vendredi, 21 novembre 2025
21112025 (perméabilité de l'enseignement, de la recherche et de la radio)
Hier j’ai enregistré une émission (qui sera diffusée le 1er décembre) avec quatre des étudiantes de mon cours de deuxième année “Women Writers from the Caribbean”. Elles ont présenté chacune, en français, un texte tiré du syllabus mais pas étudié en cours.
C’est un cours que je donne depuis trois ans pour les étudiant·es de Double Licence ; le corpus est constitué de textes en anglais (Kincaid, entre autres) et en espagnol (Nancy Morejon notamment mais pas seulement). L’idée est qu’en espagnol les étudiant·es sont compétent·es, et pas le prof. Ce cours très ouvert, très démocratique, plaît beaucoup, il me semble, aux étudiant·es. Comme je ne suis pas stricto sensu spécialiste de la Caraïbe (mais un peu quand même, via le post-colonial et la question du plurilinguisme), c’est un cours qui est aussi peu dogmatique que possible.
Dès le début j’avais envisagé qu’une des notes (un oral bref en classe) puisse être remplacée par un podcast ou une participation à une émission de radio. Cela ne s’était pas encore fait. Ce semestre, grâce au fait que j’anime désormais ma propre émission, c’est plus facile à organiser. Levé tôt hier, j’ai pu jeter un œil à trois des 4 textes que les étudiantes ont présentés (elles m’ont confirmé leur choix hier après-midi) et je me suis essayé à les traduire en français. J’ai pu lire cet essai de traduction après chaque lecture.
Ces 3 poèmes se trouvent dans une anthologie bilingue que je ne me féliciterai jamais assez d’avoir mise au programme et fait découvrir à trois générations de L2 déjà. L’anthologie s’intitule The Sea Needs No Ornament.
Les étudiantes ont choisi les poèmes suivants :
* “La Cajita” de Gloriann Sacha Antonetty Lebrón
* “Snakes” de Jacqueline Bishop
* “History and Myth” de Shara McCallum
+ un poème de Nancy Morejon dans le recueil bilingue Mirar adentro (également dans la bibliographie de cours).
Les trois premières autrices, comme les trente autres de la géniale anthologie, ont toutes écrit des recueils, des romans... L’anthologie mériterait d’être traduite en français. Leurs livres aussi.
Enfin, j’espère que cette émission montrera que d’autres formes d’enseignement sont possibles, d’autres formes d’évaluation aussi. J’espère que le service chargé des FacLabs à l’université de Tours verra que des projets similaires voient le jour à la radio, grâce à la confiance et au matériel de Radio Campus Tours.
14:18 Publié dans 2025, ILMC, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 19 novembre 2025
19112025 (Pourquoi on ne “refait” jamais un cours)
Cette semaine j’assure le quatrième d’une série de cinq cours magistraux destinés aux étudiant·es de L1 LLCER Anglais. Le module s'appelle “Key Concepts: Introduction to Postcolonial Studies”. Comme j’ai remplacé une collègue qui devait l’assurer à ma place, et ce alors que le semestre avait commencé, les 10 séances d’une heure ont été condensées en cinq d’1 h 30 chacune.
Pour cette quatrième séance, les étudiant·es ont découvert le travail d’un écrivain et intellectuel majeur, le Kenyan Ngũgĩ wa Thiong’o, avec un accent particulier sur la question de l’écriture en langues africaines et la décolonialité.
Lorsque le cours a été mis en place en 2021-22, j’avais déjà assuré une des dix séances sur Ngũgĩ wa Thiong’o et je fonde donc le nouveau cours sur cette trame. Toutefois, entre-temps, Ngũgĩ wa Thiong’o est mort, ce qui implique certaines modifications factuelles.
Il a aussi publié un poème épique très important, qui a été traduit en français par Laurent Vannini, donc il a fallu en tenir compte. Et puis il y a moins d’un mois, le Ghana a annoncé la transition vers un système éducatif en langues africaines, abandonnant de facto l’anglocentrisme : comme il s’agit d'une décision politique prise par un pays d’Afrique de l’Ouest mais qui correspond en tous points au programme de “décolonisation des esprits” développé par Ngũgĩ wa Thiong’o dans plusieurs extraits que je commente dans le cours, j’ai évidemment ajouté une diapo sur cette actualité.
Mon seul regret : comme c’est un cours magistral – je n’ai jamais aimé cela – il n’a pas été possible d’entrer profondément dans le texte de Decolonising the Mind. À peine ai-je pu commenter brièvement quelques paragraphes /phrases des sections III et VIII de la première partie.
22:30 Publié dans 2025, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 13 novembre 2025
13112025
Je dois diriger (entre autres bricoles) le mémoire de master d'une étudiante italienne en cotutelle. Elle travaille sur les questions de racisme, sexisme et LGBTphobie dans le contexte de l'interprétariat et de la traduction. Elle m'a envoyé de très longues vidéos de séances aux Nations-Unies : on peut écouter dans la langue d'origine ou via l'un des interprètes (anglais, russe, chinois). Dans un extrait que j'ai voulu transcrire pour voir si le module dictaphone du téléphone le faisait correctement, la phrase suivante
We must work to disarm and sideline Hamas which should no longer be a threat to Israel.
a été transcrite comme suit par le téléphone :
We must work to disarm and sideline hummus which should no longer be a threat to Israel.
14:01 Publié dans 2025, Chèvre, aucun risque, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 23 octobre 2025
23102025
Très belle journée « La traduction féministe » organisée par Lou Pichot et Maïwenn Roudaut. La conférence plénière de Fanny Quément était très stimulante, drôle, inventive, pleine de subjectivité et d’émotion. Même si on n’a pas l’impression de s’être vraiment quittés – les médias sociaux ont cela de bon, vraiment – on ne s’était pas vus depuis 2018…
Dans mon intervention j’ai pu mettre à l’épreuve un certain nombre de questions qui me travaillent (dans les deux sens que l’on peut donner à la formule) depuis plusieurs années, et, comme Patricia Houéfa Grange, qui a traduit Our Sister Killjoy avec moi, était présente via Zoom, elle a pu aussi ajouter son grain de sel, ce qui était vraiment idéal. Il me tarde vraiment que le livre soit publié et qu’on puisse le défendre, notamment lors de rencontres en librairie.
Soir : restaurant éthiopien (très bon) avec Fanny, Claire, Lou et Alix. Un moment convivial au meilleur sens du terme. Le monde va mal, essayons de (le) faire pour le mieux.
22:40 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 05 octobre 2025
05102025
Premier retour en images sur le premier colloque “Narrating (Hi)Stories in Decentering Europe” organisé par NEOLAiA | European Universities Alliance et Universidad de Jaén. Présent au sein d’une importante délégation de l’Université de Tours, j’ai pu modérer le 2 octobre un panel très riche sur la déconstruction du concept de nation, avec un dialogue passionnant entre méthode sociologique, écriture créative et littérature de témoignage.
