dimanche, 16 mars 2025
D'un (léger) traumatisme et du milieu éditorial
Hier j’étais au Salon du Livre Africain de Paris, l’occasion d’écouter des conférences, de discuter avec des maisons d’édition souvent pas diffusées en France, des libraires, de rencontrer enfin des personnes avec qui je travaille et échange depuis des années. J’ai raconté cela brièvement hier soir car c’est ce qui compte : les échanges, la beauté, l’avenir. Pourtant, ce que j’ai absolument besoin de dire aujourd’hui, c’est quelque chose de négatif qui est “remonté”, une expérience traumatisante d’il y a une douzaine d’années. Je n’ai pas “envie” de raconter cela, mais il faut que je le raconte.
Je n’avais pas prévu de publier ce texte ici, mais la version restreinte sur Facebook a attiré, en quelques heures, 30 likes et une dizaine de commentaires (c’est énorme, à mon échelle). Cette histoire est édifiante pour dire la façon dont le milieu éditorial peut briser des projets, des envies, et sans doute des carrières, et vous en lirez donc ci-dessous la version « publique » (donc sans les noms des personnes [les initiales L. V.-D. et F. G. signifient le vieux dégoûtant et foutu gougnafier, donc ne permettront pas de deviner de qui il s'agit]).
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En 2008, ayant découvert que plusieurs romans d’Amos Tutuola n’étaient pas traduits en français (ils ne le sont toujours pas), je décide de monter un dossier de traduction pour mon préféré, The Witch Herbalist of the Remote Town. Je traduis trois chapitres, je fais une présentation de Tutuola, une biographie, un argumentaire sur la réception de Tutuola en France et sur la certitude que j’ai que ce texte trouvera un large public. Puis, je contacte par mail L. V.-D., le directeur d’une collection dont je n’étais pas ultra-fan mais dans laquelle un projet Tutuola me semblait pouvoir s’insérer.
Réponse de L. V.-D., qui me dit en somme qu’il n’a aucun pouvoir, notamment sur les textes traduits, que pour un tel projet il n’a pas possibilité de décider, que ça doit passer par M. F. G., responsable du secteur de la littérature étrangère de la maison d’édition, et qu’il me représente comme l’homme qui fait la pluie et le beau temps. F. G. n’a pas de mail (ou plutôt son mail reste incommunicable à des béotiens dans mon genre), donc il me donne l’adresse postale en me recommandant, vu que l’ouvrage est épuisé en anglais, d’en joindre un exemplaire à mon dossier de traduction.
Ce que je fais aussitôt. Six mois passent, pas de réponse ; je relance donc F. G., toujours par voie postale. Rien. Deux mois passent ; je relance L. V.-D., qui me répond qu’il va se renseigner. Quelque temps plus tard, j’envoie une lettre à F.G., ce dont j’avertis L. V.-D., indiquant que je comprends que le projet n’intéresse pas leur maison (une année a passé entre-temps) mais que je souhaiterais récupérer mon exemplaire (il m’avait coûté pas loin de 40 euros en occasion).
Bien entendu je n’ai jamais eu de réponse.
Il y a quatre ans, voyant soudainement apparaître le nom de F. G. sous un post facebook, je l’interpelle en lui disant que je suis d’accord avec son commentaire (je ne sais plus de quoi il s’agissait, mais j’étais de fait d’accord) et que je me réjouis de le trouver sur ce réseau alors que je garde un très mauvais souvenir de notre seule interaction (or lack thereof). A sa demande, je lui explique ce dont il retourne, à la suite de quoi il me présente ses excuses via Messenger et m’explique ce qui a dû se passer (explication qui n’a aucun rapport avec la situation), même si, dit-il, il n’a aucun souvenir. Il m’explique ensuite comment tenter de récupérer mon livre, même s’il ne travaille plus dans la maison d’édition en question. Il va de soi que je n’ai pas répondu à un tel foutage de gueule : le type a reçu trois LETTRES de moi (des envois postaux, dont le premier avec un livre dont j’expliquais qu’il était difficilement trouvable et donc précieux) et il n’en a aucun souvenir ?
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Ce que je veux dire ici, c’est que, suite à cette histoire, j’ai totalement renoncé à déposer des projets de traduction. Il a fallu que je sois contacté par un ami écrivain et éditeur pour me lancer dans la traduction d’un livre de Ngugi wa Thiong’o en 2015 (le projet ne s’est pas fait mais ça m’a fait plaisir), puis par Albin Michel en 2021 pour traduire l’ouvrage d’Olivette Otele (à la demande de l’autrice) pour que je sorte de ma torpeur.
Après cette histoire avec MM. L. V.-D. et F. G., j’avais décidé que, n’ayant (fort heureusement) pas besoin de vivre de la traduction, ayant un métier, j’allais me consacrer à 200% à ce métier-là. J’ai donc continué à traduire dans les années 2010, surtout de la poésie, que je partageais sur mon blog (autant dire pour moi seul, donc), tout en me félicitant de ne pas avoir eu besoin de tournicoter dans ce panier de crabes que me semblait être l’édition.
Je raconte cela car j’avais besoin de le raconter, comme je l’ai dit en préambule. Mais c’est aussi pour dire qu’en entendant pérorer hier le fameux L. V.-D., j’ai bien compris que, si j’avais traîné dans les cocktails ou les festivals littéraires à Madrid ou Valparaiso avec ce monsieur, ou si j’avais contacté F. G. via je ne sais quelle cousine germaine de Jack Lang, le projet se serait fait. Je n’en veux nullement à ces deux messieurs pour m’avoir découragé de solliciter des maisons pour des textes encore très largement inédits en français quinze ans plus tard ; par contre, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont dû en briser, des carrières. Et cela me met dans une très grande colère.
18:40 Publié dans 2025, Indignations | Lien permanent | Commentaires (2)
samedi, 08 mars 2025
08032025
Emmanuel Macron, ce sale type vraiment, déclare qu’il faudrait que chaque jour soit la journée des droits des femmes, alors qu’il envoie sa police tabasser et gazer les manifestantes, et qu’il fait protéger les nervis d’extrême-droite.
À Nantes, le rassemblement féministe témoignait d’une rage et d’une combativité sans précédent.
C’est dans cet esprit-là qu’il faut se retrouver, se ressourcer, reprendre espoir.
19:45 Publié dans 2025, Hors Touraine, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 07 mars 2025
07032025 (Atlantide, de beaux moments... et la contagion du wtf)
Aujourd’hui, j’ai passé la matinée avec des amis, et à découvrir des librairies nantaises – dont Les Bien-Aimé·e·s, où j’ai acheté un petit livre de Joëlle Zask qui m’avait échappé, et l’essai majeur de Brent Hayes Edwards traduit par J.-B. Naudy et G. Pierrot aux excellentes éditions Ròt-Bò-Krik : bien m’en a pris, car j’ai déjà trouvé, en commençant la lecture de ce livre, deux notions différentes qui vont me servir pour mon projet Aidoo/Darko/Nganang. Comme quoi il faut acheter des livres, même quand on en a soixante en carafe qui attendent.
