vendredi, 20 février 2026
L'image dans l'écran noir
Inhabituellement j’ai d’abord un peu travaillé, avec stylo et stabilos, sur le texte de Natasha Trethewey, avant d’allumer l’ordinateur pour lire les travaux des étudiant·es, de sorte que l’écran noir de l’ordinateur reflétait mon image, moi en train d’écrire dans la robe de chambre verte, désormais presque trouée au coude gauche, que je porte depuis que C* a vendu sa maison (la maison de ses parents) et que je portais là-bas auparavant, et qui était à elle encore avant.
Hier j’ai écrit le texte suivant dans mon bureau aux Tanneurs :
THIS IS AN ALLEGORY IF I SAY SO.
Ce midi, j'ai pris le bus puis le tramway pour me rendre au studio de la radio. J'ai donc marché jusqu'au bus et j'ai marché de l'arrêt L'Heure Tranquille jusqu'au studio de Radio Campus Tours. J'ai enregistré une belle émission avec un collègue que j'aime beaucoup. Puis j'ai repris le tramway, cette fois-ci direction l'université. Au niveau de l'arrêt Liberté, je me suis rendu compte que j'avais oublié dans le vestibule de la radio mon parapluie à pois rouges. En descendant du tramway, je me suis rendu compte d'une gêne dans mon soulier droit, et je me suis dit : "ah bah, j'aurai attrapé un gravillon". Le gravillon est devenu très incommodant, me gênant beaucoup pendant les 200 mètres séparant l'arrêt Porte de Loire de mon bureau. Dans mon bureau, j'ai dénoué les lacets du soulier, et j'en ai fait tomber ce que je pensais être un gravillon et qui s'est avéré être une pièce de deux centimes d'euro, que je n'avais pas sentie sous mon pied pendant plus de trois heures.
Ce matin, j’ai écrit un long billet sur Facebook à propos du rassemblement néo-nazi autorisé (bien entendu) par la préfecture hier soir à Tours. Pas envie de parler de ça ici.
05:32 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (1)
jeudi, 19 février 2026
Qu'est-ce qu'un texte décolonial ?
Une amie m’a demandé, sur Bluesky, des conseils d’articles brefs ou de vidéos sur les « débats passionnés sur la réappropriation de la langue coloniale – ou sa réfutation – dans les échanges entre écrivains décoloniaux ». Un peu l’équivalent du débat Achebe / Ngũgĩ wa Thiong’o, mais pour la langue française. Je reprendrai prochainement la liste des ressources que j’avais trouvées, suivie des suggestions de plusieurs collègues.
Dans l’immédiat, toutefois, je reproduis ma réponse à une question posée par Patrice Nganang.
P.N. – Que veut dire « écrivains décoloniaux » ? Just curious.
G.C. – Raccourci pour parler d’écrivains issus des anciennes colonies et qui ont un discours et/ou une praxis relevant de la décolonialité telle qu’énoncée et argumentée notamment par Ngũgĩ wa Thiong’o dans Decolonising the Mind.
Pour moi, Mboudjak, les aventures du chien philosophe, qui entremêle plusieurs langues sans glossaire ni notes de bas de page, avec notamment des chapitres entiers en pidgin, tout en interrogeant en profondeur les liens entre les crimes coloniaux de la France au Cameroun jusque dans les années 1970, est la quintessence du texte décolonial. Il vaudrait mieux parler de textes décoloniaux que d’écrivains décoloniaux, ce qui en soi a une dimension biographique plus ou moins indémêlable.
08:45 Publié dans 2026, Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 18 février 2026
Sukkwan Island
Hier soir, avant-première de Sukkwan Island, d’après un roman de David Vann que nous n’avons pas lu. David Vann fait partie de ces écrivains américains (blancs, bien sûr) qu’adorent les Français et qui ne m’attirent absolument pas – grands espaces, survivalisme, virilisme de la canne à pêche etc. – et dont le prototype est Jim Harrison. Ce que j’ai fini par appeler la littérature Gallmeister, un repoussoir.
