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samedi, 10 juin 2017

juin 3+7

chien

qui furète, court en zig-zags & sans plan établi

d'un banc à l'autre, d'une poubelle à l'autre

sans laisse, cherchant quoi, l'odeur de pisse d'un autre chien à recouvrir de sa propre pisse, ou tel relief de sandwich au jambon, à s'en goinfrer précipitamment

& qui vient, approximatif épagneul, renifler brièvement le bout de la chaussure gauche du type alors affairé à éplucher la troisième des cinq (5) bananes de sa main

cela n'aura duré que trois ou quatre secondes, le chien ne s'attarde pas près de ce banc, l'épagneul approximatif

(je n'y connais vraiment rien en chiens et suis-je même sûr qu'un chien...)

s'éloigna sans demander son reste,

non que le type lui ait donné un coup de pied, ce n'est pas son genre, là encore il a eu cette espèce d'élégance supérieure de ne pas même paraître voir ce chien, de ne pas s'en soucier, de continuer à éplucher cette troisième banane et de commencer à mordre dedans,

mordre dans une banane ne demande pas une grande énergie,

il aurait pu faire ça tout en se souciant du chien,

& d'ailleurs la question se pose, au fond s'impose : a-t-on besoin de dents pour manger une banane ? ce n'est pas ce jour-là, en observant cet étrange déjeuner

et ce chien furetant en zig-zags imprécis et ivres près du banc,

qu'on y répondra, que j'ai pu me mettre en tête d'y répondre,

le chien lui n'avait pas non plus l'air très soucieux ni affamé, un chien qui n'a pas les crocs quelle blague, enfin à ce moment-là jamais je n'aurais songé à ces facéties pathétiques dignes de l'almanach Vermot,

j'observe (j'observais) le chien,

je ne détachais (détache) pas mon regard du type, du quasi dandy mangeant sans affectation et avec une forme d'élégance absolue cette troisième banane sans paraître même remarquer qu'un chien lui renifle furtivement (lui reniflait subrepticement) la chaussure gauche

(ou était-ce la droite)

& ce quasi dandy qui sans dévier de son plan MANGE cette troisième banane

existe-t-il (existait-il) plus ou moins, sous mon regard, que le chien,

où le chien est-il allé ensuite, je ne saurais le dire, je sais qu'il est descendu vers le pont Napoléon, je dis descendu, j'écris descendu car c'est le sens du courant, d'amont en aval le fleuve va vers le pont Napoléon, et de même le chien, je crois, à ce qu'il me semble, poursuivit (poursuit) son chemin tout en zig-zags et furetages vers ce pont Napoléon,

tout comme le fleuve d'amont en aval,

& je ne sais pas plus où s'est rendu ensuite le type,

il faudra que je raconte ça,

j'ai beaucoup parlé d'épluchage & de posture, j'ai beaucoup (trop) parlé de banc & de bananes, mais j'en suis resté jusqu'alors, m'en suis tenu à ces moins de dix minutes d'un type mangeant à la file cinq bananes sur un banc en plein midi,

pour ne rien dire d'après, ne rien écrire de la fin de la scène, de la façon dont le rideau est retombé, en quelque sorte

(il y avait (il y a) dans tout ça quelque chose de profondément, de confusément théâtral)

& le type pour toujours ai-je pu écrire mange cette main de bananes,

le type, le quasi dandy jamais ne s'arrête de manger sans précipitation mais prestement, avec une élégance absolue de chaque geste, jusqu'à ne pas paraître apercevoir un chien

qui lui renifle (renifla) la chaussure gauche

(ou la chaussure droite),

jamais non ne s'arrête de manger sans hâte mais prestement cette main de bananes, la main gauche posée à côté de lui sur le banc,

à telle enseigne que le voilà pour toujours figé dans cette scène & qu'on ne le voit pas (l'ai-je vu) s'en aller, et même avant de s'en aller

finir son repas, jeter les peaux de bananes & le sachet de son déjeuner, partir vers l'amont ou l'aval,

ou tourner le dos au fleuve (c'est plus probable),

à jamais le voilà figé dans ces quelques minutes (moins de dix) où d'une élégance sans faille il s'enfile cinq bananes sans paraître s'apercevoir que quelques passants (des millions) l'observent, et sans voir, censément, qu'un chien furtivement lui renifle la chaussure gauche

à telle enseigne qu'on pourrait penser, une fois l'animal efflanqué mais qui n'avait (n'a) pas l'air affamé parti de sa course approximative et quasi claudiquante vers l'aval du fleuve, de banc en banc,

qu'il n'y a pas eu de chien,

et qu'il n'y a à tout jamais, qu'il n'y aura toujours eu que ce type bananivore

incapable même de se laisser perturber, tandis qu'il épluche et mange cette troisième banane, par l'approche en zig-zags et furtive d'un

chien

08:30 Publié dans Juin | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Tu es reparti ! (ce qui signifie ici: "revenu" (je n'en reviens pas de la platicité dangereuse du français)).

Écrit par : VS | dimanche, 11 juin 2017

Oui. Un universitaire ne travaille pas en entreprise, donc 168 h de temps libre par semaine.

Écrit par : GC | lundi, 12 juin 2017

Et puis non, Valérie, tu le sais bien : grâce au harcèlement et aux agressions de M. Jean Ruaud, appuyé lourdement par toi, j'ai dû abandonner ce texte.

Écrit par : GC | vendredi, 16 juin 2017

Oui, nous sommes responsables.
Et tu es innocent.

Écrit par : VS | samedi, 19 août 2017

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