L’après-midi au festival Atlantide a été assez riche, malgré une première rencontre un peu superficielle autour d’Angela Davis, avec Alain Mabanckou : belle table ronde avec Lucy Mushita, Li Ang et Sang Young-park, lecture inaugurale de Nancy Huston, exposition des objets donnés par les participant·es au fil des années…
Malheureusement, la table ronde avec Ananda Devi et Annie Ferret a été très décevante. De toute évidence, les planètes étaient alignées pour que le grand n’importe quoi se produise :
- un thème très général et pas du tout littéraire (La contagion du mal (??))
- un « animateur littéraire » complètement à l’ouest, Emeric Cloche, qui n’avait lu aucun livre, qui faisait des blagounettes malaisantes et n’était même pas capable de dire correctement le nom des écrivain·es ou les titres des livres, quand par miracle il avait l’idée saugrenue d’en citer u
- une première question encore plus débile et générale que le thème de la rencontre (il fallait le faire), dans laquelle José Carlos Somoza s’est engouffré pour déblatérer sans queue ni tête, et sans jamais parler d’écriture ni de ses livres
- un écrivain venu faire son intéressant, José Carlos Somoza donc, qui a tiré la couverture à soi en full manspreading discursif
Ananda Devi et Annie Ferret ont tenté de ramener la discussion vers des considérations à peu près cohérentes, et surtout vers la question de l’écriture et de la littérature. À 16 h 57 quand l’insupportable Emeric Cloche a signalé qu’il restait le temps pour une question, j’étais à deux doigts de me lever et de dire « Pourrait-on enfin entendre les écrivaines sur la façon dont elles considèrent que l’écriture peut mimer la contagion du mal, ou peut-être lui servir d’antidote ? » Il y a quinze ans, encore, je crois que je me serais levé au milieu de la rencontre et que j’aurais interrompu Somoza ou Cloche en lançant « et la littérature ? ».
C’est tout à fait regrettable, car il y avait une centaine de personnes présentes, dont la majorité n’avait sans doute lu aucun livre des auteurices et dont beaucoup n’auront pas su ce qu’il y avait dans ces œuvres, ce qui se tramait dans ces textes. D’ailleurs, alors que le grand espace du rez-de-chaussée est bondé, très peu de gens sont venus ensuite à la rencontre d’Annie Ferret et d’Ananda Devi, pour faire signer les livres ou discuter.
Il serait souhaitable que le festival Atlantide choisisse des intitulés plus littéraires (car la tendance aux titres accrocheurs mais totalement creux est assez générale) et surtout se débarrasse de ce pilier de café du commerce. Il en va du sérieux des débats…
Heureusement que la rencontre avec Ananda Devi à la médiathèque Floresca-Guépin, hier soir, autour de La nuit s'ajoute à la nuit, était tout à fait remarquable, elle... Il faut dire qu'il y avait du temps, et, surtout, deux dames (dont le nom n'a pas été dit) qui avaient lu les livres et qui posaient des questions intelligentes...
21:38 Publié dans 2025, Flèche inversée vers les carnétoiles, Hors Touraine, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 06 mars 2025
06032025 (la revue "Commentaire", un old boys' club au service de l'extrême-droite)
J'ai reçu le sommaire du nouveau numéro de la revue Commentaire. Comme je sais depuis longtemps que je ne trouve rien d'intéressant dans cette revue de droite, qui, de surcroît, n'aborde quasiment jamais mes sujets de recherche (Afrique, traduction, littératures), je balance habituellement ces mails directement à la poubelle. Là, quelle mouche m'a piqué, je suis allé y voir et je vous ai copié-collé tout ça sur une seule image. Oui, vous lisez bien : pas une seule femme parmi la quarantaine de contributeurs (cela m'épargne le recours au point médian). Pas une seule. J'ai même vérifié pour les prénoms incertains : Dominique et Tilo sont bien des mecs. Ouf.
On a là une parfaite illustration d'une revue à l'idéologie conservatrice et réactionnaire qui est aussi, fort logiquement, un boys' club... et même, si on veut être complet et en juger par les prénoms, un old men's club. Aucun âgisme de ma part, mais une structure qui n'ouvre ses portes à aucune femme et à aucun homme de moins de 50 ans, ça ressemble puis à un EHPAD en non-mixité qu'à une revue de sciences humaines.
Rien d'étonnant donc à ce que le dossier sur Trump n'ose jamais, il semblerait, le concept de “fascisme”, pourtant désormais principalement opérant pour analyser ce qui se passe aux Etats-Unis. Rien d'étonnant non plus — et on n'aura a priori* pas besoin d'aller lire les pages pleurnichardes en question pour en avoir la confirmation — à ce qu'un article s'intitule “Misère de l'intersectionnalité” : il est vrai que quand on estime que le débat intellectuel est strictement réservé aux hommes blancs proches de la retraite ou déjà à la retraite, le concept d'intersectionnalité doit avoir quelque chose de terriblement galiléen.
Nos petits inquisiteurs platistes ont donc leur revue, et ce ne serait pas grand chose s'il n'y avait qu'une revue comme celle-ci : cependant, des officines, institutions ou structures médiatiques qui exhibent une telle “couillhésion”, pour reprendre la notion forgée par Stéphanie Lamy, il y en a d'autres.
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* Je dis “a priori” mais il est évident que la curiosité et mon ethos de chercheur vont me pousser à aller regarder cela de près dès que le n° sera disponible sur CAIRN (je ne crois pas que la B.U. reçoive encore la version papier).
08:32 Publié dans 2025, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 27 février 2025
27022025 — le MAAOA, une décolonialité de façade
Avant-hier, à Marseille, j’ai visité notamment le MAAOA (Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens). Il se répartit sur trois très grandes salles, dans le Centre de la Vieille-Charité.
J’ai commencé par les collections d’objets et d’œuvres africain·es, avant de me rendre dans la salle consacrée à l’Océanie (dans laquelle sont surtout exposées des œuvres de Polynésie — je suis passé plus vite dans la partie consacrée au Mexique). Dans la salle consacrée aux objets d'Océanie, il y a une vitrine dans laquelle est exposé un non-objet : dans une cage de verre tapissée de bleu, on ne voit rien, ou plutôt on voit qu’il n’y a aucun objet. Un cartouche indique sobrement que l’objet qu’on ne voit pas est une tête humaine tatouée toi moko, d’origine maorie.
