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lundi, 03 août 2026

Ceuta, un tournant

Les gigantesques incendies, les trois canicules, la sècheresse, tout devrait remettre au centre des débats politiques la transition énergétique, le changement radical de modèle agricole, la fin des aventures écocidaires du genre mégabassines. Bien sûr, il n’en est rien ; il n’en sera rien. On a même vu l’extrême-droite diffuser avec succès des fake news concernant la responsabilité des « écologistes » dans les feux de forêt : il y a une semaine, même les articles de TF1 ou BFM sur Facebook pour « débunker » ces saloperies étaient farcis de commentaires d’internautes qui ne sont même pas, hélas, des bots russes ou indiens, et qui reprenaient les inepties que démontait, point par point, la publication. On le sait pourtant, ceux qui n’ont cessé de refuser les augmentations de salaires pour les pompiers, de financer l’entretien des massifs etc., ce sont les parlementaires du RN et de la droite.

Les événements de Ceuta (qui sont en fait un non-événement) ont permis à la fachosphère de reprendre totalement la main, en France et ailleurs. J’ai écrit que c’était un non-événement car Ceuta est une enclave coloniale espagnole en Afrique, et que les deux enclaves ne font pas partie de l’espace Schengen : en arrivant par milliers à Ceuta, les migrants marocains se sont aperçus qu’ils n’étaient finalement arrivés nulle part, et, expulsés, ils sont tous repartis de là où ils venaient, épuisés, ruinés, sans doute dupés par des « passeurs » abjects. Il ne s’est donc rien passé que d’ordinaire, pas l’once du début d’une « submersion migratoire ». Mais Meloni a annoncé exclure temporairement l’Espagne des accords Schengen, Marine Le Pen a annoncé qu’elle présidente à partir de 2027 l’espace Schengen ne serait libre que pour les ressortissants de l’UE (ce qui est débile : si on rétablit des frontières pour contrôler que les personnes sont des ressortissants de l’UE, tout le monde sera contrôlé), et s’ensuit la course à l’échalote, avec ces 22 Etats de l’UE sur 27 qui baissent leur froc devant le fascisme rampant désormais galopant.

Je copie-colle ci-après deux analyses trouvées sur Facebook. Elles sont plus cohérentes et mieux écrites que mes quelques phrases à chaud ci-dessus. Cette affaire est sans doute un tournant ; on ne peut pas toujours s’enfouir la tête dans le sable.

 

Texte de Vincent Présumey

La fausse « crise migratoire » (vraie crise sociale et générationnelle au Maroc) de Ceuta se confirme avoir été une vaste provocation. Au passage, quelques interventions violentes en défense de Trump et de Netanyahou sur mon mur l’ont confirmé. Sa conséquence politique vise à reconstituer dans l’UE un clivage visant à l’affaiblir envers les menaces russes et nord-américaine, menaces y compris militaires, et à court terme. Et elle vise à aider à porter au pouvoir le RN en France et l’AfD en Allemagne.

De ce point de vue, la précipitation de la première ministre social-démocrate du Danemark à s’associer à tous les gouvernements d’union des droites est d’une bêtise exceptionnelle et menace directement les intérêts nationaux réels des deux nations que sont le Danemark et le Groenland. Plus généralement, les gouvernements finlandais, polonais, estonien, letton et lituanien signataires de cette déclaration se tirent une balle dans le pied. Il s’agit également de réduire la portée de la victoire démocratique qu’a été l’expulsion d’Orban du pouvoir en Hongrie.

Donc, nous avons une lettre signée par 22 Etats sur 27 qui appelle à une suspension "temporaire" de l’Espagne de l’espace Schengen (dont Ceuta ne fait pas partie !). Concrètement cela voudrait dire mettre un cordon autour de l’Espagne !

L’Espagne n’est pas punie en réalité pour sa politique migratoire (en réalité, le double de migrants sont venus par l’Italie de Meloni depuis qu’elle est au pouvoir !), mais pour ses positions diplomatiques sur la Palestine, contre Trump, et aussi en faveur de l’Ukraine même si ce dernier fait est moins souligné. Et pour avoir dessiné un axe diplomatique anti-Trump avec le Brésil et le Mexique.

Les 5 Etats qui n’ont pas signé sont, outre l’Espagne : la France, le Portugal, l’Irlande, le Luxembourg. La non signature française n’est pas due à une position liée à l’immigration (Macron, en disant prendre des mesures sur les Pyrénées, totalement inaccessibles depuis Ceuta, est d’ailleurs tombé dans le panneau), mais à la perception de ce qui est en cause : la dislocation de toute unité européenne contre Trump et Poutine, opération qui ne va pas éloigner la guerre, mais la rapprocher. Mais la non signature française, la France étant seule avec le Portugal à avoir une frontière terrestre avec l’Espagne, sape complétement cette initiative sur ce plan. Mais pas, toutefois,  la division politique qu’elle vise à affirmer.

Les plus stupides dans cette affaire sont bien entendu les "souverainistes", et les plus stupides entre les stupides les "souverainistes de gauche", qui, en montrant les crocs sur Ceuta, croient défier le "belliciste Macron" alors qu’ils ne sont que les caniches de Trump et de Poutine, candidats collabos.

 

 

Texte de Martin Vander Elst

 

Le moment où l’Europe bascula.

 

Vingt-deux États membres de l’Union européenne sur vingt-sept ont signé la lettre initiée par l’Italie et le Danemark demandant la suspension temporaire de l’Espagne de l’espace Schengen, un renforcement de la politique migratoire commune, notamment en matière de protection des frontières extérieures de l’Union, une accélération des procédures de retour des personnes en séjour irrégulier ainsi qu’une réflexion sur les règles juridiques encadrant ces politiques. Seuls cinq États résistent encore, tant bien que mal, à cette fuite en avant sécuritaire : la France, l’Espagne, l’Irlande, le Luxembourg et le Portugal. La Belgique de De Wever, Prévot, Bouchez, Rousseau et Mahdi s’est, quant à elle, rangée du côté de la structure psychique du fascisme.

On dira, à juste titre, que cette évolution se préparait depuis longtemps. Le Pacte européen sur la migration et l’asile ainsi que les politiques d’externalisation du traitement des demandes d’asile constituaient déjà des signaux sans équivoque. Mais quelque chose a néanmoins changé. Nous voyons, en temps réel, l’Europe basculer sous le poids de sa propre phobie migratoire, au point de perdre progressivement le contact avec le réel.

Or le réel juridique est ici parfaitement clair.