Cela dit, on ne s’attendait à rien, car je ne savais même pas que le film était adapté d’un de ses romans. Et c’était absolument navrant. Le pire est que le cinéaste coche tous les clichés du film viriliste (huis-clos père-fils, discours totalement « incel » sur les femmes, baignade dans la mer glacée, bourrades de “vrais mecs” et pétages de plomb, fusils et cannes à pêche) tout en s’en tirant par une pirouette : comme le père est en fait fou et toxique (dans ce qui est une représentation fictionnelle par emboîtement dont on ne sait in fine de qui elle émane – je n’en dis pas plus, on ne va pas spoiler le seul vague intérêt scénaristique du film), il sera toujours possible de prétendre que c’est une critique du patriarcat etc.
Autrement dit, un film qui est fait, dans sa construction et dans ses images, pour plaire aux suprémacistes et se conformer aux codes du patriarcat, mais qui veut quand même donner aux gens de gauche l’illusion qu’ils n’ont pas sombré dans la fange : un film à la Caroline Fourest ou à la Raphaël Glucksmann.
Sur la pirouette post-moderne du scénario : elle est tellement appuyée qu’on a envie de hurler pendant les dix dernières minutes. Oui, Roy adulte passe sa main pendant une minute sur les l’inscription gravée dans le bois où ne se trouve que le nom de son père ; oui, il est resté, à l’adolescence, dans la voiture sur le parking ; oui, l’ours est un produit de l’imagination de Tom…le bouquet étant le message du générique de fin expliquant en plusieurs phrases que cette histoire est inspirée de la vie de David Vann et que son père s’est suicidé après que son fils eut refusé de le suivre sur une île déserte, et que “David Vann a voulu imaginer ce qui se serait passé si...”… Aaaaargh, pitié…
Les paysages sont beaux mais filmés de façon conventionnelle, les plans sont plats d’un bout à l’autre, Swann Arlaud est médiocre, le montage est léthargique… rien à sauver…
05:04 Publié dans 2026, Tographe | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 17 février 2026
Vivre et résister en pays gadjo (séminaire EHESS)
Passionnante séance, ce matin, du séminaire « Actualités de la recherche sur la colonialité » autour des structures tsiganophobes de l’État français.
Jérôme ‘Gigi’ Bonin, président du Mémorial des Nomades et Forains de France, a présenté son travail inédit sur l’histoire de la migration gitane entre Andalousie, Algérie, et Marseille. Outre des précisions sur les différentes communautés et les différents désignateurs, j’ai appris beaucoup de choses, pas seulement sur les camps et les formes multiples d’internement (article de Christian Eggers).
La journée de commémoration de l’extermination des gens du voyage et Rroms par les nazis est une journée de l’UE qui n’est pas reconnue par la France. En 2025 le préfet des Pyrénées-Orientales avait annoncé qu’il viendrait assister à la journée, mais une fois averti du fait que cela signifierait reconnaissance de l'Etat, il n’est pas venu.
La caravane n’est pas reconnue comme logement mais comme habitat, ce qui pose un grand nombre de problèmes administratifs, de droits civiques etc. Il a été question des travaux d'Emmanuel Filhol et d'Isabelle Jouanigot.
Une des plus grandes avancées récentes en sciences sociales est le terme de dislocation porté par la thèse de Théophile Leroy (Dislocation et génocide. La persécution des Manouches, Sinti et Yéniches du Rhin, 1938-1946), soutenue en novembre, pas encore publiée ni disponible au téléchargement. M. Bonin a également énuméré les différentes formes de discrimination qui se poursuivent, aux marges de la légalité, et les petites persécutions qui font système.
La suite de la séance a permis d’approfondir les questions de racisme environnemental, avec une trop brève présentation de ma collègue Mounia El Kotni, dont l’article sur les pesticides au Chiapas m’a beaucoup éclairé en amont du séminaire. Bien sûr, on a beaucoup cité les travaux de William Acker, un des premiers à m'avoir ouvert de grands champs de lecture et de réflexion sur la tsiganophobie.
12:27 Publié dans 2026, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 16 février 2026
Paris, contrastes
Nous avons passé la matinée au Musée Guimet, où nous n’étions jamais allés, pour les collections permanentes, surtout Cambodge, Thaïlande, Indonésie, Japon. Nous y reviendrons, car nous n’avons pas du tout pu passer au premier étage. Après presque trois heures, nous avions envie de nous promener. Il faisait moins froid, avec même du soleil. C’était agréable, et nous avons traîné un peu le long de la Seine.
