jeudi, 01 janvier 2026
Horlaïté
Voici donc une nouvelle année, dont il est à craindre – et je suis à la fois confus et sans remords de commencer ainsi ce nouvel album – qu’elle soit encore pire que la précédente question fascisation et déni du désastre climatique. Et, pour m’en tenir à mon petit nombril, au moins pour le moment, je compte publier ici un billet chaque jour, mais en donnant à ces notules des titres qui ne soient pas chiffrés/datés (le système de l’année dernière m’était vite sorti par les yeux, quoique j’aie persévéré), tout en me lançant dans un autre projet sur l’autre site, la publication de 7x52 textes, c’est-à-dire sept séries correspondant à sept « livres » différents, un pour chaque jour de la semaine ; je n’explique pas pour le moment quelles sont ces « séries », ni à quoi elles correspondent, car cela devrait devenir évident dans les prochains jours.
Grand soleil ce matin ; après être rentrés de Fondettes un peu avant 3 h du matin, nous avons dormi jusqu’à 9 h 20 – première (et dernière ?) grasse matinée de 2026 – avant de traînasser au lit jusqu’à 11 h et quelques, plongés dans nos oreillers et nos livres. Claire, qui manie à merveille l’euphémisme à la mode Instagram, préfère slow life à ma proposition de désigner cela comme feignasserie. Nous nous sommes bien rattrapés avec une petite heure de ménage, ainsi qu’à étendre deux lessives ; la routine reprend.
Claire m’a demandé comment je traduirais Stranger Things ; il m’est évidemment difficile de répondre, étant donné que je n’ai pas regardé la série – contrairement à elle, qui a binge-watché la saison 2 entre le 29 et le 31 décembre, et qui essaie de ne pas se spoiler la suite avec les milliards de publications qui inondent la Toile – et aussi car, cela mérite d’être noté, cette série semble faire exception à la règle canadienne, le Canada ayant apparemment diffusé la série sous son titre anglais (!). Pour botter en touche tout en lui proposant une traduction qui garde le double sens (choses plus étranges / choses relevant d’une entité non-humaine), je lui ai suggéré comme titre français : Horlaïté.
12:31 Publié dans 2026, Flèche inversée vers les carnétoiles, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 31 décembre 2025
31122025
Je ne travaille pas assez.
Réveillé par le chauffage, je me lève tôt (5 h 40) et je ne travaille pas assez. Hier midi, j’ai laissé en plan mes vingt dernières copies de L1 car je n’en pouvais plus, et, hormis la petite promenade en début d’après-midi, j’ai passé le reste de la journée à lire. Or, outre les quelques copies de L3 et d’agrégation interne à corriger aussi d’ici dimanche, il faudrait, entre autres, que je m’attaque à mes cours du second semestre et que je me remette d’arrache-pied à ma traduction ; je me prépare des journées de fou tout l’hiver.
Avant-hier j’ai enfin fini de lire le gros roman d’Eiríkur Örn Nordðahl, Illska (Le mal), dont m’avait parlé au téléphone l’autre jour, quand nous préparions l’émission de radio de janvier, son traducteur Éric Boury, et que m’a emprunté O* à la bibliothèque des Deux-Lions ; je m’étais interrompu, plus ou moins, pendant les cinq jours de festivités, lisant plutôt des opuscules, dont le curieux petit livre sur Hokusai que m’a offert ma mère. Le roman de Nordðahl m’a évoqué d’abord Bolaño, puis c’est parti dans tout autre chose. Je n’arrive pas à m’empêcher de penser que certains fragments du roman ont été écrits avec une contrainte arithmétique de type oulipien, comme les très beaux paragraphes tentant de cerner le point de vue du bébé entre sa naissance et le moment où il se met à marcher (c’est dans la troisième partie). Il faudrait que j’en parle en vidéo (là aussi, j’ai un retard phénoménal dans les vidéos – les piles de livres, c’est quelque chose). Éric Boury a évoqué ce livre car il est en train de traduire un autre livre de Nordðahl et me disait que la complexité des jeux de langue rendent cela beaucoup plus ardu que pas mal de poèmes, par exemple.
Entre avant-hier soir et hier en fin d’après-midi, j’ai lu La valse de Valeyri, roman beaucoup plus court, et très beau, de Guðmundur Andri Thorsson, également traduit par Éric Boury [image ci-dessus], et hier soir avant l’extinction des feux la moitié d’Éden d’Auður Ava Ólafsdóttir, roman également traduit par E. B. et qui fait partie de la sélection de trois romans traduits que lisent cette année les trois classes de lycée participant au projet LALA ; quand j’ai enregistré l’émission, j’en avais juste lu les premières pages. Au passage, je me demande ce que des élèves de seconde vont penser d’un livre qui contient des pages entières de réflexions étymologiques sur les langues nordiques, en alternant avec la question du reboisement et des essences d’arbre les plus appropriées en Islande. (Ces deux points ne doivent pas dissimuler le fait que, pour ma part, je m’envoie ça comme du petit lait.)
Le lampadaire près du bureau n’est pas encore allumé. Si les imbéciles de la droite plus ou moins unie réussissent à reconquérir la mairie, ils veulent refoutre des bagnoles partout et rallumer tous les réverbères tout le temps ; on cessera donc de voir prospérer tant d’espèces d’oiseaux qui ont repris de la plume dans nos jardins ces dernières années. [6 h 36 : le lampadaire s’est rallumé il y a cinq minutes. Les branches nues de l’érable s’y enchevêtrent, éclairées, se détachant sur le fond noir absolu de la nuit. (Un des personnages d’Éden se nomme Érable, enfin le nom islandais de l’érable ; le livre est resté sur la table de chevet.)]
