Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 12 mars 2025

12032025

La saison printanière s’avance par petites touches : les pies ramassent des branches mortes dans la haie ; les pruniers arborent encore – malgré les averses qui ont jonché le sol de la terrasse – leurs milliers de petites fleurs blanches ; il fait jour à sept heures du soir ; le parfum ambivalent des troènes aussi est là dès qu’on met le nez dehors — et ce soir, en fermant les volets après Inland Empire, j’ai entendu le premier hérisson de l’année fureter dans le jardin, avec la discrétion propre à cet animal.

mardi, 11 mars 2025

Suite de l'enquête (et correctif)

Il y a deux semaines et demie, j'avais un peu réfléchi à (et à peine esquissé des recherches sur) une phrase de Pessoa traduite par Dominique Nédellec. N'ayant pas encore pu consulter l'ouvrage paru chez Cambourakis en 2011, j'ai reçu aujourd'hui un mail du traducteur lui-même, qui me transmet obligeamment toutes les informations.

La phrase originale, dont je maintiens — et je pense que cela restera le seul point de désaccord entre D. Nédellec et moi-même — qu'elle est étrange, se lit comme suit : « She had no sooner asked me this than I felt madness in my brain. »

 

brain.jpg

 

D. Nédellec m'informe par ailleurs que, si j'avais pu lire l'ouvrage, il s'y trouve une longue préface dans laquelle il explique qu'il a traduit les deux nouvelles à partir des manuscrits de Pessoa :

Pour la traduction de The Door, nous avons utilisé une copie du manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale du Portugal et la transcription qu’en a faite Jerónimo Pizarro dans le volume VII, tome II, de l’édition critique des œuvres de Fernando Pessoa, Escritos sobre génio e loucura (Imprensa nacional-Casa da Moeda, Lisbonne, 2006).

Le manuscrit original, fragmentaire, comprend plus d’une cinquantaine de feuillets dans un état d’achèvement inégal, avec des ratures, des incises, des espaces laissés vierges. La partie introductive du texte a été mise au propre à deux reprises, mais les versions conservées sont l’une et l’autre lacunaires. Leur assemblage permet néanmoins d’obtenir une reconstitution complète. Les variantes entre ces deux versions étant mineures, nous ne signalons en notes de bas de page que les plus importantes.

 

11032025

Je prépare enfin, mais trop vaguement, le séjour à Princeton, pour aller regarder concrètement ce que donne l’Urtext anglais de la trilogie de Patrice Nganang. Je copie-colle ici un échange électronique public  avec lui sur Facebook suite au billet « Pourquoi le français rend les langues bamiléké incompréhensibles » :

G. C. — Si je peux me permettre, Patrice, tu veux dire que dans le génitif, c'est la morphologie du nom qui est modifiée en allemand et en anglais : la morphologie, pas la nature. Par ailleurs (et tu me connais, je suis taquin (et puis ça me ferait une belle jambe, je suis germaniste)), pourquoi choisis-tu uniquement le français ici pour ces réflexions (passionnantes) sur le medumba ?

Plus sérieusement : je trouve que, si tu reprenais en livre l'ensemble des chroniques que tu as écrites (et que tu vas écrire) autour de l'histoire des transcriptions du medumba, l'effacement politique de cette langue, la nécessité de la remettre en pratique dans l'Académie sur WhatsApp, cela ferait un jalon important, pour le medumba, et dans ton œuvre. Je suis certain que Teham [son éditeur à Paris, NDLR] serait preneur aussi.

P.N. — Le français c'est juste un autre de ces accidents de l'histoire qui, ici, a fait perdre exactement cinquante ans à l'intelligence Bangangte.

G.C. — Tu bottes en touche pour le livre.

P.N. — Non, pas du tout. C'est digestif : nous sommes en train d'écrire des syllabaires, et de fonder des écoles de medumba. L'académie est pragmatique, et pas théorique.

Bon, je commence aussi ainsi à écrire des livres de fiction etc., en medumba, ça c'est clair.

G.C. — Tu es la personne moins bien placée au monde pour prétendre que la praxis empêche la théorie. Elle s'en nourrit et elle la nourrit. Il me semblerait primordial (et j'ai pesé l'adjectif) que ces billets ne restent pas difficilement trouvables, épars, dans les limbes de Facebook. Only my opinion.

P.N. — Je fais appel aux contributions des non-medumbaphones ici, mais comme tu sais, toute maison a plusieurs fenêtres

 

Dans mon fichier Chantier CRCT où j'ai aussi reproduit cet échange, j'ai ajouté cette note :

La praxis se nourrit de théorie et la nourrit. Tiens, un titre de chapitre ? L’axiome est transposable à l’étude que je veux mener sur le double (au moins) front traductologique et post-colonial.

 

lundi, 10 mars 2025

10032025

5 h 10

Ce rhume me flingue une nuit après l’autre. Ce matin, il fallait que je me lève : expectorer, cracher — bref, toute la lyre ragoûtante du petit Argan portatif. (Enfin, pas toute : ni lavements ni clystères, merci bien.)

J’écris ceci avant même d’ouvrir le navigateur Web, car sinon après, une chose une autre, et une heure a filé.

 

Aujourd’hui j’enregistre la cinquième émission d’I Love Mes Cheveux, avec mon ancienne collègue Priscille Ahtoy, avec qui j’avais organisé une rencontre (précédée de deux communications) avec la romancière Mariam Sheik Fareed, en mars 2023. Comme j’ai des milliers de questions à lui poser, et comme, pour la première fois depuis que j’ai commencé cette émission, je devrai rendre l’antenne pour 11 h pile (Mélissa enregistre une Méridienne, ce lundi), il faudra sans doute qu’on en enregistre une autre dans pas si longtemps. J’hésite : est-ce que je fais « sauter » la lecture que j’avais prévu ? est-ce que je ne diffuse qu’une seule chanson au lieu de deux, génériques exclus ? Ah là là, grande différence avec le métier d’enseignant : en général, on peut laisser quelque chose en suspens et le finir à la séance suivante.

Autre différence, d’ailleurs : je rédige mon intro, les rubriques et même certaines questions. Il y a fort longtemps que, cours d’agrégation exceptés, je ne rédige plus rien pour faire cours : pour les T.D., un document didactisé qui a servi de base au travail des étudiant·es et des idées très précises quant à mes objectifs pédagogiques ; pour les C.M. un Power Point avec très peu de texte (uniquement les concepts et les citations, afin de ne pas devoir dicter x fois), et ensuite j’improvise ma présentation. Pour la radio, je suis rassuré d’avoir un « conducteur » plus détaillé ; c’est un peu idiot car, à la vérité, il entre beaucoup d’improvisation dans l’émission. La dernière fois, je n’ai pas posé la moitié des questions que j’avais préparées ; cette fois-ci, ce sera pire.

 

Je vais bientôt basculer dans le fichier Chantier CRCT, car je dois noter ma progression dans la relecture d’Empreintes de crabe (ce n’est pas si mal), ainsi que quelques références. Au cours de mon séjour à Nantes, j’ai acheté, à la librairie Les Bien-Aimé·e·s (ça me fait bizarre de redoubler le point médian, ce que je ne fais jamais), l’essai de Brent Hayes Edwards traduit par Jean-Baptiste Naudy et Grégory Perrot aux excellentes éditions Ròt-Bò-Krik [Pratique de la diaspora, 2024] et dès la préface lue en écoutant Mabanckou dire n’importe quoi sur Angela Davis et faire le show pour sa cour, j’ai noté plusieurs choses qui pourraient se trouver, sinon au centre, du moins dans une des articulations de mon projet. (Mais n’ai-je pas déjà écrit ça vendredi ?)

