samedi, 22 février 2025
22022025 (une phrase de Pessoa ?)
[EDIT du 11/03/2025 : l'enquête étant close grâce à un mail du traducteur Dominique Nédellec qui a donné toutes les informations, je viens d'écrire un nouveau billet. Je laisse tel quel ce billet du 22/02/2025 afin de montrer l'état de progressivité du travail.]
Suite à une publication de l’écrivain camerounais Timba Bema, qui faisait remarquer le caractère incompréhensible d’une phrase lue dans un livre de Pessoa, j’ai commencé une petite enquête sur cette étrangeté, tout en admettant que l’étrangeté est familière, avec Pessoa. Ne connaissant pas ce texte de Pessoa publié chez Cambourakis, et titillé par les remarques de Timba Bema, j’ai voulu aller vérifier le texte original.
Il se trouve que le texte ici traduit fait partie de ceux que Pessoa a écrits en anglais, sous l’hétéronyme Alexander Search, en 1907. Le texte original a donc pour titre A Very Original Dinner, comme le confirme ce site :
Clearly under the influence of Edgar Allan Poe and the nascent field of degenerate psychology, "A Very Original Dinner" was written in English by Fernando Pessoa under his proto-heteronym Alexander Search in June of 1907. It was never published during his lifetime, and only came to light in 1978 when photocopies of the typescript were reproduced in Maria Leonor Machado de Sousa’s book Fernando Pessoa e a Literatura de Ficção.
D’ailleurs, c’est cette information que donne également le SUDOC. Vérification faite, la nouvelle dont est extraite la phrase en question, “The Door”, est également référencée comme écrite en anglais par Pessoa sous l’hétéronyme Alexander Search. Oui... mais Dominique Nédellec est connu pour être traducteur du portugais vers le français (je le connais surtout via les nombreux romans de Lobo Antunes lus dans ses traductions).
De plus, le site de l’éditeur précise donc que la traduction a été faite du portugais vers le français [erreur corrigée entre-temps, note du 11/03/2025]. L’article de la Wikipédia lusophone ne mentionne nulle part ce texte, ni d’ailleurs l’hétéronyme Alexander Search. Le texte anglais est impossible à trouver, du moins pour le moment, en version “rippable”...
Une première trouvaille, tout de même : une traduction intégrale, en portugais, de la nouvelle “The Door”. Cette traduction (richement commentée et contextualisée) est l’œuvre de Maria de Lurdes Sampaio et de Marta Mascarenhas, ce qui confirme que Dominique Nédellec n’a pas pu traduire un texte portugais de Pessoa pour ces deux nouvelles ; on doit en conclure, a priori, à une erreur des éditions Cambourakis sur leur site Web (et que D. Nédellec est également traducteur de l’anglais vers le français). Dans cette traduction en portugais, la phrase qui avait fait tiquer Timba Bema (“À peine eut-elle achevé sa question que je sentis la folie gagner mon cerveau”) est ainsi formulée : “Mal ela me fez esta questão senti-me enlouquecer.” — Certes, nous comparons ici deux traductions, vu que le texte original anglais est introuvable, mais en tout cas le texte portugais est nettement moins étrange que le texte français (enlouquecer est un verbe qui signifie devenir fou, avec une préfixation fonctionnant, d’un point de vue morphologique, comme le verbe s’affoler en français). De deux choses l'une : soit la phrase est étrange dans le texte anglais de Pessoa, soit c'est la traduction qui l'a rendue un peu bancale ; j'écris cela sans avoir vu le texte anglais, donc il est impossible de déterminer cela. Comme je l'ai écrit plus haut, j'ai lu plusieurs traductions de Lobo Antunes par Dominique Nédellec, toutes excellentes.
L’enquête devra donc se poursuivre. Ce qu’il faudrait, c’est pouvoir mettre la main sur le livre de 1978 dans lequel Maria Leonor Machado de Sousa publia pour la première fois le texte anglais inédit des deux nouvelles. Et au passage, je tiens à signaler que dans l’édition Penguin de 2002 du Livre de l’intranquillité [The Book of Disquiet, traduction Richard Zenith (ça ne s’invente pas)], il y a très précisément 63 occurrences du lexème “door”.
Comme le disaient les ordinateurs dans les années 80 : still Search-ing...
10:27 Publié dans 2025, Nathantipastoral (Z.), Questions, parenthèses, omissions, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 10 février 2025
10022025
En lisant Death of the Author de Nnedi Okorafor, j’ai appris que les tissus plus communément appelés wax (et dont on sait que, tout en passant pour « typiquement africains », ils sont une production de l’industrie textile hollandaise à partir de modèles observés dans les territoires indonésiens colonisés par les Pays-Bas) se nommaient aussi Ankara, et que ce mot, sans rapport avec la ville turque, est le nom haoussa pour la capitale du Ghana, Accra. Tout cela dans un roman écrit par une Naijaméricaine de culture igbo, contenant un certain nombre d’éléments culturels igbo et yoruba... mais pas grand-chose de haoussa…
À propos d’écrivaines igbo : j’ai enfin commencé The Looming Fog de Rosemary Esehagu, avec la version PDF envoyée par l’autrice elle-même et qui correspond, m’a-t-elle dit, au texte de 2006 en partie remanié, et avec une fin différente. Il y a quelques coquilles, un mot manquant de loin en loin, mais le document est précieux. J’ai lu à peu près un cinquième du roman, qui est, de fait, tout à fait passionnant quant à la mise en récit de l’identité intersexe et quant à sa mise en perspective dans le contexte igbo, justement. Dans un passage de la fin du chapitre 1, la narratrice comprend qu’il serait possible que son statut de paria, entièrement dû à l’observation de ses parties génitales, puisse évoluer comme a pris fin la condamnation à mort des jumeaux à leur naissance, pratique rituelle sur laquelle je n’ai pas lu grand-chose, mais qui est de fait présentée comme allant de soi (à la fin du dix-neuvième siècle) dans la communauté d’Umuofia décrite par Chinua Achebe dans Things Fall Apart. La différence fondamentale avec An Ordinary Wonder est que l'enfant intersexe est immédiatement admis comme tel, et rejeté comme presque inhumain, alors que dans le roman de Buki Papillon Otolorin est assigné·e garçon jusqu'à l'adolescence et à la mise en avant des caractères sexuels « féminins ».
Grâce à la fonction surlignement/annotation de la liseuse, j’ai noté un certain nombre de phrases du Prologue qui poseront un problème de traduction, avec désignation de l’enfant intersexe au moyen du pronom « it » et sans marque de genre. Dans le chapitre 1, narré par l’enfant intersexe (sans nom), je n’ai pas particulièrement été vigilant, mais il y a forcément un certain nombre de difficultés sur ce plan-là. Cela me rappelle quand j’avais invité, avec Laurent Vannini, la traductrice de Freshwater, Marguerite Capelle, à venir parler de la manière dont elle avait traduit tout ce qui relève des identités non binaires.
22:10 Publié dans 2025, Affres extatiques, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (1)
mercredi, 15 janvier 2025
15012025 (ILMC & NdT)
La première de mon émission de radio, I LOVE MES CHEVEUX, est donc enfin en ligne. Elle a été enregistrée en direct avant-hier, lundi. Pour la petite histoire, on entend mal la musique de générique au début, mais je compte améliorer cela la prochaine fois ; de même, il y a un blanc étrange vers 4'50" : j'étais perturbé de voir Mélissa modifier des réglages sur les manettes car on entendait mal le retour dans les casques, apparemment...
