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vendredi, 26 février 2016

Déontologie

Conférence de rédaction à la NR

 

— Bon, y a le clash Aubry/Valls, faut titrer là-dessus.

— J'ai une super idée pour un titre original. Il doit traîner des photos de Valls ou Hollande sur un chantier. On pourrait parler de "démolition".

— Ah ouais, bien... Entreprise de démolition, tiens. Dis, toi, là, au lieu de glandouiller sur Twitter, cherche une photo de Valls sur la base de photos de l'AFP.

— ...

— Sur un chantier.

— OK.

(quelques secondes plus tard)

— Y a celle-là.

— Bien, super, il a l'air bien sur ses ergots, en plus, bien.

— Euh, y a une meuf à côté, on sait pas qui c'est.

— C'est pas grave, on n'a qu'à mettre une allusion à Aubry dans la légende. Comme ça avec le casque les lecteurs croiront que c'est elle.

— Ouais, boss, c'est pas top quand même, question déontologie.

— Question quoi ?!

— C'est enseigné dans les écoles de journalisme.

— Les écoles de quoi ?

 

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jeudi, 25 février 2016

« La fameuse armée d'argile »

En 2001, dans Itinéraire chinois, Garcin revient, dans la septième des “Promenades”, sur sa visite de Xian, muée en récit romanesque l'année précédente dans Le vol du pigeon voyageur. Il cite Borges qui “soulignait une étrange et paradoxale parenté entre Qi Shi Huangdi et William Shakespeare” (p. 73), nomme la gigantesque armée “l'inoffensif point d'orgue d'une paranoïa aiguë”... inoffensif quoique bâtisseurs, architectes et concubines dussent être ensevelis vivants avec l'empereur à sa mort : “Ce furent donc un mort et des milliers de vivants qui habitèrent un temps le tombeau et ses multiples salles souterraines.” (p. 75)

13:11 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 24 février 2016

pays perdu oui

Hagetmau, 14.02.2016.

 

oui est un pays plaisant

au soleil de ce dimanche

le ciel découpé sous la branche

c'est la parade des ans

 

oui est un pays perdu

trouant votre coudée franche

le froid est là la neige est blanche

à nier ce qu'on a mordu

 

oui finit en oraison

c'est un pays sans saison

on ne sait pas ce qui le ronge

 

& dans vos cœurs mal embouchés

oui est fait de mots couchés

pour les poisons des oronges

mardi, 23 février 2016

—la noce en cueillant—

15.02.2016.

tu égrenais au seuil des nuits

des coups de pinceaux innocents

qui détruisaient fureurs et bruits

martèlements adolescents

 

tu as pu faire la noce en

cueillant dans l'ombre fleurs et fruits

exacerbant la haine au sang

& épatant quelques instruits

dont tu avais volé l'angoisse

 

à présent l'ombre que tu froisses

a des allures de tapin

 

dis ces dégoulinures noires

les lâches-tu pour d'autres foires

ou trouver le fruit sans pépin

lundi, 22 février 2016

Où revenir au vert

Au centre de ces formes insaisissables une tache verte, lumineuse, cristallisait le regard.

(L’autre monde, p. 37)

 

Nos regards s’étaient mêlés, accrochés, avaient durant quelques secondes que j’aurais voulu ne jamais voir s’achever plongé l’un dans l’autre jusqu’à ce que le renard, ayant vaincu la frayeur qui le paralysait, brusquement fît volte-face et courût vers un sombre taillis, l’éclat roux de son immense queue flottant derrière lui comme la bannière d’une armée victorieuse quittant le champ de bataille.

(L’autre monde, p. 33)

 

Il faut, pour approfondir le regard, un étendard vert. Mais il faut, pour écrire, être désarmé. Débrouillez-vous avec ça.

