Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 01 avril 2019

André Markowicz, le black face et le quant-à-soi de l'intelligentsia

Pour comprendre quelque chose à ce dont il va être question ici, il faut d'abord lire le billet d'André Markowicz.

Voici tout simplement mon premier commentaire, écrit en fin de matinée hier :

Bon, je suis très énervé de lire autant d'inexactitudes, et de voir que votre aura intellectuelle offre une caution à tant des commentateurs-rices qui, ci-dessus, parlent de censure et de communautarisme sans savoir de quoi il retourne.

Alors reprenons. Le problème n'est pas l'essentialisation de l'art dramatique ni le communautarisme. Le problème est que le metteur en scène a d'abord fait un choix raciste (grimage) puis que, face à la polémique, il s'est livré à une manipulation en changeant le maquillage en masques et en prétendant que les opposants étaient de pauvres incultes.

Je suis évidemment favorable à ce que n'importe quel rôle puisse être joué par n'importe quel acteur, peu importe l'âge ou la couleur. Mais pourquoi poser la question en ces termes ? ce n'est pas du tout de ça qu'il s'agit.

Il va de soi que les actrices appelées à jouer ces rôles peuvent tout à fait être blanches, blondes, que sais-je. On s'en moque. Les grimer en noires, en 2019, c'est du blackface qui ne peut même pas avoir l'excuse de l'ignorance (après les affaires Griezmann et Dunkerque...).

La Sorbonne et tout un tas d'intellectuels "de gauche" se sont engouffrés dans la manipulation tardive du metteur en scène en reprenant le thème des "masques" et en tenant des propos aggravant encore le côté raciste : en résumant à grands traits "ah la la, tous ces Noirs qui ne connaissent rien au théâtre antique". Sauf qu'au départ ce n'était pas des masques mais des maquillages, donc du black face.

Je trouve toute cette histoire très emblématique du mépris de classe dans lequel beaucoup d'intellectuels français "de gauche" tiennent le peuple, et notamment les opposants "noirs", forcément incultes. Ce qui me peine dans votre chronique, cher André Markowicz, c'est que justement vous en profitez pour faire un pas de côté, partir de cette histoire des Suppliantes et la relier à des choses beaucoup plus problématiques, et sur lesquelles je rejoins en grande partie votre embarras. Je ne suis favorable ni aux quotas ni à l'essentialisation de l'art. J'y suis même tout aussi opposé que vous.

Mais là, la mise en scène de Brunet utilisait un artefact raciste, lié (comme on ne peut l'ignorer en 2019) à un crime contre l'humanité, et pour moi le fait d'avoir supprimé ensuite les photos d'actrices grimées et de prétendre qu'il s'agissait de masques aggrave encore le cas du metteur en scène : d'abord, on fait un choix de mise en scène raciste, puis, face à la polémique, on modifie en douce et on accuse les détracteurs d'être incultes (ce qui est un racisme encore plus insupportable).

__________________________

 

Hier après-midi, devant l'avalanche de commentaires d'un racisme décomplexé sur le mur d'André Markowicz, j'ai écrit un billet en réponse, que je redonne ici :

 

DRAMES DE L'IMPENSÉ COLONIAL.

On n'enseigne pas, à l'école et à l'Université, ou pas assez, l'histoire des crimes coloniaux. Sétif ou la répression de l'insurrection malgache de 1947, qui connaît ? Et dans les médias, n'en parlons pas...

Le blackface ? des dizaines de gens, à qui j'explique depuis plusieurs jours qu'il s'agissait d'une pratique courante dans les spectacles populaires français — au même titre que les publicités représentant des petits Africains se blanchir la peau grâce au savon des gentils Européens —, me rétorquent : "bah, on n'est pas aux Etats-Unis..."

Bah oui, le racisme et la ségrégation, c'est Rosa Parks et Nelson Mandela. Ça n'a jamais existé chez nous.

Ainsi, la manipulation à laquelle s'est livrée le metteur en scène Philippe Brunet, qui a tenté in extremis de remplacer par des masques plus conformes à l'esthétique antique le grimage racialiste et raciste d'actrices blanches, aura surtout montré la profonde inculture de l'intelligentsia française. On se sait de gauche, on s'est convaincu pour toujours de ne pas être raciste, et donc, même si des spécialistes de la question viennent vous rappeler que le grimage en noir, sur une scène théâtrale française, est une pratique analogue au black face, on dira que ce n'est pas vrai, que c'est de la censure.

