lundi, 12 octobre 2026
12102026
Dans un accoutrement indescriptible.
Réveillé depuis 3 h du matin, levé peu après, et là, ordi enfin allumé, j’écris à 1 h 15 de la sonnerie du réveil.
Rien ne bouge dans la rue.
J’ai vraiment abandonné l’écriture.
Dans le canapé, dans un accoutrement indescriptible, pour ne pas avoir froid, j’ai terminé l’essai de Maxime Decout ; je n’arrive pas à me remettre à Solénoïde, qui, comme la lutte sociale, demande du souffle.
La pile des livres à chroniquer, aussi, c’est quelque chose. Heureusement que c’est Anne Carson – qui ne m’intéresse pas du tout – qui a eu le Nobel.
Je vais corriger des copies.
05:33 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 11 octobre 2026
Aliments coloniaux à la Fête de la science
Ce matin, j’ai tenu, avec deux collègues, le stand de notre laboratoire à la Fête de la science, qui se tenait, pour la deuxième année consécutive, à la mairie de Tours, sous les ors donc – dira-t-on – de l’Hôtel de Ville. Nous avons vu passer presque sans discontinuer des familles, dont les enfants, parfois très jeunes, voulaient faire le quiz préparé par mon collègue Florent Kohler : sur une carte du monde de la fin du seizième siècle, placer les vignettes correspondant à quinze plantes ou épices, afin de tenter d’en deviner l’origine géographique. Mon collègue Érick avait eu la bonne idée de faire des tirages de la feuille contenant les solutions, car ainsi les visiteurs ont pu repartir avec, « à mettre sur le frigo ou our les trajets en voiture » leur ai-je dit. Quand j’avais préparé les solutions du quiz, il y a trois jours, j’étais tombé des nues, en particulier pour la banane ou l’aubergine.
Malgré la jeunesse du public, j’ai pu expliquer en quoi ce jeu se rattachait aux spécialités de recherche de plusieurs d’entre nous (la colonialité, les cultures post-coloniales) et comment cette diffusion de plantes à travers la planète – au point qu’on associe le café à l’Amérique du sud ou la banane à l’Afrique – est étroitement liée au commerce avec les Indes dès le Moyen-Âge, avec la déportation massive d’esclaves africains dans le « Nouveau Monde », et bien entendu avec la conquête violente de ce « Nouveau Monde ». Deux visiteurs au moins ont réagi en voyant que le clou de girofle faisait partie des quinze cultigènes à placer sur la carte, car ils savaient que cette épice était une des idées fixes de Magellan. Un élève de quatrième a parfaitement relié tout ce dont on parlait aux cours d’histoire qu’il suit en ce moment sur la traite transatlantique.
Comme la carte ne représentait évidemment pas aucune des terres ou îles d’Océanie, j’ai pu glisser au passage la première cartographie européenne de l’Océanie et de l’Antarctique par le capitaine Cook, ainsi qu’évoquer le génocide aborigène : un monsieur n’en revenait pas en apprenant que les Aborigènes aussi avaient fait l’objet d’un génocide, l’exemple du dernier Tasmanien mourant à peine soixante ans après le début de la colonisation de l’Australie par les Britanniques frappant toujours les esprits.
Même quand le sujet choisi pour la Fête de la science (cette année, l’alimentation, donc) ne semble guère propice à présenter les recherches de notre laboratoire, on s’y raccroche. Cécile Chapon avait aussi colligé plusieurs textes littéraires, dont un de Cocoaïans de Gauz et un autre d’un livre d’Amitav Ghosh que je ne connaissais pas, et dont elle avait apporté un exemplaire de la traduction française parue aux excellentes éditions Wildproject.
17:42 Publié dans 2026, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 10 octobre 2026
Râles d'eau et bouscarles
Matin : promenade et animation de la L.P.O. 37 autour des migrateurs, à Sant-Cyr sur Loire, dans l’espace naturel sensible du Val de Choisille. Nous avons observé, à plusieurs reprises, et dans des positions différentes, des martins-pêcheurs, mais aussi des sarcelles d’hiver, des grèbes castagneux (que je n’aurais pas identifiés, ne connaissant que le plumage nuptial), des foulques et des poules d’eau bien sûr. Nous avons entendu, souvent, obstinément, des bouscarles et des râles d’eau. Il paraît qu’au printemps, en fin d’après-midi, on entend nettement, en se promenant autour de la roselière, les râles d’eau : c’est donc que le râle d’eau devient nicheur par ici, ce que ne signale pas l’Atlas des oiseaux de France métropolitaine de 2015, que je n’avais pas ouvert depuis un petit bout de temps.
