mercredi, 28 septembre 2011
Météo, 3 [Hagetmau, 13 juillet 2011]
Hier soir, un orage est tombé, accompagné d’une averse très violente. J’ai saisi l’occasion pour apprendre à Alpha – qui a eu dix ans avant-hier – comment on calculait la distance de la foudre. (Sur la route, que je sache, aucune voiture n’a fait de tonneaux.) Ce matin, il pleut encore, je crois, et il doit faire bien froid. Vais-je pouvoir, comme hier, livrer mes cinq heures de bûcheronnage ?
(Les tas de bûches s’élèvent ; le terrain est encore envahi de grandes branches coupées.)
Quel vieux vilain temps gris ! Je crois déjà avoir raconté, dans Touraine sereine (mais ne peux vérifier, faute de connexion), l’origine de cette phrase exclamative. Toujours est-il que, ce matin, dès huit heures, la journée annonce un vieux vilain temps gris, que ne soulagera que la verdure des arbres.
(Ajout du 28 septembre : paradoxe de la froidure en juillet, et de la chaleur fin septembre. Obsession de la verdure. Liens ajoutés bien sûr aujourd'hui, lors de la publication.)
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mardi, 27 septembre 2011
Philip Roth – Nemesis (2010)
Dans la perspective de mon cours sur American Pastoral, je m’envoie (ou m’infuse) un certain nombre de romans de Philip Roth, dont les plus récents – la série des quatre brefs récits rassemblés sous le titre général de Nemeses (nemesis au pluriel, en anglais : je n’ai aucune idée du pluriel de némêsis en français, ou plutôt si : je me doute que c’est un substantif emprunté au grec, et donc invariable) – sentent la fatigue. J’ai manqué de temps pour publier mes notes de lecture sur les romans des années 70 et 80 ; elles sont encore sur des fiches bristol, ou dans le ventre de l’ordinateur.
Avant-hier soir, j’ai fini de lire Nemesis, le 4ème et dernier roman de la série des Nemeses (!). Il s’agit d’un roman en trois parties, dont l’action se déroule, pour l’essentiel, en 1945, à Newark, dans le quartier de Weequahic. Le sujet en est l’épidémie de poliomyélite, et les nombreuses victimes qu’elle fit sur la côte Est des Etats-Unis, en particulier parmi les enfants. (Dans le documentaire diffusé la semaine dernière sur Arte, Mia Farrow explique que c’est après avoir discuté avec elle, qui a survécu difficilement à la polio, que Philip Roth a écrit Nemesis.) Le personnage principal est Bucky Cantor, jeune homme de vingt-trois ans qui n’a pu se faire enrôler dans l’armée en raison de ses problèmes de vue et qui, professeur d’éducation physique pendant l’année, s’occupe de diriger les activités sportives des enfants pendant l’été (« playground supervisor » : surveillant de centre aéré ? responsable des activités en plein air ?). Il est nommé ‘Mr. Cantor’ tout au long du roman, car, ainsi que le lecteur l’apprend p. 108, le narrateur est un enfant qui avait douze ans lors de l’épidémie, Arnie Mesnikoff, et qui raconte l’histoire en 1972, après avoir retrouvé la trace de Bucky Cantor et appris, de la bouche même du protagoniste, l’histoire dans tous ses détails.
Les points que je retiens sont les suivants :
* récit en 3 parties – la 3ème, beaucoup plus brève, se passe en 1972, et raconte les circonstances de la rencontre entre Bucky et Arnie, qui ont tous deux survécu, avec de fortes séquelles, à la polio en 1945. Elle s’intitule ‘Reunion’, ce qui est ironique, puisque ces retrouvailles servent surtout à mettre en avant pourquoi Bucky Cantor, convaincu d’avoir infecté involontairement plusieurs garçons de Newark ainsi que plusieurs garçons, s’est condamné à ne plus avoir aucune vie sociale, et surtout à ne pas épouser Marcia Steinberg, à laquelle il venait de se fiancer lorsqu’il est tombé malade. Toute la question de la culpabilité et de la maladie est étroitement mêlée à un débat d’ordre théologique, qu’éclaire principalement le point de vue, explicitement athée, d’Arnie, le narrateur (Nemesis. Jonathan Cape, 2010, pp. 264-5). On peut aussi se référer à la divergence de vues entre Bucky et sa fiancée lorsque l’épidémie de polio prend de l’ampleur : praying vs vision d’un Dieu qui abandonne les humains (forsaking). Le découplage entre un Dieu vétéro-testamentaire et un Dieu néo-testamentaire est, comme toujours chez Roth, systématiquement évité, objet de brouillage.
* le personnage de Bucky Cantor n’est pas sans rappeler celui de Seymour Levov, « the Swede », dans American Pastoral è très sportif, il est perçu comme un modèle et un idéal par les enfants et les adolescents (Arnie et Donald seraient, à cette aune, des versions bis du jeune Nathan Zuckerman dans AP). Surtout, l’analyse que fait Arnie du sentiment de culpabilité de Bucky Cantor permet de nets rapprochements. Our ne citer que deux passages de la fin du roman :
He has to find a necessity for what happens. There is an epidemic and he needs a reason for it. He has to ask why. Why? Why? That it is pointless, contingent, preposterous and tragic will not satisfy him. […] this is nothing more than stupid hubris. (p. 265)
Such a person is condemned. Nothing he does matches the ideal in him. (p. 273)
Lors d’une visite que lui rend Bucky Cantor au début de l’épidémie, son futur beau-père, le docteur Steinberg, insiste sur le fait que, même quand on fait ce qu’il faut (« you do the right thing »), on ne peut s’empêcher de constater l’absurdité de l’existence : « Where is the sense in life ? » (p. 47)
* le statut du narrateur et les conditions d’énonciation originelle du récit sont complexes (cf pp. 244-5). Font l’objet d’une forme de dissimulation subjective/objective. Arnie compare le récit rétrospectif de Bucky comme un voyage impossible qui tourne autour de l’irréversible : « an exile’s painful visit to the irreclaimable homeland » (p. 245). L’image de l’exil et de la demeure suggère autant le Juif errant que le Paradis perdu (rêve d’Eden). / AP
* statut de la Nature et de l’idéologie de la vie sauvage. La 2ème partie, « Indian Hill », se situe dans un centre aéré fondé par un certain Blomback sur les théories d’Ernest Seton, une forme de scoutisme dont le principe fondamental est le respect des coutumes indiennes. La voix narrative semble prendre ses distances avec (voire se moquer implicitement de) ce nativisme, fantasme de retour à une pureté originelle d’autant plus paradoxal que ce sont les anciens colons, ceux qui ont expulsé/exterminé les Amérindiens, qui miment les coutumes indiennes. Il y a, à cet égard, une scène essentielle, juste avant la mort de Donald Kaplow (adolescent très sportif dont Bucky aide à améliorer les techniques de plongée), la cérémonie du Grand Conseil Indien (peintures de guerre, feu de camp, discours en indien). Cette cérémonie s’achève, assez symptomatiquement, par le God Bless America (p. 218). Par ailleurs, Donald Kaplow se moque, à l’oreille de Bucky, de tout ce tralala et du fait que Blomback prenne tout cela au sérieux. Les moqueries de Donald sont qualifiées de kibitzing ° .