10:03 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (0)

la fauvette @ la sauvette

15.02.2016.

elle se pose, la fauvette

sans que nul ne l'en ait priée,

sur l'arbre comme à la criée

un rai de soleil sur l'étal

 

elle regagne à la sauvette

un nid invisible, étrillée

par cette écriture embrouillée

& l'approche d'un caracal

 

n'est-ce plutôt une civette

qui s'approche pour que même à

l'affût d'un monde équatorial

 

ce bougre d'âne de Cingal

citant "la mouette c'est Emma"

nomme cette fauvette Yvette

dimanche, 21 février 2016

Of Mice and Men (Sinise, 1992)

Regardé hier soir le film de 1992 adapté de Of Mice & Men — que j'enseigne ce semestre, donc je voulais me faire une idée. Occasion de faire découvrir l'œuvre à mon fils aîné aussi (je lui ai fait lire le dernier chapitre en traduction, pour lui montrer comment la schizophrénie de Lennie était évacuée dans le film au profit de sa “simple” débilité).

Il s'agit, globalement, d'une adaptation très fidèle, de et avec Gary Sinise (jamais entendu parler, jamais vu — auteur d'une très fidèle et assez belle adaptation).

John Malkovich, qui interprète le rôle de Lennie, est excellent, comme à son habitude, et campe merveilleusement (c'est-à-dire avec beaucoup d'habileté mais aussi d'humanité) le demeuré. Ce que je me demande, c'est comment il est parvenu à égrener ces litanies de "George" monocordes et semi-plaintifs sans être hanté en permanence par les versions parodiques de Tex Avery.

Tout est là, en quelque sorte, notamment les éléments très évidents de complicité homo-érotique... mais, à ce titre, l'ambiguïté de la relation entre George et Slim est tout à fait effacée au profit du seul couple Lennie/George. Pour cela, le texte reste plus subtil, avec notamment la belle dernière phrase, dans la bouche d'un lourdaud sans cœur, Carlson : “Now what the hell ya suppose is eatin’ them two guys?”. Ces hommes rongés, grignotés par leur humanité autant que par leur sexualité complexe, ce sont Slim et George Milton, eux qui, après la mort de Lennie, demeurent.

21:42 Publié dans Tographe, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 20 février 2016

“comme l'intérieur d'un insecte”

 « Je dois dire aussi : l'écriture est l'offrande d'un balbutiement. »

(Marina Tsvetaïeva, d'après C. Garcin, p. 74)

 

La vingtième des 24 Vidas de Christian Garcin, un de ses premiers livres (1993), s'achève sur l'exécution d'Étienne Dolet, poète et imprimeur — j'avoue n'avoir connu, jusqu'alors, que l'imprimeur. Dans la description du geôlier qui vient chercher Dolet pour le mener à l'échafaud resurgit l'attention particulière de Garcin aux odeurs (comme dans les premières pages de Du bruit dans les arbres, 2002).

L'homme qui vint le chercher était jaunâtre et puant comme l'intérieur d'un insecte. Il ouvrit la porte du cachot, grogna quelques mots, baissa les yeux devant ce regard noir, scrutateur, cette absence de terreur. (p. 127)

 

Je ne suis “entré” pleinement dans le livre que tard. Ce sont les quatre portraits rassemblés dans la cinquième partie, “Oublis”, qui m'ont vraiment convaincu du projet; jusque là, j'étais réservé, trouvant ces vies brèves trop sommaires, justement, ou alors parfois trop évidemment inventées, comme manquant de variation stylistique, phrases faites au moule. C'est très méchant, et très faux, ce que j'écris, mais je le note quoique j'aie changé d'avis. Ayant commencé en léger décalé la lecture de L'Encre et la couleur (1997), il me semble que la recherche de phrases plus variées, moins rivées au rythme ternaire, risquant l'allongement, est devenue plus centrale au projet de Garcin. (Pour se faire une idée du premier style, abrupt et chantant, de Garcin, cf par exemple la vie brève de Peire Vidal, Vidas 63-67).

Vidas s'achève sur un portrait de Donatello ; le livre de 1997 s'ouvre sur Masaccio. Pour ce qui est de l'allongement, il concerne les chapitres, les “vies” elles-mêmes : alors que les deux livres sont de presque égale longueur, L'Encre et la couleur est constitué de sept chapitres, contre 24 dans Vidas.

