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lundi, 27 avril 2020

Grosses mesles

Hier soir, la voisine d'en face (bien vêtue, et non dans sa sempiternelle robe de chambre usée d'octogénaire économe) est venue me demander quel était l'arbre près du bureau. Je lui ai dit (redit, car on en avait déjà parlé) qu'il s'agissait de deux néfliers. Comme moi, elle aime beaucoup le contraste des feuilles d'un vert intense et des fleurs blanches au printemps, mais aussi le contraste entre le vert jaunissant des feuilles et les fruits d'or brun à l'automne. Elle m'a redemandé cela car une passante s'était arrêtée dans l'après-midi pour prendre des photos, et comme elle (notre voisine) est tout le temps en train de guetter, de fouiner et d'alpaguer les uns et les autres, la promeneuse lui a expliqué qu'elle s'était demandée ce qu'était cet arbre et que l'application mobile lui avait dit que c'était un... pommier... Notre voisine lui a dit que c'était l'arbre qui faisait des mesles, car c'était le mot qu'elle entendait jeune du côté de Bourgueil (et c'est le mot de Rabelais), mais elle se doutait que le nom commun officiel n'était pas celui-là. De mespila en latin à mesle ou nèfle, et medlar en anglais (Mispel en allemand ou nìspero en castillan), il y a 4 ou 5 ans j'avais commencé à écrire un texte sur les nèfles, mais il s'est perdu dans les profondeurs de Twitter ; j'ignore comment récupérer l'ensemble des archives d'un compte sur Twitter. 

 

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dimanche, 26 avril 2020

Le monde d'après, encore plus pourri et fliqué ?

De retour de la boulangerie. Sur le chemin, j'ai vu le cadavre de la fouine, déjà très décomposé.

Dix ou douzième fois que je sors en six semaines, toujours avec mon attestation manuscrite sur du papier brouillon, et jamais contrôlé.

 

Hier après-midi, après, mon cinquième cours d'agrégation de la semaine, j'ai enfin pu souffler un peu : The Ambassadors sur la terrasse, parties de billard (on essaie le jeu de la 8 mais il faut que je potasse les règles détaillées).

Un poème génial de Browning : The Last Ride Together.

Hier soir : Les chimpanzés des Monts de la Lune (le film, mais C* et A* connaissaient le livre).

 

Ce matin, alerté (en pure perte, ce sont des fantoches godillots) les 5 député·es d'Indre-et-Loire pour leur demander de rejeter la loi sécuritaire obligeant l'utilisation de l'application StopCovid.

 

08:01 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (1)

samedi, 25 avril 2020

Printemps

Première fois depuis fort longtemps que j'ai été réveillé par le réveil : depuis le confinement, je le mets à 8 h, mais je suis toujours réveillé (longtemps) avant. Ce matin, j'assure encore un cours d'agrégation, le cinquième en six jours.

 

En préparant le café à la cuisine, je me suis fait la réflexion que les deux minuscules et graciles érables avaient enfin sorti toutes leurs feuilles. Ce n'est pas demain la veille qu'ils nous cacheront un peu la rue et la maison d'en face, ces arbres qui, comme tant d'autres (comme les gigantesques merisiers de l'autre côté), ont poussé tout seul.

En ce moment, comme chaque année, les plants de muguets sont en fleur et embaument à dix mètres à la ronde ; là aussi, ils se replantent seuls chaque année. Je ne conçois pas le jardin autrement. Et même en faisant des bouquets, le parterre éclate sous ce camaïeu de vert et de blanc.

 

Il doit refaire un temps tristounet à partir de lundi ; profitons du week-end.

 

Hier soir : version filmée du Marchand de Venise dans l'adaptation de Jacques Vincey et Vanasay Khamphommala. Je l'avais vue au théâtre il y a deux jours, mais C* l'a téléchargée sur YouTube et mise sur clé USB. C'était vraiment pas mal du tout. J'avais beau avoir étudié la pièce il y a fort longtemps, je ne me rappelais pas, dans l'acte IV, la tirade de Shylock dans laquelle il explique l'arbitraire humain en prenant comme exemple les hommes qui ont envie de pisser en entendant jouer de la cornemuse.

 

What if my house be troubled with a rat

And I be pleased to give ten thousand ducats

To have it baned? What, are you answer'd yet?

Some men there are love not a gaping pig;

Some, that are mad if they behold a cat;

And others, when the bagpipe sings i' the nose,

Cannot contain their urine: for affection,

Mistress of passion, sways it to the mood

Of what it likes or loathes. Now, for your answer:

As there is no firm reason to be render'd,

Why he cannot abide a gaping pig;

Why he, a harmless necessary cat;

Why he, a woollen bagpipe; but of force

Must yield to such inevitable shame

As to offend, himself being offended;

So can I give no reason, nor I will not,

More than a lodged hate and a certain loathing

I bear Antonio, that I follow thus

A losing suit against him. Are you answer'd?

 

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vendredi, 24 avril 2020

I'M A Man / Of Constant Sorrow

Pour la première fois depuis quinze jours, j'ai fait une to-do list, car je n'ai pas le couteau sous la gorge. Si je voulais, je pourrais ne rien faire ; aucune tâche urgentissime. Cela étant posé, je viens quand même de me faire une to-do list, histoire de relancer deux ou trois petites choses en souffrance, et aussi de ne pas laisser déraper les x tâches qui continueront de pleuvoir d'ici début juin au bas mot.

Il y a notamment la question des traductions de Johanna Wolff : j'aurais voulu en faire une par jour en avril, mais il n'y en aura qu'une dizaine, au mieux. Je n'aurai guère de regrets car en la traduisant j'ai mieux décelé combien cette œuvre ne me retournait pas.