Sur le pont de Bir-Hakeim, en-dessous de l’étrange statue équestre, nous avons pu assister à un shooting photo aussi ridicule que malaisant, puis de là, à la librairie iranienne Perse en Poche, au vaste fonds mais qui choisit surtout de mettre en avant, pour les livres publiés récemment en France, des textes de droite voire d’extrême-droite.
Nous sommes « remontés » jusqu’au Trocadéro, pour une autre expérience inédite, le Musée de la Marine, avec la très intéressante exposition Magellan.
Bien sûr, au retour, alors que nous étions arrivés avec 50 minutes d’avance à la gare, le train est parti, lui, avec 50 minutes de retard. Retour à 22 h 20 à la maison.
22:29 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 15 février 2026
Dans un humide froid mordant
Première journée à Paris, sous un ciel gris, un vent glacial, des bruines et des giboulées. Un peu déçu par l’exposition Grottesco d’Éva Jospin : c’est admirable, très bien fait, très beau même, mais ça me laisse globalement froid. Pourtant, on y est restés une bonne heure, à scruter, tourner autour, observer aussi la manière dont les autres personnes (un vrai grouilli-grouilla) observaient les œuvres.
Il faudra voir in situ, quand ils seront achevés et installés, les vitraux de Claire Tabouret pour Notre-Dame, aussi présentées au Grand Palais, et qui paraissent très kitsch.
Finalement, ce sont les deux expositions du Jeu de Paume qui ont marqué la journée : d’une part, la Sud-Africaine Jo Ratcliffe (une véritable découverte, travail à la fois cohérent et continu mais constamment renouvelé), et d’autre part Martin Parr, dont je connaissais très vaguement le travail et donc je craignais, justement, la superficialité. Or, il s’agit de séries extrêmement rigoureuses, avec une intention esthétique très déterminée et une signification politique dans laquelle je me reconnais.
Soir : dîner en excellente compagnie, dans le quinzième arrondissement, avec l’admirable Corinne, et Benoît dont nous avons enfin fait la connaissance, qui est gentil et passionnant, et qui m’a offert sa nouvelle pièce de théâtre. Abats d’eau invraisemblables entre la bouche de métro et l’hôtel : en trois minutes, rincés.
23:28 Publié dans 2026, BoozArtz, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 14 février 2026
Neige annoncée pour demain (?!)
Réveillé à 3 h 30, même couché très tôt ça fait tôt.
Levé à 4 h, sans doute un seuil psychologique.
J’ai des milliards de choses à faire aujourd’hui, donc tant mieux, on va dire. J’ai tout de même lancé le convecteur électrique.
Hier midi, sur ma pause déjeuner j’ai regardé la Loire, très haute, qui n’est plus si loin du quai. J’ai déjà vu plusieurs fois les bancs sous l’eau depuis que je travaille aux Tanneurs, et je pense qu’on va y avoir droit d’ici quelques jours.
Pas pu aller au travail à vélo hier : trop de pluie – je n’aime pas ça.
Un chat miaulait vilainement hier soir, rebelote à l’instant.
04:22 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 13 février 2026
0% allégorie
pour bosser sur Bunyan je me bectais des bugnes
(des – enfin, deux ou trois : c’est fini, l’agalouf !)
& en chantant Nudge It je fais bien du barouf
mais moins que ce matin ce con et sa cacugne
qui fit pleurer le petit enfant (qu’on la bugne
au prochain feu !) — du nerf, reprenons, la malbouf-
-fe n’empêchant pas le travail plus que la chnouf,
joyeusement décrypter sans que ça ne répugne
même aux étudiant·es (croyez-moi, je ne mens)
la scène du Bourbier du Découragement —
bien sûr pour le personnage de Pliable
le jouant modernisé sans me foutre en rogne
je fais toujours un peu dans un cours le guignol
sans bugnes ne rechigne pas à la besogne
16:49 Publié dans 2026, Sonnets de janvier et d'après, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 12 février 2026
Ce chêne déraciné (n')est (pas qu')un arbre
Après la tempête de cette nuit, ma mère, qui nous informe que l’électricité est coupée depuis hier soir, envoie aussi une photo du grand chêne qui se trouve au bord de la mare, et qui a été déraciné.