À droite de la vitrine vide, un long texte intitulé « Restitution de patrimoine aux peuples d’origine » explique doctement, sur cinq paragraphes, que i) l’objet qui n’est pas exposé a une valeur sacrée pour les Maori ; ii) il appartient à une catégorie qui fit l’objet d’un « ignoble trafic jusqu’à son interdiction en 1831 » ; iii) « le MAAOA n’a jamais exposé ni reproduit la tête humaine toi moko présente dans la collection Gastaut » ; enfin, iv) « suite à la loi du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution par la France des têtes Maori à la Nouvelle-Zélande, la tête […] fut restituée en 2012… ».
Il va de soi que cette mise en évidence de l’histoire du pillage colonial et de la restitution d’objets est tout à fait capitale dans un musée, et qu’on ne peut que déplorer que cela soit souvent moins explicite. Pourtant, sans que le remède soit tout à fait pire que le mal, j’ai été en proie à un profond malaise après avoir lu ce texte.
En effet, qu’avais-je vu jusque-là ? Eh bien, pour commencer par les objets exposés tout près de cette spectaculaire vitrine vide, il y a des têtes réduites Shuar, des crânes surmodelés du Vanuatu etc. Donc des restes humains, des objets tout aussi incompatibles avec l’exhibition muséale, et même avec l’exposition en-dehors d’un cercle communautaire restreint. C’est d’ailleurs, à en croire plusieurs sites, le point commun de tous les objets de cette fameuse collection Gastaut : les 88 objets sont « des crânes, des têtes et des objets liés au crâne humain, sculptés, peints, surmodelés, gravés ». Le profond malaise qui s’est emparé de moi vient de l’hypocrisie que constitue la vitrine vide : pour 87 objets qui furent aussi l’objet de pillages et de trafics, au point de se retrouver dans la collection privée d’un neurologue français de la seconde moitié du 20e siècle (comment ne pas penser au livre génial de Delphine Peiretti-Courtis, Corps noirs et médecins blancs ?), le fait d’en restituer un seul vaut-il exemption générale ? En quoi les cultures du Vanuatu ou d’Amérique du Sud dont le MAAOA expose encore les objets rituels sont-elles plus désacralisables que la culture des Maori ? À ce niveau de foutage de gueule, je m’attends à ce que d’autres affirmations du fameux texte soient tout aussi fantaisistes : si on cherche, se rendra-t-on compte, par exemple, que le MAAOA a, en fait, « exposé et reproduit la tête humaine toi moko » à un moment de son histoire ?
Je l’ai dit, j’avais visité la salle des œuvres africaines avant, et j’y avais pris de nombreuses notes, car en dépit d’une muséographie « moderne » et de phrases soucieuses de montrer qu’on en avait fini du regard ethnocentrique colonial, tout reste à faire. Pour le dire clairement : les textes de cadrage proclament qu’on en a fini de la vision suprémaciste, tandis qu’affleure, presque à chaque objet, un impensé colonial généralisé.
Prenons quelques exemples parmi tant d’autres.
1/ Il est indiqué que la pipe d’apparat Bamum exposée a « vraisemblablement appartenu au sultan Njoya ». Il se trouve que je connais bien le contexte historique et architectural, car le sultan Njoya est, entre autres, le protagoniste principal de Mont-Plaisant, un des quatre romans de Patrice Nganang autour duquel tourne mon gros projet de recherche actuel. Ibrahim Njoya a-t-il donné une de ses pipes ? à qui ? dans quelles circonstances ?
2/ Le MAAOA expose une autre pipe, ayant appartenu, celle-là, au roi Glélé, dixième roi d’Abomey et père du célèbre Béhanzin, dont on sait comment les Français le chassèrent de son royaume et le condamnèrent à l’exil. Tout cela n’est absolument pas dit, d’ailleurs : pour le visiteur lambda, c’est la pipe du roi Glélé, dont on nous donne juste les dates de règne et l’origine géographique (« Fon, Bénin »). Il ne faudrait pas que qui que ce soit fasse un rapprochement avec les pillages massifs perpétrés contre ce royaume, au point que le « trésor de Behanzin » a été restitué récemment au Bénin. Rappelons que la France a rendu 27 œuvres emblématiques, mais continue de s’accaparer plusieurs milliers d’objets que réclame le Bénin.
Au hasard, y aurait-il la pipe de Glélé parmi ces objets ? Autant dire qu’avec ce genre de muséographie, je n’étais, avant même d’avoir lu le très solennel texte « Restitution de patrimoine aux peuples d’origine », pas trop prêt à me laisser embobiner…
3/ Les panneaux d’information restent peu diserts sur les conditions dans lesquelles le principal collectionneur privé, Léonce-Pierre Guerre (“grand collectionneur d'art africain et fasciné par ce continent depuis l'âge de douze ans”, c'est-y-pas chou ça), a acquis les objets avant d’en faire don à la ville de Marseille.
4/ Trois citations viennent clore le panneau d’information principal qui tente de contextualiser – en expliquant que toute cette époque est révolue – la façon dont les musées européens ont longtemps exposé ces objets en les inscrivant dans « l’art primitif ». Ces trois citations sont respectivement : deux phrases de Ludwig Wittgenstein (non sourcées) ; un proverbe africain ; deux phrases de Victor Segalen (non sourcées).
Je n’ai pas précisé que le proverbe africain n’était pas sourcé, car c’est ici, bien entendu, l’expression « proverbe africain » elle-même qui est significative. Expliquer d’un côté qu’on reconnaît désormais la valeur pleine et entière des œuvres exposées dans la salle au même plan que les chefs-d’œuvre de l’art « occidental », puis citer un « proverbe africain », ça revient, pour un défenseur de foot, à détourner un ballon en corner puis à marquer deux fois contre son camp : difficile de dire si c’est plus ridicule qu’abject. De fait, ce que signifie ce panneau, c’est que les productions culturelles européennes sont individualisables et spécifiques, mais que i) la culture du continent africain se réduit à des proverbes – ce trope même est déjà raciste – ; ii) bien que chaque cartouche assigne une origine ethnique et géographique à chaque objet, il reste possible de citer un proverbe « africain » comme si l’Afrique était un tout homogène.
Par conséquent, il devient urgent que les personnes qui s'occupent de telles collections comprennent qu'il ne peut suffire de « déplier l'histoire coloniale à partir des collections muséales », mais qu'il faut, avec courage et profondeur scientifique, déconstruire (et évacuer) les impensés coloniaux de la muséographie contemporaine.
17:14 Publié dans 2025, Affres extatiques, Hors Touraine, Indignations, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 26 janvier 2025
26012025 (LTI / revue de presse)
Hier après-midi, avec les giboulées de janvier et deux courses qui se sont ajoutées, nous n’avons pas eu le temps d’aller au château de Tours.