Outre tous ces livres qui s’accumulent devant moi sur le bureau (mais qui n’empêchent pas encore de voir l’écran de l’ordinateur), il y a le petit carnet noir et blanc acheté jeudi à Nantes avant la rencontre à la médiathèque Floresca-Guépin, dans lequel j’ai noté des foules de choses, dont une dizaine de pages après ma lecture de Profaner Ananda. Heureusement que cette pratique d’écrire dans des carnets est rarissime pour moi, sinon je sens que la maison, aussi, en serait envahie.

 

05:30 Publié dans 2025, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 09 mars 2025

09032025

C’est le moment risqué — quand j’aurais beaucoup de choses à écrire, alors que je suis fatigué par la pharyngite et le contre-coup du voyage à Nantes. Et je laisserais passer deux ou trois jours sans écrire, en me disant que ce n’est pas grave.

Chaque sujet demanderait de l’énergie et une demi-heure au bas mot.

Alors je n’écrirais rien.

Et les deux ou trois jours deviendraient, mine de rien, une ou deux semaines.

 

Donc ici, j'écris. On verra, pour la suite.

 

19:45 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 08 mars 2025

08032025

Emmanuel Macron, ce sale type vraiment, déclare qu’il faudrait que chaque jour soit la journée des droits des femmes, alors qu’il envoie sa police tabasser et gazer les manifestantes, et qu’il fait protéger les nervis d’extrême-droite.

À Nantes, le rassemblement féministe témoignait d’une rage et d’une combativité sans précédent.

C’est dans cet esprit-là qu’il faut se retrouver, se ressourcer, reprendre espoir.

 

sochard.jpg

vendredi, 07 mars 2025

07032025 (Atlantide, de beaux moments... et la contagion du wtf)

20250307_113222   Aujourd’hui, j’ai passé la matinée avec des amis, et à découvrir des librairies nantaises – dont Les Bien-Aimé·e·s, où j’ai acheté un petit livre de Joëlle Zask qui m’avait échappé, et l’essai majeur de Brent Hayes Edwards traduit par J.-B. Naudy et G. Pierrot aux excellentes éditions Ròt-Bò-Krik : bien m’en a pris, car j’ai déjà trouvé, en commençant la lecture de ce livre, deux notions différentes qui vont me servir pour mon projet Aidoo/Darko/Nganang. Comme quoi il faut acheter des livres, même quand on en a soixante en carafe qui attendent.

 

L’après-midi au festival Atlantide a été assez riche, malgré une première rencontre un peu superficielle autour d’Angela Davis, avec Alain Mabanckou : belle table ronde avec Lucy Mushita, Li Ang et Sang Young-park, lecture inaugurale de Nancy Huston, exposition des objets donnés par les participant·es au fil des années…

Festival Atlantide, Nantes - objet n° 364 de l'exposition permanente (texte d'Ananda Devi)

 

Malheureusement, la table ronde avec Ananda Devi et Annie Ferret a été très décevante. De toute évidence, les planètes étaient alignées pour que le grand n’importe quoi se produise :

  • un thème très général et pas du tout littéraire (La contagion du mal (??))
  • un « animateur littéraire » complètement à l’ouest, Emeric Cloche, qui n’avait lu aucun livre, qui faisait des blagounettes malaisantes et n’était même pas capable de dire correctement le nom des écrivain·es ou les titres des livres, quand par miracle il avait l’idée saugrenue d’en citer u
  • une première question encore plus débile et générale que le thème de la rencontre (il fallait le faire), dans laquelle José Carlos Somoza s’est engouffré pour déblatérer sans queue ni tête, et sans jamais parler d’écriture ni de ses livres
  • un écrivain venu faire son intéressant, José Carlos Somoza donc, qui a tiré la couverture à soi en full manspreading discursif

Ananda Devi et Annie Ferret ont tenté de ramener la discussion vers des considérations à peu près cohérentes, et surtout vers la question de l’écriture et de la littérature. À 16 h 57 quand l’insupportable Emeric Cloche a signalé qu’il restait le temps pour une question, j’étais à deux doigts de me lever et de dire « Pourrait-on enfin entendre les écrivaines sur la façon dont elles considèrent que l’écriture peut mimer la contagion du mal, ou peut-être lui servir d’antidote ? » Il y a quinze ans, encore, je crois que je me serais levé au milieu de la rencontre et que j’aurais interrompu Somoza ou Cloche en lançant « et la littérature ? ».

C’est tout à fait regrettable, car il y avait une centaine de personnes présentes, dont la majorité n’avait sans doute lu aucun livre des auteurices et dont beaucoup n’auront pas su ce qu’il y avait dans ces œuvres, ce qui se tramait dans ces textes. D’ailleurs, alors que le grand espace du rez-de-chaussée est bondé, très peu de gens sont venus ensuite à la rencontre d’Annie Ferret et d’Ananda Devi, pour faire signer les livres ou discuter.

Il serait souhaitable que le festival Atlantide choisisse des intitulés plus littéraires (car la tendance aux titres accrocheurs mais totalement creux est assez générale) et surtout se débarrasse de ce pilier de café du commerce. Il en va du sérieux des débats…

Ananda Devi à la médiathèque Floresca-Guépin.JPG

 

 

Heureusement que la rencontre avec Ananda Devi à la médiathèque Floresca-Guépin, hier soir, autour de La nuit s'ajoute à la nuit, était tout à fait remarquable, elle... Il faut dire qu'il y avait du temps, et, surtout, deux dames (dont le nom n'a pas été dit) qui avaient lu les livres et qui posaient des questions intelligentes...

 

jeudi, 06 mars 2025

06032025 (la revue "Commentaire", un old boys' club au service de l'extrême-droite)

1741164533512.jpg

 

J'ai reçu le sommaire du nouveau numéro de la revue Commentaire. Comme je sais depuis longtemps que je ne trouve rien d'intéressant dans cette revue de droite, qui, de surcroît, n'aborde quasiment jamais mes sujets de recherche (Afrique, traduction, littératures), je balance habituellement ces mails directement à la poubelle. Là, quelle mouche m'a piqué, je suis allé y voir et je vous ai copié-collé tout ça sur une seule image. Oui, vous lisez bien : pas une seule femme parmi la quarantaine de contributeurs (cela m'épargne le recours au point médian). Pas une seule. J'ai même vérifié pour les prénoms incertains : Dominique et Tilo sont bien des mecs. Ouf.

On a là une parfaite illustration d'une revue à l'idéologie conservatrice et réactionnaire qui est aussi, fort logiquement, un boys' club... et même, si on veut être complet et en juger par les prénoms, un old men's club. Aucun âgisme de ma part, mais une structure qui n'ouvre ses portes à aucune femme et à aucun homme de moins de 50 ans, ça ressemble puis à un EHPAD en non-mixité qu'à une revue de sciences humaines.

Rien d'étonnant donc à ce que le dossier sur Trump n'ose jamais, il semblerait, le concept de “fascisme”, pourtant désormais principalement opérant pour analyser ce qui se passe aux Etats-Unis. Rien d'étonnant non plus — et on n'aura a priori* pas besoin d'aller lire les pages pleurnichardes en question pour en avoir la confirmation — à ce qu'un article s'intitule “Misère de l'intersectionnalité” : il est vrai que quand on estime que le débat intellectuel est strictement réservé aux hommes blancs proches de la retraite ou déjà à la retraite, le concept d'intersectionnalité doit avoir quelque chose de terriblement galiléen.