La libre circulation des personnes ne s’applique pas de manière ordinaire aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, bien qu’elles relèvent de l’espace Schengen. En raison de leur situation géographique singulière en Afrique du Nord, ces territoires sont soumis à un régime dérogatoire prévu dès l’intégration de l’Espagne dans l’acquis de Schengen. Entrer à Ceuta ou à Melilla n’ouvre aucun droit automatique à circuler librement dans le reste de l’espace Schengen. Des contrôles systématiques d’identité et des documents de voyage sont maintenus lors des déplacements vers la péninsule Ibérique, que ce soit par voie maritime ou aérienne.

La base juridique de cette dérogation est connue. Elle résulte principalement du Code frontières Schengen, de l’Acte d’adhésion de l’Espagne à la Communauté européenne et des accords d’application de Schengen. L’article 41 du règlement (UE) 2016/399 autorise le maintien de règles particulières pour les déplacements entre Ceuta, Melilla et le reste du territoire espagnol, tandis que les accords d’adhésion de l’Espagne à Schengen préservent les contrôles d’identité sur les liaisons avec la péninsule.

C’est précisément ce régime qui explique que les autorités espagnoles, avec le concours des autorités marocaines, aient procédé à des retours immédiats après les franchissements massifs de la frontière. Mais cette pratique soulève d’autres questions juridiques, notamment lorsqu’elle concerne des personnes susceptibles de bénéficier d’une protection internationale ou des mineurs non accompagnés. La séquence actuelle ne révèle donc pas une prétendue « submersion » de l’espace Schengen. Elle met au contraire en lumière le caractère profondément exceptionnel – et historiquement hérité des logiques coloniales – du régime juridique appliqué à Ceuta et à Melilla.

Nous sommes peut-être entrés dans un moment où les représentations construites par l’extrême droite deviennent les catégories ordinaires de l’action gouvernementale européenne, parfois au mépris du droit lui-même. Vingt-deux gouvernements signent aujourd’hui une lettre dont la portée juridique apparaît délirante. Et la Belgique en fait partie.

J’espère qu’à présent chacun mesurera l’importance des prochaines échéances politiques, notamment en France. Si ce dernier verrou venait à céder, c’est tout l’équilibre politique européen qui serait profondément transformé.

L’histoire ne juge ni ne condamne. Elle condense, accélère et cristallise des rapports de force déjà à l’œuvre.

Notre question, dans des temps plus obscurs que jamais, est peut-être devenue moins politique qu’éthique : comment maintenir un minimum d’humanité ? Comment préserver un rapport suffisamment exigeant à la vérité face aux constructions imaginaires du fascisme contemporain ? C’est une tâche inédite, à laquelle nos institutions démocratiques nous ont malheureusement très peu préparés.

Nous tiendrons fermement sur le réel.

Invitation to the Waltz

Hier soir, j’ai fini de lire le roman de Rosamond Lehmann commencé la veille, Invitation to the Waltz, dont le sujet est celui d’une nouvelle de Mansfield mais qui se verrait détaillé, approfondi, dilué on pourrait dire, sauf que ça se lit très bien, avec quelques beaux portraits ; l’admiration béate de la jeune protagoniste pour les classes supérieures et les codes de la grande bourgeoisie anglaise est, dans la troisième partie, soumise à quelques sérieux contre-feux. Surtout, c’est très bien écrit, très de son temps (1932), entre les nouvelles de Mansfield, donc, et les romans tardifs de Ford Madox Ford. Je pourrais, paraphrasant le Guillaume Cingal de 1983 disant de Henri Bosco « ah oui, il a écrit beaucoup de dictées » (ça fait partie des anecdotes qui ont marqué mon père) : il y a là pas mal de beaux textes de version. (Déformation professionnelle.)

dimanche, 02 août 2026

02082026

Levé à 7 h 10, j’ai mis la maison a aérer. Il doit faire 35° aujourd’hui, mais du fait que les jours raccourcissent et que les nuits sont à peu près fraîches, il fait moins chaud au rez-de-jardin, et j’ai pu faire baisser le salon à 21°. Aucune commune mesure avec ce que nous avons dû endurer pendant les canicules de juin et de début juillet, où Claire avait même fini par se terrer au sous-sol.

Entre deux parties matinales de koï-koï, j’ai plié correctement l’ensemble de mes t-shirts : dix-sept, si j’ai bien compté. (Avant-hier, au château d’Oiron, j’ai fait remarquer que l’œuvre de la salle des Jacqueries comptait 12 fourches et 19 noix de coco, puis, au musée de l’abbaye de Fontevrault, que la belle nature morte de Soutine comptait vingt-cinq oranges.)

 

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Hier soir nous sommes allés, avant dîner, faire un tour du côté du nouveau parc public, situé à Tours-Nord, au-dessus du quartier Paul-Bert, et nommé temporairement parc de la rue Farman. Il y aura, à moyen terme, un verger, et surtout toute une partie demeurera inaccessible afin de permettre notamment aux oiseaux d'être moins dérangés. L'herbe et les arbres sont secs au possible ; cette sècheresse est terrible, et août n'a qu'à peine commencé...

Ce parc se situe au bout d'une petite ruelle, impasse nommée donc rue Farman, où nous n'étions jamais allés. Tout près, sur la rue du Pas-Notre-Dame, une longère semble s'étendre sur vingt ou trente mètres, tout comme celle de la rue Groison, dont on se dit (surtout en ce moment où nous avons la tête farcie de Hugo) qu'un romancier du dix-neuvième siècle en aurait fait ses choux gras.

 

vendredi, 31 juillet 2026

Dernier jour de juillet

Levé à 7 h, je viens de passer une heure à écrire un trop long billet sur les livres II et III de la Deuxième Partie des Misérables. On s’amuse, cela étant.

Le ciel est couvert ce matin, mais peu d’air. Toutefois j’ai ouvert en grand.

 

08:24 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 30 juillet 2026

Pérégrinations

Un fils rentré d’Evreux ce midi, l’autre – de Rochefort – est parti ce soir passer (aussi avec sa compagne) le week-end chez mes parents. Vous ne démêlerez rien de cette phrase.

mercredi, 29 juillet 2026

Le cœur de l’été

Ce matin, réveillé à 5 h 30, j’ai pu mettre un peu la maison à aérer avant ce qui devrait être la grosse journée de chaleur cette semaine. Enfin rédigé la première ébauche complète de traduction du poème que je compte traduire – de nouveau avec Patricia – pour la revue PO&SIE, et répondre à quelques (ultimes ?) questions de mon éditrice sur le livre de Howard French.

