mercredi, 21 octobre 2026
De Diaz à Kofler
Réveillé à 5 h 10, levé à 5 h 50.
Il va falloir que je tente d’organiser mes semaines de travail en novembre afin de garder du temps pour relancer mes projets d’écriture et de recherche (ou de traduction). Ces chantiers m’importent vraiment ; je ne peux pas les laisser somnoler car il y a toujours plus urgent. Il y aura toujours plus urgent.
Hier soir, j’ai commencé le poème en prose que Bernard Banoun vient de traduire aux éditions Vanloo, La montagne de boue de Rafael-José Diaz. C’est très beau. De ce même poète j’avais déjà lu la précédente traduction de Bernard, aux éditions Cheyne. Il s’agit d’un poète canarien, et je regrette d’avoir cessé d’échanger avec A*, notre doctorant originaire des Canaries et avec qui j’ai beaucoup discuté l’an dernier à Jaen.
J’ai aussi lu le dernier livre de Werner Kofler, Trop tard, également traduit par Bernard, et qui m’avait échappé à sa sortie, juste après la mort de Kofler. Les deux textes qui le composent sont très puissants, le second, “Tiefland, Obsession” évoquant les acteurs et actrices “tziganes” du film de Leni Riefenstahl, dûment mentionné·es au générique et qu’elle a renvoyé se faire gazer une fois le tournage terminé : Kofler leur redonne un nom, déjoue les artifices du « génie artistique » de Riefenstahl, égratigne passablement, au passage, Jean Cocteau, l’acteur Bernhard Minetti et Thomas Bernhard qui lui consacra une pièce sans jamais sembler se soucier de son passé nazi.
Dans l’émission de radio enregistrée en direct et diffusée avant-hier (il me tarde de pouvoir la podcaster), Bernard a réexpliqué que, suite à la faillite des éditions Absalon, le troisième tome de la trilogie alpestre de Kofler restait inédit en français. Il va falloir militer un peu activement pour en parler à des maisons d’édition sérieuses. L’idéal serait bien sûr de republier les deux premiers tomes, épuisés et introuvables (je les ai sur mes étagères).
La langue de Kofler, comme celle de Jirgl (dans un autre genre (ou pas)), est véritablement envoûtante, mais tout en ne cessant de demander à s’en distancer. C’est plutôt indescriptible, comme expérience de lecture.
07:10 Publié dans 2026, Gertrude oder Wilhelm, ILMC, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 20 octobre 2026
20102026
À part le rassemblement de 300 collègues et étudiant·es mobilisé·es dans la cour du Plat d’Étain, tout ça pour que Roingeard refuse encore une fois de recevoir une délégation et de dialoguer, pas grand-chose à signaler. Je tente de déposer dans les cours Célène des documents de travail « faisables » en autonomie pour les étudiant·es, mais rien ne remplace les « vrais » cours. D’ailleurs, hier, le département d’anglais a voté à l’unanimité le refus de passer en distanciel synchrone et d’évaluer tout contenu qui aurait été dispensé de façon non présentielle.
Il pleut à nouveau pas mal, depuis hier soir. La Loire est encore très à sec, spectacle toujours déprimant.
La Religieuse de Guillaume Nicloux : pas mal, mais on dirait vraiment un téléfilm.
21:37 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 19 octobre 2026
I Love Mes Cheveux, 49 & 50
Journée harassante.
J’ai enregistré deux émissions de radio, dont l’une diffusée en direct sur le créneau habituel, mais en devant m’adapter à la panne totale du micro animateur. C’était extrêmement malcommode, même si Amari et Mélissa ont très savamment et gentiment modifié l’installation du studio pour que je puisse parler et être aux manettes pour l’émission de l’après-midi. Je pense que la qualité technique et même le contenu des émissions va s’en ressentir car j’étais épuisé et mal à l’aise. Le podcast suivra.
C’était décidément la journée des incidents techniques car après l’émission, je me suis réfugié dans un café/pizzeria des Deux-Lions afin d’essayer de participer à la fin de notre réunion de département : le Wi-Fi marchait mal, les écouteurs n’ont jamais voulu se connecter (de sorte que j’ai dû mettre le son assez bas, et ne pas entendre grand-chose). Bien pénible donc.
Pour I Love Mes Cheveux, je manque de toute façon d’inspiration car je n’arrive pas à trouver de nouveaux invités. Je me demande si l’émission ne va pas tout simplement s’évanouir. Celle avec Karine et Nicolas, des Temps Sauvages, enregistrée cet après-midi mais qui sera diffusée la semaine prochaine, était la cinquantième.
17:47 Publié dans 2026, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 18 octobre 2026
1 million, 100 milliards
Enfin une bonne nuit, à dormir d’une traite, huit heures tout de même. J’en avais sacrément besoin. Mon ordinateur, tout neuf pourtant, est bruyant, je trouve, sans que j’arrive à savoir si cela fait seulement quelques jours ou si je ne m’en étais pas rendu compte avant.
Nous avions prévu d’aller à Paris aujourd’hui, et puis, entre les tensions (ainsi que la fatigue) liées à la mobilisation et la fin de manifestation qui a dégénéré hier soir – comme on pouvait s’y attendre – nous n’avons pas la tête à visiter des expositions. À Tours la manifestation a été absolument colossale, impressionnante, presque incontrôlable. Le matin, 2 à 3000 personnes (cinq fois moins donc) s’étaient rendues de la place Velpeau aux Atlantes, où la station-service a été neutralisée, avant de bloquer l’autoroute pendant une petite demi-heure ; épuisé, je n’étais pas de l’aventure.
