samedi, 02 mai 2026
Découverte de Mary Noonan
Avant-hier, ma collègue Martine Pelletier recevait, au deuxième étage de la B.U. des Tanneurs, la poète irlandaise Mary Noonan. Cette dernière, dont je n’avais jamais lu une ligne, a lu sept ou huit de ses poèmes, tous extraits – à l’exception d’un, encore inédit – de l’anthologie bilingue parue aux éditions algéroises APIC en 2025, Dans un autre compartiment / In Another Compartment.
Mary Noonan a lu les poèmes en anglais, puis en français, l’un après l’autre, et en expliquant le contexte d’écriture, ce qu’elle avait cherché à faire, s’interrompant parfois pour évoquer tel ou tel aspect de l’écriture, et des différences dans le poème tel que traduit par Valérie Rouzeau. Tous les poèmes retenus pour cette lecture parlaient de deuil, que ce soit les poèmes de son premier recueil (The Fado House, 2012), évoquant les dernières années de son père, ou ceux du second recueil (Stone Girl, 2019) qui parlent des souvenirs communs avec son compagnon, le poète Matthew Sweeney, mort en 2018 de la maladie de Charcot.
C’était une très belle lecture.
Lors du bref moment d’échanges, je n’ai pu m’empêcher de faire remarquer à Mary Noonan, qui s’excusait presque de n’avoir lu que des poèmes funèbres et précisait que l’essentiel des recueils n’était pas de cet ordre, que Valérie Rouzeau, autrice d’un des plus beaux recueils in memoriam de la poésie contemporaine de langue française (Pas revoir), s’était forcément fondue dans cette écriture du deuil. La poète a raconté, d’ailleurs, que si son troisième recueil met du temps à être publié, c’est qu’il s’agit d’un volume d’élégies, et que l’éditeur souhaiterait que les élégies ne constituent qu’une section du recueil.
Le soir même, quand je lui ai raconté cette rencontre, Claire est allée chercher dans la bibliothèque l’anthologie récente parue au Castor astral, Impressions irlandaises. 23 poétesses racontent leur pays et dans laquelle se trouvent trois poèmes de Mary Noonan. C’est Claire qui avait acheté ce recueil, et je ne l’avais pas encore ouvert. J’ai été immédiatement frappé par le fait que la traduction de « Body », poème lu l’après-midi même par Mary Noonan, n’était pas celle de Valérie Rouzeau. De fait, le nom de la traductrice de l’ensemble des poèmes était tellement en évidence sur la couverture, comme nom d’autrice, que je ne l’avais pas vu : il s’agit de Virginie Trachsler, également autrice de la note introductive (pp. 13-19) et des remerciements (p. 275).
Il y a donc deux traductions publiées de « Body ». Une différence notable entre les deux éditions est que le Castor astral présente le texte anglais et le texte français en vis-à-vis, de la façon classique qui a donné lieu en 2017 à une critique intéressante de Santiago Artozqui : de fait, il faut se faire violence, quand on connaît les deux langues, pour lire les textes séparément et ne pas aller de l’un à l’autre dans une forme de brouhaha contraire à l’esprit dans lequel a été écrit le poème. Les éditions APIC, elles, donnent la traduction au verso du texte-source, de sorte qu’il est plus facile de lire l’un et l’autre de façon distincte.
09:19 Publié dans 2026, Moments de Tours, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)




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