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jeudi, 05 janvier 2012

Louis Sclavis (Quintette) : L’imparfait des langues (ECM 2007)

Il n’est guère pertinent d’écrire une recension sur un album de Louis Sclavis, car le terrain est certainement bien, et mieux, défriché ailleurs. Toutefois, je me suis promis d’écrire ne serait-ce que quelques phrases sur les disques de jazz que j’ai reçus pour Noël, et commence donc par cet album de quintette qui date de 2007. Cela fait bientôt quinze ans que je connais le travail de Sclavis, tant dans des formations assez traditionnelles que pour des projets plus proches de la musique dite « contemporaine » (en fait, je l’ai d’abord connu par un album du Double Trio).

L’album, intitulé L’imparfait des langues, appartient à la vague plutôt mélodique et voyageuse, entre Chine et les disques du trio qu’il a formé longtemps avec Aldo Romano et Henri Texier. Filant la métaphore du titre, chaque morceau reprend l’idée d’une langue musicale. Or, s’il s’agit là d’un poncif (à même enseigne, inversement, que les formules toutes faites « la musique des vers », « le tempo du récit », ou même – oserai-je un tel sacrilège ? – la polyphonie bakhtinienne), Sclavis évite soigneusement tout cliché, tant dans les harmonies et les équilibres entre les éléments de son quintette, que dans la métaphore du langage. Il ne cède pas à la facilité des correspondances, dans le style ligne mélodique / grammaire & arrangements/syntaxe, mais creuse l’idée même d’expression : à l’écoute, les concepts d’annonce, de dialecte, de palabre ne semblent aucunement plaqués. Par ailleurs, le titre général de l’album apporte une modulation tout à fait significative : il ne s’agit pas de l’imparfait comme temps grammatical, mais bien d’une interrogation sur le passé des langues qui prend en compte tout ce qu’elles ont d’imparfait, au sens général. Le jeu de mots, qui paraîtra complaisant à certains, est tout à fait assumé : sans être du côté du bricolage ni du dissonant délibéré (il m’a toujours semblé compliqué de rattacher la musique de Sclavis au free jazz, et même à l’avant-garde : il n’est d’avant-garde qu’en tant qu’il explore et montre un chemin possible (encore des métaphores !)), Sclavis donne à entendre, avec ses comparses, tout ce qu’une musique a d’émouvant quand elle assume, humainement, d’être imparfaite. La clarinette basse, celui des trois instruments dans lequel le leader se montre le plus entreprenant et le plus émouvant, fait si bien entendre la voix et le cri humains qui se trouvent par là derrière qu’elle peut servir d’emblème à cet imparfait des langues

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