 

Ce que l'on trouve déjà dans Vidas, c'est – outre l'odorat qui s'ouvre un chemin dans l'écriture – la façon qu'a Garcin de développer une phrase à partir des sonorités du mot – ou de l'expression – qui figure à son début, comme, ci-dessous, dans un extrait de la “vie” de Diogène :

Lors des joutes oratoires qu'il aimait provoquer, il avait toujours le dernier mot – soit que ses arguments déroutassent ses adversaires, soit que son outrance les déconcertât. (p. 142)

 

Parfois, ce travail part d'une anagramme partielle, comme dans la série soir → rosi (où l'on retrouve aussi la réminiscence du “beau ciel d'automne calme et rose” de Baudelaire) :

Contemporains, comme les parfums qu'apportait le vent du soir, et que Salluste, Cicéron ou Martial avaient sentis avant lui, près des mêmes colonnes, des mêmes architraves, sous le même ciel rosissant. (p. 146)

 

10:09 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 19 février 2016

Le vol du pigeon voyageur

 

Tu te laisses porter par les événements plus que tu n'agis sur eux.

(Mariana, à Eugenio — p. 115)

 

C'est un faux roman policier, dont le récit finit par épouser la forme du fleuve ou du jardin tels qu'ils caractérisent, selon Zhang, la civilisation chinoise (“le jardin piqué, taillé, le trompe-l'œil”, p. 161). Son protagoniste/enquêteur, Eugenio Tramonti, on le sait quand on a lu auparavant les romans ultérieurs de Garcin, qu'il disparaît à son tour, comme Anne-Laure en Chine. Dans les chapitres XIV et XV, Eugenio visite une partie du chantier de fouilles de l'armée des guerriers de Qi Shin Huangdi, “gigantesque puzzle […] en miettes” (p. 103) sur lequel Garcin revient dans son Itinéraire chinois.

Grâce à ce bref roman, j'ai découvert Yosano Akiko.

 

10:04 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 18 février 2016

Hors tout

 11 février

6 h 55

Le vent souffle fort. Dans l'âtre crépite de temps à autre, timidement, la bûche calcinée d'hier soir. Le café passe. Sur la route, aussi camions et voitures, à toute allure.

 

9 h

Le jour a fini par se lever. Gris mêlé de bleu très clair au fond, route de Poudenx.

Je n'ai pas faire suivre assez de lecture, sans doute dupé par les quelques livres de C.G. Déjà lus et que j'ai apportés pour ajouter quelques textes aux Larcins.

Ce n'est pas grave : il y a plusieurs livres, ici, dont je ne cesse de différer la lecture.

Tout à l'heure, écrit trois textes pour Artois, à moi, assis dans le canapé, jambes allongées sur la table basse, le coussin bleu entre mes cuisses et le laptop. Cela m'est plus facile, ici, que de chercher à poursuivre 16 en 16, tâche déjà assez compliquée. En revanche, j'ai échangé, sur FB, autour de la forme de la marelle. Si je prends, ces jours-ci, quelques notes pour cette affaire de marelle, ce ne sera déjà pas mal.

 

 

14 février, 6 h 40

Levé depuis 4 h du matin, j'en ai glissé deux mots sur FB, mais pas de spectre, je suis plus fort que ça. Hier, pas écrit une ligne pour les blogs, mais, à l'aube, une retroensa pour les 71 ans de mon père.

 

 

16 février, 8 h 45

Hier matin, dans le laps d'insomnie entre la fin de nuit et l'aurore, j'ai écrit 3 sonnets et 1 rotrouenge. Ce matin, rien. Lu la presse, divers billets de blogs. Hier, rien écrit non plus dans ces carnets. Aujourd'hui, nous allons “rendre” à la médiathèque les livres empruntés, dont Barroco tropical, fini de lire hier à quasi minuit. Ce matin, Burgaudeau étant en congés pour une semaine, j'ai acheté les croissants et les chocolatines – après avoir dû me préparer à dire “chocolatines”, comme je suis aliéné – chez un autre boulanger. Il fait -1° dehors, et 2° dans le garage. Nous allons passer une partie de la journée à Pau. Grand ciel bleu écorné par le volet arraché, au premier étage du taudis d'en face, sur le carrefour.

