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lundi, 13 février 2017

Posture de regimbe

Un fouillis de vieilles vieilleries. — Je l'ai déjà écrit, je crois, cette rubrique est celle dont je pense depuis longtemps faire un livre. Pas un essai, ni un recueil de proses poétiques, quelque chose qui participerait de tout cela et de rien de ça, et dont j'ai cherché à trouver le ton, dans les deux ou trois années où se sont écrits la majorité des textes qui la composent.

Or, je m'aperçois aujourd'hui, à l'heure d'un bilan provisoire, qu'il n'y a que 64 textes dans ce classeur. Stupeur. J'en entrevoyais la quasi centaine.

Pas grave du tout, mais les reparcourant, je me dis que, quitte à tenter de composer un livre, je devrais partir de cette question du scorpion qui se pique, de la “posture de regimbe”. Pourquoi, au fond, l'œuvre de Dubuffet est-elle si primordiale pour moi ? pas pour le regard seulement, ni même pour l'importance des textures, ni pour le ton — c'est fondamental : le ton de Dubuffet m'a énormément appris —, ni pour la figuration anti-culturelle. Alors, pourquoi ? S'il n'est pas entièrement vain d'envisager un livre, alors il faudra au moins poser la question.

Il a donc fallu 65 textes et près de dix ans pour savoir enfin quelle question poser, et elle est misérable. Misérable renâcle. Un cheval piétinant les embûches n'aurait pas plus de peine que moi, mais c'est que lui-même peinerait aussi à nier. Tricher, ce serait là une ébauche de réponse. De la longue exploration honnête du fouillis émergerait l'idée de tricherie, trop tard venue, mal vue, mal conçue, maladroite, malfaisante quoique inoffensive.

Du nerf !

 

jeudi, 26 janvier 2017

Gymnosophie

Dans les Onzains germains, je n'avais pas prévu ces germains chevelus, ces corps non glabres. Les voici, statuaires de chair plaquées en deux dimensions sur la texture. Deux corps comme énormes, ou comme des portes, comme des échelles dogons peut-être. Deux portes fermant leurs fenêtres.

Que ça rigole hilare bêtement en haut, en vol, ça ne désarme pas.

La main d'une des deux géantes — peut-on nommer autrement ces colossales figures de terre cuite (se détachant sur la terre cuite, obstruant presque de leur rire de caveau l'échappée sur le bleu de l'océan ou du ciel) — lui trifouille l'entre-jambes ou le nombril. L'autre déesse — peut-on nommer autrement ces vénus figées et énergiques — se dévisse l'oreille, hilare aussi d'être une TSF.

Hier est mort Harry Mathews, auteur des Singular pleasures.

Verrait-on autrement ces deux figures houblonnées sur fond de boue de taupinière, si l'on n'avait relu quelques-unes de ces masturbations ?

Y a-t-il autre chose de mort dans la dent du regard ?

Cousinage de blés mûrs parés pour la germination. Le ciel océan se ravise et s'esquive.

vendredi, 25 novembre 2016

Paysage vineux

Donc, reprendre cette route comme un long fil de haricot.

Fil arraché au haricot.

 

Les champs forment des éléphants empâtés, pourtant légers comme la poix, une lourde glèbe qui émerge du noyau de feu. Le sentier est une radicelle interminable partageant le monde en deux parties théâtrales, inégales, lustrales, astrales, sous le repli d'une minuscule maisonnette rouge décalque de motte castrale. Il y a les grattures qui en gerçant forment cadastre, le pourceau de profil soulève de loin, façon treuil, la voie lactée façon astre déchu.

Un ballon de baudruche survole l'écran où s'écrit la boue lourde, fait ombre fugitive et lourdement volante sur la fenêtre de tir.

 

Fenêtre qui s'ouvre aux maisons enfouies dans la glèbe — qui sont des champs — qui sont des pierres — qui sont des villas romaines — qui sont des ossements du crétacé — qui sont peu et tout.

 

La signature en haut, jaune, atténuée près de ces énormes tout petits nuages blanchâtres, écrase les figures déjà écrasées, hâves, noyées comme une fumée s'échappe de l'âtre, dans le chemin qui se poursuit, s'enfonce vers le bas (l'astre pris dans le cadastre) et vers le haut (l'étoile défenestrée dans la maison rouge), signe en fin de compte la vigne dont la liqueur repeint toute la lourde glèbe rouge enfouie.

vendredi, 04 novembre 2016

Valeurs

14940167_10208922037742078_5078297403783047747_o.jpgCela fait des mois que je songe, soit à reprendre cette rubrique nécessairement inachevée, soit à en retravailler les textes pour publication sous forme de livre.

Ce qu'il faudrait, c'est que je fasse ça, moi aussi, à la brute, à la brutale, à l'abruti.

 

La prose de Dubuffet est aussi forte que son œuvre de peintre ou de sculpteur. Pas de distinction. Ne distinguer pas de valeur, ni de place aux adverbes.

vendredi, 23 janvier 2015

Chançon

à peine du bout du poinçon

sans craindre de malfaçon

le subtil maçon

a tourné ton colimaçon

citadelle de Besançon

« de rien, garçon »

 

bien sûr, il me vint un soupçon

le temps ne fait pas de façon

la grammaire en cheval d'arçon

saute sans verser de rançon

du coquelet à l'hameçon

.

vendredi, 03 janvier 2014

Le Jardin d'hiver

Au tréfonds du Jardin d'hiver, sorte de long estomac déformé, gros intestin pas grêle, boîte ou conteneur équivoque, deux fillettes faisaient un boucan de tous les diables, se couraient après, aucun adulte, et tandis qu'une paparazza me flashait (ma célébrité ne connaît plus de limites dans le monde de l'art), je méditais sur les trapèzes et losanges, sur ce long texte même pas géométrique, amorcé il y a si longtemps, désormais boursouflé, ténu intense et délavé comme une texturologie sur laquelle serait tombée la pluie des mois durant, les fillettes couraient, ça tapait fort, ça résonnait, peut-être que cette attitude peu muséographique aurait foncièrement plu à Dubuffet, peut-être aurait-il détesté ça, il n'avait pas non plus cette espèce de cucuterie que l'on trouve dans certaines déclarations de Picasso, et puis la pose, il s'en foutait, seul comptait l'agencement des bosses (parfois des tavelures), des losanges cabossés, des trapèzes tordus, Dubuffet (que j'ai le sentiment de mieux comprendre et de moins étreindre au fur et à mesure que je fréquente ses oeuvres comme ses textes (si beaux, si forts)) avait tout du prestidigitateur en somme, mais travailleur sans être besogneux, je l'entrevois désormais tenant la petite baguette d'un triangle et faisant résonner le toc plâtreux de tant d'édifices admirables ou prétendus tels, les fillettes se poursuivent encore, je suis peut-être dans un film où le ralenti se prolonge, le flash suspend son vol, bref je m'y abrutis.

vendredi, 17 mai 2013

Le Marchand de soupe

Quand même, ce n'est pas sérieux !

Tous les jours au bouillon ??!?

Gavage.

Avalage.

Ravalements de Ravel (dans la neige avec Robert Walser).

Enfin, le zéphyr passa, avec lui l'aquilon, et on ne pouvait plus entendre l'ouverture de Gwendoline sans penser à ces mauvais biscuits qui se vendaient jadis dans les supérettes.

Tous les jours au brouillon ?

Tous les jours à potasser ton Royco ?!?

Prends ta gamelle, ton bidon en fer-blanc pour le lait, ce n'est pas ici qu'on se fout à poil, maestro !


vendredi, 25 janvier 2013

La Crasse bitumineuse

Vieux restes de fruits pourris, excroissances, chewing-gums écrasés et en voie de décomposition, morceaux de sac en papier de fast-food déchirés et collés par la pluie… depuis le temps que je voudrais m’en saisir… C’est là un des sens possibles de la texturologie : un fragment banal de sol, ou d’une surface quelconque, est généralement complexe, dense, hétéroclite. Le plus difficile est de rendre l’impression de fondu, de masse informe, en n’appuyant pas trop sur les contrastes. Par le film ? la vision de biais ? toujours, à défaut, reste l’écriture, qu’on emporte partout avec soi.

jeudi, 17 janvier 2013

Gambadeuse d'asphalte

On peut parler putains, ce n'est pas putasser.

Langues de pute, oui — mais les délier, les dessiner, bifurquer — langues avec des flèches.

Pourtant, tout ici n'est pas bâclé. Rien ici n'est bâclé. On bâcle ce qui peut l'être, et donc rien, c'est une bonne définitition (aphoristique je sais) du perfectionnisme.

Car vous étiez perfectionniste, oui ! Pointilleux ! Soucieux du gâchis !!!

Tout donc pas comme moi qui gâche des points d'exclamation. Bat comme plâtre les phrases du jeu de cartes.

Sous les linges moisis du vieux meuble, à la cuisine, un creux s'est formé, d'où s'échappe le son cristallin des talons d'une passante qui marche vivement, sans aguicher, le regard droit fixé sur l'écarlate au loin.