Nos petits inquisiteurs platistes ont donc leur revue, et ce ne serait pas grand chose s'il n'y avait qu'une revue comme celle-ci : cependant, des officines, institutions ou structures médiatiques qui exhibent une telle “couillhésion”, pour reprendre la notion forgée par Stéphanie Lamy, il y en a d'autres.

_________________



* Je dis “a priori” mais il est évident que la curiosité et mon ethos de chercheur vont me pousser à aller regarder cela de près dès que le n° sera disponible sur CAIRN (je ne crois pas que la B.U. reçoive encore la version papier).

 

mercredi, 05 mars 2025

05032025

J’ai une crève plutôt modérée depuis avant-hier soir : gorge en feu, nez guère plus bouché qu’habituellement, pas de fièvre. Cette nuit, j’ai dormi d’une traite. Je dois mettre à jour les deux fichiers Répertoire (livres et films), puis je me remets à Empreintes de crabe.

Tout se croise en tous sens.

 

Hier, j’ai pris mes billets de train et réservé une chambre d’hôtel pour les deux nuits à Nantes. À la médiathèque des bords de Loire j’ai emprunté le roman de Lisette Lombé, que je n’avais pas lu quand il est sorti. Normalement, je vais pouvoir déjeuner avec Pierre Barrault, que je n’ai pas vu depuis trois ans et demi : ça me fait très très plaisir.

 

09:21 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 04 mars 2025

04032025

Hier, c’est parti dans tous les sens, et je n’ai ni fini de saisir les quelques citations ou idées glanées dans Chartier, ni poursuivi le dépouillement de ce que j’avais trouvé en commençant de relire Empreintes, et au point même d’avoir interrompu depuis 48 heures cette relecture ; ça ne va pas du tout. Je dois avoir fini de relire Empreintes dimanche prochain, et comme, de façon imprévue, je vais aller de jeudi à samedi à Nantes pour le festival Atlantide, ça signifie un gros coup de collier aujourd’hui et demain.

 

Cela fait plusieurs semaines que je n’ai relancé personne pour Amma Darko. Mais qui relancer ? J’en viens à me dire que mon essai pourrait être aussi intéressant à partir du texte allemand de Cobwebs et Stray Heart, c’est-à-dire à partir de cette absence du texte anglais. Peut-être, mais toute la partie où je me voyais procéder à une critique traductologique, pour ne rien dire de l’espoir qui commençait à naître de rendre ces deux textes introuvables – une fois trouvés – disponibles pour le lectorat anglophone, tout ça tombe aux oubliettes.

 

lundi, 03 mars 2025

03032025

Ce matin, je me suis levé à 4 h 30 pour lire, parcourir et “extraire” (comme dit Bergounioux) un ouvrage assez maussade sur la traduction. Je me suis aperçu dans l'après-midi qu'une partie des passages qui m'avaient intéressé ont été plagiés éhontément, en 2012, par cette universitaire renommée, presque tous dans des articles d'un même numéro de revue de 1994.

 

Pour me changer les idées (ou pas), j’écoute le 44e épisode du podcast de Clara Joubert, Lost in Translation, que j’ai découvert il y a deux ou trois mois seulement. Cet épisode s’intitule “Une écrivaine sans langue. Rencontre avec Alta Ifland”. La discussion va tourner autour de choses déjà explorées (mais toujours passionnantes à explorer encore), ce qu’Elsa Triolet a écrit dans La mise en mots : « Ainsi, moi, je suis bilingue. Je peux traduire ma pensée également en deux langues. Comme conséquence, j'ai un bi-destin. Ou un demi-destin. Un destin traduit. » Ce qui est intéressant, c'est qu'Alta Ifland écrit dans deux langues dont aucune des deux n'est sa langue maternelle, l'anglais et le français.

Elle s'autotraduit et déclare d'ailleurs : « Quand je m’auto-traduis, c’est une nouvelle œuvre. »

Elle dit aussi :

« En passant d’une langue à l’autre je découvre des choses de mon identité que j’ai dans une langue et pas dans l’autre, et c’est comme si je me reconstruisais de manière intégrale. Quand je m’autotraduis je mets ensemble toutes ces parties de moi-même, en ces trois identités. Chaque identité est un peu partielle et par l’autotraduction je deviens entière. »

 

         Elle a également commenté la pratique créatrice du jeu entre les langues, de l'interlinguisme :     « Parfois je traduis littéralement des expressions roumaines idiomatiques et ça fait un effet comique je crois. Eugène Ionesco faisait ça aussi. » —— Je sais que je ressasse mes vieilles marottes, mais cela me rappelle un des livres qui m'a le plus marqués, lu en bibliothèque à Beauvais (et comme je regrette de ne pas l'avoir acheté, il est difficilement trouvable), Quant à je (kantaje) de Katalin Molnar. (Je ne ressasse pas trop, apparemment, vu que je n'ai cité ce livre majeur qu'une seule fois en vingt ans dans ce blog, et en passant, l'année dernière.)

 

dimanche, 02 mars 2025

02032025

Sans titre.jpg

 

Lu le « Que sais-je » de Michaël Oustinoff sur la traduction, que j’avais récupéré à la B.U. qui l’envoyait au pilon : il s’agit de la 6e édition, de 2018, mais rien n’a été changé, je pense, au texte de 2003. C’est globalement médiocre, même si ça rafraîchit un peu les idées. Le problème que je me pose, par rapport à mon projet, c’est de savoir si ça a une quelconque utilité de montrer en quoi certaines des grandes théories (Steiner, Ricoeur, Cassin) n’ont aucun intérêt pour mon sujet car elles réfléchissent à partir du champ des langues européennes et de rapports interlinguistiques non coloniaux, donc à côté de la plaque. Perte de temps ? peut-être pas, mais ça m’entraînerait dans un autre livre : ce qu’il faut, en fait, c’est que je trouve ou retrouve les articles et les livres qui ont déjà fait ça, une approche décolonisant la traductologie en quelque sorte.

Cela posé, je continue de trouver que la théorie de la traduction/hospitalité de Ricoeur est une gigantesque connerie, même dans son champ.

 

samedi, 01 mars 2025

01032025

Beaucoup avancé dans Empreintes de crabe, et donc écrit un peu (beaucoup) dans le fichier de travail. Donc pas trop ici.

Rien d’autre à signaler que le fait que j’ai pu mettre en ligne, hier, le podcast de la quatrième émission de I Love Mes Cheveux. C’était avec mon ancien collègue et toujours ami Eric Rambeau, et on a parlé d’otaries et de phalènes, du joycien comme langue, de la traduction à la chaîne d’ouvrages de vulgarisation, de Lo’Jo, des recherches de vocabulaire scientifique avant l’avènement du Web etc. Bref, c’était bien cool.

 

19:22 Publié dans 2025, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 28 février 2025

28022025 (double codicille)

Sur le sujet dont je parlais hier – l’impensé colonial du MAAOA – voici ce qu’a écrit, en réaction au partage de mon billet sur Facebook, mon collègue et ami Louis-Georges Tin :

Quand un musée ou une université détient des restes humains qui ont été acquis sans le consentement des personnes, des restes humains entreposés dans un placard, souvent après des massacres, des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité, techniquement, selon le droit international, ces lieux sont ce qu’on appelle des charniers. De charniers jolis, mais des charniers tout de même. On pourrait et devrait demander la fermeture immédiate de ces établissements, en vertu du droit, tant que la restitution n’a pas été mise en œuvre.