L’idée est d’en enregistrer deux ou trois par mois ; normalement, j’ai mon programme d’invité·es jusqu’en mars. Il est essentiel pour moi que cette émission ne se résume pas à inviter des traducteurices et à parler de leurs traductions : d’excellentes émissions et podcasts existent déjà avec cette ligne éditoriale. Mon souhait, depuis que j’ai conçu le projet, est de tout articuler autour du territoire, donc de l’université bien sûr (c’est Radio Campus Tours) et plus généralement de la métropole tourangelle. Je ne penserai avoir atteint mon but que lorsque des représentant·es de toutes les catégories de personnel et des étudiant·es de toutes les filières seront venu·es parler au micro.
Une des questions presque marginales qui s’est posée, lors d’un échange avec Louison Millet autour de la traduction d’un mot coréen que je ne saurais ni restituer en hangeul ni donner en transcription, et dont elle disait qu’il n’était pas traduisible en français, en particulier en raison de ses connotations historiques, est celle des notes du traducteur ou de la traductrice. C’est un vaste sujet, et une question à laquelle, comme toute personne qui traduit ou qui lit des traductions, je réfléchis depuis longtemps.
Il est impossible de faire le tour de cette question dans un billet de blog, mais disons qu’il y a grosso modo deux écoles, et, au sein de ces écoles, cinquante nuances, bien sûr. D’une part, l’idée que la NdT est un aveu d’échec, une scorie à éviter à tout prix, et c’est souvent le cas des éditeurices, qui préfèrent, le cas échéant, ouvrir un espace à læ traducteurice, par exemple une postface permettant d’expliquer et de justifier certains choix ; cette idée a notamment une certaine pertinence pour la traduction de textes littéraires, dans la mesure où les idées (et donc les référents des mots) ne sont pas le seul, voire pas le principal objet/objectif du texte. D’autre part, il y a l’idée que la traduction est une opération intellectuelle et linguistique nécessaire, mais qu’elle est vouée en soi à ne pas permettre une nette et équivalente compréhension de tel mot ou de tel passage, contexte etc. : dans cette optique, la NdT se comprend comme un prolongement du texte traduit, qui donne un élément de compréhension primordial. Comme je le disais, ces deux positions admettent des nuances multiples : ainsi, Claire, avec qui j’en ai longuement parlé lundi soir, déplore que certaines traductions de textes issus de cultures non européennes finissent par anthropologiser le texte littéraire en le surchargeant de notes sans lesquelles le récit resterait en fait entièrement compréhensible en tant que récit, fût-ce au prix d’une certaine étrangeté/étrangèreté constitutive de sa lecture.
En quelque sorte, ces questionnements recoupent en partie le vieux débat (en partie stérile ou vicié) des « sourcistes » et des « ciblistes », ainsi que la question post-coloniale de l’inscription des mots ou phrases en langues non européennes dans des textes écrits en langues européennes (ce que Ngũgĩ wa Thiong’o nomme les littératures afro-européennes, cf Decolonising the Mind, pp. 26-7) : quel sens donner aux glossaires, aux équivalences intégrées, à ces différents dispositifs de mise à disposition du sens, et donc d’homogénéisation partielle ou total d’un texte hétérogène car profondément plurivocal (au sens bakhtinien) ? On touche là à mes obsessions de plusieurs années déjà, explorées dans plusieurs séminaires, et qui, au fond, trouvent à se réexprimer dans le gros projet de recherche dans lequel je m’embarque pour mon sabbatique.
Pour en revenir à la question des NdT, il faudra que je fouille un peu afin de voir si ça n’a pas été déjà fait, mais il y aurait certainement un colloque à organiser autour de ces questions, car, au-delà des questions essentielles de la transmission, de l’opacité, du « reste après traduction », ou des genres différents (la NdT est évidemment valorisée dans le cas des textes philosophiques, par ex.), la NdT, très entre autres, peut servir désormais de signal anti-IA, autrement dit la preuve qu’un·e traducteurice humain·e est à la manœuvre.
18:32 Publié dans 2025, ILMC, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 07 mars 2024
07032024
12:26 Publié dans 2024, Chèvre, aucun risque, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 12 janvier 2024
La quête infinie de l'autre rive (Inter Pares 2014-1)
16:20 Publié dans Affres extatiques, Flèche inversée vers les carnétoiles, Livres 2024, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 09 janvier 2024
09012024 — (re)traduire Virginia Woolf
Je découvre très tardivement le Journal de traduction des Vagues de Virginia Woolf sur le blog de Christine Jeanney, et c’est passionnant. Je l’ai découvert grâce à un partage sur le média social Bluesky. De façon générale, j’adore tous les témoignages d’une réflexion autour d’un work in progress de traduction.
Il s’est malencontreusement trouvé que le premier billet que j’ai lu – le dernier paru – servait à commenter la traduction du passage dans laquelle un jeune valet lutine / tchatche / baratine / (baise ?) une bonniche (tweeny en anglais, c’est un saut très soudain dans un niveau de langue familier) : the growl of the boot-boy making love to the tweeny among the gooseberry bushes. Or, C. Jeanney avait traduit par « garçon chaussé de bottes », ce qui m’a poussé à lui écrire ceci sur Bluesky :
Si je peux me permettre, « boot-boy », c'était un jeune valet, préposé au nettoyage des bottes. Donc « chaussé de bottes » est un contresens ici. Vu que tweeny est familier, je pencherais quasiment pour une rupture du type « le petit valet en train de baratiner la bonniche »...
Elle m’a répondu :
Merci ! J'ai cherché je ne sais combien de temps parce que je sentais bien que je passais à côté ! Marguerite Yourcenar dit « groom », Cécile Wasjbrot dit comme moi et Michel Cusin dit « cireur de chaussures », c'est donc lui qui a raison (mais la formulation me paraissait un peu lourde).
Et ma réponse :
Donc tout le monde se trompe... ce qui compte c'est que c'est un jeune valet, tout en bas de l'échelle. C'est étrange que personne n'ait trouvé cela à part Cusin car il y a carrément un article Wikipedia. Mais cireur de chaussures, c'est inadéquat également.
En effet, le personnage du boot-boy ici n’a d’importance qu’à deux titres : c’est un jeune homme ; c’est un serviteur situé tout en bas de l’échelle. Donc, même si Yourcenar (dont j’avais déjà vu il y a longtemps que la traduction est très médiocre) a compris le sens sociologique, le choix du franglais groom est assez problématique, et ce d’autant plus, aujourd’hui, que ce terme n’a plus guère de sens. (Par parenthèse, je pense que growl suggère quelque chose d’un peu plus avancé ou aventureux que le simple fait de conter fleurette. Après notre échange, C. Jeanney a corrigé comme suit : « Les grognements du jeune valet en train de lutiner une servante dans les groseilliers » — et je trouve lutiner très pertinent.
Dans la suite de nos échanges sur Bluesky, C. Jeanney vient de me signaler que, dans un passage ultérieur (“Through its fine plumes specked with little pricked ears of green in spring, of orange in autumn, I saw boats”), les trois traductions consultées donnaient toutes « oreilles » pour ears, ce qui est une absurdité. Elle l’a d’ailleurs parfaitement compris, je cite son message :
(juste pour vous dire, je traduis maintenant un passage avec la description d'un pré, il y a des “ears” qui se dressent, ce que les trois traductions publiées traduisent par oreilles, mais je vois que “ear” est aussi le nom botanique de l'épi de blé) (le diable, les détails et tout ça:-))
On voit donc que, même avec plusieurs traductions disponibles, The Waves de Woolf mérite une nouvelle traduction, moins fantaisiste. Même en prenant le train en marche, celle de C. Jeanney m’intéresse hautement.