06:43 Publié dans 2025, Lect(o)ures, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 30 décembre 2025
30122025
Un écrivain français, de science-fiction apparemment, dont je n’avais même jamais entendu le nom, vient de mourir : Pierre Bordage. C’est l’occasion, comme souvent pour moi, de me rendre compte à quel point je suis en porte-à-faux avec mon entourage culturel. En effet, quand sont mort·es, cette année, Ngũgĩ wa Thiong’o et Zoë Wicomb, j’étais presque* le seul, sur mes réseaux**, à en parler, preuve que j’évolue dans un milieu très eurocentré, voire franco-français.
Soyons clairs : je n’ai aucune idée de la valeur de l’œuvre de Pierre Bordage, et j’ai même toutes les raisons de penser, vu les personnes qui le saluent, que c’était un romancier digne d’intérêt. Mais, que j’aie tort ou raison, je ne peux m’empêcher de penser qu’un milieu culturel qui s’émeut vingt fois plus de la mort de Pierre Bordage que de celle de Zoë Wicomb est totalement replié sur lui-même, au bord de l’asphyxie.
* Pour Ngũgĩ wa Thiong’o c’est faux, car je suis abonné à assez de médias culturels d’Afrique et ami avec suffisamment d’écrivains africains et d’universitaires africanistes pour avoir vu passer plus d’hommages qu’on n’en a lu dans la presse française (ce n’était pas difficile).
** Outre Facebook et Instagram, je peux citer également Bluesky, Mastodon et LinkedIn.
07:52 Publié dans 2025, Affres extatiques, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 29 décembre 2025
29122025 (un texte de Yann Faune sur la “polémique Riss”)
Hier, quelqu’un que je ne connais pas, un certain Yann Faune, a publié sur Facebook le texte de recadrage ci-dessous, que je partage afin qu’il reste plus facilement consultable/retrouvable que sur Facebook. Le billet est riche, limpide, à faire lire à toustes les racistes qui se gargarisent de “liberté d'expression” pour couvrir leur inculture. J’y ai ajouté quelques hyperliens. Bien sûr, je retirerai le tout si son auteur n’en est pas d’accord.
Une précision : le grand politiste martiniquais se nomme Malcom Ferdinand (pas “Malcolm”). On peut lire ici, sur le site de la revue Terrestres, l’extrait de son dernier ouvrage dans lequel il a développé le concept de « bananisation » (qu'il aurait sans doute fallu lui attribuer plus clairement).
Merci à Carine Chichereau de m’avoir indiqué ce billet.
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Il paraît qu’elle en a ri, Joséphine, quand on lui a proposé de porter pour tout costume de scène, une petite paire de chaussures à talon, un collier et une ceinture de bananes, en vue d’effectuer sa première « danse sauvage » dans la « Revue Nègre » en 1925 … elle a « assumé », ça lui plaisait. Par contre, ça ne lui plaisait pas du tout de danser les seins nus devant ce public masculin libidineux qui allait affluer pour admirer la femme lascive, incarnation de la primitive, toute droit sortie des colonies.
Qu’est-ce qu’elle en connaissait des colonies françaises, Joséphine Baker, la petite américaine, du haut de ses tout juste 19 ans ?
Quel autre choix avait-elle que de danser dans cet accoutrement impudique et de s’amuser de sa jupe en plumes ou en bananes, qui la faisait passer pour une Africaine ? De là où elle venait, il faut le dire, rien qu’être dans le spectacle, c’était déjà le paradis … qu’importe ce que la production avait bien pu inventer pour s’assurer un succès.
Quand on a grandi dans la vermine et la misère noire, connu la faim et la ségrégation, été prostituée à 12 ans, mariée de force à 13 ans, remariée de force à 14 ans et été engagée par miracle avec une troupe de Broadway partant pour Paris, on n’a plus que du temps à rattraper. Une vie à vivre.
On ne réfléchit pas trop à la tenue qu’on porte sur les planches ni à ce qu’il y a dans le regard du public qui vient au Théâtre du Champs de Mars et aux Folies Bergères.
Comment pourrait-elle deviner, Joséphine, que la scène qui l’accueille est si proche des zoos humains où on a enfermé, pas loin de là, des indigènes rapportés par bateaux. Pour se moquer de leur faciès « simiesques » en les comparant aux primates ou leur jeter à manger au travers des barreaux de leur cage.
Que ce sont les mêmes qui se pressent pour la voir qui sont venus, auparavant, dans les « villages de nègres » et au Jardin d’Acclimatation, avant de profiter de l’exhibition prolongée en shows de « bêtes de scènes », dans les théâtres parisiens qui les produisent ?
Alors elle danse, louche et grimace, à la fois comique et délurée, sans le vouloir, offerte à la concupiscence des blancs, tel un produit d’appel, une réclame, pour aller rejoindre les colonies, qui recrutent encore et toujours. Plus tard, on lui fera jouer au cinéma Princesse Tam Tam où elle figurera une charmante tunisienne qu’un Monsieur ramène à Paris, mais qui n’a pas les codes. On lui fera chanter Ma Tonkinoise qui fredonne la mise à disposition des corps exotiques dans l’Empire tout entier, pour tout blanc qui veut bien s’en saisir.
La « danse sauvage » est synchrone de l’ouverture de la plus grande maison close de tous les temps. À Bousbir, vaste quartier de Casablanca, l'administration française a construit de toute pièce un lupanar géant à ciel ouvert d’où on ne peut sortir que par une seule porte bien gardée. Univers carcéral au féminin, il regroupe, à chaque heure, près d’un millier de jeunes femmes, des autochtones qu’on sollicite à raison de 60 passes quotidiennes, pour le seul plaisir du colon.
On est en 1923. On prévoit d'organiser les choses de même en Indochine, en Algérie, en AOF.
En 1925, Joséphine découvre Paris et la liberté. André Gide, lui, découvre ce que la France fait en Afrique Noire. Il décrit des abus inimaginables et précise, à propos des privilèges que l’Etat français a octroyés aux Grandes Compagnies pour exploiter le sol africain :
Malgré ses bénéfices considérables, la Compagnie Française du Haut Congo n’a jamais rien fait pour améliorer le sort des indigènes qu’elle exploite : ni route, ni école, ni hôpital ; pas la moindre organisation sanitaire. Elle laissera en s’en allant, si tant est qu’elle s’en aille enfin, un pays saigné à blanc et des indigènes plus misérables qu’avant l’arrivée des blancs.
