jeudi, 03 avril 2025
03042025 (un sonnet plurihomophonique de 1827)
Ce matin, j’ai repartagé sur Facebook un sonnet anonyme de 1827, publié dans un numéro du magazine anglais The Mirror of Literature, Amusement and Instruction (accessible grâce au projet Gutenberg, dont on ne dira jamais assez de bien). J’ai eu l’imprudence d’écrire ceci en commentaire dans une discussion avec une collègue angliciste et anglaise que j’aime beaucoup, et qui publie sous le pseudonyme de Lily Margaux : « même moi qui n'aime pas valider l'idée d'intraduisible, j'avoue qu'il faudrait que je le traduise pour démontrer que c'est traduisible ».
Suite à d’autres encouragements (en particulier de l’éminente sonneteeress Françoise Guichard), je me suis donc mis à l’ouvrage et ai pondu, péniblement, en une grosse demi-heure je dirais, la « traduction » ci-après.
Qu’assis face aux cassis leur parfum ne vous tente !
Ce sont les mûres qui dans ce tombeau m’emmurent ;
Des poires sans espoir j’ai subi la torture ;
La prune d’ente m’a fourgué l’Enfer de Dante.
Pas un chut pour ma chute, au mépris de ce prix
Que je paie sans mot dire. Pourtant, ne pas maudire
Cette leçon : le son de la brosse à reluire
S’éteint vite, au satin. Si elle mord, remords !
Gravez sur mon tombeau quelque grave sentence
Qui tombe sur ma tombe, honnête, nette et courte —
D’un vers simple mais dense offrant comme une danse
Une prière toute à la proie de la tourte :
Sans morgue j’aurai fait fructifier la morgue,
Livré aux vers. Ces vers, au son du glas, sont l’orgue.
Je ne vais pas jouer les faux modestes : il y a des trouvailles dont je suis très content dans cette traduction, surtout le premier quatrain et le vers 12 (à cause duquel je me suis retrouvé embarqué avec la rime en -ourte, et dans l’obligation de traduire la tarte du titre, fruit-pie, par “tourte”…). Par contre, les vers 7-8 et le dernier vers sont vraiment d’un accès difficile, d’un sens difficile ou peut-être mallarméen (?). Peu importe. L’idée de cet essai de traduction était vraiment de montrer qu’on peut toujours traduire. Et après, on peut critiquer les traductions. Ainsi, les traductions ne sont jamais impossibles, même avec un poème qui présente, dans chaque vers, une et même souvent deux paires homophoniques formant jeu de mots, et même quand ce poème est par ailleurs versifié et contraint d’un point de vue métrique.
15:10 Publié dans 2025, Chèvre, aucun risque, Sonnets de janvier et d'après, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)