La journée d’actions et de mobilisation d’hier est un succès ; le gouvernement, qui tablait sur « 110.000 à 170.000 manifestants » la veille, et qui a dû en avouer 550.000 (800.000 selon les organisations syndicales), est totalement désavoué, dépassé, incapable de répondre à l’exigence de démocratie.
Il faut un budget qui rééquilibre un peu les choses et qui cesse de multiplier les inégalités sociales. Pour l’obtenir, il faudrait que les macronistes renoncent à leur politique depuis 2017, qui n’a été que cadeaux aux grandes entreprises, aux multimillionnaires et à l’agriculture dite « productiviste » ; on l’envisage difficilement, de fait.
Seule réponse, la répression : orchestres pacifiques gazés, tabassages, nasses pour empêcher des milliers de personnes de se joindre aux cortèges (Benoît Hamon en a témoigné à Paris)...
06:57 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 17 octobre 2026
Solénoïde, à mi-chemin
Repris ma lecture de Solénoïde, interrompue depuis trois ou quatre jours ; j’arrive à la moitié (500 pages) et je ne sais toujours pas où ça va. Entre la maison magique, la fabrique désaffectée et également affectée par des événements surnaturels, la conspiration des piquetistes, l’exploration par le narrateur de son journal et de ses rêves, le séjour dans un sanatorium et enfin les portraits des collègues professeur·es, ça a l’air de partir dans tous les sens.
Aujourd’hui j’ai noté de vérifier deux choses surtout, si possible en pouvant me référer au texte roumain : la traduction du célèbre poème de Dylan Thomas, Do Not Go Gentle into That Good Night, et la mise en forme d’une longue ekphrasis dont je me suis dit qu’elle pourrait relancer mes recherches sur Dubuffet. Pour Dylan Thomas, la question est assez simple : est-ce que les bizarreries du texte français sont liées au fait que la traductrice (excellente), Laure Hinckel, a traduit en français une traduction roumaine du poème ? La réponse peut demander davantage de travail, à moins que je me contente d’écrire à la traductrice.
[En faisant quelques recherches pour ajouter des liens à ce bref billet, j’ai découvert que Laure Hinckel est aussi photographe.]
11:30 Publié dans 2026, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 16 octobre 2026
L'Insurgé, au Super 9
Ce matin j’ai fait mon cours de traductologie pour trois étudiantes (sur environ 80 normalement), au bar Le Super 9. Trois étudiantes très motivées, donc, que j’ai retrouvées sur le campement permanent des étudiant·es mobilisé·es, devant l’entrée Thélème ; malgré le beau soleil, nous avons préféré trouver à nous réfugier à l’étage de ce café que je ne connaissais pas et qui est très chouette. Un jeune homme très intéressant – actuellement en train de retenter le baccalauréat en candidat libre avant d’essayer d’intégrer la licence Création littéraire et écritures du monde de Paris-8 – s’est joint à nous.
Pendant un peu plus d’une heure et demie nous avons parlé de recatégorisations, de développements et d’étoffements, mais aussi repris le chassé-croisé (toujours très difficile à faire comprendre, je ne sais pourquoi), autour d’un extrait de L’Insurgé de Vallès et de sa traduction américaine de 1971, de Sandy Petrey [ci-dessus, fin du document]. Comme le récit est au présent de narration, et comme la traduction est intégralement au prétérit, ça a été aussi l’occasion d’évoquer cette question, qui est assez complexe au fond.
Une des trois étudiantes m’a demandé si vraiment le roman de Vallès n’avait pas été traduit avant 1971 (pour le centenaire de la Commune, ai-je supposé), et j’ai été contraint de lui répondre que cela semblait être le cas mais qu’il faudrait des recherches plus fouillées. Mon hypothèse est que Vallès ne semble pas avoir connu, même à l’époque de sa gloire en France, la même aura dans le monde anglophone, et que la traduction de L’Enfant aurait été comme l’arbre qui cache la forêt. Clara savait que Vallès avait été exilé à Londres, et de fait L’Enfant a été publié en 1879, à la fin de cet exil londonien. Pourtant, à rebours de cette hypothèse, je ne trouve, après coup, qu’une seule traduction de L’Enfant, sous la plume de Douglas Parmée, et qui date de… 2005 ! S’il n’y en a vraiment pas eu avant, c’est la confirmation que Vallès n’est même pas, pour les anglophones, un auteur mineur de la littérature française.
18:11 Publié dans 2026, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 15 octobre 2026
Le deuil sied à Électre
En 1996, à Oxford, j’ai lu plusieurs pièces d’Eugene O’Neill, notamment Desire under the Elms – ma préférée – et la trilogie Mourning Becomes Electra. Au passage, c’est un de mes grands regrets que la double amphibologie du titre (mourning/morning, become) ne puisse être conservée, ou au moins suggérée, en français.
Je n’avais jamais vu jouée cette pièce, et depuis ce soir c’est chose faite, dans une adaptation française (traduction Louis-Charles Sirjacq, mise en scène Gwenaël Morin). Il s’agit d’une vraie relecture de la pièce, étant donné qu’un certain nombre d’éléments relevaient franchement de la comédie, voire du grand-guignol, ce qui n’était pas trop la caractéristique principale du dramaturge américain, que notre amie Chloé, qui lui a consacré une belle thèse, appelle son « moustachu lugubre et dépressif ». Chloé, qui a – comme nous deux – beaucoup aimé, disait d’ailleurs que les personnes qui vont se précipiter sur les pièces d’O’Neill risquent d’être passablement surprises.