Après-midi : courses, tâches ménagères, lectures… J’ai vérifié dans notre Dictionnaire universel des créatrices (p. 4520) la notice relative à Ethel Lilian Voynich, dont le livre Le Taon occupe une place importante dans la première partie de Solénoïde (ici extrait de la p. 250). Sous l’influence ancienne de Bolaño et de Vila-Matas, et toute récente de Maxime Decout, je m’étais presque imaginé – n’ayant pas googlé sur-le-champ – qu’il s’agissait d’un texte fantôme, autrement dit d’un roman inventé, mais non : tout est rigoureusement exact.
En lisant le livre de Maxime Decout, je me dis notamment qu’il faut vraiment que j’arrête de traîner avant de me remettre à mon projet de livre, et que je dois écrire. Cette semaine, la mobilisation m’a mangé tout mon temps.
18:03 Publié dans 2026, Lect(o)ures, Sites et lieux d'Indre-et-Loire | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 09 octobre 2026
Raid numérique sur Teams (université de Tours)
Nous avons passé, à trois ou quatre, une partie de la matinée à rédiger le communiqué ci-dessous, dont la diffusion a été refusée par la présidence. Mes collègues anglicistes qui sont vice-présidentes pourront continuer de venir râler que Philippe Roingeard est insulté ou caricaturé, ce qui de fait n’avance à rien (mais n’a, également, aucune importance au regard de la situation générale), mais il faut bien dire que cette équipe fait tout pour qu’on croie qu’elle souhaite étouffer toutes les revendications.
Communiqué des membres du personnel mobilisés (Université de Tours)
sur le raid numérique du 8 octobre 2026
*************
Nous, membres du personnel mobilisés depuis la semaine dernière, avons appris avec stupéfaction les très graves incidents survenus pendant un cours en distanciel synchrone en droit, jeudi 8 octobre. Nous condamnons les propos sexistes, racistes et antisémites, qui ont été proférés par des personnes se disant “e-bloqueurs” et qui tombent sous le coup de la loi. Nous apportons notre soutien au collègue victime de propos ignobles et aux étudiant·es traumatisé·es par ce raid numérique, qui constitue une véritable maltraitance.
Il est évident que ces intrusions n’ont aucun rapport avec les revendications des étudiant·es actuellement mobilisé·es et qu'elles ont pour but de décrédibiliser le mouvement. Les propos tenus sont totalement contradictoires avec les revendications portées par le mouvement des étudiant·es et du personnel, en particulier sur l’égalité sociale et la lutte contre les discriminations liées aux frais d’inscription différenciés. Les étudiant·es mobilisé·es sont d’ailleurs engagé·es contre toutes les formes de discrimination et de violences sexistes et sexuelles.
L’incident ayant été immédiatement relaté dans un magazine d’extrême-droite en mettant en cause sans aucune preuve les étudiant·es mobilisé·es, nous dénonçons une tentative grossière de discréditation du mouvement. Nous demandons à la Présidence de faire valoir un droit de réponse en affirmant qu’aucun lien n’est établi entre ces discours xénophobes et le mouvement social en cours. Nous interrogeons enfin la responsabilité de l’employeur, qui a encouragé la mise en place hâtive, et hors de tout cadre réglementaire, du distanciel synchrone, exposant ainsi enseignant·es et étudiant·es à ce type d’intrusion.
Comité de mobilisation de l’Université de Tours
9 octobre 2026
18:01 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 08 octobre 2026
3.000 professeurs, fantômes – et un ministre, fantoche
Geffray, aux abois, inepte, annonce ce soir, en deux minutes vite bâclées à la télévision, le déploiement de trois mille professeurs « entre demain et lundi ». Partout sur les réseaux sociaux, sous chaque article de presse reprenant les propos du ministre, absolument TOUS les commentaires ironisent sur ce qui est évidemment un énorme mensonge et une simple promesse pour éteindre l’incendie. L’opinion publique est favorable au mouvement des lycéens car elle voit que les revendications sont justes et qu’en face c’est n’importe quoi. Dans les lycées qui se sont mobilisés pour d’autres revendications également, ça ne va rien calmer. Quand, dans les lycées concernés, les lycéens vont s’apercevoir que c’était du pipeau, ça peut remettre en ordre de bataille.