J’ai envie de traduire et j’ai envie de ne rien foutre.

Il faut que j’enregistre ces vidéos qui attendent depuis si longtemps, et en même temps je me contrefous de la taille absurde de la pile de livres en attente sur mon bureau.

C’est le cœur de l’été, quoi.

 

09:45 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 28 juillet 2026

The Odyssey (de C. Nolan)

Réveillé à 8 h 40 – oui ! Et comme j’avais éteint à 23 h 23 hier, cela signifie que j’ai dormi neuf heures, trois de plus que ma dose normale.

Hier j’ai commencé la lecture d’un des nombreux livres récupérés dans le legs de ma collègue, décédée il y a deux ans, Marie-Pascale B. Faustine d’Emma Tennant, dont je parlerai aux calendes grecques quand j’aurai enfin décidé d’enregistrer les deux ou trois vidéos en attente, c’est très bien, très bien écrit.

Claire m’a dit ce matin, à propos de l’interminable livre des Misérables sur Waterloo qu’elle va finir par lire en diagonale et que j’ai lu en entier tout en trouvant qu’on pourrait s’en passer, que « dès qu’il s’agissait de littérature ma résistance à l’emmerdement était très élevée ». C’est faux, vu que j’ai abandonné Under the Volcano aux deux tiers, après m’être copieusement emmerdé et en ayant lu en diagonale un des chapitres du milieu. Pourtant, il s’agit d’un roman auquel je n’entendais, depuis vingt ans, que tresser des lauriers. D’ailleurs, depuis que j’ai dit sur Facebook à quel point il me tombait des mains, je n’ai reçu que des témoignages concordant avec le mien.

En tout cas, ce livre d’Emma Tennant est, pour l’instant, très beau. Je n’avais jamais même entendu parler d’Emma Tennant.

 

Hier nous sommes allés voir L’Odyssée de Christopher Nolan, le film dont tout le monde parle depuis trois semaines désormais, et que, à l’exception de deux personnes parmi mes connaissances ou amis, tout le monde encense. C’est un bon film, globalement, puisqu’on ne s'ennuie presque pas : malgré quelques longueurs et deux ou trois épisodes complètement ratés (les 25 dernières minutes, les géants cannibales...), l’ensemble est réussi. Les choix de Nolan font de l’épopée de Homère une œuvre très existentialiste, désexualisée, presque abstraite, y compris la vengeance de Circé qui semble s’en prendre à la culture du viol et pas à de vrais violeurs. (Cela dit, la scène de Circé est excellente, y compris le choix d’un paysage des Highlands totalement décalé.) Les vraies grandes réussites sont tout le début, les sirènes, le dialogue avec l’Athéna-conscience, la grotte de Polyphème (même si l'épisode homérique est beaucoup plus riche et plus intéressant).

Je n’ai trouvé pas trouvé le film particulièrement « hollywoodien » (sauf la loooongue et ridicule scène finale), et je n’ai pas trouvé non plus que Nolan « trahissait » Homère ; il ne le trahit pas plus, et plutôt moins, que tous les peintres du 18e et 19e siècles qui se sont emparés de l’œuvre… Je trouve particulièrement ridicules les critiques portant sur les sites de tournage : bien sûr, si Nolan tourne en Islande ou en Ecosse, c’est pour se démarquer de tout réalisme géographique (L’Odyssée de Homère n’est pas une fiction historique mais une épopée jouant en permanence sur le surnaturel). Egalement absurdes, les puristes qui vont aller chouiner que dans L’Odyssée Clytemnestre ne tue pas Agamemnon, que cette dimension n’apparaît qu’à l’âge classique, avec Eschyle etc.

Je comprends déjà mieux (car j’ai fait pareil, large sourire désabusé dans mon fauteuil de cinéma) les critiques sur des répliques comme « our Bronze Age is collapsing ». Facile, après ça, de faire des mèmes montrant Louis XIV disant « j’espère être le monarque le plus connu de l’Ancien Régime ». Comme Nolan, qui n’a par ailleurs aucun humour (et qui a totalement manqué les éléments ludiques de l’œuvre), est loin d’être un imbécile, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il a fait exprès et que c’est une façon d’inscrire au sein du film, de façon très (péniblement ?) méta, le fait qu’il s’agit d’un film tourné en iMax, que l’illusion référentielle et l’illusion téléologique ne tiennent pas ; en tout cas, penser que Nolan, avec toute son équipe, a juste laissé échapper une bourde dans les dialogues, ça ne tient pas.

La musique (de Ludwig Göransson) est très bien, surtout dans la dernière heure. Les références à de grandes œuvres picturales abondent (le Chronos de Goya bien sûr, mais il y en a plein d’autres). L’acteur qui joue Télémaque – un certain Tom Holland qui passe son temps à tenter de singer Chalamet – est nullissime, ce qui est un peu dommage. Le personnage de Calypso est complètement monochrome, mais c’est la faute de Nolan, pas de l’actrice (Charlize Theron). Au demeurant, le film a été l’occasion de découvrir quelques acteurices avec des filmographies longues comme le bras d’un cyclope et que nous n’avions jamais vu-es : Zendaya, Tom Holland donc, Lupita Nyong’o (dont le choix pour incarner Hélène et Clytemnestre a fait couler tellement d’encre, imbécilement, en amont du film), Anne Hathaway (que j’ai vue en fait dans Interstellar et Ocean’s 8 mais ces deux films ne m’ont pas trop marqué).

En fin de compte, donc, un film qui devrait rester dans l’histoire du cinéma, avec ses failles et ses limites, mais aussi ses choix esthétiques, picturaux et narratifs audacieux. La marionnette géante qui sert à représenter Polyphème et l’absence d’effets spéciaux pour la scène de la métamorphose des soldats d’Ulysse en pourceaux sont deux preuves, parmi d’autres, de l’amour de Nolan pour le cinéma.

 

11:04 Publié dans 2026, Tographe | Lien permanent | Commentaires (2)

lundi, 27 juillet 2026

Du château à la Foire

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Hier, nous avons visité les nouvelles expositions du château de Tours. Celle consacrée à une rétrospective de plusieurs projets d’Ed Alcock, photographe britannique installé en France depuis une vingtaine d’années, est vraiment émouvante, en particulier la dernière salle autour de Horden, ville minière à l’abandon, en déshérence, et autour de la figure du grand-oncle mort dans un accident il y a un siècle ; la vidéo Buried Treasure, qui contextualise l’ensemble de cette dernière salle est à voir en entier (il ne s’agit pas d’une « installation vidéo »).

