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mardi, 30 août 2005

Un beau vers de Baudelaire

Le propre d'un beau vers ne serait-il pas d'appeler le lecteur, qu'il lise pour soi ou à voix haute, à le relire, à le prononcer, à lui trouver des inflexions nouvelles, à en changer le rythme, subtilement?

Je relisais quelques poèmes de Baudelaire. Dans "La servante au grand coeur", cette élégie remarquable, équivoque, voici un vers, dont il est difficile de dire qu'il se hisse au-dessus des autres tant le poème entier est splendide, mais dont je puis au moins affirmer qu'il m'a incité à le relire, le redire maintes et maintes fois:

Vieux squelettes gelés travaillés par le ver

Quelle musique, quelle délicatesse, à mille lieues du sordide ou de la chansonnette... Est-ce le rythme tour à tour croissant et décroissant (1-3-2 dans le premier hémistiche, 3-1-1-1 dans le second), ou l'ouverture de l'adjectif dérivé en un participe passé (gelés) sur un participe passé passif (travaillés), ou encore l'homophonie si baudelairienne entre le signifiant macabre (ver) et le vers poétique, ou -qui sait?-, pour le lecteur déjà familier du poème, l'appel du vers suivant par la rime ver/hiver?

Il m'arrive de m'indigner. Que je m'indigne un peu contre moi-même, d'une erreur que je découvre: quand je me récite ce poème, je dis ainsi le dix-neuvième vers:
Grave, et venue du fond de son lit éternel
Alors que c'est:
Grave, et venant du fond de son lit éternel
... ce qui change tout! En effet, le participe présent donne tout son sens à l'apparition du spectre, alors que le participe passé tiendrait la mère revenue à distance, dans une action déjà figée. Venue, c'est un tableautin; venant, c'est une hallucination foudroyante.

Commentaires

bonjour et bravo pour votre blog

Écrit par : laura | mardi, 18 juillet 2006

dans nos kholles d'hypokhâgne, l'un des sujets est "qu'est ce qu'un beau vers?".
merci pour deux beaux articles

Écrit par : rachel | samedi, 13 janvier 2007

un de mes sujets de kholle est aussi "qu'est ce qu'un beau vers" seulement je n'arrive pas à trouver de réponse sans tomber dans la relativité de la beauté qui laisse mon exposé dans une fadeur que je désire éliminer, avez vous des idées pour développer ce sujet rachel ?? un type de plan qui ne tombe pas dans la redondance?
merçi d'avance

Écrit par : sarah | vendredi, 29 février 2008

Je vous propose le plan suivant :

1. Rimbaud vers
2. Larbaud vers
3. Roubaud vers


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Blague à part, je pense que vous devriez creuser les pistes suivantes :

1) la beauté du vers en soi (son+sens, poéticité, rythme)
2) la beauté du vers en contexte (la situation dans le poème qui, ajoutée à sa beauté intrinsèque, rend le vers hautement "mémorable")
3) beauté et mémoire : est-ce parce qu'un vers est beau qu'on le retient ? les vers les plus célèbres sont-ils nécessairement les plus beaux ?

Evidemment, ce sont les exemples et les analyses qui peuvent donner du corps à une telle démonstration. Juste une idée/ébauche.

Écrit par : Guillaume Cingal | vendredi, 29 février 2008

Et pour conclure dignement cette khôlle, inventez-vous donc un petit poète ouzbek de derrière les fagots, dont – ô miracle ! – les vers illustreront à merveille votre propos. On m’a dit que ça marchait du tonnerre.

Sinon, le plan fantaisiste de Guillaume me rappelle l’intervention d’un jeune énarque venu faire du prosélytisme dans mon lycée. La première partie de sa présentation s’intitulait – je m’en souviens encore – « La vocation d’une école et l’école d’une vocation ». Le plan en chiasme, hein, on dira ce qu’on voudra…

Écrit par : Olivier | vendredi, 29 février 2008

Eh oui, « Envole-toi bien loin de ces chiasmes morbides », comme ne disait pas Baudelaire.

(ah, je sens que j'ai grillé Didier Goux, là)

Écrit par : Chieuvrou | vendredi, 29 février 2008

merci à tous pour ces commentaires et
merci beaucoup pour cette piste sur le poème ouzbek je vais y penser :)

Écrit par : sarah | lundi, 03 mars 2008

Il y a dans "Proust entre deux siècles" une analyse du beau vers comme anomalie syntaxique. (chapitre 7 ou 8). A trouver en bibliothèque, le livre est épuisé.

Écrit par : VS | jeudi, 06 mars 2008

Excellent, j'espère vous lire à nouveau très bientôt. J'vais quand même avoir besoin d'un peu de temps pour bien assimiler le tout.

Écrit par : dessiner | lundi, 01 février 2010

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