Il est difficile d’interpréter la mort brutale de Donald Kaplow après cette scène. Bucky est convaincu de l’avoir contaminé à son insu. Le lecteur ne peut s’empêcher d’envisager l’hypothèse d’une vengeance divine : en se moquant des rites indiens sur un site sacré (Indian Hill), Donald n’a-t-il pas été puni de son outrage (hubris) par la poliomyélite (nemesis) ? Toutefois, cette interprétation est trop simpliste : le Dieu de l’Ancien Testament et les esprits sacrés des Indiens ne sont-ils pas distincts ? Surtout, le récit tend à insister sur le caractère fantasmatique de tout lien de cause à effet. (Elément faussement proleptique, juste avant la catastrophe : le papillon, en qui Bucky voit « an omen of bounteous days to come », p. 179.) Le point de vue développé en filigrane par Arnie, le narrateur, et par le docteur Steinberg, ne doivent-ils pas inciter le lecteur à ne pas faire de lien, à ne voir, dans tout événement, que pure contingence ?
° D’après l’OED, le verbe kibitz est tiré du yiddish, à partir de l’allemand kiebitzen (regarder un jeu de cartes). Le 1er sens du verbe, à valence transitive, est lié aux jeux de carte. Voici un copié-collé du 2ème sens, pour lequel le verbe est intransitif :
To chat, banter, or joke, freq. with a person; to behave in a lighthearted or informal manner, to fool around.
1930 G. Kahn & W. Donaldson My Baby just cares for Me (song) 5 She don't like a voice like Lawrence Tibbett's, She'd rather have me around to kibitz.
1969 P. Roth Portnoy's Complaint 244 Fierce as the competition is, they cannot resist clowning and kibbitzing around.
2002 National Rev. 1 July 27/2, I served coffee, I told bad jokes, and good ones. I kibitzed. I schmoozed.
11:21 Publié dans Nathantipastoral (Z.), WAW, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
Météo, 2 (souvenir de vacances...)
12 juillet 2011.
C. vient de partir pour l’A.M.I., les enfants regardent la télé (Regards Passion) et je pianote avant d’aller bûcheronner. Il est – déjà – dix heures du matin. Il ne fait pas très chaud, il y a de l’air, et le soleil se montre timidement.
Dans ce bureau, où je me suis photographié « face aux trois ordinateurs », la lumière est tamisée, pour ne pas dire bouffée par l’avant-toit, la poutre mais surtout l’énorme laurier qui est devenu, entre C. et moi, un sujet de plaisanterie récurrent, au point d’imaginer que d’ici peu il pourra, à lui seul, servir de clôture entre notre terrain et celui de la grand-mère de C., dont la maison est, depuis deux mois, mise en vente.
08:22 Publié dans Autoportraiture, Ecrits intimes anciens, Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 26 septembre 2011
In memoriam Wangari Maathai
Comme tout le monde, j'ai appris ce matin, par la presse, le décès de Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix 2004 -- sans doute l'un des choix les plus incontestables et les plus significatifs de ces dernières décennies. Afin de lui rendre hommage, je copie-colle ci-dessous un passage très fort de son allocution lors de la remise du Prix Nobel. (Un extrait de la cérémonie peut être regardé sur le site de la Fondation Nobel.)
Although initially the Green Belt Movement's tree planting activities did not address issues of democracy and peace, it soon became clear that responsible governance of the environment was impossible without democratic space. Therefore, the tree became a symbol for the democratic struggle in Kenya. Citizens were mobilised to challenge widespread abuses of power, corruption and environmental mismanagement. In Nairobi 's Uhuru Park, at Freedom Corner, and in many parts of the country, trees of peace were planted to demand the release of prisoners of conscience and a peaceful transition to democracy.
Through the Green Belt Movement, thousands of ordinary citizens were mobilized and empowered to take action and effect change. They learned to overcome fear and a sense of helplessness and moved to defend democratic rights.
In time, the tree also became a symbol for peace and conflict resolution, especially during ethnic conflicts in Kenya when the Green Belt Movement used peace trees to reconcile disputing communities. During the ongoing re-writing of the Kenyan constitution, similar trees of peace were planted in many parts of the country to promote a culture of peace. Using trees as a symbol of peace is in keeping with a widespread African tradition. For example, the elders of the Kikuyu carried a staff from the thigi tree that, when placed between two disputing sides, caused them to stop fighting and seek reconciliation. Many communities in Africa have these traditions.
Such practises are part of an extensive cultural heritage, which contributes both to the conservation of habitats and to cultures of peace. With the destruction of these cultures and the introduction of new values, local biodiversity is no longer valued or protected and as a result, it is quickly degraded and disappears. For this reason, The Green Belt Movement explores the concept of cultural biodiversity, especially with respect to indigenous seeds and medicinal plants.