23:33 Publié dans 2026, Moments de Tours, Nathantipastoral (Z.) | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 14 octobre 2026
Concert Elder Ones / Amirtha Kidambi au Petit Faucheux
Très beau concert, ce soir, du quintette new-yorkais Elder Ones, sous la houlette de la chanteuse et joueuse d’harmonium (comment dit-on ? harmoniste ? harmoniumiste ?*) Amirtha Kidambi. La musique est puissante, âpre, violente, sans concessions. Ce soir au Petit Faucheux, seul regret, que le micro chant ait été déséquilibré par rapport aux autres : quand ça jouait fort (en particulier les deux saxos, excellents), on entendait mal ou trop faiblement les paroles. Or, la musique de Kidambi est politique, comme elle le rappelle entre chaque morceau. Elle a rappelé que dans l’histoire des mouvements sociaux, les étudiants n’avaient jamais eu tort : mai 68, Vietnam, Inde, Palestine… Elle a comparé la police française aux ‘boot-lickers’ du service de l’Immigration & Customs Enforcement, des miliciens à la botte de l’oligarchie capitaliste.
Elle a annoncé le dernier morceau, The Wretched of the Earth, en expliquant que c’était une référence à Frantz Fanon, puis en passant assez rapidement : comme beaucoup de personnes venues du milieu intellectuel ou artistique états-unien, elle doit être persuadée que Fanon est connu en France, qu’on l’étudie et le lit davantage qu’outre-Atlantique, alors que c’est totalement l’inverse. Même le centenaire de sa naissance, l’an dernier, n’a donné qu’à des hommages ou des colloques très partiels, et minoritaires. C’était amusant, car la veille, j’avais manifesté avec une pancarte « On va bien manigancer avec mon Frantz Fanon », et, si j’ai pu discuter assez longuement avec une collègue philosophe sur nos approches de Fanon dans nos cours, et si trois personnes au moins sont venues me dire que la référence à Fanon leur faisait plaisir, je sais que c’est un nom inconnu pour la majorité (presque autant que Ngugi wa Thiong'o), même dans un cortège de manifestant-es de gauche.
Après le concert, après un bis plus élégiaque que le reste du set – une chanson pour les enfants de Palestine – j’ai voulu acheter les disques du groupe, mais je n’avais que 20 euros et le paiement par carte bancaire n’était pas possible. J’ai donc acheté le disque du live à Vilnius, qui – contrairement à ce que disait le type du Petit Faucheux préposé à surveiller que personne ne fauchait – ne correspondait absolument pas au programme du soir : All Empires Fall, Loot the Future, Boot-Licker Blues, [?], The Wretched of the Earth. (Je note cela mais suis très heureux d’écouter, sur enregistrement et avec un meilleur mixage du son, d’autres compositions et improvisations, notamment « Farmer’s Song », dans laquelle la tradition indienne s’entend davantage dans le chant de Kidambi, qui est autant influencée par Abbey Lincoln côté vocal que par Mingus côté écriture.)
* Le hasard a fait que ce jour même, j’ai traduit avec les étudiant-es du cours de version d’agrégation, un texte de Narayan dans lequel le protagoniste est chassé de sa propre maison par une des colocataires qui apprend à jouer de l’harmonium.
22:33 Publié dans 2026, Jazeur méridional | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 13 octobre 2026
Ce n’est pas abstrait
Ce qui est toujours compliqué dans les luttes sociales, c’est qu’elles sont évidemment éminemment politiques.
Et qu’il n’est pas seulement question de sujets abstraits et de ne pas être d’accord momentanément avec des collègues avec qui on s’entend bien, avant de se rabibocher lorsque les « réalistes » auront gagné, ou plus exactement qu’ils auront permis au gouvernement de gagner, par leur inertie, leurs il-faut-bien-qu’on, comme d’habitude. Il s’agit, à quelques mois de l’avènement très probable d’un exécutif (et d’un Parlement ?) fasciste dans le pays, de voir qui continue d’appliquer toutes les directives et de “suivre”, de dire qu’il faut bien « faire marcher la machine ». Ainsi, quand notre vice-présidente chargée des formations décide de ne pas reporter la CFVU extraordinaire qu’elle vient de convoquer et qui tombe pile en même temps qu’une manifestation pour des revendications que son équipe dit partager, elle a beau me répondre que ce n’est « pas un affront » mais qu’elle n’a « pas d’autres disponibilités » et qu’il est urgent « que cette instance se réunisse pour donner des perspectives à tout le monde », tout le monde, au sein des collègues et étudiant·es mobilisé·es, a compris cela comme une volonté de casser le mouvement et de continuer à gérer.
À quel moment cesse-t-on de gérer, c’est-à-dire d’obéir ? Ce “on” n’est pas de pure forme. Oui : à quel moment décide-t-on de résister, et qu’il n’est pas question que de tel ou tel emploi, de telle ou telle décision, mais d’yeux éborgnés, de libertés fondamentales bafouées, de miliciens en roue libre qui ne protègent plus jamais le peuple, d’une oligarchie qui se gave tel Saturne dans le tableau de Goya ?
07:52 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 12 octobre 2026
12102026
Dans un accoutrement indescriptible.
Réveillé depuis 3 h du matin, levé peu après, et là, ordi enfin allumé, j’écris à 1 h 15 de la sonnerie du réveil.