 

 

 

17 février, 8 h 25

Le buste de Néfertiti demeurera, ainsi sans doute que cette bille tombée par terre, ou les cadres photos au mur, mais bien d'autres objets ici sont plus fragiles : les chaises de la salle à manger qui se déglinguent les unes après les autres, le petit fauteuil en mousse dans lequel O*** ne s'assoit plus depuis déjà plusieurs années mais dans lequel la chatte a décidé de faire, cette semaine-ci, ses siestes et ses nuits, les sandales défoncées que je laisse traîner dehors pour les fois où je dois faire quelques pas, jusqu'au bûcher ou jusqu'à la boîte à lettres, la chemise rouge pâle même que je porte et que je tiens de mon beau-père et que je portais déjà le 27 février 2008 à Sauveterre.

mercredi, 17 février 2016

Poétique de Christian Garcin (Esquisse pour une)

Loin du monde le langage se heurte à sa matière propre et se révèle à lui-même, avant de s’oublier. J’écris. Je longe la forêt, parfois pendant très longtemps. Puis j’y entre à petits pas, armé de phrases brèves.

Ce que me dit la fuite éperdue du Cerf courant sous bois peine à franchir mes lèvres.

Il me semble que le moment de cette révélation du langage à lui-même est ce que je cherche dans l’écriture. Lorsque j’écris je cherche l’autre monde.

(L’autre monde, p. 16)

 

La déclinaison la plus évidente de cette affirmation d’une poétique serait dans l’exploration géographique (tout ce qui, dans l’œuvre de Christian Garcin, est exploration des ailleurs, asiatiques notamment), mais le plus profond est justement dans la langue. Garcin écrit ceci au sujet d’une forêt française, telle que saisie par la pâte du très français Gustave Courbet, dont les initiales viennent inverser celles de Christian Garcin, et le véritable autre monde cherché est celui de la langue, celui qui voit s’inverser les sons pour que de brèves naisse lèvres.

10:01 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 16 février 2016

“ragoût de potamochère”

mes amis faisaient bonne chère

un donna son dernier cauri

pour de la chair de pécari

un ragoût de potamochère

 

qui sait de quoi ils bambochèrent

était-ce quelque fol pari

pour assaisonner de gari

nos estomacs mis en jachère

 

ainsi je festoyais avec

mes amis et pan sur le bec

du bec-en-sabot de l'outarde

 

pour se gaver de chair poivrée

je narre cette agape vraie

rêve piqué à la moutarde

lundi, 15 février 2016

3 phrases

Le jour jette ses derniers feux.

La promenade sous le vent glacial, par Saourine, a vu rouler la discussion sur l'Islande et l'Angleterre.

Le feu, par la grâce de l'âtre gigantesque, suffit à chauffer la maison, grande pourtant.

 

dimanche, 14 février 2016

3 + 2 distiques

5 février

On a über-dégueu j'a gerbu mes bretzels

À l'apéro la photo d'un Xoloitzcuintle.

 

4 février

Golri-j'on ôtut le trait d'union millepattes

Le jour qu'il démission Benjamin Millepattes.

 

 

3 février

10405678_10206735197632442_9155818349466472205_n.jpgOn a gerbivor plus qu'un tube d'Alizée

La roulette pour furète paralysée.

 

Golri-je très beaucoup comme que la furète

Avecque son bobsleigh elle a rasta roquète.

 

 

2 février

On a péniblos dans les couloirs les reunois

Sono de Maître Gims à fond les nettes-ma.

samedi, 13 février 2016

Rising Stages of Anger

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Comment traduire cette gradation ?

 

Même le titre n'a rien d'évident : « les stades de la colère » ?

« glissements progressifs vers la colère » ?

(La colère monte irrépressiblement, comme une mer démontée. C'est cela qui est difficile à rendre.)

 

Ensuite, il faudra procéder par équivalences

vendredi, 12 février 2016

Calme brun (sur la toile)

Je crie et pense à ces vieux solitaires empreints de calme brun.