Rebat comme plâtre les mots qu'un ange passe, qu'un idiot bâcle.

Langues de pute, repassez.

lundi, 05 novembre 2012

Nez d'Apollo pap

 La proposition de M. de Boissy, combattue par M. Dumon, le ministre des travaux publics et par M. Tupinier, rapporteur de la commission qui avait examiné les projets de loi, fut rejetée apres ce discours de M. Victor Hugo.

Actes et Paroles, vol. 1. Consolidation du littoral.


       « — Qu'est-ce qu'un tupinier ? »

Pérouges (Ain), 28 août 2012. Ainsi s'interrogeait-il, avec des tirets cadratins pas possibles, invraisemblables, pas permis.

Il arborait cravate, portait faux-col, bref était plus que démodé : amidonné.

 

Oh, et quand t'auras fini de mitonner, toi ?

Heu, ça s'écrit mythonner.

Ça ne s'écrit pas, ça se dit.

Euh, ça ne se dit même plus en fait. La banlieue a évolué depuis la dernière décennie.

 

(Et par « dernière décennie », elle entendait sans doute années 90, autant dire que les à-peu-près, les glissements, les ambiguïtés étaient innombrables.)

 

Il se demandait ce qu'était un tupinier.

Il se demandait quel éditeur voudrait, un jour, un improbable jour, de son livre sur les proses de Tagore et les poèmes de Marc Lévy.

Un tupinier frappe à ma porte ; je dois aller ouvrir.

 

Gertrude, maintenant, déteste le point-virgule.

On est mal barrés.

 

mardi, 30 octobre 2012

Maast à la crinière

 

Tout de même, imaginez-vous, la crinière pour désigner le bas-ventre, les parties génitales, le zizi quoi, la biroute. Et c’est au pays de cocagne, dessiné Guillaume Apollinaire qu’on apprend à énoncer ce genre de choses, bien le bravo. Les bovidés regardent passer les wagons. Paisiblement. En mâchonnements. Pas même estomaqués.

Qu’on les suspende en bidoche. Ça leur apprendra à écrire que la nourriture des fast food est gras double, ou qu’on se balade en forêt au milieu des amygdales.

Journée brioche, tous à vos pinceaux !


samedi, 27 octobre 2012

Autoportrait

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Dans cet autoportrait de 1936, Dubuffet a capturé ce regard de côté qui, durablement, ultérieurement, deviendra un regard gourmand. Et, dans les coulisses, j’ai pérennisé un système transitoire. Alors, est-ce à dire qu’un seau de cendres peut devenir un livre ?

Tout le sens me semble résider dans le contraste feutré entre le fond gris-bleu et le tissu du veston (bleu-gris ?).


mardi, 09 octobre 2012

Mèches et traînées

 

Nadar voyageant en ballon — Zébulon se traînant au radar — bref, c’était encore une affaire de grands vents, mistrals, aquilons. Comme tout cela me rappelle les textes que je claquais frénétiquement à la machine, dans le studio de Talence. En d’autres temps je serais parti en flèche, mais avant de me garder du retour de flamme. Toutefois, déjà, j’égrenais de vains mots, ce dont ne m’a pas guéri le rosaire de Camilo José Cela.

Peu importe le rosaire. Le flacon n’est pas grand-chose, un dimanche sans train.

Aussi les cheveux en broussaille n’ont-ils pas fait de flaques dans le ciel, on s’en consolera.


mardi, 22 mai 2012

Le Vent à carreaux

La fresque de céramique éclate en lignes, en courbes, en ovales, en couleurs vernissées. On se pose là.

On se pose là, un jour de pluie froide, en mai.

On se pose là.

Asger Jorn et Jean Dubuffet, qui ont beaucoup manigancé ensemble, et composé notamment la musique d'un petit film expérimental parfaitement cocasse que l'on peut voir, avec tant d'autres documents, dans la salle centrale du musée, étaient amis. Ceci explique cela. Alors, même si, avec les toits en tôle et les blocs de parpaing brut, la cour ne paie pas de mine, on a envie de trouver cela plus proche encore de Dubuffet que de Jorn, car Jorn n'a pas proposé une rupture aussi complète avec l'esthétique traditionnelle (ses codes, ses conduits).

Donc on se pose là, on attend, on regarde yeux mi-clos, on scrute.

Et si on s'affaire, ce n'est pas pour rien. On a le temps pour soi, en cette journée froide et pluvieuse de mi-mai. On est à Silkeborg, tout de même.

vendredi, 30 mars 2012

M.Y.C.Y.X.

Que veut dire ce mot, mycyx – ou plutôt : MYCYX –, signifiant formé par les 5 photographies de Mihael Milunovic constituant, pour la pochette de l’album du Bojan Z. Tetraband, Humus, les 5 rabats de verso ? Pourquoi ces textures, froides ou bitumineuses, sang-de-bœuf figé ou peinture semi-effacée sur gravier gris multicolore ?

Pourquoi les textures parlent-elles ? De quoi nous parlent-elles ? De l’informel soudain formé (cf Duns Scot) ? Ou des litanies de questions qui ne cesseront de s’enchaîner, comme autant de souffles de brise, ou d’éclats de verre ?

Le pianiste, plus que jamais, sonne colosse.

Le tromboniste, avec ou sans sourdine, travaille le son jusqu’à l’os.

La basse, avec Ruth Goller, est en ronde-bosse.

Et le batteur a (bonnes peaux) bon dos.

 

Fuzzlija, Bojan Z., l’a aussi joué, depuis, avec son vieux complice Lourau. ═ Et qu’est devenu, texture sonore aussi archipel, The Joker ? Emporté par l’onde-monde. ╚ Texturologies. Texturologies encore. Pyrrhocores ou pas, graviers ou non – texturologies toujours. ╦

 

 

La chèvre chie sur ses petits. Ce n'est pas une allégorie.

La chèvre chie sur les chevreaux. C'est ce qu'on voit sur la photo.

dimanche, 29 janvier 2012

La Fleur de barbe

Ce matin, après un réveil plutôt moins matinal que d'ordinaire (le jour filtrait déjà à travers les persiennes, pour ne rien dire des Velux™), le baliverneur quelconque qui ne s'est pas encore lassé, depuis six ans et demi, de tenir ces carnets avec une régularité variable, s'est rendu, dans sa guimbarde hybride, certes, mais aussi beugnée en trois endroits sur le flanc droit, au marché de l'Europe que, dans un élan de créativité désignatoire (que seules, peut-être, les paroles de la chanson de Bob Dylan Man gave names to all the animals sont susceptibles d'égaler), il a décidé de rebaptiser marché aux huîtres. (Pour ce billet, dont le titre a été choisi dans les minutes qui ont suivi le tapuscritement (la typographisation ? le tapage ? la rédaction ?) de l'expression marché aux huîtres, le baliverneur semi-barbu a hésité entre Le Désistement et Langage des caves XI. He'll save them for later, hell.) Sur les quelques étals épars, sur la placette, on compte pas moins de deux ostréiculteurs, ou vendeurs d'huîtres, ce qui n'est pas la même chose : faut-il les nommer mareyeurs ? Pas l'ombre de la queue d'un poissonnier, en revanche. Le mot huître toujours me rappelle Ponge, Dickens et Dolores O' Riordan. On n'ira pas encore, de sitôt ni aujourd'hui, cueillir les fleurs dans le terrain vague.

Deux fois tu as omis de dire.

Deux fois tu omis le verbe dire.

Deux fois tu promis de maudire. Incantation aux fleurs, ce qui n'empêche pas de retordre plus souvent, à bouche de mâchefer, à doigts de licorne, la prose que le poème. L'inverse n'est-il pas, le plus souvent, tenu pour acquis ? Je ne suis pas le plus souvent. Je ne suis pas le Mâchefer. Je hante le marché aux huîtres, où j'achète poires Conférence et chipolatas.

samedi, 21 janvier 2012

Pierre d’accoutumance au vide

 

Est-ce que vraiment on s’habitue ?

Il s’agirait plutôt d’hébétude, à griffer la toile, à tenter de mimer l’avance des lichens. Le mot lichens, anagramme de chenils, a toujours tiré, à mes yeux, du côté de l’animal brusque autant que du végétal rampant. Gratter des losanges, ou les peindre de l’ongle, n’est-ce pas semblable affaire ?