Les deux autres expositions nous ont laissés sur notre faim. Au premier étage, le travail de la photographe marocaine Laila Hida est tout à fait digne d’intérêt, mais trop conceptuel pour moi, trop abstrait. Par ailleurs, à force de vouloir déconstruire l'orientalisme, on continue de le placer au centre de l'horizon d'attente. Au dernier étage, HipHop4Life présente beaucoup de documents, mais le choix parcellaire dépend beaucoup de la subjectivité et du parcours personnel du commissaire, Niko Noki : ainsi, par exemple, le groupe Orishas est tout à fait essentiel, mais l’abondance de documents à son sujet contraste avec les nombreux absents.

 

Tour à la foire à l’ail et au basilic : sur plus d’une dizaine de producteurs présents, un seul bio, relégué aux marges de la place de Châteauneuf… Dans une municipalité « verte », à l’heure où les monocultures du capitalocène font brûler le pays et où la loi scélérate qui condamne tout un pan de la population à développer des cancers vient d’être votée, ce n’est pas supportable.

 

dimanche, 26 juillet 2026

D'une phrase (ironique ? ) de Hugo

« David d’Angers s’essayait à pétrir le marbre. »

J’ai expliqué, dans un billet de la série que je consacre à ma relecture des Misérables, ce qui me semble relever ici de l’ironie. Hugo veut sans doute souligner que le sculpteur n’est pas aussi doué avec cette matière qu’avec la glaise. Peut-être y a-t-il d’autres explications. En tout cas, pétrir le marbre, c’est une contradiction dans les termes, pas tout à fait un oxymore (méfions-nous de ceux qui voient des oxymores partout).

Les traductions anglaise et allemande que j’ai pu consulter aplatissent considérablement – et peut-on leur en vouloir – cette audacieuse formule.

Hapgood, 1887 [quatrième traduction par ordre chronologique] : “David d’Angers was trying to work in marble.”

 

Volchert, 1910 [il s’agit de la troisième traduction attestée, par ordre chronologique] : „David aus Angers versuchte sich in der Bildhauerkunst.“

 

(On peut faire remarquer qu’il est d’usage, en allemand, de bien conserver le nom David-d’Angers tel quel, vu que c’était son patronyme. Ce « David aus Angers » est probablement un contresens.)

 

D’après Wikipedia, il y a sept traductions intégrales en anglais, la plus récente de Christine Donougher en 2013, et six en allemand, la plus récente de Hugo Meier en 1968. Dans ces deux langues, la première traduction publiée l’a été la même année que la première édition française (1862). Tous les traducteurs allemands sont des hommes ; sur les quatre dernières traductions anglaises, trois ont été écrites par des traductrices.

 

samedi, 25 juillet 2026

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6 h 10

Il fait sombre, ciel dégagé. C’est surtout le matin qu’on s’aperçoit que les jours ont commencé de décroître depuis un mois. La chaleur, elle, risque de reprendre, et la sécheresse est là, terrible. Les incendies dans le nord des Landes et sur la presqu’île du Cap-Ferret démontrent tout ce qui ne va pas dans notre système depuis des décennies : cultures inappropriées au climat, bétonnisation, expansion ininterrompue des zone périurbaines. Sans parler du tout-bagnole : c’est évidemment un fourgon transportant des marchandises qui a pris feu à Biscarrosse et déclenché cet incendie gigantesque.

 

Le site du ministère de l’Environnement partage un communiqué – probablement rédigé avec IA générative, la cerise sur le gâteau – pour donner des conseils afin de gérer l’éco-anxiété. De la part des salopards vendus aux lobbies qui prennent systématiquement toutes les mesures écocidaires, c’est plus qu’audacieux : c’est à vomir.

 

06:28 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 24 juillet 2026

Retour au bercail

Entre la canicule et la fin de l’année universitaire, j’ai laissé filer ces carnets (quatre semaines depuis le dernier texte, 26 juin). Toujours ce même reproche à me faire, d’être velléitaire, et, au fond, feignant.

Nous sommes rentrés hier en milieu d’après-midi à la maison, après nos huit jours en Suisse ; je vais d’ailleurs « recycler » les billets écrits là-bas chaque jour dans ce blog, où ils seront plus faciles à retrouver. La température a beaucoup baissé : en mettant à aérer derrière les volets, comme au plus chaud des jours récents, le rez-de-chaussée était tombé à 23 degrés à 7 h 30 (oui, j’ai fait la grasse matinée) et à 20°5 même en grand courant d’air entre 7 h 30 et 9 h.

 

Les éditions Rot-Bo-Krik lancent une grande souscription pour financer leur programme éditorial de l’automne suite à la débâcle financière du distributeur Makassar, qui met des dizaines de maisons indépendantes au bord du gouffre. J’ai relayé sur Facebook, je ferai une petite vidéo verticale pour YouTube et Instagram ; j’ai essayé de contribuer, et bien que je dispose d’un compte HelloAsso et bien que la transaction ait été approuvée par la banque, le site me dit que ça n’a pas marché. Je retenterai cet après-midi.

Pour revenir au pourquoi et au comment, un seul exemple : Notre Sœur Rabat-Joie bénéficie d’un très bon accueil critique, le livre se vend très bien... et la maison d’édition n'a pas touché un seul centime et risque de ne jamais récupérer le moindre centime des exemplaires vendus depuis sa sortie en avril. Par ailleurs, beaucoup de gens veulent commander le livre mais les 400 exemplaires restants sont coincés dans un entrepôt Makassar.

Quand je parle de désastre ce n’est pas une hyperbole.

 

10:51 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 23 juillet 2026

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Pour la pause déjeuner on s’est arrêtés à Paray-le-Monial. En 2012 nous avions visité la basilique, en famille, mais cette fois-ci on a trouvé un autre coin, la place Saint-Nicolas, drôlement agréable, avec cette belle façade de l’hôtel de ville, richement décorée, et un petit café, le Lucéane, qui vend aussi des jeux de société. Je suppute que Luce et Anne sont les prénoms des deux taulières. En tout cas, c’était très agréable.

 

mercredi, 22 juillet 2026

Suisse, jour 8 (et dernier)

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On pensait que le château de Chillon ne serait qu’un énième château-fort... et non... Le poème de Byron y est bien mis en évidence, sans compter les nombreuses décorations murales retrouvées, reconstituées, émouvantes. Bien sûr, la situation au bord du Léman joue un rôle important dans le caractère mémorable de la visite. Mon ex-collègue Nelly m’a signalé après coup qu’il y a une scène importante de Daisy Miller dans ce château. Pas surprenant que James ait été marqué par ce lieu, aussi.