On est en 1927, Albert Londres, auréolé de son statut de grand reporter prend la relève. Il arrive à son tour en « terre d’ébène ». Il témoigne de ce qu’il voit. Son verdict est sans appel :
L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe. La main d’œuvre des compagnies de travailleurs est un captif. Il en a pour deux ans. C’est lui qui creuse le Canal de Sotuba. Lui qui a fait et qui fait les chemins de fer du Sénégal, du Soudan, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Dahomey. Du Congo ! Son service est à très bon prix : il est pour ainsi dire gratuit.
Albert Londres consigne tout minutieusement : devant ses yeux, le nègre construit le chemin de fer Congo-Océan à mains nues. Pas de voiture, pas de compresseur, pas de rouleaux, pas de brouettes. Ça lui coûte la vie. La chicotte tombe dru. 17 000 morts pour 200 km de voie ferrée. Sans machine disponible, juste des cohortes de nègres nus, malades et affamés, raflés dans les villages et qui succombent.
Pas de moteur, au mieux c'est à la barre à mine. Le matériel humain étant moins cher que les camions, pourquoi gâcher de l'essence ?
Ce nègre qui tombe raide d’épuisement pour les profits de la compagnie des Batignolles et de ses actionnaires - et de l'extractivisme colonial - porte un nom : « le moteur à bananes ».
La banane, c'est tout ce qui suffit à faire tourner un nègre. Et parfois, si c'est une femme, on peut aussi la vêtir de bananes, pour rappeler que comme ce fruit pas cher qu'on ramasse à gogo, elle est consommable à qui a envie de la prendre.
La banane dans les années 20 est extraordinairement populaire en Métropole. Il faut dire qu’on en produit de plus en plus dans les colonies françaises. Loin du seul objectif d’approvisionnement hexagonal, le développement des plantations a pour but de rétablir la grandeur coloniale de la France après/depuis la défaite de 1870 ; et d’accomplir sa mission civilisatrice auprès des peuples jugés primitifs. Comme le décrit Malcolm [sic] Ferdinand, elle est un emblème de la colonisation agricole et un projet scientifique. En effet la « bananisation » s’appuie sur l’intelligence d’une race se vivant comme supérieure… et qui dispose pour le démontrer de ses « sciences coloniales ».
Cela étant, elle implique, notamment en Guinée ou en Côte d’Ivoire, l’exploitation deshumanisante de peuples colonisés à la fois dans la conduite des plantations mais aussi dans la construction des infrastructures, telles que les chemins de fer et les ports. Dans des conditions de travail exécrables où le travail forcé et le travail non rémunéré de milliers d’enfants, d’hommes et de femmes adultes étaient légalisés sous la Troisième République.
Ensuite, les campagnes publicitaires et les expositions coloniales de la première moitié du XXe siècle façonnent une collection d’images, de discours et d’expositions autour de cette industrie de la banane, qui contribuent à asseoir une représentation coloniale du monde, où les rapports de domination hommes/femmes, colons/colonisés, Blancs/non-Blancs, Métropole/colonies, sont présentés comme naturels.
Manger la banane en France métropolitaine est dépeint comme l’adhésion à ce projet colonial, comme le renforcement de cette hiérarchie de valeurs qui dessine des terres lointaines et des corps racisés en serviteurs naturels de la Métropole et de sa population majoritairement Blanche.
Sans compter que la banane n’est pas qu’un fruit qu’on épluche/dévore sans l’avoir transformée.
Le triomphe de la farine de banane, mélangée au cacao, manifeste que si l’indigène est bon pour la banane, la banane est bonne pour l’indigène.
Le Banania, avant de se retrouver dans tous les foyers, est ce qu’on donne aux tirailleurs sénégalais pour les envoyer se faire tuer dans nos conflits armés. Pendant la première Guerre mondiale, 14 wagons de Banania leur sont expédiés sur le front. « Y a bon » devient le slogan de la marque et le soldat africain, coiffé d’une chéchia rouge à pompon bleu, l’affiche type du produit.
En 1931, à l’exposition coloniale internationale de Vincennes, Banania possède un stand très en vue. Du reste, la banane y est remarquablement présente. Pour Paul Reynaud, Ministre des Colonies : « l’exposition aura atteint son but si, grâce à elle, beaucoup de jeunes visiteurs sentent naître en eux la vocation des colonies ».
De fait, 33 millions de tickets d’entrée sont vendus.
C’est un immense spectacle populaire où l’on présente notamment l’histoire de l’empire français, ses territoires, les apports des colonies à la France et les apports de la France aux colonies. La plupart des Nations européennes et Nord-Américaines ont leur pavillon. Un petit train mène du temple javanais des Hollandais aux huttes congolaises de la Belgique, en passant par la basilique tripolitaine de l’Italie. Le clou du spectacle n’est même pas l’impressionnant pavillon de l’Afrique occidentale française et son palais fortifié du Soudan mais la reconstitution du temple d’Angkor avec sa flèche de 55 m de haut.
Pour rendre l’évènement encore plus vivant et attractif, de multiples animations sont proposées. Dans chaque section, des danses tribales, des artisans des contrées lointaines travaillant sous les yeux du public, des villages reconstitués. On exhibe moins les hommes et les femmes que dans les expositions coloniales antérieures, mais on propose tout de même une attraction originale composée par la mise en scène de Kanaks soi-disant mangeurs de chair humaine.