Rien ne bouge dans la rue.
J’ai vraiment abandonné l’écriture.
Dans le canapé, dans un accoutrement indescriptible, pour ne pas avoir froid, j’ai terminé l’essai de Maxime Decout ; je n’arrive pas à me remettre à Solénoïde, qui, comme la lutte sociale, demande du souffle.
La pile des livres à chroniquer, aussi, c’est quelque chose. Heureusement que c’est Anne Carson – qui ne m’intéresse pas du tout – qui a eu le Nobel.
Je vais corriger des copies.
05:33 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 11 octobre 2026
Aliments coloniaux à la Fête de la science
Ce matin, j’ai tenu, avec deux collègues, le stand de notre laboratoire à la Fête de la science, qui se tenait, pour la deuxième année consécutive, à la mairie de Tours, sous les ors donc – dira-t-on – de l’Hôtel de Ville. Nous avons vu passer presque sans discontinuer des familles, dont les enfants, parfois très jeunes, voulaient faire le quiz préparé par mon collègue Florent Kohler : sur une carte du monde de la fin du seizième siècle, placer les vignettes correspondant à quinze plantes ou épices, afin de tenter d’en deviner l’origine géographique. Mon collègue Érick avait eu la bonne idée de faire des tirages de la feuille contenant les solutions, car ainsi les visiteurs ont pu repartir avec, « à mettre sur le frigo ou our les trajets en voiture » leur ai-je dit. Quand j’avais préparé les solutions du quiz, il y a trois jours, j’étais tombé des nues, en particulier pour la banane ou l’aubergine.
Malgré la jeunesse du public, j’ai pu expliquer en quoi ce jeu se rattachait aux spécialités de recherche de plusieurs d’entre nous (la colonialité, les cultures post-coloniales) et comment cette diffusion de plantes à travers la planète – au point qu’on associe le café à l’Amérique du sud ou la banane à l’Afrique – est étroitement liée au commerce avec les Indes dès le Moyen-Âge, avec la déportation massive d’esclaves africains dans le « Nouveau Monde », et bien entendu avec la conquête violente de ce « Nouveau Monde ». Deux visiteurs au moins ont réagi en voyant que le clou de girofle faisait partie des quinze cultigènes à placer sur la carte, car ils savaient que cette épice était une des idées fixes de Magellan. Un élève de quatrième a parfaitement relié tout ce dont on parlait aux cours d’histoire qu’il suit en ce moment sur la traite transatlantique.
Comme la carte ne représentait évidemment pas aucune des terres ou îles d’Océanie, j’ai pu glisser au passage la première cartographie européenne de l’Océanie et de l’Antarctique par le capitaine Cook, ainsi qu’évoquer le génocide aborigène : un monsieur n’en revenait pas en apprenant que les Aborigènes aussi avaient fait l’objet d’un génocide, l’exemple du dernier Tasmanien mourant à peine soixante ans après le début de la colonisation de l’Australie par les Britanniques frappant toujours les esprits.
Même quand le sujet choisi pour la Fête de la science (cette année, l’alimentation, donc) ne semble guère propice à présenter les recherches de notre laboratoire, on s’y raccroche. Cécile Chapon avait aussi colligé plusieurs textes littéraires, dont un de Cocoaïans de Gauz et un autre d’un livre d’Amitav Ghosh que je ne connaissais pas, et dont elle avait apporté un exemplaire de la traduction française parue aux excellentes éditions Wildproject.
Cette année encore, le stand avait été préparé et installé par le directeur, tri Tran, et l’ex-directeur adjoint, Érick Falc'her-Poyroux, qui était également là ce dimanche matin. Je n’ai été présent qu’une demi-journée mais ce fut intense. L’université a eu beau communiquer sur la sous-dotation et la façon dont le gouvernement sacrifie la recherche et l’enseignement supérieur, c’était encore en trompe-l’œil.
17:42 Publié dans 2026, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 10 octobre 2026
Râles d'eau et bouscarles
Matin : promenade et animation de la L.P.O. 37 autour des migrateurs, à Sant-Cyr sur Loire, dans l’espace naturel sensible du Val de Choisille. Nous avons observé, à plusieurs reprises, et dans des positions différentes, des martins-pêcheurs, mais aussi des sarcelles d’hiver, des grèbes castagneux (que je n’aurais pas identifiés, ne connaissant que le plumage nuptial), des foulques et des poules d’eau bien sûr. Nous avons entendu, souvent, obstinément, des bouscarles et des râles d’eau. Il paraît qu’au printemps, en fin d’après-midi, on entend nettement, en se promenant autour de la roselière, les râles d’eau : c’est donc que le râle d’eau devient nicheur par ici, ce que ne signale pas l’Atlas des oiseaux de France métropolitaine de 2015, que je n’avais pas ouvert depuis un petit bout de temps.
Après-midi : courses, tâches ménagères, lectures… J’ai vérifié dans notre Dictionnaire universel des créatrices (p. 4520) la notice relative à Ethel Lilian Voynich, dont le livre Le Taon occupe une place importante dans la première partie de Solénoïde (ici extrait de la p. 250). Sous l’influence ancienne de Bolaño et de Vila-Matas, et toute récente de Maxime Decout, je m’étais presque imaginé – n’ayant pas googlé sur-le-champ – qu’il s’agissait d’un texte fantôme, autrement dit d’un roman inventé, mais non : tout est rigoureusement exact.