« Non obstat, mais si grand éloge me met mal à l’aise. »

jeudi, 19 janvier 2012

Impair et Amble

Ce que je vois, ce sont les espaces marqués de noir, l’invasion d’une nuit douce – quoique totale. Mon œil, aussi, a dénoté (scruté ? repéré ?) pas moins de sept blancs différents, au point de lire des signatures dans les hachures, des saignements dans ces vichys qui refusent (obstinément ? difficilement ?) la mise au carré. Alors, si les courbes se plient, on comprend mieux la dénonciation, par Dubuffet, de la notion même de laideur. [Hier, en cours de traductologie (à propos du surnom Boule de Suif), j’ai dû démontrer, au prix d’une certaine complexité, que parler de femmes rondes était une figure (une image – dont je n’arrive pas absolument à déterminer si elle est métaphorique ou métonymique), ce dans la mesure où même l’être humain le plus gros – le plus gras – n’est jamais sphérique.] On comprend cette dénonciation, qui n’a jamais eu rien de complaisant, ou de populacier. C’est là où le bât blesse (saignements encore) : Dubuffet, populaire dans ses approches, n’a jamais été populiste, bas – il a toujours visé très haut. Faudrait-il toujours requalifier – et en l’espèce, les sept variétés de blancs en variétés de gris ou de crème ? non, ce sont des blancs, des vacances pleines.

mardi, 03 janvier 2012

Le Chevrier ventru

 

On ne l’a pas cru. On ne m’a pas cru. Toute confiance a disparu.

Au moment précis où la confiance s’est émoussée, et aussitôt s’est effacée, au moment où la voiture a glissé dans la flaque d’eau sans que les freins puissent faire leur office, il s’est remis à pleuvoir – dru. Pas le crachin des derniers jours, ce vilain petit malotru.

Des traces sur des traces sur des gommages sur la croûte terrestre, et les yeux se dessillent, malgré l’absence totale de confiance, et le peu de foi, et, dans la voix, ce ton bourru. Du regard, steppes, fougères, sentiers grattés – monde de tant de rien, du regard, on vous a parcouru.

Mais on ne l’a pas cru. On n’a pas cru son regard incongru. Toute confiance a disparu.

 

.

jeudi, 03 novembre 2011

Funky Fun-Key

Ça y est, à peu près toutes les horloges de la cuisine sont à l’heure, à l’heure d’hiver. Une complainte, tu ne vas tout de même pas passer tes journées à bader ce camping-car en laissant infuser ton thé à la bergamote ? Hier soir, le Château de Tiregand 2008 puis la liqueur de poire, ça faisait peut-être un peu solide sur le cassis.

Des jours, des journées comme ça, pluvieuses, grises, monotones, pas assez de jus pour se décourager en regardant les sandales détrempées sur la terrasse, ou les espadrilles en vrac dans le vestibule (notre ami tire sur la corde, je trouve). Dire que tu avais le cran de critiquer l’autre polardeux pour ses phrases nominales en cascade. Tu abuses, tu t’abuses. Avec les feuilles de néflier qui font un rideau jaune, et quand la pièce commencera-t-elle ?

Vous n’avez pas la clé, tout ça c’est juste pour s’amuser. Tu t’amuses.

Notre ami que voici se donne les gants de tout savoir, même la vie clandestine des flamants roses, et ce jusqu’au sens architectural du mot falbala, mais il est incapable de servir un thé qui n’ait pas, plus ou moins, et jusque dans les chaloupements osés de la contrebasse de Heiri Känzig, un goût de lavasse tombée d’une gouttière.

Le félin se marre, vous salue bien.

 

―――― Juste un rappel de la contrainte de ces textes, qui n’ont pas de rubrique réservée (et je crois qu’on en trouverait dans les deux blogs) : doivent être écrits, sans retouche ultérieure, pendant l’écoute du morceau qui leur donne titre.

mercredi, 03 août 2011

Bon Marché, IV

Fallait-il, à tout prix, éviter les impairs ?

 

Jean DUBUFFET, "Bon Marché, IV"

Florine donnait de charmants dîners, des concerts et des soirées très-suivis : on y jouait un jeu d'enfer. Ses amies étaient toutes belles. Jamais une vieille femme n'avait paru chez elle : elle ignorait la jalousie, elle y trouvait d'ailleurs l'aveu d'une infériorité. /... /

C'était des yeux étincelants comme des onyx ou des turquoises bordées de velours noir ou de franges blondes ; des coupes de figures variées qui rappelaient les types les plus gracieux des différents pays, des fronts sublimes et majestueux, ou doucement bombés comme si la pensée y abondait, ou plats comme si la résistance y siégeait invaincue ; puis ce qui donne tant d'attrait à ces fêtes préparées pour le regard, des gorges repliées comme les aimait Georges IV, ou séparées à la mode du dix-huitième siècle, ou tendant à se rapprocher, comme les voulait Louis XV ; mais montrées avec audace, sans voiles, ou sous ces jolies gorgerettes froncées des portraits de Raphaël, le triomphe de ses patients élèves. /... /

Au milieu du souper, Rastignac et Blondet conseillèrent à leur ennemi postiche de ne pas négliger une bonne fortune aussi capitale que celle qui s'offrait à lui. Ces deux roués firent d'un style moqueur l'histoire de la comtesse Marie de Vandenesse ; ils portèrent le scalpel de l'épigramme et la pointe aiguë du bon mot dans cette enfance candide, dans cet heureux mariage. 

mercredi, 27 juillet 2011

Dulcis amara

Il a fini par comprendre qu'il devait enregistrer le texte de son billet en le publiant s'il ne voulait pas qu'il soit enregistré à la date de rédaction, mais à la date anticipée de publication. Pas simple, quand même.

Il y a cinq ans, nous nous installions à Chabrignac.

Il y a six ans, je ne saurais dire.

Il y a trois ans, C. et Alpha allaient visiter le château de Brézé, tandis que je suais sur les emplois du temps (c'est l'époque). (Mais publier ce texte le 27 juillet ??!?? ça fausse tout.)

Il y a quatre ans, je ne vois pas, mais à un jour près si : Toscan ou Cagnotte.

Il y a un an (on t'a dit de ne pas faire de fixation sur les années impaires), je passais le dernier jour de l'année universitaire dans mon bureau (il y faisait 33° - ce ne fut pas un été pourri, mais un des rares vrais étés que nous eûmes ces derniers temps) avant de récupérér au débotté un poste de lecteur d'anglais, entre deux portes, au moment de m'échapper.

Il y a deux ans, je lisais Gadda.

Ce n'est pas dans Gadda, toutefois, que j'ai trouvé à admirer la fleur parfaite, au printemps, du prunier, ni la blancheur étoilée de la fleur de prunus. La dague a transpercé la vague de Hokusaï, pour le meilleur et pour tout un empire. Mais, si c'est une figure, une planche, un totem, il ne servira pas d'évoquer Gadda. La blancheur passe seule.

Il y a sept ans, je ne saurais dire. Il y a sept ans, je ne saurais dire.

mercredi, 20 juillet 2011

Pantalon d'épousaille

Ce n'est pas un été pourri.

Ce n'est pas un été pourri qui vous fera changer d'avis sur les rapiéçages divers d'une année de bonne fortune.

Ce n'est pas un été pourri avec vue sur la montagne.

Ce n'est pas un été pourri dont la trêve sera hivernale. (Juste à côté, elle avait ajouté ^^, mais je n'ai jamais compris ce signe (froncement de sourcils ?).)

Ce n'est pas un été pourri à s'espalaser dans la verdure moite.

(Enlève des adjectifs.) Ce n'est pas un été pourri à s'espalaser dans la verdure. (N'abuse pas de patois.) Ce n'est pas un été pourri à s'étendre nonchalamment dans la verdure. (Pourtant, s'étendre nonchalamment ne dit pas la même chose que s'espalaser, qui n'a pas d'équivalent en langue d'oïl.)

Ce n'est pas un été pourri si tu revois le soleil.

Ce n'est pas un été pourri comme ceux de 2007 ou 2009, et quoique tu penses des nombres impairs.

Ce n'est pas un été pourri qui changera grand chose à mon style.

Ce n'est pas un été pourri à peindre, à rafistoler.

Ce n'est pas un été pourri. (On verra bien.)

mercredi, 13 juillet 2011

Perles

6 juillet. Ce n’est pas facile, en plus de tout le reste des tâches qu’il faut finir d’accomplir, et des préparatifs, de gribouiller (j’avais écrit grignoter – ?) des bouts de texte afin que ces carnets ne soient pas totalement déserts au cours des mois d’été. Le labeur, n’est-ce pas l’écorce qu’inlassablement je regarde sans y toucher afin de me retenir de la badigeonner ?

(Le vieux Macintosh est très lent, sa blancheur ne m'est d'aucun secours, mais, en furetant sur Word, j'y ai trouvé la police de caractères BigCaslon. Tout arrive.)

mercredi, 15 juin 2011

Le raturé

/ 13 juin

 

Un serpent rouge (Jean III) est lové sur notre lit. Je ne sais pas où est Robin.

De questions en omissions, mon cher monsieur, vous avez laissé moisir la croûte. Et vous voici à multiplier les ratures sur vous-même. Ce ne sont pas de simples coups de griffe. Même le tatouage est moins douloureux, moins durable.

Guingois du lundi (Driving to work) 001Le raturé ne répond pas, il avait sa scie sous son bras.

On entend du larsen, mon cher monsieur – ça ne vous casse pas les oreilles ?

