mardi, 03 mars 2026
Hountondji & Ayi Kwei Armah
Dans le cadre du séminaire que je co-anime un mardi sur deux à l’EHESS avec Christelle Rabier, Évelyne Ribert et Mounia El Kotni, je me suis penché récemment sur le recueil d’articles (fondamental) dirigé par Paulin Hountondji Les savoirs endogènes : pistes pour une recherche (Dakar : Codesria, 1994) et sur sa traduction anglaise de 1997, chez le même éditeur (Endogenous Knowledge : Research Trails).
Comme la plupart des chercheur·euses qui le citent en anglais (comme l’excellente, au demeurant, Raewyn Connell, notre intervenante ce mardi) ne citent jamais le traducteur, je suis allé vérifier, et il s’agit d’un certain “Ayi Kwesi Armah”. Frappé par la quasi homonymie avec le grand écrivain ghanéen Ayi Kwei Armah, j’ai donc effectué une recherche Google restreinte, et il se trouve que toutes les pages Web qui parlent de “Ayi Kwesi Armah” :
1) renvoient à la traduction des Savoirs endogènes
2) font une coquille sur le nom du romancier
Mon collègue Salim Abdelmadjid m’a confirmé que c’était bien le romancier ghanéen Ayi Kwei Armah qui a traduit les articles de ce recueil de Paulin Hountondji :
Vous avez raison, tout indique qu'il s'agit d'une coquille et que le traducteur est bien Ayi Kwei Armah.
J'ignore si Hountondji et lui ont travaillé ensemble au-delà de cette traduction. Ils participaient aux activités du Codesria, à Dakar où Armah vivait (ou proche de Dakar - il avait établi sa maison d'édition à Popenguine), ils se sont probablement rencontrés à d'autres occasions. Il y avait entre eux une convergence philosophique et politique (critique du néo-colonialisme, revalorisation des savoirs africains) qui indique que cette traduction n'était pas qu'une transaction éditoriale.
Il m’a aussi signalé un article excellent de Fransizka Dübgen qui se clôt sur une citation d’Armah par Hountondji.
Ainsi, comme je le pensais, cette collaboration entre le philosophe béninois et le romancier et essayiste ghanéen est une information extrêmement intéressante en matière d’histoire intellectuelle et de relations entre États africains, notamment dans le cadre de cette production de savoirs décentrés ou endogènes. Il faut noter que la totalité des livres édités par Armah dans sa maison d’édition Per Ankh sont très difficiles à récupérer, et non traduits en français.
21:08 Publié dans 2026, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)


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