Il est possible que ce mouvement s’essouffle car les vacances de Toussaint approchent, mais les universités sont à présent à fond aussi. Pas très malin donc de dire n’importe quoi, alors qu’il suffit de taxer les successions des très grandes fortunes pour récupérer les 12 milliards annuels permettant de répondre à une bonne partie des revendications pour le secondaire, et de supprimer le Crédit Impôt Recherche pour réinsuffler cet argent dans le budget pérenne des universités.
21:00 Publié dans 2026, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 07 octobre 2026
Infantilisation des citoyen·nes en lutte
Les médias font tourner en boucle l'annonce de Lecornu selon laquelle les cours seraient banalisés dans les lycées de France pendant trois jours afin de permettre des “temps de démocratie interne”.
La réalité est toute autre, et il faut le faire savoir (je crois que les syndicats demandent d’ailleurs aux enseignant·es de boycotter ces séances) :
- C’est une demi-journée qui sera banalisée.
- Au cours de cette demi-journée, les professeur·es sont censé·es rappeler aux élèves les lois sur le respect des biens, l'illégalité des blocages etc.
Les lycéen·nes n’ont besoin d’être ni infantilisé·es ni caporalisé·es. Il y a des revendications très claires : c’est au gouvernement, qui détruit depuis des années le service public d’enseignement, de les écouter et de leur répondre.
06:50 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 05 octobre 2026
05102026
Journée déprimante au possible ; rappel que la majorité, consentant toujours au pire, vaque aux affaires courantes.
Il faut lutter, néanmoins.
Espérer que la journée de mobilisation demain continue d’instaurer un rapport de force qui fasse peur à l’oligarchie gouvernante.
17:10 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 04 octobre 2026
Déception
Très déçu par l’essai de Sophie Benech, Variations sur une élégie d’Anna Akhmatova, dont on m’avait beaucoup parlé ; il reste extrêmement descriptif et superficiel dans son approche des différences entre six traductions du même poème, et sa conclusion est de l’enfonçage de portes ouvertes à haute dose. C’est un petit livre, un tout petit livre.
Commencé ce soir Solénoïde. (Là aussi, depuis le temps qu’on m’en parle…)
22:11 Publié dans 2026, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 03 octobre 2026
Visite de l'ancienne Ecole navale (Rochefort)
Peu dormi, mal, après la longue soirée à Fondettes. Nous sommes arrivés à Rochefort peu avant midi.
L’après-midi nous avons visité, la veille de sa fermeture pour une durée indéterminée, l’ancienne Ecole navale de médecine. C’était passionnant, tant pour l’histoire de la ville que pour ce que cela dit des explorations coloniales, de l’évolution du métier de chirurgien, des différentes figures mises à l’honneur (et de celles qu’on continue d’invisibiliser). Bibliothèque impressionnante.
Abel a écrit de son côté (notamment) : « Un lieu avec certaines collections assez dérangeantes, sur lesquelles il faudra avoir une réflexion muséographique pour l’avenir. »
19:12 Publié dans ... de mon fils, 2026, Autoportraiture, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 02 octobre 2026
L'Etat opprime, la jeunesse s'exprime
Avant de me rendre à l’A.G. du personnel au Plat d’étain, je suis passé par la place Jean-Jaurès, histoire de m’assurer que les policiers ne cherchaient pas – comme dans tant d’autres endroits en France – à faire dégénérer le rassemblement lycéen et étudiant.
Peu de slogans spécifiques ; le cortège est parti en manifestation sauvage avenue Grammont pour aller « saluer » Attal, en visite à la NR.
15:15 Publié dans 2026, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 01 octobre 2026
Suite des événements
Nouvelle journée de mobilisation. Les violences policières systématiques sont atroces. Les jeunes manifestent pacifiquement pour plus d’égalité, par peur d’un avenir clos : ils se font mutiler et arrêter. C’est ignoble.
Le site Tanneurs étant entièrement fermé, nous avons tenu une petite A.G. des membres du personnel place des Joulins ; je fais désormais partie du comité de mobilisation, de sorte que j’ai sollicité l’ouverture de l’amphi 1 de l’Extension pour une A.G. demain ; le directeur de cabinet de la Présidence nous a seulement répondu que ce n’était pas possible et que l’amphithéâtre Varvoux, sur le site du Plat d’Etain, nous était proposé.
Ce soir, j’ai écrit ce message à mes étudiant·es de L3 :
Dear students
Vous l’avez vu, le TD n’a pas pu avoir lieu hier mercredi et les deux TD de demain vendredi sont également annulés en raison de la fermeture du site. Vous recevez pour l’instant des messages très généraux, et vous recevrez bientôt des messages concernant la poursuite des cours et la continuité pédagogique. Surtout vérifiez régulièrement votre messagerie et ne vous fiez qu’aux communications officielles.
