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samedi, 19 novembre 2016

Solutions finales

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Tout d'abord, le contexte de ce “dialogue” sur Facebook : un ami commun a posté la couverture de Valeurs actuelles, avec une photographie de Philippe de Villiers et la citation « Ma France sans l'islam ».

 

Il va sans dire — mais peut-être plus rien ne va-t-il sans le dire — que je honnis Villiers et son islamophobie, mais doit-on forcément, par un retour de balancier, prôner d'autres discriminations ? Que Philippe de Villiers énonce des propos scandaleux, j'y suis habitué. Qu'une universitaire apparemment spécialiste de sciences humaines puisse écrire sans sourciller, en commentaire d'un billet public sur un réseau social, qu'il faudrait exterminer une partie de l'humanité sur la base de sa couleur de peau et de son sexe, je n'y suis pas habitué. Il n'est pas rassurant de voir que, face à la montée des racismes et des communautarismes haineux, une collègue (sa page FB explique qu'elle travaille à l'Université Toulouse-Jean-Jaurès) est capable de prôner, comme solution des problèmes de la France (ou des États-Unis, on ne sait pas trop), l'élimination des hommes blancs.

mercredi, 16 novembre 2016

Distiques ribéryens culinaires (retrouvés)

16 novembre 2012

Je n'a pas comprendu comment que la salive

Dégoulinur bien dur si on mordur l'endive.

 

Hugo golri me faisit croire on dit 'endaïve"

Comme Parme Ritals qu'avons partu en live.

 

Bogoss trop Valencienne où nous dire "chicon"

Si que César aussi franchu le Rubicon.

 

Virginia que laïker distique remontant

Où ai-je dur de chantir pas Yves Montant.

 

On est ras-le-crampon de Guillaume Cingale

Et tripote internat qu'alors qu'on a la gale.

 

Connaissance des buuz

Moi (à mon épouse) — Alors, à l'épicerie mongole, j'ai pris aussi ça pour ce soir, ce sont des sortes de raviolis au bœuf avec du chou chinois. Des buuz.

Oméga — Ah oui, des buuz, c'est le repas traditionnel pour le Nouvel An mongol...

Moi, interloqué — Hé ? quoi ? comment tu sais ça ?

Oméga — C'est dans Geronimo Stilton. Ça s'écrit b, u, u, z...

 

dimanche, 13 novembre 2016

De Donald Trump, et des encyclopédies

Je viens de dénicher encore un très bon exemple pour mon cours de documentation sur les encyclopédies, dans lequel je démontre notamment que :

1. la Wikipedia, anglophone mais pas seulement, est un outil d'approfondissement et de connaissance souvent plus fiable que bien des sources “autorisées” *

2. les encyclopédies “classiques” doivent faire l'objet d'un regard aussi critique que ce qui se trouve sur le Web

 

L'exemple ?

Il s'agit de l'article “Donald Trump” de l'Universalis en ligne (accessible seulement aux abonnés, donc gratuite pour tous nos étudiants via leur ENT).

Cet article en français, dont l'auteur est pourtant un éminent américaniste (vice-président du jury d'agrégation, crois-je savoir), comporte plusieurs énoncés non neutres, plusieurs erreurs rédactionnelles, et surtout des faits non avérés, ou discutables. Par exemple, l'auteur reprend comme une évidence ce que plusieurs instituts de statistique ou politologiques contestent, à savoir que Trump a été élu en parvenant « à mobiliser largement les abstentionnistes de son socle électoral, majoritairement les Blancs non diplômés de l’enseignement supérieur ».

Sur WP, un tel article se verrait immédiatement apposer un ou plusieurs bandeaux d'avertissement : neutralité, nécessité de citer les sources etc. Sur l'Encyclopédie Universalis, le vénérable professeur d'histoire américaine est libre de signer son nom un article contenant plusieurs approximations, et, je le suppose, de dire — comme tant de collègues qui n'ont jamais regardé de près la Wikipedia et son fonctionnement — du mal de Wikipedia !