Abattu, le tronc traversant la mare.
Je ne sais quel âge il a, et déjà en écrivant ceci je ratiocine, mais en voyant la photo ça m’a fait un coup au cœur.
Abattu, un trou dans la terre.
J’adore cet arbre, qui représente beaucoup, et beaucoup de souvenirs bien sûr.
08:58 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 11 février 2026
Hal(l)o
De la cuisine où j’avais éteint la lampe située près des plaques de cuisson, je me dirigeais dans l’obscurité vers le bureau-bibliothèque, mais le halo de l’ordinateur, déjà allumé, me guidait.
Une visio à 7 h du matin, ce n’est pas courant (heureusement).
Quoique couché à 23 h passées, j’étais tout de même réveillé avant le réveil.
Il pleut de nouveau des cordes, depuis hier ; je me suis trouvé sous une de ces averses hier pour ma promenade, après avoir passé la journée assis face à l’ordinateur, avec seulement deux pauses – il en fallait une troisième, même en prenant la flotte.
06:10 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 10 février 2026
Ceinture (verte)
Aujourd’hui j’ai traduit les pages 267 à 279 de The Second Emancipation (environ 30.000 signes) et écrit quatre billets de blog, mais pour l’autre.
Ici, ceinture (je sature).
16:17 Publié dans 2026, Aphorismes (Ex-exabrupto) | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 09 février 2026
Sonnet composé en attendant la commande (à la boulangerie Ange)
Sonnet composé en attendant la commande
(à la boulangerie Ange)
Je reviendrai avec une Margarita
De sorte que nous déjeunerons illico
Avec de l’eau plate (et non pas du Tropico).
Sur d’autres plats en d’autres temps on se frita.
Si c’était du tex mex, je dirais fajita.
Et en dessert glacé peut-être une Miko ?
Nippon ? des sushis cuisinés par Yoshiko !
Quant au Liban, toujours il faudrait des pitas.
(La pizza se prépare. Aurai-je donc le temps
D’écrire le sonnet entier avant de sor-
Tir de la boulangerie où j’ai mes entrées ?)
Voici les derniers vers. La pizza, je l’attends.
Mon prénom retentit. —— Ah, quel coquin de sort
Si le concetto, je dois le pondre à l’air frais.
14:18 Publié dans 2026, Sonnets de janvier et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 08 février 2026
Du racisme structurel des élites
Telle remarque ultra raciste de Nixon que cite Howard French dans le chapitre 23 de The Second Emancipation aide aussi à recontextualiser la très récente publication de Donald Trump caricaturant le couple Obama en singes, et qui montre que le racisme et le suprémacisme blanc sont profondément ancrés dans la pensée politique majoritaire états-unienne ; cela explique évidemment pourquoi le racisme systémique exprimé si régulièrement par Trump ne l’a absolument pas empêché d’être élu deux fois président des États-Unis.
Bien entendu, la France n’a guère de leçons à donner en la matière, de Mitterrand qui pensait que Kofi Yamgnane était « une petite beurette » à Valls et ses « blancos » en passant par Sarkozy se demandant en 2020 si on avait le droit de dire « singes » alors que le n*-word avait été remplacé dans le titre de la traduction d’un roman d’Agatha Christie...
14:21 Publié dans 2026, Indignations, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 07 février 2026
T'y es
Voici un exemple pour lequel la langue française est étonnamment plus économe que la langue anglaise...
19:33 Publié dans 2026, Translatology Snippets, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 06 février 2026
Pas de gratte
Ce soir c’était la reprise des championnats de tennis de table. Pour ma part, ayant commencé ce sport il y a deux ans, avec des entraînements irréguliers et surtout des compétences limitées, je joue dans le niveau le plus bas, la D4C. Nous recevions l’équipe 1 de Saint-Christophe le Nais, que nous avons battue grâce à mes deux coéquipiers ; malgré tout, et malgré une seule victoire sur trois matches, je sens que les quelques progrès notés lors du dernier entraînement mercredi par exemple sont là et qu’il me faut persévérer pour pouvoir espérer gagner plus souvent (c’est-à-dire de temps en temps).