J’ai aussi présenté, le 1er octobre, une communication qui dresse un premier bilan, très bref, de mon gros projet de recherche sur Ama Ata Aidoo, Amma Darko, Patrice Nganang et le plurilinguisme comme force de décentrement par rapport aux langues coloniales. Les panels parallèles m’ont empêché d'entendre toustes mes collègues, mais on aura sans doute l'occasion de lire une sélection d'articles correspondant aux travaux les plus en pointe.
Enfin, le colloque a été l'occasion d'établir un dialogue avec plusieurs collègues des universités de Jaén, Örebro, Suceava et Ostrava en vue de futures collaborations, tant au plan pédagogique que pour des recherches collaboratives.
(recyclage éhonté de post LinkedIn)
19:22 Publié dans 2025, Hors Touraine, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 29 septembre 2025
29092025
Me voici à Paris, invité à assurer la première séance du séminaire « Ecrire et traduire au féminin » à l’ITEM. Grand honneur, et stress équivalent. À l’origine, j’avais évoqué avec ma collègue Claire Riffard la mine de tapuscrits et documents inédits que j’avais pu découvrir et consulter dans les archives personnelles de Patrice Nganang, mais comme Ananda Devi m’a aussi confié quelques documents permettant d’éclairer son travail d’auto-traduction dans l’édition indienne (en anglais) de Pagli, j’ai proposé d’intervenir sur ce sujet, conforme au thème du séminaire. Nous verrons plus tard pour l’impressionnante masse de documents dont je dispose pour Patrice Nganang (et dont je me servirai déjà pour ma communication d’après-demain à Jaén).
Attablé dans un café, car mon train arrivait très tôt (le séminaire n’a lieu que cet après-midi), je relis mes notes, j’ajoute des pattes-de-mouche, et je relis aussi Deux malles et une marmite. Le chapitre 3 de cet essai sublime, qui pourrait – avec l’immense corpus d’Ananda – lui valoir le Nobel (mais il faudrait qu’il soit traduit), me frappe soudain pour un tout autre objectif : au second semestre, je vais donner un nouveau cours, cinq séances de deux heures, au sein du module d’ouverture « Grands Textes », ouvert à l’ensemble des L1 de la faculté Lettres & Langues.
Bien entendu, j’ai eu bien du mal à restreindre mon choix à cinq « grandes » œuvres de la littérature africaine et antillaise, et, comme je compte proposer une critique du concept même de patrimonialisation (les fameux « grands textes »), il n’y aura pas mieux que d’ouvrir la première séance avec une lecture du chapitre 3 de Deux malles et une marmite.
Confirmation, encore et toujours, que tout se tient et que tout se rejoint ; j’ai appris la semaine dernière, en faisant des recherches pour cette conférence, que zwenn – le mot qui, en créole mauricien, signifie rencontre – vient du verbe français joindre. En créole martiniquais et haïtien, c’est jwenn, d’ailleurs. Il y a là une cristallisation lexicale de l’idée même de comparatisme.
Autre exemple, plus tôt ce matin : relisant, dans Pagli, le chapitre où la narratrice raconte – et refuse de raconter – le viol subi à l’âge de treize ans, je n’ai pu manquer de noter les analogies avec le chapitre de Beyond the Horizon (d’Amma Darko) sur lequel j’ai travaillé ce week-end en vue de la communication pour Jaén. Tout n’est pas d’un seul tenant, mais, comme l’écrit Ananda Devi, toujours dans Deux malles et une marmite : « Tu n’étais pas leur voix : ils étaient la tienne. » Tout est ici un effet d’échange permanent et d’impossible rééquilibrage.
10:43 Publié dans 2025, Affres extatiques, Autoportraiture, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 26 septembre 2025
26092025
J’aime énormément enseigner, et tant mieux, car ce semestre j’ai un emploi du temps extrêmement irrégulier, avec notamment des vendredis disparates au possible : la « base », en quelque sorte, ce sont les 5 heures de cours que je donne (1 cours de littérature britannique de L2 et 3 T.D. différents de traductologie L3). Toutefois, en raison de l’absence d’une collègue, je vais me retrouver – je ne le sais que d’aujourd’hui, j’ai été sollicité et j’ai accepté – à enseigner certains vendredis et certains mercredis, en plus de mes cours déjà prévus, et au pied levé, les CM de première année de « Concepts clés » : en passant les séances de 1 h à 1 h 30, on va pouvoir faire entrer cela dans mon emploi du temps, avec cinq séances le mercredi de 18 h à 19 h 30 et cinq séances le vendredi de 14 h 30 à 16 h (mais pas exactement sur les mêmes semaines).
Par ailleurs, le 17 octobre et certains vendredis de novembre, je vais rattraper les cours que j’aurai manqués pour cause de colloques (la semaine prochaine, les 10 et 24 octobre), de 17 h à 18 h 30, et même de 17 h à 20 h. C’est un peu beaucoup n’importe quoi, et j’aurai bien besoin du samedi pour récupérer (alors que je suis incapable de faire la grasse matinée de toute façon et qu’il y a les compétitions de tennis de table le vendredi soir, LOL).
Le pire, bien sûr, c’est que j’ai déjà quelques copies par ci par là, mais que de lourds paquets vont tomber en fin de semestre… et là je me rappellerai pourquoi il me tarde la retraite.
14:00 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 25 septembre 2025
25092025
Temps infect : froid, pluie, grisaille. Le chauffage s’est relancé depuis hier. Hier après-midi, j’ai fini par aller assurer mon cours à Fromont en prenant la voiture (et en faisant un créneau dans la rue même, une prouesse étant donné l’étroitesse de la voie), et ce d’autant plus que je devais passer aux Tanneurs pour i) récupérer un livre à la bibliothèque d’histoire (et il s’avère que le livre de Nkrumah dont j’ai besoin dans l’édition française a été « traduit par L. Jospin » mais que L. n’est pas Lionel) ; ii) déposer deux copies à deux collègues préparant l’agrégation interne ; iii) dépanner une autre collègue qui n’a toujours pas accès au local photocopies et qui avait cours comme moi à 16 h 30 à Fromont.
Là, j’attends le début d’une réunion en visio avec la collègue chypriote.
07:57 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 09 septembre 2025
09092025
Les deux contrats de traduction (droits généraux et droits audiovisuels) pour The Second Emancipation sont signés, de sorte que je peux enfin considérer que je n’ai pas commencé à travailler pour rien, quoiqu’on puisse aussi considérer que cela sera clair et net quand j’aurai reçu le versement du premier tiers. Par ici les sous !
