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dimanche, 21 juin 2026

Sacré géranium (1974)

Difficile, d’emblée, de respecter la règle du jeu : il faut écouter le premier 33 tours de Dick Annegarn dans son intégralité (et dans l'ordre de départ, pas dans le réagencement des CD best of ultérieurs). À ce titre, même s’il (Annegarn) s’agace (légitimement, c’est pénible pour quelqu’un qui a écrit peut-être 250 chansons d’être toujours ramené aux 3 ou 4 mêmes) de cela, cet album a dû être un choc pour les contemporains ; moi, j’étais dans le ventre de ma mère.

Et d’ailleurs – vous direz que je digresse pour retarder le moment d’exclure 9 de ces 11 chansons – avant de découvrir vraiment Annegarn grâce au prêt du double vinyle par ma tante, je ne connaissais ce chanteur que très indirectement, mon père chantant de temps à autre (faux et en intervertissant les vers 2 et 4 du refrain, je le dois à la vérité) Albert. Ma tante, elle, avait dû me parler d’Annegarn, peut-être avant ce fameux été 1992, et en chantant le refrain et la toute fin de Mireille. Bon, ce ne sont pas mes chansons préférées d’Annegarn : celles-ci, le moment venu, je n’aurai pas de mal à les recaler. Lors du concert, jeudi, Annegarn a dit : « j’ai la légion d’honneur, je suis chevalier des arts et des lettres, et en fait j’ai seulement écrit trois mots hein, zoum zoum zoum ». Cela dit, après avoir arroumégué, il a tout de même fini le concert en chantant Bruxelles et Mireille… Sic transit.

 

Fini de digresser.

Les deux chansons que je retiendrai, de façon absolue, du premier album, sont :

  • La Transformation pour la mélodie, les accords, l’imaginaire si fort, étrange, conceptuel, et la langue tout simplement (la faune et la flore / et les métaphores / entrent en transcendance / en transformation »), pour les cinquante dernières secondes etc.

 

  • L’Univers peut-être trop proche, dans l’esthétique, de l’autre chanson choisie… bon, cela dit sans doute quelque chose de mes goûts, mais je me rattraperai peut-être en allant repêcher Volet fermé ou Faubert Waltz autrement.

 

Qu’est-ce à dire, « esthétique » ? Ce qui m’a tout de suite plu chez Annegarn, c’est sa liberté : ah, on peut écrire et chanter ce genre de choses ? Ah, on peut répéter douze fois les deux premières syllabes d’un mot avant de le dire en entier ? On peut balancer des onomatopées inouïes ? On peut geindre par-dessus ses frottements de cordes ? Et tout ça passe, tout ça forme un tout cohérent, qui capte l’attention, charme, se fixe ?

Il faut dire qu’à l’époque, j’écrivais – en n’ayant pas la moindre notion de solfège ou de composition, donc mélodies intégralement à l’oreille – des chansons. Une soixantaine, je dirais, entre 1990 et 1993. Je me suis même enregistré, a cappella, avec ma voix atroce, sur cassettes audio. Je crois, j’espère que tout ça a disparu. Mes inspirations étaient diverses, mais on va dire, grosso modo : Manset, Yves Simon, Mama Béa. – Annegarn, là-dedans, ça a été le bébé éléphant dans le magasin de porcelaine. Les autres artistes francophones que j’écoutais suivaient des règles, obéissaient à certains codes. Annegarn, j’avais l’impression qu’il jouait et qu’il chantait ce qu’il avait envie de dire et de jouer, sans s’embarrasser d’aucune norme. C’était, en un sens, sidérant.

Annegarn Sacré G.png

Et vous, vos deux préférées ?