 

Après avoir longé le lac au retour (j’ai trouvé très reposant de laisser la voiture au garage pendant ces trois jours), Claire a voulu qu’on aille à Montreux visiter la Queen Studio Experience... et ce n’était pas inintéressant (même si, avec celle de Bowie, la musique de Queen me semble être la plus invraisemblable imposture surcotée de l’histoire de la pop).

 

Le Musée Jenisch à Vevey a aussi tenu ses promesses : les lithogravures de Kokoschka pour L’Odyssée résonnent de façon amusante avec toute la hype – liée au film de Nolan – autour du classique homérique.

 

Et surtout, enfin et en fin de journée, une énième baignade dans le lac qui n’était pas une énième baignade dans le lac : regarder les cormorans plonger, réapparaître avec poisson au bec, idem d’un grèbe plus altier et qui toisait les nageurs humains, nager près d’un couple de foulques avec leurs trois canetons (foulqueaux ?) tout petits et intrépides...

 

mardi, 21 juillet 2026

Suisse, jour 7

[Impossible de venir à bout de ce chapitre 6 de Under the Volcano.
Que c'est ennuyeux, plein de fatuité, difficultueux...]

 

Belle journée encore. Ce matin, ascension en train jusqu’aux Rochers-de-Naye, à 2.000 mètres d’altitude. Là, d'un côté on embrasse toute la large vue sur le lac Léman et les Alpes bernoises ; de l’autre, sur les Alpes vaudoises. Les deux créneaux que forment la Tour de Mayen et la Tour d’Aï sont particulièrement mémorables, mais tout le panorama est splendide.

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Ce que nous ne savions pas, c’est que le site abrite une colonie de plusieurs dizaines de Chocards à bec jaune, un corvidé que je rêve de voir depuis si longtemps et que nous avons pu observer sous différentes facettes : en couple, voletant de piquet en piquet ; en escadrilles, fendant l’air le long des rochers et piquant subitement ; perchés le long des parois, sur des touffes d’herbe qui auraient pu cacher des nids (mais je pense que les nids n’étaient pas visibles). Quel bel oiseau ! *

 

Nous sommes redescendus vers 3 heures de l’après-midi, et après une petite sieste, promenade à Vevey, et baignade bien sûr, bronzette sur les decks ; le paysage que forme le Léman à cet endroit est plus beau qu’à Montreux — un véritable écrin de montagnes et de ciel. Plusieurs statues, dont une, très livresque, du poète Mihai Eminescu. De retour à Montreux, passage par le spa de l’hôtel avant dîner. Montreux est une ville bébête, superficielle, mais ça n’a aucune importance : il ne faut pas y rester.

 

* N’ayant pas pris de photo très satisfaisante, bien sûr, des chocards à bec jaune avec mon bête smartphone, j’emprunte cette photographie à un article du naturaliste Jean-Paul Martinot de 2016. No copyright infringement intended.

 

lundi, 20 juillet 2026

Suisse, jour 6

Il fait un temps splendide, grand soleil (pendant que l’Europe brûle – l’horreur capitaliste au bout de son fuseau).

 

Aujourd’hui, en transit entre les Quatre Cantons et la partie orientale du lac Léman, nous avons traversé, surtout dans les 30 kilomètres avant Thoune/Thun, de beaux paysages de moyenne montagne qui correspondent aux clichés qu’on a de la Suisse mais qui ne sont pas si pertinents. J’ai dit à Claire il y a deux jours : « on comprend mieux pourquoi ils sont fous de leurs hauts sommets, qui sont les seuls endroits qu’ils n'ont pas bousillés ». Il y a une drôle de tradition, uniquement en Suisse alémanique, qui consiste à placarder sur les maisons des « panneaux de naissance », grandes plaques en bois où figurent le prénom du bébé, sa date de naissance et un dessin. Les dessins sont systématiquement ignobles, sans quoi la tradition serait plutôt sympathique : lapins infra-Disney, cigognes méconnaissables, bébés dégueulasses, ça semble être un concours à qui fabriquera ou affichera le truc le plus moche.

 

Thoune est une jolie bourgade, sans plus, mais nous avons pu nous baigner dans le lac éponyme, sur fond de montagnes, dans un espace payant cette fois-ci, organisé, avec trois piscines (où nous n’avons pas daigné poser un orteil). Ici, on a pied jusqu’à très loin, ce qui rend d'autant plus étrange l’information, lue sur le Web, selon laquelle la profondeur maximale de ce lac de dimensions modestes est de... 174 mètres. Il doit y avoir un gouffre soudain. Baignade encore très plaisante ; par contre, n'ayant pas loué de parasol ni mis de crème, je me suis pris un bon coup de soleil sur les épaules.

 

Sur la route entre Thoune et Montreux, on aperçoit le lac de La Gruyère, avec la petite île où s’élèvent deux tours en ruine, qui rappellent que ce lac artificiel a en fait englouti des villages. Le soir, après une baignade dans le lac Léman (bien que Montreux ne fasse pas partie des 110 points du lac où la qualité de l’eau est contrôlée et attestée...), nous nous sommes promenés le long de ce que les locaux ont décidé de nommer la Riviera vaudoise, qui mérite assez bien son nom, avec ses grandes fleurs, ses palmiers, les eaux bleues du lac. Par contre, comme le festival de jazz (dont j’ai pu vérifier sur la programmation qu’il n’accueille absolument aucun artiste ou concert de jazz stricto sensu, mais de la pop plus ou moins fusion) s’est achevé il y a deux jours, toute la partie entre notre hôtel et le marché couvert est gangrénée de praticables et de cahutes pas encore démontées.

Fifty years down the line, let’s stick to Nina Simone hey. (“Like Odetta said last night, if you don't get loose tonight, you'd better forget it.”)