Il faut dire que la République n’hésitait pas alors à mettre en scène sa mission civilisatrice, pour justifier aux yeux des métropolitains les investissements outre-mer. Ces malheureux Kanaks, qui savaient pour la plupart lire et écrire et exerçaient diverses professions en Nouvelle-Calédonie, avaient été recrutés par l’intermédiaire de la Fédération des anciens coloniaux et de l’administration pour « un voyage à l’Exposition ». Ils ne savaient pas encore le rôle de « sauvages » que l’on attendait d’eux.
Installés hors de l’enceinte de l’Exposition de Vincennes, ils devaient « jouer » les cannibales. Il fallait bien qu’il en reste dans l’Empire… sinon l’action coloniale de la France aurait perdu de sa légitimité.
Joséphine Baker a longtemps été pressentie comme ambassadrice de cette exposition coloniale de 1931. Qu’elle le veuille ou non, on l’avait glissée dans ce rôle en lui faisant porter sa ceinture de bananes.
C’est pourquoi lorsqu’on l’a fait entrer au Panthéon en 2021, l’essayiste racisée Rokhaya Diallo a parlé d’un geste à la symbolique ambiguë. Personnalité adulée, résistante en France pendant la Seconde Guerre mondiale, activiste pour les droits civiques aux Etats-Unis après 1945, Joséphine Baker n’a jamais pris position contre la colonisation française. Ce n’était pas son combat. On ne peut pas lui en vouloir, elle qui avait connu la ségrégation dans son enfance aux Etats-Unis et la liberté à Paris.
Mais la République, en la consacrant, ne s’accommodait-elle pas un peu facilement d’un passé peu glorieux qui aurait mérité pour être dépassé qu’elle le regarde en face ?
Rokhaya Diallo dans une tribune, s’est dite en tout cas horrifiée par tout ce que représentait symboliquement la ceinture de bananes.
En 2025, pour discréditer son discours et ses prises de position, un dessinateur nommé Riss, a représenté cette dernière, dansant à la façon de Joséphine Baker une frénétique « danse sauvage » à son tour, les hanches prises dans la même ceinture de bananes humiliante.
Il est grand temps de décoloniser nos imaginaires et de refuser la « bananisation » du racisme.
18:05 Publié dans 2025, Chèvre, aucun risque | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 27 décembre 2025
271122025
La date du 27 décembre a, à mes yeux, depuis longtemps quelque chose de singulier ; je me rappelle être rentré avec mes parents de Saint-Pierre-du-Mont un 27 décembre, après une fête de famille, à la fin du siècle dernier. Le 27 décembre est donc soit une journée un peu tranquille, où on lit tranquillement les livres reçus à Noël en ne faisant pas grand-chose d’autre, soit une journée de fête, comme c’était le cas aujourd’hui, où nous nous sommes retrouvés à onze dans la maison : mes parents étaient venus des Landes, ma sœur et sa famille de Seine-et-Marne ; A*et O* avec leurs compagnes sont aussi de passage. À part pour des soirées telle celle organisée pour les cinquante ans de Claire – et dans ce cas, outre qu’on avait organisé le repas en mode buffet, la météo permettait d’aller dehors – nous n’avions jamais déjeuné ou dîné à plus de huit, de sorte qu’il a fallu ajouter une autre table.
22:20 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 26 décembre 2025
26122025
Finalement, la forme poétique mentionnée hier risque d’être trop complexe pour pouvoir écrire un poème chaque semaine à l’arrache. Une autre idée m’est venue, celle des sizains par anadiplose différée. (Je me comprends. Vous verrez ce que c’est la semaine prochaine. (Et, au passage, j’ai toujours trouvé très difficile d’écrire sixain alors que ça se prononce sizain.))
08:05 Publié dans 2025, Ping-pong | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 25 décembre 2025
25122025
Pour les 7 séries de 52 textes à écrire en 2026, j’aimerais, plutôt que retomber sur les sonnets, explorer une nouvelle forme, les huitains alliacés.
Normalement, chaque poème devra se composer de trois huitains avec la structure de rimes ABBABACC / DEEDEDFF / AGGAGAHH et la structure métrique 4/2/5/3/4/2/5/5.
Par ailleurs, je me demande si je publierai ces 7 séries ici ou sur le blog anthracite. Au cas où je choisisse la seconde option, je continuerai de tenir ici des carnets plus semblables à ceux de l’année 2025.
08:03 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 24 décembre 2025
24122025
La petite idée que j’ai pour ces carnets en 2026 serait de suivre sept séries, chacune avec un jour différent, par exemple un sonnet le lundi, une photographie tirée de mes archives le mardi, une chanson le mercredi, quelques phrases extraites d’une de mes émissions de radio le jeudi etc. Cela n’empêcherait pas de tenir en parallèle un journal comme celui de cette année 2025, mais l’idée serait de renouer un peu mieux avec l’écriture en la détachant d’un modèle trop diaristique : ce blog n’a jamais été un journal, et la manière dont je suis parvenu à tenir le pari d’écrire tous les jours cette année a fait un peu déraper le projet vers cela.
Comme les quatre premiers mois de 2026 vont être infernaux, ça risque d’être compliqué à tenir, mais ça peut se tenter. De toute façon, si je ne tiens pas le rythme, ça s’effilochera, et c’est tout.
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J’ai acheté hier, dans la nouvelle librairie d’occasion qui a ouvert avenue Grammont, Re-Read, une anthologie de poèmes écrits en allemand par des écrivain·es dont ce n’est pas la langue maternelle. Le volume s’appelle In zwei Sprachen leben, tout simplement, et date de 1983 ; un rapide survol fait apparaître, sinon une véritable parité, du moins une représentation très solide de textes écrits par des femmes. Il pourrait donner lieu à une des 7 séries envisagées plus haut : traduction à la volée de quelques lignes de l’un des textes ?
06:53 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 23 décembre 2025
23122025 (Dinhut, Kincaid)
Ce matin, levé à 4 h 40, une fois le café fait (au piston), je me suis installé dans le fauteuil de la bibliothèque pour y poursuivre la lecture de Plak de Charlène Dinhut ; je reparlerai de ce livre, qui m’évoque à la fois le vieux film Les Gaspards (un effroyable nanard des années 70, il faut le dire (mais mythe familial)) et, pour l’écriture, autant Wittig que Savitzkaya.
