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jeudi, 25 janvier 2007

Cinq fenêtres de par les temps

Ayant écrit mes textes directement par ordinateur et la batterie s'étant déchargée, j'ai dû me défiler quand François Bon m'a demandé de lire mes textes fenêtres. Les voici donc.

 

2001, Anachronisme

Beauvais. Assis à lire dehors par une journée ensoleillée de début juin dans la courette minuscule de graviers, saisi le salon et l’échappée vers la cuisine américaine. Grande lampe halogène noire sur l’extrême bord droit, accoudoir vert & multicolore. Écrire par couples et encore écrire. Étagères blanches construites par mon grand-père jadis et reproduction de Munch vue sur le profil des étagères. En balayant toujours vers la gauche. Éteint le téléviseur et rocking-chair camelote replié comme éteint. Au loin ainsi que je l’ai écrit je distinguais le bar élégant, la cuisine américaine, l’escalier qui mène à l’étage, lumineux sous la grande trouée de jour.

 

2007, Autoroute

C’est la nuit sur l’A10, samedi. Derrière le rideau de larmes que je ne peux retenir et le rideau des averses bourrasques, des poids lourds fugaces que je double, des bornes, ces petits panonceaux repliés prêts à servir en cas de rétrécissement des voies (90 noir cerclé de rouge) et toujours les abats de vent que je vois. Presque toutes les vraies images sont absentes de ce décor fuyant malhonnête carton pâteux. Images du passé, de P. que j’aime, et qui est en train de mourir. C’est la nuit sur l’A10, retour de Bordeaux, après la journée à l’hôpital.

 

2006, Links

À la table du salon, travaillant, traduisant. Printemps finissant. Fenêtre de la salle à manger. Celle de gauche. Capot de la Clio garée dans la cour. Couvercle jaune de la poubelle (tri sélectif papiers plastiques conserves). Comment ce chat encore est-il là, errant ? Thuya crevé roux, les autres verts, tous cachent la rue.

 

1993, Apprenti

Dans le cadre étroit, rectangulaire et cerclé de bleu du rétroviseur intérieur, le capot de la voiture de sport jaune garée immobile derrière celle que je pilote maladroitement se rapproche, ne cesse de se rapprocher, et je fixe, dans ce rétroviseur, tantôt le logo de la voiture (une Fiat avec ses quatre traits obliques reconnaissables entre mille) tantôt ses essuie-glaces terriblement tiounés, au lieu de me concentrer sur le petit carré autocollant rouge placé là par le moniteur d’auto-école et dont je m’étonne même que l’examinateur ne l’ait pas ôté, ce tout petit carré rouge dont je sais par cœur qu’il doit m’aider à savoir quand contrebraquer, puisqu’il le faudra pile au moment où il coïncidera avec la vision du trottoir, et que j’oublie. Je m’y reprends, et encore. Vous repasserez.

 

2007, Aperçu

Marre des fenêtres, vais faire un tour. Toujours aimé Tanneurs désert. Dans le couloir près de mon bureau, un étudiant écrit frénétiquement, assis par terre, as is their wont. J’aperçois la porte ouverte de la salle 34, ce qui m’étonne. L’étudiant griffonne. J’entre dans la salle 34 obscure, et suis frappé de voir qu’à travers la triple fenêtre du fond – triptyque médiéval aux deux panneaux latéraux extraordinairement étroits – m’apparaissent, m’éblouissent, dans une perspective que je n’aurais jamais imaginée, n’enseignant jamais dans cette salle 34 pourtant si proche de mon bureau, une multitude de fenêtres les unes derrière et à côté des autres, et dans la salle éclairée, au fond, on aperçoit, assis au bureau tandis qu’écrivent les étudiants, François Bon, point d’orgue, moderne vedutta de ce triptyque moderne.

F.B., ça continue

Pas de réseau pour mon portable en salle 80, alors j'ai filé jusqu'à mon bureau, juste pour écrire ceci :

C'est la première séance de l'atelier animé par François Bon, et je m'éclate.

 

(Deuxième phase de l'atelier. Les participants (étudiants) vont où ils veulent pour écrire leurs textes sur fenêtres. D'où ma présence hors de la salle 80, fou échappé.)

Simon has not shown up. Too bad.

Ce que dit le pagure Kenny Craig

Cavere, par le Zeena Parkins Pan-Acousticon, ça déménage ; méfiez-vous des cabots et plus encore des demoiselles qui les promènent. Il y a des livres à un euro à la Boîte à Livres de l'Etranger ; des livres qui valent le coup. Harpe et violoncelle, piano qui se disloque. Il doit faire moins cinq à Tours demain matin. Après une matinée passée à régler des subtilités d'emploi du temps, je vais aller faire le guignol au lycée Jean-Monnet, pour un déjeuner de travail (comme je crois qu'on dit). En revenant de la Poste, j'ai croisé une étudiante qui, me voyant le nez coulant, les yeux injectés, les mains violacées*, m'a souhaité bon courage pour mon rhume, ce qui était très gentil (mais l'hiver seul est coupable). Maudit soit ton nom, Salamine ! Un ami m'a écrit qu'il aurait bientôt, peut-être, un poste à Tours. * On se croirait dans Dracula, ou, allez savoir, dans les Récits de la Kolyma (où les crachats gèlent en vol). Formons des souhaits. À huit heures, sur le pont Mirabeau, la vitre côté conducteur a finalement accepté de se baisser**. Peasant Boy par le trio de Bob James, ce n'est pas mal non plus ; on est sur la route, maintenant, à regarder le rideau de pluie, les affaires empilées à l'arrière du camion (bâché, bien sûr). Dormez tous, je le veux. ** Je sais, il ne faudrait jamais démarrer sans avoir conscieusement raclé les vitres et dégelé l'ensemble des points de vision. Look into my eyes, not around the eyes, look into my eyes. Vous repartez au charbon, mais c'est l'engrais qui ici culmine.