Notre pays n'a pas réglé sa dette vis-à-vis de son ancien Empire, ce qui permet notamment à la France de continuer à essorer ses anciennes colonies grâce au subterfuge scandaleux du franc CFA. C'est ce qui a permis à l'Etat français d'aider très efficacement au génocide rwandais en 1994. C'est ce qui permet aujourd'hui à tant d'universitaires et de gens de théâtre de s'asseoir sur l'histoire de la colonisation en taxant de "communautaristes" les opposants qui manifestent leur désapprobation quand un spectacle utilise une pratique indissociable d'un crime contre l'humanité.

Et voilà comment des intellectuels, sans doute de bonne foi, se retrouvent, durant toute une semaine, à justifier le racisme institutionnel, aux cotés des Le Gallou et Zemmour dont ils se prétendent les adversaires.

Cela me révolte et me révulse, mais cela n'a pas de quoi m'étonner : quoique je n'appartienne pas à une communauté racisée (ou que je ne fasse pas partie d'une minorité visible (aucune de ces formules ne me satisfait)), cela fait vingt-cinq ans que je travaille dans le domaine de la littérature africaine et que j'entends des collègues et des "intellectuels" tenir des propos d'un racisme souvent inconscient mais tout à fait audible. Il y a longtemps que des ami·es me demandent de raconter tout ce que j'ai entendu, mais ce serait le sujet d'une autre chronique.





_______________

Ce matin, André Markowicz a récidivé, en quelque sorte, sur son mur, en écrivant un long texte dans lequel il me passe la brosse à reluire mais qui commence surtout par :


« Sur le "blackface" lui-même. Qu'il soit inacceptable de se moquer de l'apparence, de la couleur de la peau de quelqu'un, c'est évidence. Qu'il y ait beaucoup de gens qui le font, c'est une autre évidence (pas seulement contre les Noirs). Mais quelle est l'instance qui décide de l'intention a priori d'un artiste qui peindrait en noir un corps blanc ? N'y a-t-il pas là, finalement, une discussion qui ressemble à celles qu'on peut avoir sur la notion de blasphème ? Qui décide à quel moment on "insulte aux sentiments religieux", en Russie, en France ou n’importe où dans le monde ? Et qui décide à quel moment on « insulte aux sentiments des gens "racisés" » ? — Pourquoi ne laisseront-on pas les gens eux-mêmes décider s'ils sont choqués ou non ? — S'ils le sont, là encore, le recours aux tribunaux est légitime. »

 

À quoi j'ai répondu :


Cher André Markowicz

Je suis vraiment atterré. Si, après ce que quelques autres et moi même avons essayé d'expliquer hier, vous pensez encore (ou feignez de penser) que le problème est une "insulte aux sentiments des gens racisés" c'est que vous n'avez pas lu ou pas compris ou décidé de passer la vérité historique par pertes et profits. Je vois qu'après une première chronique pour le moins maladroite vous décidez d'en "remettre une couche" et que cela va encore légitimer le racisme inconscient car ignorant de centaines de vos lecteurs. Tant pis. Ceci sera mon seul commentaire. Sur le fond du problème (et du contresens que vous faites) j'ai écrit ce que j'avais à dire sur mon mur. J'ajoute seulement que je suis, comme vous, hostile au communautarisme, mais que comme hier la dénonciation du black face n'a AUCUN rapport avec ce sujet.

(Il va de soi, et je l'ai fait dans nos échanges privés, que je dénonce les militants qui parlent de génome et de culpabilité collective raciale.)

samedi, 01 décembre 2018

TANT (création Plumes d'Afrique)

 

 

mardi, 27 novembre 2018

Misère de l'édition française (entre autres)

Knots.jpg

 

 

Début du chapitre 2 de Knots.

Ce roman de Nuruddin Farah (2007) est inédit en français, comme les deux suivants (Crossbones, 2011 ; Hiding in Plain Sight, 2014)... et sans doute comme le sera le suivant, qui paraîtra le 4 décembre 2018.

 
 

samedi, 10 novembre 2018

Parfois le vide, Raharimanana / Compagnie Soazara

Hier soir, nous avons assisté à la représentation, en quasi lever de rideau du festival Plumes d'Afrique, du spectacle de la Compagnie Soazara, Parfois le vide, sur des textes de Raharimanana. Le poète et romancier et dramaturge est lui-même l'un des quatre acteurs de ce spectacle.