Hier, à la radio, Sébastien m’a raconté avoir entendu la rediffusion, cet été sur France Culture, d’une émission traitant du rapport de De Gaulle à la langue française et à la littérature, et dans laquelle Pierre Encrevé racontait que, dans un de ses discours, le général avait prononcé une phrase dans laquelle il y avait 120 mots entre le sujet et le verbe. 120 : il me semble que le nombre était plus précis, moins « rond » que cela… dans tous les cas, il faudra que je redemande la référence car je ne l’ai pas trouvé. Par contre, j’ai trouvé un article intéressant, dont le sujet peut sembler assez dérisoire, de Pierre Encrevé sur les liaisons dans les discours politiques, agrémenté – de surcroît – de deux stupéfiantes épigraphes. Et je suis tombé sur cet épisode du podcast Tire ta langue, que j’écouterai plus tard ce matin, au moment de faire des paperasses et formalités.
Cette histoire d’une longue incise entre le sujet et le verbe me taraude, car j’aimerais avoir le temps de faire davantage de recherches à ce sujet, notamment par rapport à certain·es auteurices dont je suis sûr que leurs textes en présentent des exemples.
Chaque 9 septembre, ou presque, je repense à la chanson, un peu ringarde mais attendrissante, de Julos Beaucarne, composée au début des années 1990 et intitulée Neuf neuf nonante-neuf : cette date est passée depuis vingt-six ans aujourd’hui, et on ne peut pas dire, loin s’en faut, que l’humanité, par ses gouvernants ou ses multinationales, ait décidé de tourner la page du capitalocène et de cesser de cramer la planète.
06:41 Publié dans 2025, Autres gammes, Questions, parenthèses, omissions, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 28 août 2025
28082025
N’ayant pas eu beaucoup d’inspiration aujourd’hui, je renvoie simplement à mon billet du jour pour les carnets de traduction de The Second Emancipation. (Oui, le billet est daté au 14 juillet 2025 sur le blog, mais la vraie date, pointée juste en-dessous, est bien le 28 août : c’est seulement que je procède par publication rétrochronologique afin que tous les articles de la rubrique apparaissent ensemble « dans le bon ordre ».)
En soirée, nous avons regardé les épisodes 3 à 5 de la saison 1 de Orange Is the New Black. Ce n’est pas mauvais, plutôt bien joué, mais la galerie de personnages et les situations développées en analepse – la vie des différentes prisonnières avant leur incarcération – font très sitcom. Nous sommes un peu déçu·es, quand même. Pas sûr qu’on aille au-delà de la saison 1.
22:17 Publié dans 2025, Flèche inversée vers les carnétoiles, Tographe, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 22 août 2025
22082025 (quand les journalistes d'Africultures veulent absolument qu'on lise des livres qu'iels n'ont pas lus)
Hier j’ai vu, sur Instagram, un reel (il me semble) du compte Afriscope Africultures recommandant « les 5 auteurs angolais à lire ». En soi, l’idée est intéressante, mais, en dépit de la volonté de respecter une certaine parité (3 auteurs, 2 autrices), quasiment rien ne va dans cette petite vidéo.
Passons sur le choix des deux textes de Pepetela et Agualusa qui sont retenus, et dont ne sont cité·es ni la maison d’édition qui les publie ni les traducteurs qui permettent au lectorat français d’y accéder. C’est après que ça se gâte :
La présentatrice (j'ai fini par retrouver son nom : Kady Sy) annonce en n°3 Ondjaki et cite le roman Transparent City. On voit brièvement la couverture de l’édition anglaise, avec la mention « translated from the Portuguese » bien en vue. Or, le roman Os Transparentes a bel et bien été traduit en français, sous le titre Les Transparents, (trad. Danielle Schramm, éditions Métailié), dès 2015, c’est-à-dire cinq ans avant la traduction anglaise. Le reel est en français, s’adresse apparemment à un public francophone, de sorte que ça n’a aucun sens de citer la traduction anglaise. Au passage, le fait que les 5 écrivain·es retenu·es écrivent toustes en portugais n’est jamais mentionné, ni a fortiori problématisé.
Après, c’est de mal en pis. Pour l’écrivaine n° 4, Ana Paula Tavares, la présentatrice évoque « son roman Ritos de passagem ». Or, Ritos de passagem est le titre du premier recueil de poésie de Tavares ; on suppose donc que, vu qu’elle le confond avec le seul roman Os olhos do homem que chorava no rio, la journaliste ne l’a pas lu. Pour ce qui est des traductions en français de cette autrice, elles sont rares et dispersées dans quelques revues, donc on ne peut tenir rigueur à Africultures de ne pas les mentionner. Mais quel est l’intérêt de faire une vidéo aussi médiocre, avec des informations dont n’importe quelle personne disposant d’une connexion internet peut vérifier, en cinq minutes, qu’elles sont complètement fausses ?
Pour la n° 5, Ana de Santana, je noterai simplement qu’il est curieux de s’arrêter au premier livre d’elle, Sabores, odores e sonho (1985), en se contentant, qui plus est, d’une phrase très vague (« le livre explore et fait le lien entre nation, sexualité et genre »). Je n’ai pas lu cette autrice, mais au vu de ce qui précède, je ne suis pas sûr que l’équipe d’Africultures l’ait lue non plus. Par ailleurs, s’il faut « lire absolument » ces auteurs et autrices, pourquoi ne pas donner de brèves références bibliographiques, montrer les couvertures, expliquer – quand c’est le cas – qu’aucune traduction française n’existe, voire (rêvons un peu) préciser qu’il existe d’autres langues nationales en Angola, comme le kimbundu : il ne semble pas y avoir beaucoup de textes littéraires publiés sous forme écrite en kimbundu, mais cela même est un vrai sujet.
Si on commence à aborder cette question des langues d'écriture à l'ère post-Indépendances, on pourrait citer Sousa Jamba, écrivain angolais dont la famille s'est exilée en Zambie quand il était enfant et qui a écrit ses trois romans en anglais : une situation différente de celle de Nuruddin Farah, mais qui a produit des résultats analogues, en termes d'articulation entre exil, identité diasporique et choix de l'anglais.
08:12 Publié dans 2025, Affres extatiques, Indignations, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 01 août 2025
01082025 (bilan de juillet)
Voici le moment de faire un bilan exhaustif – autant que possible – du mois de juillet.
C’était le dernier mois de mon congé sabbatique (ou CRCT = Congé de Recherche et de Conversion Thématique) ; j’ai fait soutenir deux mémoires de M2, enregistré la dernière émission de radio I Love Mes Cheveux de la saison 1, commencé à préparer les interventions de septembre-octobre (4 colloques ou journées d’étude entre le 29 septembre et le 23 octobre) et soumis une proposition d’atelier pour les Rencontres d’Etudes Africaines en France qui se tiendront à Aubervilliers fin juin 2026 (« Abdulrazak Gurnah, cinq ans après le Prix Nobel »). J’ai poursuivi la discussion avec Christelle Rabier autour du séminaire que nous allons co-diriger, en mode hybride, à l’EHESS, dix mardis dans l’année, entre octobre et mai. J’ai aussi engagé la discussion autour d’un BIP (Blended Intensive Programme) avec une collègue professeure de sciences de l’éducation à l’université de Nicosie ; cela implique en théorie un séjour de travail d’une semaine à Nicosie en mai ou juin.