Le serpent rouge et le serpent vert sont étonnamment immobiles. Robin appelle de toutes ses forces, mais lui aussi se crevasse, appelle la main délicate et minutieuse du restaurateur. Il ne m’a pas aidé à trouver de reproduction du tableau, ni le musée où il se trouve. (Du coup, d’un coup, pour ce coup-ci, je me suis senti autorisé à illustrer le fouillis, la vieille vieillerie, d’une photographie que je pris moi-même, aux aurores, en septembre, il y a neuf mois, et de guingois. Pourtant, je n'ai pas décrit ici la photographie, ni ne m'en suis inspiré, puisque je l'ai choisie autrement, après coup. N'ayant jamais vu Le raturé non plus, rien n'a pu m'y faire mordre.)

 

 

L’air est encore gorgé d’eau. La terre, elle, désespérément, est asséchée.

Des coups de ciseaux biffent les nuages, les crevasses mettent la gomme, et le balai, fiché poils en l’air comme un étendard, semble nous toiser d’un air goguenard. La meute griffe le ruisseau, le cerf est aux abois. Paris ne répond plus, et Charleville non plus.

L’air est encore gorgé d’eau. Dans la boue craquelée qui a oublié jusqu’à son nom, j’ai retrouvé une scie disloquée.

Pourquoi ne répond-il pas, pourquoi ne répond-il jamais – le raturé ?

 

(Fin programmée. Fin programmée. Fin programmée. Fin programmée. Fin programmée.)

samedi, 11 juin 2011

L'Allègre

Lassé par d'autres âpretés, vous renoncez aux climats. Ce n'est pas au Mercantour, ni dans le Limousin que vous avez vu venir la victoire. Prise au dépourvu, la meute a donné de la voix, mais ce sont toujours les mêmes ondées, les mêmes nuages secs, les mêmes rosiers cabotins qui s'éternisent sur des pentes gravillonneuses. D'où que viennent les voix, vous ne parvenez à les entendre qu'étouffées. Si le mâle dominant est comme vous, il vous faudra rencontrer de nouveaux échecs, et, après les climats, renoncer aux humeurs.

mardi, 24 mai 2011

Jardin de vite quitte

 Sur le parterre transformé pour l’occasion en boulodrome, les garçons, brutaux et joueurs, s’amusent à lancer les boules le plus fort possible – pour renverser les quilles.

Zyeutent les filles. En coin.

Tout ça ne débouchera sur rien. Dormez sur vos deux oreilles. (Vous : parents ; pudibonds ; vertueux ; journalistes particuliers.)

Du square planté de saules et de gynériums, les garçons cavaleurs, encore enfants, ont déboulé le plus vite possible. Alerte à la patrouille.

Filez fissa, j’ai rien vu.

lundi, 23 mai 2011

Champ inframental

Ce qu’il voit n’est pas ce qu’elle voit n’est pas ce qu’on vit n’est pas ce que tu veux n’est pas. Ce qui n’est pas n’a pas d’existence n’a pas de substance n’est pas sans être n’est pas sans s’avérer n’est pas sans poser quelques légitimes problèmes de substance. Ce qui est substance n’est pas essence ce qu’elle voit ce qu’il voit ce qu’on voudra comme on vit comme on veut comme on ne sait rien mieux vaut se taire. Ce que l’on tait n’est pas ce que l’on assume n’est pas un refus de s’exprimer n’est pas le mutisme n’est pas le chaos n’est pas un cataclysme – est-ce le mutysme ? – ce n’est pas et c’est le silence. Ce qui s’isole n’est pas ce qu’on immole n’est pas ce qu’elle adule n’est pas ce qu’il abhorre n’est pas ce qu’on hait n’est pas ce qu’on est. Ce que l’on naît n’est pas ce que l’on devient n’est pas ce que l’on soutient n’est pas ce que tu tiens n’est pas ce qu’elle craint n’est pas du tout pas pas du tout non pas du tout pas moindrement pas ce que pas ce qu’il pas ce dont n’est absolument pas ce dont je me souviens.

vendredi, 08 avril 2011

Aires aux moires

Pas de risée qui passe, plissant de vaguelettes le miroir poli des eaux et historiant le sable d'or des fonds de capricieuses moires, sous l'ombre des eucalyptus et des mélaleucas, les cases de ces échiquiers funéraires.

Le plumage lustré de satins et de moires,
Les corneilles, oiseaux placides et dolents,
Parmi les champs d'hiver, que la neige a fait blancs,
Apparaissent ainsi que des floraisons noires.

 

Elles pourraient l'une et l'autre se préparer aux thalysies, sacrifice où l'on offrait à Bacchus et à Cérès les prémices de la terre, pendant les fêtes Haloënnes ou des Aires. Il hocha sa tête lisse où le jour courut en moires bleues. Madame Léonce faisait son ménage, gardait les clés des armoires : Estos gemidos se repiten en el cielo, en el mar, en los aires.

Elle prend les toiles fines, les batistes, les linons, les dentelles, les soieries, les velours, les moires, les joyaux.  C'est avec une telle modification que l'homogénéité existera dans les équations, où l'on devra alors, si elles sont algébriques, estimer le degré de chaque terme, en doublant les exposans des facteurs qui correspondent à des aires, et triplant ceux des facteurs relatifs à des volumes. Quand les mannes s'étalèrent, Florent put croire qu'un banc de poissons venait d'échouer là, sur ce trottoir, râlant encore, avec les nacres rosés, les coraux saignants, les perles laiteuses, toutes les moires et toutes les pâleurs glauques de l'Océan.


lundi, 04 avril 2011

Au boudin mystique

Ce n'est pas d'avoir vu, dans le casier des ouvrages réservés aux abonnés dont le nom commence par un C, l'exemplaire sans doute neuf de Ce qu'aimer veut dire, ni d'avoir écouté le double concerto pour piano et clavecin d'Elliott Carter, ni d'avoir égaré les yeux, un instant, sur la phrase mythique

may one be gay upon the Encantadas ?

en cherchant autre chose (toujours autre chose), ni d'avoir planché sur potentiel thorique, potentiel réel et charges d'enseignement.....       ni de tomber dans l'oubli demain (pâte épaisse, carambolage de tumultes), peut-être alors d'être du genre à proposer, en traduction

a-t-on le droit de se faire enfiler sur les Îles Enchantées ?

 

(Oui, je sais.)

mardi, 08 mars 2011

Grouloulou

 

Anthony Perkins, portant le plateau, se dédouble dans la vitre. L’acteur a 38 ans, moi 36. À moitié moins, peut-être.

« On comprend mieux, écrit Murielle Gagnebin, l’angoisse qui saisit tout spectateur devant les détritus d’un Bettencourt comme face aux figurines spongieuses d’un Dubuffet. » (Fascination de la laideur, édition de 1994, p. 208)

Même après avoir lu ce qu’elle en dit, je ne comprends pas mieux. Et, spectateur moi-même, y revenant encore et encore, je ne suis pas plus angoissé, si ce n’est d’avoir lu le texte de Murielle Gagnebin et de m’imaginer anormal de ne ressentir que joie et hilarité, et pas l’ombre d’une angoisse.

5 h 15. Crise d’éternuements, ou plutôt grand besoin de me moucher, encore et encore.

 

mardi, 01 mars 2011

Caille en terrain pierreux

 

Tout part d’un chiasme boiteux : Pierre est un aigle, et la perdrix est en caillasse. Tout poète qu’il soit, il n’a pas appris à se méfier des chiasmes, ni des anaphores ou hyperbates d’ailleurs. On le prend en photographie, on le filme en train d’écrire ; ses moindres mouvements sont décomposés lorsque le film passe au ralenti, pour une salle de cinéphiles qui n’ont jamais vu son profil, jamais lu une ligne de lui, jamais entendu son nom, jamais (peut-être) ouvert un volume de poèmes. Lui, qui regarde aussi, se fait l’effet d’une lingère en train d’étendre des torchons sur un fil, entre un poteau lisse et un troène. Il ne sait pas pourquoi cette image lui vient à l’esprit – il sait à peine qu’il la gardera pour lui et n’en fera jamais état dans un poème. Certaines choses sont trop douloureuses, même pour le lyrisme. Alors, ni une ni deux, ni chiasme ni épitrochasme, le poète croise les bras, affiche une mine perplexe. Et si enfin l’inspiration revenait, pour peupler des pages vertes ? Si les doigts crochus alignaient de nouveau d’ineptes pattes-de-mouche ? Ce serait trop beau, n’effrayons pas les parenthèses – deux sortes de pierraille : chemin de la Mâture, chaos de Nîmes-le-Vieux. Alors, le regard de l’apôtre vous fixe de très haut, un point dans le ciel qui ne demande qu’à descendre en flèche sur l’alouette amoureuse, ou la gourde du pèlerin.

 

vendredi, 25 février 2011

Sauve-qui-peut-en-Morvan

Où l’enfant se sera-t-il enrhumé, et où le vieillard ?

Quand l’œil se sera-t-il bistré, et quand la paupière ?