11:15 Publié dans 2024, Chèvre, aucun risque, Flèche inversée vers les carnétoiles, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (2)
samedi, 03 juin 2023
03062023
Je viens de voir, sur le mur de mon amie Facebook Françoise Guichard (grande scientifique, artiste et poète), ceci, qui m’a titillé les neurones. Je comprends bien que « coupe-poivre » est une mauvaise traduction de l’anglais – en effet, pepper peut désigner le poivre, le piment, le poivron et même le gaz lacrymogène (pepper spray) – mais par contre je ne comprenais pas « à noyau ».
On voit bien que l’outil sert à couper la tête du piment ou du poivron et que l’enrouleur au bout sert à ôter ce que je ne savais pas nommer : la partie filamenteuse blanche qui se trouve au cœur des piments et des poivrons. Vérification faite, on ne peut guère nommer cela un noyau mais il s’avère le nom scientifique exact est le placenta. Je vois mal les officines qui vendent du matériel de cuisine convaincre les acheteurs en parlant de « couteau tire-placenta ».
Par ailleurs, j’ai appris que, si les Britanniques distinguent généralement le poivron sous le nom capsicum (chose que je sais et passe mon temps à oublier, faute de vivre au Royaume-Uni)*, les Américains nomment ce légume bell pepper : je trouve l’image vraiment bien trouvée et amusante.
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* Rectification, suite à un échange sur Twitter : capsicum serait surtout employé en Australie - les Britanniques disent pepper pour désigner le poivre et les poivrons, chili pepper pour le piment (mais ce n'est qu'une variété de piment...), et surtout le sens s'éclaire en fonction du contexte.
07:52 Publié dans 2023, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 02 juin 2023
02062023
Hier, je publiais une vidéo improvisée hors-série pour saluer la mémoire d’Ama Ata Aidoo, qui vient de mourir. Bien entendu, cette vidéo n’a presque aucun retentissement, car l’écrivaine ghanéenne est totalement inconnue en France. Une des choses qui me chagrine est que son seul livre traduit en français, Changes [Désordres amoureux, traduit de l'anglais par Éloïse Brezault et Catherine Tymen, Zoé, 2008], est peut-être son moins fort, donc j’imagine les rares curieux ne lisant pas l’anglais allant le lire et se disant « oui, bon, pourquoi nous bassiner avec cette écrivaine ? ».
Il faudrait traduire et publier Our Sister Killjoy en français.
D’emblée se poserait la question du titre. Il n’y a pas seulement le problème du pseudo-nom propre, Killjoy, mais aussi l’article possessif our. Si on traduit sans article, cela restreint le sens dans la dimension religieuse (catholique) : Sœur Rabat-Joie, sorte de parodie de Sœur Sourire. Ce serait un contresens.
Avec l’article possessif, c’est étrange.
Je serais assez tenté, à brûle-pourpoint, par ceci : La Frangine Rabat-Joie.
(Je crois que de toute façon la connotation de sororité est impossible à suggérer au moyen du seul titre.)
08:06 Publié dans 2023, Affres extatiques, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 25 avril 2023
25042023
Retour à Tours. Pas beaucoup de courrier. Les six coronilles sont splendides, d’un jaune qui embaume, si je risque la synesthésie.
(Ces cinq derniers mots démontrent pourquoi je n’ai jamais pu écrire de livre : le prof qui fait son malin l’emporte toujours chez moi sur le poète. Et cette parenthèse même, je ne vous dis pas…)
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We never count our chickens before they are hatched, and we don’t count No.10 Downing Street before it is thatched.
Cette plaisanterie de l'ignoble Thatcher, la traductrice de la VOSTF de The Crown S4E1 a eu du mal à la restituer... mais on ne peut pas lui en vouloir... Quelques suggestions de ma part, all of which are awfully contrived :
(1) On a beau y croire dur comme fer, le 10 Downing Street ne sera à nous que quand s'y sera installée la Dame de Fer.
(2) On connaît bien le vers « Adieu veau, vaches, cochons, couvées... » Moi, je m'en tiens au réel, je m'appelle Margaret, pas Perrette.
(3) On peut toujours tchatcher, mais seuls comptent les faits : pas de tchatche mais Thatcher.
17:36 Publié dans 2023, Nathantipastoral (Z.), Questions, parenthèses, omissions, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 27 mars 2023
27032023
Hier soir, nous avons continué de regarder The Good Place ; je crois que nous sommes à peu près au milieu de la saison 2.
À un moment donné, le personnage de Tahani dit ceci :
Or maybe he's a supernatural demon designed to torture people, who just got offered his dream job, and has flipped on us like a ten-stone griddle chip.
Puis, voyant que ses interlocuteurs ne comprennent pas de quoi elle parle, elle ajoute :
It's a large pancake. Come on, people, you can get these from context.
Dans la traduction des sous-titres la comparaison « like a ten-stone griddle chip » est devenue « comme un gros crépiau ». C’est certainement un choix judicieux, tant en matière de compréhension immédiate par la personne qui regarde (le lien crépiau/crêpe est transparent) que pour les contraintes propres au sous-titrage (les dialogues fusent et les sous-titres doivent être courts). Si les sous-titres servent aussi pour la VF, les impératifs de doublage compliquent encore la donne.
Toutefois, il y a deux légers problèmes, que je soulève non pour critiquer la traduction en tant que telle mais pour discuter du contexte, justement. En effet, Tahani est un personnage très spécifique, la jet-setteuse indo-britannique qui ne cesse d’évoquer son passé aux côtés des plus grandes célébrités, de Mark Zuckerberg à Pippa Middleton en passant par Ben Affleck.
1) Il lui arrive de ne pas être comprise à cause d’expressions spécifiquement britanniques, mais surtout car le monde dans lequel elle évoluait est inconnu de ses comparses. Il me semble donc que crépiau est trop compréhensible, justement, vu qu’elle doit expliquer ensuite : It’s a large pancake. La réplique est d’ailleurs commentée sur le Web comme exemple des Bristish-isms de Tahani. Tahani affirme que c'était évident en raison du contexte, alors que justement ça ne l'est pas du tout : c'est ça, la blague.
2) Le crépiau est également problématique d’un point de vue sociologique, car dans mon expérience c’est plutôt un plat populaire, paysan même, comme une sorte de grosse omelette sucrée fourrée aux pommes. Le référent de griddle chip est certainement opaque pour la quasi-totalité des anglophones, comme le montre une rapide recherche Google : outre des sites promotionnels pour des barbecues, on ne trouve pas grand-chose d’autre, si ce n’est des références… à cette réplique de The Good Place ! Il importe donc de conserver la dimension aristocratique ou jet-set de ce référent.
Tout en rappelant qu'il s'agit là d'une réflexion générale et que gros crépiau était certainement le meilleur choix au vu des diverses contraintes, on pourrait s'amuser à inventer de toutes pièces un nom qui permette de rendre compte du côté insupportablement branché et élitiste de la comparaison tout en coupant tout lien évident avec le nom crêpe, par exemple : comme un omelliston poêlé de 80 kilos.