As we progressively understood the causes of environmental degradation, we saw the need for good governance. Indeed, the state of any county's environment is a reflection of the kind of governance in place, and without good governance there can be no peace. Many countries, which have poor governance systems, are also likely to have conflicts and poor laws protecting the environment.
In 2002, the courage, resilience, patience and commitment of members of the Green Belt Movement, other civil society organizations, and the Kenyan public culminated in the peaceful transition to a democratic government and laid the foundation for a more stable society.
08:27 Publié dans Affres extatiques | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 25 septembre 2011
"Hitler is informed about the font", Parts 1, 2 and 3
15:08 Publié dans Comme dirait le duc d'Elbeuf | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 22 septembre 2011
19, 22.
Deux heures moins le quart, jeudi.
————— 19 onglets ouverts dans Google Chrome :
- messagerie électronique
- la WP anglophone (entrée « John Burnside »)
- la WP francophone (entrée « Marc Blanchet »)
- poème de Marc Blanchet sur remue.net
- fiche bibliographique de Marc Blanchet sur Poezibao
- Flickr (image affichée : « Le Jour ni l’Heure 5988 »)
- l’Oxford English Dictionary (entrée pinochle)
- Gutenberg News
- recherche Google dans Gutenberg.org (requête pinochle)
- texte intégral de The Aldine, vol. V, dans Gutenberg.org
- l’ENT de l’Université de Tours (onglet Bibliothèques)
- la WP anglophone (entrée Dittrichia viscosa)
- Complete Review (page ‘The Plot Against America’)
- Complete Review (page ‘Some Thing Black’)
- site de la Philip Roth Society (onglet ‘Research’)
- Reuters
- La WP Anglophone, encore (catégorie Free Improvisation)
- youTube (FormaII de Thomas Ankersmit)
Le morceau électroacoustique de Thomas Ankersmit (et Valerio Tricoli) dure neuf minutes pile, soit plus de temps qu’il ne m’en a fallu pour écrire ce billet.
13:54 Publié dans Aphorismes (Ex-exabrupto), Autres gammes | Lien permanent | Commentaires (0)
Matière et mêmoire
Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister.
Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister en un croisement de coïncidences — un rappel vif, aigu, de l’épaisseur du temps.
Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de constituer, par des rapprochements, cette forme de mémoire que, depuis quelques années, je m’échine à tenter de cerner et que j’ai nommée mêmoire.
Parfois, la photographie consiste à saisir sur le vif, posé sur un rocher, un rouge-queue noir, puis, en retrouvant l’image (la phrase, dans le cas de l’écriture), à faire immédiatement un lien avec une autre image, pas si ancienne — très précaire ou malhabile celle-là, mais il n’y avait pas le choix : l’oiseau voletait nerveusement, la vitre était sale, le contrejour difficile à éviter. Pourtant, le rapprochement de ces deux images devient essentiel, substantiel, consistantiel. Le lien donne matière à. (Il lie : transitivité indirecte.) Le lien donne matière. (Il s’avère pour lui-même : intransitivité.)
Parfois, la photographie, comme l’écriture, se contente de consister.
09:09 Publié dans Blême mêmoire, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 21 septembre 2011
Nuruddin Farah ――― Crossbones
Cette nuit, j’ai bien avancé dans ma lecture de Crossbones, le dernier roman de Nuruddin Farah. Délibérément, je me suis laissé quelques chapitres, histoire de prolonger le plaisir. (Les orgasmes rapides ont du bon aussi. Les orgasmes longs sont les meilleurs.)
En 2006, j’ai traduit Links, qui a été finalement publié dans une très mauvaise traduction en 2010 (Exils). En 2007, j’ai lu et relu Knots, le second volet de la trilogie « Past Imperfect ». Cette semaine (et les suivantes, sans doute), je la passe avec le troisième tome. Quelle langue ! Plus exactement, Nuruddin Farah a une langue, une écriture et une vision exceptionnelles. C’est la convergence des trois qui, à chaque fois, subjugue et donne à réfléchir.
Il ne se passe pas grand-chose, et pourtant ce n’est pas un « livre sur rien », loin s’en faut. Un livre très intense, avec des situations, des personnages d'une profondeur et d'une puissance impressionnantes.
Ce n’est pas un texte post-colonial au sens normatif ou préformaté, et pourtant il y a, dans chaque phrase, cent fois plus d’ouvertures intellectuelles sur les questions de mondialisation et la situation des pays africains que dans quinze romans de [ici, imaginer les noms de tel ou tel romancier].
Ce n'est pas un texte « formaliste », et pourtant il y a, à chaque phrase, de vraies richesses lexicales, linguistiques, poétiques.
Crossbones fait renaître le désir. J’ai le désir d’écrire sur ces textes de Nuruddin. J’ai envie de traduire Nuruddin. J’enrage à l’idée que si, demain (c’est-à-dire dans deux semaines), Nuruddin reçoit le Prix Nobel (il a déjà été short-listed deux fois, après tout), les lecteurs français n’auront rien de valable à se mettre sous la dent, à part la deuxième trilogie, magistralement traduite par Jacqueline Bardolph. Surtout, il n’y a plus d’éditeur pour s’intéresser vraiment à Nuruddin, comme jadis avec Pierre Astier. Il n’y a plus de critique littéraire qui connaisse vraiment son œuvre. J’ai proposé d’organiser, à Tours, un colloque consacré spécifiquement à cette troisième trilogie – dans notre centre de recherche, préoccupé de gender studies à la sauce fade et de questions politiques rebattues, cela ne soulève à peu près aucun enthousiasme. Depuis son divorce, je n'ai même plus de moyen de communiquer avec Nuruddin (pas d'email, plus de contact avec son agent, rien).
il n'y a pas qu'en France que les critiques ne comprennent pas (ou comprennent mal) l'esthétique de Nuruddin. La plus importante (à ce jour) recension de Crossbones aux Etats-Unis démontre cela à l'envi.