 

dimanche, 19 juillet 2026

Suisse, jour 5

Ce dimanche, après un solide petit déjeuner, le temps maussade nous a emmenés à Schwyz, jolie bourgade un peu figée dans le temps et où nous avons un peu gagné les hauteurs avant de redescendre par l’impressionnant Kollegium. Le long du lac de Zug, nous avons également fait une petite promenade, histoire de regarder avec les jumelles les grèbes, les foulques et surtout la centaine de cormorans massés de façon grégaire, qui voletant, qui plongeant, qui se laissant porter par l’eau. À Zug, comme le soleil s’était enfin levé, nous nous sommes baignés : l’eau du lac n'est pas du tout froide (c’est cela, la plus grande surprise du séjour) et l’espace aménagé pour les baigneurs tout à fait agréable : pelouses, plateformes de planches... Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus presque par hasard à Einsiedeln, pour y découvrir un monde fou, un ensemble abbatial colossal (difficile de dire si c’est beau) où l’on croise sans cesse des moines bénédictins qui s’entretiennent avec les fidèles et qui est un des principaux lieux de pèlerinage du pays, en raison de sa Vierge noire (tout à fait sans intérêt au demeurant, mais je suis un sale incroyant). Comme souvent, le village n’a aucun intérêt.

 

À l’hôtel Platten, pour notre dernier soir en surplomb du lac des Quatre Cantons, nous avons robustement dîné de spätzli, et j’ai enfin goûté l’Appenzeller Weizenbier. (Comme j’avais mal compris ce que m’avait expliqué la serveuse le premier soir, je croyais que c’était de la bière blanche, weißes Bier, alors que c’est de la bière de froment, Weizen.)

 

[Ai-je le droit d'écrire que je regrette de ne pas avoir volé un des hymnaires quadrilingues de la cathédrale de Soleure ? je n'en ai pas retrouvé depuis.]

 

 

samedi, 18 juillet 2026

Suisse, jour 4

La météo commence à se dégrader sérieusement, mais on a tellement rêvé d’averses et d’une telle atmosphère rafraîchie en Touraine pendant les semaines de canicule qu’on ne peut bouder notre plaisir. La baignade est tombée à l’eau : pas de brasse sur les bords du lac à Gersau ce samedi.

 

Nous avons passé une bonne partie de la journée à Lucerne. Il y a ses deux ponts en bois sur la Reuss, bien sûr, dont celui détruit par l’incendie de 1993 et entièrement reconstruit, les panneaux peints triangulaires rescapés ayant été soigneusement replacés, y compris ceux qui ne sont plus que charbon. Le Spreuerbrücke, avec ses 45 tableaux de Kaspar Meglinger représentant diverses scènes de Totentanz, est plus émouvant.

 

Des deux côtés de la Reuss s’étale la ville ancienne, terriblement commerçante aussi. Dans la Hofkirche, à 9 h 30, se préparait de toute évidence une cérémonie de mariage avec des chrétiens d’Ethiopie, peut-être des coptes, ou des chrétiens de Syrie (il y avait deux familles, sans compter les invités, et les origines ethniques semblaient diverses). La Jesuitenkirche est presque une caricature de blancheur pâtissière baroque. La collection Rosengart présente une centaine de dessins et tableaux de Picasso, dont certains réussissent à étonner encore, mais surtout trois grandes salles consacrées à Paul Klee (la jeune femme à l’accueil a prononcé /kli/), surtout des dessins, uniquement des œuvres de petit format.

Avant de repartir, nous avons visité le panorama Bourbaki, cette œuvre circulaire de 110 mètres de long peinte en 1881 par Edouard Castres avec l’aide de cinq apprentis, et qui représente l’accueil de 87.000 soldats français par la Croix-Rouge et l’armée suisse après la débâcle face à la Prusse à l’hiver 1871. D’un réalisme proche parfois du trompe-l’œil, le panorama est tout à fait émouvant.

 

Très mal aux jambes : je me remets à ne plus pouvoir piétiner ni même marcher de façon interrompue, comme pour toute visite de ville. Il faudrait que je refasse mes exercices de kiné. Il faudrait surtout commencer chaque journée par une vraie promenade, en marchant vraiment.

Soirée : promenade sur les hauteurs du Plattensweg, au soleil presque couchant.

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vendredi, 17 juillet 2026

Suisse, jour 3

Journée parfaite, d’abord avec la promenade sur les berges du lac, à Gersau et à Brunnen (ville de naissance d’Othmar Schoeck), puis croisière jusqu’à Flüelen et retour.

 

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Salut à la « pierre de Schiller » : j’ai lu il y a quatre ou cinq ans, davantage peut-être*, son Wilhelm Tell, qui m’avait ébloui. Mais le plus beau, ce sont les montagnes tombant à pic dans les eaux vertes, de dix verts différents. Le paysage est un des plus beaux que j’aie vus.

De retour à Gersau, baignade dans le lac : on pose sa serviette sur un banc en pierre puis on descend directement par un escalier. L’eau n’est même pas froide. Quel bonheur ! On nage avec les oiseaux, ici un grèbe (cf photo, à agrandir).

 

À l’hôtel, en fin d’après-midi, on tente de lire près de la piscine, mais à l’ombre il fait un peu frisquet, sans compter les taons. Après avoir lu deux pages du roman mercredi et deux pages la veille, je suis enfin entré dans Under the Volcano, mais je ne vois pas trop ce que d’aucuns trouvent à ce livre. Après le repas dans la chambre, excellente eau-de-vie de prune sur la terrasse du restaurant surplombant la route avec ses épingles à cheveux.

 

 

* Facebook supplée ma mémoire : « Fini WILHELM TELL. Magnifique pièce. Du coup envie de lire tout Schiller et ce n’est pas possible. » (26 septembre 2019)

jeudi, 16 juillet 2026

Suisse, jour 2

Après le petit déjeuner dans la salle à manger de l’hôtel, avec les moyens du bord, nous sommes repartis faire un tour dans les rues de Soleure, décidément une très jolie ville. La ville moderne et les faubourgs sont ternes, voire hideux, mais nous aurons l’occasion de vérifier que c’est le cas de presque toutes les villes, même petites, en Suisse, du canton d’Argovie au canton de Schwyz en passant par celui de Lucerne. La veille au soir, nous avions déjà visité la cathédrale, flâné le long de l’Aar, pris un verre près d’un des deux ponts-passerelles. Ce matin, après avoir emprunté le chemin qui longe la Loretokapelle (avec son néflier, son figuier et son chemin de croix en extérieur), nous avons acheté des timbres à la poste, visité la Jesuitenkirche (avec son buffet d’orgues très beau et juché très haut). Contrairement à la veille dans la cathédrale, les livres d’hymnes ne sont qu’en allemand, pas dans les quatre langues du Bund.

