mardi, 06 décembre 2011
New vista of troubles
Je dois, sans l’avoir ouvert, rendre Tracks de Robyn Davidson à la bibliothèque. Ouvrant le mince volume au hasard, j’en extrais cette phrase : « The miraculous turn of events opened a whole new vista of troubles for me. » (Vintage, 1995, p. 78)
J’ai aussi griffonné à la va-vite, par le clavier, mes vers préférés de Tiepolo’s Hound, avant de le rendre. Des fleurs se pâment dans un coin. Patrimony, pareil, et qui devra passer au scanner cet après-midi (comble de l’ironie, livre sur le cancer). Ma récente manie, prise avec l’Année de 398 jours, d’insérer, en petites majuscules (Book Antiqua corps 14), des citations sans rapport est bien pénible.
Écrire un éternel fichage décourage la lecture. (Celle là est de moi.) Tes galants mis aux fers. (Pas celle-ci.)
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3611 / (V)ivre
Octave alors a passé le relais à Nicolas, qui ne savait pas comment insérer la microcarte dans l’ordinateur portable. De toute façon, peu lui crucial. Vous avez eu la preuve que même les éditeurs n’arrivaient pas à lire ce pavé répétitif et indigeste. Le new age ne permet pas tout. Pourtant, c’était assez beau, dans la ruelle, de prendre son temps en regardant les ramasseurs de feuilles de platane. D’un vert tendre comme les jeunes mousses. Manuel n’a plus écrit, et, tout en repensant aux beaux jours de cette jeunesse (la ruelle, les feuilles de platane), j’ai perdu ma journée à regarder les matous se pourchasser dans le jardin, et à me demander pourquoi Manuel ne m’écrit plus. Il m’a fallu beaucoup de volonté pour me remettre à mes traductions. Quand je lis un texte traduit, même si je ne connais pas du tout la langue d’origine (la langue-source, comme disent les linguistes), je sens le calque ou la mauvaise traduction à deux mètres. Il eut une séance de sexe intense avec sa petite amie. Aussi m’a-t-il fallu beaucoup de volonté pour honorer la dernière commande ; un petit éditeur, qui a pour seul trait distinctif de changer à chaque nouvelle publication la couleur des couvertures, même avec d’infimes variations, m’a demandé de traduire un florilège de poèmes d’Allen Curnow. De minuscules nuances animaient le texte sans pour autant l’abîmer.
J’aurais préféré poursuivre ma lecture de Václav Čtvrtek, car l’œuvre du Néo-Zélandais – mort à l’âge de quatre-vingt-onze ans sans avoir connu notre époque heureuse, et sans avoir même imaginé qu’un pauvre hère condamné à le traduire écrirait, en marge de son travail besogneux, le récit de son année bizarre – ne me parle pas particulièrement.
Tout en traduisant, un peu à la va-vite, l’avouerai-je, quelques triolets mal fichus, je repensai, non sans lever les yeux à chaque fois que passait un matou, invariablement suivi d’un poursuivant, aux journées de naguère, à l’époque où chaque moment sentait la sueur, la précarité, le goudron sale. Le dimanche, le temps adopte un cours bizarre, le paysage se dénature étrangement. Et, dans mes souvenirs, j’ai revu le visage de Chloé et me suis rappelé combien les sensations de sueur froide, de nervosité, de goudron brûlant et nocif, s’accompagnaient d’un frisson permanent de bonheur. Délaissant dorénavant le roquet, j’ai arrêté de traduire les triolets pesants d’Allen Curnow pour tenter de retrouver, en moi, ce frisson, et, face à l’échec lamentable, ai mis sur la platine le disque du Strada Sextet que je pourrais écouter vingt fois d’affilée sans m’en lasser. The ruins of old cities stand piled against one another in a tangled mass of verdure that is hardly penetrable except where the tracks wind in and out.Le frisson n’est pas venu, mais les visions, c’est déjà ça.
10:49 Publié dans Une année de 398 jours | Lien permanent | Commentaires (0)
« Et son âne qui rouspète »
Clic clac clic, clac clic clac clic.
Le temps d’emmener les garçons à l’école, de rentrer, d’étendre la lessive, de faire le lit, un peu de rangement, de préparer la table de travail pour la matinée (je dois être à l’Université en tout début d’après-midi), puis de lancer l’ordinateur (et, m’objectera-t-on, de perdre deux minutes à tapoter cette phrase), il est déjà neuf heures.
Un jour où j’évoquais ce genre de contraintes, tout à fait banales mais qui impliquent toute une organisation pour les rendez-vous de travail (ce que les collègues spécialistes du décommandage – du décommandement ? le mot n’existe pas, mais le concept (le fait de décommander) est pourtant symptomatique de notre société – ne semblent ni éprouver ni comprendre), un collègue sans enfants m’a lancé sans rire : Ah mais, toi, grâce aux enfants, tu te lèves tôt tous les jours, donc tu gagnes du temps pour ta journée de travail.
Imparable.
Clic clac clic, clac clic clac clic.
09:07 Publié dans Moments de Tours, WAW | Lien permanent | Commentaires (2)