Sans doute devrais-je écrire, dans mon coin et sans songer à qui me lira, des chapitres sur cette trilogie, ou traduire les romans tout en sachant qu’un(e) incapable se chargera finalement de massacrer le texte français. C’est un peu difficile. Mais la beauté en vaut la chandelle.
13:54 Publié dans Affres extatiques, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
Dans un café duveteux
................... 9 décembre 2010.
Les coings au four étaient le dessert préféré de Sir Isaac Newton. Je reprends de plus haut. Cela ne fit rire personne quand Guy demanda : "personne n'a vu ma fiole ?" (C'était une blague à tabac.) C'était une blague à tabac. Et celui-là n'était pas mûr (je reprends de plus haut). Adina prit un coing et dit : non, tu ne l'as pas lavé, il a de la fourrure sur la peau. Celui-là n'était pas mûr : ils sont trop verts, dit le renard dont la fourrure, chaque jour, rétrécit comme peau de chagrin dans l'appartement d'Adina. Celui-là n'était pas mûr. Déjà pourtant il déverdissait (par rapport aux feuilles, s'entend). Richard est bien heureux. Les heures passeront, les moineaux volèteront toujours dans le ciel, dans dix ou vingt décennies. J'aimerais en être sûr. Richard est bienheureux. Ce tapis vert de feuilles... Ai-je pris la photographie du coing (celui-là n'était pas mûr) depuis la fenêtre de la cuisine d'Adina ? Entre Richard (sa face biseautée, un peu en queue de pelle) et moi, il n'y a pas l'ombre d'un doute, ce coing-là n'était pas mûr (ce tapis vert de feuilles...), duveteux encore. Je lis Les Inachevés, dont le sujet (et même la langue, comme outrée par rapport à l'autre texte) est si proche d'Atemschaukel, lu il y a à peine plus d'un mois. Celui-là n'était pas mûr : mais tout, toujours, est inachevé, voué à l'inachèvement. Un recoin contient deux billards. Pourquoi toujours trois points de suspension, et pas quatre comme dans l'édition 1855 des Leaves of Grass, ou sept ou neuf ou seize (comme dans mon (encore inachevé (mais tout, toujours, est voué à l'inachèvement)) Journal de Tavers). Soleil, ne sois pas coruscant ! La petite rue de Montrouge, sans épicerie ni garage, est baignée de soleil. You're getting on my nerves ! Tu me tapes sur le système ! Le Melburninien de dire : on my quince ! Et, par ma foi, un recoin (voué à l'inachèvement) contient deux billards
et rien moins. Bon sang, mais c'est bien sûr ! Une telle exclamation, si fort qu'on veuille l'atténuer (même sans l'éternuer), ça s'entend. Non, ce coing-là n'était pas mûr (duveteux, vert clair encore). Non, vous ne savez pas ce que c'est, un bon fou rire, un qui fait mal. Les coings au four étaient le dessert préféré de Sir Isaac Newton. Mariotte n'en savait rien ; d'ailleurs, les coings lui donnaient des aigreurs d'estomac (What a stipended fool !), donc, même pour imiter Newton, que voulez-vous...
Il faudrait penser à ne jamais laisser la moitié d'un coing parce qu'elle sèche comme une fourrure, se racornit comme un brin d'herbe. (Avec quatre points de suspension, pourquoi pas ? Richard en est bien heureux et rien moins.)
12:45 Publié dans Entre Baule et Courbouzon | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 20 septembre 2011
Saison des coings, op. 11
Au-dessus de la baie, est tendue une bande de drap blanc, sur laquelle sont brodés, en soie bleue et violette, jouant le camaïeu, des chrysanthèmes entre des iris et des fleurs de cognassiers.
(
Journal des Goncourt, 14 décembre 1894)
Depuis que nous avons acheté notre maison dans le quartier des sçavans, à Tours-Nord, en décembre 2008, le mois de septembre est devenu la saison des coings. (Et octobre-novembre la saison des nèfles qui pourrissent le gazon. Mais c’est une autre histoire) Il y a deux cognassiers, que je préfère encore en mai-juin, ainsi que les néfliers : quelle verdure lumineuse, apaisante !
Ainsi, le coing devient motif.
Une recherche dans mes archives photographiques en ligne m’a permis de retrouver un texte que je n’avais pas encore publié dans Entre Baule et Courbouzon, oubli qui sera réparé demain.
Madame de Véhesse m’avait fait savoir, lorsque j’avais publié ce texte dans le groupe La Cohérence échevelée du monde, que « dans le jardin de la maison de Mallarmé, il y a des cognassiers ». Mais est-ce la maison de Valvins,
photographiée il y a deux jours par Denis Trente-Huittessan ? Par ailleurs, nous avons eu, ma mère et moi, avant-hier aussi, un échange culinaire tout à fait étonnant, à propos de la photographie d’un compotier.
Ma mère a écrit : « Donc, les pruneaux améliorent peut-être la compote aux coings! »
À quoi j’ai répondu, toujours en écoutant le Concerto op. 24 de Webern (il faut brouiller les pistes) :
« Pour ma part, j'avais bien aimé (et E*** aussi, je crois) la 1ère version (75% coings, 25% pommes et sucre). Celle-ci est moins présentable, mais fait plus l'unanimité. Nos deux cognassiers croulant sous les fruits, et le temps manquant (donc pâte ou gelée exclues), C*** a aussi eu l'idée de faire cuire un rôti de porc en ajoutant deux coings aux pommes de terre et sauce tomate habituelles. »
Ça y est, l’ordinateur Toshiba refait un bruit d’enfer. Il faut brouiller les pistes.