 

Hier soir, nous avons regardé O'Brother, que C* et moi avions vu au cinéma lors de sa sortie et qui reste à la fois très jouissif, surtout pour les variations sur les registres et les niveaux de la langue, mais aussi pour la manière dont le film revisite la musique populaire des années 30 et les deux sillons pas si parallèles que cela du blues et du folk. Le choix de faire chanter un chant d'esclaves par trois fossoyeurs noirs au moment où les 4 hommes s'apprêtent à être pendus haut et court par le diable est audacieux, et a dû être critiqué : est-ce une identification du diable aux suprémacistes blancs, ou cela signifie-til que les trois Noirs sont au service du diable ?

Ce qui continue de me paraître complètement surdéterminé, c'est la prétendue “adaptation” de l'Odyssée : les sirènes, le Cyclope, le prétendant (unique), la vallée devenue une immense lac... soit... mais tout cela relève plus de la ficelle, du point de départ permettant de structurer le film, que d'une véritable réécriture ou adaptation.

Soudain je me demande : est-ce que la fixette du personnage d'Everett (George Clooney) sur ses cheveux et sur la gomina est une extrapolation d'un truc dans l'Odyssée ?

 

jeudi, 23 avril 2020

Gestion désastreuse, 3

De lundi à mercredi, j'ai assuré trois cours en visioconférence sur le sujet d'agrégation externe Les voyages du capitaine Cook (1768-1779). Neuf heures de cours en ligne qui ont représenté, en amont, des dizaines et des dizaines d'heures de travail.

Cet après-midi, c'est au tour du cours d'agrégation externe sur Jump & Other Stories de Nadine Gordimer : heureusement, ce cours, je l'avais déjà préparé l'an dernier, mais j'ai dû reprendre mes fiches, réorganiser l'ensemble car j'ai mis le fichier audio de trois cours de 2019 à disposition des étudiant·es de cette année, et aussi changé totalement les sujets de commentaire et de leçon. Visio cet après-midi, et rebelote samedi matin.

Et tout ça dans un contexte où les oraux du concours sont maintenus, contre l'avis des experts médicaux et dans le flou le plus total. Dans un contexte aussi où les outils numériques institutionnels de l'Université, en total plantage, sont inutiles : j'assure donc tout cela sur YouTube, soit le grand n'importe quoi...

 

Impression grandissante que le monde universitaire va sortir durablement marqué, physiquement et psychologiquement, de tout cet épisode, et de la gestion désastreuse de la crise par les responsables, aux niveaux national et local.

 

10:53 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 22 avril 2020

Gestion désastreuse, 2

Plus personne ne comprend rien aux annonces du ministre Blanquer.

D'abord, il annonce (après dix jours de concertation) une série de mesures relatives au déconfinement et à l'ouverture progressive des écoles. Quelques heures plus tard, devant l'Assemblée, ce ne sont plus que des hypothèses. Le lendemain, la moitié de ces hypothèses sont plus ou moins annoncées comme non valides, après que des milliers de personnes en ont démontré l'impossibilité sur les réseaux sociaux.

 

10:42 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 21 avril 2020

Gestion désastreuse, 1

Je ne comprends plus rien aux instructions et aux mails de la Présidence de l'Université.

J'échange avec mes collègues, y compris directeurs de département etc., et il s'avère que personne ne comprend rien.

Tout le monde est submergé de boulot, découragé ; tout le monde a l'impression qu'on va droit dans le mur et que l'équipe dirigeante ne sait faire qu'une seule chose : appuyer sur l'accélérateur.

 

17:50 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 20 avril 2020

*2004*

Aujourd'hui commence une énorme semaine ; c'est étrange de formuler ça ainsi, car c'était théoriquement la seconde semaine de “pause pédagogique” et surtout car depuis cinq semaines les jours semblent se suivre et se ressembler.

Pourtant, c'est la vérité : aujourd'hui commence une énorme semaine, avec pas moins de quatre cours d'agrégation, de trois heures chacun, à assurer d'ici lundi, en visioconférence.

Aujourd'hui commence une énorme semaine, et je suis levé à pas d'heure.

 

Quinze jours aujourd'hui que je n'ai pas touché au Projet Scarlatti ; j'avais plusieurs mois d'avance sur le calendrier initial, mais ce n'est pas une raison pour laisser se briser le ressort. Idem pour le projet de traduire un poème de Johanna Wolff par jour : j'ai eu la tête dans l'organisation des examens du 9 au 13, et dans ces fichus cours d'agrégation depuis le 14, au point de ne pas avoir envie de passer davantage de temps sur l'ordinateur.

 

Hier soir, conférence presse interminable, lourdaude et ennuyeuse d'Édouard Philippe et Olivier Véran. À les écouter, la France a géré cette crise mieux que n'importe quel autre pays, mais en même temps il n'y aura pas encore assez de gants, de surblouses et même de masques pour les hôpitaux avant longtemps. Pour les hôpitaux...! alors, les gens ordinaires, pour ne rien dire des profs ou de leurs élèves, brossez-vous.

On a bien compris que l'impératif était de redémarrer une activité économique normale dans les plus brefs délais, coûte que coûte. Le gouvernement est d'ailleurs en train de donner un pognon de dingue à de grosses entreprises déjà à peu près exemptées de tout, en les exemptant de surcroît de se conformer aux accords de Paris sur le climat. Autant dire qu'entre la deuxième vague du Covid19 et les dérèglements climatiques qui nous attendent, plus rien ne fonctionnera de manière normale.

 

Ce gouvernement mériterait un Thomas Bernhard. Pour lui tailler des croupières, un costard, choisissez la métaphore que vous préférez.

Pour lui cracher dessus avec verve et génie.

Pour transformer un peu de leur merde en or.

 

05:39 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 19 avril 2020

Trimard, glandouille et sonnet livresque

Journée étrange. Dû continuer d'arrache-pied mon cours d'agrégation sur les voyages du capitaine Cook, de plus en plus prenant et/mais de plus en plus passionnant.

J'avais mal commencé, en perdant intelligemment près de deux heures à écrire un fil (thread) sur Twitter, afin d'expliquer quelques rudiments de prosodie anglaise.