C'était au Centre culturel de Saint-Pierre des Corps, lieu de spectacles où je n'étais jamais allé (il faut un début à tout), belle salle offrant ses perspectives et ses confortables fauteuils de cinéma à un montage aussi beau qu'inconfortable : Raharimanana n'est pas poète à vouloir le confort de son auditoire, et j'entends cela comme un compliment.

 

J'étais très heureux de découvrir en fin Parfois le vide, car le spectacle a été créé au Festival d'Avignon en 2016, et depuis en région parisienne, sans que j'aie pu me déplacer. Depuis le temps que je côtoie l'œuvre de Jean-Luc Raharimanana, y compris sous son versant dramaturgique (coup de cœur particulier pour Empreintes avec le chorégraphe et danseur Miguel Nosibor en 2014 à La Riche), je finis par connaître un peu les obsessions et les détours du bonhomme.

Pas de surprise absolue donc dans le déroulement poétique fulgurant de cette pièce magistrale, car, sans répondre à un traditionnel découpage, et tout en faisant la part belle à la musique (j'y reviendrai), il s'agit d'une pièce de théâtre, un peu à la Beckett : un récitant, homme, à droite de la scène, parle, s'époumone ou chuchote, tandis qu'une femme, d'abord allongée, comme prostrée au milieu d'une forêt de faux micros (antennes de la globalisation ? symboles de la facticité de toute représentation ?) lui donne progressivement, d'abord en écho étouffé puis à pleine bouche, la réplique. Réplique ou échange qui culmine lors d'une danse parodique au terme de laquelle la forêt de faux micros, comme celle de Dunsinane dans Macbeth, se répand aux quatre coins de la scène.

Les deux comédiens sont formidables : Raharimanana, d'une part, habite et vit ses textes en assumant crânement la cruauté corporelle de sa poésie ; Géraldine Keller, d'autre part, se métamorphose, de la diction affligée des premières incantations au plain-chant final qu'elle accompagne d'une bouleversante flûte traversière. De chaque côté de la scène, à gauche et à droite respectivement, le guitariste et polyinstrumentiste Tao Ravao et le multipercussionniste Jean-Christophe Feldhandler participent pleinement de cette atmosphère pleine, intense, qui donne d'autant plus de poids et d'affect aux pleins et déliés du silence. En effet, il ne s'agit aucunement d'accompagner les textes ou la diction. Si l'idée s'est répandue, depuis deux décennies, que musiciens et comédiens jouent des partitions communes voire interchangeables, cela reste souvent une idée théorique, parfois affadie au plateau ; ici, à rebours, elle s'exprime parfaitement. Les deux musiciens ne parlent pas, ne disent pas de texte, mais leur jeu est lui-même — sauf dans deux occasions où il s'agit d'accompagnement au sens classique — ancré dans la bascule du texte choral.

 

J'avoue ne pas savoir si le texte de Parfois le vide, qui oscille entre les fulgurances lyriques âpres d'Empreintes et l'esthétique plus manifestement post-coloniale de Des ruines, a déjà été publié en volume, mais l'un des textes m'a fait penser — et je crois que c'est la première fois, en pas loin de vingt ans, que je faisais ce rapprochement— aux textes en prose du dernier Michaux. Voilà une veine, au sens quasiment minéral, qu'il me tarde de voir creuser.

 

jeudi, 25 octobre 2018

Cohérence indirecte

44744909_119504839037363_8517769039664119808_n.jpg

 

 

 

Il existe une cohérence parfaite, mais indirecte, entre ma nouvelle photo de profil sur Facebook et ma dernière TSF : la dénonciation de l'américanophobie contre-productive des écrivains anglais par Washington Irving dans “English Writers on America” (un bijou).

 

jeudi, 04 octobre 2018

Conférence de Patrice Nganang (Université de Tours)

jeudi, 20 septembre 2018

Traduction sans filet, la 150e

 Tout est dans la vidéo, en fait. Rien à ajouter, comme chantait Manset.

 

 

        En marge de la 150e traduction sans filet : le rond-point à déversoir, Petite Arche — Tours-Nord, jeudi 20 septembre 2018.         En marge de la 150e traduction sans filet : le rond-point à déversoir, Petite Arche — Tours-Nord, jeudi 20 septembre 2018.