J’ai commencé hier soir la lecture – longtemps différée – de l’ouvrage souvent cité de Klemperer, LTI Lingua Tertii Imperii, dont les premiers chapitres m’évoquent, quasiment à chaque paragraphe, ce que nous voyons advenir, par glissements progressifs, en Europe (en France, avec la fascisation des centristes et macronistes) ; il y a aussi toutes les analogies possibles entre le discours nazi et le trumpisme. Depuis une semaine, on le voit en pleine lumière.
Je continue d’espérer – en me voilant la face, sans doute – que nous n’aurons pas à affronter cela dans les mêmes proportions qu’il y a un siècle, mais dans tous les cas la catastrophe climatique va s’abattre sur nous. Le négationnisme, l’euphémisation et la substitution d’un concept pour un autre gagnent chaque jour du terrain, sur ces deux fronts. Je le lisais encore hier matin, dans un entretien avec Marlène Laruelle (n° 66 de la revue XXI) et dans le n° 2 de la revue Fracas. Klemperer écrit ceci, au sujet de la république de Weimar :
La république libéra la parole et l’écrit d’une manière tout bonnement suicidaire ; les nationaux-socialistes se gaussaient, disant qu’ils ne faisaient que reprendre à leur compte les droits que leur accordait la Constitution, quand, dans leurs livres et leurs journaux, ils attaquaient violemment l’État dans toutes ses institutions et ses idées directrices, au moyen de la satire et du sermon enflammé. [LTI La langue du IIIe Reich. Traduction d’Élisabeth Guillot, 1996, rééd. Espaces libres, 2023, p. 55]
C’est, au mot près, ce que nous voyons avec les réticences de l’Union Européenne à interdire purement et simplement le réseau X du néonazi Musk sur le territoire. C’est la stratégie du milliardaire christofasciste Bolloré et de ses relais médiatiques nombreux (et je n’oublie pas, comme je l’ai précisé jeudi soir lors de la rencontre aux Temps sauvages, que Calmann-Lévy publie aussi ma traduction de Born in Blackness, ouvrage “woke” s’il en est).
À l’occasion de ma migration vers Bluesky et Mastodon, je veux m’astreindre, à partir d’aujourd’hui, à publier une revue de presse qui ne prétend en rien à l’exhaustivité, mais que je tenterai de « doublonner » ici, quand j’en aurai le temps :
1/ Le retrait américain de l’OMS impacterait “grandement” l’Afrique, selon l’UA (Afrique Média)
2/ Trump again demands to buy Greenland in ‘horrendous’ call with Danish PM (Guardian)
3/ Le coup de pouce de la mairie de Toulouse au collectif d'extrême droite Némésis (StreetPress)
4/ Une bonne synthèse explicative des premiers décrets pris par Trump lundi/mardi (en anglais - The Irish Times, 21 janvier 2025)
5/ La Martinique retrouve son leader de la lutte contre la vie chère (Mediapart - réservé aux abonné·es - abonnez-vous ou demandez-moi l'article - c'est possible d'en offrir un par jour je crois)
6/ Australie : les défenseurs des droits des autochtones manifestent pendant la fête nationale (TV5 Monde)
7/ Investiture de Donald Trump : Spotify fait cadeau de 150 000 dollars pour la cérémonie (Les Inrocks) - c'est le moment de se désabonner, je pense (je le dis à l'attention des personnes concernées)
10:40 Publié dans 2025, Indignations, Lect(o)ures, Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 19 janvier 2025
19012025 — Les GAFA et l'eurocentrisme
Depuis quelque temps (je ne saurais dire combien), YouTube génère automatiquement une sorte de tag visuel permettant d'identifier des figures connues citées dans une vidéo. Dans celle que j'ai postée hier, je parle de Marechera (très important poète du Zimbabwe, mais peu connu en Europe, de fait) et de Derek Walcott, immense dramaturge et poète, prix Nobel en 1992, excusez du peu. Eh bien, YouTube a identifié Valentine Boué ép. Penrose (tant mieux, je la pensais nettement plus invisibilisée) mais ni Marechera ni Walcott.
Les algorithmes des GAFA (et donc les humains qui sont derrière ces choix) confortent et accentuent l'eurocentrisme, et même, je le dis sans ambages, le suprémacisme blanc.
15:47 Publié dans 2025, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 05 janvier 2025
05012025
Dimanche. Réveillé un peu avant 8 h, je dirais, ce qui tendrait à confirmer que je me réveille tous les matins depuis la mi-décembre autour de 5 h à cause d’un·e voisin·e qui part au travail. Avec de nouveaux horaires, donc. Et sans que jamais j’entende consciemment ce qui me réveille. Étrange.
Le temps s’est beaucoup radouci, avec une pluie fine mais ininterrompue ; depuis octobre, ça ne s’arrête guère, de sorte que je ne comprends pas pourquoi la Loire n’a pas encore débordé, et massivement. Étrange.
Hier, j’ai lu le texte de Cendrars, J’ai vu mourir Fernand Léger, dans le tome 15 et dernier de l’édition Denoël. J’avais vu ce livre, sous un autre format, à la librairie du musée Maillol, et, de fait, Claire, la plus cendrarsienne de nous deux, l’a bien retrouvé dans notre édition. Apparemment, ce serait Nadia Léger qui aurait empêché la publication de ce texte, paru sous une forme tronquée même après sa mort à elle. Étrange. Et je ne sais si je dois – mais je vais le faire, je crois – répertorier ce texte d’une trentaine de pages dans les livres lus.
Hier, Claude Allègre est mort. Voici ce que j’ai écrit sur Facebook : « On ne dit pas du mal des morts mais on ne va quand même pas pleurer Claude Allègre, ce fumier climatonégationniste, ce tribun qui a tant fait de mal avec ses fake news sur les profs... » Visiblement, personne, pas même les personnes avec qui j’ai habituellement des désaccords, n’a trouvé que j’exagérais.
Avant-hier, David Lodge est mort. Pour le coup, je me suis gardé de tout commentaire sur les réseaux sociaux, car je suis nettement moins sûr de mon avis (et surtout, j'étais certain de perdre des plombes à m'échiner dans des discussions sans intérêt). Pour autant, je peux l’écrire ici, où personne ne me lit : ayant toujours trouvé fade et superficielle, et pour tout dire rasoir au possible, l’œuvre de Lodge (je n’ai réussi à finir aucun des 3 livres de lui que j’ai tenté de lire), j’ai tendance à penser que ses thuriféraires, celles et ceux qui vont disant qu’il passera à la postérité comme l’un des plus importants écrivains de la seconde moitié blablabla, font surtout l’aveu qu’ils/elles lisent peu, et n’ont pas lu grand-chose. Comment est-il possible de penser que Lodge est autre chose qu’un petit écrivain distrayant quand on voit les dizaines et les centaines d’immenses écrivain·es que produit notre époque, en toutes langues, sur les cinq continents ?