 

* Ce que j'essaie de montrer dans ce cours, en expliquant le fonctionnement des bandeaux, le système de recherche dans l'historique, le système de vote collectif pour améliorer ou supprimer des articles, c'est que le fait que tout le monde puisse être auteur ne se fait pas au détriment de la qualité. (Au contraire, même : la WP est actuellement l'outil encyclopédique le plus complet et le mieux écrit, en anglais notamment.)

La majorité de nos collègues en sont restés à l'époque des débuts, vers 2004, où on pouvait écrire n'importe quoi et où ça restait en ligne pendant des semaines. Cela est nettement moins vrai de nos collègues anglophones, qui, depuis très longtemps, participent activement aux portails des domaines dont ils sont spécialistes.

En France, quand apparaît un outil formidable mais bouleversant les codes, on préfère cracher dans la soupe plutôt que de participer à l'améliorer. L'exemple plus frappant, dans cette histoire des rapports de frilosité des élites intellectuelles françaises vis-à-vis du numérique, restera pour moi cette baderne de Fumaroli fustigeant le Projet Gutenberg et Google Books en vantant les mérites de Gallica, qui était, à l'époque, cent fois moins complet et surtout cent fois moins pratique que Gutenberg ou Wikisource. Depuis, d'ailleurs, Gallica s'est considérablement améliorée... en se gutenbergisant.

jeudi, 10 novembre 2016

Work with — Bernie Sanders “collabo” ?

Je me suis — difficilement — retenu d'archiver ici hier les différentes brèves de comptoir dont j'ai abreuvé mon mur Facebook sur l'élection — grave, prévisible, tragique — de Donald Trump à la présidence des États-Unis...

Aujourd'hui, j'interviens sur un point qui n'est pas de détail, mais qui relève au moins de mes compétences officielles, la langue anglaise.

 

Bernie Sanders, sénateur et candidat battu à la primaire démocrate, a publié ce matin le communiqué suivant :

 

Donald Trump tapped into the anger of a declining middle class that is sick and tired of establishment economics, establishment politics and the establishment media. People are tired of working longer hours for lower wages, of seeing decent paying jobs go to China and other low-wage countries, of billionaires not paying any federal income taxes and of not being able to afford a college education for their kids - all while the very rich become much richer.

To the degree that Mr. Trump is serious about pursuing policies that improve the lives of working families in this country, I and other progressives are prepared to work with him. To the degree that he pursues racist, sexist, xenophobic and anti-environment policies, we will vigorously oppose him.

 

Les médias français de reprendre cela, pour la majorité d'entre eux, sous des titres aussi vendeurs que partiels et faux : Bernie Sanders prêt à travailler avec Donald Trump.

“Work with” ne signifie ni collaborer, ni travailler pour. Dans 4 cas sur 5, pour ce qui relève des structures verbales en tout cas, il ne faut pas traduire with par avec de l'anglais au français. Ici, ça veut dire que Bernie Sanders, comme d'autres “progressistes”, est prêt à soutenir des décisions ou des projets politiques au coup à coup.

C'est un peu le genre de discours pragmatique qu'on connaît aux centristes français honnêtes (et j'espère ne pas commettre, en écrivant cela, un double oxymore).

Donc, le raccourci saisissant qui consiste à renvoyer dos à dos populistes xénophobes et “progressistes”, justement, ou — en France — la droite extrême (qui ne propose que des mesures visant à l'appauvrissement du plus grand nombre) et la gauche dite “radicale” n'est qu'un tour de passe-passe sémantique des plus dégueulasses, ainsi qu'une manipulation de l'ordre de celles qui consistaient à annoncer à l'avance la défaite du Brexit et la victoire de Hillary Clinton.

Pour ma part, n'aimant pas la politique du pire ni la stratégie de la terre brûlée (métaphore qui prend un sens encore plus fort face à un ”ticket” créationniste et climato-sceptique), je souhaite vivement que des gens comme Bernie Sanders parviennent à infléchir le cours de l'histoire en incitant Trump à appliquer surtout les points les moins dévastateurs de son programme de clown assassin.

mercredi, 09 novembre 2016

Retour aux fondamentaux

Oméga (découvrant les cartes Adrenalyn qu'il vient de s'acheter) — Ah tiens, papa, j'ai Benoît Pedretti, c'est une carte crack.
 
