.

C'est du Serge Lama

Porcaire s'enflamma

En balançant Je n'en peux plus de vos sallade !

 

▄█▄

 

Comment a donc fait Pélagie

Pour avoir une pubalgie ?

Le pape François

N'aime pas trop ça

Bicoz la djendeurfihorie.

 

▄█▄

 

 

Elle est si austère, Remfroye,

Qu'elle emplit tous les cœurs d'effroye,

Sauf celui de Macaire,

Qui, chantonnant Cora Vaucaire,

Va répétant « certains lemfroye ».

 

▄█▄

 

Une voisine, Réparate,

Commence à chanter : J'ai la rate...

Porcaire dit « Hourra !

Ça va nous changer de Cora ! »

(Je crois qu'elle a abusé un peu du picrate.)

 

 

▄█▄

 

Une garagiste, Thaïs,

Fume des gitanes maïs.

Elle boit comme un trou,

Gambade comme un potorou,

Mais quand elle chante c'est un hypolaïs.

 

 

▄█▄

 

La mélomane Triduana

Aime de Mingus Tijuana

Moods. « Moi, je préfère... »

Lui répond Macaire —

Ah, je vais l'étouffer avec son bandana !!!! **

 

 

* Rare synérèse.

** Saurez-vous deviner quel personnage lance cette réplique ?

2+1 distiques ribéryens

8.10.2015

On a vraiment heureux et froh et puis happy r

Ien qu'on est réussi la pesée du tapir.

 

Croivu-je le véto qu'il est bu du picrate

S'il est pas réussi sexer le suricate.

 

7.10.2016

Content-je miam miam plus meilleur qu'une cougare

Ce soir qu'est la recette du gloubi bulgare.

 

vendredi, 07 octobre 2016

Saints du 7 octobre [2013]

Avec son casque en cuir, notre ami Armentaire

S'apprête à embarquer dans un hélicoptaire.

Autour de lui les pales

Vrombissent en rafales :

Voici un limerick quelque peu fragmentaire.

 

Notre jardinier, Bacchus,

Adore les hibiscchus.

Il soutient mordicchus :

« C'est mieux que les crocchus »

— Remerciez-moi d'éviter d'autres rimes en -cchus.

 

Ce qu'aime le vieux Canog

C'est un pion de rhum dans son grog.

Dès qu'il a éclusé

Deux trois mugs, le pépé

Se met à frétiller comme Kylie Minog.

 

Mon professeur de chant, prénommé Elzéar,

Nous impose toujours des trucs de Guybéar.

Sérénade à madame

Ou bien À Amsterdame —

Et que sert que nous le traitions de ringuéar ?

 

Critiquant tout, certain Ethère

Trouve ma poésie déléthère.

Quoique ma plume soit prudente,

J’ai l’art des rimes décadentes,

Et ne peux point du tout meuthère.

 

Un ami d'enfance, Gérold,

Est sosie du chanteur de Gold.

« Le prochain qui m'appelle Emile,

Je le balance aux crocodiles ! »

(This line is slightly oversold.)

 

jeudi, 06 octobre 2016

L'assassinat dans les bois

Au retour de la course d'orientation, dans le bois de Larçay, mon fils aîné m'a notamment appris que Paul-Louis Courier avait été assassiné, et justement là, qu'il y avait une stèle. Je lui ai appris, sommairement, qui était (ou plutôt : qui fut) Paul-Louis Courier, dont un des titres de gloire serait d'être l'auteur le moins vendu de la fameuse collection Pléiade. Paul-Louis Courier possédait de vastes bois à la lisière de Véretz et de Larçay.

On a fini par partir pour le Conservatoire, avec le cadet cette fois, comme tous les jeudis, et après un créneau très délicat rue des Ursulines – mais la place non payante valait la peine – et déposer le garçon à sa leçon de solfège qui n'est pas exactement l'objet d'un désir fou, me voici à traduire dans un café. Je ne dis pas ce que je traduis, car je suis en pleine prospection, mais enfin j'ai décidé de me remuer un peu, et qu'est-ce que c'est agréable, toujours, de traduire un livre entier. Tyrannie et immense plaisir.

Il faisait grand jour, grand soleil, à cinq heures. Je pense qu'en sortant du café vers 18 h 20 ça commencera à grisailler.

 

[Ce qui m'advient, aussi, un jeudi soir, en sortant du café rue Colbert, c'est de tomber sur un fourgon de police avec pas moins de cinq flics entourant un clochard au crâne et à la nuque entièrement ensanglantés, après avoir entendu ce qui devait être une rixe. Puis m'éloigner et passer devant la galerie Sanaga, rideau de fer tiré, fermée donc, où la vitrine a encore changé, cette fois avec une incursion de quelques objets peut-être asiatiques ou micronésiens.]

Saints du 6 octobre

Mon meilleur pote, Adalbéron,

Est très fan de Martin Veyron.

Les filles l'adorent :

Il est musclé comme une amphore

Et il a les yeux vairons.

 

Mon autre meilleur pote, Barse,

A épousé une vraie garse.

Vrai, elle lui fait de l'effet —

Il danse devant le buffet

Et joue le dindon de la farse.

 

Un autre bon pote, Macaire,

N'adore que Cora Vaucaire.

Trois petit's not's de musique,

À la fin, moi, ça me fatique :

Je voudrais m'exiler au Caire.

 

Je ne vois plus beaucoup Pardoux,

Qui était gras comme saindoux.

Enfin, bref, je m'égare...

Il était chef de gare :

Dis, Pardoux, le train part d'où ?

 

Un ami breton, Yvi,

A figure de ravi

De la crèche.

Où il crèche ?

Sorry, je ne sais où il vit.

mercredi, 05 octobre 2016

Un tiers de vie

Au travail, dans l'amphi A, dès 7 h 20, j'admire le travail de la femme de ménage tout en préparant mes dossiers et mes diaporamas, et constate, vu tout ce que va dénicher et pousse le balai, que les étudiants sont des sagouins.

Auparavant, elle m'a fait remarquer, après que nous nous sommes salués, que j'étais matinal. Pas faux. Et m'a demandé si ça ne me gênait pas qu'elle continue. Au contraire, j'avais peur, moi, que ça l'embête que je sois là.

Encore auparavant, dans le tramway, je me suis aperçu que j'aurai bientôt 42 ans et que, comme j'ai commencé ma carrière tourangelle en septembre 2002, j'ai donc passé un tiers de ma vie ici ; j'espère être encore là à 56 ans pour signaler une demi-vie, mais qu'à 70 ans “ils” m'auront laissé filer.

On verra.

07:42 Publié dans WAW | Lien permanent | Commentaires (0)