 

Sur Bluesky, Luc-André Biarnais m’a signalé un article publié le 14 septembre dernier dans le journal La Croix et intitulé “Des Guyanais réclament à Paris les ossements de leurs ancêtres, exposés dans des zoos humains”.

 Voici ce qu'on peut y lire :

Au niveau national, la route promet d'être sinueuse, tant le dossier semble éloigné des priorités gouvernementales. Si Rima Abdul-Malak, ancienne ministre de la culture, s'était dite ouverte à l'idée que ces ossements reviennent en Guyane tout en restant propriété de l'État, le dossier n'a plus connu d'avancées depuis janvier 2024 et l'arrivée Rue de Valois de Rachida Dati. Quant à la loi du 26 décembre 2023, qui facilite la restitution de restes humains en créant une dérogation au principe d'inaliénabilité des biens appartenant au domaine public, elle se contente de le faire pour les pays étrangers, et ne concerne donc pas les territoires ultramarins.

 

jeudi, 27 février 2025

27022025 — le MAAOA, une décolonialité de façade

Avant-hier, à Marseille, j’ai visité notamment le MAAOA (Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens). Il se répartit sur trois très grandes salles, dans le Centre de la Vieille-Charité.

 

20250225_152616.jpg

 

J’ai commencé par les collections d’objets et d’œuvres africain·es, avant de me rendre dans la salle consacrée à l’Océanie (dans laquelle sont surtout exposées des œuvres de Polynésie — je suis passé plus vite dans la partie consacrée au Mexique). Dans la salle consacrée aux objets d'Océanie, il y a une vitrine dans laquelle est exposé un non-objet : dans une cage de verre tapissée de bleu, on ne voit rien, ou plutôt on voit qu’il n’y a aucun objet. Un cartouche indique sobrement que l’objet qu’on ne voit pas est une tête humaine tatouée toi moko, d’origine maorie.

À droite de la vitrine vide, un long texte intitulé « Restitution de patrimoine aux peuples d’origine » explique doctement, sur cinq paragraphes, que i) l’objet qui n’est pas exposé a une valeur sacrée pour les Maori ; ii) il appartient à une catégorie qui fit l’objet d’un « ignoble trafic jusqu’à son interdiction en 1831 » ; iii) « le MAAOA n’a jamais exposé ni reproduit la tête humaine toi moko présente dans la collection Gastaut » ; enfin, iv) « suite à la loi du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution par la France des têtes Maori à la Nouvelle-Zélande, la tête […] fut restituée en 2012… ».

 

Il va de soi que cette mise en évidence de l’histoire du pillage colonial et de la restitution d’objets est tout à fait capitale dans un musée, et qu’on ne peut que déplorer que cela soit souvent moins explicite. Pourtant, sans que le remède soit tout à fait pire que le mal, j’ai été en proie à un profond malaise après avoir lu ce texte.

En effet, qu’avais-je vu jusque-là ? Eh bien, pour commencer par les objets exposés tout près de cette spectaculaire vitrine vide, il y a des têtes réduites Shuar, des crânes surmodelés du Vanuatu etc. Donc des restes humains, des objets tout aussi incompatibles avec l’exhibition muséale, et même avec l’exposition en-dehors d’un cercle communautaire restreint. C’est d’ailleurs, à en croire plusieurs sites, le point commun de tous les objets de cette fameuse collection Gastaut : les 88 objets sont « des crânes, des têtes et des objets liés au crâne humain, sculptés, peints, surmodelés, gravés ». Le profond malaise qui s’est emparé de moi vient de l’hypocrisie que constitue la vitrine vide : pour 87 objets qui furent aussi l’objet de pillages et de trafics, au point de se retrouver dans la collection privée d’un neurologue français de la seconde moitié du 20e siècle (comment ne pas penser au livre génial de Delphine Peiretti-Courtis, Corps noirs et médecins blancs ?), le fait d’en restituer un seul vaut-il exemption générale ? En quoi les cultures du Vanuatu ou d’Amérique du Sud dont le MAAOA expose encore les objets rituels sont-elles plus désacralisables que la culture des Maori ? À ce niveau de foutage de gueule, je m’attends à ce que d’autres affirmations du fameux texte soient tout aussi fantaisistes : si on cherche, se rendra-t-on compte, par exemple, que le MAAOA a, en fait, « exposé et reproduit la tête humaine toi moko » à un moment de son histoire ?

 

Je l’ai dit, j’avais visité la salle des œuvres africaines avant, et j’y avais pris de nombreuses notes, car en dépit d’une muséographie « moderne » et de phrases soucieuses de montrer qu’on en avait fini du regard ethnocentrique colonial, tout reste à faire. Pour le dire clairement : les textes de cadrage proclament qu’on en a fini de la vision suprémaciste, tandis qu’affleure, presque à chaque objet, un impensé colonial généralisé.

Prenons quelques exemples parmi tant d’autres.

1/ Il est indiqué que la pipe d’apparat Bamum exposée a « vraisemblablement appartenu au sultan Njoya ». Il se trouve que je connais bien le contexte historique et architectural, car le sultan Njoya est, entre autres, le protagoniste principal de Mont-Plaisant, un des quatre romans de Patrice Nganang autour duquel tourne mon gros projet de recherche actuel. Ibrahim Njoya a-t-il donné une de ses pipes ? à qui ? dans quelles circonstances ?

20250225_150059.jpg

 

2/ Le MAAOA expose une autre pipe, ayant appartenu, celle-là, au roi Glélé, dixième roi d’Abomey et père du célèbre Béhanzin, dont on sait comment les Français le chassèrent de son royaume et le condamnèrent à l’exil. Tout cela n’est absolument pas dit, d’ailleurs : pour le visiteur lambda, c’est la pipe du roi Glélé, dont on nous donne juste les dates de règne et l’origine géographique (« Fon, Bénin »). Il ne faudrait pas que qui que ce soit fasse un rapprochement avec les pillages massifs perpétrés contre ce royaume, au point que le « trésor de Behanzin » a été restitué récemment au Bénin. Rappelons que la France a rendu 27 œuvres emblématiques, mais continue de s’accaparer plusieurs milliers d’objets que réclame le Bénin.

Au hasard, y aurait-il la pipe de Glélé parmi ces objets ? Autant dire qu’avec ce genre de muséographie, je n’étais, avant même d’avoir lu le très solennel texte « Restitution de patrimoine aux peuples d’origine », pas trop prêt à me laisser embobiner…

 

3/ Les panneaux d’information restent peu diserts sur les conditions dans lesquelles le principal collectionneur privé, Léonce-Pierre Guerre (“grand collectionneur d'art africain et fasciné par ce continent depuis l'âge de douze ans”, c'est-y-pas chou ça), a acquis les objets avant d’en faire don à la ville de Marseille.

 

4/ Trois citations viennent clore le panneau d’information principal qui tente de contextualiser – en expliquant que toute cette époque est révolue – la façon dont les musées européens ont longtemps exposé ces objets en les inscrivant dans « l’art primitif ». Ces trois citations sont respectivement : deux phrases de Ludwig Wittgenstein (non sourcées) ; un proverbe africain ; deux phrases de Victor Segalen (non sourcées).