09:55 Publié dans 2025, Indignations, Lect(o)ures, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 29 janvier 2024
Les Mots rares
Je ne sais d’où sort ce livre. M’a-t-il été offert (et qui vais-je vexer en écrivant ce qui suit) ? L’ai-je trouvé d’occasion ? Aucun souvenir.
Ce qui est étrange, si je l’ai acheté, c’est qu’en le feuilletant seulement j’aurais dû voir que ce n’était pas du tout le genre de poésie qui me plaît.
Pourquoi ? C’est verbeux. Voilà.
Il suffit de feuilleter.
Allons-y.
L’épigraphe en italiques : un poème de trois strophes et onze vers où l’on trouve les mots iridescence, ineffables, indicibles et inénarrables.
Redflag total.
Premier poème : « Iridescence ». La deuxième strophe : Phosphor-essence poème / Phénomène fluor-essence / savant. On dirait un truc parodique.
Deuxième poème – le titre : « Géodésie poétique Poésie géodésique ». En fait, la poète a voulu canularder les éditions Galilée (qui éditent Cixous et Jean-Luc Nancy, je le rappelle)… et l’éditeur a accepté ça au premier degré. Bravo, Juliette Brevilliero !
Et ça continue, en jeux de mots infralapointe : le poème intitulé « Chair Rubis » commence par le vers « Chère Ruby » !!! Notons aussi « Le bétail qui bayait aux corneilles » (p. 60), qui s’achève sur le jeu de mots baye/baille (mais avec oubli du circonflexe). Plus on avance dans le recueil, plus on se dit que ça ressemble à des punchlines de Grand Corps Malade. (Ce n’est pas censé être un compliment.)
08:39 Publié dans Indignations, Livres 2024 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 16 janvier 2024
16012024
Le Printemps des poètes est une manifestation réac, très à droite, et qui gnangnantise la poésie en la cantonnant dans les fleurettes et les jolis sentiments ; je trouve donc que, comme parrain, le nullard facho Sylvain Tesson lui sied parfaitement.
14:24 Publié dans 2024, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 22 août 2023
22082023
Aujourd’hui, le Convoi de l’eau passait en Touraine. La vingtaine de tracteurs et les 700 cyclistes sont arrivés place Jean-Jaurès peu avant midi.
Nous y étions.
Une belle mobilisation, des discours variés et forts, pour la solidarité, le partage, contre les inégalités et pour l'action face à l'urgence climatique.
15:39 Publié dans 2023, Indignations, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 31 mai 2023
31052023
Comme le texte stupide de Christophe Clavé sur l'appauvrissement de la langue française, qui traîne déjà depuis quelques années, refait surface ces temps-ci, je me permets de copier-coller un commentaire que j'ai rédigé à ce sujet sur Facebook :
Ce billet est entièrement faux. Il repose sur une interprétation réductrice de l'hypothèse Sapir-Whorf, déjà pas mal remise en cause par l'essentiel des linguistes, et depuis un bon moment.
En effet, si cette idée que la complexité d'une langue est seule à même de permettre la complexité de la pensée était vraie, cela impliquerait par conséquence immédiate que les Chinois, les Basques et les Hongrois, pour prendre trois exemples, sont tous plus intelligents et plus capables de complexité que les anglophones ou les italophones. On voit bien que c'est une idiotie. Je ne vais pas entrer dans le détail mais il y a des dizaines de langues qui permettent à leurs locuteurs/locutrices de penser le futur, sans avoir le moindre marqueur grammatical du futur.
Par ailleurs, pour ce qui est du français, on constate empiriquement que des personnes qui maîtrisent le subjonctif et le passé simple ont une pensée pauvre ou formatée tandis que des locuteurs/locutrices qui confondent à l'écrit les terminaisons ais/ai ou qui ont recours à des tics de langage sont tout à fait capables d'une pensée complexe.
Le passage sur "mademoiselle" est d'un confusionnisme total : en effet, même sans l'emploi de ce mot comme "titre", il y a de nombreuses façons d'exprimer les états intermédiaires entre la petite fille et la femme adulte ("jeune fille", "adolescente", etc.). D'ailleurs, ce passage montre bien l'origine réelle de ce discours : un galimatias sans fondement scientifique et à visée conservatrice. Ironie particulière de ce texte qui se réclame de 1984 d'Orwell en faisant un contresens à son sujet, et en n'étant même pas capable d'orthographier correctement le prénom de son auteur.
C'est vraiment désolant de lire de telles âneries réactionnaires, et de les voir partagées sans recul, comme vérité d'Eglise.
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(Je n'ai pas ajouté, sur Facebook, de commentaire sur le fait que toustes les commentateurices qui s'engouffrent dans la brèche avec leurs "c'est ben vrai" façon mère Denis se prénomment Suzanne, Jean-Claude, Bruno et Chantal. L'absence totale de pensée critique de ces boomers qui partagent un post bourré d'erreurs et qui pensent, ce faisant, être du côté de l'esprit critique est si aberrante qu'il vaut mieux en rire.)
08:33 Publié dans 2023, Indignations | Lien permanent | Commentaires (3)
jeudi, 27 avril 2023
27042023
Bruno Lemaire publie un roman apparemment très mauvais chez Gallimard. Tout le monde de faire remarquer que, pour un ministre en charge d’un portefeuille conséquent, il a quand même le temps de publier des livres à un rythme soutenu. Bien sûr, ce n’est pas cela qu’on doit lui reprocher, mais sa politique infâme et ses déclarations de grand pitre incompétent. Toutefois, la nullité des extraits qu’on peut lire en « bonnes feuilles » (qui n’ont jamais aussi mal porté leur nom) renforce l’idée qu’il s’agit d’un pitre pitoyable, d’un cancre à qui est confiée depuis six ans l’économie française, sans parler du naufrage total de la collection de littérature française chez Gallimard, avérée depuis longtemps à quelques rares exceptions de rats qui n’ont pas quitté le navire (Ndiaye, Ernaux), mais que beaucoup semblent découvrir, tant le prestige de « la Blanche » survit longtemps à ses grandes années.
18:38 Publié dans 2023, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 28 mars 2023
28032023
Belle manifestation, avec encore beaucoup de monde. Croisé beaucoup de personnes que je n’avais pas vues depuis un petit moment et avec qui j’ai discuté. Il faisait encore bien froid le matin, mais le soleil a fini par échauffer tout le monde. C* et moi avons déjeuné au Mao, où nous n’avions pas mis les pieds depuis dix ans peut-être : l’avenue Grammont n’est définitivement pas notre zone.
