mardi, 28 juillet 2026
The Odyssey (de C. Nolan)
Réveillé à 8 h 40 – oui ! Et comme j’avais éteint à 23 h 23 hier, cela signifie que j’ai dormi neuf heures, trois de plus que ma dose normale.
Hier j’ai commencé la lecture d’un des nombreux livres récupérés dans le legs de ma collègue, décédée il y a deux ans, Marie-Pascale B. Faustine d’Emma Tennant, dont je parlerai aux calendes grecques quand j’aurai enfin décidé d’enregistrer les deux ou trois vidéos en attente, c’est très bien, très bien écrit.
Claire m’a dit ce matin, à propos de l’interminable livre des Misérables sur Waterloo qu’elle va finir par lire en diagonale et que j’ai lu en entier tout en trouvant qu’on pourrait s’en passer, que « dès qu’il s’agissait de littérature ma résistance à l’emmerdement était très élevée ». C’est faux, vu que j’ai abandonné Under the Volcano aux deux tiers, après m’être copieusement emmerdé et en ayant lu en diagonale un des chapitres du milieu. Pourtant, il s’agit d’un roman auquel je n’entendais, depuis vingt ans, que tresser des lauriers. D’ailleurs, depuis que j’ai dit sur Facebook à quel point il me tombait des mains, je n’ai reçu que des témoignages concordant avec le mien.
En tout cas, ce livre d’Emma Tennant est, pour l’instant, très beau. Je n’avais jamais même entendu parler d’Emma Tennant.
Hier nous sommes allés voir L’Odyssée de Christopher Nolan, le film dont tout le monde parle depuis trois semaines désormais, et que, à l’exception de deux personnes parmi mes connaissances ou amis, tout le monde encense. C’est un bon film, globalement, puisqu’on ne s'ennuie presque pas : malgré quelques longueurs et deux ou trois épisodes complètement ratés (les 25 dernières minutes, les géants cannibales...), l’ensemble est réussi. Les choix de Nolan font de l’épopée de Homère une œuvre très existentialiste, désexualisée, presque abstraite, y compris la vengeance de Circé qui semble s’en prendre à la culture du viol et pas à de vrais violeurs. (Cela dit, la scène de Circé est excellente, y compris le choix d’un paysage des Highlands totalement décalé.) Les vraies grandes réussites sont tout le début, les sirènes, le dialogue avec l’Athéna-conscience, la grotte de Polyphème (même si l'épisode homérique est beaucoup plus riche et plus intéressant).
Je n’ai trouvé pas trouvé le film particulièrement « hollywoodien » (sauf la loooongue et ridicule scène finale), et je n’ai pas trouvé non plus que Nolan « trahissait » Homère ; il ne le trahit pas plus, et plutôt moins, que tous les peintres du 18e et 19e siècles qui se sont emparés de l’œuvre… Je trouve particulièrement ridicules les critiques portant sur les sites de tournage : bien sûr, si Nolan tourne en Islande ou en Ecosse, c’est pour se démarquer de tout réalisme géographique (L’Odyssée de Homère n’est pas une fiction historique mais une épopée jouant en permanence sur le surnaturel). Egalement absurdes, les puristes qui vont aller chouiner que dans L’Odyssée Clytemnestre ne tue pas Agamemnon, que cette dimension n’apparaît qu’à l’âge classique, avec Eschyle etc.
Je comprends déjà mieux (car j’ai fait pareil, large sourire désabusé dans mon fauteuil de cinéma) les critiques sur des répliques comme « our Bronze Age is collapsing ». Facile, après ça, de faire des mèmes montrant Louis XIV disant « j’espère être le monarque le plus connu de l’Ancien Régime ». Comme Nolan, qui n’a par ailleurs aucun humour (et qui a totalement manqué les éléments ludiques de l’œuvre), est loin d’être un imbécile, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il a fait exprès et que c’est une façon d’inscrire au sein du film, de façon très (péniblement ?) méta, le fait qu’il s’agit d’un film tourné en iMax, que l’illusion référentielle et l’illusion téléologique ne tiennent pas ; en tout cas, penser que Nolan, avec toute son équipe, a juste laissé échapper une bourde dans les dialogues, ça ne tient pas.
La musique (de Ludwig Göransson) est très bien, surtout dans la dernière heure. Les références à de grandes œuvres picturales abondent (le Chronos de Goya bien sûr, mais il y en a plein d’autres). L’acteur qui joue Télémaque – un certain Tom Holland qui passe son temps à tenter de singer Chalamet – est nullissime, ce qui est un peu dommage. Le personnage de Calypso est complètement monochrome, mais c’est la faute de Nolan, pas de l’actrice (Charlize Theron). Au demeurant, le film a été l’occasion de découvrir quelques acteurices avec des filmographies longues comme le bras d’un cyclope et que nous n’avions jamais vu-es : Zendaya, Tom Holland donc, Lupita Nyong’o (dont le choix pour incarner Hélène et Clytemnestre a fait couler tellement d’encre, imbécilement, en amont du film), Anne Hathaway (que j’ai vue en fait dans Interstellar et Ocean’s 8 mais ces deux films ne m’ont pas trop marqué).
En fin de compte, donc, un film qui devrait rester dans l’histoire du cinéma, avec ses failles et ses limites, mais aussi ses choix esthétiques, picturaux et narratifs audacieux. La marionnette géante qui sert à représenter Polyphème et l’absence d’effets spéciaux pour la scène de la métamorphose des soldats d’Ulysse en pourceaux sont deux preuves, parmi d’autres, de l’amour de Nolan pour le cinéma.
11:04 Publié dans 2026, Tographe | Lien permanent | Commentaires (0)