Et je finis mal, vu que je viens de perdre une bonne demi-heure à composer un sonnet livresque. (L'idée vient, là aussi, de Twitter, où plusieurs internautes se relaient et s'épaulent pour en composer des collaboratifs.)

Sonnet livresque du 19 avril 2020, vue empilée verticale.

En voici ci-dessus la version complète dite “empilée et verticale”. Mais j'en donne ci-après une transcription (et ce d'autant mieux qu'en faisant la pile je me suis trompé dans le dernier tercet, inversant le vers 12 et le vers 14 et oubliant le premier hémistiche du vers 13).  Le sonnet est composé de 33 titres de livres, agencés en 14 vers dont cinq sont triples (à trois titres).

 

le diable rebat les cartes la mort d'un père

des os dans le désert une méditation

ouvrez pour en finir avec les chiffres ronds

la maison de la faim vies perpendiculaires

 

le quai de Ouistreham quién es ? crâne chaud

trois ombres sur Paris : leçons particulières

tohu mort d'un cheval dans les bras de sa mère

la mort d'Ahasverus derrière mon bureau

 

dérangé que je suis deuil la quête de joie

hors les murs bois dormant portraits d'un éphémère

tomates nature morte avec bride et mors

 

l'instinct de ciel la voix sombre l'aide à l'emploi

la découverte australe allada Marie-Claire

journal des jours tremblants danse autour de la mort

 

J'ai une affection particulière pour les trimètres 3/3/6 et 4/4/4 des vers 10 et 12 et pour le choix d'une unique rime féminine pour les quatrains et les tercets. L'écrasante majorité des titres de livres, en français, ne se terminent pas par un e muet, de sorte qu'une des gageures d'un sonnet livresque consiste à trouver assez de titres pour les rimes féminines.

 

samedi, 18 avril 2020

Le Labyrinthe du silence

Regardé ce soir un film allemand très académique et explicite Le Labyrinthe du silence [Im Labyrinth des Schweigens], tourné en 2014 par Giulio Ricciarelli. Tout, ou presque, dans ce film est attendu, sans surprise : les relations entre les personnages, les moments de crise entre les personnages ainsi que leur résolution, les obstacles au travail du procureur et la manière dont ils sont levés etc.

 

Un des moments les plus lourdingues est la scène où le protagoniste, le jeune procureur Radmann, apporte son veston déchiré à son ex, devenue couturière, afin qu'elle le répare. S'ensuit un dialogue lourdinguissime dans lequel l'état du veston désigne, selon une métonymie filée (c'est le cas de le dire), l'état des sentiments des anciens amoureux. Scène qui reprend quinze minutes plus tard, quand la couturière rapporte finalement le veston recousu à Radmann, alors qu'elle lui avait d'abord dit que l'accroc était irréparable. Autant dire que même la licorne dans la Ménagerie de verre, à côté, c'est du David Lynch.

Il y a aussi les scènes de rêve : afin que le spectateur identifie bien qu'il s'agit d'un rêve, Ricciarelli ne se contente pas de filmer Radmann en train de s'éveiller en sueur de son cauchemar (plan déjà d'une folle originalité) : il le filme aussi en train de dormir, et ce juste avant la scène du rêve. Le moins que l'on puisse dire est qu'il s'agit d'un cinéma explicite. (Il s'agit aussi d'un film qui ne répond convenablement à aucun des points du test de Bechdel, mais n'entrons pas là-dedans.)

 

labyrinthoflies-05.jpgEt pourtant, cet accroc à la veste est plus elliptique, plus suggestif qu'on ne le croit en s'agaçant de cette scène téléphonée.

Et pourtant, le film reste intéressant et émouvant, en raison de son sujet. Film parfait d'un point de vue historique et didactique, tout y est représenté de manière claire et simplifiée (voire simpliste, cf les critiques ci-dessus), mais c'est la représentation des tabous, le silence du titre, qui justifie ce cinéma explicite. Ce n'est pas seulement par académisme, mais par parti pris : face au labyrinthe du silence, le cinéaste décide  de tout miser sur le fil d'Ariane et la clarification systématique. Le silence du titre (en allemand, le verbe schweigen substantivé, donc le fait de se taire, le silence complice, le silence gêné — pas de traduction totalement adéquate pour ça), c'est celui qui entoure, jusqu'en 1958, date à laquelle commence l'action, la collaboration massive des citoyens ordinaires au nazisme et même à l'extermination des Juifs.

mengele.jpgCe dont il faut faire le procès, selon le procureur général, c'est le nazisme ordinaire, celui des petites gens : en s'obstinant à traquer Mengele, en pure perte, le jeune Radmann laisse filer un ancien tortionnaire “ordinaire” d'Auschwitz devenu boulanger. D'ailleurs, plus fin qu'on ne le croirait, le cinéaste choisit d'évoquer le contraste entre Eichmann arrêté et jugé, d'une part, et Mengele qui échappe à la justice en se réfugiant au Paraguay après avoir fait des allers-retours entre l'Argentine et l'Allemagne sans jamais être inquiété. Dans le film, on ne voit ni l'un ni l'autre : ce ne sont pas les chefs ou les figures reconnues de l'atrocité nazie qui sont représentées dans ce film, et pourtant il est beaucoup question d'eux également. Mengele n'est perceptible que dans la scène où Radmann croit venir l'arrêter à l'auberge (et on ne sait jamais s'il s'y trouvait) et dans le cauchemar du protagoniste.

215795.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa question du crime ordinaire, et de l'effacement — sous cette chape de silence / Schweigen — des crimes dans une Allemagne reconstruite et soucieuse d'oublier, est peut-être, après tout, la raison pour laquelle les décors et les couleurs du film sont aussi sobres que clairs : volonté de représenter la jeunesse insouciante amatrice de jazz et de mode, certes, mais aussi refus d'inscrire le film dans l'esthétique crépusculaire des films sur la shoah. Le sujet du film n'est pas Auschwitz, mais la façon dont on voudrait que les traces et les conséquences de la guerre et du nazisme disparaissent sous des teintes pastel ou colorées. En ce sens, l'esthétique du film est certainement ironique et bien moins explicite ou démonstrative qu'au premier regard. Ainsi, les prairies qui entourent le camp d'Auschwitz sont vertes, et le camp lui-même (comme le dit Gnielka) ne dit pas grand chose de ce qui s'y est passé. Ce qui est fondamentalement significatif, c'est la récitation du kaddish au milieu de ce paysage de verdure ensoleillée, comme si Ricciarelli suggérait que la parole compte plus que l'image, ou que l'image n'est rien sans la parole.

