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dimanche, 14 août 2005

Une pensée pour Marione et Simon

Apples! Apples!, ainsi que le fredonne Astaire
(Fred) qui ne trimait pas au fond d'un monastère!

Guillaume Cingal. Distiques pour ses amis

22 mètres

Il y avait hier, dans Libération, le carnet hebdomadaire de l’écrivain Jean-Hugues Oppel, écrit dans un style assez cinglant, remuant, voisin de Charlie Hebdo, qu’il doit beaucoup pratiquer.

Il décide, pour l’un des jours, d’intituler sa chronique L’enfer du 22 mètres radioactif, pour y traiter ensuite de la disproportion scandaleuse entre l’importance du seul sujet abordé par les médias (le retour de Zidane en équipe de France) et l’abondance d’encre et de salive que ce thème fit couler. Léger problème, la métaphore des 22 mètres est empruntée au rugby. Cela me rend plutôt sympathique l’écrivain, qui montre ainsi, même involontairement, que le sport est le cadet de ses soucis.

De surcroît, je m’étais exprimé sur cette même disproportion, dans l’une des notes du 4 août (qui n’a pas été publiée dans Libé!).

21:50 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (0)

Un blogueur inepte

S'il y a quelque chose que Traube semble avoir en horreur (jetez un oeil aux commentaires signés de sa main), par-delà les débats, c'est la langue française! Qu'il la malmène et la rudoie!

Châteaux

Une interlocutrice, ou lectrice, m’a demandé il y a déjà lurette si je n’étais pas, par hasard, nostalgique de l’époque où florissait, en France, l’aristocratie. Cette question venait à la suite de plusieurs notes consacrées à des visites de châteaux. Suis-je un nostalgique de l’Ancien Régime? Nullement, en fait. J’ai reçu une bonne éducation, j’allais écrire “jacobine”, mais on préfèrera “républicaine”… enfin, bref, j’ai toujours été très sensible, dans l’Histoire de France, aux acquis de la Révolution, aux privilèges, aux inégalités entre les Etats, aux servitudes, aux hypocrisies du clergé, aux diverses trahisons de la cause du peuple qui ont émaillé le 19ème siècle, et dont l’usurpation du Second Empire n’est pas la moindre.

En revanche, si je n’ai rien d’un aristocrate, j’ai le goût de l’architecture et des belles choses, aussi suis-je facilement contenté, ou ravi, en visitant des châteaux où se trouvent: du beau mobilier; des tapisseries du XVIIème représentant, dans des couleurs passées mais fortement contrastées cependant et, de ce fait, émouvantes, des scènes mythologiques, guerrières ou champêtres; des toiles, des cabinets, des chambres, et, surtout, de remarquables bibliothèques comme je rêve un jour d’en pouvoir installer une chez moi.

Je ne suis donc pas exempt de la rêverie châtelaine, qui remonte à l’enfance, et à l’occasion de laquelle on se surprend à imaginer sa vie dans un joli manoir, ou un robuste castel, ou une splendide demeure seigneuriale. Mais l’aristocratie, en particulier les générations actuelles, ne me fascine aucunement.

Je repensais à cela, car la lectrice me demande, pour quelque temps, de ne plus lui écrire car elle ne sera plus chez elle. Mais peut-être lira-t- elle mon blog. Je ne joue pas le jeu. Mais je dois admettre que je repensais à cela à la veille d’une probable virée touristique dans le Gers, qui doit enfin nous conduire à Plieux, que nous vîmes il y a cinq ans mais qui était fermé, et ce du fait que Renaud Camus, propriétaire du château de Plieux, fait souvent état de cette puissante rêverie châtelaine, ou de l’attrait sur lui du fantasme immobilier.

Si elle a lieu, ce qui n’est pas certain, cette virée sera le dernier feu de vacances bien sages, car nous passerons ensuite dix jours à Hagetmau, d’où il nous sera impossible de bouger autrement qu’avec A. ou mon beau-père.

