vendredi, 22 mai 2026
Article de Jennifer Ilunefó Aliu-Kadiri sur la répression LGBTQIphobe au Sénégal
Mon amie Elvire m'a signalé ce matin un bel article de Jennifer Ilunefó Aliu-Kadiri, “The Betrayal of Ubuntu: Senegal's New Anti-LGBTQ+ Law, Colonial Ghosts, and the Forgotten Body”.
Manquant de temps, j'en ai seulement traduit l'encart figurant à la page 3 sous un intitulé The Deeper Question.
La décolonisation de l’Afrique passe par la décolonisation des esprits
Le sujet de cet article, ce n’est pas seulement une loi. Il aborde une question à laquelle toutes les nations africaines devront bientôt répondre avec honnêteté et courage : quel est le regard qui dicte nos lois ? Lorsque le Sénégal parle d’ « actes contre nature » pour jeter ses citoyens en prison, il n’a pas recours aux traditions africaines ni à la philosophie autochtone. Il reprend, presque mot pour mot, le vocabulaire moral des tribunaux français de l’époque coloniale. Le regard colonial blanc – cet outil de classification, de surveillance et de contrôle des corps vieux de plusieurs siècles – n’a pas disparu avec le drapeau tricolore en 1960. Pleinement absorbé, il s’est inscrit dans le droit national. Ce sont désormais des mains africaines qui l’aiguisent et s’en servent contre des corps africains, sur un substrat politique africain, avec une belle assurance qui confond héritage colonial et fierté culturelle.
La décolonisation, comme l’a bien dit Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre (1961), ne s’arrête pas quand on change de drapeau. Elle s’arrête lorsque l’esprit colonisé se libère des cadres épistémologiques mis en place par le colonisateur. Sous cette influence, les sociétés africaines ont appris à considérer certains corps comme déviants, certains désirs comme criminels et certaines vies comme indignes de la protection de la loi. Les institutions africaines ont pris pour réflexe de réagir aux différences humaines en jetant les gens en prison. C'est là l'héritage colonial qui se manifeste aujourd'hui à Dakar. Il faut donc que le Sénégal change ses lois, mais aussi qu’à tous les niveaux de la société et du gouvernement il s’engage dans une opération radicale, lucide et consciente de décolonisation intellectuelle.
Nous devons nous interroger sur l’origine de nos systèmes de référence moraux. Nous devons nous demander quelles traditions nous voulons vraiment défendre, et lesquelles sont un legs que nous n’avons jamais remis en question. Nous devons être prêts à nous regarder avec nos propres yeux, et non à travers le regard des personnes qui se sont autrefois approprié nos corps. Les sociétés africaines précoloniales n’étaient pas le monolithe sexuellement répressif que la mythologie coloniale a forgé de toutes pièces. Elles étaient diverses, adaptables et – dans de nombreux cas bien documentés – tolérantes envers les différences humaines, à mille lieues de la morale victorienne européenne. Revenir à nos racines, ce n’est pas épouser un réflexe de criminalisation. C’est revenir à la complexité, à l’idée de communauté et à l’inclusion radicale et inconditionnelle que l’Ubuntu a toujours exigée de nous.
17:47 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 21 mai 2026
De Lille à Douai, solastalgie
Ce matin dans le train. Quatre personnes pas toutes jeunes derrière moi parlent de leurs nuits respectives, puis de leur transit intestinal, avant qu’une d’elles ne commence à lire à haute voix tout ce qu’elle voyait sur son téléphone. Tout ce beau monde s’est calmé plus ou moins au démarrage du train, heureusement.
Me voici, oreilles calées sur le nouvel album de Julien Jacob, superbe et dont une vendeuse de la FNAC de Lille hier m’a confirmé qu’il n’était pour l’instant « pas disponible en physique », et à lire cet essai paru le mois dernier et dont je n’aurais jamais su qu’il existait si je n’avais pas pris le temps, avant la rencontre à la librairie L’Affranchie, de bien regarder les tables. L’essai traite de la poésie de John Clare en lien avec l’appropriation capitaliste des espaces communs, tout en discutant de la traduction de certains de ses poèmes. Beaucoup de photographies prises par les auteurices lors de leurs propres pérégrinations sur les terres de Clare, en 2025, avec des légendes ironiques : le genre de livre qui me fait regretter d’avoir manqué de temps récemment pour le vlog. Moi qui ai découvert Clare en faisant pour la première fois le cours sur la poésie romantique en 2002-2003 et qui n’ai cessé de le lire et de le faire découvrir depuis, ce texte m’a tout de suite happé (requis). Et en lisant l’essai, me revient l’idée de revenir aussi à l’essai si fondamental et inspirant pour moi de Ross Chambers, Loiterature.