 

1365117967-403512-2Yac.jpgPour clore ce billet sur ces fameux cauchemars, ce qui reste en suspens, aussi, c'est la figure du père.

Qu'il s'agisse du procureur général (juif persécuté dès 1933 mais dont on n'apprend jamais comment il a échappé à l'extermination) ou du journaliste, Gnielka, qui est à l'origine de l'engagement de Radmann mais dont Radmann comprend vers la fin du film qu'il s'est retrouvé embrigadé à 17 ans dans l'armée et qu'il a été témoin direct des atrocités commises à Auschwitz, le jeune homme trouve des pères de substitution à ce père qu'il vénère, dont il déclare au début qu'il lui sert de modèle et que lui n'avait jamais été nazi. Le troisième père symbolique de Radmann est Simon Kirsch, le rescapé d'Auschwitz qui ne se pardonnera jamais d'avoir laissé Mengele emporter ses filles jumelles car il avait cru qu'avec un docteur, un homme à l'apparence si affable, elles seraient protégées. Pour les jumelles, à la demande de Kirsch, Gnielka et Radmann vont à Auschwitz dire le kaddish.

Mais le vrai père demeure absent, dans l'œil spectral des cauchemars.

Par un détour narratif là encore sans surprise, Radmann finit par découvrir que son père était membre du parti nazi. Là où le film garde intacte l'énigme et se sauve en échappant, pour une fois, à la manie de tout expliquer, c'est que c'est au spectateur de comprendre que si, d'une part, Radmann avait ignoré jusque là le passé nazi de son père, et si, d'autre part, sa mère s'apprête à se remarier en disant que ce père disparu ne reviendra jamais, c'est que la mère en sait plus long, et c'est (probablement) que le père de Radmann s'est tellement compromis qu'il s'est soit suicidé quelque part, soit planqué lui aussi en Amérique du sud, d'où il ne reviendra jamais.

vendredi, 17 avril 2020

C'est dur pour tout le monde

Mort du chanteur Christophe, dont on apprend à l'occasion qu'il se prénommait Daniel (!). Label obscur dans la tête toute la matinée. Des esprits facétieux ont fait remarquer qu'ils ignoraient que Luis Sepulveda fût le vrai nom du chanteur. Des esprits avisés se sont surpris de voir qu'alors qu'on le savait malade du Covid19 depuis une quinzaine, là n'était pas le motif officiel de son décès. De là à relancer la machine à complotisme (ici, sur le nombre des victimes)...

 

Nous ne suivons plus de très près les bilans quotidiens, non qu'on s'habitue mais parce qu'ils sont moins médiatisés : en Italie, je sais que le bilan quotidien est encore de 500 morts par jour en moyenne, alors que le Sud, plus insalubre et moins bien équipé au niveau médical, est resté épargné. C'est vraiment étrange. En France, difficile de suivre, car les chiffres font l'objet de réactualisations permanentes. Dans l'EHPAD de Chambray-lès-Tours, il y a eu 7 morts sur 96 pensionnaires, et 8 autres personnes sont infectées : pour une région censément non touchée...

Aux Etats-Unis, Trump a encouragé, dans une série de tweets en capitales d'imprimerie, les milices d'extrême-droite à manifester et à défier les mesures de distanciation sociales prises dans leur État ; dans le Michigan, notamment. Il les a aussi encouragées à aller scander “Lock her up” sous les fenêtres d'une gouverneure. (Depuis Hillary Clinton, c'est toujours les femmes politiques qu'il veut voir en prison.) — Le Washington Post a écrit un éditorial très virulent. Tout ça ne sert à rien : ce type est dingue et intouchable.

 

Après déjeuner, A* (qui bosse comme un malade — ce soir jusqu'à 18 h, alors que de mon côté j'ai un peu bricolé sur le Web, guère plus) s'est mis à consulter sur son téléphone les scénarios de divers films de Philippe Clair, car j'avais évoqué, pour son titre, le film (jamais vu) Par où t'es rentré, on t'a pas vu sortir. Pour le synopsis seul, nous supputons que les plus hallucinants navets du cinéaste doivent être Rodriguez au pays des merguez (transposition du Cid au Maghreb) et Le Führer en folie.

Ce soir, nous avons regardé un énorme nanard, presque un non-film : C'est dur pour tout le monde, avec Bernard Blier (heureusement, et même lui ne s'en dépêtre pas trop).

 

jeudi, 16 avril 2020

Au charbon

Beaucoup travaillé ce matin. Mon cours sur Cook commence à prendre forme ; il serait temps. Mais il me donne toujours du fil à retordre. Lundi prochain, j'en assurerai la première séance, probablement via un direct non répertorié sur YouTube : ce n'est évidemment pas idéal, d'un point de vue institutionnel, comme peut l'être Renavisio, mais ça permettra l'archivage intégral du cours.

Dans l'après-midi, alors que nous avons transmis lundi à la Présidence de l'Université nos demandes de modification des modalités de contrôle des connaissances, et alors que les étudiant·es attendent les détails du calendrier pour le milieu de cette semaine, nous avons reçu de nouvelles instructions. Il faut tout recommencer. On ne sait pas quand on pourra informer les étudiant·es.