18:40 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (1)

Le dernier taureau

Comme annoncé, voici un extrait de l’entrée du Journal III de François Mauriac intitulée “Le dernier taureau”:

Je fus donc à cette corrida de Saint-Vincent-de-Tyrosse. Il m’a fallu, ce jour-là, crever un de mes derniers ballons, renoncer à l’un de mes derniers plaisirs. Non! Plus jamais je n’assisterai à une course de taureaux. Sans doute serait-il injuste de les juger toutes sur celle-là qui fut au-dessous du pire, moins par la faute des matadors que par celle d’un bétail exécrable, fuyant, et comme on dit, “manso”. Mais nous eût-il été donné de voir une belle corrida et d’applaudir un Martial Lalanda, nous aurions dû tout de même subir ce qui, tout à coup, me paraissait horrible à crier: l’attachement de cette foule assise, inactive, abritée, embusquée, “planquée”, à un spectacle dangereux pour l’homme, mortel pour la bête. Quant à cet art que j’ai tant admiré, toute sa science repose sur le leurre: une bête seule contre dix, trompée, dupée jusqu’à la mort… L’étrange est qu’elle s’en aperçoive, parfois, qu’elle le devine. […]

Pourtant ce qui m’arracha soudain ce vœu : «Je n’y reviendrai jamais plus…», ce ne fut pas tant cette horreur toute physique, ce dégoût, cette pitié, ni même la honte que me donnait la présence des Anglais venus de Biarritz […] Non, la raison de mon désenchantement, elle m’apparut tout à coup : impossible d’ignorer, aujourd’hui, de quoi notre goût pour les corridas est le signe. Nous savons, nous ne pouvons plus ne pas savoir ce que dissimule dans son cœur cette foule qui hurle autour d’une bête couverte de sang.
(Les Chefs-d’œuvre de François Mauriac, vol.11. Le Cercle du bibliophile, p.242)

Javier Tomeo, versant traduction

Traduire est merveilleux, lire des traductions est indispensable ou inévitable. Mais qu’il est frustrant de se sentir pieds et poings liés en lisant ce qui semble être une mauvaise traduction. Ainsi, des Histoires naturelles de Javier Tomeo, que je lis en ce moment, dans une traduction de Denise Laroutis, au demeurant passeuse attitrée de cet Espagnol.

D’emblée, pourquoi traduire ce Bestiario par un doublon de l’œuvre de Jules Renard? La parenté littéraire et intellectuelle n’est pas nette, à moins de vouloir attirer à tout prix un lectorat francophone.

Et encore, c’est le seul mot d’espagnol dont l’on retrouve la trace. Pour le reste, seuls les mots de la traductrice nous sont offerts. Et, dois-je le dire, ce français-là est bien douteux. Mais, comme je n’ai pas le texte espagnol à ma disposition (et comme, de surcroît, je n’ai pas non plus une véritable connaissance de la langue espagnole dans mon bagage), le doute subsiste.

Ainsi, dans le texte intitulé “Les Pucerons”, la phrase suivante, en début du dernier paragraphe: «Nous sommes trop, nous savons nous reproduire, là réside notre force.» (Corti, 1993, p.40). Le contexte semble indiquer un sens voisin de “nous sommes trop nombreux”. Nous sommes trop n’a pas de sens, en français, à moins de sombrer dans la langue la plus familière et la plus négligée, ou de ressusciter les mânes de l’oublié Collaro (“ce mec est too much, ce mec est trop” (bon, on a les citations qu’on mérite)). Mais peut-être, se dit-on, cette faute, ou cet effet de style, est-elle/il dans le texte d’origine, et la traductrice fait preuve d’une grande habileté…

Autre phrase incorrecte, sans qu’il soit possible de trancher : «Mais j’avais à peine quatre semaines que je m’aperçus qu’il y avait en moi quelque chose qui me différenciait d’elles.» (“L’abeille”, in Histoires naturelles, Corti, 1993, p.60).