Quand j’ai commencé, j’ai pris une licence compétition, pas du tout parce que j’ai l’esprit compétitif, mais pour deux raisons : la première, c’est qu’avec une licence loisirs on joue toujours contre et avec les mêmes personnes, du club ; la seconde, c’est que, sans l’objectif de jouer tel ou tel match, le risque serait grand, connaissant ma velléité, que je ne m’entraîne pas. Par exemple, mercredi dernier, je suis allé m’entraîner car je voulais avoir un peu tapé la balle dans les jours précédant le match. Autre avantage finalement, la licence compétition permet d’avoir accès à davantage d’entraînements, ce qui, vu mon emploi du temps chaotique, n’est pas du luxe : je ne me suis, malgré cela, quasiment pas entraîné en octobre.
Une dernière chose, pour en venir à ces carnets : j’avais inauguré il y a quelques années deux rubriques en miroir sur les deux blogs, Ping-pong et Pong-ping. Je ne sais plus trop quel était le principe, peut-être que si j’écrivais quelque chose dans un des deux blogs je poursuivais le même thème ou je brodais autour d’un mot en commun dans l’autre ; il faudrait relire les premiers billets pour vérifier cette hypothèse. Toujours est-il qu’il est tentant de reprendre ces rubriques.
23:55 Publié dans 2026 | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 05 février 2026
« Ce n'est pas comme ça qu'on mangera ce soir » (Double sonnet inspiré par une vignette sur YouTube)
le frérot cryptochrist là c'est pour me tuer
(quoi, encore un sonnet ? on n’en a rien à foutre !
vous pouvez ne pas lire, adoncques passer outre)
et ses longs cheveux blonds roux* façon Albert Dürer**
(si c’est “Albrecht Dürer” la rime prend la poutre
& l’auteur de ce sonnet se vautre) — embué,
mon esprit s’égarait***, et l’œil sur la nuée
tel ce simili-christ velu comme une loutre,
j’atteins péniblement le rivage du si-
xain (interrompu par l’échange avec Lucie
sur WhatsApp****) alors que le Marais du Décou-
ragement (the Slough of Despond*) me retenait**
dans sa griffe*** de boue !**** —— et ce n’est pas à coup
sûr le faux christ* qui épluchera les panais**… ——***
* “blond vénitien” n’entre pas dans l’alexandrin
** on aurait pu aussi parler de macarons*
*** ce n’est pas trop un scoop, mec, que tu as un grain
**** non, je ne dirai pas ce dont nous discutions**
* car le point de départ était Pilgrim’s Progress
** comme moi je retiens ce satané Bunyan
*** est-ce verbatim dans le texte ? rien ne presse
**** beaucoup d’exclamations (poète pas très zen)***
* on apprécie ces changements adjectivaux
** de la dernière pluie (la vanne est hilarante****)
*** c'est un peu forcé mais y en a dans le bac à
légumes du frigo * « les Français sont des veaux »
** la J.P.O. (c’est reparti comme en 40 !)
*** comme rime à Bunyan **** non, je sais, c’est caca
14:27 Publié dans 2026, Sonnets de janvier et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 04 février 2026
“Après la pub en turc pour Tiktok”...
Après la pub en turc pour Tiktok (wtf –
Je crois n’être pas bien géolocalisé)
Se perdre dans le ciel bleu, sous les alizés,
Les aquilons ou le mistral. C’est Donald Duck
Qui nous donne le la : on voudrait baliser
Les sentiers de rando. De mon côté je veux qu’
Un écriteau prohibe illico les barbeucs.
(Par sonnets je parle avec Paul Loca. (Lisez
Son œuvre.)) Le jeunot qui a pris les devants
Est en service civique. Ses tatouages
Lui font presser le pas, sont comme une boussole
(Plaisantai-je en mon for). Las, giflé par le vent,
Je me maudis de ne pas savoir les rouages
De l’IGN. Ce poème un peu m’en console.
08:54 Publié dans 2026, Sonnets de janvier et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 03 février 2026
Bon, bon (que vas-tu faire)
Ce matin, à 7 h 04, tandis que j’apporte le café à C* qui vient de s’asseoir à la table de la salle à manger pour le petit déjeuner, un bout du mur s’effondre à côté de moi et s’écrase à moins d’un mètre d’elle, avec tout le coffrage du faux placard.