Le train s’arrête, vingt-cinq minutes après le départ, en gare de Douai, ville où nous avons passé quelques jours très heureux en juillet 1998.
Dohlâm dhi sonkhet
Dohlâm ni sonkhet
Wagaonn nesônn ditril nereb
Wagaonn nesônn mparap nesep
10:08 Publié dans 2026, Autoportraiture, Autres gammes, Pynchoniana | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 20 mai 2026
Quelques heures à Lille
À errer et déambuler dans les rues de Lille, se perdre jusque dans le petit zoo : j’envoie à mon fils aîné une photo d’un écureuil de Prévost, et sans passer par Google Lens ni rien, il me répond du tac au tac que c’est un écureuil de Prévost.
Dans ma blême mémoire (mêmoire, en fait : je n’ai jamais commenté cela), le zoo de Lille, vu en 2015 en famille, se confond avec celui de Lyon, vu en 2012, peut-être aussi par contiguïté amicale : après tout à Lille en 2015 nous avions visité la ville avec le local de l’étape, Alban, qui y vivait encore, et qui est lyonnais (il était avec nous à la Tête d’Or en août 2012).
L’occasion, à Lille, de renouer avec les quatrains animaliers :
Ma Muse ne fait pas la fière
En anglais ou en espagnol.
*
La cage du Hocco à pierre
Est infestée de campagnols
L’occasion, à Lille, de prendre en photo une devanture de drebley :
L’occasion, à Lille, de déplorer que l’inscription sous la statue d’Edouard Lalo ne soit pas assez effacée :
« De sa lointaine origine espagnole le compositeur avait hérité du sens des rythmes et des couleurs. » Mais pitié !
L’occasion, à Lille, d’une magnifique rencontre avec Soazic Courbet de la librairie « L’Affranchie » (more on that later) et d’une découverte culinaire (restaurant péruvien où j’ai dîné d’un aji con pollo sin pollo). Au Palais des Beaux-Arts, aussi, j’ai pas mal nourri mon regard.
23:22 Publié dans 2026, Blême mêmoire, Hors Touraine, Quatrains conversationnels, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 18 mai 2026
Débordé
Réveillé avant 6 heures ; il fait 16°5 dans la maison car nous avons un mois de mai pourri (et froid), ainsi qu’une chaudière en panne. Impression d’être débordé de toutes parts par le travail (myriades de menues tâches) et les projets en cours. J’ai beau me dire que je me reposerai un peu en juin, je sais (crains) que c’est (que ce ne soit) faux.
Hier soir, en préparant l’émission de ce matin avec Raharimanana, je relisais plusieurs passages de Revenir, en français ainsi que dans sa traduction par Allison M. Charrette, et ne cesse de voir des idées pour un article. Le problème est que je ne sais pas du tout dans quel cadre je pourrais écrire cet article, ni avec quel angle : « ruptures et envols de la voix lyrique », peut-être (en étudiant la façon dont la traductrice s’est débrouillée des changements de registre) ?
Il y a plus urgent avant (il y a toujours plus urgent avant) : j’ai une communication à préparer sur Beckett pour jeudi en huit, et il faudra que je m’y attelle, entre mon voyage à Lille et la préparation des deux émissions de radio de la semaine prochaine (qui correspondent toutes deux à des événements parallèles de recherche/médiatisation).