13:16 Publié dans 2023, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 18 mars 2023
18032023
Ce matin, je me remets à la traduction que ma collègue M.P. m’a demandé de lui proposer. Il s’agit d’une pièce jamais traduite de Lady Gregory, The Deliverer, qui présente un certain nombre de bizarreries syntaxiques qui impliquent de ne pas traduire dans un français courant ou standard. Au départ, M. m’avait dit qu’il y avait une dizaine de pages, et en fin de compte ça en fait plutôt 40. Comme c’est gratis pro Deo, et comme ça s’ajoute à quatre mille autres trucs, c’est un peu stressant, mais je vais vite quand même, et le projet est plutôt intéressant.
Après avoir traduit 3 pages par ci, 4 pages par là, j’espère donner le coup de collier qui s’impose et venir à bout de la moitié qui me reste ce week-end. Comme j’aurai bientôt une version jouable et publiable, avis aux amateurices.
Au passage, comme je n’ai que de très faibles connaissances en hiberno-anglais (Irish English), je suis bien content d’avoir à disposition l’Oxford English Dictionary. Reste à savoir comment traduire les variations régionales, et donc, ici, mering/mereing/mearing ; vaste sujet, qui donne lieu à maints colloques et ouvrages ; pour le moment, je me contenterai de l'affaiblir en traduisant par frontière, tout simplement.
09:55 Publié dans 2023, Translatology Snippets, WAW, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 10 mars 2023
10032023
Aujourd’hui en cours de traductologie, à propos de la traduction (excellente) d’un extrait de Matrix de Lauren Groff par Carine Chichereau (aux éditions de l’Olivier), on a parlé du verbe chirp – à cause de l’énoncé suivant : the frogs thumping their drums, some chirping bug in its millions.
Outre le fait que le même verbe désigne le pépiement et la stridulation (terme dont j’ai précisé que, trop technique, il ne pouvait servir à traduire chirp dans tous les contextes (et d’ailleurs ici, justement, Carine Chichereau a choisi un hyponyme, bruire)), j’ai évoqué le sens figuré, qui désigne le fait de parler d’une voix un peu aiguë, mais surtout d’un ton enjoué ou primesautier. Avec quelques exemples tirés de l’article CHIRP du Merriam Webster’s, nous avons vu qu’on était généralement contraint de procéder à un étoffement en français :
She chirped, ‘Goodbye everybody !’ à Salut la compagnie, lança-t-elle gaiement / d’un ton enjoué.
Ce qui m’a étonné, c’est la mention d’une autre acception, toujours dans le Merriam Webster’s. En effet, chirp peut également signifier « make sharply critical, complaining, or taunting remarks ». À en croire les trois citations données pour ce sens, l’affrontement peut ne pas rester strictement verbal, et on pourrait traduire certaines occurrences par se friter ou se chicorer. Je suis certain de n’avoir jamais rencontré ce sens-là du verbe, et j’ai supposé qu’il pouvait s’agir d’un américanisme. Vérification faite, cette acception n’est pas donnée par l’OED, mais l’article a été partiellement révisé depuis la version princeps de 1899.
14:54 Publié dans 2023, Translatology Snippets, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 17 février 2023
17022023 (⸮)
Aujourd’hui, mes parents sont arrivés ; ils vont passer le week-end avec nous avant de « filer » sur Cesson, car à part le 11 novembre pour mon anniversaire, ici, ils n’ont pas vu ma sœur, ma nièce et mon beau-frère depuis l’été. Mon père a bien sûr passé l’après-midi à couper des branches, nettoyer les haies, etc. Je ne jardine absolument jamais ; bien sûr je me prive de cette activité pour que mon père ait de quoi faire quand il vient nous voir [introduire ici gros point d’ironie doublé de l’émoji poil dans la main].
Le matin, en cours de traductologie, on a discuté notamment des hyponymes et des hypéronymes, et plus précisément de la relation dynamique qui relie les mots entre eux (et que ne recouvrent pas les notions, plus fixes, de « terme générique » et de « terme spécifique »). Deux de mes étudiantes ont visiblement été traumatisées, l’an dernier, par un texte de thème donné par un collègue et dans lequel se trouvait le mot cornue. J’ai eu Faites monter de Bashung dans la tête toute la journée.
Avant de reprendre le vélo pour une semaine de vacances (non ??? si !!!), j’ai reçu en rendez-vous « mon » étudiant de M1, qui travaille sur un projet de traduction inédit à partir d’un wiki collaboratif, et « mon » étudiante de M2, qui travaille sur trois romans féministes igbo. Ce serait tellement bien que tout notre enseignement, à l’université, puisse prendre plus souvent la forme de ce type de travail personnalisé, et plus tôt.
19:04 Publié dans 2023, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 15 février 2023
15022023
08:54 Publié dans 2023, Aphorismes (Ex-exabrupto), Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 02 février 2023
02022023
Chandeleur, 101e anniversaire de la publication de Ulysses, et anniversaire du projet Ulysse centenaire. Cette semaine, le projet Isa Blagden patine.
L* a terminé, comme les autres agrégatifves internes, les deux journées d’écrits. Elle est plutôt confiante. L’épreuve de traduction était assez classique. Le texte de thème de Leila Slimani était dénué d’intérêt et démontrait une fois encore que ce n’est pas par un style ponctué de mots rares et de figures de style qu’on écrit bien. Le segment de traductologie était assez pauvre. La version était plus difficile, surtout pour des raisons syntaxiques ; il y avait, comme souvent, deux mots que je ne savais pas ou n’aurais pas su traduire avec certitude, mais sans aucun impact sur la compréhension globale, et dont le sens pouvait se deviner à peu près.
15:00 Publié dans 2023, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 22 janvier 2023
22012023 (comme à la parade)
Hier soir nous avons regardé les derniers épisodes (5 et 6) de la mini-série adaptée de la tétralogie de Ford Madox Ford, Parade’s End. Comme je l’ai lue il y a longtemps, il m’est difficile de me rappeler ce qui en a été conservé, atténué ou changé – peu importe, en un sens.
Deux détails linguistiques, toutefois.
Tout d’abord, sur le sens même du mot parade, qui n’est pas tout à fait un faux-ami mais qui présente la difficulté d’être polysémique en français comme en anglais, mais avec des acceptions différentes. On pourrait parler de polysémie dissymétrique, pour distinguer de la polysémie symétrique de grue/crane par exemple : les deux noms désignent, dans les deux langues, le même oiseau, puis par analogie de forme, le même engin de chantier. Dans le roman de Ford, et dans la série, le nom désigne à la fois la revue et le défilé au sens militaire, mais il désigne aussi le code de conduite aristocratique dont Tietjens semble être le dernier à songer devoir s’y conformer.
Une occurrence du premier sens se trouve dans le tome 2, No More Parades : « Very smart it would look on parade, himself standing up straight and tall. » Toutes les occurrences du tome 3, A Man Could Stand Up (dont le titre joue sur cette même amphibologie, avec l’ambiguïté entre le sens temporel et le sens modal de could), relèvent de cette acception.
L’autre acception fondamentale, qui est au cœur d’une des scènes du 6e épisode, peut se colorer d’une tonalité négative : « But, on occasion, he treated her with a pompous courtesy—a parade. » Dans ce sens-là, il s’agit de vouloir paraître, sauver les apparences : le code de conduite est avant tout là – en français – pour la parade. Dans la seule occurrence du terme dans ce sens, à propos du silence de façade entre Valentine et Mrs Duchemin sur les aventures extraconjugales de cette dernière, le nom n’est pas loin du mot mirage, primordial dans l’œuvre de Ford en général.