J’ai reçu ce livre samedi, avec l’autre parution de janvier dans la collection Prose libre des éditions Quartett, grâce à Fanny Quément, je suppose, vu qu’elle a préfacé Plak. Les deux livres sont dédicacés par les deux autrices, dont l’une m’a gentiment féminisé·e. Merci beaucoup aux éditions Quartett ; ce n'est pas si souvent que cela qu'on m'envoie des livres [photo : post Instagram de remerciements, 20.12.2025].
Plak, que j’ai bientôt terminé, me plaît beaucoup. Un groupe de femmes, dont on ne comprend pas bien le statut existentiel – apparemment, elles sont convaincues qu’en mourant elles partent vivre « en haut » –, vit dans les souterrains, sous une grande ville, en évitant de se faire repérer par les égoutiers. L’autrice s’amuse à esquisser une utopie féministe sans jamais s’embourber dans un récit réaliste ou dans une quête de vraisemblance.
(J’ai des copies à corriger, et j’aurais aimé aussi évoquer Animal totem, film vu hier soir au cinéma. Je peux aussi écrire ici qu'aujourd'hui ma tante a soixante-dix ans.)
Hier soir, j’ai achevé la lecture de My Brother. ——— Je me suis tardivement à lire les livres de Jamaica Kincaid que je ne connaissais pas, et je le fais en mode binge-reading, mais quel choc, celui-ci, encore. Claire a vérifié hier, et apparemment, six de ses livres ont été traduits aux éditions de L’Olivier. Mon frère a été publié au Seuil, dans une traduction de Jean-Pierre Carasso et Monique Huet, trois ans seulement après l’édition américaine, en 2001.
Assez différemment de ses nouvelles – que j’adore –, Kincaid écrit en spirales, en ellipses ; elle creuse, répète, fait sombrer le lecteur dans un blanc avant de revenir vingt pages plus loin, en l’approfondissant, sur un détail qui avait semblé tomber ex nihilo. Sans doute a-t-elle été influencée par Beckett (la première phrase de Mr Potter…), George Lamming ou Gertrude Stein, mais ça n’explique pas grand-chose. Ses livres ont une force propre, une énergie stupéfiante (j’emploie l’adjectif à dessein).
Voici une page de My Brother, parmi tant d'autres, stupéfiantes :
Once, when I was looking for a new dress to wear to a ceremony during which my husband would receive an award, I bought a white dress with blue stripes, a dress I liked (though it was not the dress I finally wore to the ceremony, I later bought a plain white dress and wore that to the ceremony) because it reminded me of a dress worn by children (though it was a dress my own daughter, ten at the time, would never wear, too childish, she would say), and perhaps I bought it because I was just becoming old enough (I was forty-six) to want innocence again and old enough to convince any observer that the appearance of innocence at my age was meant to be my actual innocence at the age when I was actually innocent. I bought this dress; it had an Empire waistline, it had gathers under the breast, the length of the skirt came to just above my ankles. It was this dress I wore to my brother’s funeral. I bought it at the moment I was thinking of celebrating the honor my husband had been given, but it was that dress I wore to my brother’s funeral; and at the time I wore it to his funeral I thought to myself, I will never wear this dress again, I can never wear this dress again, and as I write this, it is true: 1 have never worn that dress again. I tried to give it away, but the person to whom I tried to give the dress was too old for it, she was sixty-one years old and was too short for it, the skirt dragged on the floor, and she was too stout for it, the zipper in the back would not go above the point that was her waist. And the airplane I flew on to his burial was blue, and the sky in which the airplane flew was blue, and there was the white of the clouds; and the water surrounding the land, the ground in which he was buried, that water was blue, and that water, the water surrounding the land in which he was buried, was sometimes flecked with white, the foam caused by the rush of the waves as they dashed against the shore. But the color blue did not run through all my memories, or all my experiences; on the whole, every scene, every memory remained itself, just itself, and sometimes a certain color might make memory more vivid and sometimes again, not so at all, just not so at all; sometimes a memory is without color, a dream is often like that, without color, but the absence of color does not mean an absence of truth, or truth in a way that one could understand as not a falsehood.
07:03 Publié dans 2025, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 22 décembre 2025
22122025
La dernière décade de 2025 a commencé. Parmi les projets bizarroïdes – et rapidement avortés – de ces carnets, il y avait eu cette tentative de découper l’année civile en 36 décades et demie. Ça me passera avant que ça me reprenne. (Dixit le schizo in me.)
Hier, pour la première fois, promenade du côté du nouveau quartier ; on peut difficilement nommer autrement ce dont on pourrait dire sinon qu’il s’agit de « nouvelles résidences », étant donné que c’est un ensemble d’une dizaine de petits immeubles, d’un parking, de plusieurs parkings à vélo, et que d’autres bâtiments encore sont en train de sortir de terre, le tout avec rues goudronnées, trottoirs, pistes cyclables. Les logements sociaux sont déjà occupés, depuis déjà quelques mois, et nous avons donc emprunté, à pied, la nouvelle rue qu’on voyait en passant depuis la rue Marie et Pierre Curie.
Nous avons ainsi découvert que cette rue a été nommée en l’honneur d’Ada Lovelace. Il me semblait que Françoise Guichard avait écrit, dans son Efemméride des Sciences, un sonnet aussi en l’honneur de cette précurseuse de l’informatique, mais en fait non, c’est plutôt Mary Sommerville, la mentoresse d’icelle, qu’elle avait mise en coupe réglée.
Entre Emezi, Otoo, Nabokov et – donc, pour les personnes ayant réellement existé – Lovelace, il y aurait de quoi concocter un joli projet, mais bon : ça lui passera avant que ça te reprenne.