 

En marge de la 150e traduction sans filet : le rond-point à déversoir, Petite Arche — Tours-Nord, jeudi 20 septembre 2018.

 

        En marge de la 150e traduction sans filet : le rond-point à déversoir, Petite Arche — Tours-Nord, jeudi 20 septembre 2018.          En marge de la 150e traduction sans filet : le rond-point à déversoir, Petite Arche — Tours-Nord, jeudi 20 septembre 2018.

mardi, 11 septembre 2018

Le matelassier de la rue de l'Enterrement

Je lis le dernier Laferrière

Dans un cimetière

Censé être fermé

 

Pays réel

Pays rêvé

 

 

 
 
 

mardi, 03 juillet 2018

3 juillet 2018

Au Cameroun, par seule volonté de préserver les intérêts pétroliers, Macron soutient désormais sans ambages la répression sanglante et inique du mouvement sécessionniste dans le NOSO (Nord-Ouest Sud-Ouest). La Françafrique reprend du galon. En soutenant un dictateur génocidaire. 

Après ça, Macron peut continuer de critiquer Poutine...

lundi, 02 juillet 2018

2 juillet 2018

empreintes 489.jpg

 

 

 

 

 

Patrice Nganang. Empreintes de crabe. Page 489.

 

 

Notez bien : ça sort fin août et c'est à lire absolument.

jeudi, 31 mai 2018

Qui a peur du texte ? (Nnedi Okorafor)

Nnedi Okorafor parle beaucoup ces temps-ci, sur Facebook, de la traduction française de Who Fears Death. Il se trouve que cette traduction est absolument exécrable : contresens, incohérences, choix à la limite du racisme, style de roman à deux balles des années 60...

Je le lui ai signalé par mail il y a quelques mois. Silence. 

Je l'ai indiqué en commentaire sur son mur FB, car cela explique, à mon avis, les problèmes de réception du livre par le lectorat français qu'elle évoque. Suppression immédiate du commentaire.

Nous voici donc face au cas d'une écrivaine (excellente, je ne retire rien de ce que j'ai déjà dit) qui est contente qu'un de ses livres soit massacré, du moment que le pognon rentre.

Je le redis donc ici, sur mon mur : lisez Nnedi Okorafor mais surtout pas en français.

 

dimanche, 04 février 2018

66 secondes de lecture, 25 : “jaune de prolétaire”

 

Impossible pour moi de clore une semaine de lectures “africaines” à voix haute sans passer par Raharimanana, et, en l'occurrence, par son Arbre anthropophage.

 

samedi, 03 février 2018

66 secondes de lecture, 24 : Patrice Nganang auf Deutsch

La semaine africaine se poursuit, avec une page de la traduction allemande de Mont-Plaisant.

Avec mes excuses à ceux dont je vrille les oreilles germaniques ou germanistes : mon accent est très médiocre, je le sais.

Patrice Nganang a été libéré il y a cinq semaines, et il est plus actif et motivé que jamais : le chassement du tyran Biya, et en août prochain son nouveau roman chez Lattès, le roman de la guerre civile — c'est aussi, dit-il, le dernier livre qu'il écrira en français.

(Quant à savoir s'il s'autotraduira de l'anglais en français...)

jeudi, 01 février 2018

66 secondes de lecture, 22 : du Sénégal originaire

Toujours en poursuivant la série africaine, avec le très bouillonnant et philosophique essai de Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture.

D'ailleurs, je lisais ça dans le tramway et me suis demandé si je n'allais pas avoir des ennuis, vu le titre.

mercredi, 31 janvier 2018

66 secondes de lecture, 21 : à la verticale

Innovation, pour clore la troisième semaine de publication : le format vertical, qui a permis — seul avantage ? — les floutages intempestifs du texte.

Aujourd'hui, un texte extrait d'une des nouvelles du Fil des missangas, un des livres que j'offre quand je veux vraiment donner une idée de ce qu'est la complexité de ce qu'on appelle, pour simplifier, littérature africaine. Mia Couto est un immense écrivain, mais ce n'est pas cela : ce livre, magnifiquement traduit du portugais par Élisabeth Rodrigues Monteiro, a quelque chose de quintessentiel.



En bonus : le billet qui disparaît, avec l'apparition de celui-ci, de la page d'accueil du blog

mardi, 30 janvier 2018

66 secondes de lecture, 20 : « pétrir la viande de l'autre »

La semaine se poursuit avec une lecture d'un autre roman africain, magnifique.