Tout se passe comme si les autorités de tutelle, à commencer par le ministère, voulaient profiter de la crise sanitaire et du confinement pour écraser les degrés inférieurs sous les tâches : concours en partie maintenus, de façon rocambolesque et absurde, multiplication des exigences formalistes oiseuses mais chronophages — dans le secondaire, confection de nouveaux emplois du temps pour faire croire aux parents d'élèves et aux médias qu'on ne va pas renvoyer les élèves dans de vrais bouillons de culture. Comme si l'administration trouvait qu'il n'y aura pas assez de morts du Covid19 dans l'Education nationale et qu'il faut alléger encore la masse salariale grâce aux burn-out et suicides...

 

Je lis depuis avant-hier Son Excellence Eugène Rougon (qu'A* vient de lire) ; je crois finalement ne jamais l'avoir lu, comme La Débâcle ; cet après-midi, j'ai repris le chapitre “De la vanité” dans les essais de Montaigne.

Soirée : Germinal de Claude Berri — l'occasion de vérifier, près de trente ans plus tard, à quel point Renaud jouait mal. C'est peut-être même plus criant encore aujourd'hui. Il est vraiment effroyablement mauvais.

 

 

mercredi, 15 avril 2020

Huit flemmes

Pas assez dormi, réveillé avec stress et migraine. Cela arrive, pas de quoi se plaindre.

J'espère pouvoir me remettre à travailler efficacement. Hier et avant-hier, je ne me suis ni posé ni reposé, et je n'ai rien fait de bien. Ça, ça m'énerve.

Lundi soir, Macron a parlé et c'était aussi long qu'imprécis ; hier, Blanquer s'est exprimé trois fois à trois moments différents, et c'était plus vague encore. Impression de plus en plus angoissante que tout cela est géré par des amateurs, des incompétents.

Film vu : Huit femmes d'Ozon. Agréable, amusant, et moins agaçant qu'à la première vision. Peut-être est-ce moi qui m'agace moins facilement d'un truc totalement superficiel. Ardant joue presque avec retenue. C'est le genre de film qu'on regarde en jetant un œil de temps à autre au Web pour s'exclamer : ah, Ludivine Sagnier avait vingt-trois ans, là. Et les autres n'en croient pas leurs yeux. Cela donne une idée du film.

 

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mardi, 14 avril 2020

Des beignes

Cela fait huit jours que j'ai laissé en plan une vidéo, et de même pour le projet Scarlatti. Je n'ai pas repris le Projet Pinget. Je me collerais des beignes.

Le temps s'est rafraîchi ; le chauffage se relance.

 

20:20 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 13 avril 2020

Empocher

Levé à 6 h 15, et réveillé pour la première fois depuis un petit bout de temps par les douleurs au dos. Ce matin, il suffisait de se lever pour que ça passe un peu.

 

Être levé tôt, cela tombe bien : j'ai un boulot monstre aujourd'hui et demain, dans la foulée du week-end. Pas grave, tant que je dors bien et que j'ai des moments de pause : parties de billard sur la terrasse avec O*, par exemple.

Il y a deux ans, j'avais acheté pour 20 euros dans un Troc de l'Île, à Chambray je crois, un billard américain miniature, mais en bois et feutre, avec des queues et des billes “conformes” (pas en plastique). Je le monte sur une paire de tréteaux, et je l'installe dehors quand les beaux jours reviennent, car il n'y a aucune pièce où nous avons de quoi “tourner autour” : miniature, mais pas tant que ça ! O* et moi jouons au jeu du 15, qui n'est pas officiel, mais qui est plus simple que les diverses règles qui m'ont donné la migraine en essayant de les comprendre.

Hier soir, pas de film : O* a préféré organiser une soirée de jeux, ce qui a été accepté de très bon cœur par son frère (!). Donc : Minotaurus, Cluedo, et — pour finir, car on en avait marre — jeu du dictionnaire jusqu'à la lettre O.

O* découvrait ce jeu, ainsi que mes imitations lamentables de Maître Capello (je vous parle d'un temps que les moins de 50 ans...), et il s'est avéré très vif et doué au jeu. Au passage, j'ai découvert les mots manoque et manotte. Aucun des deux n'est facile à placer.

 

Ce soir, on attend un discours du Président. La façon dont ce discours est monté en épingle depuis trois ou quatre jours est ridicule : qu'il parle, s'il a quelque chose à dire ! La façon dont, à chaque fois, des rumeurs sont “fuitées” via le JDD est dérisoire : plus personne n'est dupe de la technique des coups de sonde. La façon dont, depuis quelques jours, on parle de l'après-déconfinement, est obscène : il y a encore dans les 500 ou 600 morts par jour, il me semble. La façon dont le patronat commence à réclamer d'ores et déjà de futurs sacrifices salariaux est scandaleuse : les salarié·es sont déjà sacrifié·es, tandis que les actionnaires et les patrons évadés fiscaux profitent de la crise pour améliorer leur pactole. La façon dont quelques ténors de la majorité ont, dès samedi, répété le laïus du connard qui dirige le MEDEF, proféré la veille, est aussi inquiétante que pathétique : même Xavier Bertrand a répondu à tout cela dans un entretien qui s'est répandu sur les réseaux sociaux avec des chapeaux tels que “Mélenchon, enlève ton masque, on t'a reconnu”.

 

dimanche, 12 avril 2020

Océan libellule

Aujourd'hui, après un samedi passé à trimer sur le calendrier des examens à distance de mai et à tenter de rassurer pas mal d'étudiants par mail aussi, je me suis embarqué dans l'enregistrement puis le montage d'une vidéo correspondant à mon cours d'avant-hier. Bilan des comptes, 5 bonnes heures. Même si je sais que, ce semestre étrange arrivant à son terme, les étudiant·es vont surtout se concentrer sur leur dossier individuel pour le 15 mai et n'iront pas regarder cette vidéo, je ne regrette pas mes efforts, car, sur la question du chassé-croisé comme sur les modulations, il y a là beaucoup d'exemples et de développements qui “resserviront”.