Bon.
08:17 Publié dans 2026, Aphorismes (Ex-exabrupto) | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 02 février 2026
Se regardant écrire
C’est la Chandeleur. (Les crêpes au sucre, on les a mangées hier, pour le déjeuner dominical avec O* et E☼.)
Ces temps-ci, je lis, entre autres (mais figurez-vous que je ne lis que trois livres simultanément, signe du peu de temps et d’énergie que je consacre à cette activité (outre que je n’ai toujours pas enregistré ces satanées vidéos prévues de longue date)), la correspondance Gracq/Breton, qui est tout à fait instructive et agréable, et qui – tout en donnant furieusement envie de se replonger dans l’un comme dans l’autre de ces œuvres – frappe par la préciosité de ces deux hommes qui, semble-t-il, se regardaient écrire davantage encore quand ils écrivaient des lettres (ou des cartes postales). Bon, rien ne peut dépasser la préciosité et les affèteries de plume de la personne qui a rédigé les notes de bas de page de cette édition.
La manière dont Gracq finit par s’ouvrir à Breton de la distance qu’il juge utile de mettre, en toute admiration, avec les emportements idéologiques du « pape du surréalisme » (jamais ainsi nommé dans les lettres, bien sûr – mais le rôle central et évacuateur de Breton est discuté dans les lettres circa 1952), est terriblement astucieuse.
Quand Gracq écrit qu’il a été déçu en passant à Argol – il avait déjà écrit et publié Au château d’Argol bien sûr, vu que c’est ainsi qu’il s’est trouvé en contact avec Breton à l’origine – ça me rappelle trois amis qui, en voyage en Bretagne pendant nos années communes à l’ENS, m’avaient écrit au revers d’une carte postale de Bénodet : « à Argol, pas de château ».
On ne croit pas si bien dire.
Qu’est-ce qui fait que j’aime autant lire des correspondances, et qu’est-ce qui fait que j’en lis·e aussi peu ? Viens-je d’inventer l’usage du point médian afin de permettre l’emploi simultané d’un verbe à l’indicatif et au subjonctif ? Vais-je finir ce billet ? Comment vais-je finir ce billet ?
08:36 Publié dans 2026, La Marquise marquée, Lect(o)ures | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 01 février 2026
Double sonnet vendredominical
Vendredi midi
J’ai vu un troglodyte et un sosie de Trump
En mangeant mon sandwich sur les bords de la Loire
Et (je sens que ces vers ne sont pas à ma gloire)
Tout en fredonnant ‘Tupperware Stripper’ de Stump.
L’oiseau fut vite enfui. Comme le ciel se moire
De gris avant l’ondée, on s’était muni d’un p-
Arapluie. Le sosie, quinteux, promenait un p-
Ékinois (repoussant). Chercher dans un grimoire
Un joli pékinois, quelle paire de manches !
On me reproche de détourner l’attention
De mes truanderies à la rime. Dimanche,
J’écrirai un sonnet d’une autre confection
Plus fastoche, au premier vers sans nulle redite :
« J’ai vu un sosie de Trump et un troglodyte. »
Vendredi midi (remix dimanche matin)
J’ai vu un sosie de Trump et un troglodyte :
L’un promenait son chien ; l’autre alerté fuyait
D’un saule à un buisson, sous le ciel gris de lait,
Sans se préoccuper de la rime érudite.
Dans la tête j’avais un vieil air congolais
(En fait, c’est un bouyon ! Aussitôt je médite
Sur cette mélodie un peu hermaphrodite.).
Le sosie lanternait. Dans l’autre sens j’allais.
L’homme traînait. Il faut dire que son clébard
(Un pékinois, le genre à qui un vieux slibard
Sert d’imper quand il est pomponné par mémère)
S’arrêtait tous les trois mètres (bon, c’est un chien).
Et je songe à présent qu’à mon vieux dictionnaire
De rimes je n’ai pas mis de bonnet phrygien.
08:51 Publié dans 2026, Sonnets de janvier et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)








