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lundi, 02 février 2026

Se regardant écrire

C’est la Chandeleur. (Les crêpes au sucre, on les a mangées hier, pour le déjeuner dominical avec O* et E.)

 

Ces temps-ci, je lis, entre autres (mais figurez-vous que je ne lis que trois livres simultanément, signe du peu de temps et d’énergie que je consacre à cette activité (outre que je n’ai toujours pas enregistré ces satanées vidéos prévues de longue date)), la correspondance Gracq/Breton, qui est tout à fait instructive et agréable, et qui – tout en donnant furieusement envie de se replonger dans l’un comme dans l’autre de ces œuvres – frappe par la préciosité de ces deux hommes qui, semble-t-il, se regardaient écrire davantage encore quand ils écrivaient des lettres (ou des cartes postales). Bon, rien ne peut dépasser la préciosité et les affèteries de plume de la personne qui a rédigé les notes de bas de page de cette édition.

 La manière dont Gracq finit par s’ouvrir à Breton de la distance qu’il juge utile de mettre, en toute admiration, avec les emportements idéologiques du « pape du surréalisme » (jamais ainsi nommé dans les lettres, bien sûr – mais le rôle central et évacuateur de Breton est discuté dans les lettres circa 1952), est terriblement astucieuse.

Quand Gracq écrit qu’il a été déçu en passant à Argol – il avait déjà écrit et publié Au château d’Argol bien sûr, vu que c’est ainsi qu’il s’est trouvé en contact avec Breton à l’origine – ça me rappelle trois amis qui, en voyage en Bretagne pendant nos années communes à l’ENS, m’avaient écrit au revers d’une carte postale de Bénodet : « à Argol, pas de château ».

On ne croit pas si bien dire.

 

Qu’est-ce qui fait que j’aime autant lire des correspondances, et qu’est-ce qui fait que j’en lis·e aussi peu ? Viens-je d’inventer l’usage du point médian afin de permettre l’emploi simultané d’un verbe à l’indicatif et au subjonctif ? Vais-je finir ce billet ? Comment vais-je finir ce billet ?

 

dimanche, 01 février 2026

Double sonnet vendredominical

Vendredi midi

 

J’ai vu un troglodyte et un sosie de Trump

En mangeant mon sandwich sur les bords de la Loire

Et (je sens que ces vers ne sont pas à ma gloire)

Tout en fredonnant ‘Tupperware Stripper’ de Stump.

 

L’oiseau fut vite enfui. Comme le ciel se moire

De gris avant l’ondée, on s’était muni d’un p-

Arapluie. Le sosie, quinteux, promenait un p-

Ékinois (repoussant). Chercher dans un grimoire

 

Un joli pékinois, quelle paire de manches !

On me reproche de détourner l’attention

De mes truanderies à la rime. Dimanche,

 

J’écrirai un sonnet d’une autre confection

Plus fastoche, au premier vers sans nulle redite :

« J’ai vu un sosie de Trump et un troglodyte. »

 

 

 

Vendredi midi (remix dimanche matin)

 

J’ai vu un sosie de Trump et un troglodyte :

L’un promenait son chien ; l’autre alerté fuyait

D’un saule à un buisson, sous le ciel gris de lait,

Sans se préoccuper de la rime érudite.

 

Dans la tête j’avais un vieil air congolais

(En fait, c’est un bouyon ! Aussitôt je médite

Sur cette mélodie un peu hermaphrodite.).

Le sosie lanternait. Dans l’autre sens j’allais.

 

L’homme traînait. Il faut dire que son clébard

(Un pékinois, le genre à qui un vieux slibard

Sert d’imper quand il est pomponné par mémère)

 

S’arrêtait tous les trois mètres (bon, c’est un chien).

Et je songe à présent qu’à mon vieux dictionnaire

De rimes je n’ai pas mis de bonnet phrygien.