07:08 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 17 mai 2026
Ascension difficile
Voyage de retour pénible. Nous n’étions jamais allés dans les Landes à cette période de l’année, ni pour aussi peu de temps – et même si la météo ne nous a pas gâtés, c’était agréable de passer un peu de temps avec mes parents – et on peut confirmer que prendre les grands axes un dimanche de pont n’est pas une bonne idée : 7 h 25 au lieu de 5 h 45, le trafic faisant l’élastique presque tout du long entre Saintes et Tours, avec deux jolis ralentissements au sud de Bordeaux puis sur la rocade même. À ne pas rééditer. D’ailleurs, désormais, quand je descendrai seul, ou même avec Claire pour peu de temps, il faudra envisager le train, même si c’est hors de prix.
17:15 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 15 mai 2026
Ungodly hours
Levé depuis une heure, réveillé depuis bien davantage. Il pleut des cordes (ça m’a réveillé), et je me demande si ma mère, qui a remis un petit coup de chauffage hier soir, n’a pas oublié de rebasculer le thermostat en position nuit, car il fait très bon, les radiateurs sont chauds et on entend toutes les deux minutes un bruit de robinet au sous-sol.
Comme toujours à Cagnotte depuis quelques années, je passe les heures à ne pas mettre un chat dehors (j’ai cherché un équivalent de ungodly hours, je ne trouve rien, et me demande de surcroît si l’expression anglaise ne sert pas plutôt dénoncer les gens qui ne sont pas encore couchés, l’heure à laquelle les bons chrétiens sont déjà dans leur lit etc.) dans la cuisine, sur l’ordinateur : je n’allais pas me raser à 5 h du matin, en réveillant O* et E*, qui ont fait le voyage avec nous et qui étaient vraiment crevés par leur semestre, hier à l’arrière de la voiture. L’horloge normande Levavasseur (héritage de Chicheboville) fait son tic-tac de vacarme.
Laurent m’ayant parlé avant-hier d’un livre d’Upton Sinclair, j’avais fait deux ou trois très rapides recherches sur cet écrivain états-unien qui n’était qu’un nom, et à peine même. Il se trouve que ma mère possède, dans la collection Tauchnitz – et plutôt abîmés –, deux romans d’icelui, mais pas du tout celui qui intéresse Laurent. Upton Sinclair, mort à l’âge de 90 ans en 1968, a écrit pas loin de cent livres, donc ce n’est pas surprenant. D’après ma mère, ce sont des livres récupérés lors d’un legs fait par une vieille collègue partie à la retraite depuis longtemps, quelque chose dans le genre, et au vu de leur état elle ne les avait pas lus. J’ai commencé Mountain City, pour voir, et c’est assez prenant, tout en étant très classique dans l’écriture.
06:02 Publié dans 2026, Hors Touraine, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 14 mai 2026
Basta, l'antihista !
À cinq heures, pendant que chauffait l’eau du café, j’ai vu s’allumer le lampadaire au niveau du 14. (Le nôtre s’allume à 6 h 30, sauf quand il fait déjà trop jour, ce qui commence à être le cas, malgré le temps très maussade.)
Je dors normalement (on était couchés très tôt hier), après 3 nuits à prendre l’antihistaminique qui me faisait dormir trop longtemps et surtout me rendait tout cotonneux pendant l’heure suivant le réveil. Je déteste ça, ça fait partie des effets indésirables – basta, l’antihista !
Une semaine de retard dans ce blog, davantage dans l’autre. Hier matin je disais à Laurent que dans ces cas-là je bâclais en vitesse, en une heure ou guère plus, les billets de la semaine. Je vais, de facto, en pondre deux ou trois d’ici le moment où nous devrons vraiment nous préparer (l’heure du « réveil » (l’objet)).
05:18 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 13 mai 2026
Trois librairies de l'Est parisien
Matinée très stimulante, à écumer l’Est parisien avec Laurent, qui m’a fait découvrir trois librairies : Litote en tête, Le Monte-en-l’air et Libre Ère. Difficile de ne pas acheter des livres, tout en réfléchissant stratégiquement à qui je donnerais tel ou tel après l’avoir lu. J’ai dit à Laurent que Claire et moi retardions depuis au moins un an le moment de nous poser et de consacrer quelques heures au désherbage de notre bibliothèque (il va bien falloir le faire).
Dans les trois librairies, le livre d’Aidoo était présent, et même très en vue.
