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mercredi, 29 avril 2026

Des tours inlassablement

Les chronotopes, je les ai pas mal exploités dans ce blog, et si j’y reviens c’est aussi que c’est ici, à Bordeaux, avec mon excellent maître Michel Boisset, que j’ai exploré pour la première fois ce concept bakhtinien (et d’ailleurs ça a été ma première rencontre de Bakhtine).

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Alors ici ou pas vraiment ici, pas exactement : un peu plus loin que cette place du Parlement où nous venions rarement, et qui a été un peu éclaircie, embellie depuis le début des années 90. Un peu plus loin, et nous y sommes passés aujourd’hui (vous avez compris que je triche et que je feins d’écrire ceci sur le motif – c’est publié le 29 avril mais écrit le 30, d’ailleurs j’ai les larmes aux yeux maintenant alors que pas une seule fois hier cette émotion ne m’a étreint), au lycée Montaigne, qui désormais dispose d’une ouverture, d’un portail d’accès directement sur la rue Sainte-Catherine. Des élèves de prépa y discutaient, mais plus rien ne ressemble à notre passé. On le sait, le passé est mort, et nous aussi – c’est programmé.

 

Ce jour un peu avant six heures du soir quand je fais cette photo, on boit un café en terrasse, face à la librairie où avait lieu la rencontre, et même le lancement de la traduction française de Our Sister Killjoy. Là aussi décalage : cette librairie fut celle où nous avons beaucoup traîné, Claire et moi, entre 1991 et 1997. Tiens, j’y ai découvert Robert Pinget, entre autres, entre autres…  Claire y a acheté le volume extrêmement onéreux des poèmes d’Étienne Durand avant de décider de travailler sur autre chose. Mais décalage, car la librairie a déménagé un an avant notre départ de Bordeaux, et d’ailleurs, alors que pourtant nous y avons refait un tour en 2005, et peut-être même que nous sommes passés devant l’an dernier, Claire ne se rappelait que la librairie rue de la Devise, l’ancienne, en deux parties, sous voûtes.

Alors pourquoi parler de chronotope ? Pour autre chose : cette place au printemps, au soleil, évoque un autre moment, nos déjeuners au Taj Mahal, quatre ou cinq fois peut-être, quand j’ai touché mes premiers salaires et que je revenais un week-end sur deux à Talence (des week-ends prolongés, je m’enfuyais de Normale Sup du jeudi matin au mardi soir).

 

Un petit garçon faisait inlassablement des tours de la place sur son vélo, à la poursuite des pigeons. Ne comptez pas sur moi pour élaborer sur la métaphore.