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dimanche, 11 octobre 2026

Aliments coloniaux à la Fête de la science

Ce matin, j’ai tenu, avec deux collègues, le stand de notre laboratoire à la Fête de la science, qui se tenait, pour la deuxième année consécutive, à la mairie de Tours, sous les ors donc – dira-t-on – de l’Hôtel de Ville. Nous avons vu passer presque sans discontinuer des familles, dont les enfants, parfois très jeunes, voulaient faire le quiz préparé par mon collègue Florent Kohler : sur une carte du monde de la fin du seizième siècle, placer les vignettes correspondant à quinze plantes ou épices, afin de tenter d’en deviner l’origine géographique. Mon collègue Érick avait eu la bonne idée de faire des tirages de la feuille contenant les solutions, car ainsi les visiteurs ont pu repartir avec, « à mettre sur le frigo ou our les trajets en voiture » leur ai-je dit. Quand j’avais préparé les solutions du quiz, il y a trois jours, j’étais tombé des nues, en particulier pour la banane ou l’aubergine.

Malgré la jeunesse du public, j’ai pu expliquer en quoi ce jeu se rattachait aux spécialités de recherche de plusieurs d’entre nous (la colonialité, les cultures post-coloniales) et comment cette diffusion de plantes à travers la planète – au point qu’on associe le café à l’Amérique du sud ou la banane à l’Afrique – est étroitement liée au commerce avec les Indes dès le Moyen-Âge, avec la déportation massive d’esclaves africains dans le « Nouveau Monde », et bien entendu avec la conquête violente de ce « Nouveau Monde ». Deux visiteurs au moins ont réagi en voyant que le clou de girofle faisait partie des quinze cultigènes à placer sur la carte, car ils savaient que cette épice était une des idées fixes de Magellan. Un élève de quatrième a parfaitement relié tout ce dont on parlait aux cours d’histoire qu’il suit en ce moment sur la traite transatlantique.

Comme la carte ne représentait évidemment pas aucune des terres ou îles d’Océanie, j’ai pu glisser au passage la première cartographie européenne de l’Océanie et de l’Antarctique par le capitaine Cook, ainsi qu’évoquer le génocide aborigène : un monsieur n’en revenait pas en apprenant que les Aborigènes aussi avaient fait l’objet d’un génocide, l’exemple du dernier Tasmanien mourant à peine soixante ans après le début de la colonisation de l’Australie par les Britanniques frappant toujours les esprits.

Même quand le sujet choisi pour la Fête de la science (cette année, l’alimentation, donc) ne semble guère propice à présenter les recherches de notre laboratoire, on s’y raccroche. Cécile Chapon avait aussi colligé plusieurs textes littéraires, dont un de Cocoaïans de Gauz et un autre d’un livre d’Amitav Ghosh que je ne connaissais pas, et dont elle avait apporté un exemplaire de la traduction française parue aux excellentes éditions Wildproject.