Au cours de vacances très réussies à Jersey avec Claire et mes parents, du 13 au 20, j’ai lu, à petites touches et en me régalant, Scale Boy de Patrice Nganang, qui doit paraître en janvier 2026 mais dont j’ai eu la primeur (avec un PDF correspondant aux épreuves du 23 mai 2025). Depuis notre retour, j’ai commencé à traduire les premiers chapitres ; un régal. Chose jamais tentée auparavant, je tiens un carnet de traduction, qui vient à l’appui de mon travail de recherche sur le plurilinguisme dans ce que je nomme la tritralogie (la trilogie « historique » + Mboudjak).
En attendant Nadeau a publié ma recension du Cantonnement de Ronelda S. Kamfer, et j’ai préparé deux autres comptes rendus pour août. J’ai soumis une proposition de communication, pour un colloque qui se tiendra au Cap en mars 2026 ; cela se situe dans la droite lignée de mes travaux du congé sabbatique (un projet de livre dont je n’ai pas écrit la première ligne mais dont les travaux préparatoires se poursuivent, avec notamment la lecture fondamentale de l’essai de Vincent Debaene La source et le signe), car je compte y travailler sur une lecture croisée d’Our Sister Killjoy et de Scale Boy (les deux titres riment, mais cela, je ne l’ai pas signalé explicitement).
Avec l’excellente Patricia Houéfa Grange nous avons échangé des fichiers collaboratifs (avec des centaines de commentaires dans les marges, et de réponses aux commentaires) autour de notre traduction d’Our Sister Killjoy d’Ama Ata Aidoo, à paraître début 2026 chez Ròt-Bò-Krik. Ce matin nous avons finalisé une version quasi définitive du texte au cours d’un entretien téléphonique. Je suis très heureux de ce travail à deux, très stimulant et surtout qui rend bien meilleur le texte que j'aurais pondu seul, sinon. Nous avons chacun traduit une moitié, puis relu/retravaillé chacun·e le texte de l'autre. Comme tout est dans tout (et comme on parle beaucoup de locutions ivoiriennes, camerounaises et béninoises), il se trouve que je porte ce jour mon t-shirt Je suis Mboudjak !
J’ai aussi commencé le travail sur une traduction dont je ne peux pas encore parler : projet confidentiel, contrat non signé. Cela dit, les personnes qui savent où je griffonne des trucs ont peut-être déjà lu mon carnet de traduction, car oui, là aussi, je tente l’expérience.
12:34 Publié dans 2025, Affres extatiques, Autoportraiture, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 27 juillet 2025
27072025
10 h 15
Réveillé à 3 h 20 par un cauchemar, bouillant et sinusiteux, je me suis levé, puis ai fini ma nuit au « petit salon », à l’étage, sans même fermer le volet du Velux.
Entre 6 h 30 et 9 h, ai accompli une tâche imprévue (mais dont je savais qu’elle me tomberait dessus) : la relecture des commentaires de ma co-traductrice, Patricia Houéfa Grange, sur mes 3 chapitres. Nous sommes globalement sur une même longueur d’ondes, ce qui ne m’a pas empêché de lui envoyer un fichier avec une centaine de commentaires, souvent très ponctuels, sur sa moitié de traduction en début de semaine, et ce qui n’empêche pas la bagatelle de 170 commentaires, de sa part, sur ma moitié. Mais le travail ainsi mené est très stimulant. Nous devons nous téléphoner en fin de semaine, après quoi nous serons prêts à éditer un fichier unique et définitif de notre proposition, afin que la maison d’édition puisse y travailler dès ce mois d’août.
Je vais à présent dérouler le planning prévu de ma journée : me lancer dans un essai de traduction d’un chapitre de Scale Boy. Je n’ai pas encore décidé lequel. Le plus logique serait de commencer par le début. Avant-hier, j’ai commencé un repérage / répertoire de toutes les occurrences de ‘German’/’Germany’ dans le livre, et je me suis arrêté au tiers à peu près, avec trois pages de notes bien serrées : j’avais commencé à rédiger des bribes d’analyse, mais m’en suis assez vite tenu à un simple copier-coller des citations, plus rébarbatif mais moins chronophage.
Hier, de façon là encore imprévue, j’ai répondu à un appel à communications pour un grand colloque qui se tiendra au Cap fin mars 2026 : comme je me propose de comparer les éléments d’autofiction dans le cadre général et générique du Künstlerroman dans Our Sister Killjoy et Scale Boy, j’ai dû préciser dans mon mail aux organisateurices que le livre a beau ne pas être publié, je l’ai effectivement lu : « Please note that, though Scale Boy is not published yet, I have indeed already read the book, thanks to an advance copy and started working on it. Nganang's childhood memoir will be published in January 2026, which means that by the time of the conference, this will no longer be a confidential text. »
Pour la traduction de Scale Boy, Patrice me fait cet honneur et cette confiance, mais je ne sais pas du tout dans quelle configuration s’inscrira une telle traduction… sans parler de mes semaines qui n’ont que 168 heures…
10:33 Publié dans 2025, Affres extatiques, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 08 juillet 2025
08072025
Enfin fini la lecture d’Asta de Jon Kalman Stefansson. Il y a des livres, comme ça, qui traînent pendant plus d’une semaine, alors qu’objectivement le livre n’est pas mauvais : concours de circonstances, lié à la fois à la canicule, à la nécessité de boucler plusieurs choses en même temps… et à la découverte, depuis une quinzaine de jours, de l’appli permettant de jouer au Koï-Koï contre de vrai-es adversaires. Je suis déjà en « Ligue Or » : autant dire que ça signifie que plusieurs heures habituellement consacrées à la lecture se sont consumées ainsi, le soir.
J’ai envoyé ma partie de la traduction de Our Sister Killjoy à ma co-traductrice, Patricia Houéfa Grange, et – ce n’est pas un hasard, pas tout à fait – j’ai enfin commencé la lecture de sa traduction la plus récente, que je me gardais sous le coude, pour ainsi dire : Générations de Lucille Clifton.
Sinon, je suis embarqué dans tellement de projets professionnels que j’ai du mal à m’y retrouver moi-même. Je vais devoir me faire un planning pour les vacances, et surtout pour le premier semestre. Comme si ça ne suffisait pas, j’ai accepté de copiloter un cours mutualisé avec deux autres universités de l’alliance NEOLAiA [prononcer néo-léa] ; les séances en distanciel asynchrone auront lieu au printemps, et le tout s’achèvera par un BIP (Blended Intensive Programme) d’une semaine à Nicosie, en mai ou en juin ; je mentirais en disant que la perspective d’aller passer une semaine à Nicosie au printemps prochain n’a joué aucun rôle…
18:30 Publié dans 2025, Lect(o)ures, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 26 mai 2025
26052025
C’est compliqué, ces temps-ci, de faire tout suivre.