20250225_151705.jpg

 

Je n’ai pas précisé que le proverbe africain n’était pas sourcé, car c’est ici, bien entendu, l’expression « proverbe africain » elle-même qui est significative. Expliquer d’un côté qu’on reconnaît désormais la valeur pleine et entière des œuvres exposées dans la salle au même plan que les chefs-d’œuvre de l’art « occidental », puis citer un « proverbe africain », ça revient, pour un défenseur de foot, à détourner un ballon en corner puis à marquer deux fois contre son camp : difficile de dire si c’est plus ridicule qu’abject. De fait, ce que signifie ce panneau, c’est que les productions culturelles européennes sont individualisables et spécifiques, mais que i) la culture du continent africain se réduit à des proverbes – ce trope même est déjà raciste – ; ii) bien que chaque cartouche assigne une origine ethnique et géographique à chaque objet, il reste possible de citer un proverbe « africain » comme si l’Afrique était un tout homogène.

 
Par conséquent, il devient urgent que les personnes qui s'occupent de telles collections comprennent qu'il ne peut suffire de « déplier l'histoire coloniale à partir des collections muséales », mais qu'il faut, avec courage et profondeur scientifique, déconstruire (et évacuer) les impensés coloniaux de la muséographie contemporaine.

 

mercredi, 26 février 2025

26022025 (La Montespan et les hippocampes)

Au cours de ces quarante-quatre heures passées à Marseille, j’ai, quoique je ne me sois pas tant promené que cela, entendu deux conversations téléphoniques différentes, dont je vous livre ci-après verbatim deux extraits :

« C’est un sociologue italien qui a étudié les pêcheurs d’hippocampes. »

« C’était l’époux de la Montespan, ce qui lui a valu quelques déboires. »

Je n’avais jamais entendu de bribes de conversations téléphoniques aussi érudites, de sorte que je me demande si cela signifie que Marseille regorge d’échanges intellectuels de très haute volée, ou si, hypothèse plus intéressante, il y a des gens qui se promènent dans Marseille en faisant mine de tenir ce genre de conversation. Voire que ces personnes seraient payées par la municipalité.

Mais après tout, moi qui vous parle, je suis en train de dicter ce texte sur le Vieux-Port, de sorte que quelqu’un qui m’aura entendu pensera que c’est moi qui parle de pêcheurs d’hippocampes et de la Montespan.

 

mardi, 25 février 2025

25022025

Tout à l’heure, je vais donc animer à l’EHESS, à la suite d’une autre intervenante tout de même (Edith Mvondo Ekodo, je me réjouis d’entendre et de rencontrer), la dernière séance du séminaire dirigé par Christelle Rabier. Le titre de mon intervention, qui porte sur mes deux traductions récentes de deux essais historiques, est « Décentrer, documenter, traduire ».

Hier soir, j’ai tenté de faire un tour du Vieux-Port, mais dans la nuit déjà, ne voyant pas la mer, longeant des bâtiments froids le long de trottoirs entièrement déserts (à sept heures du soir !), j’ai interrompu la promenade. Aujourd’hui j’espère au moins visiter le Mucem, et demain matin aller à pied jusqu’à la Bonne Mère, histoire de dire que j’aurai un peu « vu » Marseille.

Je suis malheureusement réveillé depuis 4 h 50, avec le nez totalement bouché et une migraine forte qui a fini par me contraindre à prendre un doliprane (ni les mouchages ni le café n’ont aidé, et d’ailleurs le doliprane n’a pas l’air d’aider non plus). Comme cette sinusite chronique, liée à des polypes « gênants mais pas assez nombreux pour qu’on vous opère » (sic), a débarqué progressivement dans ma vie, je me demande si j’en serai débarrassé un jour, et surtout comment je me sentirai revivre, de ne pas passer au moins la première heure de chaque journée à essayer de me désaccabler. Dans la journée, la sinusite me laisse globalement tranquille, mais elle est un peu là tout le temps quand même.

Pas sûr d’être très en forme pour le Mucem – il va falloir se bourrer de café.

 

Extrait ceci, ce matin, d'un entretien entre Ilan Stavans et Richard Wilbur (traduction Sylvie Kleiman-Lafon) :  « En tant que composition, il [l'original] arrive toujours en premier dans l'ordre chronologique. Mais pour le lecteur, la traduction peut arriver d'abord, suivie ensuite par l'original dont il consulte le contenu par curiosité. » (Sur l'auto-traduction, p. 165).

 

lundi, 24 février 2025

24022025 - quinze notules en lisant Ilan Stavans

Dans le train qui va bientôt partir de la gare de Saint-Pierre-des-Corps, j’ai posé, derrière l’écran de cet ordinateur portable, le livre que j’ai commencé à lire, la traduction française (par Sylvie Kleiman-Lafon) du livre d’Ilan Stavans, Sur l’auto-traduction (Hermann, 2022). Selon ma manie, mais plus encore ici vu que cette lecture est en lien direct avec mes recherches du moment, j’ai commencé à griffonner des bouts de citation et des numéros de page sur une feuille volante. Comme le billet que j’ai pondu hier soir à la va-vite est vraiment très foutraque, et comme je l’ai publié tel quel en connaissance de cause, c’est-à-dire parce que, si j’avais voulu revenir au roman de Belcourt après mon retour de Marseille, il m’aurait fallu dix fois plus de travail qu’à chaud, voici ce que j’ai à écrire sous forme de faits et de notations numérotées :

(1) Je me suis procuré ce livre car il m’a été conseillé par Louis Pichot dans les commentaires de la troisième émission de radio I Love Mes Cheveux enregistrée le 3 février avec Bayan Ramdani.

(2) Je me le suis procuré en français, et non en anglais, car :

(2a) sans l’avoir rencontrée, j’échange depuis plusieurs années avec la traductrice (SKL) sur les réseaux sociaux ;

(2b) lire dans une cinquième langue un essai sur la traduction et le plurilinguisme écrit par quelqu’un qui dit naviguer entre quatre langues est séduisant en soi.

(3) On ne fait jamais assez de promotion pour son propre travail. Ainsi, je suis sûr que je suivais déjà attentivement les publications de SKL en 2022, mais ce livre m’avait échappé. Je ne dis pas qu’elle n’en a pas parlé et qu’elle n’en a pas signalé la parution. Je dis qu’elle aurait dû matraquer

(4) En conséquence de quoi je rappelle que je me trouve dans un train pour Marseille car je vais donner une séance de séminaire demain à l’E.H.E.S.S. au sujet de mes deux traductions, Une histoire des Noirs d’Europe d’Olivette Otele (Albin Michel, 2022) et Noires origines de Howard French (Calmann-Lévy, 2024). Lisez-les, faites-les connaître !

(5) Trêve de plaisanterie, l’ouvrage de Stavans est en fait un recueil d’articles. Il y reprend un certain nombre de ses chroniques, préfaces, billets etc. Seul le premier chapitre, de moins de dix pages, porte spécifiquement sur l’auto-traduction. Bonne nouvelle : je vais pouvoir m’en servir.

(6) En écrivant ce billet, j’ai commis deux fautes de frappe lors de mes saisies du mot auto-traduction: autor-traduction et aito-traduction. Je vois comment je peux faire jouer et signifier le premier néologisme, mais le second m’interloque.

