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mercredi, 30 septembre 2026

Que faire ?

La manifestation d’hier était plutôt réussie. Il y a toujours des questions de verre d’eau à moitié vide et à moitié plein. Par contre, la répression policière, d’une violence sans précédent, contre les lycéen·nes fait froid dans le dos. Quand les fascistes seront au pouvoir, ce sera le degré au-dessus, avec des milices d’extrême-droite qui se joindront à la sale besogne et des fonctionnaires qui en seront encore à gloser sur le devoir de réserve…

À bout de nerfs, j’ai fini, après mon unique cours maintenu (en visio), qui avait lieu de 14 h à 16 h, par envoyer le mail suivant à mes collègues anglicistes. Pour le contexte, je précise que je réagissais au mail du responsable administratif, qui se contentait d’informer qu’ « au vu des évènements en cours dans certains lycées de la ville, qui peuvent avoir un impact sur la sécurité de notre site, le président de l'université a décidé de fermer le site des Tanneurs et de Fromont dès à présent ».

 

Dear colleagues

J’étais ce matin sur le site Tanneurs de 7 h 15 à 11 h 30. Hier, suite à la manifestation, j’ai assisté à l’AG qui a voté majoritairement le blocage des sites Tanneurs et Fromont ; les enseignant·es présent·es s’étant abstenu·es.

Les mots d’ordre principaux des étudiant·es bloquant le site sont : fin des droits différenciés en fonction des origines nationales + maintien et hausse des recrutements de profs. Dans le contexte de gel total des recrutements pour la campagne 2027 (ce qu’apparemment des collègues ne savent même pas !), dans le contexte où nous travaillons dans un établissement au bord de la faillite (à cause de la sous-dotation délibérée), je vois mal qui, parmi nous, pourrait se trouver en désaccord avec des revendications.

Pour en venir au mail que je repartage, je ne sais pas si vous savez exactement à quoi fait référence le responsable administratif mais si vous allez sur les médias locaux vous le verrez : à Tours comme dans tant d’autres villes, la police a réprimé violemment des lycéen·nes (donc des mineur·es) sans armes, avec des blessés. Il n’y a pas qu’Alençon, Saint-Denis ou Marseille : le gouvernement a donné une fois encore l’ordre de casser les revendications en mutilant les corps.

Et moi, je me demande jusqu’à quand nous allons continuer de faire mine de ne rien voir.

Comment pouvons-nous continuer à allumer nos ordinateurs, à lancer le vidéoprojecteur, à annoncer des CC à 30% pour la semaine 5 ou à seulement pester quand le copieur marche mal, alors que :

* la police, déjà très majoritairement convertie aux thèses racistes et antidémocratiques du RN, a carte blanche pour démolir physiquement les personnes participant à des manifestations pacifiques, que les revendications soient syndicales ou écologistes

* l’enseignement supérieur — déjà gravement détérioré par les politiques publiques depuis 2004, et plus encore depuis 2017 — est la cible d’attaques idéologiques et systémiques (déjà ciblé personnellement par des courriers anonymes lors de la campagne de lutte contre l’“islamogauchisme” lancé par la ministre Vidal, au sein d’un gouvernement dit de centre droit, je sais très bien ce qu’il se passera si l’extrême-droite arrive au pouvoir)

* notre établissement risque d’être mis sous tutelle

* les canicules de cet été ont démontré que les questions de transition écologique et économique devraient être le sujet principal des campagnes électorales à venir, car l’urgence climatique vient déjà dégrader nos vies et nos métiers

 

Ce qui me sidère le plus, c’est que nous n’en parlons jamais. Je comprends bien que certain·es parmi nous ont signé des pétitions et manifesté contre la mesure raciste des droits différenciés, et que d’autres trouvent ça très bien, mais je trouve étonnant que nous fassions cours comme si cela n’avait jamais été un sujet de débat, entre autres.

Best to all
Guillaume

 

 

J’ai eu trois réponses, deux en privé, succinctes, et un mail collectif d’une collègue syndiquée qui a abondé dans mon sens. Sur une quarantaine de collègues. L’anesthésie et la dépolitisation que je constate depuis plusieurs années est bel et bien là.

 

18:37 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)