 

 

Moi qui ne recycle jamais de cours, je tiens là une sorte d'archive à laquelle je pourrai renvoyer les promotions futures, comme pour les annales d'examens par exemple. Inhabituellement, j'intègre la vidéo à ce billet car j'en suis assez content, malgré sa longueur, et car j'y évoque aussi au débotté telle question de normativisme linguistique ou tel autre point relatif à la Chinafrique (après tout, j'ai choisi des extraits du roman d'Owuor car c'est un texte qui relève de ma spécialité de recherche).

 

Tant qu'à user aujourd'hui de ce blog comme d'un dépotoir (c'est cela, après tout – et les textes, des déchets imputrescibles), j'archive ici les résultats d'une série de sondages linguistiques farfelus que j'organise ces temps-ci sur Twitter.

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samedi, 11 avril 2020

Dérision de l'évaluation

Levé depuis 5 h 45 pour continuer de régler toutes les difficultés liées aux examens. J'ai répondu à un étudiant de L2 complètement paniqué de n'avoir aucune nouvelle et qui se faisait le porte-parole de camarades aussi paniqués que lui, qu'il pouvait (tout en signalant que ça n'avait rien d'officiel) diffuser les infos officieuses que, découragé d'expliquer cela ici sous une autre forme, je copie-colle ci-après :

L'UFR L&L va enfin pouvoir, suite aux décisions de la CFVU jeudi, mettre en place un calendrier avec des modalités de contrôle adaptées. Ce calendrier sera communiqué officiellement aux étudiant-es après approbation par le Président, donc si tout va bien en milieu de semaine prochaine au plus tard. Si nous l'avions pu, nous (au département d'anglais) aurions déjà pris nos décisions et aurions communiqué les modalités d'examen depuis 10 jours ; cela ne nous a pas été permis.

Pour l'anglais, tout sera en distanciel, avec plusieurs matières en CC qui vont "basculer" en examen terminal. Dans certaines matières, des évaluations qui ont pu être faites avant la fermeture seront prises en compte dans le cadre d'un maintien en CC ; mais comme il n'y a eu que 4 semaines de cours, il y en a fort peu.

 Pour les évaluations en examen terminal et évaluations pour RSE, les sujets seront communiqués le 1er mai au plus tard et les étudiant-es auront 15 jours pour les rendre, via Célène ou par mail, avec, par ailleurs, une grande souplesse dans les formats de devoir remis (des photos d'un travail manuscrit seront admises, a priori). Le cas des étudiant-es empêché-es n'est pas encore fixé, la CFVU ayant interdit la proposition de l'UFR L&L de neutralisation du semestre et la demande des élues étudiantes (10 par défaut aux étudiant-es se déclarant empêché-es de composer). Ce que vous pouvez d'ores et déjà dire à l'ensemble de vos camarades c'est que des solutions seront proposées à celles et ceux qui seraient vraiment dans l'impossibilité de remettre des travaux entre le 1er et le 15 mai.

Ce qui est évident également, au vu de la situation actuelle, est que les équipes pédagogiques ont reçu des consignes de bienveillance et que le S2 sera globalement plus facile à obtenir que le S1 ; cela signifie donc que les étudiant-es ajourné-es au S1 ont tout intérêt, dans la mesure du possible, à rendre l'ensemble des évaluations distancielles en usant du délai long qui sera accordé. Je vous dis tout cela pour remotiver tout le monde. La fermeture de l'université, le confinement etc. ont pour conséquence un bilan très lourd sur le moral de tout le monde, et donc des étudiant-es aussi. Nous le savons. La situation en matière d'examens sera bientôt officiellement clarifiée, et d'une manière qui doit faire renaître l'espoir et la motivation à travailler chez tou-tes les étudiant-es.

 

Maintenant, j'attends qu'on me sanctionne pour avoir tenté d'éviter, à ma façon, quelques suicides chez les étudiant·es. (Ceci n'est pas une hyperbole.)

L'Université française est (une fois de plus, devrais-je dire) pas du tout à la hauteur de la situation et ne propose que de petits aménagements technocratiques tièdes à une véritable catastrophe. Le conseil d'UFR avant-hier en fut un excellent exemple : trois heures à discuter du sexe des anges...

 

08:20 Publié dans *2020*, WAW | Lien permanent | Commentaires (1)

vendredi, 10 avril 2020

*1004*

Pour un des deux cours d'agrégation que je vais tenter d'assurer (comment ? Teams ? Renavisio ? YouTube live ?) la semaine prochaine, toutes les étudiantes ont rempli le sondage en ligne afin de définir un créneau. Et pour l'autre, rien, nada, au point que je suis allé vérifier que j'avais bien envoyé le mail avec le bon lien. Oui, je l'ai fait, lundi dernier aussi.

Bizarre.

 

Les réunions se suivent et se ressemblent : les instances universitaires sont en-dessous de tout et ne comprennent rien à la situation.

Heureusement qu'on peut constater combien nous sommes, malgré tout, privilégiés, en lisant chaque jour les témoignages des personnes qui sont obligées de travailler, souvent avec de grands risques, ou qu'on voit à quel point les pays pauvres sont dans une situation terrible (pas de confinement car dans ce cas-là tout le monde meurt de faim). Cela permet de relativiser l'épouvantable gabegie dans les universités françaises.

(Et je précise bien, pour qu'on ne se méprenne pas : ni Schadenfreude ni suave mari magno. Je tiens le coup car je me rends compte que les trucs ingérables que je dois me coltiner sont peu de choses, relativement parlant.)

 

17:07 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 09 avril 2020

Bar By

Après un conseil d'UFR par visioconférence ubuesque et absurde à tous égards, face à la montée de dangers immenses d'une part et de pusillanimités administratives d'autre part, la tentation de tout envoyer bouler est plus grande que jamais.

(Je dis ça, mais j'en suis incapable.)

 

16:56 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 08 avril 2020

Alambic, sortie confinée

Hier, on s'est intéressé au hautbois musette, au saxhorn duplex* et à l'orgue Cavaillé-Coll d'Azkoitia.

testes.JPGRetour du soleil et de la douceur.