08:33 Publié dans 2025, Autoportraiture, Kleptomanies überurbaines, Nathantipastoral (Z.) | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 21 décembre 2025
21122025
Levé depuis presque une heure et demie, ayant laissé tous mes livres en cours de lecture dans la chambre, je me suis enfin décidé à lire le recueil de nouvelles d’Ambai, autrice de langue tamoule, que j’ai emprunté il y a bientôt un mois. Les deux nouvelles lues, « Le manuscrit » et « De haute lutte », sont magnifiques : l’écrivaine y noue des éléments de la culture quotidienne tamoule – et plus largement indienne – à la mise en récit des questions d’émancipation féminine, avec un attachement particulièrement marqué pour la poésie et la musique. La traduction, par Dominique Vitalyos et Krishna Nagarathinam, a été publiée aux éditions Zulma en 2015.
C’est aujourd’hui le jour le plus court de l’année, et cette année ce sont mes parents qui viennent chez nous pour Noël ; ils doivent voyager aujourd’hui, en tentant d’éviter les barrages des éleveurs fanatisés par les poujadistes de la Coordination rurale, et qui voudraient faire pleurer sur quelques milliers d’animaux abattus par précaution sanitaire, alors qu’ils en massacrent plusieurs dizaines de millions chaque année, et que ce sont les conditions carcérales de l’élevage qui aggravent la propagation des virus comme la dermatose nodulaire. Le monde à l’envers.
Le jour le plus court, et bien gris a priori, comme hier où nous nous sommes promenés à Amboise – énième visite du château incluse – en passant entre les gouttes. La crêpe flambée au grand marnier était, dixit O*, délicieuse. Un manège diffusait Poker Face de Lady Gaga.
07:24 Publié dans 2025, Autoportraiture, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 20 décembre 2025
20122025
Aujourd’hui, premier jour de vacances, et j’en ai bien besoin ; nous en avons toustes bien besoin. L’idée serait de corriger mon gros paquet de copies (165 devoirs de L1) pendant la première semaine, quand nous recevrons la famille, et de me remettre à la traduction – un mois et demi d’interruption, deux mois de retard – pendant la seconde. Entre janvier et mars, je dois programmer 3 chapitres par semaine : mardi, mercredi et samedi, disons, tout en profitant des lundis sans émission de radio pour faire la jonction pour les chapitres les plus longs.
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L’année touche à sa fin, et j’aurai presque tenu mon pari d’un billet quotidien ; il y a 342 billets à ce jour, donc j’ai dû faire l’impasse onze fois. En 2026, je devrais peut-être modifier légèrement le défi. Il y a des projets pourtant peu chronophages que je n’ai pas menés à bien, comme la liste des livres lus ou des films vus (projets interrompus courant avril je crois), ou les Infortunés védiques, dont je n’ai écrit que cent poèmes.
06:42 Publié dans 2025, Flèche inversée vers les carnétoiles | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 19 décembre 2025
19122025
Les surveillances d’examen sont toujours aussi désarmantes. Ce matin, c’était l’épreuve de Concepts-clés en première année. La secrétaire avait beau avoir envoyé un mail précisant bien qu’il fallait arriver une demi-heure à l’avance et avoir sa carte d’étudiant·e, ce fut un festival. Il y a quelques jours, j’avais moqué gentiment les L3 pour leur difficile arrachage à l’enfance, car il leur semblerait normal d’organiser des goûters de Noël à l’université : ce matin, un étudiant de L1 a composé pendant une heure sans enlever son bonnet Pikachu. Enfin, entre 9 h 30 et 9 h 45 j’ai répété cinq fois que je ne voulais récupérer rien d’autre que les copies. À 9 h 47, une étudiante me demandait encore si elle devait « laisser le sujet à l’intérieur ».
14:44 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 18 décembre 2025
18122025
Ce matin, en rentrant de poser la voiture au garage pour la vidange, j’ai avisé une affiche de Mathieu Boogaerts sur un panneau d’affichage libre, ce qui m’a permis de remarquer deux affiches « Joyeux Noël » fraîchement collées : il s’agissait d’affiches du Rassemblement National ; il y en avait deux autres au verso du panneau ; les quatre ont été prestement arrachées.
Peu après midi, en route pour la radio, j’ai vu une camionnette arrêtée près des jardins partagés ; de toute évidence, son conducteur était occupé à arracher les mêmes affiches ; juste après, sur la colonne d’affichage située près du centre commercial de L’Heure tranquille, un groupe d’étudiants était semblablement occupé, mais avec peine, ce qui m’a confirmé que j’avais eu de la chance de passer quand la colle était encore fraîche.
18:00 Publié dans 2025, Kleptomanies überurbaines | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 17 décembre 2025
17122025 (la gaze et la flaque)
Un an et un jour après avoir découvert l’emploi prépositionnel de absent – dans une page du livre d’Ekow Eshun, The Strangers – je l’ai retrouvé ce matin dans une page du livre formidable de Jamaica Kincaid que je finis de lire, Mr Potter. Et le lendemain de mon dernier cours consacré aux écritures féminines de la Caraïbe, au cours duquel j’ai noté au tableau la différence entre les noms poodle et puddle, je trouve le mot puddle dans ce même livre de Kincaid, alors que je pense ne pas avoir lu – ou entendu – le mot puddle depuis une éternité.
Hier aussi, j’ai vérifié pendant le cours la prononciation de gauze et me suis aperçu que je ne prononçais ce mot ni selon la norme britannique ni selon la norme américaine, et donc très probablement que je le prononçais mal, ce qui fort heureusement n’est pas très grave car avais-je vraiment eu besoin du mot gauze en cours ou dans une situation professionnelle avant ? Comme me l’a dit facétieusement une des étudiantes quand je leur ai dit que j’avais bien fait de vérifier et quand je leur ai fait entendre la prononciation britannique puis la prononciation américaine : « et la prononciation caribéenne, Monsieur ? »
07:44 Publié dans 2025, Ce texte n'existe pas, WAW, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 16 décembre 2025
16122025
Hier soir avait lieu la petite réception en l’honneur d’Ahmad Ashour, chercheur palestinien accueilli par le laboratoire InTru au sein de notre université depuis août dans le cadre du programme PAUSE, en présence du président de l’université et de Stéphanie Meissonnier et Marie Desplechin pour le partenariat avec Bibliocité.