Son père (triant ses mails pro, ton blasé) — Non, mais Pedretti ce n'est pas un crack, il est nullissime.
 
Oméga (qui n'a jamais vu jouer Nancy) — C'est un crack, je te dis, c'est un des top joueurs de Nancy.
 
Son père (sottement lorrainophone, car il n'a guère vu jouer Nancy non plus) — Dis donc, si c'est ça leurs cracks, je ne veux pas voir la tronche des chèvres à Nancy.

mardi, 08 novembre 2016

Tell It Like It Is

L'article ci-après du Daily Mash, très drôle comme toujours et illustré d'une photographie hallucinante de Nigel Farage, pose, dans son titre et ses deux premières phrases, des difficultés de traduction particulières.

 

People who tell it like it is actually telling it like it isn’t

PEOPLE who express themselves in plain, simple terms are invariably wrong, it has emerged.

Researchers found those who are credited with ‘no-nonsense’ views are, in fact, espousing ‘yes-nonsense’ views.

 

Professor Henry Brubaker, from the Institute for Studies, said, “In East Yorkshire, for example, we found that an area claimed by ‘straight talkers’ to be overrun by immigrants turned out to be sparsely populated but with a vital cornershop owned by an Asian couple.”

The Institute also studied BBC schedules for signs of ‘rampant liberal bias’ but found it was mostly programmes about baking, dancing and John Craven standing in a field.

Meanwhile, a survey of so-called ‘pro-cycling fascists’ found no evidence of National Socialism or any plans for the mass oppression of non-cyclists.

Brubaker added: “Overall, we found those ‘telling it like it is’ were parroting something Nigel Farage said based on something Richard Littlejohn wrote for the Daily Mail based on something he heard from a bloke in a van.”

 

Les difficultés consistent surtout à traduire les effets de symétrie et d'antithèse du titre et de la deuxième phrase, laquelle invente en outre un néologisme absurde, yes-nonsense views.

Une traduction qui me semble pertinente pour traduire tell it like it is en français, dans la plupart des contextes, est « dire sans détours ». Toutefois, la nécessité de traduire la saillie drolatique tell it like it isn't interdit ce choix : dire avec détours ne constitue pas une bonne vanne, simplement une traduction plaquée. J'ai donc songé à partir d'un autre cliché de langue de bois, la vérité vraie, pour traduire le titre :

 

People who tell it like it is actually telling it like it isn’t. → En fait, ceux qui disent la vérité vraie assènent des vérités fausses.

 

On pourrait réfléchir à d'autres clichés, selon l'antienne qui paraît la plus horripilante : ceux qui disent “ne pas se cacher derrière leur petit doigt” se cachent derrière leur petit doigt, ceux qui répètent qu'“on ne va pas se mentir” passent en réalité leur temps à mentir. Etc.

Pour l'expression yes-nonsense views, il faut s'interroger sur la traduction de no-nonsense views : des opinions pleines de bon sens ? de sens commun ? des opinions limpides ? Quel que soit le choix, il faut se servir de l'expression de départ pour établir une symétrie et conserver l'effet humoristique :

des opinions pleines de bon sens → des opinions pleines de non-sens

des opinions qui s'appuient sur le sens commun → des opinions qui n'ont pas le sens commun

des opinions limpides → des opinions stupides

 

Pour renouer avec le robot

Le 21 décembre 2014, à 6 h 31 du matin, j'écrivais ceci sur Facebook, avant de me lancer dans de maigres — et très short-lived — publications de textes robotiques ici même, ce que vient de me rappeler, façon ping-pong, la rédaction du billet du jour dans Untung-untung :

On ne va pas se quitter sur des mots de robot, tout de même. Et puis le robot, il faut l'alimenter. (Les mots de robot, ce sont mes mots. Le robot compose des textes ou des blocs.)

Ce petit logiciel rigolo (mon fils aîné était plié de rire hier soir à un bon quart des textes bricolés par whatwouldisay) sert de structure générative (abstraite mais pas seulement), fait ressortir des bribes enfouies (appel à la mémoire des milliers de moments répertoriés ou créés sur Facebook), enfin enseigne ce que cela signifie d'avoir un robot à sa disposition et comment la possibilité technique, encore une fois, configure l'écriture.

