dimanche, 24 novembre 2013
Lever silences
Mardi dernier, lisant, à la Bibliothèque des Lettres de mon université, un roman rare, introuvable, jamais réédité, emprunté grâce au service du PEB et qu’il était impossible de sortir de l’enceinte de ladite Bibliothèque, je commençai à prendre des notes, mais très vite je fus frappé de lire, ici et là, de loin en loin, un alexandrin. Je notai le premier, qui se trouvait à la première page. Puis il me vint l’idée de noter tous ceux qui pourraient, au moins au jugé – car le résultat final d’une telle opération est difficile à anticiper –, constituer, in fine, un sonnet.
Je me retrouvai donc à lire, à la hâte, de manière particulièrement vigilante, la première moitié de ce roman, tout en fixant une part non négligeable de mon attention sur le sonnet en cours, que j’ai pu achever après moins d’une centaine de pages lues (donc, bien avant que je m’interrompe) et dont je donne ci-dessous la version typographique définitive, qui comporte aussi, en exergue, un envoi et un sonnet de nombres.
Le fragment initialement prévu pour le vers 3 n’offrant pas une rime parfaite, il a été rebuté, au profit d’un emprunt extérieur. Le titre du sonnet est une anagramme du titre du roman
Lever silences
À mon amie la Colonelle.
Sa mise originale me plaît tout à fait :
Un canotier uni, comme les saints leur nimbe.
La reine de la fête nageait dans un limbe ;
Ce corps luxuriant l’étonnait, le déroutait.
Par une bonne humeur qui les attendrissait
— Ce n’étaient que carquois et que torches flambantes —
L’œuvre était d’une écriture alerte, pimpante,
Depuis que sa réputation s’élargissait.
Les passants, des êtres légers, ouatés de songe
Et dont les doigts de carabin, fumés sous l’ongle,
Indiquaient que l’Invisible était nul pour elle.
Par-dessous la voûte noire des marronniers,
J’ai rarement vu d’auscultation plus belle :
La cape de drap jaune avec le canotier.
Blouson, usures — 13-1-X-18-51-12-38-72-43-52-64-78-56-59
22:22 Publié dans Ecrit(o)ures, Moments de Tours, Sonnets de janvier et d'après | Lien permanent | Commentaires (1)
Trippy, tricky
Jetant un œil aux commentaires situés en-dessous d'une vidéo sur youTube, je glane ceci :
Trippy pictures dude.
Il me semble comprendre que cet adjectif, trippy, est péjoratif. Rien de certain, toutefois. Peut-êtyre suis-je influencé par ma méconnaissance de l'adjectif, la proximité phonique de crappy, et enfin ma propre (piètre) estime du choix des images servant à illustrer cet enregistrement (pirate) de la Cinquième de Sibelius par Karajan.
Après vérification dans l'OED, il s'avère que cet adjectif est bel et bien dérivé de trip au sens hallucinatoire. Selon les auteurs de l'OED, cette somme ahurissante et sublime de plus de cent mille pages, la première occurrence de l'adjectif remonterait à 1969.
Toutefois, je ne peux que noter ici avoir déniché, en quelques clics seulement, une occurrence nettement plus ancienne, dans Holidays at the Grange, or A Week's Delight d'une certaine Emily Mayer Higgins (1889). Qu'il me soit permis de citer ici in extenso tout le paragraphe, aussi délicieux qu'énigmatique, de la page 32 :
So the game went on, becoming every moment more difficult and more ludicrous—as Charlie called it, more trippy—and by the time it went round the second time, none escaped the horns. Any thing will do for the genteel lady to own, and it makes it more agreeable to vary it each time it is played: for instance, an eagle with a golden beak, silver claws, diamond eyes, ostrich feathers, bird-of-paradise tail, a crown on its head, a diamond ring on its thumb, a gold chain round its neck, a pocket-handkerchief in its hand, and any other nonsense you can string together. A lady's étagère or what-not would be a good medium for collecting together absurdities—Mont Blanc at the top, a gridiron below, a gold thimble at the side, the poets in a corner, a breakfast set on one shelf, a card-case above, a smelling-bottle at the side, a work-box, a writing-desk, a piece of coral, etc. A genteel lady's description of her mansion—certainly an extraordinary one—would be suitable; a modern-built house, with a porto-ricco in front, and a pizarro in the rear, a summer-house contagious, andturpentine walks, etc.
18:12 Publié dans Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
Genette à dents de sabre
Première remarque de narratologie d'Oméga, en C.P. cette année :
« Le tigre à dents de sabre rôde aux alentours. »
Pourquoi ils disent “rôde” ? Y en a plus depuis longtemps, des tigres à dents de sabre.
09:10 Publié dans ... de mon fils | Lien permanent | Commentaires (0)