En lisant le livre de Maxime Decout, je me dis notamment qu’il faut vraiment que j’arrête de traîner avant de me remettre à mon projet de livre, et que je dois écrire. Cette semaine, la mobilisation m’a mangé tout mon temps.
18:03 Publié dans 2026, Lect(o)ures, Sites et lieux d'Indre-et-Loire | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 09 octobre 2026
Raid numérique sur Teams (université de Tours)
Nous avons passé, à trois ou quatre, une partie de la matinée à rédiger le communiqué ci-dessous, dont la diffusion a été refusée par la présidence. Mes collègues anglicistes qui sont vice-présidentes pourront continuer de venir râler que Philippe Roingeard est insulté ou caricaturé, ce qui de fait n’avance à rien (mais n’a, également, aucune importance au regard de la situation générale), mais il faut bien dire que cette équipe fait tout pour qu’on croie qu’elle souhaite étouffer toutes les revendications.
Communiqué des membres du personnel mobilisés (Université de Tours)
sur le raid numérique du 8 octobre 2026
*************
Nous, membres du personnel mobilisés depuis la semaine dernière, avons appris avec stupéfaction les très graves incidents survenus pendant un cours en distanciel synchrone en droit, jeudi 8 octobre. Nous condamnons les propos sexistes, racistes et antisémites, qui ont été proférés par des personnes se disant “e-bloqueurs” et qui tombent sous le coup de la loi. Nous apportons notre soutien au collègue victime de propos ignobles et aux étudiant·es traumatisé·es par ce raid numérique, qui constitue une véritable maltraitance.
Il est évident que ces intrusions n’ont aucun rapport avec les revendications des étudiant·es actuellement mobilisé·es et qu'elles ont pour but de décrédibiliser le mouvement. Les propos tenus sont totalement contradictoires avec les revendications portées par le mouvement des étudiant·es et du personnel, en particulier sur l’égalité sociale et la lutte contre les discriminations liées aux frais d’inscription différenciés. Les étudiant·es mobilisé·es sont d’ailleurs engagé·es contre toutes les formes de discrimination et de violences sexistes et sexuelles.
L’incident ayant été immédiatement relaté dans un magazine d’extrême-droite en mettant en cause sans aucune preuve les étudiant·es mobilisé·es, nous dénonçons une tentative grossière de discréditation du mouvement. Nous demandons à la Présidence de faire valoir un droit de réponse en affirmant qu’aucun lien n’est établi entre ces discours xénophobes et le mouvement social en cours. Nous interrogeons enfin la responsabilité de l’employeur, qui a encouragé la mise en place hâtive, et hors de tout cadre réglementaire, du distanciel synchrone, exposant ainsi enseignant·es et étudiant·es à ce type d’intrusion.
Comité de mobilisation de l’Université de Tours
9 octobre 2026
18:01 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 08 octobre 2026
3.000 professeurs, fantômes – et un ministre, fantoche
Geffray, aux abois, inepte, annonce ce soir, en deux minutes vite bâclées à la télévision, le déploiement de trois mille professeurs « entre demain et lundi ». Partout sur les réseaux sociaux, sous chaque article de presse reprenant les propos du ministre, absolument TOUS les commentaires ironisent sur ce qui est évidemment un énorme mensonge et une simple promesse pour éteindre l’incendie. L’opinion publique est favorable au mouvement des lycéens car elle voit que les revendications sont justes et qu’en face c’est n’importe quoi. Dans les lycées qui se sont mobilisés pour d’autres revendications également, ça ne va rien calmer. Quand, dans les lycées concernés, les lycéens vont s’apercevoir que c’était du pipeau, ça peut remettre en ordre de bataille.
Il est possible que ce mouvement s’essouffle car les vacances de Toussaint approchent, mais les universités sont à présent à fond aussi. Pas très malin donc de dire n’importe quoi, alors qu’il suffit de taxer les successions des très grandes fortunes pour récupérer les 12 milliards annuels permettant de répondre à une bonne partie des revendications pour le secondaire, et de supprimer le Crédit Impôt Recherche pour réinsuffler cet argent dans le budget pérenne des universités.
21:00 Publié dans 2026, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 07 octobre 2026
Infantilisation des citoyen·nes en lutte
Les médias font tourner en boucle l'annonce de Lecornu selon laquelle les cours seraient banalisés dans les lycées de France pendant trois jours afin de permettre des “temps de démocratie interne”.
La réalité est toute autre, et il faut le faire savoir (je crois que les syndicats demandent d’ailleurs aux enseignant·es de boycotter ces séances) :
- C’est une demi-journée qui sera banalisée.
- Au cours de cette demi-journée, les professeur·es sont censé·es rappeler aux élèves les lois sur le respect des biens, l'illégalité des blocages etc.
Les lycéen·nes n’ont besoin d’être ni infantilisé·es ni caporalisé·es. Il y a des revendications très claires : c’est au gouvernement, qui détruit depuis des années le service public d’enseignement, de les écouter et de leur répondre.
06:50 Publié dans 2026, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 05 octobre 2026
05102026
Journée déprimante au possible ; rappel que la majorité, consentant toujours au pire, vaque aux affaires courantes.
Il faut lutter, néanmoins.
Espérer que la journée de mobilisation demain continue d’instaurer un rapport de force qui fasse peur à l’oligarchie gouvernante.