Je mettrai en ligne dans la journée de vendredi des pistes correspondant à un corrigé du travail de la semaine 3 (les chassés-croisés dans les deux sujets d’examen de 2025-2026) : vous ne tirerez profit de ces pistes qu’à condition d’avoir préparé le travail.
Mais il y a (beaucoup) plus important. Ce que je tiens à vous dire, moi, en tant qu’universitaire opposé aux politiques de démantèlement de l’enseignement supérieur public qui durent depuis une décennie, c’est que les étudiant-es qui bloquent les sites ont deux mots d’ordre principaux, auxquels nous sommes nombreux à souscrire :
* lutte contre la politique d’Etat des droits différenciés (qui se poursuivra très bientôt par une augmentation massive des frais d’inscription pour tous les étudiants)
* exigence de cesser le gel des recrutements d’enseignants-chercheurs
Sans me prononcer sur les modalités d’action des étudiant·es (qui ne sont pas de mon ressort et qui peuvent être débattues par toutes et tous les étudiant·es à condition d’aller en discuter en AG, ce que je vous incite à faire), je tenais à insister sur ces points.
Par ailleurs, notre établissement, comme d’autres, est au bord de la faillite en raison de la sous-dotation chronique. Notre pays est un de ceux de l’OCDE qui offre les moins bonnes conditions d’études du collège à l’université, tandis que niches fiscales et exonération des grandes fortunes vident les caisses de l’Etat. Ce n’est pas une grève ou un blocage qui mettent le plus en danger vos études : si demain l’université est en faillite en raison des budgets d’austérité, vous le comprendrez aisément.
Enfin, vous avez sans doute vu que des mouvements pacifiques menés par des lycéen·nes, donc des citoyen·nes de moins de 18 ans, sont violemment réprimés, ailleurs en France et à Tours même. Il est essentiel de réaffirmer ici, comme le maire de Tours l’a fait hier en citant le Défenseur des droits, que les autres pays choisissent la désescalade mais que la France fait le choix des armes de force intermédiaire dans des contextes qui ne les imposent nullement. Aujourd’hui encore le député de Tours et le maire de Tours eux-mêmes ont été victimes d’une charge de CRS dans un contexte qui était entièrement pacifique. C’est une situation délirante et antidémocratique. Personne ne peut cautionner l’usage d’une violence disproportionnée face à des revendications sociales.
Bien à vous
G. Cingal
19:24 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 30 septembre 2026
Que faire ?
La manifestation d’hier était plutôt réussie. Il y a toujours des questions de verre d’eau à moitié vide et à moitié plein. Par contre, la répression policière, d’une violence sans précédent, contre les lycéen·nes fait froid dans le dos. Quand les fascistes seront au pouvoir, ce sera le degré au-dessus, avec des milices d’extrême-droite qui se joindront à la sale besogne et des fonctionnaires qui en seront encore à gloser sur le devoir de réserve…
À bout de nerfs, j’ai fini, après mon unique cours maintenu (en visio), qui avait lieu de 14 h à 16 h, par envoyer le mail suivant à mes collègues anglicistes. Pour le contexte, je précise que je réagissais au mail du responsable administratif, qui se contentait d’informer qu’ « au vu des évènements en cours dans certains lycées de la ville, qui peuvent avoir un impact sur la sécurité de notre site, le président de l'université a décidé de fermer le site des Tanneurs et de Fromont dès à présent ».
Dear colleagues
J’étais ce matin sur le site Tanneurs de 7 h 15 à 11 h 30. Hier, suite à la manifestation, j’ai assisté à l’AG qui a voté majoritairement le blocage des sites Tanneurs et Fromont ; les enseignant·es présent·es s’étant abstenu·es.
Les mots d’ordre principaux des étudiant·es bloquant le site sont : fin des droits différenciés en fonction des origines nationales + maintien et hausse des recrutements de profs. Dans le contexte de gel total des recrutements pour la campagne 2027 (ce qu’apparemment des collègues ne savent même pas !), dans le contexte où nous travaillons dans un établissement au bord de la faillite (à cause de la sous-dotation délibérée), je vois mal qui, parmi nous, pourrait se trouver en désaccord avec des revendications.