Les trois (ou quatre) D
(Billet écrit le 10 juillet 2011)
“Growing up, I’d never known of a single household among my friends or my schoolmates or our family’s friends where the parents were divorced or were drunks or, for that matter, owned a dog. I was raised to think all three repugnant. My mother could have stunned me more only if she’d told me she’d gone out and bought a Great Dane.” (Indignation, 2008. Vintage, 2009, p. 154-5)
Dans cet extrait, on ne peut qu’admirer le trait, typiquement rothien (voilà qui sonne bien mal – même « Rothian » en anglais ne me paraît pas souhaitable), qui consiste à scruter un moment particulièrement tragique et traumatisant à l’aune de ce qui pourrait sembler dérisoire : usages du sarcasme à fins d’ironie – ce qui renforce l’acuité du moment, dans son tragique même. Ici, les trois figures du Mal, liées par une allitération en anglais, sont, par un effet de chute, ou de gradation ascendante pseudo-sérieuse, le Divorce, l’Alcoolisme et les Chiens.
Le sème dogs se dédouble d’ailleurs, du point de vue de l’allitération, en Great Dane (dont je me demande (pas de dictionnaire ni d’Internet ici) si ce n’est pas, en anglais, le doberman : voilà qui aurait le mérite de sauver en partie l’allitération dans une traduction). Or, quoique ce bref roman n’appartienne pas au corpus des neuf ‘Zuckerman Novels’, on ne peut s’ [= je ne peux m’ ?] empêcher de songer que le choix de cette race de chien ne doit rien au hasard : à plusieurs reprises, le regard que porte sur ses parents le narrateur spectral d’Indignation, Marcus / Markie / Marc, rappelle, sur un versant négatif, l’idéalisation, dans American Pastoral et la perspective subjective de Zuckerman, de Seymour Levov, le jeune homme parfait de l’immédiate après-guerre, l’idole sportive dont le surnom n’est autre que ‘the Swede’. Est-ce pécher par excès d’herméneutique que de vouloir rapprocher le contexte complexe des deux romans, tant militaire (Seconde Guerre mondiale, guerre de Corée, guerre du Vietnam) que religieux, de la rivalité historique tout aussi complexe qui a longtemps opposé Danois et Suédois ?
N’y a-t-il pas, dans ce rejet du « grand danois », du doberman (du berger danois ???), un rejeu de la critique subtile de l’idéalisation de l’American way of life telle qu’elle est portée / incarnée par un protagoniste surnommé, dans American Pastoral, « le Suédois » ?
11:28 Publié dans Nathantipastoral (Z.) | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 18 septembre 2011
Lettre morte pour 375 souvenirs
(Philippe Lejeune. Pour l'autobiographie. Seuil, 1998, pp. 220-221)
03:00 Publié dans Aphorismes (Ex-exabrupto), Autoportraiture, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 17 septembre 2011
Coings & pruneaux
Cette année, nouveau concept, déjà plusieurs fois testé : les giboulées de septembre.
Les lampadaires du quartier des sçavans éclairent trop, beaucoup trop.
Je n’ai rien fait de la journée, des bricoles. (Je n’ai surtout rien tiré de ces bricoles. Ce billet comme une tentative de sauvetage.) Choses vues : un filet bleu très curieux, tout autour du terrain de foot, à la Béchellerie. — Les juniors d’Azay-Cheillé ont mis la pâtée (comme on disait du temps de mon enfance) ou une belle valise à ceux de Saint-Cyr. Neuf buts, dont cinq dans les vingt dernières minutes.
Choses lues. — Plusieurs poèmes du recueil Man of Glass. Je voudrais traduire (pour Darts on a slate ?) celui de la page 55. Poursuivi la lecture de Crossbones sur le sofa, à l’étage, tandis qu’Oméga jouait avec les vingt petits kangourous graciles de quatre couleurs (les mêmes couleurs que celui du jeu des huit familles Oui-Oui, également à l’honneur ce samedi). Le matin, pendant Afrique du Sud / Fidji, lu des passages de Pour l’autobiographie. À peine feuilleté On the Origin of Stories qu’un collègue m’a offert pour le remercier d’avoir corrigé ses copies en juin, lorsqu’il a eu une péricardite.
Bricoles, donc. Choses faites — aucune, de la compote, des jeux, la vie. — Toujours écrit aucun des billets sur les livres qui s’entassent (la syntaxe de cette phrase s’impose).
À demain pour autre(s) chose(s).
22:46 Publié dans Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 16 septembre 2011
Guillaume Cingal sort du placard (version sans Bartissol)
Mardi soir, mon père rentrait de Bruxelles dans les Landes. Le lendemain, je recevais un mail de ma mère me disant qu'il était arrivé avec du retard et faisant allusion à un mail que mon père aurait envoyé, en transit à Paris, à ma soeur et moi afin que nous puissions prévenir ma mère, car elle n'était pas là ce jour-là. (La phrase est horriblement compliquée, la situation est très simple : relisez ce qui précède à tête reposée.)
N'ayant reçu aucun mail de mon père ni mardi ni mercredi, je réponds donc à ma mère que je n'ai jamais reçu le mail en question et qu'il s'est peut-être trompé en utilisant mon ancienne adresse Wanadoo (ça lui arrive). Elle m'a donc écrit ce soir pour m'apprendre les choses suivantes :
1. En dépit de la fonction de saisie semi-automatique des adresses électroniques dans son navigateur, mon père a tapé mardi une adresse mail qui, à un signe près, n'est pas la mienne. Cette adresse ne lui est d'ailleurs toujours pas proposée par son navigateur, et il a donc fallu qu'il ignore les propositions automatiques pour la saisir en entier.
2. Il a reçu hier jeudi une réponse d'un autre Guillaume Cingal, qui lui a répondu, en substance, qu'il ne le connaissait pas, ni les destinataires de son mail, et que, même si lui s'appelait bien Guillaume Cingal, celui à qui mon père souhaitait s'adresser devait être un homonyme.
