vendredi, 08 mars 2013
Mots sans lacune : sigisbé
Qu’est-ce que la femme du sauvage ? Réduite à l’état d’une brute que son mari assomme au coin d’un bois dès qu’elle lui semble gênante, elle ne peut constituer la famille. Et la grande dame chargée de pierreries, trônant sur son char, voilée de draperies immenses, éventée par dix suivantes, entourée d’eunuques à Byzance, de petits abbés ou de sigisbés fades dans d’autres pays, ne la constitue pas davantage. La balance qui, dans les premiers temps, penchait du côté de la barbarie, s’abaisse alors du côté de l’énervement et de la mollesse. Dans les décadences l’homme devient femme ; et la femme homme. Elle grandit, absorbe, usurpe, envahit et transforme l’homme lui-même.
Philarète Chasles. « Du rôle de la femme dans la famille ».
In Voyages, Philosophie et Beaux-Arts. Paris : Amyot, 1866, p. 198.
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Soupault traduit par William Carlos Williams
Si tout à coup nous avions rencontré un être sans vie gisant sur le trottoir, baignant peut-être dans son sang ou appuyé contre un mur, nous nous serions immédiatement arrêtés, et cette nuit aurait été terminée.
(Philippe Soupault, Les dernières nuits de Paris, 1928, I)
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If all at once we had encountered a lifeless form lying prostrate on the pavement, bathed perhaps in his own blood, or propped against a wall, we should have come immediately to a halt, and that night would have ended.
(Last Nights of Paris - traduction de William Carlos Williams, 1929)
Voici donc une pierre dans le jardin de ceux qui prétendent que les grands écrivains font nécessairement des traducteurs farfelus, et que le culte de la littéralité est une invention récente, post-structuraliste en quelque sorte. Giono traduisant Melville, oui, c'était un peu le grand n'importe quoi. Mais ne pas généraliser.
05:05 Publié dans Lect(o)ures, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (2)