Pour en venir au mail que je repartage, je ne sais pas si vous savez exactement à quoi fait référence le responsable administratif mais si vous allez sur les médias locaux vous le verrez : à Tours comme dans tant d’autres villes, la police a réprimé violemment des lycéen·nes (donc des mineur·es) sans armes, avec des blessés. Il n’y a pas qu’Alençon, Saint-Denis ou Marseille : le gouvernement a donné une fois encore l’ordre de casser les revendications en mutilant les corps.
Et moi, je me demande jusqu’à quand nous allons continuer de faire mine de ne rien voir.
Comment pouvons-nous continuer à allumer nos ordinateurs, à lancer le vidéoprojecteur, à annoncer des CC à 30% pour la semaine 5 ou à seulement pester quand le copieur marche mal, alors que :
* la police, déjà très majoritairement convertie aux thèses racistes et antidémocratiques du RN, a carte blanche pour démolir physiquement les personnes participant à des manifestations pacifiques, que les revendications soient syndicales ou écologistes
* l’enseignement supérieur — déjà gravement détérioré par les politiques publiques depuis 2004, et plus encore depuis 2017 — est la cible d’attaques idéologiques et systémiques (déjà ciblé personnellement par des courriers anonymes lors de la campagne de lutte contre l’“islamogauchisme” lancé par la ministre Vidal, au sein d’un gouvernement dit de centre droit, je sais très bien ce qu’il se passera si l’extrême-droite arrive au pouvoir)
* notre établissement risque d’être mis sous tutelle
* les canicules de cet été ont démontré que les questions de transition écologique et économique devraient être le sujet principal des campagnes électorales à venir, car l’urgence climatique vient déjà dégrader nos vies et nos métiers
Ce qui me sidère le plus, c’est que nous n’en parlons jamais. Je comprends bien que certain·es parmi nous ont signé des pétitions et manifesté contre la mesure raciste des droits différenciés, et que d’autres trouvent ça très bien, mais je trouve étonnant que nous fassions cours comme si cela n’avait jamais été un sujet de débat, entre autres.
Best to all
Guillaume
J’ai eu trois réponses, deux en privé, succinctes, et un mail collectif d’une collègue syndiquée qui a abondé dans mon sens. Sur une quarantaine de collègues. L’anesthésie et la dépolitisation que je constate depuis plusieurs années est bel et bien là.
18:37 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 29 septembre 2026
Grève & lectures de Canetti
Aujourd’hui, journée de mobilisation de l’ensemble de la fonction publique. Cela fait tellement d’années que nous dénonçons le manque de moyens, le fait que la France laisse aller à vau-l’eau ses services, notamment de santé et d’éducation… à chaque fois, la coloration est légèrement différente, cette année avec l’université de Tours au bord de la faillite totale (elle est sous-dotée de 1.500 euros par étudiant·e depuis quinze ans), le fascisme quotidien bien installé, les prix du carburant à des niveaux inédits, et le gouvernement qui gave plus que jamais les entreprises, l’agrobusiness et les multimillionnaires.
Toujours à me disperser, j’ai commencé à lire Elias Canetti : d’une part ses petits portraits insolites consacrés à des figures imaginaires, Der Ohrenzeuge (1974), et d’autre part une anthologie de ses carnets, Aufzeichnungen 1942-1985. Dans ce volume-ci, on trouve, en préambule, la notation suivante, que je contresigne absolument :
Der Verlust einer vordergründigen Einheitlichkeit, bei einem solchen Unternehmen unvermeidbar, ist kaum zu bedauern, denn die eigentliche Einheit eines Lebens ist eine geheime, und sie ist dort am wirksamsten, wo sie sich unabsichtlich verbirgt.
Si je tente de traduire :
Il ne faut guère déplorer l’absence apparente d’uniformité, inévitable dans une telle entreprise, car une existence n’a de cohérence que secrète, et c’est là où cette cohérence se cache involontairement qu’elle est la plus efficace.
Il écrit aussi : „Wen man schlafen sah, den kann man nicht mehr hassen.“ [Celui qu’on a vu dormir, on ne peut plus le haïr.] Même s’il a écrit ces lignes en 1942, donc à une époque où on sait bien que la vilenie humaine ne lui était pas inconnue, je peux lui certifier que s’il voyait les centaines de personnes – ce ne sont ni des bots ni des trolls – qui mettent un émoji rigolard sous les publications annonçant qu’un adolescent a été mutilé par la police ou que des réfugiés se sont noyés en essayant de gagner les rivages de l’Angleterre, il comprendrait que ce on (« man » en allemand, donc l’humain) prétendument universel exclut des millions de salopard·es qui profiteraient du sommeil de celles et ceux qu’iels haïssent pour leur faire subir je ne sais quels sévices.