Autant de questions que pose, à notre regard, le grain stérile qui fait rigole. Les traits d’union, que moi-même je persiste, par lapsus systématiquement corrigés (au point de faire sourire narquoisement, et je les comprends, mes étudiants), à nommer tirets, forment une cartographie à part, mais pas sur Google Maps.

Il souffle, sur nos frimas, un vent de mort.

mardi, 22 février 2011

Dinguet Flibuste

 

Quoique je n’aie pas vraiment lu ce que Vialatte a écrit au sujet de Dubuffet, je ne laisse pas de m’étonner de la formule « la forme inhumaine de l’Australie », peut-être parce qu’enfant, j’étais toujours consolé, ou apaisé, ou heureux, en regardant le quart sud-est (en bas à droite, c’est ça ?) de la mappemonde qui était accrochée au-dessus de mon lit (et où se trouvait l’U.R.S.S. etc.). Encore l’histoire de l’œuf et de la poule : la flemme de chercher si le roman de Pinget, Graal Flibuste, est postérieur ou antérieur à Dinguet-Flibuste de Dubuffet. Graal Flibuste est l’un des rares textes décevants de Pinget, mais je m’en souviens trop mal pour savoir encore pourquoi.

Ai-je d’ores et déjà une mémoire en papier mâché ?

(Il y a vingt ans, peut-être, ma mère a cessé de crever les points noirs sur les marouflures de mon visage. L’œuvre et la foule |||L’Emploi, mode de vie.)

 

samedi, 05 février 2011

L'Arbre candélabre

Entre autres merveilleuses résolutions que je finirai bien par prendre (fût-ce bien après la saison des résolutions) et même par traduire en actions concrètes, 2011 (au moins en sa fin) devrait (et déjà je sens que la syntaxe de cette phrase qui en est à sa troisième (4ème) parenthèse ne sera pas seulement complexe, mais même carément solécistique (solécique ?)) me voir relancer des chantiers de traduction, et même de menus projets de recherche.

On ne se lasse jamais des rengaines du type qui voit le temps lui échapper, sur son clavier.

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Depuis hier soir, j'ai lu deux brefs romans de Sébastien Doubinsky. Il s'agit de tourner la page. I'm a great page turner, yet I'm not a book - who am I ? Tourner la page, et la saison des énigmes ne succède pas pour autant à celle des bonnes (ou merveilleuses) résolutions. Je me suis interrompu, afin d'écrire ce billet, dans la lecture du plus bref encore dernier texte paru de Sébastien Doubinsky, car le début du roman me met en mémoire trois choses :

  • le recueil fabuleux de Michael Ondaatje, et la communication pitoyable que je lui avais consacré en juin 2002 (2003 ?) lors d'un colloque de poésie à Paris-VII
  • les débuts de Début (Nathalie Quintane)
  • mon peu de souvenirs du Jutland, et plus généralement du Danemark (hormis livresque, peut-être) - j'ai visité le Danemark en famille à l'âge de treize ans

 

De fil en aiguille, je me pose plusieurs questions essentielles, cruciales, a matter of survival : que sont devenus Vic Moan et Fred de Fred ? Baule est-elle une commune plus attachante que La Baule ? quand penserai-je à remettre sur ma boîte à lettres une affichette interdisant le dépôt de prospectus ?

 

samedi, 01 janvier 2011

L'oiseau merveilleux, dans le formol

Ce sont des bocages. Tout se désagrège.

Rouges violents, j'imagine alors les carrés oculaires de Paul Klee. Mais cela n'a rien à voir ! Pourtant, l'hallucination persiste. Ce livre, comme d'autres, doit reprendre son envol. Alors, quoi ? les carrés, les formes vagues et aiguës, les trublions rigolos ? N'est-ce rien, tout cela  ? Vous ne dites rien, mais je lis des réponses hostiles sur vos lèvres.

Y a-t-il un bonheur ici-bas ?

mardi, 19 octobre 2010

Allées et venues

Rubans, hachures, visages, contreforts, flagrants délires rayés et zébrures infinies ---

Mots, vertèbres, coussinets de mammifères ---

Perte de temps à toute vitesse, et véloce à perte de vue ---

Chaînes, moyeux, essieux, délires en longues lignes ---

Taraudant l'oeil, verticales venues, allées en zigzag, de guingois, en fouillis, par chaos ---

Espèces de soliloques ---

Vie des fourmis, vie des ridules, vie des rideaux, vie des étoiles, vie des vivants ---

Grouillant, comme des monologues ---

Espaces fermés ouverts, allées et venues en chair et en huile, passions égales de mirliflores.

 

dimanche, 17 octobre 2010

Ler dla canpane

Non, vous ne m'aurez pas. Pas à ce jeu. Pas à chercher la petite bête : tu as cru pendant deux ans, stupidement, parce que tu n'avais pas réfléchi deux secondes, que dans le titre Mine Boy, le premier mot était un pronom possessif, archaïsme argotique pour my -- avant de comprendre, à peine le livre acheté à Oxford, la couverture orangée devant les yeux, qu'il s'agissait d'un roman prolétarien sur le monde de la mine, une sorte de Germinal africain (aussitôt les poncifs, tout aussi irréfléchis, pleuvent).

En page 27, c'est la Tordue...

La folle tordue ? Where have you stored shoved your gaydar ? ça ne m'amuse plus, tu penses...

Bref, vous ne m'aurez pas. Bref, tu auras écrit 128 fois "Bref" pour n'en plus finir, t'appesantir dans plus de deux mille billets, en cinq ans chrono c'est un long lustre, et allonger le pas, toujours, quand la ville s'endort. Vous ne m'aurez pas, et vous me verrez me tutoyer moi-même, ondoyer dans l'air en cendres, c'est le comble de la rustauderie, de la rusticité : a rustic => un péquenot ? un plouc ? un jacques ? (383, palindrome, tout ça juste pour "the rustics", et encore je n'ai pas regardé l'OED -- non, mais).

Ce qui donne, et le bon air vous va bien, que le Ciel vous bénisse et vous fasse le noeud le nez comme j'ai le trombone à coulisse la cuisse :

The next moment, in the plain dress of rough brownish cloth, which he always wore except upon state occasions, he followed the fool to the gate, where he found him talking through the wicket-grating to the rustics, who, having passed drawbridge and portcullises, of which neither the former had been raised nor the latter lowered for many years, now stood on the other side of the gate demanding admittance.

 

Tout de même, 383 ! On doit être bien, dans vos Eglogues. (Et dans tes étagères à mégot, hé, cafard ?!!?) Parlez-en à Martin Buber. Mehr Licht !

 

 

dimanche, 26 septembre 2010

Tout le monde s'entitre

Artur Barrio, 1987.jpgRéveillé en plein coeur de la nuit, tiré de l'insomnie même, cauchemardant des insolences, brûlé à vif par de souterraines terreurs, happé par le halo fragile de la lampe, croyant voir des goules ou les entendre, avec leur accent glaswegien à couper au couteau, il repose (ne repose pas : étouffe, s'offusque, halète) sur un matelas strié qui prendrait bientôt des allures de pluie violente s'il l'hallucinait, et redressé sent son coeur se soulever ; même les linges arrachés du buffet ne le consolent pas.

A-t-il trouvé le temps de se pencher sur l'innocence des formes noires ? A-t-il conçu quelque vaste (vague) projet de cycle romanesque en douze tomes (tous les titres devaient commencer par la syllabe RI - cela a fait chou blanc, long feu, it's petered out all right) ? A-t-il déployé ses regards jusqu'à la commode, puis la porte, jusqu'au buffet où dorment les couteaux ?

(On ne le saura pas.)

 

 

 

Artur Barrio (1945 - ). Sans titre, 1987.

lundi, 28 juin 2010

Ermitage en pays gluant

À chaque repas, il racontait avec enthousiasme ses promenades. Une odeur fade flottait en buée sous le plafond bas et sombre. Je la verrai toute ma vie. (A droite, bosquets à travers lesquels on aperçoit l'entrée.)

Après les premières foulées sur ce sol particulier, il raidit, en une retombée adroite, ses quatre jambes nerveuses et se mit à glisser, ainsi planté, sur ce sol gras, où ses sabots sans fer creusaient des rainures. J'avais une peur spéciale des courtilières qui ont un corps long [...] et deux antennes sur la tête, et qui jouissent dans le monde agricole d'une réputation détestable. (M. de Labrador, ambassadeur d'Espagne, homme fidèle, parle peu, se promène seul, pense beaucoup, ou ne pense point, ce que je ne sais démêler.)

(Le torrent se divisait en plusieurs ramifications, et son cours semblait se perdre dans la plaine.)

Sur la pierre du milieu, entre l'enfant et le vieillard, moisissait le corps d'un beau jeune homme déjà saisi par le violet de la mort. Ce masque qui semblait visqueux se modelait dans les reflets de la nuit. (Derrière lui ont disparu les hommes, les chevaux et la meute.)