 

Le Kunstmuseum de Soleure n’ouvre qu’à 11 heures. La collection permanente fait la part belle à la création ultra-contemporaine, ainsi qu’à quelques « locaux de l’étape », notamment Cuno Amiet et Félix Vallotton. L’exposition ‘Was sich als Natur zeigt’ organisée par Luzia Hürzeler autour de certaines de ses œuvres avec un vaste ensemble de tableaux, vidéos et dessins allant du début du 19e siècle jusqu’à nos jours, était très intelligente, profonde. Il faudrait une journée entière, ne serait-ce que du fait que, dans la salle où Luzia Hürzeler présente en diptyque des photos des huit loups du Valais naturalisés entre 1998 et 2010 et des photos des huit sites où ils furent abattus, il y a quatre interviews de différents spécialistes de la présence des loups, chacune d’environ 45 minutes... La salle consacrée à la représentation des gorilles dans les collections et les archives du Muséum d’Histoire naturelle de Berne à partir du 19e siècle, assortie de deux interviews, là encore, dont celle du directeur du Parc National du Kahuzi Biega. J’en passe... Hürzeler est originaire de Soleure, mais la commande de cette exposition n’a rien de complaisant : on voit que la question de la représentation de la nature dite sauvage la travaille depuis longtemps.

 

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Sur la route du lac des Quatre Cantons, où nous passerons les prochains jours, nous avons pique-niqué près du château de Hallwyl, avant de nous promener jusqu’aux plages situées sur les bords du lac du même nom (ou presque, le lac s’orthographiant Hallwil (?)). Après une bonne heure de route, nous sommes arrivés à l’hôtel Platten, à Gersau, sur la rive nord du lac des Quatre Cantons (Vierwaldsstätter See). La vue est splendide, l’emplacement de la piscine est exceptionnel, mais il faut bien dire que les deux kilomètres de route pour accéder à l’hôtel, sans gâcher totalement le plaisir, taraudent un peu l’esprit pour les journées suivantes.

 

mercredi, 15 juillet 2026

Suisse, jour 1

Arrivé-es il y a moins d’une demi-heure à l’hôtel, depuis deux heures à peine en Suisse. La première étape, Soleure (Solothurn en allemand) a été choisie car elle permettait de s’approcher des Quatre Cantons et donc de se débarrasser du plus gros du trajet aujourd’hui : en effet, neuf heures de route en comptant les pauses. J’ai préféré quitter l’autoroute après Auxerre ; au final, le trajet total n’a pris qu’une heure de plus, et nous aurons vu l’extrême-nord de la Côte d’Or (moche), et un bout de Franche-Comté que nous ne connaissions pas (craquelée et grêlée par l’agrobusiness).

 

Dès avant le passage de la douane on doit s’acquitter d’une taxe de 40 francs suisses pour pouvoir utiliser les routes du pays. Cela inclut l’accès aux autoroutes, donc pas si mal…

Les villages et bourgades du Jura suisse sont aussi ternes et moches que celles avant la frontière. Dès qu’on arrive en pays germanophone, c’est beaucoup plus joli [mais ça ne durera pas, spoil des journées prochaines], à commencer par cette impressionnante ascension du Weissenstein (1279 m), vraiment très jolie, où on est contents que les freins et le frein-moteur marchent à la perfection (24% en certains endroits, épingles à cheveux incluses), souvenir d’une journée de l’été 1983 avec mes parents et ma sœur : les freins de la R16 avaient lâché pendant la promenade dite des trois cols, et mon père avait fait une des trois descentes entièrement en frein moteur, et heureusement sans la caravane ce jour-là (sinon, je crois que je ne serais pas là pour vous raconter cette anecdote).

 

L’hôtel est un ensemble de six chambres très coquettes installées dans le cloître d’une église. Le couloir est recouvert de peintures à l’huile représentant des sujets pieux et appartenant à l’école universelle dite « des croûtes infâmes ». La fenêtre ouvre sur un vaste champ et sur un clocher rococo, à quelque 400 mètres. Les vacances commencent bien, on peut se laisser aller au cliché complet et fredonner du Mani Matter.

 

vendredi, 26 juin 2026

Vendredi matin

Levé depuis 4 h 45, j’ai mis la maison à aérer : nous n’avons pas eu de pluie, mais il y avait un grand vent et en bloquant portes et fenêtres pour ne pas qu’elles claquent j’ai pu faire descendre le rez-de-jardin à 27°5. Maintenant ça ne descend plus. La maison a tant emmagasiné la chaleur qu’il faudra des jours. Et d’ailleurs on n’est pas encore au bout de nos peines : 36 aujourd’hui, 34 peut-être demain.

Depuis que le soleil est apparu, vers 7 h, on sent la chaleur reprendre le dessus, déjà. Depuis 5 h 40, je pouvais lire sur la terrasse, sans forcer mes yeux : j’ai terminé les deux romans que je lisais simultanément, Azucre de Candia Bibiana et Hackenfeller’s Ape de Brigid Brophy. Puis j’ai (enfin) commencé de lire un roman traduit du lituanien que j’avais acheté il y a un an à Saint-Malo.

Il va falloir passer à la lecture du mémoire de M2.

J’ai reçu mercredi, en format PDF, les épreuves de la traduction que je dois relire pour la mi-juillet, mais j’attends l’exemplaire papier ; ces 650 pages, cette fois-ci, il faut les relire autrement que sur écran.

 

07:15 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 25 juin 2026

Un palier

IMG_20260625_043826    Levé depuis 3 h 45, pour faire aérer – en vain : le salon est à 31° et, dans le meilleur des cas, il « tombera » à 28° vers 7 h 30, avant qu’on ne doive refermer. On a vraiment franchi un palier impressionnant avec la canicule qui sévit depuis samedi dernier : en 18 ans dans cette maison, nous n’avions jamais eu plus de 27 dans le salon, et encore c’était lors de vagues de chaleur, quand on n’avait pas totalement fait attention, et notamment que l’un ou l’autre d’entre nous avait, par flemme, emprunté la porte-fenêtre de la salle à manger pour accéder à la terrasse, au lieu de faire le tour par l’escalier du perron ou par le garage. Depuis dimanche, en évitant totalement le salon, en le laissant entièrement fermé, volets totalement clos, dès le matin tôt, le rez-de-chaussée « monte » quand même à 30° et plus.

 

Tout le monde en fait le constat : cette année, on sent véritablement le début du désastre, de l’invivable.