Moins tragique (dans ma lecture recontextualisée, hein), cet aphorisme que je pourrais lire un de ces quatre à l’antenne (mais il faudra le traduire) :
Die Tatsache, daß es verschiedene Sprachen gibt, ist die unheimlichste Tatsache der Welt. Sie bedeutet, daß es für dieselben Dinge verschiedene Namen gibt; und man mußte daran zweifeln, daß es dieselben Dinge sind. Hinter aller Sprachwissenschaft verbirgt sich das Bestreben, die Sprachen auf eine zurückzuführen. Die Geschichte vom Turm zu Babel ist die Geschichte des zweiten Sündenfalls. Nachdem die Menschen ihre Unschuld und das ewige Leben verloren hatten, wollten sie kunstvoll bis in den Himmel wachsen. Erst hatten sie vom falschen Baum genossen, jetzt erlernten sie seine Art und Weise und wuchsen stracks hinauf. Dafür wurde ihnen das genommen, was sie nach dem ersten Sindenfall noch behalten haten: die Einheitlichkeit der Namen. Gottes Tat war die teuflischste, die je begangen wurde. Die Verwirrung der Namen war die Verwirrung seiner eigenen Schöpfung, und es ist nicht einzusehen, wozu er überhaupt noch etwas aus der Sintflut rettete.
08:57 Publié dans 2026, Gertrude oder Wilhelm | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 28 septembre 2026
E tutti quanti
« Faut juste essayer de pas te faire choper par Pangram ! »
Cette boutade à la fin d’un mail professionnel, bien sûr que je n’en veux pas à la collègue qui l’a écrite, d’autant que j’aurais très bien pu faire faire la même vanne, mais lire cela m’abat.
D’une part, parce que depuis plusieurs jours ma bulle algorithmique me propose, pour moitié au moins, des publications sur « l’affaire Thélyson Orélien », dont quelques-unes sont pertinentes, mais dont l’immense majorité est à côté de la plaque ; d’autre part, en raison de la réussite indéniable de la cabale d’extrême-droite qui avait pour objectif de faire connaître Pangram, qui est – comme Claude e tutti quanti – une IA générative destructrice et inepte, vu que tant de gens se sont rués « pour la tester », en ne se rendant jamais compte que ce faisant ils enrichissaient ses concepteurs et nourrissaient la base de données de la machine.
J’ai déjà écrit cela, peu ou prou. Mais certains débuts de journée répètent les heures passées.
08:43 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 27 septembre 2026
Trop chaud
Belle journée d’été, encore, quoique ce soit l’automne. Trop chaud. Toujours pas une goutte d’eau, la Loire à sec et tout à l’avenant – des moustiques par myriades partout. Nous avons déjeuné sur la terrasse, en famille, sans être trop piqué·es.
Ce matin, au pieu, au lieu de me mettre au travail, j’ai quasiment fini la lecture du livre sur Walser acheté avant-hier et qui est à la fois navrant et fourmillant de plein de petites informations… car je ne savais presque rien de la biographie de Walser, à l’exception de son nomadisme, du fait qu’il n’a jamais quitté la Suisse – à l’exception de Berlin – et de sa terrible mort dans la neige.
Pas mal d’idées pour des excursions et des visites en Suisse, dans les villes et les régions que nous ne connaissons pas.
Aussi : idée de reprendre ma réflexion sur l’écriture de Walser à partir des textes des années 80 de Breytenbach.
17:49 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 26 septembre 2026
Marche
La Marche pour le climat n’était pas si ridicule que cela ; nous étions peut-être un millier à battre le pavé. J’ai serré la main, brièvement, à C. F., très amaigri et le regard un peu hagard, je dirais éberlué si je ne savais pas que c’est l’épuisement.
Hier, premier match de la saison ; notre équipe recevait Langeais 8. Nous avons perdu de peu (4 à 6), ce qui m’a fait davantage rager encore de ma très courte défaite au troisième simple (11-8/11-6/4-11/8-11/10-12). Il paraît que j’ai progressé, mais que c’est lent.
17:49 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 25 septembre 2026
J + 2
Reçu mes dix exemplaires de traducteur de La Seconde Émancipation. Même jour, mail de Howard French pour me remercier de l’émission de radio.
Sans rapport : les personnes, dont celle agissant depuis plusieurs mois sous le pseudonyme “Josiane Perraud”, qui écrivent ici des commentaires insultants, verront leurs commentaires supprimés et l’IP employée systématiquement bannie.