Aujourd’hui j’assure mes deux derniers cours du semestre avant le pot de Noël du département d’anglais. Impression de baigner en permanence dans la dissonance la plus totale.
08:56 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 15 décembre 2025
15122025
Aujourd’hui nous avons enregistré, Sébastien et moi, l’émission consacrée à De Funès et au plurilinguisme, qui était en projet depuis le printemps dernier ; c’est assez fréquent pour cette émission de radio, que je me trouve à tourner autour du pot ou à mettre plusieurs mois à convaincre telle ou telle personne de faire une émission sur tel ou tel sujet. Cette fois-ci c’était beaucoup plus ludique qu’habituellement, même si, d’une part, la plupart des émissions se font dans la bonne humeur, et si, d’autre part, on a abordé plein de sujets tout à fait sérieux, et qui mériteraient de véritables recherches.
17:00 Publié dans 2025, ILMC | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 14 décembre 2025
14122025
Lors d’une virée à Paris, au cours de laquelle nous avons visité l’exposition Greuze au Petit Palais et les expositions consacrées à Tyler Mitchell (très bien), Sarah Van Rij (idem) et Edward Weston (froid, ennuyeux – à l’exception de quelques paysages et de ses trois sublimes photos de poivrons) à la Maison Européenne de la Photographie, nous avons, Claire et moi, fait la surprise de souhaiter son anniversaire à ma sœur de vive voix, avec la complicité de mon beau-frère. Delphine m’a confirmé que, d’après elle, la dernière fois qu’on s’est vus en vrai pour son anniversaire remontait à nos années d’adolescence dans les Landes, à moins peut-être que le 14 décembre soit tombé sur un week-end à l’époque où je vivais à Paris ou à Beauvais.
23:10 Publié dans 2025, BoozArtz, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 12 décembre 2025
12122025
Hier soir, sublime concert de Mathieu Boogaerts avec ses 3 musiciens, dans le cadre de la tournée Grand Piano. C’était au Bateau Ivre. Je ne l’avais entendu en concert qu’en 2005, à La Riche, alors que nous sommes des fans inconditionnels de la première heure. Il faut dire que nous « sortons » rarement.
Le concert a duré deux heures et des poussières, avec un programme de 19 chansons suivies de 5 bis (dont trois à la guitare solo – Ondulé bien entendu). Il a chanté neuf des douze chansons du dernier album, mais pas ma préférée, Pas drôle. Claire avait dû renoncer à son billet, à cause d’une réunion parents/profs débordant au-delà de 20 h.
09:05 Publié dans 2025, Autres gammes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 11 décembre 2025
11122025
Après avoir préparé, routinièrement, mon premier café, j’ai vu, en arrivant dans le bureau-bibliothèque, que j’avais laissé mon ordinateur en veille… depuis hier midi… Signal presque imperceptible (et qu’en tout cas je n’ai perçu ni en préparant mon cartable en début d’après-midi ni en rangeant mes affaires hier soir), le petit point orange clignotant en bas à droite de l’écran clignotait. Silly me.
05:57 Publié dans 2025 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 10 décembre 2025
10122025 (instits bornées et sales connes)
Il y a quatre semaines l’académicien Éric Neuhoff traitait la linguiste Julie Neveux de « petite instit bornée ».
Voici ce qu’écrivait Beauvoir en 1962 dans l’épilogue de La Force des choses : « Souliers plats, chignon tiré, je suis une cheftaine, une dame patronnesse, une institutrice (au sens péjoratif que la droite donne à ce mot). »
Je suis conscient de noter ceci alors que la dernière sortie misogyne et hétéropatriarcale qui fait la une est le fait que Brigitte Macron ait traité de « sales connes » des militantes féministes manifestant contre les violences sexistes et sexuelles. D’ailleurs, j’écris sortie comme on dirait sortie de route, alors qu’en fait c’est systémique : Brigitte Macron est du côté de Depardieu, d’Hanouna, et donc – en toute logique – du droit des violeurs (bourgeois) bénéficiant d’un non-lieu à se refaire grassement la cerise sur le dos de leurs victimes.
22:05 Publié dans 2025, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 09 décembre 2025
09122025
L’année 2025 touche à sa fin, et, à quelques rares exceptions près (5 ou 6 jours, je dirais) j’ai tenu le rythme en publiant un billet chaque jour, parfois en trichant un peu, c’est-à-dire en allant pêcher dans mes publications sur les réseaux sociaux pour échafauder a posteriori tel ou tel commentaire. Tant que je ne serai pas débarrassé de l’énorme traduction en cours (que je dois rendre fin mars) et du cours d’agrégation, il ne sera pas question de me mettre à écrire vraiment, et notamment l’essai que je projette ; ici, je jette quelques bribes, comme je le fais depuis 20 ans et demi (depuis 246 mois, si on veut), avec des phases de jachère.
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Hier soir j’ai presque fini de lire – mais c’est un très long livre – La force des choses. Bien sûr, Beauvoir m’agace toujours dans ses biais de bourgeoise qui pense s’être déconstruite alors que bien des dingueries lui échappent, mais c’est perspicace, précis, nourrissant. Je suis très frappé de la description qu’elle fait des années de la guerre d’Algérie, et de sa détestation générale de la France, de son dégoût d’être française. Il faudrait citer certains passages, et peut-être le ferai-je, mais tout de notre situation actuelle s’y trouve : la police raciste qui massacre et l’opinion publique qui consent, par conformisme et racisme ; la presse muselée ou vendue ; la conviction de s’enfoncer dans le fascisme quotidien qu’a fort bien décrypté Quintane dans son dernier livre ; le danger qu’il y a à manifester…
Les pages sur le Brésil m’ont donné envie de lire Jorge Amado.