Agonies est d'ailleurs un des rares livres dédicacés de ma bibliothèque.

Nous avions rencontré Daniel Biyaoula à Beauvais, en 2000 je crois.

Il est mort en mai 2014.

lundi, 29 janvier 2018

66 secondes de lecture, 19 : Freeze Frame

Cette semaine, à défaut d'avoir encore eu le courage de lancer une série de vidéos consacrée aux écrivain·e·s africain·e·s qui comptent pour moi (projet qui me trotte en tête  depuis quelques mois), je vais consacrer les lectures-minute à des textes “venus d'Afrique”, en effet.

Aujourd'hui : un poème de Nii Ayikwei Parkes.

samedi, 20 janvier 2018

66 secondes de lecture, 10

Parmi les projets possibles, en matière de vidéos publiques, il y avait — il y a — la présentation d'un certain nombre — ou peut-être d'un nombre infini — d'écrivains africains.

Diekoye Oyeyinka ne serait pas du lot.

Ce roman je n'ai jamais réussi à en achever la lecture.

samedi, 13 janvier 2018

66 secondes de lecture, 3 : le début d'un chapitre 11

 

Pour cette troisième lecture de la série, passage à l'anglais, et au second roman — jamais traduit (j'ai l'impression de ne jamais dire ou écrire que cela (combien de livres magnifiques qu'aucun éditeur français n'a jamais daigné même regarder...)) — de Jamal Mahjoub, Wings of Dust.

mardi, 19 décembre 2017

Lire pour que Patrice Nganang soit libéré

Bords de Loire, chapitre 21 de La Saison des prunes (2013).

vendredi, 15 décembre 2017

Pour libérer Patrice Nganang...

... il est possible de signer la pétition du collectif d'écrivains, ou, si on est universitaire, la lettre ouverte des universitaires du monde entier en faveur de la libération de Patrice Nganang.


Cette lettre ouverte est à l'initiative de plusieurs collègues de Princeton. Eh oui, en 2017, quand un des plus grands écrivains de langue française est embastillé, ce n'est ni l'Académie française ni le Ministère de la Culture ni les grands organes intellectuels de France qui “se bougent”, mais l'Université de Princeton... À l'heure des hommages à D'Ormesson le colonialiste et des jérémiades de Finkielcroûte, l'intelligentsia française — ou qui se prétend telle — est aux abonnés absents...

Aux dernières nouvelles, Patrice Nganang est tenu au secret dans une prison de sécurité maximale, à Yaoundé, et sa prochaine audition devant la justice remise au 19 janvier.

Sûr, ce n'est pas un prisonnier politique de cette envergure qui empêchera Edwy Plenel ou Françoise Nyssen de réveillonner la conscience tranquille... On ne va pas se fâcher avec le dictateur Paul Biya pour si peu, quand ça fait vingt ans qu'on lui sert la soupe...

jeudi, 14 décembre 2017

Affaire Nganang, des journalistes aux ordres

 

boulets rouges.jpg
 
Pour qui voudrait un exemple de ce que signifie l'expression “une presse aux ordres”, voici un extrait d'un article paru avant-hier dans le Journal du Cameroun.
 
 
 
Sous couvert de revue de presse, le journaliste se contente de crachoter la propagande ethnocentrique du pouvoir en place. Ce sont des “journalistes” comme celui-ci (et comme ceux qu'il cite) qui finissent par provoquer les génocides, à force d'en avoir justifié les prémisses.

mercredi, 22 novembre 2017

NoViolet Bulawayo : la longue nuit de mugabe

NoViolet Bulawayo, jeune et talentueuse romancière zimbabwéenne, auteure du splendide We Need new Names, a publié hier, sur son mur Facebook, le texte ici donné en lien, déjà “liké” 1.300 fois et partagé 817 fois à l'heure où j'écris ces lignes.

Elle m'a autorisé à le traduire et à le mettre en ligne.

Qu'elle soit remerciée pour ses mots et pour sa gracieuse permission.