17:52 Publié dans 2026, Autoportraiture, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 24 septembre 2026
24092026
Hier c’était le jour de publication du nouvel ouvrage de Howard W. French que j’ai traduit, La Seconde émancipation, ainsi que de l’édition de poche de Noires origines. Comme j’ai assuré six heures de cours – dont un tunnel épuisant de quatre heures entre 14 h et 18 h, assoiffé et accablé par la canicule dans les salles –, corrigé des copies, préparé des documents de cours etc. je n’ai pas eu le temps de faire une petite vidéo… peut-être aujourd’hui…
Aujourd'hui paraissent aussi les deux nouveaux ouvrages des éditions Rot-Bo-Krik. Il me tarde de les lire.
Hier, par contre, j’ai pu prendre trois minutes pour exprimer mon avis sur un des points les plus délirants et inaperçus de l’affaire Thelyson Orélien : le fait que tout un tas de gens se soient engouffrés dans la vérification par IA-g, en ne voyant pas que le principe même de cette cabale était une gigantesque campagne de pub pour Pangram. Il y aurait, à chacune de ces affaires, un livre à écrire ; pour cela il faudrait noter au fur et à mesure les interventions, les référence, esquisser une analyse, puis reprendre tout cela.
11:08 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 23 septembre 2026
Affaire Thélyson Orélien : coup de gueule (Pangram)
Ce qui est terrible dans cette affaire Thélyson Orélien, outre bien entendu la cabale diffamatoire raciste contre un auteur noir du Sud global, c’est que toutes les personnes qui le défendent passent plein d'autres textes dans Pangram et autres logiciels d'IA afin de démontrer que les IA génératives font n’importe quoi.
Oui, elles font n’importe quoi. Cette cabale a notamment été lancée comme campagne de pub pour Pangram, et vous, bande de gogos, vous cramez des millions de litres d’eau en suivant le business plan de ces salopards.
On ne démontre pas qu’une flaque est faite de merde en se roulant dedans pendant des heures pour vérifier que ça pue.
Bordel.
11:02 Publié dans 2026, Indignations, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 22 septembre 2026
Affaire Thélyson Orélien, le cas Faerber
Alors, Johan Faerber a globalement raison :
1/ Les accusations d’écriture par IA contre Thélyson Orélien émanent de comptes fachos et négationnistes. Aucun autre roman médiatisé de la rentrée littéraire n’a été passé à la moulinette de Pangram.
2/ Aucun logiciel de détection de l’IA n’est à même d’affirmer qu’un texte a été produit, totalement ou partiellement, par une IA. On compte déjà pas mal d’erreurs judiciaires contre des étudiant-es injustement accusé-es (tandis que des milliers d’autres ne se font pas repérer). Demander à une IA de détecter de l’IA, c’est un peu comme confier à l’IGPN une enquête sur les violences racistes dans la police, à cette différence que l’IGPN, elle, ne trouve jamais rien de gênant.
Mais je ferai remarquer à Johan Faerber qu’il y a deux autres biais racistes, cette fois-ci dans son post :
3/ Ce roman n’est pas le premier de Thélyson Orélien. Dire ça, c’est reprendre la communication de l’éditeur (Grasset...) et effacer les livres publiés avant. Pour quelqu’un qui se dit en lutte contre les idéologies suprémacistes, considérer que seul un livre publié en Europe mérite d’être mentionné, c’est un peu gênant.
4/ Le titre du roman est C’était ça ou mourir, pas “C’était ça ou écrire”. Mourir, dans le roman (que je n’ai pas lu), c’est le risque encouru par le protagoniste à Haïti, puis dans sa longue migration. Le sujet n’est pas, de façon solipsiste, l’écriture. Ce n’est pas un roman de Jean d’Ormesson.
Deux addenda du 24 septembre : des éléments accablants tendent à démontrer qu’une nouvelle publiée par Thélyson Orélien en 2012 était largement plagiée d’un texte de Louis Pauwels. Cela n’éclaire que partiellement l’affaire autour de C’était ça ou mourir.
Johan Faerber n’a rien rectifié de son billet du 22/09, pas même le titre du livre, ce que pourtant pas mal de personnes lui ont signalé.
17:00 Publié dans 2026, Indignations, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 21 septembre 2026
ILMC S3E01
Reprise de l’émission de radio, en prenant cette fois-ci – une fois n’est pas coutume – le temps de parler de mes deux traductions de Howard W. French. Après tout, pourquoi n’inclurais-je pas mes travaux de traducteur dans cette archive radiophonique (déjà 48 émissions) ?