(7) Dès la première page du premier chapitre, j’ai aimé que la traductrice ait marqué le texte de son empreinte avec un passé surcomposé. Ce temps, qui me rappelle toujours mon grand-père maternel, est sous-employé par les traducteurices.

(8) Dans le premier essai de la troisième partie, qui reprend notamment le texte d’une conférence sur la traduction prononcée par Stavans en Chine, il y a une proposition avec laquelle je suis plutôt d’accord (et que je trouve, à cet égard, stimulante) et une proposition, placée immédiatement après la précédente, et avec laquelle je suis radicalement en désaccord (et qui pourrait constituer, de façon plus stimulante encore, le point de départ de toute une partie de ma réflexion sur la tritralogie de Nganang).

(9) Dans la chronique consacrée aux erreurs résultant du logiciel d’autocorrection des téléphones, qui n’a pas en soi grand intérêt (et qui est déjà très obsolète), il y a probablement une prouesse de traduction de SKL : à la page 49, elle propose une chaîne parler / panier / parier / planer dont je n’imagine pas du tout à quoi elle correspond dans le texte anglais.

(10) Dans l’essai qui donne son titre au livre, Stavans (enfin, Stavans traduit par SKL) dit ceci :

« Le principal bénéfice du multilinguisme est un sentiment de libertés, de possibilités infinies. Le principal inconvénient est un sentiment de vivre comme en suspension, de n’appartenir à aucun endroit en particulier. » (p. 17)

(11) En notant cette phrase, je me suis dit qu’il allait falloir que je fasse des recherches sur les différences entre plurilinguisme et multilinguisme.

(12) Les deux dernières phrases de ce même essai (que je recopierai plutôt dans mon fichier de recherche) parlent d’une « traduction dépourvue de texte original » (p. 19). Mutatis (multe) mutandis, on ne saurait mieux décrire mon « extatique tourment » en relisant et travaillant le texte allemand des deux romans d’Amma Darko.

(13) Suite à ma notation n° 8, d’aucun-es doivent ici se demander quelles sont les deux propositions que j’approuve et réprouve respectivement. Les voici donc :

(13a) « un traducteur ne s’épanouit pas dans la contradiction, même si la contradiction est au cœur de l’acte de traduire » (p. 54)

(13b) « Traduire, c’est lancer un pont entre deux habitats linguistiques représentant chacun une culture différente. » (id.)

(14) Pour expliquer ce qui ne va pas dans la seconde proposition, il y a une version longue, qui sera peut-être un livre, ou plutôt un chapitre du livre que je projette d’écrire sur Aidoo, Darko et Nganang. Et une version brève, qui consiste à contredire l’idée d’homogénéité culturelle au sein d’une langue. Chaque habitat linguistique (et même là, l’homogénéité n’est pas juste) représente plusieurs cultures différentes, et, souvent un faisceau indémêlable de plusieurs acceptions culturelles au sein d’un idiome pluriel.

(15) Le chef de bord vient de dire qu’il restait 135 kilomètres avant Paris, ce qui signifie qu’à la vitesse du TGV il me reste à peine le temps d’achever ce billet, de me connecter au WiFi du train et de publier ces 15 notules.

 

13:07 Publié dans 2025, ILMC, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 23 février 2025

23022025 (Chœur infime - Billy-Ray-Belcourt, Dépaysage 2025)

Les éditions Dépaysage viennent de publier la traduction du premier roman d’un poète et professeur de creative writing appartenant à la nation crie d’Alberta, Billy-Ray Belcourt. Je n’avais pas entendu parler auparavant de cet écrivain, dont j’ai donc découvert l’œuvre en français canadien, grâce à la traduction de Mishka Lavigne et sous le titre français Chœur infime (2025) [A Minor Chorus (2022) – chœur en do mineur / chœur mineur].

ci.jpg

 

J’ai énormément aimé ce livre, qui rejoint un certain nombre de mes préoccupations en matière de décolonialité, mais pas seulement. En effet, le roman prend la forme d’une enquête et d’un retour au pays pour un jeune doctorant qui interrompt sa thèse pour aller interroger et même, plutôt, écouter ses proches qui ont grandi dans la même réserve que lui : en ce sens, il s’agit d’un témoignage sur les discriminations et sur l’histoire complexe des communautés et des individus autochtones dans le Canada contemporain, mais, plus encore, il s’agit d’un journal de création tout au long duquel le narrateur tente d’inventer une forme et d’aborder, avec lucidité et espérance, le deuil de sa jeunesse et d’un certain nombre d’illusions. Une seule de mes attentes a été un peu déçue, car, si la quatrième de couverture  présente l’auteur comme un « poète bispirituel de la Première Nation crie de Driftpile, en Alberta », sa réflexion porte plutôt conventionnellement sur l’homosexualité : même le terme de queer, plus eurocentré, est employé dans un sens assez restrictif. Il se trouve que la notion de two-spirit, qui est très particulière, permet habituellement de penser (et surtout de concevoir esthétiquement – c’est tout le propos de Billy-Ray Belcourt) la rupture avec l’hétéronormativité de façon novatrice : ici, à l'inverse d'un poème de 2018 très riche sur ce point, c’est sans doute codé ou implicite, et je pense même que c’est un choix de refuser l’anthropologisation d’un vécu intime personnel. [Intime : c’est l’importance politique de cette dimension qui rend si précieux le choix de l’adjectif infime dans le titre français.]

 

Si je commence par le dernier (onzième) chapitre, dans lequel le narrateur rend visite à son cousin Jack en prison, on y trouve ce qui est un des points d’aboutissement du genre de roman qu’il souhaite conceptualiser : « C’est notre devoir, ai-je pensé, de nous rebeller contre l’embellissement de la violence. J’ai tout de suite reconnu en cela la raison d’être du roman de la contre-culture. » (p. 183).

Ce qui m’intéresse, ici, c’est que cette notation intervient au terme d’une réflexion qui s’amorce par l’analogie « bizarre » entre roman et espace carcéral : « Bizarrement, je me suis mis à penser à la façon dont les romans présentaient parfois l’existence et les sentiments humains avec tant de précision qu’un personnage pouvait sembler emprisonné dans une structure sans agentivité. Ce n’était analogue à une prison d’aucune façon, mais dans mon esprit, on aurait dit que ça soulignait à quel point les gens normaux, les auteurices en fait, jouaient le rôle de gardiens de sécurité ou d’agents correctionnels sous les couverts de la littérature. » (pp. 181-2 – je vais aller piocher le texte anglais de la première phrase pour l’ajouter à ma réflexion sur Amma Darko). Il y a, dans cette esquisse d’analogie, la possibilité de structures romanesques normatives auxquelles s’opposent de contre-structures laissant les personnages libres de leur agentivité, sans doute un prolongement (inattendu, vu la figure que je m’apprête à convoquer) de l’opposition que faisait Ford Madox Ford entre nuvvle et novel. De fait, ça devient une conviction forte pour moi que les modernistes, même trèèès européens, ont aussi ouvert l’espace romanesque aux expérimentations de décentrement qui permettent aux personnages de dialoguer/dialogiser dans une structure réellement démocratique, voire anarchique. Justement, ce qui se passe dans les premiers romans de Darko relève assez de cela.