Dans la scène vue hier dans le 6e épisode, Christopher Tietjens y déplore auprès du général Campion qu’on pouvait autrefois maintenir « some sense [sort ?] of… parade », et je n’ai noté ni le texte du dialogue ni la traduction précise des sous-titres, mais ce dont je suis certain c’est que dans ce sens la meilleure traduction ferait ressortir quelque chose de l’ordre du panache de Cyrano de Bergerac. Or, le mot français parade (conservé dans les sous-titres, avec la louable intention de conserver toutes les implications du titre général de l’œuvre) ne suggère pas du tout cela. Je donne en regard de ce § le passage dont est tiré la scène en question (cliquer pour agrandir). Comme ceci est extrait du tome 2, No More Parades, on voit bien, et c’est ce qu’il me semblait, que le scénariste de la série, nul autre que l’excellent dramaturge Tom Stoppard, a beaucoup trafiqué, bidouillé, réagencé, call it what you will, l’ordre des scènes. Il faudrait relire la tétralogie (et je ne le ferai pas, je le sais d’avance), mais il me semble que rien ou quasiment rien n’est conservé du tome 4, The Last Post.
En tout cas, difficile de trancher entre le « feuilleté de signifiance » du nom en anglais et la valeur poétique de sa répétition. Sans doute la traduction française du roman aura-t-elle choisi la solution la plus simple : ne pas tenir compte des glissements de sens ponctuels et conserver ce même nom, parade.
On s’en avise, je n’ai pas encore devisé du second « détail » linguistique, beaucoup plus ténu heureusement. Il s’agit, toujours dans le dernier épisode, de la métaphore qu’emploie Christopher Tietjens pour expliquer à Valentine les élucubrations de son épouse, ou, mieux que ses élucubrations, sa façon de vouloir tirer la couverture à elle en tenant des propos outranciers et inattendus qui détournent l’attention de ses fautes morales. C’est ainsi que je comprends, dans sa complexité et au regard du reste de l’œuvre, cette expression : she is pulling the strings of the shower-bath. Si on relit l’extrait du tome 2 que j’ai donné plus haut, on voit qu’une des occurrences de l’expression se trouve dans la bouche du général Campion quand il exhorte Tietjens à divorcer. L’expression, qui disqualifie la conduite de Sylvia, s’oppose donc justement à la façade, au respect des bonnes manières, au fait d’agir à la fois – et c’est là toute la beauté du roman et de la situation de torsion dans laquelle se trouve Christopher – en vertu d’un code d’honneur absolu et du qu’en-dira-t-on.
Pour l’expliquer – et un rapide survol du Web montre qu’elle désarçonne beaucoup d’anglophones, Ford Madox Ford ayant le chic pour construire ses personnages autour d’expressions imagées apparemment usuelles mais qu’il forge en fait de toutes pièces – je ne vois pas mieux que de citer in extenso cet autre passage de No More Parades, qui rappelle entre autres que Ford est, tout autant que Mansfield ou Woolf, un maître du monologue intérieur et même du stream of consciousness :
There was nothing to be done. The amazing activities of which Sylvia would be capable were just the thing to send laughter raging like fire through a cachinnating army. She could not, thank God, get into France: to that place. But she could make scandals in the papers that every Tommie read. There was no game of which she was not capable. That sort of pursuit was called ‘pulling the strings of shower-baths’ in her circle of friends. Nothing. Nothing to be done...
L’image la plus proche, en français, pourrait être celle de la douche froide, ou aussi bien celle de l’arrosage tous azimuts (que j’invente, mais j’aime bien, d’autant qu’elle vient renforcer le caractère transgressif, car perçu comme masculin, de la sexualité de Sylvia). En raison des guillemets qui signalent le caractère non usuel de cette expression, le meilleur choix, pour un-e traducteurice, est de calquer : tirer la corde de la douche [?].
_______________________________
En écoute : Quintettes avec contrebasse (Boccherini / Ensemble 415) ; A Winter’s Tale (Tony Hymas Trio, 1992) ; Out Right Now (Maneri/Morris/maneri, 2001) ; Symphonie n° 2 (Brahms / Abbado / Berliner Ph.).
13:54 Publié dans 2023, Lect(o)ures, Tographe, Translatology Snippets, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 12 janvier 2023
12012023
Matinée passée à recevoir les étudiant-es d’échange et à faire leurs emplois du temps individuels en fonction de leurs profils. Cela fait douze ans que j’assume cette tâche, en sus de la signature des contrats – et du suivi pendant et après la mobilité – des étudiant-es qui partent un semestre ou une année à l’étranger, et je crois que je commence à saturer.
Après-midi : conseil d’U.F.R. totalement ubuesque. Sur trois heures, plus d’une heure et demie a été perdue à cause d’un collègue qui s’enferrait dans un faux problème, et qui s’est certainement mis à dos (au détriment de la filière qu’il dirige) la totalité du Conseil pour un bon moment.
Retour : pas la force d’autre chose que de lire vaguement la presse en écoutant des disques (Sel de Julien Jacob et Continuum d’Avishai Cohen). – J’ai découvert une poète allemande que je ne connaissais pas : Gertrud Kolmar, morte à Auschwitz à l’âge de 49 ans ; j’ai acheté son recueil Mondes traduit et postfacé par Jacques Lajarrige en 2001 chez Seghers – si mon libraire ne conservait pas un fonds digne de ce nom, je n’aurais jamais fait cette découverte.
Voici les derniers vers de Die alte Frau :
Selten
Dämmert wieder aus mattem Blick der schwache, fernvergangene Schein
Eines Sommertages,
Da mein leichtes, rieselndes Kleid durch Schaumkrautwiesen floß.
Und meine Sehnsucht Lerchenjubel in den offenen Himmel warf.
Dans la traduction de Jacques Lajarrige :
Rarement
Dans le regard éteint point de nouveau la faible lueur au loin enfuie
D’un jour d’été,
Où ma robe légère, ruisselante, inondait les champs de cardamine
Et ma mélancolie lançait dans le ciel béant
Des cris d’allégresse d’alouette.
20:00 Publié dans 2023, Lect(o)ures, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 14 novembre 2022
Textament trahi, certes (14112022)
Il faut que je vous raconte, je n’ai pas assez à faire, avec tous mes nouveaux cours pour le second semestre e tutti quanti, mes projets vidéo que je n’arrive plus à relancer (et encore, je ne dis rien de l’aventure Twitch, à l’arrêt depuis juin), et donc ayant noté que je n’avais pas lu de livre en allemand depuis trop longtemps (deux ou trois ans (je ne compte pas les poèmes ou textes courts)), je me suis lancé, après quelques nouvelles tombées de mon intégrale reprise en main quasi par hasard (quasi car je m’avise que 2024 sera le centenaire de la mort de Kafka), dans la lecture du Château de Kafka, en allemand donc : Das Schloß. Je dois passer outre quelques difficultés, surtout pour les adjectifs, et quelques probables faux-sens indétectés, mais ça me plaît – c’est l’essentiel.
