mercredi, 14 octobre 2026
Concert Elder Ones / Amirtha Kidambi au Petit Faucheux
Très beau concert, ce soir, du quintette new-yorkais Elder Ones, sous la houlette de la chanteuse et joueuse d’harmonium (comment dit-on ? harmoniste ? harmoniumiste ?*) Amirtha Kidambi. La musique est puissante, âpre, violente, sans concessions. Ce soir au Petit Faucheux, seul regret, que le micro chant ait été déséquilibré par rapport aux autres : quand ça jouait fort (en particulier les deux saxos, excellents), on entendait mal ou trop faiblement les paroles. Or, la musique de Kidambi est politique, comme elle le rappelle entre chaque morceau. Elle a rappelé que dans l’histoire des mouvements sociaux, les étudiants n’avaient jamais eu tort : mai 68, Vietnam, Inde, Palestine… Elle a comparé la police française aux ‘boot-lickers’ du service de l’Immigration & Customs Enforcement, des miliciens à la botte de l’oligarchie capitaliste.
Elle a annoncé le dernier morceau, The Wretched of the Earth, en expliquant que c’était une référence à Frantz Fanon, puis en passant assez rapidement : comme beaucoup de personnes venues du milieu intellectuel ou artistique états-unien, elle doit être persuadée que Fanon est connu en France, qu’on l’étudie et le lit davantage qu’outre-Atlantique, alors que c’est totalement l’inverse. Même le centenaire de sa naissance, l’an dernier, n’a donné qu’à des hommages ou des colloques très partiels, et minoritaires. C’était amusant, car la veille, j’avais manifesté avec une pancarte « On va bien manigancer avec mon Frantz Fanon », et, si j’ai pu discuter assez longuement avec une collègue philosophe sur nos approches de Fanon dans nos cours, et si trois personnes au moins sont venues me dire que la référence à Fanon leur faisait plaisir, je sais que c’est un nom inconnu pour la majorité (presque autant que Ngugi wa Thiong'o), même dans un cortège de manifestant-es de gauche.
Après le concert, après un bis plus élégiaque que le reste du set – une chanson pour les enfants de Palestine – j’ai voulu acheter les disques du groupe, mais je n’avais que 20 euros et le paiement par carte bancaire n’était pas possible. J’ai donc acheté le disque du live à Vilnius, qui – contrairement à ce que disait le type du Petit Faucheux préposé à surveiller que personne ne fauchait – ne correspondait absolument pas au programme du soir : All Empires Fall, Loot the Future, Boot-Licker Blues, [?], The Wretched of the Earth. (Je note cela mais suis très heureux d’écouter, sur enregistrement et avec un meilleur mixage du son, d’autres compositions et improvisations, notamment « Farmer’s Song », dans laquelle la tradition indienne s’entend davantage dans le chant de Kidambi, qui est autant influencée par Abbey Lincoln côté vocal que par Mingus côté écriture.)
* Le hasard a fait que ce jour même, j’ai traduit avec les étudiant-es du cours de version d’agrégation, un texte de Narayan dans lequel le protagoniste est chassé de sa propre maison par une des colocataires qui apprend à jouer de l’harmonium.
22:33 Publié dans 2026, Jazeur méridional | Lien permanent | Commentaires (0)