 

 

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Si vous ne comprenez goutte à ce texte, il vous reste toujours les huit liens interactifs...

(Mais à qui je parle.)

vendredi, 25 juin 2010

Vache au nez subtil

Vache_au_nez_subtil_Dubuffet.jpg

 

 

Si je pouvais seulement tenir cette rubrique à jour chaque jour, si je pouvais me trouver nez à nez avec mes années, si le monde n'allait pas à vau-l'eau, si je ne cessais, dans l'obscurité du bureau, de confondre le signe ( avec le signe -, tout irait mieux, pensait-il après avoir justement (injustement, gauchement, maladroitement) écrit orait à la place d'irait. Les prières des saints ne coulent pas aux fontaines. J'aimerais que Margot, pour ça aussi, me réponde, que je ne sois pas contraint chaque jour à faire le pied de grue en l'attendant, tant et si bien que deux vieux et même une très jolie jeune femme ont fini par me demander "c'est combien ?" ! (J'explose.) Il pensait exploser, et disait j'explose, écrivait j'explose, n'explosait pas, continuait d'écrire... et le petit insecte quasi microscopique de trottiner toujours entre les lettres de l'écran et l'éclairage pas public. Tout joué au pif, j'ai vraiment eu le nez creux. Tout fait en cachette, j'ai somnolé, et pas pour rien. J'explose, écrit-il derechef.

 

lundi, 07 juin 2010

Cerises au fumeur

La rue Briçonnet faisait grise mine. L'école maternelle, non loin, bruissait de cris. (??)

Squelettes joviaux, gris aussi, grattés, comme d'amiante. (Tout de même, mon pauvre amiral, tu ne t'appliques pas. Tu déroches l'échelon, tu mets la main au pannetone, et à l'arrivée tu jubiles comme un aimant, pfffffffff...)

Votre monde ne me ressemble pas, ce que j'aime en lui -- en vous.

 

dimanche, 19 juillet 2009

Centon caennais

La Madone du futur.  ¤ Patti Smith, land 250. Canisy. Picasso et les maîtres. Qu'est-ce que l'art abstrait ?  ¤¤¤¤¤ Nous qui désirons sans fin. L'invention de la nature. Les Jardins. La porte des Larmes.  ¤¤¤¤¤¤¤¤¤ Emaux du Moyen-Âge occidental. Alfred Hitchcock.  ¤  Nouvelles du monde.  Adios. Chronique de la ville de pierre. ¤ Avec le temps. Léger. Walter Benjamin, une vie dans les textes. Entrée en matière. ¤¤¤¤¤ Les étoiles froides. Les cinq sens. Lipstick traces. L'hérétique. ¤¤¤ Journal. Jane Austen et le révérend. Avedon An Autobiography. ¤ Picasso et les maîtres.

mardi, 04 décembre 2007

Le Vieillard et la mer

Dans son étude passionnante, Jean Dubuffet et la fabrique du titre (CNRS Editions, 2006), Marianne Jakobi évoque les lectures du peintre, en précisant que de nombreux envois émanent des écrivains, d'éditeurs tels que Jean Paulhan ou André Dimanche, mais aussi de libraires :
Jacques Fourcade, libraire rue de Rennes, lui fait lire Le Vieil homme et la mer d'Hemingway (qu'il intitule dans son cahier de notes de lecture Le Vieillard et la mer, erreur inattendue de transcription chez un lecteur si sourcilleux de précision.)
(Jakobi, p. 153)


Par un ultime tour d'écrou, on pourrait faire remarquer à Marianne Jakobi que c'est justement là un élément de re-création titrologique (pour reprendre la formule), mais aussi que la dyade vieil homme / vieillard se retrouve, sous sa plume, dans la confusion soucieux / sourcilleux !

samedi, 01 décembre 2007

L’égaré

C’est un timbre de l’année 1985, peut-être ma première approche – mon premier souvenir de Dubuffet. En 1985, on m’a offert mon premier “Pléiade”, le tome 1 des œuvres d’Eluard, avec le poème pour « Monsieur Dubuffet », mais je doute de m’être beaucoup renseigné sur le peintre à cette occasion-là. 60c5295ec6d0ba6447a296c5504a754d.jpg(De plus, en y songeant bien, je me dis que le poème en question doit se trouver dans le tome 2, qui couvre les années 1945 à 1953.)

Aujourd’hui, cette image mélancolique quoique chargée d’une joie profonde suggère le plaisir que j’éprouve toujours à lire – et à traduire, si tant est qu’un éditeur un jour veuille bien de ma proposition de traduction de The Witch Herbalist of the Remote Town – les romans d’Amos Tutuola. En se perdant, en s’égarant, en suivant le flot (comme pour Saint-Simon) ou les ressassements (comme avec Thomas Bernhard), on signe sa propre lecture, son oubli profond, sa terrible reconnaissance, sa vraie jouissance.

vendredi, 30 novembre 2007

Parachiffre XLIX

    Quarante-neuf rues où s’abîmer en rêveries. Quanrante-neuf plongées dans les abîmes de la nuit. Quarante-neuf secondes pour voir d’un seul coup apparaître la phrase précédente à l’écran, de longtemps tapée (quarante-neuf secondes). Quarante-neuf mots alignés pour servir de parade nuptiale au bleu gris. Quarante-neuf visages perdus dans les décombres d’une mémoire inutile, blasée. Quarante-neuf stratagèmes d’écriture qu’on ne comprend pas soi-même en se relisant sept semaines plus tard. Quarante-neuf oursons à la gomme, de couleurs vives et diverses, ornaient ce matin le trottoir (ça change des merdes de chien). Quarante-neuf sourires nous ont adouci le réveil, avec ta main que je serre doucement dans la mienne. Quarante-neuf trottoirs à pleurer des diamants. Quarante-neuf tartines griffonnées, sans ce gris bleu je ne suis rien.

lundi, 26 novembre 2007

Banque des équivoques

C'est rigolo d'avoir des 7, c'est rigolo d'avoir des 8.

Des 97 zones hachurées de rouge, seules quelques-unes peuvent être, avec quelque légitimité, qualifiées d'enclaves. Les sept fragments de nuit qui attendent que les yeux se ferment, de fatigue, pour envahir le tableau ont tout de voies sans issue. Ce que l'on voit au fond des puits quand on se penche ensuite.

 

Mon fils aîné est fou de batailles, et pas seulement chevaleresques.

Bien entendu, un bonhomme de neige déguisé en banquier se dissimule dans le paysage, avec les filles des pommes de terre, effilochées, qui attendent que les yeux se ferment pour en prendre de la graine. La neige gagne ces espaces à grands coups de canon, à grands renforts d'apéritifs raffinés. Ce que l'on voit au fronton des mairies quand on rêve de forêt vierge.

 

On attend de voir le dessous de jugeotte.

dimanche, 25 novembre 2007

Métro

Trois dames à tricorne napoléonien croisent des mains pareilles à des tentacules. Trois dames à voilettes vertes de dimensions différentes, et dont les visages se vêtent de reflets, nous regardent sans sembler savoir qu'elles ont des voisines. La plus timide est la muette. La plus audacieuse est la moins belle. La plus douce est embarrassée par ses quilles.

Rauchen verboten.

Un carrousel au fond inaugure l'espace.

vendredi, 23 novembre 2007

L'Instant propice

Amplement temps reprendre chantier. Un peu de rouge dans la titraille [...] n'aurait peut-être pas été mauvais.* C'est toujours l'instant propice, et ce n'est jamais le bon moment.** Que dans ces parages les hachures zébrées de vermillon tiraillent à hue et à dia, c'est beaucoup pour le regard, et c'est peu demander au peintre. Savez-vous que deux étudiantes qui font partie du comité de blocage du site des Tanneurs ont clairement dit l'autre jour qu'elles trouvaient que la "culture" n'avait pas "sa place à l'université" ? (N'esayez pas de leur expliquer que ce sont des idées d'extrême-droite : ils ont décidé une bonne fois pour toutes que le facho, c'était vous.)

Enfin bref amplement temps reprendre chantier. J'ai traîné, j'ai perdu du temps, je ne me suis pas assez botté les fesses.*** Alors la milice m'envoie ces quatre drilles joyeux et colorés se dandinant comme des ectoplasmes aux corps mordus et dont l'un a deux têtes, et je pense soudain que c'est la milice des écrivains, alors que je n'ai pas bu le calice, et je pense soudain que c'est la milice du macadam, alors que je n'ai pas ouvert la boîte de Pandore, et je pense soudain qu'il suffit d'écouter Off Minor et Epistrophy en se fermant au bruit du monde, alors que le vent se lève, la pluie déchante, que se passe-t-il ?

 

* et *** Corée l'absente, p. 117 et 113.

** Celui qui marche devant, 3ème strophe.

mercredi, 21 novembre 2007

Araucaria à la dérive

Aucun des quatre billets publiés le 21 novembre 2006 n'a reçu de commentaire : il y a des jours où même les quarterons n'attirent pas les foules.