 

« il n'est de nuit si longue qui ne se termine avec l'aube » — la nuit du président robert mugabe s'est terminée elle aussi. tant d'émotions, mais surtout, au tout début, je me suis assise ici et j'ai pleuré. . . car comme elle a été sombre et terrible, la longue phase nocturne de mugabe. pour ceux qu'elle a engloutis si nombreux, ne jamais voir demain. pour tout ce que mon peuple a dû faire pour survivre. pour tout ce qui dans cette longue nuit s'est effondré, dont des pans entiers de nous-mêmes. dispersés partout, parce que, quand les choses se désagrègent, les enfants du pays se précipitent et se dispersent comme des oiseaux qui fuient un ciel en feu – ils fuient leurs terres misérables pour apaiser leur faim à l'étranger, pour essuyer leurs larmes loin dans les pays étrangers, pour panser les plaies de leur désespoir dans ces terres lointaines, pour marmonner dans l'obscurité de ces terres étranges leurs prières percées d'échardes. oh ma famille Zim je suis désolée pour nos blessures collectives. mais je vous ai aussi vu endurer et lutter dans la nuit, j'ai connu vos rires et vos danses, votre espérance votre dignité votre grâce (non pas l'autre grace *) et tout ce qui fait de vous des astres dorés, et je comprends que toutes ces choses nous ont soutenus. je ne doute pas que nous survivrons à cette longue route devant nous, car comme nous le savons tous, nous devons affronter des lendemains tout en comprenant progressivement quel Zim nous voulons quel Zim nous méritons. ce soir, félicitations, amhlophe, makorototo, mon peuple paisible et résistant, c'est un jour que nous n'aurions jamais cru voir. et surtout, bienvenue à tous les enfants zimbabwéens nés ce jour-là – vous êtes notre promesse la plus précieuse et la plus immaculée, je vous souhaite de ne voir jamais ce que nous avons vu, et je vous souhaite de connaître enfin un grand Zimbabwe.

 

* allusion à Grace Mugabe, l'épouse du président déchu

 

Tous droits réservés © NoViolet Bulawayo pour le texte © Guillaume Cingal pour la traduction

vendredi, 17 novembre 2017

L'homme amoindri

Il s'en est passé, des choses, en 2006.

Je repense à tout cela en faisant quelques scans, au bureau 49bis, de la traduction française de Slow Man, que C*** vient de relire. Voyant que l'édition française date de 2006, je me rends compte que j'ai lu ce livre à sa sortie, en anglais, donc il y a plus de dix ans.

 

Comme L'Homme ralenti est publié au Seuil, ça me renvoie à ce traumatisme absolu que fut, en 2007, l'annonce que le Seuil, tout en me payant intégralement ma traduction de Links, ne la publierait pas. La raison officielle en était qu'ils souhaitaient concentrer le secteur d ela littérature étrangère sur leurs auteurs déjà confirmés : même si leur catalogue a ensuite confirmé cette hypothèse, je n'ai pu m'empêcher de songer, depuis lors (et bien que je reste, d'autre part, très fier de cette traduction et tout à fait certain qu'elle était excellente), qu'il y avait un problème avec moi.

Tous mes échecs, depuis lors, à trouver un éditeur pour les textes africains non traduits qui me semblent si capitaux ne découlent-ils pas de tout ce malheureux épisode ?

 

Links a été depuis traduit (et bousillé) aux éditions du Serpent à plumes, sous le titre (idiot) d'Exils. Depuis, plus personne pour lever ne serait-ce qu'un sourcil quand on parle des inédits de Nuruddin Farah, de Nnedi Okorafor ou de Ngũgĩ wa Thiong'o.

jeudi, 05 octobre 2017

“Petits Biafrais”

Dans le film Animal Kingdom, vers la fin, la grand-mère dit à Josh : “You look Biafran”, ce que l'auteur des sous-titres a choisi de traduire par “tu es tout maigre” (ou “tu as maigri” — j'avoue ne pas avoir noté et ne pas avoir fait de photographie d'écran non plus).

Il s'agit là bien sûr d'un choix consistant à euphémiser, à sous-traduire... c'est ce qu'en traductologie on appelle une modulation lexicale avec effacement de l'image : au lieu de comparer son petit-fils à un Biafrais (image lourde de présupposés culturels), elle se contente, en français, de lui dire qu'il est maigre (concept neutre). Une telle modulation n'est jamais sans conséquences : dans l'intention de ne pas choquer le spectateur (ou de ne pas s'attirer les foudres de la censure ?), l'auteur des sous-titres rend le personnage de la grand-mère, tout à fait abominable par ailleurs, moins raciste. Pourquoi ?