17:10 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 04 octobre 2026
Déception
Très déçu par l’essai de Sophie Benech, Variations sur une élégie d’Anna Akhmatova, dont on m’avait beaucoup parlé ; il reste extrêmement descriptif et superficiel dans son approche des différences entre six traductions du même poème, et sa conclusion est de l’enfonçage de portes ouvertes à haute dose. C’est un petit livre, un tout petit livre.
Commencé ce soir Solénoïde. (Là aussi, depuis le temps qu’on m’en parle…)
22:11 Publié dans 2026, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 03 octobre 2026
Visite de l'ancienne Ecole navale (Rochefort)
Peu dormi, mal, après la longue soirée à Fondettes. Nous sommes arrivés à Rochefort peu avant midi.
L’après-midi nous avons visité, la veille de sa fermeture pour une durée indéterminée, l’ancienne Ecole navale de médecine. C’était passionnant, tant pour l’histoire de la ville que pour ce que cela dit des explorations coloniales, de l’évolution du métier de chirurgien, des différentes figures mises à l’honneur (et de celles qu’on continue d’invisibiliser). Bibliothèque impressionnante.
Abel a écrit de son côté (notamment) : « Un lieu avec certaines collections assez dérangeantes, sur lesquelles il faudra avoir une réflexion muséographique pour l’avenir. »
19:12 Publié dans ... de mon fils, 2026, Autoportraiture, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 02 octobre 2026
L'Etat opprime, la jeunesse s'exprime
Avant de me rendre à l’A.G. du personnel au Plat d’étain, je suis passé par la place Jean-Jaurès, histoire de m’assurer que les policiers ne cherchaient pas – comme dans tant d’autres endroits en France – à faire dégénérer le rassemblement lycéen et étudiant.
Peu de slogans spécifiques ; le cortège est parti en manifestation sauvage avenue Grammont pour aller « saluer » Attal, en visite à la NR.
15:15 Publié dans 2026, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 01 octobre 2026
Suite des événements
Nouvelle journée de mobilisation. Les violences policières systématiques sont atroces. Les jeunes manifestent pacifiquement pour plus d’égalité, par peur d’un avenir clos : ils se font mutiler et arrêter. C’est ignoble.
Le site Tanneurs étant entièrement fermé, nous avons tenu une petite A.G. des membres du personnel place des Joulins ; je fais désormais partie du comité de mobilisation, de sorte que j’ai sollicité l’ouverture de l’amphi 1 de l’Extension pour une A.G. demain ; le directeur de cabinet de la Présidence nous a seulement répondu que ce n’était pas possible et que l’amphithéâtre Varvoux, sur le site du Plat d’Etain, nous était proposé.
Ce soir, j’ai écrit ce message à mes étudiant·es de L3 :
Dear students
Vous l’avez vu, le TD n’a pas pu avoir lieu hier mercredi et les deux TD de demain vendredi sont également annulés en raison de la fermeture du site. Vous recevez pour l’instant des messages très généraux, et vous recevrez bientôt des messages concernant la poursuite des cours et la continuité pédagogique. Surtout vérifiez régulièrement votre messagerie et ne vous fiez qu’aux communications officielles.
Je mettrai en ligne dans la journée de vendredi des pistes correspondant à un corrigé du travail de la semaine 3 (les chassés-croisés dans les deux sujets d’examen de 2025-2026) : vous ne tirerez profit de ces pistes qu’à condition d’avoir préparé le travail.
Mais il y a (beaucoup) plus important. Ce que je tiens à vous dire, moi, en tant qu’universitaire opposé aux politiques de démantèlement de l’enseignement supérieur public qui durent depuis une décennie, c’est que les étudiant-es qui bloquent les sites ont deux mots d’ordre principaux, auxquels nous sommes nombreux à souscrire :
* lutte contre la politique d’Etat des droits différenciés (qui se poursuivra très bientôt par une augmentation massive des frais d’inscription pour tous les étudiants)
* exigence de cesser le gel des recrutements d’enseignants-chercheurs
Sans me prononcer sur les modalités d’action des étudiant·es (qui ne sont pas de mon ressort et qui peuvent être débattues par toutes et tous les étudiant·es à condition d’aller en discuter en AG, ce que je vous incite à faire), je tenais à insister sur ces points.
Par ailleurs, notre établissement, comme d’autres, est au bord de la faillite en raison de la sous-dotation chronique. Notre pays est un de ceux de l’OCDE qui offre les moins bonnes conditions d’études du collège à l’université, tandis que niches fiscales et exonération des grandes fortunes vident les caisses de l’Etat. Ce n’est pas une grève ou un blocage qui mettent le plus en danger vos études : si demain l’université est en faillite en raison des budgets d’austérité, vous le comprendrez aisément.
Enfin, vous avez sans doute vu que des mouvements pacifiques menés par des lycéen·nes, donc des citoyen·nes de moins de 18 ans, sont violemment réprimés, ailleurs en France et à Tours même. Il est essentiel de réaffirmer ici, comme le maire de Tours l’a fait hier en citant le Défenseur des droits, que les autres pays choisissent la désescalade mais que la France fait le choix des armes de force intermédiaire dans des contextes qui ne les imposent nullement. Aujourd’hui encore le député de Tours et le maire de Tours eux-mêmes ont été victimes d’une charge de CRS dans un contexte qui était entièrement pacifique. C’est une situation délirante et antidémocratique. Personne ne peut cautionner l’usage d’une violence disproportionnée face à des revendications sociales.
Bien à vous
G. Cingal
19:24 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 30 septembre 2026
Que faire ?