Ce matin, dans l'ouvrage d'entraînement à la version et au commentaire de traduction de Sébastien Salbayre et Nathalie Vincent-Arnaud, j'ai lu un texte dElizabeth Jane Howard, extrait de son roman Confusion (que je ne connaissais pas) et où se trouvait l'expression monkey puzzle, que je ne connaissais pas non plus et qui désigne, semble-t-il, l'araucaria.

Le soleil a fini par se lever, le feignant des bureaux d'obsèques. (Cette apodose ferait, pour Bruno Schulz, un bon titre. Jean Dubuffet me souffle que c'est l'essentiel, quoique je sache désormais que je dois me méfier de ses dires, et plus encore de ses pinceaux ou de son fil à tailler le polystyrène.)

Dans The Drift Latitudes, le fils de Rachel saute sur une mine. (C. n'a pas aimé la troisième partie ; je me tâte.)

 

......... où Villandry signe blanc .........

 

lundi, 29 octobre 2007

Lit de débris au pied du mur.

Des papillons s'envolent. Des éclats ! Une odeur enfermée des jours durant à moisir. Des pavillons s'enroulent. Des éclats ! Une odeur enferrée des jours de rang à moisir. Papillons s'envolent. Les éclats ! Un rôdeur enfermé dans les fours d'aciérie à brûler. Des papilles s'emballent. Des éclats ! Une saveur retenue des jours durant à mordre. Des papillons s'envolent. Des papillons s'envolent ! Des papillons s'envolent. Papillons. Des papillons s'envolent. S'en vont. Vont. Des papillons s'envolent. Des papiers. Papillons s'envolent. Des papillons s'envolent. S'envolent. S'en veulent de voler. Des papillons s'envolent. Des éclats !

dimanche, 28 octobre 2007

Le Voyageur à la pelisse

C'est long et large délavé comme cancéreux.

Dans ce paysage informe ce sont les flaques d'eau que l'on cherche à éviter, mais qui nous absorbent, comme Bob.

Sur la toile de ce paysage ce sont les mares qui.

Sur la toile de ce paysage ce sont les bavures qui portent des pics, tracent des aspérités.

Comme l'eau se fait pierreuse, à l'océan.

Comme le sable troue l'étendue, dans le long manteau de brume.

Ce sont les mares qui. Ce sont les noms des mots. Ce sont les mots des morts. Ce sont les morts qui.

À la découpure horizontale de la chaîne de montagnes, on voit passer, délavée cancéreuse, la silhouette lourde quoique décharnée du voyageur à la pelisse.

Des averses vermillon ou roses qui.

On se récite des poèmes.

On se fend d'une prose de temps à autre, pour pleurer mieux.

Qui marquent de leur empreinte la silhouette bientôt fanée du voyageur à la pelisse. 

 

mercredi, 24 octobre 2007

L'autobus, 15 mars 1961

Ils sont quatorze, comme les vers d'un sonnet, et presque comme eux disposés : le chauffeur et le passager debout forment une sorte de distique final écartelé, tandis que, six de chaque côté, les figures hâves et déconcertées des autres voyageurs inventent de nouvelles tortures pour les quatrains.

 En rouge brun :    EAU MINE

RALE

GRANDE SOURCE

 

Le cerceau à barres bien en main, le conducteur emporte tout ce beau monde vers l'Opéra, dont, dans le bruit des moteurs, la cohue des voix, le tohu-bohu des aisselles, tout le monde (il faut bien l'écrire) se contrefout. Hagards, les regards s'élèvent déjà vers le pinacle, mais comme en dedans : d'allure, ces visages regardent fixement le vide face à eux. Les roues s'enfoncent dans les flaques de boue.

On ne peut pas imaginer que cette momie figée debout que l'on voit infiniment se tortiller pourra s'extirper à temps de l'autobus.

dimanche, 21 octobre 2007

Mondanité XXVIII

Vous savez bien, c'était à ce mariage, cette noce. À ce banquet où les gosses ne pouvaient pas s'endormir.

La famille du marié avait joué une parodie du Parrain, à laquelle le père s'était prêté de bon coeur, endossant l'habit du chef de famille mafieuse. Les frères et la soeur de la mariée avaient aligné quelques anecdotes soi-disant gênantes sur l'épousée du jour. Il y avait eu d'autres saynètes. À chaque fois, on demandait l'attention des convives. Disons que certaines étaient plus réussies que d'autres, et ça passait toujours le temps entre les plats.

Au moment du bal, ce fut un déchaînement d'harmonies gestuelles. Les soupeurs d'avant minuit, subitement transformés en citrouilles, prenaient des mines éberluées, empruntaient des attitudes interloquées, et tout ce beau monde valsa, puis pasodobla puis rockaya vaguement sur Partenaire particulier.

Dans un coin, un enfant épluchait le catalogue jouets de la Grande Récré.

Il y avait des conversations privées, et des chuchotements suivis de fous rires dont on pouvait imaginer que les vins, tout autant que la figure hideuse d'un monsieur assis non loin, les avaient provoqués. La syntaxe se perdait dans les falbalas des danseuses accoutrées et les flonflons à deux sous. Tous ces gens aux traits marqués noirs imbriquaient leurs visages les uns dans les autres et se perdaient dans les lueurs rouges des spots. La grande salle explosait de foule peut-être imbibée.

On dansait, autant dire.

vendredi, 19 octobre 2007

J.D. sculpte au fil chaud un bloc de polystyrène

La photo se trouve partout, ou presque ; dans presque chaque ouvrage consacré à Dubuffet on la trouve. Le long visage au crâne entièrement lisse médite attentivement, les lèvres pincées, fumerolles en vol devant le front, sur le geste suivant. La prise de la main droite sur l'équerre est sûre, que l'on devine dénuée de tremblements. Ce n'est pas le lieu des atermoiements.

Sur le bloc se lisent les traces laissées, comme d'un marbre déjà buriné, par les premiers passages du fil. L'une est un début de crevasse. D'autres ont dessiné, sur la base inférieure, des pentes neigeuses qui ne manquent pas de suggérer quelque combe heureuse.

Les chutes, au sol, sont des crachats, ou des albatros morts, à tout jamais au repos. (Ce sont des chutes de polystyrène, à faire pâlir tous les Rorschach.)

Le texte aussi respire, façon bruine.

Par les errements que le fil a connus, on devinera aussi la destination du bloc, son potentiel figuratif, mais jamais au point de savoir si ces chutes ont permis l'éclosion de l'Accueillant, du Bel costumé, de Papa la cravate, ou d'un autre encore. De même, ils sont nombreux, qui ont décliné les variations possibles du substantif hourloupe... mais qui a perçu la poule rousse, ou son chant enfantin, au sein de cet enchevêtrement proliférant ?

jeudi, 18 octobre 2007

Pianiste

Son corps coloquinte est pareil à la fovéa qui me dilate l'oeil. Des traits dans la brume, pas de train en vue, le pianiste joue. Si les quais déserts soudain se sont remplis d'ectoplasmes, ce sont les mouchetures qui décorent la portée. La tête de travers, je ne me rappelle presque rien des détails, sauf que dans ce rêve encore tout est détail, même le profil de travers devant les portées de notes, les doigts démesurés graciles et le corps coloquinte, paareil à la fovéa qui me dilate l'oeil. On a suggéré une autre répartition des mouchetures sur la page, d'autres possibilités de chiner parmi la poussière du bric-à-brac, mais c'est revenir aux mouchetures, leur à-propos, leur aplomb, l'appétit que nous avons d'elles (que j'ai d'elles (que j'ai d'ailes)). Icare seul laissé sur le quai voit s'éloigner les signaux sonores.

 

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Repris de justesse, regard de raccroc : la toison émincée ressemble aux masques boules de Derain. Cela que je n'avais pas vu saute aux yeux. Il y a aussi le fil de fer qui soutient le tabouret du pianiste. Maintenant je me demande pourquoi (ou je fais mine de) j'ai parlé de bric-à-brac, ce qui revient toujours au fouillis de vieilles vieilleries, en partie identifié.

mercredi, 17 octobre 2007

Solario (portrait)

Je veux un jour descendre les marches, l’une après l’autre – sans me presser, esquiver mes responsabilités ni fuir mes fautes – et découvrir, dans une cave sans lumière, l’Arlequin solaire. Je veux consoler ses regards apeurés de pierrot triste, dynamiter sa légende et rapiécer un peu mieux les pendeloques de son costume. Ses guenilles pleurent dans la nuit bleue, et je veux, sans tible ni tenora, trouver le chemin des arènes où depuis des temps infinis il gît enfermé, à croupir dans la lueur violente de sa peau. À force de se triturer les joues, il pense être vêtu d’un masque. À force de se passer la main dans les cheveux, il se croit affublé de trois bérets empilés l’un sur l’autre, sinistres galurins. À force de se gratter sous ses guenilles, il ne sait plus où il est. Je veux un jour – ou une nuit, qu’importe – descendre les marches précautionneusement et aller délivrer de sa cellule l’Arlequin solaire.

lundi, 15 octobre 2007

Le Vif argent

Ce fumeur de pipes collectionne les tableaux. Derrière lui, pourtant, on trouve plutôt, accrochés aux murs, divers diplômes et titres. Il se gratte la boudine d'un air circonspect.