Malgré cela, Claire a fait passer les oraux de français pendant trois jours, dans des conditions abominables ; j’ai surveillé des examens tous les jours, et rebelote ce jeudi (tôt le matin et à 17 h – j’espère pouvoir faire une petite sieste en début d’après-midi, on ne parle même plus de préparer ma communication pour la semaine prochaine aux REAF 2026). Plutôt que rester figé dans ma torpeur, dans le canapé, à surveiller vaguement, mollement, qu’aucun intrus (rat ou chat surtout) ne s’introduit dans la maison, j’ai décidé de « profiter » de la nuit écourtée pour rattraper au moins le retard dans ce blog-ci. Je compte écrire quelques billets sur Annegarn, faute d’autre chose. Même si le désastre climatique est bel et bien là, je ne peux pas me contenter d’écrire ce truisme du désastre.

 

mercredi, 24 juin 2026

10 kilomètres de clim

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44 à l’ombre (en allant chercher C*, qui, épuisée par trois journées épouvantables d’oraux, aurait dû encore prendre le bus et marcher 15 minutes), 8,7 litres aux 100 (au lieu de 4,5 normalement (je ne mets jamais la clim, bonjour la conso)). On crève.

 

mardi, 23 juin 2026

Mireille (1975)

Comme je l’ai expliqué dans le premier billet, j’ai découvert cet album en 1992. Pour poursuivre la contrainte anthologique, qui devrait déboucher in fine sur un best of d’une cinquantaine de titres, je retiendrai avant tout :

 

Si je m’en tenais au critère des chansons que je chante le plus souvent, Coutances (qui avait perdu son -s sur le vinyle) et Paladin braconnier auraient pu être du voyage. J’aime énormément Nicotine queen aussi, chanson oubliée mais qui démontre aussi la diversité de ces premiers albums. Il y a des raisons personnelles, intimes disons, au choix que j'ai fini par faire.

« Toi tu dors / fais le mort » : le fait qu’Annegarn aime les hommes s’entend dans ce masculin (encore que les libertés avec le genre grammatical soient devenues une de ses marques de fabrique), mais ça ne m’a jamais empêché d’associer très profondément cette chanson à ma vie intime.

Maison à vendre : avec son refrain en néerlandais, c'est une chanson que j'ai toujours trouvée très émouvante... et que j'ai diffusée lors de la deuxième émission d'I Love Mes Cheveux...

 

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Et vous, vos deux préférées ?

 

lundi, 22 juin 2026

1975

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Cet album n’ayant jamais été réédité, j’ai dû attendre qu’il soit mis en ligne sur YouTube pour découvrir la plupart des chansons. Les deux ou trois qui ont été reprises sur le best of des chansons de jeunesse ne sont pas mes préférées, et celle qu’Annegarn reprend souvent en concert, Le roi du métro, m’a toujours paru un peu anecdotique.

Je ne citerai pas ici Tourne en rond, que je n’ai longtemps connue que par la reprise en duo avec Souchon (sur l’album d’hommage de 2005, Le grand dîner), mais, après beaucoup d’hésitations (comment peut-on écarter Frizoschénie ?) :

 

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Et vous, vos deux préférées ?

 

dimanche, 21 juin 2026

Sacré géranium (1974)

Difficile, d’emblée, de respecter la règle du jeu : il faut écouter le premier 33 tours de Dick Annegarn dans son intégralité (et dans l'ordre de départ, pas dans le réagencement des CD best of ultérieurs). À ce titre, même s’il (Annegarn) s’agace (légitimement, c’est pénible pour quelqu’un qui a écrit peut-être 250 chansons d’être toujours ramené aux 3 ou 4 mêmes) de cela, cet album a dû être un choc pour les contemporains ; moi, j’étais dans le ventre de ma mère.

Et d’ailleurs – vous direz que je digresse pour retarder le moment d’exclure 9 de ces 11 chansons – avant de découvrir vraiment Annegarn grâce au prêt du double vinyle par ma tante, je ne connaissais ce chanteur que très indirectement, mon père chantant de temps à autre (faux et en intervertissant les vers 2 et 4 du refrain, je le dois à la vérité) Albert. Ma tante, elle, avait dû me parler d’Annegarn, peut-être avant ce fameux été 1992, et en chantant le refrain et la toute fin de Mireille. Bon, ce ne sont pas mes chansons préférées d’Annegarn : celles-ci, le moment venu, je n’aurai pas de mal à les recaler. Lors du concert, jeudi, Annegarn a dit : « j’ai la légion d’honneur, je suis chevalier des arts et des lettres, et en fait j’ai seulement écrit trois mots hein, zoum zoum zoum ». Cela dit, après avoir arroumégué, il a tout de même fini le concert en chantant Bruxelles et Mireille… Sic transit.

 

Fini de digresser.

Les deux chansons que je retiendrai, de façon absolue, du premier album, sont :

  • La Transformation pour la mélodie, les accords, l’imaginaire si fort, étrange, conceptuel, et la langue tout simplement (la faune et la flore / et les métaphores / entrent en transcendance / en transformation »), pour les cinquante dernières secondes etc.

 

  • L’Univers peut-être trop proche, dans l’esthétique, de l’autre chanson choisie… bon, cela dit sans doute quelque chose de mes goûts, mais je me rattraperai peut-être en allant repêcher Volet fermé ou Faubert Waltz autrement.

 

Qu’est-ce à dire, « esthétique » ? Ce qui m’a tout de suite plu chez Annegarn, c’est sa liberté : ah, on peut écrire et chanter ce genre de choses ? Ah, on peut répéter douze fois les deux premières syllabes d’un mot avant de le dire en entier ? On peut balancer des onomatopées inouïes ? On peut geindre par-dessus ses frottements de cordes ? Et tout ça passe, tout ça forme un tout cohérent, qui capte l’attention, charme, se fixe ?

Il faut dire qu’à l’époque, j’écrivais – en n’ayant pas la moindre notion de solfège ou de composition, donc mélodies intégralement à l’oreille – des chansons. Une soixantaine, je dirais, entre 1990 et 1993. Je me suis même enregistré, a cappella, avec ma voix atroce, sur cassettes audio. Je crois, j’espère que tout ça a disparu. Mes inspirations étaient diverses, mais on va dire, grosso modo : Manset, Yves Simon, Mama Béa. – Annegarn, là-dedans, ça a été le bébé éléphant dans le magasin de porcelaine. Les autres artistes francophones que j’écoutais suivaient des règles, obéissaient à certains codes. Annegarn, j’avais l’impression qu’il jouait et qu’il chantait ce qu’il avait envie de dire et de jouer, sans s’embarrasser d’aucune norme. C’était, en un sens, sidérant.

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Et vous, vos deux préférées ?