Là, par exemple, suis obligé de faire bien abstraction, de me lancer phrase après phrase dans ma réflexion pour oublier que tous ces fragments de phrases, tel ou tel mot, se retrouveront plus tard, mêlés aléatoirement à d'autres, à une portée de clic.

Volonté de penser le réagencement, donc faire le partage entre blocs de texte tels quels et la possibilité de recoller, mettre ensemble. Par exemple, est-il possible de composer un sonnet régulier avec des bribes de textes robotiques sans les retoucher ? et, si oui, combien de fragments faut-il faire générer au logiciel avant d'avoir la matière du sonnet ? un tel sonnet prendra peut-être 50 fois plus de temps à composer qu'un sonnet normal.

Bref — pourquoi écris-je tout ça ici ? je me suis espalasé, ça irait mieux au blog.

lundi, 07 novembre 2016

Trois distiques de 2013, 2014, 2015.

On est le mal ventre à demandont trop du rab,

La mer de Trenet en anglais dans le kebab.

 

10169263_10203761432970184_2365830431516758743_n.jpgOn a dur d'être soif (es hat Schwer ich bin durst)

Le mec de Nabilla c'étut Conchita Wurst.

 

 

On a appétissant le rôti la poularde

Et miam le saumon frais en croûte de moutarde.

dimanche, 06 novembre 2016

Saints rares du 6 novembre

6.XI.2013

Un censeur ronchon, Callinique,

Trouve ma poésie inique.

— C'était compter sans Galle,

Qui défendit Cingalle

En lui disant : « Je ti nique ! »

 

Un sublime éphèbe, Efflam,

Trouve tout trop “swag et glam”.

Un jour, mis au défi

D'un très classieux selfi,

Il se fit, c'est bien tliste, éclaser pal le tlam.

 

Le tavernier du coin, Iltut,

Je ne vous dis pas comme il tute.

Dans son gosier, chaque semaine,

Il s'envoie, sans peur ni paine,

Plus de cubis que la cave de Labatut.

 

6.XI.2016

Un enfançon nommé Sever

Court plus vite qu'un rat crevé

Ou qu'un qu'on empoisonne.

(Mon poème se désarçonne

D'approximations soulevées.)

 

Un vieux péteux, Barlaam,

A chez lui les disques de Lâam

Et de Larusso.

Il aime l'osso

Bucco, avec de l'aspartaam.

 

Quoique encore jeune, Winnoc

Est complètement toc-toc.

Il se prend pour Donald

Trump, et Théobald,

Son voisin, le traite de schnoc.

 

Détresse des tresses

Ce matin, je me suis rendu compte que, dans la boulangerie où j'ai mes habitudes, la pâtisserie le plus souvent nommée tresse au chocolat (encore qu'elle connaisse quelques variations d'appellation) était baptisée (c'est le cas de le dire) « saint-christin ».

tresse.jpg

Une rapide recherche sur le Web a achevé de m'empêcher d'y voir goutte.

En effet, il semblerait que le saint-christin (ou sacristain ? quel est le bon terme ?) soit une tresse, mais aux amandes.

samedi, 05 novembre 2016

La belle équipe

Revu La belle équipe.

En 1991, quand je l'avais vu, FR3 avait diffusé les deux fins. Cette fois-ci, avec une copie remastérisée (et très belle), c'était la fin tragique, de sorte que je n'arrive pas à me rappeler comment s'achève « l'autre film » : le couple Jeannot/Charlot chasse-t-il derechef la tentatrice ?

Étonnant comme tout le portrait de l'homosexualité (qui n'est même pas un sous-texte, ça crève l'écran) m'avait échappé à 17 ans... peut-être parce qu'on [= je] n'attendait l'homosexualité que dans les œuvres explicitement et a priori désignées comme telles ?