Le soir, malgré un beau concert des ensembles de bassons et hautbois auquel participait O*, énorme coup de blues, comme souvent, en voyant la litanie des discours trumpistes, mensongers, manipulateurs et même carrément fascisants de la plupart des ténors macronistes, le pire de tous étant bien sûr l’ignoble Darmanin, qui réussit le même jour à jeter l’anathème sur la gauche républicaine et à faire force courbettes serviles à l’extrême-droite. Cela fait plusieurs années que les élu-es et représentant-es les plus en vue de la majorité prennent le pli de détourner l’attention, de manipuler l’opinion en se risquant dans des discours et des affirmations qui relèvent d’une véritable fascisation… mais à chaque fois on franchit un cap. On étudie en histoire la manière dont les dictatures s’imposent parfois en douceur, progressivement, en déplaçant à chaque fois davantage le curseur de l’acceptable. J’aurais préféré ne pas vivre cela dans mon pays.
Tous les mensonges d’Etat autour de ce qui s’est passé à Sainte-Soline ce week-end, la stigmatisation permanente (et qui avait déjà commencé avec Blanquer, Vidal et consorts) de tout discours simplement de gauche, la répétition d’éléments de langage qui n’ont pour but que de justifier l’arbitraire et la surenchère capitaliste se font évidemment au détriment de l’urgence climatique, ce qui rend la situation peut-être plus angoissante encore que pour des générations antérieures ayant vu leur pays sombrer dans des dérives autocratiques.
J’ai écrit ceci sur Facebook, avec le sentiment que c’est un peu indécent, un peu ridicule, mais par communion avec celles et ceux (j’ai vu que je n’étais pas seul) qui voient cet avènement du pire chaque jour plus proche : Tout le monde fait plus ou moins des blagounettes, mais on bascule vraiment dans le fascisme dominant, là.
22:59 Publié dans ... de mon fils, 2023, Autres gammes, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 23 mars 2023
23032023
Très belle manifestation, avec un monde fou.
Le discours incendiaire, méprisant et abject du petit Macron a ravivé, plus encore que le 49-3, la flamme de la contestation.
C’était très festif. Sur le pont Wilson, nous avons vu débouler face à nous, O* et son meilleur ami, qui remontaient le cortège après s’être éclatés du côté des étudiant-es. Au déjeuner, nous étions assis près de deux couples différents qui racontaient la manifestation d’une manière qui montrait que c’était, sinon leur première manifestation, du moins quelque chose d’inhabituel.
Bien entendu, la répression policière sauvage incontrôlée s’abat sans raison sur des centaines de manifestants pacifiques, et les principaux médias ne parlent que des policiers blessés et des feux de poubelle. L’hôtel de ville de Bordeaux a été incendié… par une faction d’extrême-droite, ce que les journalistes et éditorialistes des chaînes télévisées ne précisent jamais. C’est insupportable.
Il n’est pas exclu que Macron fasse exprès d’en rajouter, afin de montrer qu’il ne cèdera pas, mais surtout de provoquer des violences et pouvoir déclencher l’état d’urgence, ou à tout le moins décréter des interdictions de manifester.
À l’université, le blocage se poursuit, a priori jusqu’à mardi.
Soirée : fin de la saison 1 de The Good Place.
21:21 Publié dans 2023, Indignations, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 23 février 2023
23032023
A* partait tôt ce matin pour le « terrain » de 8 jours à Paimpont, avec ses camarades de M1, donc nous avons récupéré O* chez lui à 7 h 30. Départ de l’hôtel vers 8 h 30. Arrivée à Angers vers 10 h 15 : visite du château sous une bruine glaciale, avec la Tapisserie de l’Apocalypse pas revue depuis décembre 2009 (malgré un passage à Angers en 2013).
Sarkis a installé quatre chandeliers de quatre couleurs différentes, ce dont je n’avais aucun souvenir alors que, d’après le Web, cette installation date de 1993 et que j’ai visité la forteresse du roi René pas moins de quatre fois depuis… ! (Je me suis aussi avisé, en cherchant d'autres billets dans les archives de ce blog, que nous étions allés à Angers en 2010, ce que je ne me rappelle pas non plus.)
Il pleut enfin, donc, après plus d’un mois de sécheresse totale sur toute la France. À Tours, le bitume et l’herbe sont mouillées, certes, mais guère, et le vent aura vite de sécher tout ça. Rien pour les nappes là-dedans.
Béchu, l’inepte paltoquet qui occupe le poste de Ministre de la Transition écologique, écume les plateaux afin d’expliquer qu’on doit se préparer à un réchauffement de +4° en France, alors que le gouvernement ne fait absolument rien depuis six ans, que Macron a été condamné trois fois pour inaction climatique, et surtout qu’à +4° la vie au sens où nous l’entendons sera impossible en France. Il faudrait limiter la vitesse à 110 sur les autoroutes, interdire tous les éclairages inutiles, reconvertir vers le vélo et les transports publics, accélérer l’installation massive de panneaux solaires au lieu de se lancer dans des EPR qui coûtent des milliards, ont des années de retard et requièrent une forte alimentation en eau. Entre autres…
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Soir : match Rennes/ Shaktiar, au scénario infernal – à minuit, après le dernier tir au but, O* m’a dit que c’était le genre de match à le dégoûter de regarder le foot. Il faut dire que le coup de pied contre son camp, à la 118e, du jeune défenseur qui avait été excellent à tous égards, est une saloperie dont j’espère que ce garçon se remettra.
23:55 Publié dans 2023, Blême mêmoire, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 14 février 2023
14022023
Regardé dimanche soir le documentaire diffusé sur France 5, La fabrique du mensonge au sujet du procès en diffamation Amber Heard/ Johnny Depp du printemps 2022 et de ce qu’il a fait ressortir du backlash antiféministe et masculiniste post-MeToo.
Il faut absolument regarder et faire regarder ce documentaire.
Ce matin, avant d’enfourcher mon vélo, j’ai posté cela sur Twitter.
09:33 Publié dans 2023, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 06 février 2023
06022023
12:51 Publié dans 2023, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 19 janvier 2023
19012023
Aujourd’hui, jour de grève et de manifestation.
Entre 5 et 7 j’ai traité les mails pros et des questions d’emploi du temps encore en suspens. Entre 8 et 9, avant d’aller manifester, et entre 14 et 17 après être allé manifester j’ai fini mon dernier paquet de copies de la session d’examens de janvier.
Belle manifestation. Il faisait assez froid mais il n’a pas plu. Je n’ai pas retrouvé toutes les personnes que je voulais voir – il y avait beaucoup trop de monde – mais suis tombé sur des personnes perdues de vue et auxquelles je ne pensais pas forcément, dont une ancienne prof d’anglais de collège de A*, avec qui j’ai parlé un long moment (aussi de ce désastre total qu'est Parcoursup).
Cette énième réforme des retraites – après celles de 2003 et de 2010, et après la tout aussi inique et injustifiable Loi Travail de la majorité « de gauche » – est vraiment une saloperie sans nom, qui donne lieu à tous les bobards, tous les embellissements, tous les artifices de rhétorique les plus criants de la part du gouvernement et de ses séides. Une fois encore, et plus que jamais, on va faire trimer – et crever – les pauvres pour qu’ils financent la retraite des riches.