Au Monte-en-l’air, une des libraires a fait une vitrine impressionnante avec une dizaine d’exemplaires du livre, qui se trouve aussi sur deux tables de nouveautés différentes ; j’ai pu discuter brièvement avec une autre libraire, qui vient de lire le livre, et je lui disais que ce qui me ravit le plus dans la publication de ce texte en français, c’est qu’il soit rendu disponible de cette façon, et donc de pouvoir en parler aussi avec des francophones. Chez Libre Ère aussi, vitrine Ròt-Bò-Krik, avec un exemplaire de Notre Sœur Rabat-Joie parmi d’autres livres récents de la maison ; j’y ai d’ailleurs acheté deux volumes de la maison que je ne possédais pas (les seuls, je crois), Hafid m’a raconté qu’il avait animé dans sa librairie deux rencontres, l’une avec Ariella Azoulay pour La résistance des bijoux, et l’autre avec Elara Bertho pour Un couple panafricain.
Dans le train de retour, j’ai échangé par messages avec Anne, du book-club Sapotille, qui organise autour du roman d’Aidoo la séance de samedi prochain, en marge de la Comédie du Livre (Montpellier). La seule inquiétude est la disponibilité du livre dès cette semaine dans les librairies partenaires. Là aussi, riche discussion, également autour de Maryse Condé et des traductions françaises de Gurnah. (Elle est en train de lire Adieu Zanzibar, qu'elle a mis au programme du book-club pour juillet, et je lui ai confié que je faisais une overdose de Gurnah.)
17:48 Publié dans 2026, Affres extatiques, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 12 mai 2026
Soirée Aidoo à la MansA
La soirée autour de Notre Sœur Rabat-Joie à la Maison des Mondes Africains était d’une incroyable intensité. Il y avait une petite soixantaine de personnes (dont une dizaine sont venues via mes annonces sur les réseaux sociaux ou par mail – je suis plus parisien que je ne le pense), et le débat a été très riche. Sacha Shiro a animé le tout à merveille, et Mame-Fatou Niang, bien entendu, a été excellente, avec une mise en perspective afro-brésilienne de haute volée, et un rapprochement que je me reproche de n'avoir jamais fait (Le baobab fou de Ken Bugul).
Notre lecture à deux voix avec Patricia s’affine. Il me tarde déjà la semaine prochaine, et Lille.
23:45 Publié dans 2026, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 11 mai 2026
Kaikki synnit (soupir)
Ce matin j’ai enregistré une émission – la quarante-deuxième en seize mois – avec mon collègue Carlos Tous Gonzalez. Avec lui comme avec bien d’autres, il y aurait matière à trois ou quatre émissions.
Après-midi : cours d’agrégation en visio dans mon bureau aux Tanneurs.
Le soir je manque d’énergie. Nous avons commencé une série finlandaise absolument navrante (All the Sins en anglais, Meurtres à Varjakka en français – je crois que l’anglais est plus proche du finnois : Kaikki synnit).
21:50 Publié dans 2026, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 10 mai 2026
Notre Sœur Rabat-Joie trouve son lectorat !
Sur Facebook, Françoise Guichard a écrit un billet élogieux et enthousiaste sur Notre Sœur Rabat-Joie. Cela me fait tellement plaisir que je me permets de la citer ici :
Les ami·es, précipitez-vous !
Vient de paraître chez Rot-Bo-Krik, la traduction du roman de Ama Ata Aidoo Notre Sœur Rabat-Joie, sous-titre « Méditations obliques d’une Noire ».
Traduit de l’anglais (Ghana) par Patricia Houéfa Grange et Guillaume Cingal.
L’autrice, décédée en 2023 et qui a eu au Ghana des funérailles nationales (c’est dire), a écrit ce texte en 1966… 60 ans donc pour qu’il soit traduit et publié en France. C’est un livre incroyable plein de lucidité, de colère, d’intelligence et d’humour. Le style en est aussi superbe. Quelle maîtrise pour une écrivaine qui n’a alors que 24 ans. Il y a un souffle de grand texte fondateur d’une littérature. Ça me rappelle des bouleversements à la découverte des grands textes de la littérature d’Amérique latine.