Hier soir, assez prétentieusement (mais en fait, pour fixer ce passage), j’ai publié l’extrait suivant sur Facebook (c’est au tout début) :
„Im ganzen entsprach das Schloß, wie es sich hier von der Ferne zeigte, K.s Erwartungen. Es war weder eine alte Ritterburg noch ein neuer Prunkbau, sondern eine ausgedehnte Anlage, die aus wenigen zweistöckigen, aber aus vielen eng aneinander stehenden niedrigen Bauten bestand; hätte man nicht gewußt, daß es ein Schloß sei, hätte man es für ein Städtchen halten können. Nur einen Turm sah K., ob er zu einem Wohngebäude oder einer Kirche gehörte, war nicht zu erkennen. Schwärme von Krähen umkreisten ihn.“
Une amie anglaise ayant admis son incapacité à comprendre de quoi il retournait, j’ai dégotté vite fait, au débotté, ce matin, ce même paragraphe dans la quatrième traduction publiée, celle de Mark Harman (1998) :
Puis, me prenant au jeu, je suis allé piocher, sur Google Books, la traduction française de Georges-Arthur Goldschmidt.
Je n’ai ni le temps ni le courage ni même l’envie d’aller donner d’autres coups de sonde mais ce seul paragraphe relève si évidemment de ce qu’on peut nommer une mauvaise traduction qu’il y a gros à parier que le reste soit du même tonneau. En effet, on se trouve ici dans le cas de traductions tellement mauvaises que sans connaître la langue ou le texte source on sait que c'est mauvais. Cela m'arrive avec des livres traduits du coréen ou du polonais… L’indice le plus frappant, ce sont les énoncés peu cohérents, maladroits, ou dont on devine ce qu’ils sont censés vouloir dire. L’exception, ce sont les textes écrits en dehors, voire contre la langue standard, le cas d’Amos Tututola étant celui que je connais le mieux.
Pour Le Château, les traductions les plus connues sont celles de Vialatte, de Lortholary, de Goldschmidt donc, et, tout récemment pour l’édition 2018 en Pléiade, de Jean-Pierre Lefebvre. On trouve, sur Google Books, une traduction non créditée, publiée par les éditions Rhéartis, et qui semble à peu près aussi exécrable que celle de Goldschmidt :
Comment peut-on publier de pareilles saloperies ?
15:33 Publié dans 2022, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 10 novembre 2022
Soirée de lancement de la résidence de Laurent Vannini
Hier soir, très belle conférence de lancement de résidence de Laurent Vannini, avec Canan Marasligil et Mohamed Mbougar Sarr en conversation autour de la traduction et de l’écriture en langues minorées, mes collègues Anna Krykun, Yekaterina Garcia Markina et Michaela Enderle-Ristori pour l’encadrement du point de vue de la recherche et de l’enseignement, plusieurs « locuteurices » qui ont ouvert le bal avec des lectures de textes et poèmes en diverses langues minoritaires ou régionales ou perçues parfois comme « périphériques » (créole mauricien, puular, galicien, valencien, turc…), et avant un très beau concert ney/guitare/voix de Pelin Başar & Mustafa Caner Sezgin.
Je n’en dis pas davantage : Charlotte Matoussowsky, dont j’ignorais qu’elle se trouvait là mais avec qui j’ai pu échanger deux mots lors du vin d’honneur qui suivait, a extrêmement bien live-tweeté tout cela. J'ajoute seulement le grand bonheur que j'ai eu à entendre MMS saluer et souligner le travail d'Alice Chaudemanche.
Hier soir j’ai donc enfin rencontré Canan, avec qui j’échange depuis pas loin de 7 ans sur les réseaux sociaux, et dont j’admire énormément le travail de créatrice, artiste, traductrice et autrice. Ses interventions étaient passionnantes, et nous regrettons qu’elle doive reprendre le train très tôt ce matin – elle est déjà partie à l’heure où j’écris ces lignes – mais j’ai dans l’idée de la faire revenir pour des ateliers avec des étudiants de L.E.A. (dans le cadre du Laboratoire des traducteurs qu’organise Anna Krykun) et de LLCER.
Ce matin, je vais retrouver Laurent et Mohamed, à qui je vais offrir deux livres, en leur laissant le choix de qui prend quoi. Pourquoi, à votre avis, ces deux livres ? (J'avais un cadeau pour Canan, mais ce sera la prochaine fois.)
Je vais faire dédicacer Terre ceinte, histoire de me distinguer (LOL), mais je me suis avisé en le reparcourant ce matin que la dédicace du premier roman de Mohamed Mbougar Sarr, qui se clôt sur l’évocation de sa grand-mère trop tôt disparue et à qui il aurait voulu traduire son roman en séreer, fait écho, de façon poignante même, aux discussions d’hier, vu qu’il a longtemps et fort bien parlé des conversations qu’il a avec sa mère afin de mieux écrire et mieux traduire en séreer, mais aussi vu que Canan a passé une quinzaine en Turquie en octobre suite à la mort de sa grand-mère, dont elle a dit qu’elle était un de ses liens corporels et intimes les plus profonds avec la langue turque.
08:15 Publié dans 2022, Résidence avec Laloux, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 28 octobre 2022
28102022 (misfielded)
The ball is misfielded.
Bon exemple d'une structure passive impossible à calquer, notamment car le verbe lui-même n'a pas d'équivalent en français : on ne peut donc pas envisager de développement morphématique du préfixe mis-, par exemple, et ce d'autant que field est difficile à calquer en verbe. C'est aussi une phrase impossible à traduire sans comprendre le contexte (ici, le joueur du Bangladesh n'a pas réussi à ramasser la balle au sol avant qu'elle n'atteigne la limite du terrain).
Je traduirais les deux phrases ensemble : Rossouw, sur son pied d'appui, envoie la balle dans l'angle mort et marque 4 suite à une erreur du joueur bangladeshi couvrant la ligne.
- recatégorisation du préfixe mis- en nom (erreur)
- étoffement important de misfield (facultatif - on pourrait très bien avoir <suite à une erreur sur le terrain>)
- modulation avec renvoi à la personne (le complément d'agent de <is misfielded> est ici explicite)
17:03 Publié dans 2022, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 20 octobre 2022
Traduction par équivalences et variations humoristiques
On parlait tout à l'heure d'expressions imagées figées sur Twitter, et notamment de la difficulté de traduire des expressions sans équivalence stricte usuelle. Il y a un autre cas intéressant : les variations (généralement humoristiques) à partir d'une expression imagée.
Prenons l'expression (hilarante) be up shit creek without a paddle. Littéralement : "devoir remonter un torrent de merde [ou "le Torrent-nommé-Merde] sans pagaie". Métaphoriquement (équivalence qui fonctionnera dans 80% des cas) : être dans la merde jusqu'au cou.
Sur Reverso Context (qui est une ressource très problématique, à manier avec beaucoup de pincettes) voici certains des exemples.
La première variation sur l'expression a donné lieu à une traduction très judicieuse (à l'exception du calque de POTUS) : POTUS va être dans la mouise et je n'attendrai pas de lui servir de bouée de secours. Dans plusieurs des autres exemples, les locuteurices se sont amusé·es à jouer avec l'expression : up piss creek, up the well-known creek, up Beaver creek... et ma préférée (car elle joue avec les paronymes) : up spit creek. On voit que, dans la plupart des cas, la personne (ou le logiciel) qui a traduit n'a pas identifié le jeu de mots, et se contente d'un report/calque qui aboutit à un parfait non-sens : Vous êtes dans le crachat jusqu'au cou. Face à ce genre de feuilleté de signifiance comme disait Barthes, la solution de la sous-traduction est souvent un moindre mal : The Reformers today are up Beaver Creek without a paddle. > Les réformistes sont en mauvaise posture.