Le cortège, chose devenue plutôt rare, a traversé la Loire, et après le pont Wilson et un bout du quai, nous sommes revenus par le pont Napoléon et les Halles.
Pas lu, ni musique.
18:44 Publié dans 2023, Indignations, Moments de Tours, WAW, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 19 octobre 2022
D'un relativisme tout relatif
Aujourd’hui, le Projet Gutenberg rend publique la version numérisée, sous différents formats, d’un livre majeur publié en 1778 par un homme ayant exercé le métier de chirurgien sur plusieurs vaisseaux négriers, Alexander Falconbridge : An account of the slave trade on the coast of Africa. Je cite seulement la première phrase de la Préface :
The following sheets are intended to lay before the public the present state of a branch of the British commerce, which, ever since its existence, has been held in detestation by all good men, but at this time more particularly engages the attention of the nation, and is become the object of general reprobation.
Ce texte, comme tant d’autres, est à faire lire à toutes les personnes qui vont répétant qu’ « à l’époque tout le monde était d’accord », que « les mentalités ont changé » etc. C’est faux. Il en va de même de la colonisation. Dans mon troisième cours de L1 d’introduction aux études post-coloniales, je cite un extrait du Voyage à l'isle de France, à l'Isle de Bourbon, au Cap de Bonne-Espérance, &c. de Bernardin de Saint-Pierre (1773) qui explique parfaitement le mécanisme des monocultures commerciales (cash crop colonialism), donc comment l’extermination des Amérindiens d’une part, la déportation de millions d’Africains d’autre part sont toutes deux liées au commerce du café et de la canne à sucre.
Je n’en retrouve pas à présent le texte original (je cite la traduction anglaise dans mon cours), mais en voici un autre :
L’esclavage n’est point nécesse à l'Isle de France pour l'agriculture; lui est contraire, s'oppose à la population. Le code Noir n'est point observé. L'esclavage ne peut se justifier ni par la théologie, ni par la politique. Philosophes devroient le combattre, femmes Européennes devroient s'y opposer.
En d'autres termes, le relativisme et l'universalisme sont des concepts que manient nos défenseurs de l'héritage colonial et des crimes contre l'humanité des nations européennes selon que ça les arrange ou pas.
07:50 Publié dans Affres extatiques, Indignations, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 24 avril 2022
24022022
Nous y voici.
Tandis que l’armée russe, toujours plus menaçante – y compris vis-à-vis de la Moldavie et des pays baltes – poursuit ses bombardements et ses massacres de civils, nous voici, en France, dans la souricière.
Voici ce que je viens d’écrire sur Facebook, avant – j’espère que je saurai m’y tenir – de « débrancher » les réseaux sociaux pour le reste de ce dimanche noir.
J'ai beau lutter contre la politique éducative et écologique de Macron notamment, j'ai eu beau faire campagne contre lui, Macron et Le Pen ce n'est pas pareil. Le capitalisme sauvage et le fascisme, ce n'est pas pareil. Penser que c'est pareil, c'est un truc de bourgeois blancs qui ne vont pas voir tout de suite la différence.
Si Le Pen est élue ce soir, ce qui reste tout à fait possible, bien sûr que ses électeurices seront responsables. Bien sûr que les médias et les politiques de droite et d'ailleurs qui ne cessent de titrer et discourir sur le péril islamiste seront responsables. Bien sûr que les éditorialistes et le Président actuel lui-même qui renvoient dos à dos extrême-droite et gauche radicale seront responsables. Bien sûr que l'armée et la police, au-dessus des lois et gangrénées par le racisme, seront responsables. Bien sûr que les politiques et militant•es qui en sont déjà à parler du troisième tour, comme si le RN allait laisser se dérouler normalement la vie démocratique et respecter les institutions, seront responsables.
Et j'en passe.
Mais seront aussi responsables, à leur très modeste échelle, celles et ceux qui, disposant d'un bulletin de vote pour empêcher les fascistes de prendre le pouvoir légalement, ne l'auront pas fait sous divers prétextes, mais notamment car leurs privilèges leur permettent de penser que Macron et Le Pen « ça revient au même ».
J’aurais pu ajouter ici, vu que ce sont des carnets pour moi-même, toute l’immensité des tâches personnelles que je dois accomplir d’ici juillet, mais même ici cela paraîtrait à la fois vain et immoral. Je note seulement que me regarde du coin de l’œil, sur ce bureau, le dernier livre de Cécile Wajsbrot, Nevermore, que m’a prêté un de mes étudiants de L3 il y a quinze jours, avant la pause pédagogique, livre dont j’ai lu ce matin le « prélude », et qui est apparemment un roman autour de la traduction de To the Lighthouse. Tout pour me plaire, mais je me disperse. Nevermore.
11:04 Publié dans 2022, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 20 avril 2022
20042022
Ce débat entre Macron et Le Pen était navrant sur toute la ligne : Le Pen nullissime mais « normalisée », Macron jamais attaqué ni pris à défaut sur son bilan (désastreux), les enjeux écologiques totalement absents – un simple réservoir post-moderne de blagounettes et détournements pour réseaux sociaux. C’est un cliché, mais si vrai : notre démocratie est malade, épuisée, délétère.
23:50 Publié dans 2022, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 07 février 2021
Gide, Matzneff... et Marianne...
Un ami facebook, qui est aussi un collègue, attire mon attention sur un article publié par Marianne le 26 août dernier et intitulé "Pédophilie : d'André Gide à Gabriel Matzneff, comment la littérature a arrêté d'être une excuse".
Tout d'abord, je remarque que Marianne, le journal de la négationniste Polony, journal habituellement porté à dénoncer la "cancel culture" pour mieux défendre les privilèges établis, propose quand même ce papier, dans lequel (je le signale au passage) le journaliste met des circonflexes où il n'en faut pas, confusion du passé simple de l'indicatif et de l'imparfait du subjonctif.