Je l’ai commencé sans le lâcher jusqu’à la fin. Et je suis aussi soufflée de son actualité : on ne saurait pas en quelle année il a été écrit, on pourrait penser que c’est hier !
Juste une précision : Our Sister Killjoy a été publié en 1977, et j’avoue ne pas savoir quelles modifications Aidoo a apportées à son texte entre la première version manuscrite et la publication dix ans plus tard.
18:03 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque, Flèche inversée vers les carnétoiles | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 09 mai 2026
« depuis le berceau »
La prochaine fois que j’attendrai quelques jours avant de répondre à un mail, je me contenterai de citer ce début de lettre de mon compatriote le poète ligérien Honorat de Racan :
« Voicy, au bout de deux ans, ce que vous deviez recevoir dans quinze jours, et si je ne prétends pas estre obligé de vous faire des excuses de ma longueur : il y a assez longtemps que vous me connoissez pour sçavoir que la paresse est une maladie qui me dure depuis le berceau, et pour qui tous les médecins ont perdu leur latin. »
06:05 Publié dans 2026, Aphorismes (Ex-exabrupto) | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 08 mai 2026
Tender Button
Il semblerait que je sois une sorte de Benjamin Button du cyclisme.
En effet, jusqu’à 44 ans il était inenvisageable pour moi de faire du vélo en ville : je m’en faisais un monde, les ronds-points etc. Depuis 6 ans je vais à mon travail à vélo, presque systématiquement, et depuis un an il m’arrive de consulter mon téléphone, sur les portions de piste cyclable protégée et loin des carrefours.
D’après mes calculs, je devrais regarder mon téléphone en lâchant les deux mains tout en pédalant en 2035, gravir le Galibier en approchant le record de Pantani à 67 ans et, enfin, à 75 ans vous me verrez faire des roues arrière en hurlant « nique la BAC ! ».
(35 likes sur Facebook en une semaine)
18:08 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque, Gertrude oder Wilhelm | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 07 mai 2026
Abîmes (de réflexion)
Une étudiante de L2 que je n’avais pas cette année m’a rendu les livres que je lui avais prêtés il y a quelque temps (Chemoule de Nathalie Quintane et Cœur du Sahel de Djaïli Amadou Amal), et pour se faire pardonner de les avoir « abîmés » (il y a deux traces infimes de maquillage sur la tranche de Cœur du Sahel (« je vous jure, monsieur, je les ai finis il y a deux mois mais j’avais trop honte de les avoir abîmés »)) elle m’a offert un petit cake coupé en parts, et troussé dans une jolie boîte.
(28 likes sur Facebook en une semaine)
17:07 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 06 mai 2026
Chiffe
Hier soir, j’ai fini de lire Dieu.0 de Sigriđur Hagalín Björnsdóttir traduit par Éric Boury, lecture dont j’ai dit, avec un brin de malice, qu’elle était roborative. Par contre je n’ai toujours pas mis en ligne le podcast de l’émission d’avant-hier, pas avancé dans mon cours d’agrégation, pas envoyé les formulaires à faire signer par les quatre lycéen·nes. Un peu chiffe molle. Les fortes averses, la grisaille et le rafraîchissement de ces derniers jours n’y sont pas pour rien. Il va falloir se bouger. Perdu du temps aussi avec cet insupportable feuilleton de l’oral sur bibliographie, qui a connu deux ou trois rebondissements particulièrement pénibles hier.
07:56 Publié dans 2026, Autoportraiture | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 05 mai 2026
Engloutis
Hier soir, fini de lire Malone meurt. Au fond, malgré ma passion de longue date pour Beckett, j’ai très peu lu sur lui, même à l’époque du centenaire, quand j’avais un peu écrit, mais de manière plus impressionniste. J’ai très peu lu, et je me demandais donc en finissant de lire Malone meurt (me demande) si la structure de ces romans a été envisagée du point de vue de l’anamorphose : dans Molloy, le Moran du II devient le Molloy d’avant le I, mais avec de nombreuses disparités, de multiples hics ; dans Malone meurt, Malone invente un personnage qui, finalement enfermé dans un asile, parvient au point de départ de son propre personnage. Bien sûr, ces personnages sont des figures, presque des spectres (il faudrait reprendre le beau livre de Xavier Garnier à la lueur de l’essai de Didi-Huberman sur Fra Angelico dont j’ai commencé récemment la lecture : le figural s’oppose au figuratif).