J’avais dans l’idée, au moment de créer ce carnet de toile, de le consacrer, non à la Touraine ou à mes diverses divagations, mais à la question de la traduction. Peu original, mais ouvert à de riches perspectives. Vous voyez, avec cette note, à quoi vous avez échappé…

Bucolique

J'inaugure avec cette note un nouveau genre d'envois. Ayant constaté que le genre épistolaire était finalement ce qui s'apparentait le plus à l'écriture bloguistique (bouteilles envoyées dans l'océan du Web), j'ai décidé d'exhumer chaque jour, selon un principe numérologique et chronologique que je vous laisse deviner, un courrier électronique par moi naguère envoyé.

Aujourd'hui, c'est un poème parodique adressé le 28 mars dernier. Il s'intitule Bucolique, et n'aura de sens que pour d'anciens souvignyens. Il est attribuéà Marcel Chédeau, dit Casque d'Or.

.................

En ce joli lundi de Pâques
Affecté par les giboulées,
Jacky Chipon, de sa matraque
A pétrir tarte et pain au lait,

Décochait, ivre bacchanale,
D'infâmes lapins cacao
Sur notre route vicinale,
Engendrant l'ire et le chaos.

Le dirai-je, que la mort l'arde,
Le maire qui passait par là
Goûta une aile de poularde
Et soudainement dégueula.

Usine à gaz

Toujours impossible d'écrire des commentaires, aussi m'interrogerai-je ici, à la faveur de la note de Philippe[s] sur l'exposition L'Homme et les masques, que je n'ai pas vue mais dont j'avais déjà eu quelques échos, sur la présentation (dont Philippe[s], pour sa part, se félicite (ou par laquelle il se dit intrigué, intéressé, fasciné?)) côte à côte de masques rituels africains et de masques à gaz militaires. Quoique me situant plutôt du côté d'une approche esthétique qu'anthropologique des masques africains, je pense que toutes les confluences et tous les rapprochements ne sont pas idéologiquement fondés. Enfin, c'est une première réaction. Il faudrait plus ample réflexion, et surtout... voir l'exposition!

Psychanalyse

Après les mésaventures que j'eus, ces derniers temps, avec les fenêtres de commentaires de H&F, je n'ose plus écrire dans les carnétoiles amis... J'aurais pourtant aimé laisser un commentaire sur le blog de Jacques Layani, qui m'a donné longuement à réfléchir, avec, en particulier cette citation de Roger Vailland: "La psychanalyse ne m’intéresse pas. Je vois très clair en moi".

Et si, pourtant, la psychanalyse (ou: une certaine psychanalyse) n'était pas surtout le moyen, pour ceux qui voient clair en eux, de désapprendre, de se défaire de leurs illusions, ultime degré de l'élucidation?

Du nerf

Bon, dans la mesure où mon ordinateur n'a pas encore rendu l'âme, autant renoncer à essayer de régler ses lenteurs et se concentrer sur l'écriture. Je vais essayer de tenir ma promesse.

Dans l'immédiat, la note de Livy relative à son fils vous en dira assez long sur ce bel âge de quatre ans, qui apparente le bel Idris à notre A. superbe. Je partage son inquiétude face à certains programmes pour enfants, émissions ou films, et reste pantois de voir que Le Livre de la Jungle de Disney ne semble susciter aucune critique, aucune interrogation, ne serait-ce que le fait que la voix et le chant de l'orang-outang, qui dit "vouloir devenir un homme" ait été alors confié à un chanteur de jazz noir, Louis Prima. Je crois d'ailleurs que Le Livre de la Jungle 2 a d'ailleurs repris le même schéma, dans la mesure où la version française a confié ce rôle de l'orang-outang à Houcine, l'éphémère nullité de la Star Academy.

Le fait que, dans le fond, ce genre de phénomène ne semble poser aucun problème à l'immense majorité des citoyens, même cultivés, est pasablement déroutant. Merci, Livy, de mettre le doigt sur ce point sensible.