3. Mon père (dont le principal défaut, depuis toujours, est de ne jamais envisager, ne serait-ce qu'une seconde et même dans les situations les plus évidentes, qu'il a pu faire une quelconque erreur, et persuadé, donc, que c'était moi, son fils, qui lui faisais une blague) a répondu à cet autre Guillaume Cingal, sans consulter personne, d'une seule phrase que je vous livre ici, car elle relève d'un génie de la gaffe tout à fait étonnant : "Moi, je n'ai pas de trou de mémoire : tu es bien mon fils."
(Vertigineux, non ?)
D'où le mail de ma mère, ce soir, pour me demander si c'était bien moi qui avais fait une blague. Hélas, non, je l'eusse souhaité. Comme je l'ai écrit à ma mère, j'avais déjà connaissance d'un homonyme (rencontré par hasard à l'époque de l'affaire Asensio, et en faisant une recherche Google sur mon nom) et la gaffe de mon père n'est pas si grave que cela... sauf si l'autre Guillaume Cingal est orphelin, accouché sous X, brouillé avec son père, que sais-je. (D'ailleurs, s'il lit cette page, je lui adresse un amical et homonyme salut, tout en lui présentant mes excuses pour cet imbroglio ébouriffant !)
Bon, ce n'était peut-être pas une très bonne idée, cette barbe, finalement.
23:15 Publié dans Autoportraiture, Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (7)
jeudi, 15 septembre 2011
No Arizona thumbsicle (we're Ligerians)
La ville chavire, à l'état gazeux ou à l'ambiance nocturne.
Nous ne sommes plus grand chose. Nous nous regardons de biais, ou bien sommes enfoncés dans ce qui est devant nous — boudeurs ? Le contraste a permis d'appuyer sur ce qui était gris, ou alors délavé ocre.
Aujourd'hui, tout de même, deux mots : thumbsicle (n'est pas dans l'OED) + bolosse (n'est pas dans le Robert).
15:36 Publié dans Ecrit(o)ures, Kleptomanies überurbaines, Où sont passées les lumières?, Words Words Words | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 14 septembre 2011
Another Wanic Wednesday
Pour la première fois de ma carrière, je donne des cours le mercredi. J'ai déjà officié tous les autres jours de la semaine, over the years, et même le samedi pour des séminaires, mais jamais le mercredi. Eh bien, c'est à n'y rien comprendre : à cette heure-ci, les couloirs sont plus calmes que certains autres jours à la même heure.
Les turbo-profs midweek seraient-ils également des spectres ?
18:00 Publié dans WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 13 septembre 2011
Bribes, brimborions, bornes
17 onglets ouverts dans Google Chrome, des chevauchements des galaxies (et des chevauchements de galaxies : sons, images, mots, textes, parures, évidences). Improvizone en avril 2010, Kenneth Burke en 1966, mon fils peut jouer tranquille, après la cantine, au 1000 Bornes (vu la pluie, c'est ce que j'imagine).
À midi, après le passage du facteur, j'ai écrit : "Toutes les heures un brimborion.". Une heure auparavant, lancé dans les épigraphes, j'avais noté : "Le dos en compote, I go on hammering away at my course on Roth's AP. (Tuesday, phew's-day.)". Dans la matinée, j'ai participé à une discussion, laquelle suit un fil souvent tiré ici. Ce matin aussi, après être rentré de l'école, j'ai lu l'article consacré à Crossbones dans le New York Times, et n'ai pu m'empêcher de m'exclamer (toujours par écrit) :
Someone who writes incoherent sentences ought not to be allowed to tax Nuruddin Farah with "inconsistent plotting" and "verbose narration". Hirsh Sawhney, you missed the whole point.
Entre 4 murs je m'archive moi-même. Et m'échine ---- pourquoi ??
14:22 Publié dans Affres extatiques, Chèvre, aucun risque, WAW | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 12 septembre 2011
Quoi... les paragraphes...
Ni Charlotte ni Fabienne ni, à ce qu'il me semble, Sylvain. Donc bureau 44, aux ordinateurs si lents, à peu près pour moi ce semestre le lundi, mais nous verrons. Lampe allumée, fenêtre ouverte sur le bruyant bringuebalement des fourgonnettes et camions rue des Tanneurs, au point de s'en étonner (pourtant, mon bureau de directeur donnait sur ce même côté – deux mois de rupture).
Hier soir, je n'ai pas avancé d'un pouce mon cours sur American Pastoral mais 1Q84, très troublant (stylistiquement) par certains côtés mais terriblement romanesque au sens le plus galvaudé. (C. de me dire ce matin entre le bol et la mug qu'il en était de même de Kafka sur le rivage.)
Lettres, certaines, presque effacées sur ce clavier, c'est du sport. Alpha n'a jamais aussi bien dormi que depuis une semaine, c'est à n'y rien comprendre. Lettres effacées du clavier : le n, le m et le e. En me rendant à l'Université en Clio, j'ai pris quelques images ternes et froides pour la série des Guingois, qui pourrait aussi s'intituler Mochetés du petit matin.
Remis la salle 51, où je fais cours à 9 h 30, en état. Le chargé de cours qui se pointait à huit heures moins dix n'avait pas la clef ni ne connaissait les chiffres du digicode. À quoi servent les paragraphes. Reconnaissance de guingois elle aussi. Sourires.
08:21 Publié dans Moments de Tours, WAW, Zestes photographiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 07 septembre 2011
Le gris, le palimpseste
« Produit de sept ou huit couches de peinture blanche sur une couche de peinture blanc et noir, mon fond actuel a l’épaisseur grasse que je lui souhaitais, et sa clarté grise, conquise de haute lutte, se souvient très bien du noir qu’elle a eu tant de mal à recouvrir. Or c’est exactement ce que j’aime, dans les tableaux (et dans les phrases) : que chaque couleur se souvienne de toutes celles dont elle a triomphé. Il faut viser au palimpseste. » (Renaud Camus. Parti pris, p. 49)
« Il me semble qu’il n’y a rien de plus désirable pour un peintre que d’être sacré le maître des gris. Sur les sept heures du soir j’étais enchanté de mon gris, mais à huit heures et demie il m’a semblé parfaitement plat. Nous verrons ce qu’il en est demain. » (p. 200)
09:25 Publié dans BoozArtz, Corps, elle absente | Lien permanent | Commentaires (0)
Cinq ultimes limericks basques
Un teuton passant à Azkaine
S'exclama "Na, da gibt es Keine !"