07:56 Publié dans 2025, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 08 décembre 2025
08122025
Hier soir nous avons regardé le Frankenstein de Guillermo del Toro. Rarement vu un tel imbroglio, un tel méli-mélo de kitsch, de grandiloquence et de facticité. Toutes les images ont l’air trafiquées. Quant au roman de Mary Shelley, presque rien n’est conservé de l’intrigue, et ce qui en reste fait systématiquement l’objet de déviations, voire de parfaits contresens. Del Toro fait de la Créature une sorte de Superman immortel, ce qui est aussi inintéressant dans l’idée que débile du point de vue de l’intrigue. Claire a lu des critiques, dont celle de Libération qui parle de la grande fidélité au roman ; le ou la critique s’est ici trahi·e car une telle affirmation consiste à avouer qu’on n’a pas lu le roman et qu’on recopie le dossier de presse.
Une soirée aussi ennuyeuse qu’ignoble, avec quelques fous rires, comme dans la scène ridicule où la chaumière est attaquée par une meute de loups (totalement absents du roman bien sûr) et où la Créature se débarrasse d’un des loups en train de lui dévorer le dos en lui arrachant d’abord la fourrure, puis en arrachant le corps pelé qui continuait de la mordre…
08:20 Publié dans 2025, Tographe | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 07 décembre 2025
07122025
En train de relire les 4 premiers chapitres du colossal mémoire de master d’une étudiante italienne tout en gardant un œil et une oreille sur la fin — catastrophique pour l’Angleterre — du deuxième test match en Australie.
Le commentateur vient de dire, au moment du “dinner break” : The Gabbatoir has made a new victim again. The English XI have been outbatted and outthought again.
Pour comprendre la première phrase il faut savoir que le terrain où se joue le match est à Brisbane, et se nomme « The Gabba », de sorte qu’il ne serait guère possible de chercher à transposer le jeu de mots. Pour ce qui est des verbes préfixés en out- (un grand classique de la langue anglaise), il n’y a pas d’autre solution que de procéder au traditionnel chassé-croisé (avec un sacré foisonnement) :
Le 11 anglais s’est laissé surpasser dans sa conception du jeu et dans son maniement de la batte.
Le préfixe out- est recatégorisé en verbe avec sens passif (on aurait pu traduire, plus platement, par a été battu). Les deux verbes bat et think ont été recatégorisés en syntagmes prépositionnels, mais je n’ai pas réussi à éviter un double étoffement. Imaginez la traduction suivante : Le 11 anglais a été vaincu par la batte et par la pensée. Même en changeant les prépositions, un tel énoncé est incompréhensible (me semble-t-il).
12:12 Publié dans 2025, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 06 décembre 2025
06122025
Aujourd’hui, clic clac clic clac clic-clac-clique, c’est la saint Nicolas, et il faut presque se forcer pour ne pas parler travail, talk shop, dans ces carnets. Pour dire quoi ? qu’on a commencé avant-hier une série américaine d’une mollesse et d’une médiocrité scénaristique totales (The Beast in Me, passez votre chemin) ? Qu’une étudiante hier matin, avant le début du cours, racontait à ses potes qu’elle s’était endormie la veille à 11 h « pour une petite sieste » et qu’elle s’était réveillée sept heures plus tard (ceci pour expliquer qu’elle ne s’était pas endormie avant 3 h du matin) ? Ou que j’ai enfin vu, en faisant le tour complet de la place des Halles – et en découvrant quelques menus changements car c’est tout près de la faculté mais je n’y vais jamais –, la permanence de ce guignol dangereux d’Alfandari, lequel était tout seul à l’intérieur en train de pianoter sur son ordinateur ?
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La « place des Halles » s’appelle place Gaston-Paillhou, de même que la « place du Monstre » se nomme place du Grand-Marché.
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Paillhou s’écrit bien avec deux l suivis d’un h, et on en apprend davantage à son sujet grâce à un article d’Ici Touraine (anciennement France Bleu) remarquablement écrit et à la syntaxe tout à fait stupéfiante :
Un autre nom bien connu des tourangeaux est associé à l’hôpital Clocheville : celui de Gaston Paillhou (la place voisine porte son nom). Cet ami d’enfance de Gatien de Clocheville, devenu fils adoptif de la comtesse pauline de Clocheville, sera son délégataire et poursuivra son œuvre en développant l’hôpital. Sa mort, lui aussi fera don de biens immobiliers au bénéfice de l’hospice, permettant son expansion.
06:26 Publié dans 2025, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (1)
vendredi, 05 décembre 2025
05122025 (Scale Boy)
Vous le savez sûrement vu mes rabâchages, le nouveau livre de Patrice Nganang, Scale Boy, paraîtra début janvier aux éditions Farrar Straus & Giroux. En voici un chapitre dans la Paris Review.
Patrice Nganang a écrit ce livre en anglais, tout comme, jadis, la première version complète de Mont-Plaisant (Mount Pleasant), avant de s’autotraduire en français. Et c’est un texte formidable, une autobiographie d’enfance qui s’inscrit dans le cadre du Cameroun post-colonial et dont les derniers chapitres décryptent ce qui s’est passé à la tête du pays, et dans le pays lui-même, au moment du coup d’État manqué contre Paul Biya en 1984. Avec Nganang, le privé est foncièrement, forcément politique.
Pour moi qui ai eu la chance de lire ce livre splendide et inspirant au début de l’été (et qui aurai peut-être la chance de le traduire en français, on verra ce que 2026 nous réserve), je ne peux que conseiller aux personnes lisant l’anglais de foncer.
09:11 Publié dans 2025, Affres extatiques, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)