23:19 Publié dans Tographe | Lien permanent | Commentaires (2)

vendredi, 04 novembre 2016

Valeurs

14940167_10208922037742078_5078297403783047747_o.jpgCela fait des mois que je songe, soit à reprendre cette rubrique nécessairement inachevée, soit à en retravailler les textes pour publication sous forme de livre.

Ce qu'il faudrait, c'est que je fasse ça, moi aussi, à la brute, à la brutale, à l'abruti.

 

La prose de Dubuffet est aussi forte que son œuvre de peintre ou de sculpteur. Pas de distinction. Ne distinguer pas de valeur, ni de place aux adverbes.

jeudi, 03 novembre 2016

Femmes d'affaires

mercredi, 02 novembre 2016

Le sperme de Lyautey dans la bouche du monde

« Mon aventure finale fut celle-ci : un jour je rencontrai près d’un égout collecteur deux femmes qui m’apprirent en riant comme des folles que j’avais, par mégarde, la veille, écrasé un certain nombre de tubes de verre sur lesquels elles avaient écrit « Vive l’armée » avec le sperme du maréchal Lyautey. »

(Dédé Sunbeam, 1925)

Mais qui était Dédé Sunbeam ? Raymond Queneau ?

mardi, 01 novembre 2016

Quatre millième billet

Ceci est mon quatre millième billet sur Touraine sereine.

On aurait pu déboucher le champagne, mais point trop n'en faut, pas de foin.

Un autre jour on glosera sur un vers de La Fontaine, ou sur une épaisse texture de Dubuffet.

Signalons seulement, dans l'absence d'inspiration qui appelle aux recyclages les plus oiseux, que je publiai il y a deux ans jour pour jour un billet relatif à une vidéo assez aboutie (dans l'esprit, veux-je dire).

21:59 Publié dans 10 ans | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 31 octobre 2016

Du bled d'Alfred, village mondial.

J'ai découvert Tierno Monénembo en 1995, un peu par hasard, je m'en souviens fort bien : j'avais acheté Pelourinho pour 10 francs chez le bouquiniste du haut de la rue d'Ulm. Depuis, j'ai presque tout lu de lui. Seules exceptions : Les écailles du ciel, Peuls (pas réussi à le finir), Le roi de Kahel (toujours en attente quelque part sur une pile de livres à lire).

Pelourinho est le premier roman de Monénembo dans lequel il raconte la diaspora africaine – ou, plus exactement : dans lequel il fonde un récit complexe sur les allers-retours entre communautés africaines et communautés issues de la diaspora. À l'époque, un certain nombre de choses avaient dû m'échapper, aussi parce que je ne connaissais rien (et ce n'est guère mieux aujourd'hui) aux rites religieux animistes tels qu'ils ont été « acclimatés » au Brésil.

Depuis, il semblerait que Monénembo ait choisi de dresser, roman après roman, une cartographie de la présence africaine dans le monde : Cuba dans le précédent roman, la France de 39-45 dans Le terroriste noir… et donc l'Algérie des années 60 aux années 90 dans ce nouveau livre, sobrement (sobrement ? ça reste à démontrer) intitulé Bled.

 

Dans Bled, on retrouve un récit à la première personne (avec une narratrice, ce qui n'est pas si fréquent chez Monénembo), et ce style faussement familier, faussement relâché, qui est caractéristique de l'écrivain, et qui ressortit, selon moi, d'une forme de maniérisme du je-m'en-foutisme : Monénembo veut absolument donner l'impression qu'il écrit ou qu'il compose par-dessus la jambe. Or, la composition, par exemple, est aussi savante que subtile. Ainsi, le récit de Zoubida commence – au présent – alors qu'elle est encore cloîtrée chez la vieille Karla, ce qui donne l'illusion que toute l'histoire est racontée rétrospectivement depuis ce point temporel ; pourtant, Zoubida est arrêtée à la fin de la IIe partie, et les six chapitres de la IIIe partie racontent son incarcération, puis sa libération et sa vie loin de tout, dans une oasis, avec son libérateur, Arsane Benkirane. Ce parti pris donne un dynamisme supplémentaire au récit : implicitement, le lecteur perçoit que Zoubida raconte son histoire au fur et à mesure qu'elle la vit, mais au passé.