Trop de projets en parallèle, mais il faut se rassurer en se disant que tout avance de front, parfois imperceptiblement. La semaine dernière, j’ai bien avancé sur Gurnah, au point d’envoyer samedi soir à mes collègues qui organisent le colloque de Lille en octobre pas moins de 4 hypothèses de propositions. Ananda Devi m’a envoyé le texte de sa nouvelle inédite, mais j’ai peu de réponses des collègues sollicités pour des articles. Je n’ai toujours pas remis sur l’atelier la traduction d’Aidoo, mais c’est prévu pour cette semaine. Enfin, l’ouvrage sur le plurilinguisme n’a pas avancé d’un iota depuis dix jours. Amma Darko, elle, reste introuvable, pour ne rien dire des manuscrits sur lesquels j’espérais pouvoir travailler.
On pourrait considérer que c’est un tableau mitigé, et c’est toujours vrai d’ailleurs, mais à l’impossible nul n’est tenu. Je ne parle pas de l’émission de radio, qui n’entre pas spécifiquement dans le cadre de mon travail, mais qui me fait lire et réfléchir, et surtout dialoguer en ouvrant des pistes sur ces questions de diversité culturelle et linguistique à partir d’expériences sans rapport avec la mienne, assez étroitement cantonnée à l’analyse littéraire et à une vision très linguistique, in fine, du plurilinguisme…
09:11 Publié dans 2025, ILMC, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 22 mai 2025
22052025
Journée intense sur le campus de Columbia University in Paris, dans le 6e arrondissement, pour le premier symposium du collectif Black France Noire.
C’était très bien d’entendre pour la première fois des spécialistes dont je connais le travail depuis un petit moment, Kaiama Glover, Eva Doumbia, Fania Nöel, Laurent Dubois…
Ma collègue Maboula Soumahoro, une des co-organisatrices, avait l’air en pleine forme, de bonne humeur, très drôle, ce qui m’a fait plaisir ; j’ai aussi découvert ses talents d’interprète, impressionnants.
22:11 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 09 mai 2025
09052025
Il n’aura échappé à personne que je travaille notamment, ces temps-ci, sur Ama Ata Aidoo, écrivaine que je lis depuis trente ans mais dont je n’avais jamais pris le temps d’éplucher la bibliographie. Beaucoup de livres sont épuisés, difficilement trouvables, même avec le Prêt Entre Bibliothèques, même avec les sites de téléchargement pirates.
Ce matin j’ai donné une communication sur le plurilinguisme et le rôle de la langue allemande dans Our Sister Killjoy. Pour peaufiner certains aspects de mon travail — tout à fait inutilement pour la communication elle-même, vu que le texte faisait déjà 4.500 mots et que j’ai dû en sabrer plus du tiers — j’ai découvert un recueil de poèmes publié en 1985 par les éditions The College Press à Harare, mais dont Helen Yitah, par exemple (dans un texte publié après la mort d’Aidoo dans le n° 66.4 de l’African Studies Review), semble sous-entendre que certains poèmes ont pu être écrits dès les années 1960. Ce recueil s’intitule Someone Talking to Sometime, un titre très Gertrude Stein ; il serait intéressant de chercher par quelles synergies une écrivaine ghanéenne déjà réputée aux Etats-Unis s’est retrouvée publiée dans le jeune Zimbabwe.
En lisant quelques poèmes du recueil, j’ai été frappé par un passage du tout premier poème, qui s’intitule “Of Love and Commitment – for Omafumi”, et dans lequel Aidoo évoque Malcolm X et Stokely Carmichael. Vu ce qu’elle écrit plus loin, il est évident que le poème a été écrit au début des années 1980.
J’ai donc lu ce poème la semaine même où j’ai fini de lire l’essai si riche et si concis d’Elara Bertho sur les années guinéennes de Miriam Makeba et Stokely Carmichael. Il ne saurait y avoir de hasard. Il faut traduire ces poèmes d’Aidoo, il faut les faire connaître.
15:41 Publié dans 2025, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 06 mai 2025
06052025 (un début de réflexion sur deux traductions de Fanon)
Il y a toujours ce moment particulier, quand on prépare une communication ou un article – et là je suis en plein dans la préparation du diaporama, dont je vais me servir pour structurer ensuite le discours – où un aspect totalement secondaire conduit à des découvertes assez faramineuses, et qui nécessiteraient à elles seules un article, qu’on n’écrira jamais. Ce matin, l’article que je n’écrirai jamais, peut-être pare que d’autres s’en sont déjà chargés, est relatif à la traduction du début du chapitre 5 de Peau noire, masques blancs. Vu combien tant de spécialistes et de non-spécialistes n’ont que Fanon à la bouche (et à raison : en fait, on le cite trop et on ne le lit pas assez), cet article doit déjà exister.
De quoi s’agit-il ?
Pour moi, ces pages sont parmi les plus importantes de l’œuvre de Fanon (et de lui il faut lire ce livre en là en particulier, pas particulièrement Les Damnés de la terre, beaucoup plus rhétorique et parfois ampoulé), et quand je les cite en séminaire je discute toujours cette analyse de Fanon de pair avec la double consciousness de W.E.B. DuBois. En un sens, et sur ce point, je trouve que Fanon va plus loin, plus profond que Du Bois.
Là n’est pas le propos. La question, ce matin, était de trouver, pour l’atelier dans lequel je fais une communication sur Our Sister Killjoy vendredi, une traduction de ce passage, car l’auditoire sera principalement non francophone. Je n’ai trouvé que deux traductions, la première de Charles Lam Markmann (1967), dont même l’article de la WP anglophone consacré à Fanon signale qu’elle efface la dimension phénoménologique du chapitre, et la seconde de Richard Philcox (2008) ; Philcox, qui fut l’époux et le traducteur de Maryse Condé, est aussi renommé pour cette traduction du grand classique de Fanon.
Ce qui m’intéresse ici, bien sûr, c’est le n*-word, et ses traductions. Quand on enseigne les littératures africaines, et davantage la culture afro-américaine, on doit toujours insister sur le fait que l’anglais a trois mots : Black, Negro et le n*-word, qui n’est plus utilisé, par renversement rhétorique, que par les rappeurs noirs. Le mot Negro était, jusque dans les années 1970, totalement neutre, et revendiqué même par les intellectuels afro-américains depuis la Harlem Renaissance. Il convient de le traduire, comme Black, par « Noir » ; on n’a pas le choix. En effet, en français, il n’y a que deux termes : le mot noir/Noir et l’injure raciste, le n*-word français. Ce second terme, évidemment racialisant puis raciste, a certes été employé, en parallèle, par des noirs eux-mêmes, Antillais ou Africains, dans une tentative de le déracialiser, ou, en tout cas, de le sortir du champ discriminatoire (d’où la négritude). Aujourd’hui, à part Mbembe, personne ne tente plus cela.