Il cherchait une Basque
à qui tâter le masque,
Ce Teuton frivole d'Azkaine.
Sur un balcon, un plumbago,
Se plaignait d'un fort lumbago.
"Que serait-ce, aïtzatzernu !
Si j'étais planté les pieds nus ? "
Interjeta-t-il tout de go.
Le dessinateur Iturria
A la manie, lorsqu'un mur y a,
D'y poser un cadran solaire
Dont l'aiguille est une molaire.
(Dans la féria, c'est la furia.)
L'ex-maire de Saint-Jean-de-Luz
Travaille moins pour gagner pluz
Et passe le pays au Pliz
Sans dépoussiérer les nantiz.
(Oh, ces rimes, n'en jetez pluz !)
Un Landais, passant à Ascain,
Eut le désir un peu coquin
De tâter de la semelle
Une marche un peu margelle
Lorsque survint un Basque. (Un.)
09:09 Publié dans Albums de limericks non ligériens | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 06 septembre 2011
Quatre autres limericks basques
Un jouvenceau d'Iholdy
Pensait "Je n'ai pas de bol, dis :
Les demoiselles du village
Ont toutes plus de cent ans d'âge,
Même à l'église d'Iholdy."
Un habitant d'Ainhoa
Détestait Yannick Noah.
"A-t-on idée, gatzaïenu*,
De chanter toujours les pieds nus ?"
Faut pas désespérer accabler Ainhoa.
Un étudiant d'Oragarre
Hurlait, tout comme un égaré :
"Je ne comprends que dalle
Aux stèles discoïdales -
Même pas à Oragarre."
Notre-Dame de l'Aubépine
Cache, de Jésus, la........ nuque.
Si autre chose vous pensez,
Vous avez idées mal placées --
Tout ne cède pas à la rime.
* gatzaïenu : interjection basque, inventée pour trouver une rime avec "pieds nus".
16:26 Publié dans Albums de limericks non ligériens, Comme dirait le duc d'Elbeuf | Lien permanent | Commentaires (0)
Cinq limericks basques des 4 et 5 septembre
De certain vieux gâteux de Donapaleu,
Sa famille se plaint : "Il est où ? il est où ?"
Je vous secours, allez :
Il est à Saint-Palais,
Ce vieux gâteux grincheux de Donapaleu.
Une dame pieuse d'Orègue
Etait, je l'avoue, un peu brègue,
Au point que le curé
Préféra se murer
Dans le mutisme et l'église d'Orègue.
Un jouvenceau d'Arbouet-Sussaute
Aimait beaucoup le Grand Soussotte,
Dargelos et l'Armagnacaise -
Mais chez lui, rien, sinon basquaise,
Fromage de brebis, pelote.
Un villageois d'Armendarits
Prenait sa maison pour le Ritz,
Son canasson pour Crin Blanc
Et sa meuf pour Fanny Ardant.
(Ils picolent, à Armendarits.)
C'est au fronton de Méharin
(Rose, ô, plus rose qu'un tarin)
Que le duo basque Orgambide
A la pala a pris un bide :
Txitzagantxa (Trente à rin.)
12:49 Publié dans Albums de limericks non ligériens | Lien permanent | Commentaires (0)
3 notules du 10 juillet
10 juillet 2011.
Coursayre, 1
Le 9 juillet, nous avons vu les deux premières courses de l’année.
Audignon, très au-dessous du médiocre (Deyris) : placement très lent de plusieurs vaches (dont Majesté et la vache de l’avenir en 1ère partie), figures globalement moyennes, plusieurs méchantes tumades. Confirmation que Thomas Marty n’est pas du tout en forme cette année. (Plassin à l'escalot.)
Le soir, Castelnau-Tursan (Dargelos). Mieux, mais pas transcendant. Belle place – arènes donnant sur l’église au curieux clocher, et la belle maison à sa gauche. Lendresse à l’escalot.
Météo, 1
Il y a aussi qu’il ne fait pas beau. Il ne fait pas chaud, depuis deux jours – pas froid, bien sûr, mais pas du tout un temps estival. Nuages, grisaille, et même pas de lourdeur. À Audignon, du soleil par intermittences nous bronzait, mais aujourd’hui dimanche rien n’a percé entre les voûtes grises.
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Insecte ascendant [2]
Je ne vois plus le minuscule hypoforficule qui trottinait entre mes lettres ce matin. M’étant aperçu que le moteur de cet ordinateur portable (de plus en plus vieux) ne commence à vrombir de façon désagréable qu’au bout d’un gros quart d’heure, j’ai décidé de m’efforcer de limiter mes passages sur ce clavier et cet écran à des périodes de vingt minutes au maximum, ce qui aura le triple mérite de concentrer mes efforts d’écriture, de préserver mes oreilles… et de garantir de longues heures véritablement en famille. (Ainsi, je viens de passer une heure au salon à passer des puzzles d’Oméga aux pages d’Indignation, back and forth, to and fro.)
11:04 Publié dans Hors Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 01 septembre 2011
Rectificatifs (= c'est l'écriture)
J'ai passé un moment assis dehors, sur la terrasse, à profiter d'une des dernières soirées, peut-être, de lecture vespérale, entre les 244 étourneaux perchés sur l'immense grue Potain du chantier voisin, la tourterelle sur l'antenne télé et la pie (qui se trouvait, ce soir, dans la gouttière des Huppenoire), et à aller d'un livre à l'autre -- le livre à couverture parme (Max Aub) et le livre à couverture orange (Elsa Morante) -- tout en essayant de rendre hommage, par la pensée, à la chaise défoncée sur laquelle j'étais assis et qui achève de rendre l'âme sous mes fesses : cette chaise, que, comme ses trois congénères, nous avons achetée (très d'occasion, à la Trocante) lors de notre installation dans l'appartement de la rue du 51ème R.I., à Beauvais, pourrait témoigner, avant d'aller à la benne à laquelle je finirai bien par la condamner, de bien des moments de notre vie au cours des quatorze dernières années. Cela mérite sûrement, pour ouvrir le mois de septembre, une double citation.