Autre élément qui renforce l'impression de foutoir tout au long des deux premières parties : l'alternance, d'un chapitre à l'autre, non entre deux voix narratives, mais entre deux moments différents de l'histoire (la vie de Zoubida adolescente à Aïn Guesma et l'histoire de sa fuite et de son enfermement dans le bordel-prison de Mounir). Ce dispositif, qui n'a rien de très original mais qui achève de confondre les différentes personae de la narratrice, est tout à fait efficace.

Enfin, et ce point est sans doute le plus énigmatique, le destinataire. En effet, Zoubida Mesbahi s'adresse, dès le début et sans jamais changer d'interlocuteur, à Alfred le Camerounais. Or, plus on avance dans le roman, plus le rôle réel d'Alfred dans ce qui est arrivé à Zoubida paraît marginal. Elle affirme que son arrivée à Aïn Guesma – et l'amitié improbable qui est née entre Papa Hassan et lui – a tout déclenché, mais le lecteur tiers (nous, donc) ne peut s'empêcher d'y voir soit une fixation (une lubie) de la narratrice, soit un effet de discours émanant de Monénembo lui-même : il fallait que cette histoire algérienne s'adressât à un Camerounais. En effet, le récit de Zoubida ne fait pas mystère du fait qu'il y avait bien d'autres destinataires possibles que ce Camerounais coincé à Aïn Guesma (« Un gros oued Rhiou te sépare du Cameroun, définitivement. », p. 182) : son père, Papa Hassan, ou sa mère ; Loïc, le père de son premier enfant et la cause de sa fuite (« mon géologue de Quimper », p. 191) ; Arsane, le visiteur de prison qui lui fait découvrir la littérature et finit par lui permettre de recouvrer la liberté après l'avoir épousée ; Salma, « la fofolle de Bourgoin-Jallieu » (p. 81)

Pourquoi donc un Camerounais, que tous les habitants d'Aïn Guesma prennent d'abord pour un Congolais (par exemple p. 32) ? Une des hypothèses les plus évidentes est que Monénembo cherche à montrer par là la réalité de la mondialisation et des échanges culturels : il faut que Zoubida s'adresse au Camerounais et que ce soit lui, le plus « étranger » peut-être à la situation de l'Algérie depuis les années 50, qui serve, symboliquement, de point de départ, de détonateur de l'histoire. C'est là une des antiennes de l'œuvre de Monénembo, et on la retrouve formulée de différentes façons, à divers points du récit. C'est le personnage d'Arsane Benkirane qui s'en fait notamment l'écho : « Il est temps, dit-il, de réconcilier les différents organes de notre corps : notre sang arabe, nos veines berbères, notre langue française, nos lèvres de nègre, notre front de Turc, notre pif de Juif... » (p. 189)

Cette apologie systématique autant que systémique du métissage et de l'interculturalité a tendance à paraître plaquée. Sans doute l'écrivain a-t-il raison de penser qu'il faut sans cesse reprendre ce fil et montrer en quoi les cultures ne sont pas des isolats, mais l'idéologie se trouve ainsi forcée de déclamer à l'avant-scène. Ce défaut – qui n'en est pas vraiment un, disons que, et c'est un avis tout à fait personnel, je trouve ça lourdingue – n'est pas nouveau dans la prose de Monénembo.

Pour en revenir à l'énigme du destinataire, il y a une autre hypothèse, moins idéologique, moins explicite, et plus séduisante au fond : que Zoubida, sans jamais le dire, soit tombée profondément amoureuse d'Alfred le soir où il a surgi dans sa vie après s'être embourbé dans la neige et avoir été secouru par Papa Hassan. Pourquoi continuer d'écrire ce livre possible (p. 199) et de s'adresser à Alfred ? Elle qui a été initiée par Arsane à la littérature, à une multiplicité d'auteurs de continents si différents, sait très bien ce qu'elle fait ; c'est elle qui donne, avec l'écrivain, l'impression de raconter pêle-mêle, sans véritable objectif. Pourtant, ce qui ne peut manquer de ressortir de la lecture de Bled, c'est que le titre même du roman est une abréviation du nom de son destinataire, du personnage le plus important pour Zoubida : Bamikilé Alfred. Longue lettre ouverte d'un amour dissimulé ?