C’est là une réponse possible à la piste proposée dans le chapitre II : « Et si l’acte d’écrire un roman, me suis-je demandé, permettait de pratiquer un mode de vie qui réfutait les brutalités de la race, du genre, de l’hétéro et de l’homonormativité, du capital et de la propriété ? » (p. 39). Mieux, même, le texte même du livre met en pratique, de façon continuelle et discontinue, l’idée, énoncée plus tôt encore, au chapitre I, selon laquelle la prose (romanesque) et la théorie sont semblables en ce que « les deux nous demandent de refuser le romantisme du présent » (p. 23). L’ambivalence constante de la fonction du roman rejaillit sur l’écrivain : après sa rencontre avec sa grand-tante, la kokum de Jack, il remarque qu’il est « devenu l’écrivain de la famille, et, par le fait même, son historien, son coroner » (p. 69). Comme le confirme le glossaire, le coroner n’est pas n’importe quel enquêteur : c’est, dans la gradation ascendante que propose la phrase de Belcourt, un policier constitué historien de faits tragiques ou macabres. La tragédie, bien sûr, c’est celle de la racisation, c’est-à-dire tout d’abord l’histoire du vol des terres et du pouvoir même d’agir, puis la longue litanie des exactions, comme dans les tristement célèbres « pensionnats autochtones », qui font l’objet du magnifique chapitre VII. Cependant, l’invention d’un roman qui refuse d’embellir la violence implique aussi de frayer avec la langue coloniale qu’est l’anglais :

Mes propres angoisses au sujet du roman avaient à voir avec mon soupçon que l’anglais était une langue trop compromise pour engendrer un portrait de la vie autochtone qui ne fût pas imprégné des fantasmes coloniaux de notre délabrement. Peu de choses dans mon arsenal m’apparaissaient assez vastes pour combattre des siècles de lectures qui faisaient des peuples autochtones des bombes. Comment plutôt faire d’un roman une bombe ? Comment planter un roman dans l’infrastructure morale d’une nation corrompue ? Comment écrire des phrases qui font tic-tac, tic-tac ? (pp. 40-1 — et en recopiant ces phrases, je pense cette fois-ci à Patrice Nganang, tout m’y ramène).

 

En dépit d’un parti pris esthétique et narratif très différent, j’ai beaucoup pensé à ma lecture récente de Debra Dank (We Come with This Place, 2022 – texte fondamental des littératures aborigènes contemporaines), notamment au détour de ce propos que le narrateur attribue à sa tante Lena :

« Hmm, surtout pour nous, les Autochtones. Si n’importe quel·le Autochtone consignait sur papier les circonstances de sa vie, de l’enfance à la vieillesse, ça ferait un meilleur roman que n’importe quoi écrit par un gars blanc. Nous avons ri. Une femme s’est penchée vers nous comme pour participer à l’allégresse. » (p. 160)

 

Je clos ces notes en vrac sous deux aspects :

    • en « cochant » les pages 116-122 et le très beau développement sur « la notion queer de la maternité », qui voit dans la « fonction maternelle » la capacité à faire émerger un nous collectif et à « s’en occuper comme un jardin
    • en indiquant le motif de la terre et l’impératif de « se déterrer de soi » (p. 161 – reprenant p. 91, p. 112), que je développerai si j’ai le temps d’aller creuser dans le texte anglais

 

samedi, 22 février 2025

22022025 (une phrase de Pessoa ?)

[EDIT du 11/03/2025 : l'enquête étant close grâce à un mail du traducteur Dominique Nédellec qui a donné toutes les informations, je viens d'écrire un nouveau billet. Je laisse tel quel ce billet du 22/02/2025 afin de montrer l'état de progressivité du travail.]

 

TB1.PNG



 

Suite à une publication de l’écrivain camerounais Timba Bema, qui faisait remarquer le caractère incompréhensible d’une phrase lue dans un livre de Pessoa, j’ai commencé une petite enquête sur cette étrangeté, tout en admettant que l’étrangeté est familière, avec Pessoa. Ne connaissant pas ce texte de Pessoa publié chez Cambourakis, et titillé par les remarques de Timba Bema, j’ai voulu aller vérifier le texte original.

Il se trouve que le texte ici traduit fait partie de ceux que Pessoa a écrits en anglais, sous l’hétéronyme Alexander Search, en 1907. Le texte original a donc pour titre A Very Original Dinner, comme le confirme ce site :

Clearly under the influence of Edgar Allan Poe and the nascent field of degenerate psychology, "A Very Original Dinner" was written in English by Fernando Pessoa under his proto-heteronym Alexander Search in June of 1907. It was never published during his lifetime, and only came to light in 1978 when photocopies of the typescript were reproduced in Maria Leonor Machado de Sousa’s book Fernando Pessoa e a Literatura de Ficção.

 

TB2.jpg

 

 

D’ailleurs, c’est cette information que donne également le SUDOC. Vérification faite, la nouvelle dont est extraite la phrase en question, “The Door”, est également référencée comme écrite en anglais par Pessoa sous l’hétéronyme Alexander Search. Oui... mais Dominique Nédellec est connu pour être traducteur du portugais vers le français (je le connais surtout via les nombreux romans de Lobo Antunes lus dans ses traductions).

 

TB3.jpg

 

De plus, le site de l’éditeur précise donc que la traduction a été faite du portugais vers le français [erreur corrigée entre-temps, note du 11/03/2025]. L’article de la Wikipédia lusophone ne mentionne nulle part ce texte, ni d’ailleurs l’hétéronyme Alexander Search. Le texte anglais est impossible à trouver, du moins pour le moment, en version “rippable”...

 

Une première trouvaille, tout de même : une traduction intégrale, en portugais, de la nouvelle “The Door”. Cette traduction (richement commentée et contextualisée) est l’œuvre de Maria de Lurdes Sampaio et de Marta Mascarenhas, ce qui confirme que Dominique Nédellec n’a pas pu traduire un texte portugais de Pessoa pour ces deux nouvelles ; on doit en conclure, a priori, à une erreur des éditions Cambourakis sur leur site Web (et que D. Nédellec est également traducteur de l’anglais vers le français). Dans cette traduction en portugais, la phrase qui avait fait tiquer Timba Bema (“À peine eut-elle achevé sa question que je sentis la folie gagner mon cerveau”) est ainsi formulée : “Mal ela me fez esta questão senti-me enlouquecer.” — Certes, nous comparons ici deux traductions, vu que le texte original anglais est introuvable, mais en tout cas le texte portugais est nettement moins étrange que le texte français (enlouquecer est un verbe qui signifie devenir fou, avec une préfixation fonctionnant, d’un point de vue morphologique, comme le verbe s’affoler en français). De deux choses l'une : soit la phrase est étrange dans le texte anglais de Pessoa, soit c'est la traduction qui l'a rendue un peu bancale ; j'écris cela sans avoir vu le texte anglais, donc il est impossible de déterminer cela. Comme je l'ai écrit plus haut, j'ai lu plusieurs traductions de Lobo Antunes par Dominique Nédellec, toutes excellentes.

 

L’enquête devra donc se poursuivre. Ce qu’il faudrait, c’est pouvoir mettre la main sur le livre de 1978 dans lequel Maria Leonor Machado de Sousa publia pour la première fois le texte anglais inédit des deux nouvelles. Et au passage, je tiens à signaler que dans l’édition Penguin de 2002 du Livre de l’intranquillité [The Book of Disquiet, traduction Richard Zenith (ça ne s’invente pas)], il y a très précisément 63 occurrences du lexème “door”.

 Comme le disaient les ordinateurs dans les années 80 : still Search-ing...

