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vendredi, 18 janvier 2013

Les Alentours de la naissance du petit gnou

en quatrains conversationnels,

dont les vers 3-4 sont des retranscriptions fidèles

du texte de commentaire d'un documentaire animalier

 

 

J'ai le crâne façon genou

Et le buste yéti.

Voici donc l'invasion de gnous

Dans le Serengeti.

*

Ma Fursty Ferret moussant,

J'ai le gosier gourd.

La femelle gnou sent

Palpiter son ventre lourd.

*

Travail d'une traite,

Je suis à la traîne.

Quand les gnous s'arrêtent,

Les combats reprennent.

*

Souvent, mon âme flâna

Sur l'Idéal aux cent délices.

Enfin, le bébé de Lana

Ne vient pas au monde ; il y glisse.

*

Etiez-vous au courant

Que j'aime le magenta ?

Le chacal en courant

S'enfuit avec le placenta. 

*

(Si je mange des tarbais,

Joker sur le Roquefort.

Le cadavre du bébé

Reste chevillé au corps.)

*

Sur le verglas, qui est tombé

Se sera pété le genou.

Fils de Lana et de Djumbé,

On veille sur le petit gnou.

*

Bacons et ventrèches

Le bacon du 7 - 3 Depuis quelque temps, profitant des défauts insignes de l'appareil photographique intégré à mon smartphone, je prends des autoportraits dont j'exagère à dessein le flou et le tremblé, au moment de la capture, en agitant vivement le téléphone, soit horizontalement, soit verticalement, soit en spirales, et, de surcroît, dans des conditions d'éclairage généralement frustes. Quand l'effet en est réussi (et je veux dire par là : quand je perds la face, quand le visage n'est guère lisible tout en restant discernable), je publie l'image directement dans ma galerie Flickr. J'ai la flemme de remonter trop loin dans le temps, ou trop arrière dans la dite galerie [il y a toutefois celle-ci Série de 11 autoportraits en crash position, 13 octobre 2008 . V, vieille de plus de quatre ans, autoportrait aussi et avec la même chemise que celle portée ce jour, et donc sur la photo infra — en dehors des autoportraits, d'autres recherches aussi, en 2008 et même longtemps avant : Cycliste 113], mais j'ai, dès mes premières expérimentations avec la photographie numérique, tenté ce genre de tremblés, dont la photographie à travers un pare-brise lavé par l'averse n'est qu'une variante.

Le bacon du samedi soir Pour ces autoportraits, je leur ai donné, depuis quelques mois, le nom générique de bacons, tout d'abord, bien sûr, parce que le premier à avoir reçu ce titre évoquait, dans sa traduction en un support numérique, les distorsions de visages du grand peintre anglais, mais aussi – d'où la minuscule – parce que je voulais, simultanément, me déprendre de cette référence, en signalant que ce qui comptait, c'était ma tronche de viande cuite. Vouloir rivaliser avec Francis Bacon serait stupide, mais faire un clin d'œil à son nom, pourquoi pas.

Une des premières tentatives, de ce côté-là, était plutôt théâtrale, et d'inspiration lynchienne. Lost highway

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Ce matin, sur le pont Napoléon, j'ai pris un cliché de ce genre. Toutefois, comme il faisait trop jour, l'effet n'était pas le même, de sorte que je l'ai intitulé “La ventrèche du vendredi”. [Ce que l'on nomme, habituellement, « poitrine fumée » dans les boucheries et charcuteries, se dit classiquement « ventrèche » dans mes Landes natales. Je constate d'ailleurs que le Robert culturel ne donne aucune citation pour ce mot, ce qui doit être de nature à alimenter la rubrique, depuis longtemps en friche, des Mots sans lacune.]

Par autoportrait bacon, j'entends donc toute image délibérément floue dans laquelle le visage semble contusionné, ou arraché, sans solution de continuité. Par autoportrait ventrèche, j'entends donc toute image également tremblée, mais dans laquelle le visage se trouve reconfiguré en deux parties.

La ventrèche du vendredi

Le Festin hivernal des merles

De la fenêtre

je regarde la merlette

picorer, du bout du bec, une nèfle

sur le petit tas laissé là,

que ne recouvre pas encore la neige

— Fruits qui pourrissent — Du bec elle soulève

un bout de peau, l'avale. J'aime

avoir oublié d'apporter à la décharge

ces petits tas de pulpe. N'est-ce,

dans le froid, le seul salut des merles ?

.

Softly-softly

 Western governments are believed to have urged the Algerian authorities – in vain – to take a softly-softly approach.


Dans cette phrase extraite d’un article du quotidien The Independent (John Lichfield. “Algeria crisis 'still ongoing' after British hostages killed in Saharan bloodbath”, vendredi 18 janvier 2013), et d’un niveau de langue plutôt soutenu, l’adjectivation (avec redoublement) de l’adverbe softly pose un véritable problème de traduction. En effet, le redoublement adverbial existe en français, mais implique un niveau de langue familier, par exemple : Vas-y mollo mollo. Le traducteur peut donc préférer une traduction d’un niveau de langue égal, dans laquelle l’effet stylistique de la langue-source est gommé : « une approche en douceur » (recatégorisation de l’adjectif en syntagme prépositionnel) — ou, mieux, une double recatégorisation, au titre de laquelle le nom approach devient un verbe : Les gouvernements occidentaux ont demandé, à ce que l’on sait, aux autorités algériennes d’y aller en douceur, mais en vain.

 

Toutefois, des tentatives pour rendre l’effet stylistique porté par le redoublement (effet qui suggère, par exemple, une conversation téléphonique informelle pas trop diplomatique entre David Cameron et son homologue) sont possibles :


[1] … d’adopter la tactique tout doux tout doux

[2] … de choisir une approche moins va-t-en-guerre

[3] … de se hâter avec lenteur


Dans le choix [2] ci-dessus, la traduction en langue-cible recourt à une stratégie proche du contraire négativé. En [3], le texte-cible ajoute une référence culturelle spécifiquement française (La Fontaine), ce qui implique une élévation du registre. Une dernière possibilité mérite d’être signalée, même si, bien entendu, elle est interdite aux étudiants (en traduction universitaire, cela serait sanctionné comme un non-sens), et même si elle peut faire grincer les dents des adversaires absolus du franglais :

[4] … de choisir la stratégie « softly-softly »