Il me semble que cette image, dont j'ignorais qu'elle existât en anglais (elle est absente de l'OED, mais on trouve dans ce fil de forum quelques éléments complémentaires), est très marquée d'un sociolecte générationnel, celui de la génération de mes parents. Ma mère parlait effectivement des “petits biafrais”, peut-être pour décrire quelqu'un de très maigre ou alors pour évoquer — stratégie assez traditionnelle si l'on en croit les albums de Mafalda, par exemple — le statut privilégié des enfants qui avaient de quoi manger et les inciter à manger leur soupe (ou leur assiette de boudin purée, clin d'œil à ma mère — Maman, si tu lis ces lignes : je t'aime).

Que cette expression pût contenir ne serait-ce qu'un soupçon de “racisme ordinaire” n'est pas ce qui me préoccupe ici... Ce qui m'intéresse, tout d'abord, c'est de me souvenir ici que longtemps j'ai ignoré que cette expression désignait une population. Enfant, j'y voyais certainement quelque analogie avec le verbe bâfrer : biafré (comme je devais l'orthographier dans ma tête) était une sorte d'antithèse de bâfreur. Ce n'est pas très logique, mais bon. Quand j'ai appris que ce terme faisait référence aux habitants du Biafra, on n'a pas dû m'expliquer très clairement ce qu'avait été la guerre du Biafra, car la famine m'a alors paru semblable à celle qui frappait au même moment l'Éthiopie.

J'avais regardé, dès l'âge de sept ou huit ans, sans tout comprendre, le film de Jean Yanne Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Ce n'est qu'en le revoyant longtemps après que j'ai compris les différentes plaisanteries du générique de fin, dont certaine réécriture de Verlaine (autour de 1'25") et surtout le jeu de mots sur demi-Biafrais et demi bien frais (autour de 2'35"). (Je mets un lien vers la vidéo, en avertissant que c'est très Hara-kiri dans l'esprit.)

Dans les années 70, la guerre civile nigériane avait suffisamment marqué les esprits pour que de telles expressions entrent dans le langage courant, d'autant plus, sans doute, que la France avait soutenu militairement et financièrement l'armée sécessionniste. Ce que je constate encore de nos jours, quand j'anime un cours ou un séminaire sur Chinua Achebe, par exemple, c'est à quel point ces noms (Biafra, biafrais) ne disent rien, à quelques exceptions près, aux Français nés après 1980. L'enthousiasme supposé du lectorat français pour les romans de Chimamanda Ngozi Adichie n'y a pas changé grand chose : on lit des romans sans que la dimension historique ou politique soit au centre.

Il ne faudrait sans doute pas beaucoup creuser pour s'apercevoir que le génocide rwandais de 1994 est pris dans une semblable brume vaporeuse d'incertitudes autant historiques qu'idéologiques et géographiques. Et la quasi absence totale de “couverture médiatique” du lent mais tragique glissement vers la guerre civile au Cameroun confirme combien les tragédies africaines donnent lieu à une expression populaire et passagère dans le meilleur des cas...

 

lundi, 13 mars 2017

4141 — Deux vidéos sur les toits de la Bibliothèque

Expositions de poètes africainEs, Bibliothèque Arts et Lettres, site Tanneurs, Tours, 13 mars 2017.     Cela faisait longtemps que je voulais faire ça.

 

L'occasion de venir prendre quelques photographies de l'exposition de livres d'écrivains africains était trop belle pour que je la manquasse.

 

Pour la première vidéo, j'ai repris de mémoire (et je me suis planté : pour le dernier vers, c'est « le temps veille », pas « l'esprit veille » (il a dû se produire une conflagration, dans mon esprit, avec le tableau de Gauguin)) un bref poème d'Esther Nirina qui est à l'honneur avec le présentoir de poésie anglophone du troisième étage.

 

Et donc, deux vidéos d'un coup, pour profiter aussi du passage par le bureau et donc de la connexion ultra-rapide de l'Université.

 

 

Pour la deuxième vidéo, plus longue, je me suis attaché à présenter le livre bouleversant de Shailja Patel, Migritude.

Comme je parle du spectacle dansé dont le texte constitue la première partie de Migritude, voici quelques autres liens pour se faire une idée (et se rafraîchir les yeux après ma tronche et mon blabla) :

  • The Cup Runneth Over (“an act of poetic terrorism”) — à faire écouter aux fans de Barack Obama