 

vendredi, 21 février 2025

Hommage à Frankétienne (1936-2025)

54341359385_fd5925a3f7_k.jpg

tsf janvier 2019.PNG

jeudi, 20 février 2025

20022025 (Bétharram)

Toute la polémique – totalement justifiée – autour de la responsabilité de l’immonde Bayrou dans la silenciation des victimes et le soutien à un établissement catholique récidiviste dans les violences sexuelles et les brimades à l’encontre des adolescents qui y étaient scolarisés trouve, pour toute personne qui, comme moi, a été scolarisée dans les Landes dans les années 80, un écho particulier. En effet, l’établissement privé de Bétharram était tout à fait connu, ce en dépit du fait qu’il y avait facilement deux heures de route à l’époque : les parents y envoyaient les enfants qui commençaient à devenir « difficilement gérables », à moins même que le choix de cet internat ne vienne d’une simple défiance à l’encontre du collège public de secteur.

En en reparlant avec ma mère, la semaine dernière, je me rappelais qu’un camarade d’école primaire, Claude D., y avait été envoyé, je dirais à partir de la cinquième, car il « faisait n’importe quoi », et aussi – sans doute – car ses parents ne faisaient pas confiance aux équipes pédagogiques du collège public (le seul de Dax) où nous étions scolarisés. Ma mère m’a soutenu qu’un autre camarade de primaire, Gonzague R., y avait été envoyé (on en parlait vraiment un peu comme d’un truc hors du temps, un peu comme on parle d’envoyer quelqu’un au bagne). Ma mère se rappelle clairement avoir croisé la mère de Gonzague un jour, et que cette dernière lui avait dit qu’elle mettait fin à l’expérience, sans indiquer de raison.

 

Pour Gonzague, il est vrai que je ne me rappelais pas du tout qu'il y était passé mais ça devait être pendant les années de collège où nous n'étions plus du tout amis, encore moins camarades. Pour tout dire, au début du collège, ce garçon était devenu un vrai harceleur : après pas mal de petits sévices, il m’avait collé un jour du chewing-gum dans les cheveux ; je me revois en larmes pendant le cours d’allemand, réduit finalement à couper les mèches en question avec des ciseaux ; ni le prof ni la CPE que j’avais alertée le jour même n’avaient rien fait. C’était comme ça : les enfants faisaient des bêtises… on n’allait pas donner suite aux pleurnicheries d’un gamin un peu intello qui s’était retrouvé avec du chewing-gum dans les cheveux hein…

Rétrospectivement j’interprète très différemment des choses qu’il m’avait racontées quand nous étions en CM1 ou CM2, au sujet des deux fils plus âgés de la seconde épouse de son père. Je pense qu'il a vu, ou participé à, ou subi des choses qu'un enfant de dix ans ne devrait pas voir ou subir, ce en étant contraint de partager la vie de deux adolescents de 13 ou 14 ans. Il s’est mis à vriller juste après, à l’entrée en sixième. De mémoire, l’incident du chewing-gum date de l’année de sixième ou de cinquième. Quand je me suis retrouvé à nouveau en classe avec lui, uniquement pour le sport, en troisième, il avait déjà dû faire ce séjour à Bétharram et il était plus que jamais totalement obsédé sexuel. L’hypothèse forte est donc que les fils de sa belle-mère avaient dû, au minimum, l’initier un peu trop tôt à des pratiques sexuelles d’adolescent, voire, au pire, lui faire subir des violences sexuelles ; de là, possiblement, ce comportement de harceleur qui a fini par conduire ses parents, tout divorcés qu’ils fussent, à le placer d’un commun accord dans un établissement explicitement vanté pour redresser les cas difficiles. À l’époque, on ne parlait pas du tout des violences familiales, encore moins des violences sexuelles à l'intérieur des familles ou des établissements scolaires, sinon j'aurais peut-être fait 1+1=2.

 

Ce que je retiens, c’est qu’il m’arrive encore d’entendre des parents dire : on a décidé de le mettre au Christ-Roi (ou à Notre-Dame de Machinchose (ce sont tout le temps de établissements catholiques)) pour le materlà, il/elle va prendre du plomb dans la cervelle… je peux vous dire que là-bas il va comprendre la musique… Je pourrais multiplier les métaphores extrêmement graves, au fond, et qui disent qu’un parent admet que son enfant mérite de subir des sévices ; je suis certain que toustes nous avons entendu des parents tenir des propos de cet ordre. Ce qui est évident, c’est que tout le monde savait ce qui se passait à Bétharram : personne n’y envoyait ses enfants pour qu’ils y soient violés, bien entendu, mais les mauvais traitements faisaient partie du plan pédagogique.

 

12:42 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 19 février 2025

19022025

Aujourd’hui je me suis levé très tôt pour être à l’appartement d’O* dès huit heures. Le menuisier qui est passé a constaté que l’agence lui avait confié des travaux qui étaient déjà faits et donc que nous nous étions déplacés pour rien… enfin, moi, pas tout à fait pour rien, vu que j’ai passé l’aspirateur, défait les draps et changé le filtre de la carafe. Mais enfin…

e82a36a5592bc504.png

 

 

Cet après-midi, j’ai bien avancé dans Verirrtes Herz et écrit trois bonnes pages dans mon fichier Chantier CRCT.

 

J’ai aussi publié sur Mastodon (on ne se refait pas) le mème ci-contre (on peut le visualiser en grand en cliquant dessus).

mardi, 18 février 2025

18022025

Tandis qu’on vaque, tandis que je me préoccupe de mes sujets de prédilection ou de spécialité, tandis qu’on continue de plaisanter et de rire (et il le faut), grandit le sentiment de dissonance, car la catastrophe est désormais certaine : guerre de la Russie en Europe accompagnée du triomphe des fascismes partout, ou effondrement de tout le système capitaliste sous les coups du désastre climatique — on ne sait ce qui va nous tomber sur la gueule en premier. On réussit quand même à parler de choses qui paraîtraient dérisoires si on n’arrivait pas à mettre la conscience du désastre en suspens (et il le faut, sans quoi on devient immédiatement fou), à organiser de futures vacances… D’ailleurs, après avoir écrit ce paragraphe même pas cathartique, je vais ouvrir le fichier Chantier CRCT et y noter mes remarques sur les 8 premiers chapitres de Verirrtes Herz, en cours de relecture.

 

07:13 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 17 février 2025

17022025

Retour en Touraine hier après-midi. Ce matin, en ouvrant les volets de la cuisine pour préparer mon premier café, je me suis rendu compte que quelque chose me semblait inhabituel ; il m’a fallu quelques secondes avant de me rendre compte que la rue était sèche. Cela faisait très longtemps que la rue, le jardin, les arbres, les toits des maisons avaient eu le temps de sécher entre deux averses.

Speaking of drying and showers, je viens de lancer la cinquième lessive : quatre hier, deux à suivre. Cela fera sept. Et dire que je m’étais débrouillé pour laisser un panier à linge vide avant notre départ…

Passionnant.

 

Pas écrit de billet ces trois derniers jours ; comme il faut aussi que je me remette au travail sérieusement, je risque d’aller piocher dans les photos du week-end à Oléron, solution de facilité. En tout cas, les posts du 14 au 16 sont rétrospectifs.

 

07:27 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 16 février 2025

16022025

480143846_10229950725766136_5607543775676587265_n.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autoportrait en homme à qui son épouse raconte l'intrigue d'un roman de Joyce Carol Oates.