(L’autre monde, p. 8)

 

Christian Garcin fait parler – en italiques – le cerf du tableau de Courbet.

L’autre monde est un livre capital, qui fait dialoguer l’imaginaire de l’écrivain avec les ombres portées et diffractées, dans la mémoire fallacieuse, d’un tableau où se signe l’Autre.

Il y a dix ans, je crois, quand j’avais déliré, en colloque, sur l’autre part et l’Autre-part (à propos de The Good Soldier), je n’en étais qu’à l’ébauche. On n’a pas vraiment réfléchi (bien que les jeux de langage autour de la capitalisation de l’autre/Autre aient été un des tics les plus productifs de l’ère post-lacanienne) à cette question de la partie et de la partialité dans le rapport à l’autre.

09:54 Publié dans Larcins | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 11 février 2016

Le linge (non, pas de tergal)

Voici qu'un vers des Perles rouges de Robert de Montesquiou m'a dirigé vers la page 340 du tome III du Robert culturel, où j'ai certes pu trouver la définition de manuterge, mais pas de citation, et donc j'en reviens au premier vers du sizain des Perles rouges, II :

Voile qu'un dieu défunt a pris pour manuterge

 

mercredi, 10 février 2016

Glasfuß u. Gestrüpp

En lisant le dernier livre traduit de Herta Müller (Dépressions. Gallimard, 2015), je me fais honte de ne jamais avoir essayé de lire ses œuvres en allemand. Et surtout, plus que la honte, ce sont les questions qui ne manquent pas de fourmiller.

Ainsi, quand, dans le passage ci-après, le travail sur les sons vocaliques, le rythme, les rimes à l'intérieur des phrases de prose, est aussi colossal, je ne peux m'empêcher de me demander à quoi ça ressemble en allemand, si toutes ces concordances ont été reprises par la traductrice, Nicole Bary*, ou si certaines font l'objet, de sa part, d'une compensation... bref, comme il est idiot de ne pas avoir des semaines de 373 heures et de ne pas lire Herta Müller dans l'original.

Les yeux profonds du père regardent le pied de verre noir de la mère avec la déchirure blanche. Les souliers noirs de la mère enjambent les taupinières entre des tombes étrangères.

Nous passons sous le porche du cimetière. Le village s'enfonce en lui-même et sent le sapin et la fougère, les chrysanthèmes et les coulures de cire. **

(“Tango appuyé”, in Dépressions, p. 121)

 

* Quoi qu'il en soit, le livre est si beau, si singulier, la langue si lancinante et belle, que c'est forcément une bonne traduction.

** Finalement, grâce à une édition pirate en ligne de Drückender Tango, j'ai pu accéder à l'original. Je laisse chacun juge :

Vaters tiefe Augen schaun auf Mutters schwarzen Glasfuß mit dem weißen Riß. Mutters schwarze Schuhe gehen über Maulwurfshügel zwischen fremden Gräbern.

Wir gehen durch das Friedhofstor. Das Dorf sinkt in sich ein und riecht nach Tannengrün und Farn, nach Chrysanthemen und nach wächsernem Gestrüpp.

mardi, 09 février 2016

Quatrains bifides (Gorongoza)

23 janvier 2016.

Qui vivra lira

Son avenir dans le marc.

Carlos Lopes Pereira

Veut redonner vie au parc.

 

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Un plat cuit au curcuma

Ne plaît pas aux enfants.

La guerre civile a trauma-

Tisé les éléphants.

 

 

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Si je souffle du mufle

Très franchement ça coince.

Sur 14.000 buffles

Il n'en restait que quinze.

 

 

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Le lyrisme et tout le tintouin,

C'est pour les poètes — les vieux !

Phacochères et babouins

Ont repris possession des lieux.

 

 

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À peine a-t-il dit bonjour

Qu'il fume une clope.

C'est la saison des amours

Chez les antilopes.

 

 

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Il aimait faire des dames

De beaux portraits au Kodak.

L'excrément des hippopotames

Apporte des nutriments au lac.