Le fourre-tout apparent du récit, de la déconstruction dynamique des récits, sert donc de contrepoint au « délicieux fourre-tout » que constitue, selon Arsane, la littérature :

« Lis-les comme ils arrivent ! N'obéis qu'à ton appétit ! Ne t'occupe point de ranger. Surtout pas rayonnages dans ta jolie petite tête ! Laisse ça aux ébénistes et aux érudits ! Dis-toi que la littérature est un extraordinaire festin, un délicieux fourre-tout. Goûte à tous les plats, pêle-mêle selon tes goûts, selon tes envies ! » (p. 170)

Cette injonction joyeuse reprend d'ailleurs la leçon autant culinaire qu'esthétique du livre de Monénembo qui m'a le plus marqué, Un attiéké pour Elgass.

 

Tierno Monénembo. Bled. Seuil, 2016.

vendredi, 21 octobre 2016

allongés dans le lierre doux...

Hagetmau, 21.10.2015.

allongés dans le lierre doux

dont je nous ai fait une couche

à boire de ce bourret roux

servi au flingue et à la louche

 

nos mains repassent sur le houx

puis s'abreuvent à cette bouche

la peau reprise par la toux

sous le vergne du pré de l'Ouche

 

était-ce un rêve mon regard

happé à plaquer ton rencard

artifice de la démence

 

des cadences pour le pavois

& ce moment en rien grivois

barbouiller l'ombre m'ensemence

 

jeudi, 20 octobre 2016

Vallée des singes, Romagne

Dans la Vienne, chaque année, souvent à l'automne d'ailleurs, y revenir.

La Vallée des singes, zoo atypique au charme fou, il nous faut tout de même plus d'une heure et demie pour y aller (et pour en revenir). Alpha, certes, qui a désormais quinze ans, ne nous épargnerait pas cette visite annuelle, mais nous n'avons pas trop à nous forcer.

Toujours quelque chose de neuf : hier, par exemple, l'observation des atèles à face rouge dans leur nouveau territoire, ou des varis à ceinture blanche — puis, même le groupe de mandrills joue toujours une pièce de théâtre différente. Nous avons aussi vu, lors du deuxième passage, les bonobos dehors, en quatre groupes différents (la fameuse fission-fusion)... dont un groupe de quatre au faîte des arbres, fort haut.

Notre première visite remonte au 11 juillet 2005, et je n'en avais pas parlé ici. Alpha nous disait hier à table qu'il se rappelait du nourrissage des gorilles (mémorable Yaoundé) et du territoire des saïmiris (à l'époque, il n'y en avait qu'un, il me semble). Entre 2005 et 2011, nous n'y sommes pas retournés, mais, depuis le 11 novembre 2011, c'est comme un pèlerinage — je l'ai dit, Alpha ne nous en ferait pas grâce.

Hier, il y avait beaucoup de Néerlandais, tout un car même.

En 2011, je ne saurais dire, mais nous étions restés deux jours dans le Poitou, en louant une petite maison dans un joli village dont le nom m'échappe. (Je ne retrouve même pas avec les photos ; il faudrait une archéologie informatique plus poussée.)

mercredi, 19 octobre 2016

Sonnet en émoticônes, VI

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mardi, 18 octobre 2016

Binturongs & fossas

Lorsque je joue au ping-pong

Ça ruine ma permanente.

 

La toute jeune binturong

Est enfin sortie, près de Nantes.

 

 

************

 

 

Faire des selfies hideux

Est malaisé sous un dolmen.

 

Deux fossas viennent de

Rejoindre le zoo d'Olmen.

Traduire “fembot”

Un bon exemple, pour renouveler mon stock pour le cours magistral que je consacrerai fin novembre, dans le cadre du cours de première année de Documentation*, à la question des ressources lexicographiques en ligne (monolingues, bilingues, multilingues), c'est le nom composé amalgamé fembot**.