La manifestation d’hier était plutôt réussie. Il y a toujours des questions de verre d’eau à moitié vide et à moitié plein. Par contre, la répression policière, d’une violence sans précédent, contre les lycéen·nes fait froid dans le dos. Quand les fascistes seront au pouvoir, ce sera le degré au-dessus, avec des milices d’extrême-droite qui se joindront à la sale besogne et des fonctionnaires qui en seront encore à gloser sur le devoir de réserve…
À bout de nerfs, j’ai fini, après mon unique cours maintenu (en visio), qui avait lieu de 14 h à 16 h, par envoyer le mail suivant à mes collègues anglicistes. Pour le contexte, je précise que je réagissais au mail du responsable administratif, qui se contentait d’informer qu’ « au vu des évènements en cours dans certains lycées de la ville, qui peuvent avoir un impact sur la sécurité de notre site, le président de l'université a décidé de fermer le site des Tanneurs et de Fromont dès à présent ».
Dear colleagues
J’étais ce matin sur le site Tanneurs de 7 h 15 à 11 h 30. Hier, suite à la manifestation, j’ai assisté à l’AG qui a voté majoritairement le blocage des sites Tanneurs et Fromont ; les enseignant·es présent·es s’étant abstenu·es.
Les mots d’ordre principaux des étudiant·es bloquant le site sont : fin des droits différenciés en fonction des origines nationales + maintien et hausse des recrutements de profs. Dans le contexte de gel total des recrutements pour la campagne 2027 (ce qu’apparemment des collègues ne savent même pas !), dans le contexte où nous travaillons dans un établissement au bord de la faillite (à cause de la sous-dotation délibérée), je vois mal qui, parmi nous, pourrait se trouver en désaccord avec des revendications.
Pour en venir au mail que je repartage, je ne sais pas si vous savez exactement à quoi fait référence le responsable administratif mais si vous allez sur les médias locaux vous le verrez : à Tours comme dans tant d’autres villes, la police a réprimé violemment des lycéen·nes (donc des mineur·es) sans armes, avec des blessés. Il n’y a pas qu’Alençon, Saint-Denis ou Marseille : le gouvernement a donné une fois encore l’ordre de casser les revendications en mutilant les corps.
Et moi, je me demande jusqu’à quand nous allons continuer de faire mine de ne rien voir.
Comment pouvons-nous continuer à allumer nos ordinateurs, à lancer le vidéoprojecteur, à annoncer des CC à 30% pour la semaine 5 ou à seulement pester quand le copieur marche mal, alors que :
* la police, déjà très majoritairement convertie aux thèses racistes et antidémocratiques du RN, a carte blanche pour démolir physiquement les personnes participant à des manifestations pacifiques, que les revendications soient syndicales ou écologistes
* l’enseignement supérieur — déjà gravement détérioré par les politiques publiques depuis 2004, et plus encore depuis 2017 — est la cible d’attaques idéologiques et systémiques (déjà ciblé personnellement par des courriers anonymes lors de la campagne de lutte contre l’“islamogauchisme” lancé par la ministre Vidal, au sein d’un gouvernement dit de centre droit, je sais très bien ce qu’il se passera si l’extrême-droite arrive au pouvoir)
* notre établissement risque d’être mis sous tutelle
* les canicules de cet été ont démontré que les questions de transition écologique et économique devraient être le sujet principal des campagnes électorales à venir, car l’urgence climatique vient déjà dégrader nos vies et nos métiers
Ce qui me sidère le plus, c’est que nous n’en parlons jamais. Je comprends bien que certain·es parmi nous ont signé des pétitions et manifesté contre la mesure raciste des droits différenciés, et que d’autres trouvent ça très bien, mais je trouve étonnant que nous fassions cours comme si cela n’avait jamais été un sujet de débat, entre autres.
Best to all
Guillaume
J’ai eu trois réponses, deux en privé, succinctes, et un mail collectif d’une collègue syndiquée qui a abondé dans mon sens. Sur une quarantaine de collègues. L’anesthésie et la dépolitisation que je constate depuis plusieurs années est bel et bien là.
18:37 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 29 septembre 2026
Grève & lectures de Canetti
Aujourd’hui, journée de mobilisation de l’ensemble de la fonction publique. Cela fait tellement d’années que nous dénonçons le manque de moyens, le fait que la France laisse aller à vau-l’eau ses services, notamment de santé et d’éducation… à chaque fois, la coloration est légèrement différente, cette année avec l’université de Tours au bord de la faillite totale (elle est sous-dotée de 1.500 euros par étudiant·e depuis quinze ans), le fascisme quotidien bien installé, les prix du carburant à des niveaux inédits, et le gouvernement qui gave plus que jamais les entreprises, l’agrobusiness et les multimillionnaires.
Toujours à me disperser, j’ai commencé à lire Elias Canetti : d’une part ses petits portraits insolites consacrés à des figures imaginaires, Der Ohrenzeuge (1974), et d’autre part une anthologie de ses carnets, Aufzeichnungen 1942-1985. Dans ce volume-ci, on trouve, en préambule, la notation suivante, que je contresigne absolument :
Der Verlust einer vordergründigen Einheitlichkeit, bei einem solchen Unternehmen unvermeidbar, ist kaum zu bedauern, denn die eigentliche Einheit eines Lebens ist eine geheime, und sie ist dort am wirksamsten, wo sie sich unabsichtlich verbirgt.
Si je tente de traduire :
Il ne faut guère déplorer l’absence apparente d’uniformité, inévitable dans une telle entreprise, car une existence n’a de cohérence que secrète, et c’est là où cette cohérence se cache involontairement qu’elle est la plus efficace.