J'ajoute que Word Reference est souvent plus fiable, comme dictionnaire bilingue et ressource sur les expressions problématiques, que ce soit avec l'onglet WR ou l'onglet Collins.
Dans les ressources de qualité gratuites, il y a évidemment le site des dictionnaires Larousse.
20:10 Publié dans Translatology Snippets, WAW, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 29 mai 2020
Traversées des fantoches
Hier, Blanquer, une fois encore à la ramasse et désavoué, a annoncé l'annulation de l'épreuve orale de français, dont le maintien était, de fait, incohérent, vu que, pour l'ensemble des autres épreuves du baccalauréat, il avait été décidé, depuis plus d'un mois, le remplacement des examens par une évaluation au contrôle continu sur les deux premiers trimestres. (De par plusieurs témoignages qui me reviennent, cette dernière décision a d'ailleurs foutu dans la merde mis dans un profond embarras pas mal de lycéens de Terminale qui avaient glandouillé en comptant sur des révisions de dernière minute pour sauver les meubles.) Ce ministre abject, qui impose depuis trois ans une idéologie saumâtre et rance contre tous les avis et contre les experts, est devenu de façon manifeste, depuis trois mois, le fantoche à la fois ridicule et odieux que les gens du milieu savaient déjà être.
Apparemment, si O* (qui est en quatrième) retourne au collège, ce sera un jour par semaine, car le collège ne peut pas s'organiser autrement : c'est ce que Blanquer nomme le “retour à la normale”. Imbécile.
Hier, passage chez le libraire, qui avait enfin fini par recevoir deux ouvrages publiés au Canada qui n'étaient pas arrivés à temps pour le 29 mai, en sus d'un certain nombre de livres divers que j'avais commandés et dont certains m'avaient été recommandés par Pierre Barrault. J'y ai aussi acheté la traduction du recueil de Christopher Okigbo, Labyrinths, qui paraît enfin en français, cinquante ans après la bataille, et sous la plume de celle qui fut ma présidente de jury de thèse, Christiane Fioupou. Bizarre de découvrir cette publication comme ça, par hasard, sur une table de librairie. Si moi, qui fais partie des quelques centaines de clampins susceptibles de connaître l'importance d'Okigbo (poète nigérian ultra-important, lyrique, subtil, et notoire notamment d'avoir été tué à 35 ans, dès les premiers mois de la guerre civile de 1967-1970) et d'une telle traduction en France, je l'apprends par hasard, ce n'est pas très bon signe pour le livre, outre le fait qu'il est sorti juste avant le confinement.
Je vais encore beaucoup me plonger dans des questions de traduction ces jours prochains car j'ai aussi acheté la traduction en Poésie/Gallimard des Sonnets de Pasolini : je crois que c'est l'édition recommandée pour le programme 2021 de l'agrégation de lettres modernes, et je vais pouvoir comparer avec celle des Solitaires intempestifs, que je connais mieux et depuis quelque temps déjà. Et j'ai aussi emprunté à la B.U. (on ne peut pas entrer, on commande à distance et on récupère les livres à l'extérieur, le long de la Loire) plusieurs livres de et sur Maryse Condé, dont la traduction de Traversée de la Mangrove par Richard Philcox : le livre est précédé d'un avant-propos du traducteur qui méritera(it) à lui seul un billet de blog.
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En écoute : insistence de Jacques Ponzio / Africa Express [album remarquable / je dois écrire dans les jours qui viennent un billet de blog aussi sur les disques d'Africa Express, mais je rappelle ici même qu'il n'y a pas besoin d'attendre que j'en dise bien pour s'y intéresser]
09:02 Publié dans *2020*, Chèvre, aucun risque, Lect(o)ures, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (2)
mercredi, 06 mai 2020
Où il est notamment question de Hilde Domin
En ce moment, A* se lève à 6 h 30 car il a des examens de maths tous les matins à 7 h 30 ; j'ai remis le réveil chaque jour à 7 h, au cas où... et, curieusement, je recommence surtout à être réveillé dès 6 h... Première chose ou presque, après les mails pro (pas grand chose ce matin) et un coup d'œil à Facebook et Twitter : ma traduction quotidienne.
Ce matin, j'ai traduit un poème de Hilde Domin, poète du 20e siècle très connue en Allemagne, et plus ou moins inconnue en France, je pense. Il faudra que je pense à chercher des éditions de ses poèmes, ainsi que sa correspondance — retrouvée après sa mort, en 2006 —avec son époux. Hilde Löwenstein, née en 1909, a connu à peu près toutes les vicissitudes d'une émigrée juive tentant d'échapper à l'Allemagne nazie : d'abord émigrée en Italie (mauvaise pioche), elle réussit à s'enfuir avec son époux in extremis, en 1939, avant de rejoindre l'Angleterre. Elle n'est revenue vivre en Allemagne qu'en 1961 après un long séjour en République dominicaine : c'est à ce pays qu'elle emprunte en quelque sorte son pseudonyme.
Peut-être que, pour un prochain défi de traduction d'un poème par jour pendant un mois, je pourrais choisir Hilde Domin, et elle seulement. Dans le poème d'aujourd'hui, il y a un jeu sémantique sur la polysémie du mot Kätzchen, qui, heureusement, est identique en français : les chatons du saule se voient affectés d'un “pelage dégoulinant”. En anglais, ce jeu de mots n'eût pas été possible (kitten vs catkin).
Fini de lire Louis Lambert, qui est en effet, à bien des égards, et comme le disent deux personnages de The Ambassadors, un livre raté. Mais comme toujours chez Balzac, c'est un livre raté essentiel.
Aujourd'hui je dois continuer mes corrections de L1 et L3 (les étudiants déposent leurs devoirs au compte-gouttes, et moi je ne peux attendre le terme pour m'y mettre), et préparer mon cours d'agrégation sur Cook pour vendredi. Au début, le cours devait avoir lieu hier matin, mais diverses complications ont fait que j'ai dû le décaler. Les collègues/étudiant·es préfèrent la date du vendredi matin, seul moment calme de la semaine. Cela a beau être un jour férié, tant pis, je cède. La situation est déjà si compliquée, et pour tout arranger le jury qui devait annoncer les résultats d'admissibilité aujourd'hui a apparemment renvoyé la publication sine die. De toute façon, il est à espérer qu'on sorte enfin rapidement de cette situation, car entre les collègues qui continuent de travailler et d'avoir un fonctionnement quasi normal, comme s'il ne se passait rien de particulier, et les gens qui font n'importe quoi, il ne reste pas grand chose d'un peu mesuré...
D'ailleurs, les scènes diffusées hier à la télévision l'ont montré, Macron et Blanquer sont irresponsables et grotesques ; je ne sais lequel des deux adjectifs les décrit le mieux. Comme la situation est tragique et comme leur irresponsabilité risque d'augmenter le nombre de morts, on peut dire que le ridicule tue, et l'incompétence aussi.
07:26 Publié dans *2020*, Indignations, Translatology Snippets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 12 avril 2020
Océan libellule
Aujourd'hui, après un samedi passé à trimer sur le calendrier des examens à distance de mai et à tenter de rassurer pas mal d'étudiants par mail aussi, je me suis embarqué dans l'enregistrement puis le montage d'une vidéo correspondant à mon cours d'avant-hier. Bilan des comptes, 5 bonnes heures. Même si je sais que, ce semestre étrange arrivant à son terme, les étudiant·es vont surtout se concentrer sur leur dossier individuel pour le 15 mai et n'iront pas regarder cette vidéo, je ne regrette pas mes efforts, car, sur la question du chassé-croisé comme sur les modulations, il y a là beaucoup d'exemples et de développements qui “resserviront”.