Au début du chapitre 5, Fanon répète deux fois le n*-word français, en citant les propos entendus ; il s’ensuit une prise de conscience de la réduction à la couleur de peau par le biais du regard des Blancs, qui fait l’objet de l’impressionnante analyse qui suit. Pas de “neutralité” ici, ni d'usage positif du n*-word. Fanon insiste : le n*-word le réduit à l’état d’objet, le fixe (chimiquement) et le morcèle. C’est donc un mot réducteur et destructeur ; c’est le terme même de l’assignation raciale, et, partant, raciste. Pourquoi donc Philcox, après Markmann, choisit-il de moduler en évitant la répétition ? Pourquoi la deuxième interjection, qui a de fait l’apparence d’une plus grande neutralité (« Tiens… »), ne conserve-t-elle pas la répétition du terme stigmatisant ? Il est vrai que de nos jours – et en 2008, quand Philcox publie sa traduction, c’était déjà le cas – le terme Negro était devenu obsolète, mais pourquoi varier quand Fanon enfonce le clou ? Faut-il, dans le champ anglophone (et dans la situation très spécifique des identités afro-américaines), enfoncer le clou et assimiler le n*-word et le terme Negro, en passant par pertes et profits toute une littérature qui a inscrit ce second terme dans une réflexion approfondie, et en réaction contre le n*-word ?
(Je n’ai pas le temps de poursuivre l’analyse, mais les documents sont sous vos yeux : notamment, je trouve le choix du présent simple par Philcox très discutable. Ce n’est pas parce que c’est une retraduction, fût-ce par l’époux de Maryse Condé, que c’est forcément meilleur.)
08:14 Publié dans 2025, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 27 avril 2025
27042025
J’ai écrit 23.000 signes et ne commence qu’à peine l’analyse comparative d’un extrait précis (le chapitre III de la première partie). Malgré l’arrivée imminente d’Elvire, qui va rester quelques jours, j’espère avoir terminé dans les temps (mercredi).
Autrement dit, je pourrais écrire un article (ou un chapitre d’ouvrage) par semaine, étant donné l’abondant matériau dont je dispose ; pour celui-ci, j’ai déjà laissé de côté tout l’aspect de critique génétique, la discussion de la référence intertextuelle à Achebe, et tant d’autres choses que j’avais commencé à noter dans ces fichiers.
Je n’ai pas encore reporté ici – le temps manque pour tout – les pistes notées dans le carnet à Princeton, mais il y aurait aussi quelque chose de global à écrire sur les textes (africains) qui, comme Mont-Plaisant mais pas du fait de leur auteur·ice, n’ont été publiés, rendus disponibles, qu’en traduction, mais en allotraduction, pas en autotraduction : les deux romans de Darko, bien sûr, mais aussi le roman de Mahjoub Nubian Indigo.
13:50 Publié dans 2025, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 10 avril 2025
10042025
19:12 Publié dans 2025, WAW | Lien permanent | Commentaires (1)
mercredi, 09 avril 2025
09042025
Hier, c’était l’anniversaire de Nnedi Okorafor et donc le premier anniversaire de ma conférence sur Lagoon à Durban, vu que j’avais commencé celle-ci, facétieusement, en signalant cette concomitance.
Hier, surtout, j’ai travaillé avec P*, puis avec ses manuscrits, ou plutôt dans l’armoire aux manuscrits, avant de rediscuter encore. Il s’avère qu’outre les riches documents et variantes qui vont nourrir mon travail sur l’autotraduction et la réécriture dans un contexte plurilingue (avec la triade français-anglais-allemand en ligne de mire ou en toile de fond), il y avait quelques inédits, de jeunesse surtout, et non des moindres.
Aujourd’hui, comme P* enseigne et n’est pas là de la journée, nous nous sommes promenés dans Princeton, par un froid glacial et sous un grand soleil. J’ai tout de même pu scanner encore quelques documents et prendre quelques notes. Il faudrait que je fasse un tableau de correspondance des chapitres de la 3e partie de MP-VO1, dans les différents tapuscrits, et de MP-VO2, histoire de pouvoir en discuter avec lui. Pas trop la force ce soir.
22:31 Publié dans 2025, Autoportraiture, Hors Touraine, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 01 avril 2025
01042025
Aucune énergie en ce moment. J’ai quand même fini de reprendre, poussivement, l’article tiré de ma communication de mai dernier, à Nanterre, sur les deux traductions de From a Crooked Rib. Outre que la limite maximale du nombre de signes est inopérante pour moi (il y a, par nécessité, de très longues citations qui font « exploser » le plafond), le processus éditorial est interminable.
Je ne sais plus si je l’ai noté ici, mais j’ai renoué contact avec Nuruddin Farah il y a une semaine.
11:48 Publié dans 2025, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 23 mars 2025
Une critique hâtive de l'essai de François Ost
Je recycle ici un petit dérapage de mon fichier « Chantier CRCT ». J’étais juste parti pour recopier quelques passages du livre de François Ost, et – en ouvrant une note de bas de page pour noter rapidement une esquisse de critique – l’esquisse est presque devenue un mot à la hâte.
Quelle est donc la visée de la perspective traductrice ? Nous dirons d'un mot : dégager une troisième voie, celle d'un espace de sens partagé entre le langage (la pensée) unique d'une part – l'espéranto du globish ou du globalais, par exemple –, et le repli sur les idiomes singuliers de l'autre. Entre la Charybde de l'omnitraduisibilité proclamée par un langage dominant qui croit tout pouvoir absorber dans sa mêmeté, et le Scylla de l'intraduisible ombrageux derrière lequel se réfugient des langues (cultures, communautés) jalouses de leur spécificité, la traduction vise à se frayer un chemin renvoyant dos à dos ces deux versions opposées, mais finalement solidaires, du soliloque, qui se décline tantôt comme l'aveuglement hégémonique du même, tantôt comme l'exacerbation farouche de l'autre, manquant dans les deux cas la médiation de l'autre intérieur (et son corrélat dialectique : le même extérieur) qui seul est en mesure, croyons nous, d'assurer la relance du discours.
(F. Ost. Traduire. Défense et illustration du multilinguisme.