Il écrit aussi : „Wen man schlafen sah, den kann man nicht mehr hassen.“ [Celui qu’on a vu dormir, on ne peut plus le haïr.] Même s’il a écrit ces lignes en 1942, donc à une époque où on sait bien que la vilenie humaine ne lui était pas inconnue, je peux lui certifier que s’il voyait les centaines de personnes – ce ne sont ni des bots ni des trolls – qui mettent un émoji rigolard sous les publications annonçant qu’un adolescent a été mutilé par la police ou que des réfugiés se sont noyés en essayant de gagner les rivages de l’Angleterre, il comprendrait que ce on (« man » en allemand, donc l’humain) prétendument universel exclut des millions de salopard·es qui profiteraient du sommeil de celles et ceux qu’iels haïssent pour leur faire subir je ne sais quels sévices.
Moins tragique (dans ma lecture recontextualisée, hein), cet aphorisme que je pourrais lire un de ces quatre à l’antenne (mais il faudra le traduire) :
Die Tatsache, daß es verschiedene Sprachen gibt, ist die unheimlichste Tatsache der Welt. Sie bedeutet, daß es für dieselben Dinge verschiedene Namen gibt; und man mußte daran zweifeln, daß es dieselben Dinge sind. Hinter aller Sprachwissenschaft verbirgt sich das Bestreben, die Sprachen auf eine zurückzuführen. Die Geschichte vom Turm zu Babel ist die Geschichte des zweiten Sündenfalls. Nachdem die Menschen ihre Unschuld und das ewige Leben verloren hatten, wollten sie kunstvoll bis in den Himmel wachsen. Erst hatten sie vom falschen Baum genossen, jetzt erlernten sie seine Art und Weise und wuchsen stracks hinauf. Dafür wurde ihnen das genommen, was sie nach dem ersten Sindenfall noch behalten haten: die Einheitlichkeit der Namen. Gottes Tat war die teuflischste, die je begangen wurde. Die Verwirrung der Namen war die Verwirrung seiner eigenen Schöpfung, und es ist nicht einzusehen, wozu er überhaupt noch etwas aus der Sintflut rettete.
08:57 Publié dans 2026, Gertrude oder Wilhelm | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 28 septembre 2026
E tutti quanti
« Faut juste essayer de pas te faire choper par Pangram ! »
Cette boutade à la fin d’un mail professionnel, bien sûr que je n’en veux pas à la collègue qui l’a écrite, d’autant que j’aurais très bien pu faire faire la même vanne, mais lire cela m’abat.
D’une part, parce que depuis plusieurs jours ma bulle algorithmique me propose, pour moitié au moins, des publications sur « l’affaire Thélyson Orélien », dont quelques-unes sont pertinentes, mais dont l’immense majorité est à côté de la plaque ; d’autre part, en raison de la réussite indéniable de la cabale d’extrême-droite qui avait pour objectif de faire connaître Pangram, qui est – comme Claude e tutti quanti – une IA générative destructrice et inepte, vu que tant de gens se sont rués « pour la tester », en ne se rendant jamais compte que ce faisant ils enrichissaient ses concepteurs et nourrissaient la base de données de la machine.
J’ai déjà écrit cela, peu ou prou. Mais certains débuts de journée répètent les heures passées.
08:43 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 27 septembre 2026
Trop chaud
Belle journée d’été, encore, quoique ce soit l’automne. Trop chaud. Toujours pas une goutte d’eau, la Loire à sec et tout à l’avenant – des moustiques par myriades partout. Nous avons déjeuné sur la terrasse, en famille, sans être trop piqué·es.
Ce matin, au pieu, au lieu de me mettre au travail, j’ai quasiment fini la lecture du livre sur Walser acheté avant-hier et qui est à la fois navrant et fourmillant de plein de petites informations… car je ne savais presque rien de la biographie de Walser, à l’exception de son nomadisme, du fait qu’il n’a jamais quitté la Suisse – à l’exception de Berlin – et de sa terrible mort dans la neige.
Pas mal d’idées pour des excursions et des visites en Suisse, dans les villes et les régions que nous ne connaissons pas.
Aussi : idée de reprendre ma réflexion sur l’écriture de Walser à partir des textes des années 80 de Breytenbach.
17:49 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 26 septembre 2026
Marche
La Marche pour le climat n’était pas si ridicule que cela ; nous étions peut-être un millier à battre le pavé. J’ai serré la main, brièvement, à C. F., très amaigri et le regard un peu hagard, je dirais éberlué si je ne savais pas que c’est l’épuisement.
Hier, premier match de la saison ; notre équipe recevait Langeais 8. Nous avons perdu de peu (4 à 6), ce qui m’a fait davantage rager encore de ma très courte défaite au troisième simple (11-8/11-6/4-11/8-11/10-12). Il paraît que j’ai progressé, mais que c’est lent.
17:49 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 25 septembre 2026
J + 2
Reçu mes dix exemplaires de traducteur de La Seconde Émancipation. Même jour, mail de Howard French pour me remercier de l’émission de radio.
Sans rapport : les personnes, dont celle agissant depuis plusieurs mois sous le pseudonyme “Josiane Perraud”, qui écrivent ici des commentaires insultants, verront leurs commentaires supprimés et l’IP employée systématiquement bannie.
17:52 Publié dans 2026, Autoportraiture, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)