Le sondage Twitter d'avant-hier a donné des résultats surprenants : balls est arrivé devant nuts, mais d'une courte tête (si j'ose dire). — L'émoticône poivrière a surtout été choisi pour qu'on se pose des questions, ou pour débusquer les personnes aux idées mal placées. Pas réellement d'allusion argotique non plus.

Impossible de me (re)mettre à des choses d'envergure. Je me claquerais**. Passé une bonne partie de l'après-midi avec S°, ma directrice de département, et à tout configurer dans des tableaux Excel. (Ai-je déjà dit ici que je déteste les tableurs ?) Le soir, quelques mails suite à l'envoi, par S°, du long courrier du Doyen et des propositions d'évaluation en distanciel seulement.

Depuis quelques jours, retour des moustiques, aussi.

Ce matin, levé tôt, aussi parce que ces histoires d'examens de première session me taraudent.***

Hier soir : Gervaise de René Clément. Plutôt beau film, mais son pas toujours synchro — l'occasion aussi de se rappeler, pour C* comme pour moi, qu'on ne se rappelle pas parfaitement bien L'Assommoir : j'ai quelques excuses, l'ayant étudié en classe de troisième — donc il y a 32 ans (quoi ??!?) — et ne l'ayant pas relu, ou alors seulement par extraits, depuis.

Il y a, dans le film, à en  croire l'interminable générique de début (on avait largement le temps de finir sa clope avant d'entrer dans la salle, à l'époque), des chansons écrites par Raymond Queneau, qui s'est amusé dans le pastiche.

 

 

* Ce n'est pas l'instrument qui a le mieux traversé les âges.

** Ich könnte mich zerreißen. (Phrase trouvée dans le dictionnaire en ligne PONS une heure après avoir écrit ce billet, en préparant ma traduction allemande du jour.)

*** Et j'en ai oublié de signaler que ce billet était le 4.646e du blog. À la louche cela fait donc, depuis le 6 juin 2005, une moyenne de 0,8579870729455217 billet publié par jour.

 

mardi, 07 avril 2020

Chambres

Didier Goux me fait remarquer qu'il n'est toujours pas possible de mettre en italiques, ou en gras, dans les commentaires du blog. Déjà, en 2005, cela semblait rudimentaire, alors maintenant... Cela dit, l'immense majorité des gens qui écrivent sur Facebook ou Twitter s'accommodent de ne pas pouvoir justifier ni policer leurs textes sur ces sites-là. J'ai découvert très récemment comment créer des italiques e tutti quanti sur Facebook. Sur Twitter, cela reste impossible, je crois. Bref, tout ça pour dire que je testerai un subterfuge tout à l'heure et que je vous en dirai des nouvelles. (Voir infra, en commentaires, si j'y suis parvenu.)

 

En tout cas, le quotidien enchaîne. Après sa vidéo sur A Room of One's Own, Azélie Fayolle a publié dimanche une vidéo très juste et très fine, assez essai à la Montaigne, sur le confinement.

Les éboueurs ne sont pas passés hier, la Poste non plus. Le soleil revient, après 24 heures de pluie pas toujours fine. Il y a des trucs de boulot auxquels je n'arrive pas à me mettre, alors je procrastine, en enregistrant des vidéos, en traduisant de l'allemand, nawak total.

 

Hier soir : Dixième chambre de Depardon. Peut-être celui des 3 films sur le système policier/pénal qui est le plus dérangeant du fait de son montage : on ne sait jamais vraiment quel est le contexte, et surtout l'institution judiciaire est loin d'y montrer son meilleur visage. Le meilleur est le premier, Faits divers : j'ai beau ne pas aimer les flics, c'est là qu'on voit que, sur toute la chaîne, c'est eux qui font le travail le plus dur, dans tous les sens du terme.

 

10:49 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (4)

lundi, 06 avril 2020

*0604*

Il s'est mis à pleuvoir, depuis une demi-heure peut-être — je ne saurais dire, j'avais le nez sur mes copies —, et je crois qu'il n'avait pas plu depuis le début du confinement. Du vent très froid, et très violent il y a huit jours, oui, mais de la pluie, je ne crois pas. Tant mieux pour les allergiques au pollen, entre autres.

 

Fini hier Le Nuage et la valse de Ferdinand Peroutka. Très grand livre. L'Épilogue en kaléidoscope reprend toute la structure du livre, en la diffractant encore. Magnifique.

 

Il faudrait que j'enregistre une, et même deux vidéos je range mon bureau, mais j'ai pris du retard, ce week-end, dans mon travail.

 

Hier soir, le coin cinéphilie quotidien : Première année, petit film français (l'expression dit tout, je trouve, et j'espère juste qu'on me comprend), mais très bien joué. Film à charge contre l'absurdité totale que représente le système de sélection en PACES. Après le film, on en parlait avec A* notamment,  car il a plusieurs potes embarqué·es dans ce cursus : pour critiquer très vivement le fonctionnement des études de PACES, il suffit de faire un film descriptif.

 

09:25 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (3)

dimanche, 05 avril 2020

Schlock

Dans le néflier une tourterelle a chassé une pie.

Dans Schlock le tueur à la banane, le monstre se sert largement du popcorn dans la bassine de son voisin avant de conduire gentiment un petit garçon aux toilettes.

Lors de mon sondage linguistique le plus récent sur Twitter, aucun·e des 37 votant·es n'a voté pour ma métaphore préférée.

Dans Schlock le tueur à la banane, Édouard Philippe dit qu'il ne laissera personne affirmer qu'il y a eu du retard dans les mesures de confinement.

La tourterelle à présent me guette depuis le lampadaire.

Dans Schlock le tueur à la banane, les voitures de police zigzaguent dans tous les sens.

Ce matin j'ai eu mal à la tronche rien qu'en faisant ma to-do list pour aujourd'hui et demain.

Dans Schlock le tueur à la banane, Bruno Le Maire tient des propos hostiles à l'idéologie libérale.

Bon, il faut que je m'y mette.