Averses, abats d’eau entre 5 h du matin (peut-être, je ne me suis vraiment réveillé qu’à 6 h et quelques) et midi. À 7 h 40, quand j’ai conduit Claire au lycée (le vélo n’était pas envisageable), la chaussée était noyée, au niveau des feux tricolores entre Décathlon et Norauto, dans facilement 30 ou 40 centimètres d’eau. Au retour, dix minutes plus tard, j’ai proposé à un gamin en trottinette de le prendre à bord juste pour lui faire traverser le carrefour, car les trottoirs étaient également engloutis. Il a préféré faire le détour par le parking de Norauto. Je me suis dit qu’il allait falloir faire venir une motopompe, et en effet trois heures plus tard toute cette partie-là était entièrement vidée de son eau, alors que la pluie n’avait pas diminué dans l’intervalle.
07:55 Publié dans 2026, Lect(o)ures, Moments de Tours, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 04 mai 2026
Tu veux, ou tu veux pas ?
Les éditions Lou Blondin se sont fait connaître il y a deux semaines en écrivant une tribune pour dénoncer l’indécence des auteurices Grasset qui ont bien marché avec le système jusqu’à ce que Nora soit évincé. Cette tribune était problématique par plusieurs aspects, et notamment par le recours à l’injure homophobe. Je ne l’ai donc pas partagée, même si j’ai pu dire, moi aussi, que je trouvais surprenant qu’Enthoven, Fourest et autres BHL pussent se faire passer pour des résistant·es de la culture indépendante, et se ripoliner in extremis en adversaires de la bollorisation du milieu culturel.
Aujourd’hui je vois que ces mêmes éditions Lou Blondin font, toujours par le biais de leur compte Facebook, la retape pour Marc-Édouard Nabe (« le plus grand écrivain français vivant » entre autres billevesées). Nabe est un très médiocre écrivain, et un fasciste pour tout arranger.
Tout en espérant que les personnes de gauche qui ont partagé la publication initiale se sentent un peu piégées, voire bêtes, je me réjouis d’avoir évoqué ce sujet car pas moins de trois contacts Facebook m’ont appris que Nabe était le fils de Marcel Zanini.
17:54 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 03 mai 2026
Attrayant / averti
Le retard accumulé dans l’autre blog commence à m’inquiéter un peu ; c’est toujours en avril que ça dérape. Ce n’est pas grave, bien sûr, mais j’aurais aimé mener à bien au moins une partie des 7 séries. Or, mai ne va pas être si calme que cela.
J’ai commencé ce matin Malone meurt, qui me revient en mémoire.
Si je me remets à vouloir réfléchir je vais rater mon décès. Je dois dire que cette perspective a quelque chose d’attrayant. Mais je suis averti. Je trouve de l’attrait à tout depuis quelques jours. (p. 12)
Le lire hors du contexte de la communication que je dois préparer, j’y parviens. Fagoté comme je suis aujourd’hui – doucement, les basses – j’ai tout d’un personnage de la trilogie : ma vieille chemisette marron (avec ses deux taches décolorées d’un jaune pâle sur l’épaule droite), sur le pantalon rouille, et par-dessus la chemisette, car il refait frisquet, le blouson en jeans bleu que je ne mets presque jamais.
08:54 Publié dans 2026, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 02 mai 2026
Découverte de Mary Noonan
Avant-hier, ma collègue Martine Pelletier recevait, au deuxième étage de la B.U. des Tanneurs, la poète irlandaise Mary Noonan. Cette dernière, dont je n’avais jamais lu une ligne, a lu sept ou huit de ses poèmes, tous extraits – à l’exception d’un, encore inédit – de l’anthologie bilingue parue aux éditions algéroises APIC en 2025, Dans un autre compartiment / In Another Compartment.