15:03 Publié dans 2026, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 20 septembre 2026
Un portrait de Nkrumah
Je viens de découvrir un portrait de Kwame Nkrumah (sottement orthographié N’Krumah) paru dans Le Monde le 15 juillet dernier. Il s’agit des années après le coup d’Etat, à Conakry, d’où une double référence à l’ouvrage de French (signalé comme non traduit alors que l’éditeur avait déjà annoncé la parution en septembre) et à Elara Bertho. L’image d’illustration, qui consiste en un morphing d’un portrait dessiné de Nkrumah et d’un plan de Bucarest (où il est mort après plusieurs semaines d’agonie hospitalière), était inconnue de moi. L’auteur en est un certain Sergio Aquindo.
09:00 Publié dans 2026, Affres extatiques | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 19 septembre 2026
Quelques heures à Nantes
Une journée à Nantes, à vrai dire sept heures à Nantes même. Nous voulions voir – et n’avions pas trouvé le temps cet été – l’exposition Expression(s) décoloniale(s) 4, qui accueillait notamment Omar Victor Diop, dont nous connaissons déjà le travail (mais c’est la première fois que nous pu voir une dizaine d’œuvres de la série Liberty), Rosana Paulino (dont les sculptures et les installations sont impressionnantes, non par la taille mais par leur puissance évocatrice, la douleur qu’elles font émerger de l’histoire) et l’historienne Lylly Houngnihin.
Nous en avons profité pour nous promener un peu, et pour parcourir trop rapidement les salles du musée Dobrée, que nous n’avions jamais visité et dont les collections incluent notamment deux étonnants masques gèlèdè (du Bénin), l’un orné de ciseaux de chaque côté de la coiffe. Jamais vu ça.
Avant de reprendre le train, petit concert d’orgue à la cathédrale (Couperin, Duruflé). Ainsi, j’ai eu « Stratégie de l’inespoir » de Thiéfaine dans la tête tout le trajet de retour. (Qui comprend cet « ainsi » ?)
On a aussi pris un verre dans l’étrange café ZAW, avec ses gigantesques plantes tropicales et ses statues d’origines diverses, mais à la tonalité franchement coloniale.
À Nantes, on ne quitte jamais ces questions, même si Le Figaro préfère euphémiser. Dans un article du 24 mars 2024 sur la réouverture du musée Dobrée, on pouvait notamment lire la phrase suivante, sous le chapeau particulièrement abject « L’air du temps » : « Impliquée dans la traite, la famille Dobrée trouve cependant sa fortune ailleurs, dans le commerce de l’épice et du thé. »
Un peu de name-dropping : la seule fois où j’avais bu un verre au café ZAW, c’était avec Ananda Devi et Kossi Efoui, en mars 2025.
22:20 Publié dans 2026, BoozArtz, Hors Touraine, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 18 septembre 2026
Réception des premiers exemplaires

17:47 Publié dans 2026, Autoportraiture, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 16 septembre 2026
Vers composés sur le motif (Paris, square Barye)
Le conducteur sur le volant de son Paris Goupil
roupille
À la proue du parc face au soleil levant
rêvant
d’un jour aussi de septembre il y a trente-deux ans
je sens
monter en moi le klaxon et la sirène de la mélancolie
comme il
paraît que fumer nuit à vos dents et à vos gencives
(sensibles)
— C’est ce que dit le paquet à la proue du parc désert
08:55 Publié dans 2026, Autoportraiture, Ecrit(o)ures, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 15 septembre 2026
Un “cocky” peut en cacher un autre
Ce sens de “cocky”, dûment répertorié dans l’OED, semble échapper à la plupart des dictionnaires bilingues généralistes. Un énième exemple de ce que seul·es peuvent les traducteurices humain·es.
Je ne suis pas content de ma traduction par « cul-terreux » mais elle est, pour le moment et en attendant de trouver mieux, à visée pédagogique. C’est une version d’agrégation, et comme les candidat·es n’ont droit à aucun dictionnaire, il s’agit de montrer que :
* le contresens qui consisterait à traduire “cocky” par l’adjectif « arrogant » ne serait pas sanctionné, car sans dictionnaire un·e futur·e agrégé·e n'est pas censé·e connaître cet australianisme
* toute tentative de traduire qui démontre que le sens australien a été compris serait valorisée, même au mépris du registre ou de la tonalité (d’où mon « cul-terreux », que j’avais risqué avant de vérifier le sens de “cocky” dans l’OED)
23:33 Publié dans 2026, Translatology Snippets, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)