Fayard, 2009, pp. 289-90)
Il faudrait, de ce passage comme de l’ouvrage entier de François Ost, dresser une critique minutieuse. Qu’il me suffise de noter ici, pour le moment, que cette analyse est juste mais que, vu qu’elle laisse totalement de côté toute dimension historique ou politique, et donc qu’elle ne tient aucunement compte des situations d’hégémonie qui ont hiérarchisé de facto ces diverses langues dans des rapports de domination complexes, elle finit par être en partie fausse. Cette critique rejoindrait celle qui voit Sarah Mazouz déconstruire les prétentions à l’ « universalisme abstrait » pour proposer la transposition minoritaire :
Pratique de soi à portée collective et politique, la transposition minoritaire consiste en la capacité à inverser les rôles, afin de prendre conscience des rapports de pouvoir qui structurent telle ou telle situation ou d’évaluer la façon dont des pratiques des paroles ou des attitudes assurent l’égalité entre les personnes, ou, au contraire, réitèrent et renforcent des assignations et des formes d’infériorisation. (Race, Anamosa, 2020, p. 83)
Or, c’est tout le problème de l’essai de F. Ost : ce n’est pas qu’il est abstrait, mais qu’il abstrait, c’est-à-dire qu’il extrait la question de la traduction de sa matérialité, c’est-à-dire du fonctionnement même des langues, et que, ce faisant, il la dépolitise. En cela, il propose de façon constante une réflexion générale, « universelle » au sens de généralisable, comme si l’émergence du globish, par exemple, pouvait être étudiée indépendamment du contexte post-colonial, ou comme si le communautarisme prônant l’intraduisibilité avait exactement la même valeur idéologique quand un Alain Badiou vante le nationalisme ontologique et la suprématie du français dans le Dictionnaire des intraduisibles (je dois d’avoir vu cela grâce à la recension de 2017 de Pascal Engel dans En attendant Nadeau) ou quand, dans sa traduction de Wake de Rebecca Hall et Hugo Martinez, Sika Fakambi insiste pour ne pas écrire/dire Dahomey mais Ɖanxomɛ. Dans un cas, prolongement d’une idéologie racialiste sous couvert d’objectivité linguistique et philologique ; dans l’autre, volonté de lutter contre l’effacement et l’invisibilisation d’une culture occultée au titre d'une histoire asymétrique.
11:22 Publié dans 2025, Translatology Snippets, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 19 mars 2025
19032025
Ce matin, dans la salle de lecture de la salle 31, face au parapet donnant sur la Loire, j'ai lu la première nouvelle d'Ananda Devi, publiée dans un recueil de nouvelles de l'O.R.T.F. en 1973, et qu'elle a écrite à l'âge de 13 ans. Il serait faux de dire, par facilité, que « tout y est en germe », mais en tout cas l’écriture est là, ainsi que le refus de tout lyrisme complaisant ou de tout deus ex machina.
C’était très émouvant de lire ce texte, ainsi, phrase après phrase, et assez émouvant aussi, peut-être, de voir cette nouvelle au milieu d’écrivains présentés comme “confirmés” et qui sont demeurés parfaitement inconnus…
19:13 Publié dans 2025, Moments de Tours, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 18 mars 2025
18032025
Rien écrit en fait, hier. (Ici, veux-je dire.) Me suis contenté de recycler un bref post Facebook, comme il m’arrive, mais peut-être que ce bref texte m’aidera à épaissir ma réflexion sur Profaner Ananda.
Là, je viens de terminer la quatrième partie, consacrée à Banjo de Claude McKay, de l’impressionnant ouvrage de Brent Hayes Edwards, Pratique de la diaspora [The Practice of Diaspora: Literature, Translation, and the Rise of Black Internationalism, 2003] traduit par Jean-Baptiste Naudy et Grégory Pierrot [Ròt-Bò-Krik, 2024].
Bon, d’abord, avant de dire des choses un peu plus intelligentes, je me débarrasse du trivial : eh, les copaines de Ròt-Bò-Krik, je vous adore, vous faites un boulot fabuleux, mais laissez tomber les op. cit. là. Les op. cit. ça clc modèle géant : j’ai passé cinq vraies minutes (c’est long, frère) à essayer de trouver la première référence à un texte de Claude McKay Un sacré bout de chemin, cité plusieurs fois dans le chapitre 4, sans jamais trouver. Alors je l’écris ici, car vous m’avez obligé à googler (les Gafam en plus, quoi, srsly) : Un sacré bout de chemin, réédition de la traduction par Michel Fabre d’abord parue aux éditions André Dimanche, ça se trouve chez Héliotropismes, et c’est sorti en 2022. Et franchement, remettre « Héliotropismes, 2022 » à chaque fois au lieu de op. cit., ça ne tuera personne. Les op. cit., c’est le fam, comme on dit en medumba (je fais genre, hein, juste parce que je lis Nganang depuis 25 piges : le fam c’est le diable).
Je vais poursuivre avec quelque chose d’un peu plus intelligent, d’un peu plus constructif surtout, j’espère.
Et donc, sans approfondir tout ce que je puise du livre de Brent Hayes Edwards, à partir de la note 3 du chapitre 4 (oui, celle où vous auriez pu référencer Un sacré bout de chemin, ah non, arrête avec ça maintenant) : Banjo: A Story without a Plot a été traduit deux fois, par Ida Treat et Paul Vaillant-Couturier en 1931, puis par Michel Fabre en 1999 ; Home to Harlem a été traduit deux fois, par Louis Guilloux en 1932, puis par Marie Brazilier et Romain Guillou (ça ne s’invente pas) en 2022, sous deux titres différents (Quartier noir vs Retour à Harlem). Il y a donc là, déjà, de quoi pas mal affoler les potentiomètres traductologiques.
Et il se trouve que, si j’ai un peu lu McKay en anglais jadis plutôt que naguère, je connais très mal la bibliographie autour de cet auteur majeur ; ma collègue Catherine Mazauric a organisé deux colloques avec la Banjo Society à Marseille, le plus récent en 2023, et c’est vers elle que je me tournerai si j’ai le temps d’approfondir cette question des retraductions (les retraductions sont autant dans ma ligne de mire que l’auto-traduction).
L’autre chose qui me frappe, c’est que deux romans ont été traduits deux fois, mais que d’autres textes de McKay restent non traduits en français, il me semble. Banana Bottom a été traduit en 1934, mais il y a sans doute à reprendre le chantier. Pour ce qui est d’Ida Treat, co-traductrice de la première édition français de Banjo, plusieurs sites indiquent erronément son nom comme Ida Trent. Il doit d’agir de la personne que le SUDOC référence comme TREAT, Frances Ida et que la BNF référence comme Ida Treat-Bergeret, car les dates de naissance et de mort sont les mêmes (1889-1978).
18:38 Publié dans 2025, Questions, parenthèses, omissions, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 14 mars 2025
Profaner Ananda (Annie Ferret / Sami Tchak)
Il y a quelques semaines, j'ai découvert qu'allait paraître un ouvrage au titre presque énigmatique, Profaner Ananda. Même si j'étais en droit de douter qu'il s'agisse bel et bien de l'écrivaine Ananda Devi, l'identité des deux comparses embarqué·es dans ce projet, Sami Tchak et Annie Ferret, m’a vite dessillé les yeux. J'ai acheté le livre dès sa parution, la semaine dernière, intrigué plus encore par la quatrième de couverture sur laquelle figure une citation introductive d’Ananda Devi elle-même : « Ce livre est notre “enfant d’âme” à tous les trois, comme le dirait Henri Michaux. C’est la confluence ultime de nos trois écritures, de nos trois personnes, de nos trois corps. » Voilà un blurb qui a tout l’air d’un endorsement, validation par l’écrivaine elle-même, paraphe co-signant la profanation. Il faut dire que profaner la profanatrice (si tant est qu’on veuille lire ainsi l’œuvre certes transgressive et audacieuse de Devi) soit plus proche du poisson rouge tournant du bocal que de l’acte fondateur d’une nouvelle esthétique. On peut également voir dans ces deux phrases une reprise de contrôle : après tout, le prénom d’Ananda figure en plus hautes lettres que les noms des deux comparses Annie et Sami. Reprendre le contrôle, Ananda Devi a toujours su le faire, aussi vis-à-vis de Sami Tchak, n’est-ce pas, dans Les hommes qui me parlent, grand grand grand livre. Y a-t-il encore cannibalisme littéraire (ou littéral) quand on ne sait plus qui tient la fourchette ?