Moi qui ne recycle jamais de cours, je tiens là une sorte d'archive à laquelle je pourrai renvoyer les promotions futures, comme pour les annales d'examens par exemple. Inhabituellement, j'intègre la vidéo à ce billet car j'en suis assez content, malgré sa longueur, et car j'y évoque aussi au débotté telle question de normativisme linguistique ou tel autre point relatif à la Chinafrique (après tout, j'ai choisi des extraits du roman d'Owuor car c'est un texte qui relève de ma spécialité de recherche).
Tant qu'à user aujourd'hui de ce blog comme d'un dépotoir (c'est cela, après tout – et les textes, des déchets imputrescibles), j'archive ici les résultats d'une série de sondages linguistiques farfelus que j'organise ces temps-ci sur Twitter.
18:30 Publié dans *2020*, Translatology Snippets, WAW, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 26 mars 2020
Des orfraies aux fraises
Suite à mon billet d'avant-hier, aucune réaction de la principale intéressée, et c'est bien normal (elle est accaparée, comme nous tou·tes, par la fameuse “continuité pédagogique”). Par contre, Didier Goux m'a signalé un beau passage de Chateaubriand, ce qui est l'occasion d'archiver ici cet extrait de l'avant-propos du traducteur de l'édition anglaise de 1902 des Mémoires d'Outre-Tombe, Alexander Texeira de Mattos.
Je le fais sous forme de capture d'écran, car je me suis souvent rendu compte, après une dizaine d'années à bloguer, que les liens hypertexte avaient tendance à ne plus être valides. J'indique toutefois le lien vers la traduction anglaise du tome 1 (et vers l'original aussi sur le Projet Gutenberg). Cela devrait intéresser Claire Placial, qui a publié hier, elle aussi, des vidéos de cours. Ça fait drôlement plaisir, même si c'est dans le contexte tragique actuel. Je mets exprès le lien vers la 2e partie de son cours sur les métamorphoses chez Ovide et dans Harry Potter, car elle a été moins vue que la 1ère (mais cent fois plus que n'importe laquelle de mes élucubrations (tiens, ça va donner raison à VS qui pense que mon angoisse principale est le manque de reconnaissance, cf infra)).
J'évoque VS ? Ah, d'une menteuse l'autre. Hier après-midi, lors de la conférence de presse consécutive au conseil des ministres, la menteuse et manipulatrice Sibeth Ndiaye, vraiment une des pires de cette majorité de faquins, a calmement insulté les 800.000 professeur·es de France, en disant qu'en ce moment “ils ne travaillent pas”.
Here is for the record as well :
Tout cela est démoralisant. Impression de bosser plus que jamais, pour se faire cracher à la figure. Difficile de garder le cap. Heureusement, les garçons ont l'air de très bien supporter le confinement. Hier soir, O* a dit qu'il avait beaucoup aimé Rome, ville ouverte, dont je ne me rappelais pas, pourtant, que ce fût aussi bavard par moments. Toute la scène dans les bureaux de la Gestapo est vraiment étrange, jusqu'aux femmes qui entrent et sortent comme dans un moulin de la salle de torture. Très beau film néanmoins. — Dans un tout autre genre je viens de recommander à un étudiant de L3 d'essayer de voir en entier l'excellente adaptation cinématographique de Twelfth Night avec Imogen Stubbs.
À noter : Valérie Scigala, désormais, ne trouve pas d'autre moyen de m'insulter que de dire que je suis chauve... Cela montre à quel point de bassesse elle est descendue. Faut dire qu'elle qui ne cesse de dire depuis trois ans que les fonctionnaires ne comprennent rien au vrai monde du travail et que la politique gouvernementale est parfaite avoue ces jours-ci tout benoîtement qu'il y a des jours entiers de télétravail où elle... ne travaille pas...
06:51 Publié dans *2020*, Flèche inversée vers les carnétoiles, Tographe, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (2)
mardi, 24 mars 2020
Des cris d'orfraie sur le tombeau d'un ami
Suite au visionnage de la dernière vidéo d'Azélie Fayolle (qui m'a donné envie de relire enfin Stendhal (mais est-ce que cela adviendra ?)), je signale tout d'abord qu'à ce stade je n'ai pas retrouvé la trace de la citation attribuée à Sterne par Stendhal dans les deux textes principaux de Sterne lui-même, ni dans des sources secondaires. L'enquête a duré dix minutes, autant dire que je n'ai pas forcé.
La question reste posée : où, dans Sterne, pourrait-on trouver une formule telle que Stendhal la traduise par « Le tombeau d'un ami » ? Il y a deux passages dans Tristram Shandy qui peuvent suggérer cela, mais pas texto. Sans doute est-ce, comme le dit Azélie, une épigraphe fausse...
J'en profite, au détour de mon enquête, pour vous donner à étudier le début du chapitre XXXVII de la Seconde Partie, en français et dans deux traductions.
Horace B. Samuel (1916)
C.K. Scott-Moncrieff (1922)
Je ne commenterai ici que la traduction d'orfraie, ce mot que l'on n'emploie plus guère en français que dans l'expression pousser des cris d'orfraie (et encore...). Le terme d'orfraie n'est plus utilisé par les ornithologues depuis fort longtemps, et la principale référence en ce sens est Buffon, qui l'a utilisé pour décrire le pygargue. D'autres auteurs ont utilisé ce mot comme une sorte de mot fourre-tout plus ou moins synonyme d'aigle, et parfois pour parler du Balbuzard pêcheur (comme chez Michelet dans le tome 1 de son Histoire romaine).
Le TLFi, toujours précieux, précise qu'il s'agit bien d'un « oiseau de proie diurne » mais que le nom est très souvent employé pour désigner une chouette, par confusion avec effraie. Ainsi d'ailleurs dans l'expression pousser des cris d'orfraie.
Les deux traducteurs de Stendhal ont choisi d'identifier l'orfraie du donjon comme un balbuzard (osprey). Pourtant, voici ce qu'on lit quelques paragraphes plus haut : « Ses remords l'occupaient beaucoup et lui présentaient souvent l'image de Mme de Rênal, surtout pendant le silence des nuits troublé seulement, dans ce donjon élevé, par le chant de l'orfraie! » (II, xxxvi). Cela démontre qu'il s'agit bien d'un rapace nocturne, et donc, de toute évidence, d'une confusion avec l'effraie. Les deux traducteurs ont d'ailleurs traduit cette première occurrence par osprey, en bonne logique “interne” ou intra-textuelle.
Toutefois, si, pour un lecteur français, le terme vague autorise la compréhension par une confusion semblable à celle de l'auteur (le lecteur français lit orfraie mais peut tout à fait imaginer une chouette), les anglophones, globalement plus versés que les Français en ornithologie, n'y comprendront rien. Un certain nombre d'entre eux, en tout cas, tiqueront passablement en lisant ceci : “the silence of the night, which in this high turret was only disturbed by the song of the osprey” (Samuel, 1916).
Il faut donc, en ayant raison contre la littéralité stendhalienne, traduire orfraie par owl.




