Une manière de régler (partiellement, je l'admets) le problème est que 95% de l'œuvre de Gide n'a aucun rapport avec ses activités pédocriminelles ou avec la fascination sexuelle pour les enfants. Certains de ses livres sont des jalons essentiels du modernisme (Paludes, Les Faux-Monnayeurs, Isabelle, voire même La Symphonie pastorale si on veut), sans parler de ses essais politiques, qui permettent encore aujourd'hui de penser le rapport des intellectuels français à la colonisation ou à la tentation du communisme. Matzneff, lui, n'a écrit quasiment que sur les "jeunes filles" (de 13-16 ans en général), dans une apologie sans cesse ressassée de l'amour entre un homme déjà fait voire bien mûr (à condition qu'il soit grand bourgeois et aime la peinture italienne) et des gamines ; ses textes sont tout à fait médiocres, pour ne pas dire mauvais. Je me rappelle avoir tenté de lire un volume de son journal, il y a longtemps, et c'était tellement dérivatif, poseur et navrant que ça m'était tombé des mains. Son dictionnaire philosophique, Le Taureau de Phalaris, est un recueil d'âneries et de petites piques dissimulées sous de la gélatine pseudo-argumentative. Même en "séparant l'homme de l'artiste", on se rend compte qu'on peut jeter l'un et l'autre dans les oubliettes... ou dans les égouts. Il en va de même, d'ailleurs, de Tony Duvert, cité dans l'article... Un livre très problématique de la même époque, même pas cité dans l'article, est le Voyage avec deux enfants de Hervé Guibert, "roman" très dérangeant, à dire le moins.
Par ailleurs, pour en revenir à l'article, peut-on faire remarquer que tout y est un peu sens dessus-dessous ? Il me semble quand dans Si le grain ne meurt Gide raconte la naissance de sa sensibilité homosexuelle par les amours entre adolescents. Dire qu'il y "tente de justifier son goût pour les adolescents" me semble, au minimum, une exagération, et au pire un contresens. De même, comment peut-on citer cette vieille baderne de Lestringant et le laisser employer pédérastie et pédophilie comme des synonymes sans faire suivre la citation d'un rectificatif ? Le sens premier de "pédérastie" est bel et bien le même, mais le sens "par extension" (homosexualité masculine), que donnent tous les dictionnaires (à commencer par le TLFi), correspond à la majorité des citations. N'y a-t-il pas, de la part du journaliste, une tentative de faire oublier l'affaire Matzneff en la diluant dans une dizaine d'autres exemples, mais surtout en suggérant que la majorité des écrivains pédophiles ou pédocriminels furent des homosexuels ? la vieille analogie entre homosexualité et pédophilie se trouve ici remise au goût du jour et le livre de Springora, qui a notamment permis de mettre en évidence un système hétéropatriarcal grand-bourgeois d'emprise sur le corps et la personne des adolescentes, n'y est plus qu'une note de bas de page.
08:49 Publié dans 2021, Indignations | Lien permanent | Commentaires (2)
jeudi, 07 janvier 2021
Au sujet de l'"envahissement" du Capitole par des terroristes suprémacistes
Petit avertissement aux journalistes et aux "simples citoyen-nes" (dont certain-es parmi mes contacts Facebook) qui disent que les événements d'hier marqueront la rupture entre Trump et l'essentiel de sa base, ainsi que des ténors des Républicains : cela fait 5 ans qu'on sous-estime systématiquement (et moi le premier, jusqu'en 2017) le soutien dont bénéficie Trump, et qui a permis à 70 millions d'Américain-es de voter pour lui en novembre, malgré tout ce qu'il a fait.
L'électorat républicain adore l'ordre et déteste le chaos ? Sans doute, mais quid du soutien officiel de Trump aux "Proud Boys" ?
Depuis hier, des millions de partisans de Trump, totalement "qanonisés", diffusent partout (y compris en France, en français) l'idée que ce sont les "antifas" déguisés en pro-Trump qui ont semé le chaos à Washington. Ces gens sont des complotistes : la vérité est toujours ailleurs.
Tout ce qui se passe depuis hier (l'élection des démocrates en Géorgie, le "lâchage" de Pence, l'invasion du Capitole) confirme leurs biais : c'est le "deep State" qui continue de s'en prendre au pauvre petit Donald seul contre tous, ce sont les gauchistes qui font une mise en scène (j'ai vu des analogies avec l'incendie du Reichstag en 1933, avec les antifas US dans le rôle des nazis, et les pro-Trump dans le rôle des pauvres communistes injustement accusés, c'est renversant au sens fort), etc.
On sous-estime le degré de fanatisation de la base trumpienne après 5 ans de mensonges. N'oublions pas que ce type a constitué son capital politique de départ sur son soutien à la théorie conspirationniste "birther", selon laquelle Obama n'était pas américain. N'oublions pas qu'avec Conway, Pence, McConnell et tou-tes les autres qui ont donné un pouvoir toujours grandissant à Trump (ses "enablers"), c'est la "post-vérité" et les "faits alternatifs" qui règnent depuis 4 ans.
Ce n'est pas l'escarmouche d'hier, ni la vision du drapeau confédéré dans le "saint des saints", le Congrès, ou d'un gros connard en boots dans le fauteuil de Pelosi, qui va faire retomber ces gens dans la réalité. Ni de l'autre côté de l'Atlantique, ni en France, où, comme le chantait Ferrat, les Pinochet en puissance travaillent aussi du képi. Il n'y aurait qu'à réactualiser : qu'ils se nomment Zemmour, Raoult, Dati, Guérini ou Praud, les Kellyanne Conway en puissance travaillent aussi du clavier.
13:40 Publié dans 2021, Chèvre, aucun risque, Indignations | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 04 janvier 2021
Un froid de canard sur le site Tanneurs
Pour le billet de ce jour, je vais me contenter de copier-coller mon statut Facebook de ce matin :
Ce matin, rentrée sur le site Tanneurs, pour surveiller un examen de L3.
L'épreuve étant de 9 à 11, mes collègues et moi arrivons dès 8 h 25 pour préparer les amphis. Nous constatons qu'il fait un froid de canard, probablement pas plus de 10°, plus froid même que dans les couloirs et le hall de l'Extension.
Nous avons fait appeler l'Antenne Technique Immobilière : aucun résultat.
J'ai tenté d'appeler deux bureaux différents de la Faculté Lettres et Langues : "l'Université de Tours est fermée, veuillez rappeler le lundi 6 janvier 2020" (oui, vous avez bien lu).
En attendant, les étudiant-es composent en se caillant, et en gardant leurs manteaux.J
ai installé deux radiateurs à bain d'huile dans chaque amphi, ce qui était tout à fait dérisoire : soit que les prises soient condamnées pour ce genre d'appareil, soit que le plan incliné empêche son utilisation, les 4 appareils ne fonctionnent pas (alors qu'ils marchent parfaitement dans les bureaux).
Il n'y a pas que le Covid19 qui tue l'Université : il y a aussi et surtout l'incurie administrative.
EDIT de 9 h 50. À 9 h 45, la ventilation des amphis a démarré. On sent de l'air... froid. Faut-il en conclure que le système de ventilation (primordial contre le Covid) ne fonctionnait pas avant ? que le chauffage n'avait pas été lancé ?
19:00 Publié dans 2021, Indignations, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 05 décembre 2020
Petit erratum à un communiqué gouvernemental
16:16 Publié dans *2020*, Indignations, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)


