J’ai obtenu, avant même d’avoir lu le livre – et ce en dépit du fait que je me contrefiche habituellement des dédicaces qui me paraissent de simples contremarques – un mot d’Annie Ferret sur la page de titre, n’ai pas osé – quoique je l’aie suggéré en blaguant – demander à Devi elle-même d’apposer son sceau au même lieu, et verrai peut-être demain, au Salon du Livre Africain, Sami Tchak (que je n’ai jamais rencontré mais que je suis sur Facebook depuis bien longtemps), afin de lui demander le sien.
Entre-temps, j’ai lu.
Eh bien, sachez qu’Annie Ferret et Sami Tchak sont de fort mauvais·es professeur·es d'algèbre. Partant d'une équation à trois inconnues, iels ont produit un texte en forme de résolution qui multiplie les dédoublements de chaque inconnue : x’, y’, z’, x’’, y’’, z’’ etc. À la fin, bien sûr, on n'a pas seulement reposé la craie dans la glissière : on a dévissé le tableau noir, dont on sait qu'il est en fait vert bouteille, pour le décrocher du mur, ou l'en arracher. Il a fallu accepter que les inconnues deviennent connues, connaissance, sans révéler leur chiffre, et que ni craie ni tableau ne rimeront à rien ici. C'est qu'avec la profanation, on part forcément du fanum. Le cercle, c’est le fanum, pas seulement la marque de café sur la table en bois dont il faut sortir (p. 86), mais l'espace sacré réservé aux prêtres de la divinité. Si on profane, le système ecclésiastique voudrait nous faire accroire qu'on a violé la sacralité d'une divinité, alors que matériellement on a simplement marché dans le lieu réservé aux gardiens du temple. Et c'est amusant, vu qu'Annie Ferret et Sami Tchak se (re)présentent en proches, en intimes d'Ananda Devi : elle est loin d'être une inconnue, ils connaissent la personne avec ses livres.
Ce sont donc eux, les gardien·nes du temple, à cette aune. Et vu qu’Ananda n'est pas – iels s'assurent de jouer avec cela – divine, cela signifie donc que le texte est une invitation démocratique à toute personne à qui Ananda Devi n'est pas connue (pour qui Ananda Devi, en tant que personne, est une inconnue) à s'approprier le fanum, à y pénétrer, et à devenir regardien du temple. On ne garde plus, on regarde. En profanant, on s’avance, ce qui signifie qu’on prend d’autres perspectives. Autant de gardien·nes que de lecteurices des livres d’Ananda Devi : Sami Tchak et Annie Ferret se sont auto-dénoncé·es comme faux prêtres d'un culte véritable. Car le culte, c'est cultiver. Profaner = cultiver. En voici bien une autre (équation).
Annie Ferret et Sami Tchak se sont partagé le livre, à savoir que la première partie est de l'une, et la seconde de l'autre, dans des styles tout à fait distincts. J'avais d'abord pensé que les textes seraient mélangés, indiscernables sinon indissociables, mais il n'en est rien ; le sommaire, qui indique à la page 123 qui a écrit quoi, paraît bien superflu. Annie Ferret propose un dialogue entre deux Ananda qui réinvente – en le lyricisant – le modèle beckettien du couple impossible, mais elle le fait précéder d’un texte majeur, également, dans lequel je vois la première proposition selon laquelle la profanation naît ou naquit, au sein de l’œuvre de Devi même, d’une chambre d’échos infinie :
« Cette folie a une origine bien définie. Elle a à voir, je dirais, avec un talent de ventriloque. Parce que ces personnages l'envahissent jusqu'à la submerger. Si on le lui demande, Ananda Devi avoue en effet qu'ils naissent en elle, et c'est vrai qu'ils l’habitent, que des voix s'écoulent de leur gorge à la sienne, des voix, afflux de sang et flot de vie, de mots, un discours souvent brutal ou violent et qui expulse en saccades les chapitres de leur existence torturée. » (p. 23)
Dans la fiction à tiroirs imaginée par Sami Tchak à partir de la nuit de Naples déjà narrée plusieurs fois, en particulier par Ananda Devi elle-même dans la postface des Fables du moineau de Sami Tchak (2019), on retrouve un dispositif vertigineux de cannibalisme littéraire auto- et hétérofictionnel dont on peut juger qu’il fait violence au personnage – qui sait, à la personne – d’Ananda Devi. Celle-ci l’a confiée en marge du festival Atlantide : « si j’avais été plus jeune, j’aurais refusé que ce texte soit publié tel quel, je crois ». Et pourtant, il m’a paru, que l’acte de révélation, d’exposition, le plus criant outing se trouve dans la partie du diptyque conçue par Annie Ferret (il faudrait citer toute la page 59, je ne le fais pas afin que vous alliez voir le livre par vous-mêmes).
Pour renvoyer aussi, sans les citer textuellement, à un ensemble de pages du volet Sami Tchak, je signalerai le quatrième de ses sept chapitres, qui s’intitule “De la postérité et de la lecture” (pp. 101-106). Ce long développement m'a paru extrêmement important, pour ce qu'il dit du rapport entre écriture et lecture, bien sûr, mais aussi parce que le style, le rythme et la modalité même de l'argumentation m'ont paru sous l'influence d’André Breton, pas forcément celui de Nadja, mais plutôt des Vases communicants, s'il faut distinguer. Il y a là une exigence critique et l'ouverture d'une faille qui suppose qu’en système de profanation/ cannibalisation, la parenthèse n'est jamais refermable. De même, le bilan ne peut jamais être un bilan ; il n'y a pas de clôture (p. 98).
Je clos ce billet très impromptu, et donc à rouvrir lui aussi, par un petit agacement : l’emploi, par Sami Tchak, de la métaphore de la ménopause pour parler du risque d’assèchement de la création. Et encore, si ce n’était qu’une métaphore, mais on y décèle plutôt une analogie, une mise en correspondance ; l’œuvre d’Ananda Devi, qu’on la profane ou pas, qu’on en soit ou non adepte (c’est-à-dire placé au plus près), nous enseigne, je crois, à faire autrement cas des corps féminins et de leur possible mise en texte, des risques de leur mise en scène en régime patriarcal.
Annie Ferret, Sami Tchak.
Profaner Ananda. Gallimard, Continents noirs, 2025.
10:08 Publié dans 2025, Affres extatiques, Ecrit(o)ures, Gertrude oder Wilhelm, Lect(o)ures, WAW | Lien permanent | Commentaires (1)