Sans doute est-il possible d'imaginer - à condition d'avoir bu au préalable, plusieurs verres d'alcool en sa compagnie - d'autres usages possibles pour ces tableaux et diplômes : livres de comptes, lettres de maîtresses éplorées, photos des enfants à divers âges de l'enfance, morceaux de chandail et de veston arrachés à ses ennemis,  cure-dents posés sur la table, lorgnons volés à des antiquaires, pédaliers de vainqueurs du Paris-Tours...

dimanche, 14 octobre 2007

La Marche du ciel gris qui passe

À peine sortis du berceau, les voilà des vieillards. /Vous saurez que ce texte est de prime importance pour moi./ Ils ont des faces en dents de scie, peut-être aussi le moral en berne. /Il germe depuis tant de jours dans la pénombre que je devais l'écrire à la double bougie./ Ces quatre figures brunes barbouillées se suivent en file indienne, et, comme ce sont surtout leurs profils d'égoïnes qui me hantent, j'imagine que le sol est râpeux sous leurs pas. Le premier a l'air insouciant plus que joyeux, tandis que le dernier de la ligne, doigts tendus, fiché en glaise, lève vers le ciel son visage hébété. /On dirait plutôt que celui qui le précède est ahuri, ou en train de remuer de basses pensées : je n'ai pas fermé les volets métalliques du salon avant de partir, quel est le code de mon coffre-fort, oh la vilaine limace.../ Ce genre de trapèze écru auquel cet ahuri s'accroche pour ne pas tomber tête la première dans la boue, est-ce cela, l'espace ? on dirait plutôt un mouton caché dans la brume. /Seul compte le sol, la terre, d'où émergent tant et plus de taupinières./ Vous avez gratté des signatures, écorché des voyelles. Alors, celui dont il n'est jamais question, le second du meneur, se rappelant soudain où il a posé sa bicyclette, se fige pour supplier votre regard de lui donner enfin forme et existence. /Vous saurez que je compte, pour cela, infiniment sur vous./

samedi, 13 octobre 2007

9840 cauchemars (tant et plus)

Le 12.

 

Imaginez qu’il y aurait, qu’il pourrait y avoir 9840 textes, et même qu’à partir des titres alternatifs non retenus, on pourrait écrire plus de dix mille textes, lesquels, même à supposer qu’ils fussent brefs, composeraient au bas mot un corpus de deux ou trois mille pages. Or, si, en deux ans et demi, je suis parvenu à écrire – en ne tenant compte que de mes deux carnétoiles ou blogs principaux – un peu plus de trois mille textes sur des sujets divers – en me donnant la liberté de baguenauder, de bayer aux corneilles, de prendre tel chemin de traverse –, il faudrait donc, au minimum et en suivant ma méthode passée des sauts et gambades, voire des abandons ou des lassitudes temporaires, peut-être douze ou quinze ans pour venir à bout de ce texte dont j’ai commencé il y a quelques jours l’écriture et qui s’intitule Un fouillis de vieilles vieilleries.

D’aucune manière je ne sais si je renoncerai. (Pourquoi l’image du roncier m’obsède-t-elle ces temps-ci ? Ai-je rêvé de ronces ?)

 

*

 



Le 13.


 

Mes heures nocturnes furent lourdes de La Femme des sables. Le long rêve final qui me cueillit, me retourna en tous sens, me tourneboula à l’aurore, était une transposition de ce récit piégé que j’ai dû, pris par le sommeil, interrompre hier soir à un moment crucial. Terré dans un trou d’où il a chassé un chien errant, le protagoniste est en train de s’enfuir après s’être encordé. Dans mon rêve, j’étais prisonnier sur la planète Mars, dans un garage de guimbardes bousillées, à ne pouvoir prendre l’ascenseur-fusée susceptible de me libérer du cauchemar.

vendredi, 12 octobre 2007

Chat botté

... while ... 

Une part non négligeable de mon enfance s'est passée à admirer les volets rouge sang du Sarraillot.

... while you were conquering America ...

Ici, dans une mare de pétrole gluante, un ectoplasme se déplace gracilement.

... you're still conquering America ...

Soleil rouge écrasé violacé, tu te dégonfles... c'est ça ?

... while you were conquering America ...

Le corps du géant se décline en lambeaux de ciel, tentacules de glaise, bribes de phraséologie.

... you're still conquering America ...

Si vous laissez parler la voie lactée, elle vous dira qu'étoile filante vous vîtes passer, lourdaud, le Chat botté.

 

 

(Merci quand même à Kafka, Tracy et Jean D.)

jeudi, 11 octobre 2007

La Montagne aux Ravines

Le ciel est un terrible littoral, sans que l'on sache si cette pâte rougeoyante recèle de meurtrières baïnes ou si les enfants y gagneront le large, avirons repliés, fous de Bassan à la dérive. On trouve des fils comme des fibrilles pris dans la végétation, à moins que ce ne soient des algues tressées, des filets où se sont englués des saumons agonisants, saignants, bouche bée. (J'essaie de retrouver la première impression, la vision d'une mare de sang, Marnie obsédée ou nez mal cautérisé qui ne cesse de s'écouler dans un lavabo, sans nulle aide du savon âcre à l'odeur de citron chimique, comme si aussi une vague, une lame rouge venait, comme une gueule, s'emparer du radeau rampant sur les rouleaux.) Après maints passages sur les rotatives, après essais d'infructueuses litotes, après embardées par de chimériques Rialto, l'évidence est rompue : le ciel est un terrible littoral.

mercredi, 10 octobre 2007

L'Âne égaré

                              "Ce qu'on appelle communément philosophie est de l'art piétinant, de la pâte d'art qui n'a pas levé." (Dubuffet. Prospectus II, p. 34)

 

Que faites-vous là haut,

Dame au fruste manteau ?

Peut-être que la crête

À ce point vous arrête

Que le regard bientôt

- La patte comme emplâtre -

Fixe la feuille prête

À recuire jaunâtre,

Le ciel pour écriteau

Que la terre regrette.

 

 

 

"... l'incision ne permettant pratiquement pas de repentir." (Laurent Danchin. Jean Dubuffet. Paris : Terrail, 2001, p. 65)

Le Voyageur sans boussole

Cinquante-cinq plus tard, on dirait une de ces photographies de la Terre par satellite, un de ces clichés trouvés, à force de persévérance, sur Google Earth, et où l'on reconnaît avec peine, dans leur familière étrangeté, des lieux où l'on passe si souvent.

Ces stries, ces crevasses, ces chemins qui ne mènent nulle part, cette ligne de démarcation (ou de flottaison) qui distingue la lourde pâte brune du fin réseau ocre irisé de graffiti, sont come autant de signaux de brume. Le regard s'y perd, et les yeux s'y enfoncent, comme dans les trames d'un typon complexe. Est-ce vraiment une carte, ou une tôle explosée ? Pourrons-nous retrouver, dans ces incisions, ces hachures, le chemin instinctif ? Il y a fort à parier que le sable nous engloutira avant que nous ayons pu réussir, ou qu'il s'étendra, comme une nappe d'huile, à ronger nos forces, à rogner le désert de bitume.

(Il se peut qu'ici la lecture de La Femme des sables m'influence.)

mardi, 09 octobre 2007

Scène de chasse

Comme jamais auparavant, je m'intéresse de près au travail de Jean Dubuffet, qui, outre la prodigieuse diversité de son oeuvre peint et sculpté (sans compter, je suppose, des architectures controversées), fut un écrivain non dénué d'intérêt. Comme j'écoutais une cantate de Bach - une de mes préférées, Vergnügte Ruh (ah, l'aria finale, Mir ekelt mehr zu leben (Il me répugne de vivre encore)) - je me disais que ce n'était pas nécessairement l'accompagnement musical le plus propice à cette rêverie attentive nourrie d'images et de textes, et me suis enfoncé dans une rêverie plus profonde encore sur les correspondances possibles entre telle facette de l'artiste et tel compositeur, ou sur le terreau fertile que constitueraient des choix discrépants (au sens I.I.), tant et si bien que je dois enfin prendre à bras-le-corps cette envie d'écrire, décrire, à ne rien souscrire.

 

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Rêverie attentive : dans une forêt d'ombres, frondaisons en dégoulinures, envols de passereaux et reptations de bruns insectes minuscules, un lascar hachuré suit la piste pareille à une échelle de corde, mais comme tracée au sol pourtant, pour faire face à l'animal massif (sanglier de corpulence, cerf par les bois, lion par la dégaine), lui-même parvenu au terme d'une longue errance et, désemparé, hébété, prêt toutefois à charger, sous le regard curieux d'un saint-esprit en retrait, arbre ou statue, du feu dont on fait les curées.

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