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mercredi, 21 janvier 2026

Dérives inquiétantes et cohérentes

Et dire qu’hier je regrettais de parler trop souvent hier de mon travail.

Hier après-midi, c’était le pompon.

À une heure de l’après-midi, j’ai vu des agents arracher, sur les panneaux d’expression libre du bloc Thélème, des affiches contre le génocide palestinien ainsi que le collage du collectif Actions Féministes de Tours sur les féminicides. À ce que j’ai su de source sûre, il s’agissait de consignes expresses du directeur de cabinet de l’université, en raison de la venue du préfet.

Comme je l’ai écrit au président de l’université :

Force est de constater que les déclarations de l’équipe dirigeante sur l’égalité femmes/hommes et la lutte contre les VSS, sont de pure formalité et que, dans les faits, pour mendier la bienveillance de l’Etat, notre établissement est prêt à sacrifier ses valeurs d’humanisme et de liberté d’expression. Dans le contexte où les idées d’extrême-droite sont déjà largement installées dans le pays et au plus haut niveau, ce genre de décision ne peut que laisser craindre ce que l’université de Tours sera prête à faire si l’extrême-droite arrive de facto aux commandes du pays.

Militant en faveur des droits de l’homme, contre le racisme et contre les VSS, je suis choqué à titre personnel et en tant que collègue qui tente d’agir, à son modeste niveau, depuis plus de vingt ans, contre les discriminations liées à l’origine ou au genre. Sauf éclaircissement contraire de votre part, je considère que mes convictions humanistes se voient ici combattues par la direction de l’établissement qui m’emploie, et que les étudiant·es qui ont fait ces collages ou les approuvent comprendront de même que ces idées ne sont pas (ou plus) soutenues.

Vous me répondrez sans doute la seule réponse donnée depuis plusieurs mois : seul compte le budgétaire, le reste est sans importance. Sachez que je mesure, comme les autres collègues je pense, la gravité de la situation financière de l’université, mais je ne pensais pas que cette priorité devait conduire la présidence à transiger avec nos valeurs, dont je comprends donc qu’elles ne seraient pas partagées par le préfet, représentant de l’Etat dans le département.

 

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Le soir même, j’ai écouté la cérémonie des vœux, organisée dans la salle Thélème mais diffusée en direct sur YouTube. Par-delà le choix symbolique de Thélème et de l’inauguration du site Tanneurs rénové, ce choix de site ne fut justement que symbolique : toustes les intervenant·es provenaient de diverses composantes, à l’exception des deux facultés du site Tanneurs (d’Arts et Sciences Humaines et Lettres & Langues), privées de parole. Les étudiant·es en musicologie qui ont proposé un programme musical très réussi et très émouvant étaient l’exception, mais sans qu’aucune mise en valeur de la recherche ou de l’enseignement dans cette filière soit explicitée. Après cela, le discours du président, ne citant que les menaces idéologiques et financières contre les sciences expérimentales et médicales, et nullement les attaques contre les sciences humaines (sociologie, études post-coloniales, études féministes et queer, pour n’en citer qu’une poignée), n’était pas de nature à rassurer. Il faut l’avoir entendu : ce qui se passe aux États-Unis en ce moment est grave à cause de la généralisation des discours anti-vax. Alors, oui, c’est très grave, et Robert Kennedy Jr est un abominable fumier ; mais dire cela, c’est, sans jamais prononcer le mot de fascisme bien sûr (il n’aurait pas fallu fâcher les collègues et étudiant·es d’extrême-droite qui étaient dans la salle, ni le préfet sans doute), passer par pertes et profits les personnes tuées par la milice ICE, l’impérialisme états-unien qui s’attaque à présent au Groenland au risque d’anéantir l’OTAN, le recours au Salvador comme prison politique délocalisée, etc.

Autant dire qu’à l’époque de la grande inquiétude budgétaire (notre université, déjà chroniquement sous-dotée depuis des années, est au bord de la faillite), on ne peut s’empêcher de penser que l’université de Tours a déjà fait le choix de ce qu’elle choisit de mettre en avant, et des filières d’enseignement et disciplines de recherche qu’elle sacrifiera sans états d’âme si le pire venait à se confirmer. Et que, de même, si la fascisation du pays se renforce encore dans les mois à venir, l’équipe dirigeante de l’université a pris soin de ne pas trop s’exposer.