Il lui semblait voir Venise, comme une mer tranquille, sur laquelle d'énormes anges de marbre marchaient sans toucher l'eau, les pieds nus, avec de longues robes tombantes. *
Ils rectifient. Ils ont des visions. **
Tous les anges, dans leurs robes (étourneaux criards, pies volages), ont des visions, et nous, nous rectifions.
* Elsa Morante. "Le voyage", traduction de Sophie Royère - in Récits oubliés (Verdier, 2009, p. 136)
** Max Aub. Campo del Moro (1963). Traduction de Claude de Frayssinet. Les Fondeurs de brique, 2011, p. 26. [Il s'agit du tome 5 du Labyrinthe magique.]
21:26 Publié dans Blême mêmoire, Lect(o)ures, Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 30 août 2011
À bâtons rompus
(10 juillet)
Bien entendu, j’ai emporté, pour ces six semaines surtout landaises, beaucoup trop de livres, ou de travail, ou de livres pour le travail. J’ai aménagé le bureau de la maison hagetmautienne de manière à avoir cet ordinateur portable branché, et installé près du vieil ordinateur qui ne sert quasiment plus jamais (et qu’on ne garde qu’en cas de panne, au cas où, ou par un inexplicable conservatisme) ; j’ai rangé sur deux étagères distinctes les affaires de C. et les miennes (livres à lire, livres de Roth lus et dont je veux tirer des fiches). C’est en regardant cette étagère, et d’autant que trois livres en cours de lecture sont à la chambre ou au salon, que je me dis qu’à coup sûr j’ai emporté, pour ces six semaines (dont une, au moins, aura lieu ailleurs, dans l’Aude), trop de lecture. À côté de moi, c’est-à-dire à côté (à gauche) du clavier de l’ordinateur portable, sont posés American Pastoral, avec la bibliographie officielle établie par Paule Lévy, et Parti pris.
Avant-hier soir, avant le samedi sans lecture (nettoyage, installation d’une boîte à lettre sur piquet métallique, ébranchage, courses landaises), j’ai commencé Indignation, un des très brefs et récents romans de Roth. Quoique je n’aie pas encore compris le choix du titre, je n’ai pu m’empêcher de repenser à la rubrique Indignations, que j’avais « doublonnée » plus tard, dans mes autres carnets, au moyen de la rubrique Narines enfarinées : ce mot même d’indignation, qui signifie que l’on s’insurge contre quelque chose d’indigne, n’est-il pas quelque peu ambigu ? ne pourrait-on supposer que celui qui s’indigne se rend lui-même coupable d’intempérance, et qu’il est, par là même, indigne de ce qu’il devrait être ? Le récent succès de librairie, tout à fait grotesque, d’un Hessel a marqué de manière claire que, si l’indignation pouvait être présentée comme une vertu, elle n’en était pas moins fortement imprégnée d’indécence, voire d’indignité en tant que stratégie systémique.
(Un des côtés les plus reposants, mais également – c’est tout à fait logique – les moins propices au travail ou à l’élaboration de réflexions écrites, ici, c’est l’absence de connexion Internet. Bien que je persiste à y trouver le principe fondamental d’un ressourcement, ou d’un repos forcé, souvent, il n’en demeure pas moins que, dès que j’essaie de mettre quelque chose au propre, pour mon travail ou en vue d’une publication ultérieure dans un carnétoile, je me retrouve coincé. Ainsi, pour le travail, il faudrait ici que je puisse creuser le sens du titre de Roth, même sans avoir achevé la lecture du roman dont tout me laisse penser, au demeurant, qu’il ne va pas casser trois pattes à un canard ; pour l’écriture, je devrais pouvoir aller farfouiller du côté de l’OED, ou m’enquérir de toponymie – la ville de Digne ?)
Cela s’est déjà produit : un minuscule insecte se promène sous l’écran, entre les lettres du texte qui s’écrit. Tandis que j’écrivais la phrase qui précède, il est passé du v de ville au r d’écriture. (Insecte ascendant.)
Les textes que j’accumule (et encore : pas toujours) lors des séjours landais pourraient être regroupés dans une nouvelle rubrique : À bâtons rompus. Les textes, devenus rares (je m’échinais ou ferraillais plus souvent en 2005 – non que je me sois tout à fait calmé depuis, comme l’affaire Asensio a pu le démontrer, mais j’ai aussi eu ma part de batailles dans le domaine professionnel), de la rubrique Indignations pourraient, eux, porter le titre collectif : À lances rompues. (Ne dit-on pas, pourtant, briser des lances ?)
11:39 Publié dans Questions, parenthèses, omissions | Lien permanent | Commentaires (0)
... ou son blog.
Il n'est pas très agréable, en rentrant chez soi après de longues semaines de repos estival (...), de constater que les chardons, les mauvaises herbes et les roses trémières ont poussé, que l'ampoule extérieure qui normalement ne s'allume qu'en réagissant aux mouvements dans un proche périmètre s'est bloquée (depuis quand ?) et qu'il n'y a pas d'autre solution que de l'enlever, mais encore qu'une voisine que vous ne voyez jamais, qui promène son caniche et à qui vous n'avez rien dit, sauf bonjour, prend soudainement la mouche et se met à vous reprocher tous les maux de la terre.
Il est agréable, en revanche, de prendre le temps, avant le soir, de jouer avec Oméga, et de regarder, en soirée, un film (Los Abrazos rotos), au lieu de se précipiter sur les nombreux paquets à défaire, les mille mails en retard, ou son blog.
07:25 Publié dans Moments de Tours | Lien permanent | Commentaires (0)


