Mary Noonan a lu les poèmes en anglais, puis en français, l’un après l’autre, et en expliquant le contexte d’écriture, ce qu’elle avait cherché à faire, s’interrompant parfois pour évoquer tel ou tel aspect de l’écriture, et des différences dans le poème tel que traduit par Valérie Rouzeau. Tous les poèmes retenus pour cette lecture parlaient de deuil, que ce soit les poèmes de son premier recueil (The Fado House, 2012), évoquant les dernières années de son père, ou ceux du second recueil (Stone Girl, 2019) qui parlent des souvenirs communs avec son compagnon, le poète Matthew Sweeney, mort en 2018 de la maladie de Charcot.
C’était une très belle lecture.
Lors du bref moment d’échanges, je n’ai pu m’empêcher de faire remarquer à Mary Noonan, qui s’excusait presque de n’avoir lu que des poèmes funèbres et précisait que l’essentiel des recueils n’était pas de cet ordre, que Valérie Rouzeau, autrice d’un des plus beaux recueils in memoriam de la poésie contemporaine de langue française (Pas revoir), s’était forcément fondue dans cette écriture du deuil. La poète a raconté, d’ailleurs, que si son troisième recueil met du temps à être publié, c’est qu’il s’agit d’un volume d’élégies, et que l’éditeur souhaiterait que les élégies ne constituent qu’une section du recueil.
Le soir même, quand je lui ai raconté cette rencontre, Claire est allée chercher dans la bibliothèque l’anthologie récente parue au Castor astral, Impressions irlandaises. 23 poétesses racontent leur pays et dans laquelle se trouvent trois poèmes de Mary Noonan. C’est Claire qui avait acheté ce recueil, et je ne l’avais pas encore ouvert. J’ai été immédiatement frappé par le fait que la traduction de « Body », poème lu l’après-midi même par Mary Noonan, n’était pas celle de Valérie Rouzeau. De fait, le nom de la traductrice de l’ensemble des poèmes était tellement en évidence sur la couverture, comme nom d’autrice, que je ne l’avais pas vu : il s’agit de Virginie Trachsler, également autrice de la note introductive (pp. 13-19) et des remerciements (p. 275).
Il y a donc deux traductions publiées de « Body ». Une différence notable entre les deux éditions est que le Castor astral présente le texte anglais et le texte français en vis-à-vis, de la façon classique qui a donné lieu en 2017 à une critique intéressante de Santiago Artozqui : de fait, il faut se faire violence, quand on connaît les deux langues, pour lire les textes séparément et ne pas aller de l’un à l’autre dans une forme de brouhaha contraire à l’esprit dans lequel a été écrit le poème. Les éditions APIC, elles, donnent la traduction au verso du texte-source, de sorte qu’il est plus facile de lire l’un et l’autre de façon distincte.
09:19 Publié dans 2026, Moments de Tours, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 01 mai 2026
Molloy (ou Mollose)
Gros défilé ce matin, plus massif que l’an dernier, peut-être moins dynamique par contre. Peu importe. Nous y étions.
Aujourd’hui j’ai découvert les photos de Kellie Dubois que Patricia Houéfa Grange, ma cotraductrice, a partagées après la rencontre/lecture autour de Notre Sœur Rabat-Joie, à Bordeaux, avant-hier. Nous avons légèrement cafouillé notre lecture à deux voix du premier extrait, mais on sera bien en place pour les prochaines.
Cet après-midi, j’ai lu plus des deux-tiers de Molloy. Mon mois de mai va aussi être très beckettien, en raison d’une communication que je dois donner le 28 mai lors de la journée d’études à Tours. Or, voulant relire la trilogie, je l’ai achetée mardi et m’aperçois que, si j’ai bien lu Malone Dies et The Unnameable (dans la traduction anglaise, ça je m’en souviens), je crois que je n’avais jamais lu Molloy. L’explication est simple : j’ai toujours confondu Murphy et Molloy.
C’est la honte, un peu, même si je me défausse car je ne suis pas spécialiste de Beckett ni de littérature irlandaise ou autre domaine approchant. Un lecteur (plus ou moins) assidu, un amateur éclairé qui confondait deux romans…
18:37 Publié dans 2026, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)