En effet, si les dictionnaires bilingues Larousse en ligne ne connaissent pas le terme, c'est le cas de la plupart des ressources habituelles (Collins ou IATE).  Wordreference reste pareillement muet, à l'exception d'une discussion très marginale sur le forum, et Linguee ne répertorie quasiment aucune occurrence (ce qui est plus étonnant).

Le site le plus disert reste Reverso, surtout dans son interface contextuelle. Toutefois, les nombreuses phrases en contexte n'ont, en regard, que des traductions manquantes, fausses ou peu convaincantes : tout au plus serais-je tenté d'emprunter cybernana et de le moderniser en cybermeuf. Finalement, des traductions “sèches” proposées en haut de page, femmebote et robote, seule la seconde peut sembler convenir. Cela requiert, toutefois, un certain discernement : rien de tout cuit ici.

L'aller-retour entre la version francophone et la version anglophone de la Wikipédia suggère une équivalence trop restrictive ou trop technique (gynoïde).

À qui voudrait traduire le titre de la chanson de Zappa, “Fembot in A Wet T-Shirt”, que conseiller ? L'anglicisme (une fembot en t-shirt mouillé) ? Robote dans un t-shirt mouillé ? Une cybermeuf ?

 

 

* Triple génitif, I know.

** Oui, je suis en train de réécouter Joe's Garage de Frank Zappa.

Onze saints rares (18 octobre)

Le très saint et très pieux Acuce

Aime énormément qu'on le suce.

Qu'attendiez-vous, amis, c-

Omme rime à ce limerick ?

Qu'il se fît défoncer l'anuce ?

 

♠♣♦♥♥♦♣♠

 

Mon autruchon se nomme Amable,

Et je le trouve très affable.

L'autre jour à Autrèche

Il a trouvé la brèche

Et s'est enfoui enfin la tête dans le sable.

 

♠♣♦♥♥♦♣♠

 

Un jeune athlète, Asclépiade,

Participant aux Usépiades,

Après avoir bataillé

N'a pas fini médaillé :

Désormais, nous devons subir ses jérémiades.

 

♠♣♦♥♥♦♣♠

 

Disciple de Socrate, Eutyque

Est à fond pour la maïeutyque.

Son ami Hermès

— Le fait-il exprès ? —

Goûte plutôt l'herméneutyque.

 

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Enrhumé, Kermidolis

Se gave de propolis.

Contre les boutons de moustyque,

Son professeur, Eutyque,

Lui aura conseillé plutôt les rossolis.

 

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Un peintre, Marynos,

Étant né albynos,

Un jour a dit « Je n'ose

Évoquer ma cyanose —

D'ailleurs je dois faire pleurer le mérynos. »

 

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Un vieux libidineux, Monon,

Trouve ma femme trop canon.

Ne t'en approche pas,

Ou ton panier-repas

Je te le fais avaler, avec ton lorgnon !

 

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Photographe très doué, Procule

Aime saisir le crépuscule.

Qui trouve donc cucu

Et n'est pas convaincu

Par mon limerick ? que je le désarticule !

 

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Un zoophile nommé Taxe

A le désir qui se désaxe.

Il atteint son climax

En matant les addax,

Et en dépeçant les spalax au scramasaxe.

 

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Une fleuriste, Tryphonia,

Est spécialiste en mahonia.

« Je suis toujours déçue

Car les clients, pauvres, cossus,

Veulent des géraniums ou bien des bégonias. »

 

Sonnet en émoticônes, V

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lundi, 17 octobre 2016

Deux distiques ribéryens anciens (retrouvés & abstrus)

On a trouvu bien gras des canards le gavage

Et über-dégueu la mitaine de lavage.

 

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Il a craspec son boléro Nico Mesplède

Du négoce bestiaux et transport palmipèdes.

dimanche, 16 octobre 2016

Changement de bannière

Il est temps de dire adieu à l'épigraphe qui accompagne ces carnets verts depuis quelques mois, pour en saluer une nouvelle (que vous apercevrez donc à partir de ce 16 octobre au soir sous le titre Touraine sereine), et, ce faisant, copier une dernière fois, pour archivage, cette belle phrase de Bergounioux :

 

 « Nous ne serons pas éternellement les otages des ténèbres. »

23:21 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (1)