Dans Schlock le tueur à la banane, la jeune aveugle prend le montre pour un chien et lui renvoie neuf fois de suite un bâton.

 

10:07 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (2)

samedi, 04 avril 2020

Scorbut en or

Pas tant dormi que ça, mais après un réveil à 7 h, flemmardé et traînassé au lit jusqu'à 9 h. La honte. Du mal à me battre les flancs pour bosser aujourd'hui, donc je glandouille en écoutant des cantates de Bach et le dernier album de Sophie Alour.

 

Je n'arrive pas à savoir si notre métier, qui consiste très largement en une grosse dose de travail à la maison, nous aide à mieux vivre le confinement ou pas. En tout cas, il y a, sur Twitter, des collègues du secondaire complètement paranos qui se répandent depuis hier en interprétations délirantes et conspirationnistes des annonces du Ministre : les hiérarchies sont souvent lamentables, les réformes sont destructrices, mais ça n'aide pas qu'il y ait autant de collègues totalement à la ramasse non plus.

Mercredi dernier, j'ai enfin commencé la lecture du Nuage et la valse de Ferdinand Peroutka, traduction Hélène Belletto-Sussel. J'en suis à peu près aux deux tiers, et c'est très fort. Curieusement, plus qu'aucun autre livre sur l'expérience concentrationnaire, ça me rappelle Les Communistes d'Aragon.

 

Il fait très beau aujourd'hui. Pas de courses depuis mercredi, et on doit encore pouvoir tenir même sans aller à la boulangerie ou acheter fruits et légumes et frais jusqu'à lundi. Phrase du jour, d'ores et déjà, par C* : "Mieux vaut attraper le scorbut que le Covid."

 

Hier soir, Pulp fiction. Vu une fois seulement, au cinéma à sa sortie. Grand film, même si le côté un peu postmoderne-qui-tourne-en-rond et mise en abyme infinie de la construction des récits ne résiste guère. Me suis amusé de découvrir que les Québécois avaient commercialisé ce film sous un titre qui est un contresens total, Fiction pulpeuse !

 

11:36 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (1)

vendredi, 03 avril 2020

Un peu de cinéma

Hier soir, nous avons regardé Rafiki. Le film est un peu conventionnel, mais même ainsi il n'a pas manqué d'être considéré comme un brûlot au Kenya. La manière dont sont organisées les plongées et contre-plongées dynamiques m'a beaucoup plu. Je suis prêt à parier que des militantes lesbiennes auront été dérangées par le côté un peu binaire du film (le couple formé par une jeune fille très sexualisée et un “garçon manqué”), mais là encore il faut voir que les enjeux politiques liés aux discriminations homophobes dans plusieurs pays d'Afrique sont également loin d'être subtils. Les personnages du père et de Blacksta, mais aussi de la mère de Ziki, offrent une vraie complexité au film.

Beaucoup pensé à Binyavanga Wanaina en regardant ce film : auteur majeur qu'il ne faut pas “réduire à” son homosexualité, mais dont il serait bon que davantage d'Africain·es aussi lisent la très belle nouvelle ‘I Am A Homosexual, Mum’.

 

Avant-hier soir, dans un autre genre, Les acteurs de Bertrand Blier. Outre que le film entier semble avoir été écrit pour le point d'orgue que constitue le dialogue entre le cinéaste et son père mort qui lui parle au téléphone, la meilleure idée est de faire jouer Dussolier par Balasko. Comme pour Convoi exceptionnel, toutefois, on se surprend à trouver longuet un film d'une heure et demie et à se demander quand ça va s'achever alors qu'on en est à peine à la moitié.

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Ce sera le point le plus marquant de ce confinement, pour la vie familiale : jamais nous n'avions regardé autant de films en aussi peu de temps. Et la rubrique Tographe ne s'était pas autant nourrie que depuis trois semaines.

 

jeudi, 02 avril 2020

Tragi-comédie

Cela fera trois semaines ce soir que nous avons appris que les écoles et universités fermeraient. Et cela fait donc deux semaines et demie que la fameuse autant que fumeuse "continuité pédagogique" s'est mise en place, grâce à la bonne volonté des enseignant-es et sans aucun soutien logistique ni technologique de l'Education nationale.

Il en va d'ailleurs d'autres pans de l'Etat comme pour l'éducation : l'armée française est une nouvelle fois en-dessous de tout. Au bout de trois semaines, l'armée française, qui est la risée du monde depuis des décennies, a été capable d'installer trois vagues tentes avec trente lits d'hôpital. En Espagne ou au Royaume-Uni, ce sont de véritables hôpitaux militaires qui sont désormais opérationnels : nous passons pour des glandus ; pas grave, on a l'habitude ; surtout, notre nullité augmente le nombre de victimes. Confirmation est faite qu'à part aider des régimes dictatoriaux en Afrique et cramer des millions de litres de kérosène dans le ciel des villes françaises, l'armée ne sert à rien. La police, elle, ne sert qu'à faire rentrer des sous dans les caisses en fouillant dans les sacs des gens afin de pouvoir leur coller une amende en dépit d'une attestation de sortie valable. Protéger les citoyens, on n'en parle même plus ; je crois que beaucoup de policiers ne savent même plus, en toute bonne foi, que là est théoriquement leur mission principale.

On parle d'un confinement possible jusqu'à l'été. Et la raison principale en serait l'incurie de l'Etat, une fois encore : pas assez de masques, pas assez de tests de dépistage. La macronie est comme le médecin qui préconise d'approcher le thermomètre d'un bloc de glace pour faire baisser la température.

Triste tragi-comédie...

 

Dans ce bourbier je commence à me retrouver avec des quantités de formalités administratives à accomplir : étudiant-es coincé-es à l'étranger, dossiers de candidatures d'étudiant-es de pays étrangers (Sénégal surtout d'ailleurs, cette année), tableaux des MCC et des examens à faire, défaire et refaire...

 

10:06 Publié dans *2020* | Lien permanent | Commentaires (0)