 

 

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Jamais je n'irais chercher

De prétexte à être malade.

Le crocodile asséché

A une perruque en salade.

 

 

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Quoi, après notre idylle,

Tu me cherches querelle ?

Le bébé crocodile

Becte une sauterelle.

 

 

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En mangeant de la mort-aux-rats

On risque une grosse gastro.

Carlos Lopes Pereira

A pour sosie Fidel Castro.

 

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Ruptures

Comme hier, à Paris, un vent à décorner les markhors m'a tiré du lit, à Tours, vent plus fort encore à 7 h 20 qu'il y a deux heures.

L'avantage des fins de nuit un peu précoces, c'est de pouvoir régler, par mail, des questions importantes avec les partenaires australiens, malais et coréens — et japonais — alors que, pour eux, c'est l'après-midi.

1 h 20, donc, à traiter les mails professionnels... Dire que je me levais en pensant avancer dans les textes personnels pour le blog anthracite...

lundi, 08 février 2016

... du grain à mudre

passez par la calamistoufle

ô hérauts du matin de brou

on vous réchauffe peu ou prou

qui du bonnet qui de la moufle

 

à retomber dans votre trou

reprenez doucement le souffle

& engoncés dans votre doufle

passez par le chavirécrou

 

vous abhorrez la frangisudre

& le si élégant tonkin

à vous plumer le maroquin

 

ça va donner du grain à mudre

aux fanas d'homéotéleutes

& aux salopiots herméneutes

dimanche, 07 février 2016

Loris grêles

2 janvier

 

Sous l'averse et la grêle,

Je connus des revers.

Des jumeaux loris grêles

Naquirent à Anvers.

vendredi, 05 février 2016

Fin de stage

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Je crois que “ma” stagiaire de troisième a essayé de me dire un truc sur ce qu'elle a pu observer du métier d'enseignant-chercheur.

jeudi, 04 février 2016

Dissidence dans le classement

Quel plaisir de perdre cinq minutes, parfois plus, à chercher un livre sur mes étagères “africaines”, parce que le classement est totalement anarchique, ni alphabétique ni par pays ni même par auteur, pas vraiment par format... Je m'y retrouve à peu près, et quand je ne m'y retrouve pas, c'est l'occasion de s'arrêter sur un titre, d'ouvrir un ouvrage qui avait été un peu délaissé...

 

(De vieilles velléités de dissidence.)

mercredi, 03 février 2016

Versura

Au bout du sillon, la charrue fait demi-tour. Le mot latin qui désigne l’endroit et le moment où la charrue fait demi-tour est versura, qui a donné vers en français. Le vers du beau langage est lié au monde de la parcelle utilitaire, du champ cultivé, de la raison humaine qui soumet la nature à ses besoins et ses codes. Le monde de la forêt est celui du langage superfétatoire, absent.

(C. Garcin. L’autre monde, p. 12)

 

La schize charrue / forêt, plus que le souvenir du titre d’un des carnets de Pinget (la métaphore du harnais restera toujours, pour moi, plus sourdement et lourdement opérante), me suggère des pistes du côté de Tutuola (quand la langue cesse d’épouser la norme régulière, là est la rencontre avec la forêt déréglante) ou de Nii Ayikwei Parkes (l’inassignable notre quelque part, entre le monde des codes mis en parcelles et le monde par nous).

mardi, 02 février 2016

2013-2016

2 février 2013.

Je vais mettre un crêpe noir pour relire Raymond Chandeleur.

2 février, jour du calembour pourri.

 

Aujourd'hui (même jour, en 2016)

En mangeant une crêpe accompagnée d'un gobelet de thé aromatisé à je ne sais déjà plus quoi au stand de l'association des étudiants anglicistes, j'ai eu une discussion tout à fait passionnante avec deux anciens étudiants, actuellement en M2, et avec une étudiante de L1 que je n'ai pas dans mes cours, notamment sur l'évaluation des enseignements.

(Moins pourri.)

 

(Lointain écho d'“Exister est un plagiat”, sous une autre forme, et du Temps immobile.)